Titre : Himitsu

Auteur : Nandra-chan

Disclaimer : Tout est à Clamp ou presque. (J'ai aussi piqué un passage à un autre manga, pour ce chapitre. C'est un petit hommage à un personnage que j'aime beaucoup. Y aura-t-il quelqu'un pour trouver de qui il s'agit ? Je suis déjà étonnée que personne n'ait reconnu la madame aux cheveux noirs. Peut-être que ma description n'était pas assez représentative ?)

Note : Aaaaah ! Je suis heu-reu-se ! Je viens d'écrire un OS parfaitement débile ! Qu'est-ce que ça fait plaisir d'écrire un truc vraiment con ! Fye qui fait tourner Kuro en bourrique, j'adore vraiment ! Voilà, maintenant que j'ai bien éveillé votre curiosité, revenons à nos moutons… enfin, à la bestiole qui se trouve dans le tunnel. En tout cas, moi je vous le dis, c'est dur dur de s'y remettre. Heureusement que vous êtes là pour me soutenir.


La review des reviews

Nini : Oui, Maîtresse Nini, je me remets au travail, Maîtresse Nini ! Effectivement, si tu n'as pas lu l'arc après Infinity, tu ne peux pas savoir… Pfiou, j'ai failli drôlement te spoiler en donnant de plus amples explications, j'ai bien fait de ne rien dire. Mais mon petit chou, laisse-moi te prévenir qu'à partir de ce chapitre, tu vas tomber sur quelques spoilers. Quoi que, à la réflexion, il y en a déjà eu avant… enfin, j'imagine que tu as plus ou moins l'habitude si tu te promènes sur le fandom TRC. En tout cas, c'est très gentil de t'être inquiétée de mon absence. Vous êtes une bande d'adorables sur ce fandom.

Kuroxfyechan : Oui hein,c'était vraiment la classe, le passage avec Krome. Il est vraiment appétissant celui-là. Et oui, c'est vrai, je vais encore ajouter quelques morceaux de matière organique d'origine indéterminée sur les murs de la prison. Il faudra faire appel aux Experts pour reconstituer le puzzle.

Irissia : j'espère aussi que je vais arriver à retrouver mon rythme. Je pense que c'est faisable, mais il se peut que je saute encore un jour ou deux, la preuve, je viens déjà de le faire. Je vais faire mon possible pour éviter, je n'aime pas trop m'arrêter une fois que je suis lancée, j'ai du mal à redémarrer.

Evangelysta : Enfin, un peu de sérieux ! Fye et Kuro sont occupés là, ils ont autre chose à faire que de se peloter dans les coins sombres ! (même si cette idée m'a traversé l'esprit, j'avoue). Tu m'as l'air d'avoir une vie étudiante bien remplie, dis donc ! ça m'épate, vraiment.

Arona : eh bien, que d'hypothèses ! Je voudrais bien te répondre, mais tu comprends que c'est impossible, n'est-ce pas ? Il y a des choses que je ne dois pas dévoiler, sinon après je n'aurai plus rien à raconter :p Pour Fye, c'est vrai que j'ai été un peu vilaine avec lui, toutes ces palpations là, c'était pas très gentil. Mais en y réfléchissant, c'est surtout avec Kuro que j'ai été dure, parce que lui, il s'est vraiment fait palper par personne, et il n'a palpé personne. Tss… le pauvre, tout de même.

Pour jouer les pom-pom girls, en bas, au centre, en vert. Go go go !


Chapitre 21 – Complications

Sans quitter le tunnel des yeux, Kurogane recula son tour de quelques pas, se plaçant par réflexe entre la jeune fille et la créature, dont il ne distinguait toujours pas la forme. Dans son dos, il percevait la respiration saccadée de Yuriko. L'adolescente était si terrifiée qu'il pouvait l'entendre claquer des dents.

- Tu peux te lever ? demanda-t-il.

Il devint évident qu'elle en était incapable quand plusieurs de ses tentatives s'achevèrent par un « plouf ». Le ninja se posta à côté d'elle, le regard toujours fixé au-delà de la grille. Il se pencha, l'attrapa par le bras et l'aida à se remettre debout. Quand il sentit que ses jambes avaient retrouvé un peu de fermeté, il la poussa pour l'inciter à rejoindre les autres détenus, au sec dans le couloir.

- En arrière, ordonna-t-il. Reculez jusqu'aux escaliers.

- Tu veux qu'on fasse demi-tour ? protesta Gorgo.

- Non, mais je dois m'occuper de cette grille et de la bestiole qui se planque derrière. Vous serez plus en sécurité dans les escaliers. Je pense qu'elle est trop grosse pour y accéder.

- Mais…

- Tirez-vous ! Je ne veux pas de gêneurs dans mes pattes. C'est plus clair comme ça ?

Il entendit des grommellements mais le raclement de dizaines de souliers sur les dalles de pierre lui indiqua qu'on lui obéissait.

- Moi, je reste, dit une voix féminine.

Haiena apparut à ses côtés. Il se détourna un instant du tunnel pour la jauger à nouveau du regard, puis hocha le menton. Il tendit sa main devant lui et Sôhi jaillit de sa paume.

- Tu sais te servir de ça ?

- Faute de mieux… fit la femme en attrapant habilement le sabre qu'il lui lançait.

- Ne fais pas la difficile. C'est une bonne épée.

- Je ne dis pas le contraire. Mais l'escrime, ce n'est pas ma spécialité.

- Ah ?

- Je suis artificier. Mon truc, à moi, c'est les explosifs. Dommage que je ne puisse pas en fabriquer ici, j'aurais pu nous débarrasser de cette grille sans problèmes.

- Ce n'est pas la grille qui m'inquiète.

Dans l'obscurité de la galerie, les bruits de pas se rapprochaient. Le souffle rauque et chaud qui les avait alertés persistait, lui aussi, mais son rythme s'était un peu accéléré. La lueur de la boule magique était insuffisante pour leur permettre de distinguer autre chose qu'un reflet brillant, encore assez loin devant eux.

- Il faut libérer le passage avant que cette chose ne soit trop près, dit Haiena.

- Ouais. Recule, je m'en occupe. Assure-toi que tout le monde est bien revenu dans les escaliers. On ne sait pas comment cette créature va réagir une fois que le chemin sera dégagé.

Sans attendre de savoir s'il était obéi, il s'avança dans l'eau qui lui montait jusqu'aux genoux et se campa solidement sur ses jambes, face au tunnel. Il prit une profonde inspiration et tendit le bras, pointant son sabre droit devant lui.

- Ne me dis pas que tu comptes couper cette grille ? demanda sa compagne, qui n'avait pas bougé.

Il tourna la tête dans sa direction et lui adressa un sourire pour toute réponse.

- Mais… c'est complètement… Ne le prends pas mal, tu es sûrement très fort, mais je ne crois pas que tu puisses trancher l'acier avec ce sabre, si puissant soit-il. Personne ne le pourrait.

Kurogane regarda luire Ginryû, à la lumière de la boule magique qui flottait toujours près de son épaule.

- Peut-être que je peux le faire.

D'un mouvement circulaire, il abattit son arme vers le bas. La lame mordit l'eau noire du canal. Haiena poussa une petite exclamation de surprise. Aucune ride, pas le moindre remous, n'étaient apparus à la surface du liquide.

- Comment tu as fait ça ?

- Il existe, dans le monde, des épéistes qui ne peuvent rien trancher. Et ces mêmes épéistes sont capables de trancher l'acier, ou toute autre chose, s'ils le désirent. Tout cela avec le même sabre. La lame la plus puissante est celle qui a le pouvoir de protéger ce que tu désires protéger, et de trancher ce que tu souhaites trancher.

A nouveau, il tendit son katana devant lui, vers la grille.

- Je n'ai pas dégainé ce sabre très souvent, depuis qu'il m'a été rendu. C'est le moment de voir quelle sorte d'épéiste je suis devenu. Voyons si je suis devenu un homme capable de fendre l'acier.

La femme recula de quelques pas tandis que le guerrier se concentrait. Et soudain, le silence se fit autour de lui. Les hurlements de déments des détenus enfermés dans les cellules scellées s'évanouirent, tout comme le son des gouttes d'humidité se détachant de la voûte pour tomber dans le canal. Même sa propre respiration parut se taire. Seul resta le battement de son cœur, qui emplit ses oreilles pendant quelques instants avant de s'estomper à son tour. Il ferma les yeux.

Alors, il devina une présence, celle de la roche autour de lui. C'était plus qu'une aura, c'était plus distinct. C'était un souffle. La roche avait son propre souffle, son rythme de vie. Comme l'eau qui stagnait autour de ses jambes. Comme le métal qui composait les barreaux de la grille. Comme toute chose existante en ce monde. Chaque atome de matière possédait ce souffle individuel. Le percevoir, c'était distinguer chacun d'eux, un à un. Et trancher, ce n'était rien d'autre que passer sa lame entre eux pour les séparer.

Ses paupières s'ouvrirent. Il fronça les sourcils, redressa la pointe de son arme, et chargea en direction du tunnel.

oO0Oo

Fye jeta un regard circulaire autour de lui. Il était seul, à présent, dans la salle aux cages. A l'intérieur de chacune des cellules, les petits bonshommes de papier étaient tranquilles. Ils avaient choisi une place et s'étaient sagement posés, obéissant docilement à la magie.

Le blond était fatigué et la transpiration perlait sur son front. Il avait dû faire appel à beaucoup de pouvoir pour enchanter les feuilles de papier, les cacher pour qu'on ne les trouve pas lors de la fouille à son arrivée, dissimuler également le sabre de son équipier, puis, achever le sortilège qui permettrait à chacun des shikigami de prendre la place du prisonnier qu'il représentait.

Il avait besoin de se reposer et il avait faim. Il ne se souvenait pas à quand remontait son dernier repas. Il lui semblait s'être nourri avant leur première visite dans l'enceinte du château, quand ils étaient passés par le cerisier. Ou peut-être était-ce plus tôt ce soir-là, avant qu'il ne fasse ce terrible cauchemar. Il ne savait plus. Beaucoup de choses étaient arrivées depuis.

Encore deux jours, Ashura-oh, pensa-t-il. Deux jours et tout sera définitivement terminé entre nous, quelle que soit l'issue de cette confrontation. Est-ce qu'il vous reste assez de patience pour m'attendre jusque là ? Je vous en prie, Ashura-oh, faites que je ne me sois pas trompé sur vous. Sans quoi…

Tout en réfléchissant, il avait traversé la prison. Il était temps de rejoindre les autres et de filer. Il ne pourrait peut-être pas maintenir son emprise sur les petits personnages magiques pendant la nuit entière. Quand le sort se dissiperait, il fallait qu'ils soient en lieu sûr. Il se dirigea vers la porte menant au sous-sol, et il allait la franchir lorsqu'un bruit l'immobilisa. Il s'arrêta et se retourna.

- Je crois que je n'aurai pas besoin de me préoccuper de ce sortilège, finalement, murmura-t-il.

Les pas de nombreux soldats se faisaient entendre dans les escaliers venant de l'extérieur. L'alerte avait été donnée.

- Décidément, rien n'est jamais facile, pesta le mage.

D'un geste, il annula son contrôle sur les shikigami qui s'effondrèrent sur le sol, revenus l'état de simples morceaux de papier, et il se dissimula dans l'obscurité du renfoncement. Des voix résonnaient dans le couloir et il reconnut celle de Mateo.

- Je m'en suis occupé personnellement, disait celui-ci. J'ai éteint les torches et fermé tous les verrous à double tour, puis j'ai pris mon quart dans le poste de garde. Et je vous assure que personne n'a franchi cette porte, je l'aurais vu !

- Oserais-tu prétendre que Sa Majesté s'est trompée ? demanda une voix aux accents secs et autoritaires.

- Non, mais je…

- Si le roi Arsyam dit que les prisonniers sont en train de s'évader, c'est qu'ils sont en train de s'évader. Point final ! Notre roi possède des pouvoirs que nous autres ne pouvons pas comprendre. Il voit des choses. Et si toi tu n'as rien vu, sombre crétin, c'est que les détenus essaient sûrement de s'enfuir par les sous-sols.

- Ha ha ! Dans ce cas, on n'a pas besoin de se presser ! Il y a la grille, et puis, surtout, dans le tunnel, il y a …

- Merci, le coupa l'autre. Je sais comment sont organisées les défenses de la forteresse. Et j'ai également envoyé un détachement en renforts à la sortie du tunnel. Ils n'ont aucune chance de nous échapper. Avec nous d'un côté et la patrouille de l'autre, plus le gardien du tunnel, ils vont être pris en tenaille.

Fye fronça les sourcils. Ça, ce n'était pas du tout prévu. Il n'avait aucune connaissance d'un gardien dans le tunnel. A l'heure qu'il était, Kurogane était peut-être déjà en train de se battre, et ensuite, il leur faudrait affronter encore des soldats. Tout cela allait les retarder dans leur évasion, et la patrouille qui était en train de descendre les rattraperait probablement avant même qu'ils aient pu mettre un pied dehors.

Le mage se glissa dans le couloir menant au sous-sol et jeta le trousseau de clefs dans les escaliers où il l'entendit rebondir sur les marches avec des échos métalliques. Puis il repassa dans la salle, tira la porte, posa sa main à plat sur la serrure et la verrouilla. Pour faire bonne mesure, il créa un épais mur de glace afin d'obstruer complètement le passage. Même avec des pioches, les gardes en auraient pour un sacré moment avant de parvenir à ouvrir.

- Tu vas devoir te débrouiller sans moi, Kuro-chan, dit-il doucement, en caressant la paroi gelée.

oO0Oo

Haiena s'avança dans l'eau pour se poster aux côtés du ninja et se frotta machinalement les cheveux avec un sourire perplexe. Devant elle, les barreaux de la grille, tordus et déformés, fumaient un peu, et une large ouverture béait sur le tunnel.

- Je te dois des excuses, fit-elle en administrant une tape quelque peu virile sur l'épaule de son compagnon. Honnêtement, je t'ai pris pour un dingue quand tu as dit que tu pouvais trancher de l'acier.

Kurogane lui répondit d'un hochement de tête.

- Allons-y. Il ne faut pas laisser cette bestiole s'approcher de la prison. On doit la battre dans le tunnel.

Devant eux, les bruits de pas s'étaient arrêtés, mais ils pouvaient toujours percevoir la respiration de la créature qui les attendait dans l'obscurité. Le guerrier prit la boule de lumière au creux de sa paume, tendit le bras devant lui et ouvrit la main. Le sortilège se mit à flotter dans l'air à quelques centimètres de sa peau. D'une pichenette, il le poussa en avant pour leur ouvrir le chemin.

Les deux compagnons se mirent en route, progressant lentement. Devant eux, ils voyaient toujours comme une lueur jaune, dont la forme se précisait à mesure qu'ils s'approchaient de la chose immobile qui leur barrait le chemin. Peu à peu, ils commencèrent à distinguer des contours et enfin, ils purent deviner grossièrement la silhouette de leur adversaire suivant.

- Qu'est-ce que c'est que ça ? murmura la femme.

C'était grand, peut-être comme deux hommes, et cela avait une apparence vaguement humaine, avec une grosse tête carrée qui côtoyait le plafond. Deux bras beaucoup trop longs pendaient le long de son corps, et des mains grosses comme des battoirs flirtaient avec la surface du canal. La créature avait des épaules si larges qu'on aurait pu y installer un cheval, un poitrail éclaté, un tronc en forme de V au-dessus d'une taille plutôt étroite, des cuisses et des mollets aux muscles hypertrophiés jusqu'au ridicule. Elle était vêtue en tout et pour tout des restes d'un vieux pantalon, qui s'effrangeait au-dessus de ses genoux cagneux. Les lueurs que Kurogane et sa compagne avaient aperçues provenaient des trois yeux jaunes qui ornaient la face applatie de l'humanoïde.

Le ninja s'arrêta et, d'un signe, incita Haiena à rester quelques pas en arrière de lui. Il pointa son sabre en direction du monstre.

- Aucun mal ne te sera fait si tu nous laisse passer bien gentiment. Fais demi-tour et va-t-en.

- Aaaaaaaah, répondit l'autre, d'une voix sépulcrale.

- Est-ce que tu as compris ce que j'ai dit ? Je m'appelle Kurogane.

- Koooo… Kooobaaaalte….

- Tu crois que c'est son nom ? demanda la femme.

- Koooobaaaalte… paaaaas…. laisser paaaasseer…

- Eh ben au moins, on est fixés, dit le brun. Le seul moyen de sortir d'ici est de battre ce... truc.

Sans prévenir, Haiena s'élança vers l'adversaire. Elle courait avec légèreté et elle était rapide. Elle tenait la pointe de son sabre dirigée vers le bas et vers l'arrière, et le guerrier comprit qu'elle allait porter son premier coup vers le haut, en visant l'abdomen pour faire remonter sa lame à travers la poitrine. Mais en même temps, il vit un changement se produire dans l'attitude du monstre.

- Attention ! cria-t-il.

Mais il était trop tard. Kobalte se laissa tomber à quatre pattes et son visage, dissimulé jusqu'alors dans les ombres de la voûte, apparut dans le champ de la boule de lumière. Il avait une tête humaine mais le museau allongé d'un chien. Il était fendu presque jusqu'aux oreilles par une bouche aux babines retroussées sur des gencives hérissées de dents pointues. La bête projeta un de ses bras en direction de la femme qui arrivait à sa hauteur et fouailla l'air de ses doigts griffus. La femme poussa un cri de douleur quand elle fut touchée au côté. Du sang jaillit et elle tomba à genoux en tenant son bras gauche avec sa main artificielle.

Sans lui accorder plus d'attention, l'homme-chien gronda et chargea en direction de Kurogane, la gueule grande ouverte.

oO0Oo

Fye claqua des doigts et tous les morceaux de papier qui gisaient sur le sol des cellules s'enflammèrent. Un autre geste de la main et un courant d'air naquit, issu de nulle part, pour alimenter le brasier. Rapidement, celui-ci se propagea à la paille moisie et à toutes les affaires que les détenus avaient abandonnées en partant. Aidées par la magie, les vieilles couvertures humides prirent feu à leur tour, en dégageant une épaisse fumée que le blond se chargea de rendre plus dense avec le secours de son pouvoir.

Lorsque les soldats surgirent au pied des escaliers, il régnait dans la salle une atmosphère étouffante et le nuage provoqué par l'incendie était si dense qu'on y voyait à peine à deux pas devant soi. Les gardiens se mirent à tousser.

- Placez vos torches dans les supports, qu'on ait un peu de lumière ! lança la voix autoritaire. Fouillez les cages ! Voyez s'il reste des gens ! Et éteignez-moi ce feu en vitesse !

Pendant que les hommes se répartissaient dans la salle, à la recherche des détenus, le magicien se glissa le long de la paroi en direction du couloir de la sortie. L'écran brumeux qui bloquait la visibilité ne durerait pas, et il devait mettre chaque seconde à profit pour mener à bien ses projets. Il devait absolument retenir la patrouille le plus longtemps possible, tant pour protéger la fuite de Kurogane et de ses compagnons que pour empêcher que l'alerte générale ne soit donnée dans l'enceinte du château.

Si le roi Arsyam avait deviné qu'une évasion se préparait et détaché des hommes pour la contrecarrer, il leur avait sûrement donné des consignes de discrétion. Aucun dirigeant n'avait envie de se voir discrédité par l'annonce de lacunes dans son service de sécurité. Il ferait tout pour que l'affaire ne s'ébruite pas. Mais si les soldats sortaient de la prison et allaient donner une confirmation officielle de la fuite des détenus, il serait obligé d'admettre les faits et il voudrait frapper fort pour les retrouver au plus vite, les ramener, et pouvoir ensuite se prévaloir de l'efficacité de sa milice. Ce serait le branle-bas de combat. Il était donc nécessaire de retenir l'escouade dans cette pièce le plus longtemps possible.

Le blond monta silencieusement l'escalier de la sortie jusqu'à la porte, qui était restée entrouverte. Il la tira prudemment et la referma le plus doucement possible, puis il la verrouilla et glaça la serrure. Personne ne pourrait plus entrer ni s'échapper. Ni les soldats… ni lui. Quand il eut terminé, il fit demi-tour, et laissa ses griffes jaillir à l'extrémité de ses doigts.

Il redescendit lentement, se colla contre le mur près du couloir et écouta. Les bruits lui indiquèrent que les hommes étaient encore en train de fouiller la salle. En se concentrant, il commença à repérer leur présence grâce à ses sens de combattant. Ils étaient une vingtaine.

- Capitaine Sencho ! cria l'un deux, dans le coin où se trouvait le passage vers les sous-sols. Venez vite voir !

- J'arrive ! fit la voix autoritaire.

Puisque le chef allait vers sa gauche, le mage se dirigea sur la droite. Eliminer d'abord les simples soldats, et se charger de leur officier en dernier, car il serait sans doute plus difficile à battre et le blond ne voulait pas être gêné par les subalternes pendant le combat.

Le premier garde qu'il rencontra lui tournait le dos. Il était penché sur la serrure de la cage de Krome et l'examinait avait attention, cherchant sans doute des marques indiquant qu'elle avait été forcée. Il ne sentit pas venir le coup qui s'abattit à l'arrière de son crâne, et s'écroula sans un mot, proprement assommé. Fye le traîna vers le fond de la cage en la contournant par l'extérieur, tâta ses vêtements à la recherche de menottes mais n'en trouva pas. Il détacha la ceinture de sa victime et l'utilisa pour lui saucissonner les bras autour de l'un des barreaux. Il hésita à déchirer sa tunique pour en faire un bâillon puis renonça. La fumée rendait déjà la respiration difficile, et il préférait l'entendre crier à son réveil plutôt qu'il n'y ait pas de réveil du tout. Il ne voulait tuer personne.

Plusieurs gardes étaient à l'intérieur des cellules et s'acharnaient à battre le sol des pieds pour éteindre les derniers restes de l'incendie. Ils étaient concentrés sur leur travail et aucun d'eux ne s'aperçut de rien quand le mage, utilisant l'avantage que lui donnaient sa vitesse surhumaine et l'épaisseur de la fumée, se glissa dans leur dos pour les maîtriser un par un. Puis il revint vers le mur et se chargea d'éteindre toutes les torches. L'obscurité ne le gênerait pas, bien au contraire, elle serait son amie.

- Qu'est-ce qu'il se passe ? demanda Sencho quand la pièce se retrouva plongée dans le noir.

Personne ne lui répondit.

- Qu'est-ce qu'il se passe !? Vous là…

- Oui mon Capitaine ! fit la voix de Mateo.

- Prenez un homme avec vous et bloquez la sortie ! Il y a quelqu'un ici ! Je veux qu'on le trouve et qu'on me l'amène. Vous, vous et vous…

Trois autres voix répondirent.

- Fouillez bien partout. Et vous, le grand là, allez voir ce qui est arrivé à ces maudites torches !

Pendant que les soldats s'activaient pour obéir aux ordres de leur supérieur, Fye poursuivait son ouvrage, cherchant ceux qui étaient un peu isolés, les neutralisant et les attachant le plus loin possible de l'entrée, là ils où ils étaient le plus difficilement repérables.

Le capitaine passa sa main sur le mur de glace qui bloquait l'accès au sous-sol et le caressa doucement, reproduisant sans le savoir le geste que le mage avait fait quelques minutes plus tôt. Puis il se retourna, s'immobilisa et écouta. Il pouvait entendre les pas de l'homme qu'il avait envoyé vérifier les torches, et, dans l'escalier, les voix de Matéo et d'un autre. Ils paraissaient très agités, ils avaient dû découvrir quelque nouvelle mauvaise surprise.

Vers le centre de la salle, il percevait également les mouvements de quatre ou cinq soldats cherchant leur chemin dans le noir et la fumée pour venir le rejoindre. Parfois, un bruit de choc et une protestation douloureuse lui indiquait qu'ils s'étaient cognés ou avaient trébuché. Mais cinq dans la pièce, deux dans le couloir, un près du mur et lui, ça ne faisait que neuf personnes, alors qu'il était venu avec une vingtaine de gardes. Où étaient passés les autres !?

- Silence ! s'exclama-t-il. Que plus personne ne bouge et que tout le monde se taise !

Il fut obéi aussitôt et un calme profond tomba sur la prison.

- Comptez-vous ! Je commence ! Un !

- Deux ! fit un homme près de lui.

- Trois ! dit Matéo.

Sencho attendait. Quatre. Cinq. Six. Sept. Huit. Neuf.

- Dix, dit quelqu'un, dans le fond de la pièce.

Le capitaine se tourna dans cette direction. Il était certain de ne pas connaître cette voix au timbre doux.

- Le dixième, qui êtes-vous ? Donnez votre nom, votre grade et montrez-vous ! Les autres, ne bougez pas, restez où vous êtes.

Soudain, il capta une présence toute proche, trop proche, juste dans son dos. Il se retourna brusquement et balança un coup de poing dans le noir, de sa main gauche, tout en cherchant à dégainer son sabre de la droite. Son attaque ne trouva que le vide. Quelqu'un l'attrapa brutalement par derrière, passa un bras autour de sa taille pour le plaquer contre lui, et quelque chose de pointu vint se poser contre la peau de sa gorge.

- Je m'appelle Fye, dit, tout près de son oreille, la voix douce qu'il avait entendue précédemment. Je ne vous veux pas de mal, alors soyez sage, je n'ai pas envie qu'il y ait un… accident.

L'officier déglutit péniblement. Qui était cet homme ? Et comment avait-il fait pour s'approcher si vite sans être remarqué avant le dernier instant ?

- Qu'est-ce que vous voulez ?

- Rien. J'aimerais juste que vous et vos hommes vous teniez tranquilles pendant encore un moment. Croyez-vous que cela soit possible, Capitaine Sencho ?

- C'est vous qui avez bloqué la porte avec de la glace ?

- Oui. L'autre aussi, d'ailleurs. Nous sommes coincés ici, vous, vos hommes et moi.

- Ce n'est pas très malin. Comment comptez-vous vous échapper maintenant ? Tôt ou tard, on se rendra compte de mon absence et les gardes qui sont à l'extérieur défonceront la porte pour venir me chercher. Vous serez pris, condamné et exécuté pour ce que vous venez de faire.

- C'est ennuyeux, et sans doute inévitable, je le reconnais.

- Alors il est inutile de me menacer. Relâchez-moi et rendez-vous, vous vous épargnerez au moins une arrestation brutale.

- Je suis désolé, j'ai d'autres projets dans l'immédiat. Veuillez rappeler les deux hommes qui sont dans les escaliers, je ne voudrais pas qu'ils attirent trop tôt l'attention de l'extérieur en tambourinant contre la porte.

- Hors de question. Je n'obéirai pas à un malfaiteur.

Les griffes du mage s'enfoncèrent un peu plus dans la peau de son cou.

- Et si je dis « s'il vous plaît » ?

oO0Oo

Ginryû s'abattit violemment sur le museau du monstre qui poussa un terrible rugissement mais ne recula pas. Du sang se mit à ruisseler le long de ses babines, et il l'essuya d'un coup de langue. Il s'arrêta, se rassembla sur lui-même et s'apprêta à bondir sur le ninja qui lui faisait face. Un sourd grondement montait des profondeurs de sa gorge.

Kurogane rectifia sa position et se remit en défense, prêt à subir un nouvel assaut. Il avait déjà affronté des adversaires puissants, mais aucun n'aurait pu se mesurer à cet homme-chien. Il semblait fait de pierre et les coups qu'il recevait sans chercher à les esquiver l'égratignaient à peine. Non seulement il possédait une résistance hors normes, mais en plus il était rapide, d'une force exceptionnelle, et beaucoup plus rusé que ne le laissait croire son apparence bestiale. Le combat allait être rude.

Un peu plus loin dans le tunnel, Haiena se relevait péniblement. Elle avait donné l'assaut trois fois, et trois fois elle avait été repoussée avec une facilité déconcertante. Elle était blessé en plusieurs endroits, perdait beaucoup de sang et elle haletait.

Kobalte claqua des mâchoires. Il allait charger. Le ninja ne lui en laissa pas le temps et repassa le premier à l'action. Il hésitait à donner toute la mesure de sa puissance. S'il lançait l'une de ses attaques spéciales, il avait peur que les murs et le plafond n'y résistent pas. La perspective de recevoir quelques tonnes de pierres sur la tête ne l'enchantait guère, mais surtout, ce tunnel était leur seule voie vers la liberté, et il fallait veiller à ce que rien ne vienne l'obstruer.

Mais je n'ai pas tellement le choix, pensa-t-il. Contre un tel adversaire, je ne vais pas m'en sortir avec des attaques simples. Si je ne donne pas tout ce que j'ai, on est foutus. Il concentra toute son énergie. Il allait utiliser cette technique, celle que son père lui avait léguée.

- Hama…

- Kurogane-san !

Une voix féminine et le bruit d'une course derrière lui l'interrompirent. Distrait, il ne put qu'éviter le monstre au dernier moment et les dents de celui-ci laissèrent une longue estafilade sanguinolente sur son bras gauche.

- Bordel, grogna-t-il en donnant quelques coups d'épées pour faire battre la créature en retraite.

Kobalte recula de quelques pas pour se préparer à l'attaque suivante.

- Kurogane-san ! répéta Yuriko.

- N'approche pas, idiote ! beugla le ninja. Tu ne vois pas que c'est dangereux !? Tu me gênes !

La fille s'arrêta et le ninja lui lança un bref coup d'oeil. Elle était pâle, à l'évidence terrifiée, mais elle s'approcha tout de même de quelques pas supplémentaires.

- Je… Kurogane-san c'est vraiment terrible ! Je dois vous parler !

- Eh ben quoi, parle et ensuite tire-toi. C'est trop dangereux pour toi ici.

- C'est à propos de Fye-san… On ne le voyait pas arriver alors je suis allée à sa rencontre, mais… la porte du premier sous-sol était fermée. Et je n'ai trouvé Fye-san nulle part.

- Comment ça nulle part ? Il n'a pas disparu.

- Je crois qu'il est resté enfermé dans la salle des cages.

- T'es sûre que tu l'as bien cherché partout ?

- Oui, certaine. Deux personnes m'accompagnaient, on a pris la torche que vous aviez laissée et on a regardé dans tous les coins. Il n'y a pas d'autre possibilité, il est sûrement resté dans la salle du haut.

- Merde… grogna le ninja. Qu'est-ce qu'il a encore foutu, ce crétin ?