Note complètement inutile de l'auteur : Dès que je vais sur internet pour chercher un petit truc, je finis par regarder trois épisodes de Friends, un tuto sur l'application du henné sur les cheveux et toutes les dernières vidéos explicatives d'Emergency Awesome sur l'univers de Game of Thrones ! Hier par exemple, je voulais simplement répondre à un mail et j'ai fini par chercher pendant une heure les meilleures recettes de chili con carné ! Y'a AUCUN rapport ! (Comme cette note, d'ailleurs, mais j'avais besoin d'en parler).
CHAPITRE 20 : Boycott – LILY
NATHANIEL PASSA LA TÊTE par la porte de son bureau entrouvert.
– Hey, l'apostropha-t-il avec un sourire timide
Lily leva la tête du contrat qu'elle parcourait, et lui rendit son sourire.
– Hey, répondit-elle. Entre, je t'en prie.
Elle n'était pas encore tout à fait à l'aise avec son collègue, mais ce dernier fournissait des efforts indéniables pour faire oublier son comportement des dernières semaines. Comme promis, Lily lui accordait le bénéfice du doute et acceptait ses tentatives de socialisation.
– Je voulais juste de dire que je vais rentrer, reprit Nathan en ouvrant la porte plus grand mais sans entrer. Tu vas te retrouver seule, les autres filles sont déjà parties…
– Quelle heure est-il ?
Il jeta un coup d'œil à la montre qui ornait son poignait.
– Un peu plus de dix-neuf heures.
– Déjà ? s'étonna-t-elle. J'ai pas vu le temps passer… Je suppose que je vais pas tarder, alors. Juste quelques documents à renvoyer et je rentre aussi.
Elle tenta en vain de réprimer un bâillement.
– Ça va aller ? s'inquiéta Nathan.
– Oui, juste un peu fatiguée, rassura Lily en s'étirant tel un félin. Vivement le week-end.
– Prévu quelque chose de spécial ?
Elle eut un rire sans joie.
– A part dormir et travailler ?
Il lui jeta un regard compatissant.
– Tu devrais te reposer un petit peu, conseilla-t-il avec un brin de remontrance. Tu travaillerais beaucoup plus efficacement en étant reposé, tu sais, et ça ne veut pas dire simplement dormir. Je sais que la date du mariage est proche, mais prendre une soirée de repos ne sera pas du temps perdu.
– Je sais, dit Lily avec un soupir. Mais c'est plus facile à dire qu'à faire quand on a toute cette pression. Enfin… Ce soir au moins, je n'ai pas vraiment le choix : c'est l'anniversaire d'Andréa et je pense pas que j'aurais l'occasion de planifier quoi que ce soit.
– Oh ? Ça lui fait quel âge ?
– Trente-six il me semble…
– Qu'est-ce que tu comptes lui offrir ?
– Un petit séjour en France. C'est un amateur de cuisine, et je suis tombée par hasard sur ce chef qui organise des séjours gastronomiques dans son château. Ça devrait beaucoup lui plaire.
Ce n'était pas la seule raison : Andréa était de plus en plus pris par son travail et Dorcas, qui se plaignait d'habitude jamais de sa vie maritale, lui avait confié vivre très mal cette situation. Lily pensait que ce court voyage pourrait leur permettre de se retrouver.
Nathan haussa un sourcil.
– C'est… très généreux de ta part.
Lily ne remarqua pas la pointe d'irritation dans sa voix, et haussa modestement les épaules.
– Après tout ce qu'il a fait pour moi, et maintenant que je peux me le permettre…
Elle sourit, et Nathan esquissa un sourire qui n'atteignit pas ses yeux, et qu'elle ne nota pas une fois de plus du fait de sa fatigue.
– Quoi qu'il en soit, reprit-il aimablement, si jamais t'as besoin d'aide pour l'organisation du mariage, je serai ravi de te filer un coup de main. Ce n'est pas comme si je suis débordé en ce moment, et j'ai de l'expérience en la matière. N'hésites pas à me solliciter.
– Oh… c'est très gentil, Nathan, dit-elle, à la fois sincèrement surprise et touchée. Je garde ça en mémoire. Merci.
Lily doutait cependant que James soit ravi d'apprendre que son rival travaille sur son mariage. Il le soupçonnerait probablement de chercher à le saboter discrètement, et, pour être honnête, Lily avait les mêmes réserves. Nathan semblait être réellement passé à autre chose, se montrait aimable avec Lily et prononçait le nom de James avec indifférence. Cependant, son changement était beaucoup trop récent et la date du mariage beaucoup trop imminente pour qu'elle prenne un tel risque malgré le travail à faire. Malgré qu'il paraisse sincère, elle ne savait pas si son ex petit-ami serait capable de se montrer assez professionnel pour sincèrement tout mettre en œuvre afin d'assurer le succès de la cérémonie.
Elle afficha donc un sourire poli qui n'engageait à rien, et Nathan eut l'air satisfait de lui-même.
– OK. J'y vais. Reste pas trop tard, alors.
– Bye.
– Bye, Lily.
Après son départ, elle travailla une demi-heure de plus avant de ranger ses affaires pour partir.
Au moment où elle éteignait les lumières, un hibou tapota à la fenêtre, et elle reconnut celui qu'elle avait appris à détester au cours des dernières semaines, car il appartenait à Elinor. Elle poussa un grognement, en se demandant ce qu'avait encore bien pu imaginer cette dernière pour la rendre chèvre, mais fut presque autant surprise par la taille que par la teneur de la missive :
Miss Evans,
J'aimerai revenir au projet initial, celui que vous aviez établi le mois dernier. Après mûre réflexion, c'est celui qui me correspond le mieux. Merci de commencer les préparatifs au plus vite.
Elinor Marvella BELL
– ALLELLOUIA ! s'écria Lily en esquissant une petite danse de la victoire.
Ce revirement était soudain, inattendu et surprenant, mais définitivement bienvenu. Enfin, Elinor cessait de changer d'avis sans cesse. Le fait que le mariage ait lieu dans moins d'un mois lui avait probablement remis les pieds sur terre. Le message d'Elinor ne débordait pas d'enthousiasme et son ton résigné était presque vexant, mais l'essentiel était qu'elle se décide enfin sur une ligne de conduite.
Lily était certaine que l'indécision de la fiancée n'avait pas uniquement à voir avec ses caprices habituels. Elle sentait, dans la manière dont Elinor avait systématiquement démonté son travail et cruellement rejeté ses propositions, qu'elle cherchait par là à lui faire payer quelque chose, et ce quelque chose n'était pas difficile à deviner.
Lily était persuadée que l'acharnement d'Elinor était dû à l'intérêt que James lui portait. Elle avait joué la carte de la nonchalance, mais son indifférence était peut-être feinte si elle s'en prenait à Lily… Elle avait été très claire quant au fait qu'elle ne voulait pas que Lily s'éternise après le mariage, et James et elles étaient partis en vacances précisément au moment où Lily et lui se rapprochaient dangereusement. Elle était convaincue que leur départ soudain n'était pas un hasard – et si c'en était un, la coïncidence était heureuse. Lui, ou elle (et Lily mettrait sa main à couper que c'était plutôt « elle »), avaient voulu lui faire passer un message.
Le mois écoulé avait le mérite de lui avoir remis les pieds sur Terre. Et, si Elinor avait réellement tout planifié, Lily lui était reconnaissante pour cela.
(Du moins, sa raison l'était. Son cœur un petit peu moins.)
De plus, avec la décision d'Elinor, qu'elle espérait finale, elle avait un poids de moins sur les épaules.
Elle ralluma les lumières, ressortit le classeur du premier projet qu'elle n'avait heureusement pas jeté, dressa une liste des choses à faire et des personnes à contacter, avant de quitter enfin les bureaux déserts.
LORSQUE LILY ARRIVA chez les Meadowes, vêtue de manière bien plus décontractée que les tenues qu'elle enfilait afin de paraitre moins jeune et plus crédibles lors de ses rendez-vous, ce fut Katie qui lui ouvrit la porte. Les deux femmes rougirent fortement, avant de s'adresser quelques politesses. Ce n'était pas la première fois qu'elles se trouvaient en compagnie l'une de l'autre depuis leur engueulade, et c'était malheureusement toujours aussi inconfortable de se croiser.
Lily gardait obstinément pour elle les accusations exactes de Katie, mais Dorcas sentait que cette dernière n'y était pas allée de main morte et lui en aurait tenu rigueur si Lily n'avait pas tiré de cette confrontation la force de se montrer moins passive. Par respect pour Doc, toutes trois s'efforçaient cependant de maintenir une relation cordiale.
Katie semblait regretter ses malheureuses paroles, mais, heureuse d'être enfin débarrassée de la présence de Lily, ne parvenait à se résoudre à lui présenter des excuses. Quant à Lily, même si elle avait pris toute seule la décision de leur lasser plus d'espace, elle ne pouvait s'empêcher d'en vouloir à la blonde pour sa jalousie qui la privait de l'affection de son meilleur ami.
Ce dernier la prit d'ailleurs dans ses bras dès qu'elle entra dans le salon, l'air sincèrement heureux de la revoir, et Lily se permit de le serrer brièvement dans ses bras. Tout lui manquait, chez Doc, de son sourire à son parfum, mais elle ne voulait pas réveiller l'ire de Katie.
Sous prétexte de vouloir également embrasser la star de la soirée, elle mit fin à leur étreinte et se glissa presque immédiatement dans ceux d'Andréa.
– Tu as grossis, le taquina-t-elle en tapotant affectueusement sa bedaine.
Andrea lui donna une chiquenaude sur le front.
– Et toi, tu as maigri, fit-il remarquer sur un ton réprobateur.
– Tu trouves ? dit Lily. Ça fait longtemps que je ne me suis pas pesée… C'est vrai que mon dernier repas digne de ce nom n'est qu'un lointain souvenir…
– Tu vas pouvoir te rattraper, car Cassie a préparé une montagne de nourriture, dit Andréa.
Lily lui tendit son cadeau, qu'Andréa plaça sur la table où trônaient déjà ceux de Doc et Katie.
– Où est Dorcas, d'ailleurs ? s'enquit-elle.
– Dans le jardin.
Lily se rendit dans le jardin en suçotant le fruit percé au bout de son éventail en papier, où Dorcas avait en effet dressé un gigantesque et apetissant buffet coloré qui lui mit instantanément l'eau à la bouche.
– Woaw, quel festin ! s'exclama-t-elle. Tu t'es surpassée !
Dorcas, qui préparait les viandes pour le barbecue, sourit modestement.
– Arrête, dit-elle en rougissant. T'exagères.
Elle se firent la bise lorsque Lily arriva à sa hauteur.
– Sérieusement, ça a l'air trop bon. Qu'est-ce que c'est que ça ?
– Des batbouts. C'est marocain. Vas-y, goûtes !
Lily obtempéra avec plaisir.
– Délicieux, murmura-t-elle en fermant les yeux un instant. Comment t'as réussi à faire tout ça en si peu de temps ?
– Kate m'a donné un sacré coup de main, à vrai dire. J'y serai jamais arrivée toute seule.
Lily décida d'ignorer la pointe de jalousie qui lui transperça le cœur.
– Tu as invité combien de personnes ? reprit Lily.
– Une trentaine, sans compter les collègues d'Andy.
– Hmm.
Lorsque Dorcas eut le dos tourné, elle se servit de nouveau sur le buffet.
– Je suis désolée de ne pas avoir pu me libérer pour venir t'aider aussi, répéta Lily une fois le beignet englouti.
– Ne t'inquiète pas, assura la brune. Et puis, je doute que tu en aurais eu la force, de toute manière. Elinor te mène toujours la vie dure, je suppose ?
– A vrai dire, non ! s'écria Lily.
– Depuis quand ? s'étonna Dorcas.
– Une heure, environ. Juste avant de venir, j'ai reçu un hibou ou elle me demandait de revenir au projet initial.
– Oh, bonne nouvelle ! Mais au fond, je ne suis pas étonnée.
– Comment ça ? s'étonna Lily à son tour.
Dorcas mit le feu au barbecue d'un coup de baguette.
– Et bien, le mariage approche, et elle a dû aussi estimer que ce ne serait pas facile d'improviser ses fausses excuses en face à face, expliqua-t-elle.
Lily ouvrit de grands yeux.
– Tu veux dire que.. ?
– Yep. Remus m'a dit que James et elle sont de retour.
Le cœur de Lily rata un battement, et elle fut reconnaissante que son amie, occupée à allumer le barbecue, ait une nouvelle fois le dos tourné et soit incapable de voir son expression décontenancée.
De retour…
Elle s'était fait une raison, et sentait qu'elle passait à autre chose, même si un zeste de James trottait toujours dans son esprit. Mais, quand elle y pensait, elle avait vécu avec un zeste de James la moitié de sa vie, n'était jamais parvenue à effacer complètement ce qu'elle ressentait pour lui.
Avec le temps, elle réapprendrait à mettre ces sentiments dans un recoin de son esprit.
– Remus aussi sera là, ajouta Dorcas en s'essuyant les mains sur son tablier. Peter m'a promis de passer aussi, mais Sirius est en stage avec le ministère en ce moment.
Lily demanda d'une voix miraculeusement égale :
– Depuis quand sont-ils de retour ?
– James et Miss Bell ? Il y a quelques jours.
Lily se mordit la lèvre.
Malgré toutes ses résolutions, elle ne put s'empêcher de ressentir une pointe de déception à l'idée que James soit de retour dans les parages et n'ait plus cherché à la joindre. Elle se rendit compte qu'elle avait inconsciemment nourrit l'espoir qu'il ne l'ignorerait plus une fois revenu de ses vacances, mais le fait qu'il continuât à garder ses distances répondait de manière aussi brutale que définitive aux questions qu'elle se posait encore.
Qu'il l'ignore aussi brutalement prouvait que tout ce qu'il éprouvait pour elle était de l'attirance physique, peut-être mêlée à une amitié un peu plus sincère.
Qu'il choisisse de continuer à l'ignorer l'aiderait probablement à faire le deuil d'un fantasme de toute une vie. Elle devait s'efforcer de voir le bon côté des choses.
– Est-ce que tout va bien ? s'enquit Dorcas, la tirant ainsi de ses pensées.
Lily hocha la tête. Plus le temps passait, et plus elle se persuadait de s'être imaginé le magnétisme qu'il y avait entre eux, plus elle s'en voulait d'avoir osé croire que James avait de réels sentiments pour elle. Comment pouvait-il se montrer aussi froid ?
– Bien sûr. Je pensais encore à quelques détails… enfin…
La sonnette retentit, salvatrice, détournant l'attention de l'hôtesse.
– Oh, je crois que les premiers invités sont arrivés, s'exclama Dorcas sur un ton surexcité.
– Vas les accueillir, je vais finir de préparer le barbecue, proposa Lily.
Dorcas retira son tablier, et se précipita à l'intérieur, où bientôt des voix enjouées se firent entendre et envahirent la maison. Le fait de n'être entourée que de semi-inconnus tous plus avenants les uns que les autres, et que la fête se passât à l'extérieur calma grandement l'angoisse qu'éprouvait Lily lorsqu'elle se retrouvait dans une foule. De plus, le simple fait de s'occuper des grillades semblait la recommander aux yeux de tous.
C'était la première fois depuis très longtemps qu'elle se sentait détendue, et elle ne put s'empêcher de se dandiner en retournant les saucisses lorsque Dorcas mit la musique en route. Son envie de danser ne passa pas inaperçu, car Sturgis Podmore l'invita bientôt à danser et Dorcas la remplaça au barbecue avec plaisir. Il fut remplacé par Remus, puis par Franck Londubat, sur lequel Alice vint mettre le grappin sitôt la dernière note émise, et tous trois discutèrent allègrement en sirotant des verres saisis sur le plateau que Doc faisait circuler. Elle croisa également Bart Croupton et Peter Pettigrow, mais ne vit aucune trace de Sirius, ou de James.
Non pas qu'elle l'avait cherché.
Mais elle était contente qu'il soit absent.
Lorsqu'elle revint au barbecue une demie heure plus tard, un sourire radieux peint sur le visage, elle trouva son amie engagée dans une grande discussion avec son époux, Doc, Katie, ainsi qu'un jeune homme dont elle reconnut la touffe de cheveux immédiatement.
Elle en fit presque tomber l'assiette qu'elle avait composé au buffet.
C'était la dernière personne qu'elle s'attendait à voir.
– Toi ! s'exclama-t-elle, l'air incrédule.
Doc, Katie, Andréa et Dorcas lui jetèrent un regard inquisiteur, et Félix se retourna pour voir ce qui avait attiré leur attention.
Il écarquilla les yeux en voyant Lily.
– Toi ! fit-il écho avec la même surprise peinte sur le visage.
Les deux couples les regardèrent avec confusion. Lily fronça les sourcils, et parcourut les derniers mètres sans le quitter un instant des yeux.
– Qu'est-ce que tu fais là ?
– Qu'est-ce que toi, tu fais là ?
– J'ai posé la question en premier.
– Tu me traques, ou quoi ? demanda-t-elle sur un ton soupçonneux.
– Pourquoi est-ce que je te traquerais ? répliqua Felix en roulant des yeux avec impatience. Non pas que ça m'aurait déplu à la réflexion, si j'en avais eu l'occasion, ajouta-t-il en la regardant de bas en haut.
Elle croisa les bras.
– Comment ça, l'occasion ?
– Ce serait bien difficile si c'était le cas, vu que je n'ai ni ton numéro, ni ton adresse, ni même ton nom de famille, Je suis même pas certain que Lily soit ton vrai nom.
– Pourquoi est-ce que je t'aurais donné un faux prénom ?
– Est-ce que vous vous connaissez ? demanda prudemment Dorcas.
Le fait qu'elle peinait à réprimer un sourire n'échappa à personne.
Ils se regardèrent quelques instants.
– Oui, dit Lily à contrecœur.
– On a passé une nuit ensemble, il y a quelques semaines, ajouta nonchalamment Felix. Un moment court, mais intense.
– Quoi ?
Lily le frappa à l'arrière de la tête.
– Ouch !
– Lily ?
– C'est pas vrai, on n'a pas passé une nuit ensemble, dit précipitamment cette dernière en rougissant.
– Ah ? dit Felix avec un petit rire. Désolé, mon imagination s'est emportée.
Lily roula des yeux, puis se tourna vers les autres convives qui la fixaient toujours.
– On s'est rencontrés le mois dernier au Salon du Chocolat, précisa-t-elle. Je ne l'ai plus revu depuis.
Felix croisa les bras.
– Pourquoi est-ce que tu ne m'as pas rappelé, d'ailleurs ? demanda-t-il, l'air réprobateur. J'ai attendu des heures à côté de mon téléphone en espérant qu'il sonne.
– Tu mens.
– Peut-être un peu, admit-il, bon enfant.
– Je pensais avoir été claire sur le fait que tu ne m'intéressais pas.
– Ouch ! T'es cruelle.
Elle roula des yeux. Doc et Dorcas échangèrent un regard et esquissèrent en même temps un petit sourire entendu.
Ils reprirent la discussion dans laquelle elle les avait trouvés plongés, mais Felix semblait distrait et n'avait d'yeux que pour la nouvelle arrivée.
– Toujours aussi jolie, complimenta-t-il à voix basse. J'avais presque oublié à quel point.
Lily se sentit rougir.
– J'aime beaucoup ça, dit-il en désignant sa poitrine.
– Mes seins, ou mon T-shirt des Beatles ? s'offusqua Lily.
– Les deux, mais principalement ton T-shirt, qui, au passage, révèle plus qu'il ne cache, se défendit Felix sur un ton faussement réprobateur. Ta chanson préférée des Beatles ?
– Yesterday et I Feel Fine.
– Pas mal.
Il saisit un pique et retourna les quelques saucisses qui finissaient de cuire sur la grille.
– Qu'est-ce que tu fais là, au fait ? demanda-t-elle.
– J'ai été invité par Dorcas. Je suis un collègue de Mr Meadowes, précisa-t-il devant son air interrogateur.
– Oh. OK.
– Et toi, qu'est-ce que tu fais là ? C'est peut-être toi qui me traques ?
Lily roula des yeux.
– Dorcas est ma meilleure amie.
Il hocha la tête.
– Le monde est petit.
– C'est clair. Je ne pensais pas te revoir un jour, admit Lily après une courte pause.
– Pour te dire toute la vérité, ton amie Mary voulait me donner tes coordonnées dans ton dos, mais j'ai refusé car je sentais qu'on allait se revoir.
Elle lui jeta un regard interrogateur.
– Tu sentais ?
Il lui adressa un sourire qui lui assécha instantanément la gorge. Elle aussi avait presque oublié à quel point il était séduisant, avec ses cheveux d'un blond sale qui lui retombaient sur ses yeux marrons, et son sourire confiant qui ne le quittait jamais.
– Je t'avais dit être un peu superstitieux, si tu te souviens bien. Tu crois un peu plus au destin, maintenant ?
– Je n'ai jamais dit que je n'y croyais pas, nia Lily dans un souffle.
– Bien.
Il hésita, puis ajouta :
– Je suis content de te revoir.
Et Lily ne put s'empêcher de sourire.
LA FÊTE SE PASSA dans une ambiance décontractée et animée, ponctuée de fous rires joyeux. Felix passa la soirée auprès de Lily, qu'il tenait souvent par les épaules, si bien que plusieurs personnes les méprirent pour un couple. Lily le repoussa les premières fois, mais son toucher était si agréable et naturel qu'elle oubliait la plupart du temps qu'il se montrait aussi familier. Bien qu'il ne connaissait personne, il était si sociable qu'il était déjà invité à trois autre fêtes avant même qu'une heure se soit écoulée depuis son arrivée.
Lily également appréciait Felix, et était ravie de pouvoir faire plus connaissance sans avoir à se retrouver en tête à tête dans le cadre d'un rendez-vous. Il n'y avait ainsi aucune attente de part et d'autre, même si Felix ne pouvait s'empêcher de flirter avec elle, toujours avec légèreté et humour.
C'était peut-être parce qu'elle avait renoncé à James, ou parce qu'elle savait qu'il était intéressé par elle, qu'elle se rendit plus compte que le jeune homme lui faisait du rentre dedans, contrairement à lors de leur première rencontre… et qu'elle en fut plus sensible, bien que décidée ne pas les accueillir. Un mois seulement après avoir renoncé à James, elle voyait déjà les résultats qu'un vrai célibat pouvait amener dans la vie d'un cœur d'artichaut comme elle. Elle parvenait à canaliser toute son attention dans son travail, se sentait plus confiante, plus capable, plus motivée à dépasser ses limites.
Ses amis étaient sous le charme de Felix, et le cachaient avec difficultés. Au moment de partir, lorsque Doc demanda un aparté à Lily, elle était certaine qu'il ne souhaitait que savoir ce qu'il se passait entre les deux, mais il avait en réalité autre chose en tête.
– Je peux savoir ce qui se passe avec Katie ? demanda-t-il.
Lily fronça les sourcils.
– Je ne vois pas de quoi tu parles.
– Pourquoi est-ce que vous ne parlez pas à Katie, Dorcas et toi ? Il y a quelque chose que je devrais savoir ?
– Bien sûr qu'on lui parle ! se défendit-elle.
Quand on n'a pas le choix et que tu es dans les parages.
– Les deux seules phrases que tu lui aies dites sont « Salut. » et « Passe-moi les pommes de terre, s'il te plait. » Et Dorcas, ce n'est pas mieux. Je vous ai observées toute la soirée.
Lily haussa les épaules.
– Sérieusement, elle nous a soupçonnés d'avoir couché ensemble, c'est un peu normal qu'on soit gênées l'une avec l'autre pendant quelques temps, non ? s'irrita-t-elle.
Doc soupira.
– Si tu le dis… Et moi, tu m'évites aussi ?
– Bien sûr que non, répondit Lily un peu trop vivement.
– Pourquoi est-ce que tu ne viens plus manger à midi, alors ?
– Je te l'ai dit, je suis débordée en ce moment. Le mariage est dans un mois à peine.
– Si tu le dis, répéta Doc.
Il ne paraissait pas convaincu, mais n'insista pas, la prit plutôt dans ses bras, et lui baisa le front.
– Tu me manques, en tout cas.
Lily s'accrocha à ses bras. Il lui manquait aussi.
FELIX INSISTA POUR LA RACCOMPAGNER, et Lily céda sans trop protester.
Malgré qu'une timide averse se mit à arroser la ville endormie, Lily et Felix décidèrent de continuer leur promenade à travers Londres. Cela faisait déjà deux bonnes heures qu'ils déambulaient de rues en rues vers leur quartier, absorbés par une conversation aussi stupide qu'amusante.
– Hmm. C'est donc là que tu vis, dit-il lorsqu'ils s'arrêtèrent devant la porte de l'immeuble. On habite vraiment à côté, ma maison est à dix minutes à pied.
– T'habites où ?
– Quelque part vers là, de l'autre côté du parc.
Elle acquiesça.
– Merci de m'avoir raccompagnée.
– Tout le plaisir est pour moi.
Il y eut un petit silence qui n'était pas désagréable, mais Felix la regardait avec un petit sourire et Lily sentait qu'il attendait quelque chose d'elle. Décontenancée, elle se souvint tenir le reste d'une bouteille que lui avait offerte Dorcas, et le pointa du menton.
– Est-ce que tu veux monter boire un dernier verre ? finit-elle par demander.
Felix secoua la tête.
– Nah, dit-il tranquillement, je serai bien trop tenté.
– De ?
Il esquissa un sourire goguenard.
– T'embrasser.
Lily cligna des yeux, et le sourire de Felix s'élargit.
– A moins que ce soit ce que tu veux, ajouta-t-il de sa voix nonchalante.
– Non, répliqua précipitamment Lily.
– Woaw, ça fait mal, s'exclama-t-il en agrippant sa chemise au niveau de son cœur. Je suis si repoussant que ça ?
– Non, bien sûr que non, au contraire, je…
– « Au contraire » ? releva le jeune homme, qui riait franchement à présent. Mon ego est restauré, merci.
Lily lui donna mollement un coup sur l'épaule. Il eut un petit rire, et lui tendit de nouveau sa carte.
– Tâches de ne pas la perdre, cette fois. Et appelles- moi, même si c'est juste pour trainer ensemble, OK ? J'ai passé une bonne soirée, et tu y es pour beaucoup.
Elle acquiesça, et leurs doigts se touchèrent un bref instant.
– Bonne nuit, Felix.
– Bonne nuit, Lily.
Elle se sentait légère et heureuse.
Son sourire l'accompagna pendant l'ascension des six étages, et ne disparut qu'une fois arrivée sur son palier.
Une magnifique orchidée géante dans un pot couvert de papier cadeau l'attendait devant sa porte.
Et les orchidées étaient ses fleurs préférées.
Intriguée, elle se pencha pour décrocher la carte, et reconnut aussitôt l'écriture de James sur l'enveloppe.
Et son cœur rata un battement.
Elle hésita une minute entière avant de la décacheter.
Super ton interview ! Et t'es canon sur les photos. Je ne savais pas que ta couleur préférée était le bleu. La mienne, c'est le rouge. Je pense que c'est un signe, qu'on a une connexion (haha). Sinon, j'espère que tu vas bien.
Bises, James.
Elle retourna la carte, mais il n'y avait rien d'autre.
Pendant un long moment, elle resta debout à fixer le morceau de parchemin décoré – elle reconnut par ailleurs le papier à lettre d'Elinor.
Puis elle eut un petit rire sans joie, ouvrit la porte, et la claqua derrière elle sans faire entrer la plante.
Elle était furieuse. Outrée. Incrédule devant le culot qu'il démontrait.
James osait lui écrire comme si de rien n'était après l'avoir ignorée pendant un mois ! UN MOIS ! De rage et de frustration. Lily roula le papier en boule et le jeta dans l'âtre de la cheminée éteinte. Elle ne savait pas à quoi s'attendre pour leurs retrouvailles, mais certainement pas à une telle indifférence. Pas un seul petit mot d'excuse pour justifier le fait qu'il ne l'ait pas contactée pendant un mois entier ?! Il l'avait rayée de sa vie sans la moindre explication, et il osait revenir vers elle comme s'il ne s'était rien passé ? Même si elle n'avait pas eu de sentiments pour lui, elle se sentait utilisée, vexé qu'il fasse peu de cas pour la relation qu'ils avaient.
Comment osait-il ? Elle n'était pas un bouche trou, une poupée dont il avait l'usage quand l'envie lui prenait ? Elle n'avait donc été qu'une distraction, qu'il avait négligé si facilement une fois en vacances, et il pensait qu'elle attendrait tranquillement qu'il s'intéresse de nouveau à elle ?
Haha, comme il l'écrivait si bien. C'en était comique.
Elle avait au fond d'elle toujours espéré un signe de James, une explication pour sa disparition. Qu'il lui brise le cœur proprement, qu'il explique son choix de prendre ses distances. Elle aurait accepté. Elle aurait compris.
Mais non. James putain de Potter ignorait l'éléphant dans la pièce et pensait qu'elle en ferait tant.
Pour qui se prenait-il ? Pour qui la prenait-il ?
FUCK YOU, James Potter, pensa-t-elle furieusement. Je ne suis pas à ton service. Je ne suis pas ton bouche-trou. Et tu ne peux pas revenir vers moi quand ça te chante. Et… FUCK YOU, BITCH !
Elle se déshabilla, se glissa dans la baignoire et regarda les robinets la remplir comme s'ils étaient coupables de son désarroi.
Elle était presque autant furieuse que lorsqu'elle avait appris la grossesse d'Elinor.
Nous sommes… err, amis.
Elle ferma les yeux. Elle n'avait pas totalement menti en disant cela à Mrs Lukas.
Elle aimait bien être son amie… James avait parfaitement rempli le vide laissé par l'absence de Marlène, dont il dégageait la même énergie et le même dynamisme. Tous deux étaient le grain de folie qui rendait la vie de Lily un peu plus palpitante, un peu moins classique. Ils se ressourçaient dans la tranquillité qu'elle dégageait, quand elle puisait en eux l'audace d'exposer la fantaisie qui sommeillait en elle.
Et t'es canon sur les photos… Sinon, j'espère que tu vas bien…. Bises, James.
Peut-être qu'elle s'était emportée, à la réflexion. Rien dans son courrier ne laissait entendre qu'il reprenait ses avances. Il reprenait juste contact. Poliment. Il n'y avait rien d'ambigu.
C'était dans la continuité du fait qu'il ne s'intéresse plus à elle romantiquement, mais il souhaitait conserver son amitié.
Elle eut un pincement au cœur.
Qu'est-ce qu'il voulait ? Pourquoi revenait-il vers elle maintenant ? Est-ce qu'il voulait qu'ils deviennent amis ? Etait-ce ce qu'il suggérait par la légèreté de sa carte ?
Et si oui… devait-elle accepter ?
Mais si ce n'était pas le cas ? S'il comptait reprendre son jeu de séduction là où il l'avait laissé, il se mettait le doigt dans l'œil.
Une chose était sûre, néanmoins : le fait que trois petites lignes remplis de mots innocents suffisent à la mettre dans tous ses états prouvait qu'elle n'était pas prête à le revoir.
LE LENDEMAIN, de retour de son jogging matinal, le hibou de James l'attendait avec un mot plus long que la veille :
Hey Evans,
Je viens de me rendre compte que je t'ai pas tenu au courant de ce qui se passe, en ce moment.
Elinor a eu un malaise qui a assez inquiété sa famille pour qu'on l'oblige à rester à Shortbourne. Elle va bien, ne t'inquiète pas, même si ça la rend folle de ne plus pouvoir faire de shopping et d'être auscultée tous les jours par un Guérisseur.
Et en parlant de Guérisseur… je ne t'ai pas dit non plus que je prépare le concours de Médicomagie depuis quelques temps et avec l'aide de Tina. Elle me fait bosser comme un Elfe de Maison, et encore, j'empêche pas Betsy de dormir et je ne le chronomètre pas quand il va aux toilettes… Tina est déjà Guérisseur, du coup elle m'aide à me remettre à niveau. J'ai pas oublié grand-chose mais les épreuves sont début septembre pour cette année Tina pense que je peux y arriver, elle ne veut pas que je perde une année de plus.
Bref, tu me manques.J'espère qu'on se verra bientôt. Elinor m'écrase aux échecs tous les jours et j'ai besoin que tu m'entraines.
Amitiés, James.
Amitiés… au moins, cela répondait à sa question.
Mais il avait également dit qu'elle était canon.
Et qu'elle lui manquait.
Elle ferma les yeux, plaqua le mot contre son cœur battant la chamade, un sourire radieux sur les lèvres….
Bref, tu me manques. J'espère qu'on se verra bientôt.
Puis se reprit.
Elle n'était pas censée se sentir autant soulagée. Elle n'était pas censée se sentir aussi fébrile. Elle était supposée se montrer détachée et faire la part des choses. Elle était supposée combattre son attrait pour James. Mettre des limites.
Il était occupé, très occupé, assez pour ne plus avoir le temps ou l'opportunité de poursuivre sa phase de séduction active, et elle devait profiter de ce contretemps bienheureux pour se reprendre en main. Indirectement, il lui avait permis de prendre du recul, et avant même de redéfinir leur relation, elle voulait redéfinir ce qu'elle était elle, Lily Evans. Une femme forte, intelligente, brillante, déterminée et digne.
Enfin, il parait.
Une chose était sure : elle aimait assez James pour souhaiter rester son amie.
Oh. OK, je comprends mieux. Souhaites un bon rétablissement à Elinor. Merci pour l'article.
Elle se respectait assez pour ne pas risquer de devenir plus.
SHASHI LA HÉLA alors qu'elle s'éloignait vers son bureau.
– Ton ami est venu pendant ton absence, annonça-t-elle. Vous vous êtes ratés de quelques secondes.
Lily fronça les sourcils.
– Qui ? Doc ?
– Non. James Potter.
Le cœur de Lily rata un battement, mais elle parvint à maintenir un air impassible.
– Est-ce qu'il a laissé un message ? s'enquit-elle d'une voix miraculeusement égale.
– Non, il voulait te parler en personne. Mais il avait l'air très pressé car il n'arrêtait pas de regarder sa montre.
– Oh. OK.
La porte de l'agence s'ouvrit à ce moment-là sur Nathan, qui salua les deux femmes avant de trier le courrier à la recherche des siens.
– Est-ce que je peux te demander un service ? reprit Lily.
– Bien sûr, s'exclama Shashi.
– Mr Potter se montre très curieux au sujet d'une… euh, disons surprise que Miss Bell et moi préparons. Je ne sais pas garder les secrets, et j'ai peur de laisser échapper une information s'il insiste trop. C'est pour ça que je l'évite un peu, en ce moment.
– Oh, je vois !
Nathan leva les yeux pour les regarder.
– Si Mr Potter passe de nouveau et que je suis là, est-ce que ça t'embêterai de lui dire que je suis à un rendez-vous ou à une réunion à l'extérieur ? continua Lily.
– Bien sûr que non, s'écria Shashi. C'est tellement romantique. Qu'est-ce que vous préparez ?
– Si je te le disais, ce ne serait plus une surprise, dit-elle avec un clin d'œil. Tu verras le jour du mariage.
LILY POUSSA UN SOUPIR consterné.
– Qu'est-ce que tu fais là, déjà ?
Dorcas sourit.
– Oh, allez. Si t'arrêtais de nier aussi catégoriquement, on en serait pas là.
– T'as rien de mieux à faire ? Rentre chez toi.
– Allez !
– Dorcas, il n'y a rien entre Felix et moi.
– Mais vous sembliez si complices ! Rarement vu une telle alchimie entre toi et quelqu'un d'autre. Et il est tellement adorable.
– Je te l'ai dit, je me concentre sur ma carrière. Je ne veux pas d'homme dans ma vie. Ni lui, ni personne d'autre.
Dorcas posa une fesse sur le bureau.
– Hmm ? Pourtant Sorcière Hebdo dit que c'est une affaire qui roule entre Nathan et toi.
– Si Sorcière Hebdo le dit, ce doit être vrai, rétorqua Lily sur un ton sarcastique.
Dorcas ne répondit rien et tourna une page dudit magazine.
– Ils ont encore publié un article ?
– Hm-mm. Regardes.
Lily jeta un coup d'œil à la page que lui présentait son amie, et émit un grognement furieux.
– Je ne sais même pas d'où est-ce qu'ils sortent ces photos de Nathan et moi.
– Elles sont peut-être fausses ?
– Non…
Elle soupira.
– Celle-là, par exemple, a été prise au vernissage d'une artiste dont j'ai oublié le nom – tu vois, j'avais encore une frange. C'était en avril dernier, on venait juste de commencer à sortir ensemble, et je m'en souviens parce que….
J'avais surpris James en train d'embrasser Marlène.
– C'était… une soirée vraiment chiante, conclut-elle maladroitement.
– T'en as parlé à Nathan ?
– Oui, il semble aussi embêté que moi. Lui et Hestia essaient de se renseigner sur qui fournit des photos aux magazines. Tout le monde s'emballe et spécule depuis l'article de Marry Merrily.
Elle soupira.
– Au fait, je voulais te demander… info ou intox ?
– A quel propos ?
Dorcas lut le titre :
– « Nathaniel Smith et Lily Evans : le jeune couple qui nous a fait fondre tout l'été plus complices que jamais. »
Lily esquissa une grimace.
– Sérieusement, Dorcas ? Après tout ce qu'il a osé me dire ?
– Oui, ben excuse-moi, mais je te rappelle que je vous ai trouvé plongés dans ce qui m'a paru une plaisante discussion il y a moins d'une demi-heure, donc je me pose des questions. Visiblement, vous vous êtes rapprochés depuis la dernière fois…
Lily haussa les épaules d'un air indifférent, avant de se replonger dans ses dossiers.
– Il m'a simplement apporté un petit café, et on en a profité pour discuter un peu.
– De quoi ? Parce que je vous ai entendu rire, aussi.
– Pas seulement du travail, admit Lily sur un ton irrité. On a parlé de beaucoup de choses.
Dorcas marqua une pause.
– Je ne t'ai jamais vu pardonner à quelqu'un aussi vite.
– Tu m'as dit de ne pas être rancunière. Et j'ai très vite pardonné à James aussi.
– Parce qu'il te plaisait. C'est le cas de Nathan aussi ?
– Non !
– Tu es certaine ?
– Je n'ai pas oublié tout ce qu'il m'a dit et fait, grommela Lily, mais il fait des efforts indéniables pour faire table rase du passé et se faire pardonner. Et je lui ai promis de faire un effort.
– Hmm…
– En revanche, c'est vrai que c'est bien plus facile que je ne le pensais, reprit Lily sur un ton anodin. Il… ça ne fait quelques jours, et c'est encore parfois maladroit, mais j'ai parfois l'impression d'avoir retrouvé mon ami Nathan. Celui avant qu'on ait la bêtise de sortir ensemble. J'avais oublié qu'on avait le même humour, et qu'il était si attentionné.
Dorcas lui jeta un coup d'œil soupçonneux.
– Et… c'est tout ?
– Oui, c'est tout.
– Pas une petite étincelle qui se ravive après tout ce temps ?
Lily se contenta de lever les yeux au ciel mais choisit de ne pas répondre.
– Dis-moi que vous ne vous êtes pas réellement remis ensemble, et je te laisse tranquille, insista son amie.
– On ne s'est pas remis ensemble, non. Et on ne compte pas se remettre ensemble. Plus jamais. On essaie simplement de redevenir bons collègues et amis, pas amants.
Dorcas laissa échapper un soupir de soulagement.
– Tant mieux.
Elle posa son magazine, et son regard parcourut la pièce que Lily avait personnalisé au cours des derniers jours avant de se porter sur la balance de Newton présente sur son bureau. Dorcas poussa avec l'index l'une des boules de la pendule, et les regarda d'un air absent s'entrechoquer rythmiquement d'un côté et de l'autre du module.
– Des nouvelles de James, au fait ? reprit-elle au bout d'un silence.
Lily s'efforça cependant de garder une expression neutre. Heureusement, car elle réalisa vite que Dorcas scrutait son visage à la recherche de la moindre trace de détresse.
– C'est la vraie raison de ta visite ? comprit Lily. Ce n'est pas pour me cuisiner au sujet de Felix, mais pour vérifier que je ne suis pas retombée dans les filets de Potter ?
– Disons que je comptais faire d'une pierre deux coups, admit Dorcas. Je m'inquiète pour toi…
– Tu ne devrais pas. J'ai bien compris que je méritais mieux.
Même si ça n'en était pas moins douloureux. Même si son cœur était bien triste de devoir mériter mieux.
Même si elle se demandait parfois ce qui pouvait bien être mieux que les lèvres de James.
– Exactement, approuva Dorcas. Tu es une jeune femme forte, intelligente et brillante. Ne laisses personne te faire oublier que tu es exceptionnelle. Tu mérites quelqu'un qui concentre toute son attention sur toi. Quelqu'un à l'écoute, drôle, qui te fasse rire et rêver…
Quelqu'un comme James, siffla la partie rebelle de son esprit.
Mais il était fiancé, fiancé à une femme enceinte, femme enceinte qui lui avait fait comprendre à demi-mot qu'elle ne voulait voir Lily nulle part autour de son fiancé.
Dans le même temps, James n'était pas du genre à écouter les interdictions des autres.
Mais alors, pourquoi l'ignorait-il ? Cela faisait des jours qu'il était revenu…
– Je suis très heureuse que tu t'en tiennes à tes résolutions, ajouta Dorcas. Mais tu n'as pas répondu à ma question.
Lily hésita.
– Hier… J'ai trouvé des fleurs sur le pas de ma porte, avec une petite carte où il me félicitait pour l'article. En tout bien tout honneur de toute évidence, alors je n'ai pas cherché à interpréter son message. J'ai l'impression qu'il veut qu'on soit amis.
– Hmm. C'est cohérent avec son attitude de ces dernières semaines. Peut-être que maintenant qu'il sait que les braises sont éteintes entre vous, il veut commencer une sincère amitié avec toi.
Lily haussa les épaules.
– Peut-être… C'est aussi ce que je pense… Je ne sais pas ce qui lui prend, mais j'espère qu'il continuera sur sa lancée.
Elle ne savait pas vraiment si elle mentait, en disant cela.
– J'espère aussi, approuva son amie.
LE LENDEMAIN MATIN, alors qu'elle s'apprêtait à se rendre au travail aux aurores et choisissait une paire de chaussures, un bruit dans les escaliers extérieurs attira son attention. L'appartement de Lily et Marlène était le seul au sixième étage de l'immeuble. Aussi, lorsque quelqu'un empruntait le grinçant dernier escalier, elles savaient qu'elles recevraient de la visite.
Lily regarda à travers le judas. James se tenait dans le couloir, juste devant la porte qu'il hésitait visiblement à frapper. Il leva la main une ou deux fois, sans toutefois parvenir à se décider. Finalement, il resta debout à regarder fixement la porte qui, à son insu, constituait le seul obstacle avec l'objet de sa présence. De l'autre côté du panneau, Lily en faisait de même. Par deux fois, elle hésita à lui ouvrir… oui, mais pour lui dire quoi ? Elle n'osait pas lui faire face, ne se sentait pas assez forte pour lui résister s'il tentait quelque chose. Et il tenterait probablement quelque chose. James Potter était un chasseur, et il savait qu'elle n'était pas insensible à son charme.
Tandis qu'elle tergiversait, elle entendit des bruits de pas s'éloigner. Il devait avoir cru qu'elle était absente.
Elle ne put retenir un soupir de soulagement, et regagna le salon.
Quel âge avait-elle pour agir de la sorte ? Douze ? C'était stupide, mais elle redoutait de tomber sur James. Elle reprenait contrôle sur sa vie pour la première fois depuis longtemps, et sentait qu'elle en perdrait les commandes si elle lui laissait le temps de décocher l'un de ses fatals sourires. De plus, elle redoutait de minimiser à nouveau la situation compliquée dans laquelle il se trouvait.
Elle n'avait pas de place dans sa vie, et ne voulait pas lui laisser l'occasion de la convaincre du contraire.
James lui sortit de l'esprit dès qu'elle mit le pied à La Bonne Fée, car une succession d'événements aussi fâcheux qu'inattendus accaparèrent toute son attention.
Sans aucun signe avant-coureur, tous les prestataires avec qui la jeune femme avait signé des contrats pour le mariage se désistèrent sans crier garde, pour des raisons plus invraisemblables les unes que les autres.
Nous sommes dans le regret de ne pouvoir fournir le matériel que…
Suite à une rupture inattendue de nos provisions, il nous est impossible de…
Un incident technique nous contraint à mettre fin prématurément à notre collaboration…
Nous faisons actuellement face à des difficultés qui nous contraignent à…
Une erreur dans l'établissement de notre contrat nous oblige à…
– Sérieusement ? désespéra Lily après la douzième lettre l'informant d'une soudaine rupture de stock de tout leur matériel.
Le phénomène semblait toucher toute l'agence, si bien qu'à la réunion extraordinaire organisée d'urgence durant l'heure du déjeuner, il était clair pour tout le monde qu'ils étaient victimes d'un boycott général.
– C'est sûrement un coup de Claire Lukas, dit Mrs Casino avec colère. Elle veut nous empêcher par tous les moyens de mener à bien le mariage de Mr James Potter.
Lily et Shashi approuvèrent.
– Vous pensez que ça pourrait faire une différence si j'essayais de lui parler ? s'enquit cette première.
– J'en doute, Lily Evans, dit Mrs Casino. Claire Lukas va surement exiger de récupérer le projet du mariage de Mr James Potter. Si ce mariage nous échappe d'une manière ou d'une autre, La Bonne Fée est condamnée.
– Et ce n'est pas possible de demander à quelqu'un d'intervenir ?
– On n'a pas de preuve concrète qu'une consigne ait été donnée pour nous pénaliser, dit Angie, majoritairement chargée de gérer la partie administrative et légale de l'entreprise.
– Oui, mais là le boycott est assez flagrant, non ? Ça vaut la peine d'essayer.
– Je ne vous promets rien, mais je peux toujours essayer de voir si je peur récupérer des preuves.
– En attendant, qu'est-ce qu'on peut faire ? interrogea Jane.
– Ne pas jouer à son jeu, dit Nathan.
– Facile à dire. On a toujours deux contrats urgents, en plus de celui de Potter.
– Il y a des dizaines d'autres prestataires que nous pouvons contacter, sans compter ceux établis à l'étranger.
– Le réseau de Mrs Lukas est très étendu, fit remarquer Angie. Je pense qu'il n'est qu'une question de temps avant qu'ils se défilent également.
– On ne peut pas savoir avant d'avoir essayé, insista-t-il.
– Peut-être que tu peux demander à Mr Potter et Miss Bell d'intervenir ? proposa Jane en se tournant vers Lily.
– Je doute que ce soit une bonne idée, intervint Angie. Ce sont des clients. On ne peut pas leur demander de régler ce problème, ce n'est pas professionnel et nous perdrons en crédibilité.
– Nous devons nous débrouiller par nous-même, approuva Nathan.
– Nous allons nous concentrer sur les trois contrats que nous avons. Shashi Nassem-Khan, vous finirez d'organiser la soirée du Club Anglais de Bavboules à la place d'Evangeline Smith. Jane Pain, vous continuerez de vous occuper du bal d'automne Lily Evans et Nathan Smith, vous travaillerez ensemble sur le mariage de James Potter.
Nathan ne put retenir une grimace.
Après un long débat, il fut décidé que leurs clients ne seraient pas informés du désistement des prestataires. Les Smith étaient une influente famille aux connections diverses et variées, et Nathan était en effet confiant de pouvoir contrecarrer le boycott imposé par Mrs Lukas.
Lily s'installa dans le bureau de Nathan, qui était le plus grand, pour faciliter leur collaboration. Elle redoutait une ambiance tendue, mais, si ce fut le cas au début, l'amas de travail et l'urgence de la situation firent tomber toutes les réserves qu'auraient pu avoir Lily ou Nathan, et ils se mirent naturellement très vite à travailler de manière aussi complémentaire et efficace que lorsqu'ils organisaient les noces d'argent des Brown. En fin de journée, Lily se surprit même à rire, les rancœurs des semaines passées rangées dans un coin sombre de son esprit.
Elle rencontra le Colonel Fitz devant l'ascenseur, qui la convainquit de l'accompagner prendre un verre (ou plusieurs) au pub du quartier. Peu désireuse de rentrer chez elle, elle s'y attarda plus longtemps que prévu avec les piliers de comptoir habituel, dont les quolibets étaient régulièrement interrompus par la sarcastique barmaid.
Au moment de payer, elle réalisa que sa monnaie moldue était moindre que ce qu'elle pensait, et vida désespéramment son portefeuille à l'idée d'un billet oublié.
– Pas de ça, ma petite poulette, intervint galamment le Colonel Fitz en réglant sa part.
Lily lui baisa la joue, et le sang lui monta aux joues.
– Je vous revaudrais ça. Merci.
Alors qu'elle rangeait ses documents, son attention fut attirée par les cartes de l'étrange H. Callender, dont elle n'avait plus eu de nouvelles depuis la dernière fois, et celle que Felix lui avait redonnée au moment de se séparer.
Elle hésita.
Deux jours plus tôt, elle riait aux éclats en compagnie de Felix.
– Jennifer ?
La barmaid se retourna.
– Ça te dérange si je passe un coup de fil ?
FELIX LUI JETA un regard en coin.
– Est-ce que je peux être franc ?
Lily acquiesça.
Ils avaient une nouvelle fois décidé de rentrer à pied afin de profiter de la ville, remplie de touristes en raison du Carnaval de Notting Hill qui se profilait.
– C'est de loin le rencard le plus bizarre que j'ai jamais eu.
Elle éclata de rire.
– Qui t'a dit qu'il s'agit d'un rencard ?
– Ah, c'en est pas un ?
Elle secoua la tête, et se mordit la lèvre avec un air de malice dans les yeux.
– Oh, c'est pour ça que tu refuses de m'embrasser, c'est ça ? feignit-il de réaliser en se frappant le front.
– Exactement. Et aussi parce qu'il te reste encore du chocolat sur les dents, et qu'on dirait qu'il t'en manque une. Ce n'est pas vraiment sexy.
Felix s'arrêta et vérifia son image sur le rétroviseur d'une voiture garée.
– Est-ce que… est-ce que tu m'en veux pour ça ? questionna Lily avec appréhension. Tu m'as dit que je pouvais t'appeler juste pour trainer, maos je sais que tu espérais autre chose…
Felix haussa les épaules d'un air indifférent, en continuant à se nettoyer les dents avec la langue.
– Est-ce que tu as une idée d'à quel point tu es sexy, là, maintenant ?
– Je suis toujours sexy, répliqua-t-il en se redressant. Tu sais que j'ai été Mister Show-Klate pendant une saison ?
– C'est vrai ?
– Non.
Lily lui donna une tape sur l'épaule. Il se redressa et la prit machinalement par les épaules.
– Est-ce que tu as changé d'avis sur le fait de coucher avec moi à la fin de la soirée ? demanda-t-il alors qu'ils attendaient à un feu qu'il passe au rouge.
– Non.
Il eut un petit rire.
– Pour répondre à ta question, si je ne voulais que ça – et crois-moi, j'en ai très envie – tu penses vraiment que j'aurais supporté ta bizarrerie toute la soirée alors que tu as été très claire depuis le moment où l'on s'est rejoints sur le fait qu'il ne se passera rien ?
Le regard de Lily s'assombrit.
– Un homme peut attendre très longtemps s'il y a le moindre espoir qu'il se passe quelque chose.
– Oui, et bien, la patience n'est pas l'un de mes points forts, crois-moi. Et je ne mens pas aux jolies filles.
– Hmm. Dans ce cas, je dois remettre en question tout ce que tu m'as dit depuis le début de cette soirée ?
– Oh, je vois que mademoiselle va à la pêche aux compliments ?
Lily devint écarlate.
– Pas du tout, se défendit-elle, l'air gêné. Je…
– C'est pas grave, coupa-t-il sur un ton clairement amusé. Ça ne me pose pas de problème de te le dire, que je te trouve très jolie.
Elle esquissa un petit sourire.
– Je mentirais en disant que j'espérais un peu plus qu'une bise sur la joue. T'aurais pu le préciser quand tu m'as appelé, non ? se plaignit-il.
– Est-ce que tu te serais quand même déplacé, si je l'avais dit ?
– Je t'ai juste demandé si tu voulais qu'on se voie, ce n'est pas de ma faute si tu as sauté sur des conclusions.
– Excuses-moi de m'être imaginé des choses parce qu'une nana m'appelle au beau milieu de la soirée pour me voir. Je suis allé jusqu'à me parfumer en bas, tu sais.
– En bas ?
– En bas, confirma-t-il.
Lily ne put retenir son amusement, et Felix secoua la tête.
– C'est pour ça que tu gigotes depuis tout à l'heure ? Je croyais que tu révisais les pas de salsa qu'on a appris, ou que tu avais des toc…
– En fait, c'est un mélange des trois.
Lily rit de nouveau.
– Est-ce que tu pourrais au moins le féliciter pour l'effort que j'ai fait ? Ça me pique depuis tout à l'heure, et tu ne tournes pas la tête assez longtemps pour que je puisse me gratter le matos.
– Sérieusement, tu ne pourrais pas essayer d'être un peu plus sexy ?
– Je suis sexy !
– Pas quand tu me dis que t'as envie de te gratter les bijoux de famille.
– Mais c'est vrai !
Elle roula des yeux.
– Je vois que tu sais comment séduire une fille.
– Hé ! Premièrement, tu es une cause perdue donc ne te plains pas si je n'essaie pas de te séduire. Et deuxièmement, d'habitude c'est mon physique qui fait tout le boulot, et on est déjà en pleine action avant qu'elle ne se rende compte que je suis un parfait idiot. T'es certaine de ne pas vouloir coucher avec moi, au fait ?
– Je croyais que tu étais en retard, de toute manière, fit remarquer Lily, qui se retenait de rire.
– Oh, dix minutes de plus ou de moins…
– Hmm, tu ne durerais que dix minutes ? C'est un peu décevant.
– Dix minutes en comptant un café juste après, c'est ça le pire, précisa-t-il, l'air faussement consterné.
Lily pouffa de rire.
– Aussi tentante que soit l'offre, je dois également me rendre au travail très bientôt.
L'aube pointait en effet le bout de son nez. Elle allait en boire, des litres de café.
– De si bonne heure ?
– J'ai l'habitude de courir une heure tous les matins avant d'y aller.
– Ah, c'est ça le secret de ces fesses bien galbées ? s'enquit-il.
– Tu as maté mes fesses ? s'indigna-t-elle.
– Pas du tout. J'admirais ton… euh, short.
Lily roula des yeux.
– Purée, ça gratte vraiment ! s'exclama Felix en remuant dans tous les sens. C'est horrible.
– Bon, allez, je tourne la tête. Fais ce que t'as à faire.
Elle se couvrit le visage avec les mains, et attendit patiemment un bruit de grattage… avant de sursauter en sentant les bras de Felix s'enrouler autour de sa taille. Elle tourna la tête pour protester, mais il planta un baiser sur ses lèvres à chaque fois qu'elle essayait d'émettre un mot, et elle finit par succomber à son attaque.
Felix l'embrassait avec une belle douceur enrobée d'une surprenante ferveur, et Lily lui répondit avec enthousiasme. Finalement, il s'éloigna d'elle aussi brusquement qu'il s'était approché, et se remit à marcher sans l'attendre.
– C'était quoi, ça ? demanda Lily en le rattrapant.
– Si tu n'as pas compris, je veux bien te réexpliquer.
Elle lui donna une tape sur l'épaule, et ils avancèrent en silence quelques instants.
– J'ai passé une bonne soirée en ta compagnie, déclara Lily.
– Moi aussi.
– Vraiment ? Mais tu n'as pas arrêté de te plaindre…
– Que tu refuses de m'embrasser. Maintenant que c'est fait, je suis plutôt satisfait. Et puis, je me suis bien amusé. Ça faisait très longtemps que je n'étais pas allé au cinéma. Je n'ai jamais eu l'occasion de visiter Londres à mon arrivée, jamais dansé la salsa, et jamais mis les pieds dans une salle d'arcades non plus. Ni dans un casino.
– T'habitais où ? Dans une grotte, ou quoi ?
– Sur une île perdue au large du pays de Galles. Et là-bas, quand tu veux faire passer du bon temps à une nana, tu l'emmènes dans le seul pub du pays, qui fait également boulangerie et boucherie la journée donc je te laisse imaginer la décoration, et où tu as neuf chances sur dix de croiser ta famille, la sienne, ou le curé.
Lily pouffa de rire.
– En parlant de rendez-vous, si jamais tu t'y installes et que tu as un frère, n'accepte jamais un rendez-vous à l'aveugle, tu pourrais avoir une mauvaise surprise.
Lily rit de nouveau.
– T'es bête. Pourquoi est-ce que tu es descendu à Londres, au fait ?
Lorsqu'ils s'étaient rencontrés un mois plus tôt, il n'avait pas encore emménagé dans la capitale.
– Pour le travail, répondit-il.
– Hmm. Où est-ce que tu bosses, déjà ?
Il lui donne une chiquenaude sur le front.
– Au Ministère, je te l'ai déjà dit. Tu m'écoutes quand je parle ?
Lily lui rendit sa pichenette.
– Et moi je t'ai déjà dit que ce n'était pas très précis comme information.
– C'est ennuyeux, je ne veux pas plomber l'ambiance.
– T'es agent secret ou quoi ?
Il eut un petit rire.
– Non, mais je suis tout autant tenu au secret. Je ne peux pas vraiment en parler.
Lily plissa les yeux, mais il ne semblait pas décider à en dire plus.
– Oh, s'exclama-t-elle, comprenant enfin ses indices. Toi ? Hmm.
Elle le regarda de bas en haut, l'air dubitative.
– Je suis certaine que tu mens, déclara-t-elle enfin.
– Comment ça ? s'étonna le jeune homme.
– C'est impossible que tu sois Langue-de-Plomb Tu es bien trop bavard.
– Quoi ? s'indigna Felix. Je suis bavard ?!
– Désolée de te l'apprendre, mais oui.
– C'est l'hôpital qui se fout de la charité.
Ils se chamaillèrent ainsi pendant quelques instants. Felix l'attrapa soudain par la taille et la plaqua contre le mur en un mouvement fluide, et Lily frissonna au contact de la pierre froide contre sa peau. Ses grognements d'indignation se muèrent très vite en des soupirs d'exaltation quand la bouche du jeune homme s'écrasa contre la sienne, une fois de plus sans son accord. Felix lui prit le visage entre les mains sans cesser de l'embrasser, et les mains de Lily parcoururent le torse musclé avec appréciation.
Ce n'était pas désagréable. C'était sexy, passionné, enthousiaste, et Felix lui faisait se ramollir ses jambes.
(Mais ce n'étaient pas les lèvres de James.)
Non, ne pas penser à James, surtout quand Felix l'embrassait très, très bien. Elle devrait en profiter pour s'abandonner à ces parenthèses d'insouciance…
– Tu devrais vraiment arrêter de faire ça, murmura-t-elle lorsqu'ils se séparèrent pour reprendre leur souffle.
– J'essaie, répliqua-t-il.
– Menteur.
– Je t'assure. C'est juste que ces jolies lèvres… sont… absolument… délicieuses, ajouta-t-il en ponctuant chaque mot d'un bref bisous.
– Vraiment ? demanda Lily, les joues écarlates.
– Hm-mm. J'en ai bien peur.
Il l'embrassa sur le nez, et elle sourit presque timidement.
– Bon, on est arrivés, soupira-t-il en la libérant. Merci de m'avoir raccompagné. Je me sens émasculé, au passage.
– Macho.
–…Macho men, continua-t-il en chanson. Sérieusement, la prochaine fois, on se fait un rencard normal. On dine, on s'embrasse, tu me sautes dessus et je ne me défends pas, on refait le monde, et on se quitte en se promettant de se revoir très vite. Pas forcément dans cet ordre, mais le programme est bien, n'est-ce pas ?
Elle roula des yeux.
– Felix…
– Wopopop !
Il mit un doigt sur ses lèvres.
– Mais…
– Wopopop !
– Felix !
Il soupira.
– Je sais ce que tu vas dire, et je ne veux pas l'entendre.
– Et moi, je ne veux pas que tu perdes ton temps à m'attendre. Cette nuit a été fantastique, mais il n'y aura pas de suite romantique. J'ai vraiment besoin de me concentrer sur moi, en ce moment.
– Ouais, je sais, tu m'as déjà expliqué tout ça, dit le jeune homme. J'avais juste… espéré que tu changes d'avis en passant du temps avec moi.
– J'ai adoré, passer du temps avec toi. J'ai passé une excellente soirée.
– Alors sors avec moi.
Elle se mordit la lèvre.
– Tu sais pas à quel point je suis tentée de dire oui. Mais…
– Il y a quelqu'un d'autre ?
Elle se pinça les lèvres, et il interpréta son silence comme un aveu.
– C'est ce mec avec qui tu es dans tous les magazines, hein ? demanda-t-il sur un ton soupçonneux.
Il l'avait déjà nonchalamment interrogée en début de soirée, mais avait encore visiblement des doutes.
– Nathan ? Oh, non, non, non, il n'y a rien entre nous. On est juste collègues.
Son air horrifié finit par le convaincre.
– Ouf. Parce que franchement, ça aurait été une sacrée compétition.
Elle soupira.
– Felix, t'es fun et formidable, mais…
– Je sais, coupa-t-il sur un ton résigné. Tu n'es pas prête, tu n'as pas envie de te servir de moi, t'as besoin de temps pour te recentrer, blablabla.
Il roula des yeux.
– Ne sois pas fâché, murmura-t-elle.
– Je ne suis pas fâché. Juste un peu… déçu.
Il sourit cependant et déclara avec une sincère simplicité.
– Tu me plais. Mais pas seulement physiquement, t'es… comment tu disais, déjà ?... fun, et formidable, et j'ajouterai sexy. Et la seule raison qui me retient de te pousser contre le mur et de t'embrasser est que je sais que je n'aurais pas envie de m'arrêter et que je commence à travailler dans trois heures.
Lily déglutit.
– Je n'ai pas dit que je compte t'épouser et acheter une maison et trois chiens, juste que tu me plais, et que je te connais à peine mais que je ne demande pas mieux. J'aimerai bien qu'on se revoie, qu'on traine ensemble encore plus.
– Et je t'assure que ce n'est pas toi le problème, c'est moi.
– Bien sûr que c'est toi le problème, s'indigna-t-il. Quelle autre femme saine d'esprit dirait non à chaque fois que je lui demande de sortir avec moi ?
Elle roula ostensiblement des yeux.
– J'ai pas très envie qu'un mec qui m'ait demandé en une soirée cinquante-deux fois de suite si je voulais sortir avec lui juge ma santé mentale, répliqua-t-elle d'un ton clairement amusé.
– Tu veux vraiment pas sortir avec moi ? insista-t-il.
– Cinquante-trois.
– T'as pas répondu à ma question, fit-il remarquer.
– Non, Felix.
– Merde. J'étais sûr que ça allait fonctionner, cette fois.
Lily roula à nouveau des yeux.
– Faut que t'arrêtes de faire ça, reprit Felix sur un ton réprobateur.
– De faire quoi ? s'étonna-t-elle.
– Dire non à tout ce que je te propose.
Il fit une moue boudeuse, et elle esquissa un petit sourire.
– Je ne dirai pas non, si tu me proposais d'être ton amie.
– Peut-être, mais ce n'est pas ton amitié que je désire, déclara-t-il aussitôt.
– Ça a le mérite d'être clair, nota-t-elle après une courte pause.
– Allez, sors avec moi.
– Cinquante-quatre.
JAMES NE SEMBLA soudain plus trop occupé pour tenter de la voir ou même lui écrire, car Lily reçut plusieurs courriers de sa part au cours des jours suivants. Malheureusement pour lui, elle était forte de la résolution prise et gardait soigneusement ses distances.
Hey, Lily, t'es libre ce soir, j'espère ? On comptait faire un barbecue avec Remus et les autres.
Forte, intelligente, brillante, déterminée et digne.
Désolée, je suis super occupée en ce moment. Une prochaine fois.
Ça te dirait d'aller voir le match Irlande-Italie ce weekend ?
Forte, intelligente, brillante, déterminée et digne.
Désolée, je suis surchargée de travail.
J'avais envie de tester ce nouveau restaurant éthiopien à Londres. Tu crois que tu pourrais te libérer demain pour midi ?
Forte, intelligente, brillante, déterminée et digne.
Désolée, je déjeune avec un client.
Tu serais libre pour…
Forte, intelligente, brillante, déterminée et digne.
Est-ce que ça te dirait de…
Désolée, j'ai une réunion.
Faut absolument que…
Forte, intelligente, brillante, déterminée et digne.
Désolée. Peux pas.
Sa maxime était efficace. Elle s'embêtait de moins en moins à chercher une excuse, et il s'en rendit compte.
Est-ce que tu m'en veux pour quelque chose ?
Elle chercha longtemps comment lui répondre.
Pourquoi je t'en voudrais ?
J'ai l'impression que tu m'évites.
C'était exactement le cas, mais Lily, ne sachant comment lui avouer la chose, mit le bout de parchemin de côté.
– Tu fumes énormément en ce moment, remarqua Nathan en la rejoignant à la fenêtre où elle rejetait la fumée.
Il lui prit la cigarette des mains. Lily, qui s'attendait à ce qu'il la jette, fut étonnée de le voir le porter à la bouche et prendre une bouffée avant de la lui rendre.
– Je suis un peu stressée, admit-elle.
– Rentre chez toi, je finirai seul, proposa-t-il.
Elle secoua la tête.
– J'ai pas très envie de rentrer, pour être honnête.
Elle n'avait ni envie de prendre le risque de croiser James sur son palier, ni se retrouver seule avec ses pensées, ni d'être tentée de rappeler Felix et de lui donner de faux espoirs – elle avait décidé qu'étant donné qu'il n'était pas intéressé par une amitié, elle ne le recontacterait qu'une fois le mariage et James derrière elle.
Nathan leva un sourcil surpris, mais n'insista pas.
Ne sois pas stupide. J'ai juste beaucoup de travail.
James la relança le lendemain en fin de matinée.
Je suis désolé, Evans. Quoi que j'ai fait. Me fais pas la tête.
Lily venait de recevoir l'annulation de sa commande de chaises, et la dernière chose dont elle avait besoin était James mendiant pour un peu d'attention. Elle griffonna donc avec impatience :
Potter, tu m'ennuies là. Pour la dernière fois, je ne t'évite pas. Je te fais signe dès que j'ai du temps libre.
Ou pas.
NATHANIEL LUI JETA un regard inquiet.
– Tout va bien, Lily ? s'enquit-il. Tu m'as l'air préoccupée depuis quelques temps….
– Ah bon ?
– Oui… tu es un peu pâle. Tout va bien ? Je peux t'aider ?
Elle en doutait fort.
– Ça va aller, je suis simplement fatiguée.
– Fatiguée « j'en ai marre », ou fatiguée « je garde à peine les paupières ouvertes ? »
Lily eut un petit rire.
– Les deux, à vrai dire. Ça fait des jours que je dors à peine, et ce boycott…
Elle se prit le visage dans les mains. Ce boycott la minait intérieurement, et elle se sentait au bout du rouleau, prête à tout abandonner. Tentée, grandement tentée de tout abandonner.
En plus de cela, de sa réussite dépendait également la survie de La Bonne Fée et les emplois de ses collègues.
Cela faisait beaucoup de pression.
– Je me sens vraiment impuissante, admit-elle d'une voix tremblante après une pause.
– Je suis là pour t'aider.
– Je sais. Mais ce n'est malheureusement pas assez. On est encore au même point mort, je désespère, on n'avance pas...
Elle poussa un long soupir.
– Je n'avais pas envie de mêler James et Miss Bell à cette histoire, mais je me sens impuissante. J'avais vraiment envie qu'on résolve cette situation par nous-même. Mais ça fait dix jours qu'on patauge dans la semoule, le mariage approche, et faut se rendre à l'évidence : à ce train-là, on ne va pas y arriver.
– Ne te décourage pas, s'alarma Nathan, l'air grave.
– Facile à dire…
Elle se leva et se mit à marcher dans son bureau, pour se dégourdir les jambes.
– Tu vois, je ne m'attendais pas à ce que ce soit facile, mais j'avais clairement pas anticipé ce genre de difficultés et je ne sais pas comment les surmonter. J'ai l'impression d'être une petite souris qui se bat contre une horde de rhinocéros. Peut-être… peut-être que je me suis surestimée et que…
– Ça suffit, l'interrompit sèchement Nathaniel. T'es fatiguée, et ça te fait dire n'importe quoi. Bien sûr qu'on va y arriver. Je suis certain que la situation va s'arranger. Ça ne peut pas être pire, tu es d'accord avec moi ?
Elle acquiesça.
– Je ne sais pas si on sera capable de récupérer tous les contrats, continua-t-il. Mais je suis confiant. Je crois que je peux être ton porte-bonheur. Et toi aussi, il faut que tu crois en toi.
– Oui… tu as raison.
– Donnons-nous au moins jusque la fin de la semaine, OK ? Si d'ici là, il n'y a pas d'amélioration et que tu veux faire intervenir Potter, je ne t'en empêcherai pas.
Lily soupira, puis acquiesça de nouveau.
– Oui… Merci, Nathan. Tu sais quoi ? Il est tard, on devrait rentrer. Je suis trop fatiguée pour travailler, de toute manière.
Les deux collaborateurs étaient toujours les premiers arrivés, et les derniers partis.
– Tu veux qu'on aille boire un verre, en chemin ? proposa-t-il.
Lily lui jeta un regard étrange.
– Euh…
Il eut l'air mal à l'aise, et se massa nerveusement la nuque.
– T'es pas obligée, la rassura-t-il. C'est juste que… C'est ce qu'on avait l'habitude de faire quand on était contrariés, avant… je veux dire…
Il inspira profondément.
– Lily, on était super bons amis avant. Et super bons collègues. Et c'est en tant qu'ami et collègue que j'aimerai t'emmener te détendre une heure ou deux après le boulot. Mais si ça te met mal à l'aise, je peux comprendre…
– Non, dit Lily après une hésitation. A vrai dire, j'adorerai. C'est vraiment ce dont j'ai besoin.
LILY EXPLOSA TANT DE RIRE que des larmes perlèrent aux coins de ses yeux.
– Je t'assure, dit Nathan. Tout le monde a eu mal au ventre pendant des jours, et j'ai plus tenté de cuisiner quoi que ce soit depuis.
Lily s'essuya les yeux avec la paume de la main, avant de rejeter sa chevelure en arrière d'un geste fluide qui captiva Nathan malgré lui. Il l'observa quelques instants avant de poursuivre :
– T'avais l'air d'avoir besoin de rire.
– Si tu savais à quel point, admit-elle. Ces dernières semaines ont été un enfer, c'est la première soirée tranquille que je passe depuis très longtemps. Merci, d'ailleurs, pour l'aide que tu m'apportes. Ça m'aide vraiment beaucoup, et je vois bien la différence.
– Avec plaisir, assura Nathan. Mrs Casino à au moins raison sur un point : on travaille bien ensemble.
– C'est vrai…
Elle lui adressa un sourire, qu'il lui rendit tout aussi rayonnant.
– Ça m'a vraiment manqué, murmura-t-elle.
– Quoi donc ?
– Toi. Notre amitié. Le fait qu'on sorte après le boulot pour se plaindre de tout et n'importe quoi. J'ai l'impression de te redécouvrir, et pourtant au fond de moi je sais que ça a toujours été aussi naturel entre nous. On s'est toujours bien marrés lorsqu'on sortait boire un verre.
– C'est vrai, concéda-t-il. Ça a toujours été naturel entre nous.
– Nathaniel… qu'est-ce qui nous est arrivé ? Comment a-t-on pu perdre de vue l'essentiel ?
Une ombre passa sur son visage.
– Potter.
Lily pinça les lèvres.
– C'est vrai que James a beaucoup contribué à nous éloigner.
– On serait probablement toujours ensemble, s'il n'avait pas tout gâché.
Lily lui jeta un regard indéfinissable.
– Tu penses ?
– Tu ne penses pas ? s'étonna-t-il.
– Je… tu cherchais la femme parfaite, Nathan. Tu pensais l'avoir trouvée en moi, mais je suis humaine. Je suis loin, loin d'être parfaite. Je fais des erreurs. Parfois de très grosses, comme tu le sais.
– C'est Potter qui a commencé à te séduire et qui t'a embrassé.
– J'ai aussi ma part de responsabilités, là-dedans, répliqua-t-elle. James ne m'a forcée à rien faire, j'aurais pu le repousser… et j'aurais dû.
– Pourquoi ne l'as-tu pas fait ? demanda Nathaniel d'une voix douce.
Lily trouvait extraordinaire qu'ils puissent discuter de leur rupture sans animosité. Il avait vraiment mûri.
– Je pense que j'étais perdue, reprit-elle finalement d'une voix lointaine. Quand Alex m'a dit que tu voulais me demander en mariage devant tout le monde, j'ai paniqué, et ma première réaction a été de saboter notre relation au lieu de te chercher pour en parler. Sur le coup, j'étais bouleversée, je ne me rendais pas vraiment compte de pourquoi j'embrassais James. Nathan, je suis vraiment désolée de t'avoir autant blessé.
– Et moi, je suis désolé de la manière dont j'ai réagi, s'excusa ce dernier à son tour.
– Je sais, assura-t-elle en lui adressant un sourire rassurant.
– Je sais que je suis rancunier, mais le fait que tu m'aies trompé, et avec Potter en plus…
– Tu sembles vraiment le détester.
La mâchoire du jeune homme se contracta, et il dut boire une gorgée pour soulager sa gorge soudainement sèche.
– Tu n'es pas la première… personne qu'il m'ait volé, confessa-t-il finalement.
Devant le regard surpris de Lily, il ajouta :
– Je suis brièvement sorti avec Elinor Bell l'année dernière, et tout allait très bien. Et puis… du jour au lendemain, elle a décidé qu'on ferait mieux de rester bons amis, et qu'elle n'était pas prête à se lancer dans une nouvelle relation sérieuse. Ça ne l'a pas empêchée de commencer à fréquenter Potter deux semaines plus tard, et d'accepter sa proposition de mariage le mois suivant. Ça m'a fait vraiment mal. Je savais qu'elle n'était avec moi que pour mon argent, mais moi j'avais de vrais sentiments pour elle. Je l'aurais attendue, et je l'aurais rendue heureuse.
Lily resta silencieuse quelques instants, le temps d'incorporer toutes ces informations.
– Je suis désolée, dit-elle finalement en posant une main réconfortante sur son biceps musclé.
– Ne le soit pas. C'est elle, la perdante dans l'histoire, qui se retrouve avec un type qui drague dans son dos. Et avec du recul, je me dis que ce n'était pas plus mal que rien n'ait abouti de notre relation… vu que je t'ai rencontrée juste après. Tu m'as plu dès le début, Lily. Pour moi, tu as toujours été une évidence. Et quoi que tu penses, sans l'intervention de Potter, je suis certain qu'on serait toujours ensemble.
– Je ne pense pas, dit Lily avec douceur.
Elle hésita à lui dire que l'époque dont elle était nostalgique remontait à avant le début du pan romantique de leur relation.
– Il est la cause de tout ce qui s'est mal passé entre nous, insista Nathan. Il a tout gâché. Ce n'est pas qu'au travail qu'on forme une bonne paire. On a toujours été sur la même longueur d'ondes. Potter n'est qu'un parasite. J'arrive pas à croire qu'il ait tout détruit entre nous en une semaine.
– Nathan… tu es dur avec lui.
Nathan lui jeta un regard déçu.
– Pourquoi est-ce que tu le défends ?
Elle eut un petit sourire.
– C'est marrant, lui m'accuse tout le temps de te défendre toi. Vous avez la fâcheuse habitude de vous diaboliser l'un l'autre… d'oublier que dans l'histoire, j'ai aussi eu mes torts. Je ne suis pas une petite princesse parfaite. Je me suis servie de lui pour me venger de toi. Je fais des erreurs… Tu ne peux pas lui imputer tout ce qui n'allait pas entre nous.
– N'empêche… Depuis qu'il n'est plus dans les parages, comme par hasard, on s'entend beaucoup mieux, fit remarquer Nathan. J'ai aussi l'impression de te redécouvrir. Je ne te reconnaissais plus… Il a vraiment une mauvaise influence sur toi, je trouve.
– Je ne pense pas être aussi malléable, se défendit Lily. Mais c'est vrai que James provoque chez moi des réactions inattendues.
– Pourquoi tu le défends ? répéta-t-il.
– J'essaie juste de rétablir un peu d'équité. Les choses ne sont pas aussi simples que tu le penses.
Il marqua une pause, hésitant visiblement à poursuivre sur le sujet, et but une gorgée de bierraubeurre pour se donner contenance.
– Est-ce que… tu as des sentiments pour lui ? Vu que tu l'as embrassé…
Lily lui jeta un regard surpris.
– Bien sûr que non ! Nate… James est un séducteur, et il a une espèce de fantasme sur les rousses. Et moi… il m'arrive d'agir stupidement. C'est la seule explication que je peux te donner. Oui, j'ai eu un moment de faiblesse, et oui, je l'ai embrassé, mais ça ne voulait rien dire.
Elle le sentit se détendre sous ses doigts, visiblement soulagé. Il lui saisit la main, et la posa sur sa poitrine.
– Est-ce que tu as… encore des sentiments pour moi ? demanda-t-il avec incertitude.
Lily écarquilla les yeux, prise de court, et récupéra sa main.
– Nathan…
Elle n'en avait jamais eu, du moins de romantique, mais ne trouva pas le courage de le lui dire.
– Sais-tu pourquoi je t'ai demandé de m'épouser si vite ? demanda-t-il après un silence.
Elle secoua la tête.
– Je voulais t'offrir ce qu'il y avait de meilleur, te chérir, te rendre heureuse. Je savais que financièrement, c'était difficile pour toi, et je voulais que tu ne penses plus à ces choses-là. Je voulais que tu ne manques de rien, que tu sois toujours admirée et enviée, toujours plus rayonnante que la veille. Je voulais faire de toi la grande dame que tu mérites d'être. Je voulais faire de toi une princesse.
– Je sais que tu n'avais que de bonnes intentions, mais Nathan… je me sentais dans une cage dorée. Je ne veux pas être une princesse, je veux simplement être moi.
– Et je ne voulais rien changer en toi ! assura-t-il avec chaleur. C'est de toi, telle que tu es maintenant, dont je suis tombé amoureux. C'est de toi…
Il s'interrompit, et marqua une pause avant de reprendre dans un souffle :
– Je suis encore amoureux de toi.
– Je sais, dit Lily un souffle.
Ils se regardèrent dans les yeux pendant de longs instants, puis le visage de Nathan se fendit un sourire triste.
– Je sais que tu es passée à autre chose, et j'essaie de passer à autre chose. Mais… on ne se défait pas de sentiments aussi forts d'un claquement de doigts.
– Ces choses-là prennent du temps, dit Lily. Tu vas finir par ne plus me voir de cette façon. On va redevenir de bons amis, j'en suis certaine.
Le contraire de l'amour, ce n'était pas la haine… c'était l'indifférence, avait dit James. Et il avait parfaitement raison. Maintenant que Nathan s'était défait de la colère qu'il ressentait pour elle, Lily ne doutait pas qu'au fil du temps il se remettrait de ses sentiments pour elle.
– Je suis heureux, qu'on ait parlé de tout ça, lui avoua-t-il en faisant signe au barman d'approcher pour une nouvelle tournée. Je suis vraiment heureux qu'on soit de nouveaux amis. Je suis heureux que tu comptes sur moi de nouveau.
Lily lui adressa un grand sourire.
– Moi aussi.
IL Y AVAIT TOUTEFOIS au moins une personne qui n'était pas ravie de leur entente retrouvée, comme Lily se rendit compte le lendemain. Nathan n'était pas parvenu à récupérer le contrat avec les bijouteries Jade Orlargent (« mais ça ne saurait tarder ! »), mais avait en revanche convaincu une autre enseigne tout aussi prestigieuse, Bijoux Etincelants, d'étudier une proposition de collaboration (« je t'avais dit que ça s'arrangerait. »). Le fait que la meilleure amie du jeune homme, Alexandra Price, soit la persistante et capricieuse fille de l'un des deux principaux associés avait permis cette ouverture.
La première entrevue fut prometteuse. A la fin de la réunion, tandis que Mr Price bavardait avec Nathaniel, Alexandra fit signe à Lily qu'elle souhaitait lui parler à l'écart. La wedding-planner hésita longuement : leur dernier aparté ne s'était pas exactement bien déroulé, et Alexandra ne semblait pas la porter plus dans son cœur que deux mois plus tôt.
Finalement, la curiosité l'emporta, et elle suivit la bijoutière dans une pièce adjacente.
– Qu'est-ce qui se passe entre Nathaniel et toi ? demanda-t-elle à peine la porte refermée.
Lily haussa un sourcil.
– Comment ça, qu'est-ce qui se passe entre lui et moi ?
– Vous semblez de nouveau super proches. Il m'a dit que vous êtes allés boire un verre hier. Une fois de plus.
– Et qu'est-ce qu'il y a de surprenant ? s'agaça Lily. On est collègues et amis.
– Rien d'autre ?
– Pourquoi tu ne l'interroges pas lui ?
Alexandra se mordit la lèvre.
– Parce qu'il refuse de me confirmer qu'il ne se passe rien entre vous, admit-elle finalement. Il refuse de me dire quoi que ce soit, depuis le bal.
– Peut-être parce que la dernière fois qu'il t'as mis dans une confidence, tu as trahi sa confiance ? dit Lily. Ne te méprends pas, je t'en suis éternellement reconnaissante de m'avoir prévenue qu'il comptait me demander en mariage, ça nous a aidé tous les deux. T'as vraiment fait ce qu'il fallait faire. Mais tu connais Nathan mieux que moi, tu sais comment il peut être rancunier et il ne voit certainement pas les choses comme ça.
– Donc… vous ne vous êtes pas remis ensemble ?
Lily prit pitié de son air désespéré et décida de clarifier la situation.
– Non, on est juste amis. Rien d'autre. Il n'y aura plus jamais rien d'autre. On formait un couple mal assorti.
Alexandra soupira, ferma les yeux et posa une main sur son cœur.
– J'avais peur que ce soit le cas, vu qu'il ne veut pas que ça se sache qu'on sort ensemble, reprit-elle finalement.
Lily eut l'air singulièrement surpris.
– Vous… vous sortez ensemble ? bafouilla-t-elle.
Était-ce ce qu'il voulait dire quand il avait affirmé essayer de passer à autre chose ? Dire qu'il lui avait fait une déclaration d'amour deux jours plus tôt… Elle ne comprenait vraiment pas comment fonctionnaient les hommes
– T'as l'air bizarre, fit remarquer Alexandra, l'air soupçonneux.
– Parce qu'on passe toutes nos journées ensemble et qu'il ne m'a rien dit… Je ne savais même pas qu'il voyait quelqu'un.
Le visage de la brune s'assombrit.
– Il dit qu'il n'en a pas honte, et qu'il ne me cache pas non plus, mais toutes mes amies s'accordent à dire que c'est bizarre qu'il tienne à garder notre relation secrète. Je veux dire, nos parents seraient super contents, et on est célibataires tous les deux…
Lily fronça les sourcils.
– C'est bizarre, en effet. Peut-être qu'il est un peu gêné par rapport au fait que vous êtes amis depuis toujours.
– Peut-être… Betty pense qu'il y a peut-être autre chose. Voire quelqu'un d'autre.
– Qui est Betty ?
– Une amie.
– Ah.
– Betty pense que je suis son bouche-trou en attendant qu'il obtienne celle qu'il veut vraiment.
Elle lui jeta un regard accusateur.
– Euh… si c'est le cas, ce n'est certainement pas moi, je t'assure, dit précipitamment Lily. On est simplement amis, et il a tourné la page de notre histoire. Si tu veux tout savoir, j'ai plutôt l'impression de l'avoir dégouté à vie en embrassant James.
Alexandra parut convaincue par l'explication.
– Ecoute, Alex, je ne sais pas ce que Nathaniel fait de ses soirées et de ses nuits…
– Il les passe avec moi, coupa-t-elle avec fierté.
Lily se retint de rouler des yeux.
– Super alors. Mystère résolu. Je peux en tout cas t'assurer qu'on est tellement débordés de travail qu'il n'a pas le temps de voir qui que ce soit en journée. Je ne pense pas qu'il y ait quelqu'un d'autre, honnêtement, mais je veux bien le questionner subtilement si ça peut te rassurer.
– Surtout pas ! s'alarma Alexandra. Je n'ai pas envie de lui mettre la pression, ou qu'il croie que je m'emballe alors que ça fait que deux mois qu'on est ensemble.
Deux mois, s'étonna Lily. Nathaniel et elle avaient rompus il y avait neuf semaines seulement ! Il n'avait décidément pas perdu de temps pour se dénicher une nouvelle compagne... Lui qui se plaignait de la fin abrupte de leur relation l'avait en réalité déjà remplacée ! S'étaient-ils mis ensemble directement après leur rupture ? C'était… rapide et limite vexant... Mais Alexandra et Nathaniel étaient mieux assortis qu'elle et lui ne l'avaient jamais été, de toute manière. Et puis avec un peu de chance, il finirait par tomber amoureux d'elle aussi.
– Mais je veux bien que tu gardes un œil sur lui. Juste… que tu me dises si des filles lui écrivent où lui parlent.
– Je ne suis pas très à l'aise avec ce que tu proposes, dit lentement Lily. Je pense au contraire qu'il faut que tu lui parles franchement, et l'espionner ne me parait pas une très bonne idée.
– S'il te plait ! supplia Alexandra en lui prenant les mains. Je ne te demande pas de l'espionner activement, juste… d'ouvrir l'œil. De me dire si tu remarques quelque chose d'inhabituel.
Lily s'apprêtait à refuser, quand une idée lui vint à l'esprit.
– Est-ce que tu pourrais faire quelque chose pour moi, en échange ? demanda-t-elle.
– Si ça rentre dans mes cordes, oui.
– J'ai besoin de preuves tangibles que Mrs Lukas a versé des pots de vins pour saboter La Bonne Fée, expliqua la rousse. Une lettre, un versement, n'importe quoi. Quelque chose qui me permette de l'attaquer pour concurrence déloyale.
Alexandra lui jeta un regard mi surpris, mi admiratif.
– OK. Mais ça risque de prendre un peu de temps.
Lily fronça les sourcils.
– Comment ça ? Je croyais que tu gérais la partie administrative des affaires de ton père.
– Justement…
Alexandra lui lança un regard confus.
– Mon père est inhabituellement discret à ce sujet, alors qu'il me dit tout d'habitude, même quand ce n'est pas très… euh, légal. Il veut m'apprendre toutes les ficelles du métier. Mais la façon dont il me tient à l'écart… on dirait qu'il veut me protéger de quelque chose. Je ne sais pas ce qui se passe, mais c'est bizarre.
C'ÉTAIT COMME PAR MAGIE. Petit à petit, Nathan et Lily commençaient à recevoir des réponses qui laissaient espérer une amélioration. Nathan parvint à leur obtenir trois autres rendez-vous avant la fin de la semaine, et Lily était aux anges.
– Je suis super contente de t'avoir fait confiance, lui dit-elle en arrivant le matin suivant. Tu es vraiment mon porte bonheur…
Parmi ses courriers, deux nouveaux prestataires s'étaient montrés intéressés par sa commande, malgré les délais courts et la quantité de fourniture demandée.
– Tu sais que j'ai limite du me prostituer pour obtenir le rendez-vous pour le traiteur ?
Lily tourna la tête vers lui si vite qu'elle faillit se tordre le cou.
– Hein ?
– Je plaisante, la rassura Nathan avec un sourire. Enfin, à moitié. J'ai dû promettre à Mr Waters d'être le cavalier de sa fille au gala de charité des Malfoy pour obtenir un rendez-vous. Cette fille me déshabille du regard à chaque fois qu'on se croise. Une fois, on m'a pincé les fesses pendant une vente aux enchères, et je suis certaine que c'était elle. Ou sa mère, d'ailleurs. Elle aussi a un regard vicieux.
Lily pouffa de rire, et la porte s'ouvrit à ce moment précis.
Sur un James livide.
Son cœur rata un battement.
– James, bafouilla-t-elle.
Elle cligna plusieurs fois des yeux, incapable d'arranger sa pensée. Elle ne s'était pas attendu à lui faire face si tôt, à le confronter aussi vite.
– Je… qu'est-ce que tu fais là ?
Il ne répondit pas immédiatement. Son regard, à présent soupçonneux, glissa d'un wedding-planner à l'autre.
– T'avais un rendez-vous, Potter ? s'impatienta Nathan sur un ton glacial.
– Avec ta mère, répliqua James du tac au tac.
– OK, les garçons, stop ! s'écria Lily en se plaçant précipitamment devant les deux hommes qui s'avançaient l'un vers l'autre, visiblement prêts à en découdre. Stop, répéta-t-elle en posant une main apaisante sur le bras de Nathan. Stop, intima-t-elle en posant cette fois la main sur James.
Elle resta quelques secondes entre eux, les bras tendus, jusqu'à sentir la situation se désamorcer. Nathan retourna s'asseoir sur le bureau et feuilleta un dossier en tournant les pages sans douceur.
Lily passa les mains dans les cheveux.
– Qu'est-ce que tu fais là, répéta-t-elle.
– Je t'apporte les modifications d'Ellie, répondit-il finalement en sortant un rouleau de parchemin de sa poche.
– Oh, dit simplement Lily en replaçant nerveusement une mèche derrière l'oreille.
Elle s'avança pour prendre les notes. Il chercha son regard, mais elle fit semblant d'être concentrée sur sa tâche, et ne réagit même pas lorsqu'il retint le rouleau une seconde de plus que nécessaire.
– Merci. Mais tu aurais pu me les envoyer par hibou, fit-elle remarquer. Ce n'était pas la peine de te déplacer.
Lily feint d'être captivée par le rapport d'Elinor et ne le regardait pas dans les yeux.
– Je pensais que ce pourrait être l'occasion de discuter, répliqua James. Vu que ça fait longtemps qu'on ne s'est pas vus…
– Oui… Ben comme je te l'ai dit, je suis plutôt occupée, en ce moment.
– T'avais pas l'air si occupée que ça, lorsque je suis arrivé, ne put s'empêcher de rétorquer James.
Lily rougit.
– Oui, ben, il faut bien que je me détente deux minutes de temps en temps, tu sais, marmonna-t-elle sèchement.
– Il n'est que sept heures du matin. Tu veux te reposer de quoi ? D'avoir ouvert la porte ?
– Sache que j'ai passé la nuit à travailler, et que je n'ai même pas eu le temps de manger.
– Justement ! J'ai apporté… un petit déjeuner. Tadaa !
Il agita sa baguette et le panier que Betsy lui avait préparé avant son départ apparut, accompagné d'un tourbillon d'odeur de viennoiseries. James vit qu'il avait visé juste en voyant le regard de Lily s'éclairer, mais elle sembla se reprendre.
– Je suis vraiment désolée, mais ce ne sera pas possible. J'ai... j'ai bien peur de ne pas avoir le temps, je suis débordée. Même si tu apportes ce qui semble être de magnifiques viennoiseries au beurre fraîchement dorées au four et digne des meilleures boulangeries françaises. Rien que l'odeur me fait saliver d'avance et…
Elle s'interrompit et ferma les yeux. La voix de James se fit tentatrice, et il agita son panier sous le nez.
– Tu aimes les croissants, j'espère ? Sinon, il y a aussi des pains au chocolat, des pains au raisin, de la brioche….
– Hmm. Aargh !
Elle tapa des pieds.
– Démon sadique. Rentre chez toi !
– Si je pars, les croissants partent avec moi, avertit-il sur un ton chantonnant.
Elle poussa un grognement de frustration, et lui jeta un regard faussement ennuyé. James sourit. Il retrouvait sa Lily. Leurs regards se croisèrent enfin pour la première fois, et James se rendit seulement compte à ce moment-là à quel point elle lui avait manqué. A quel point elle était belle. A quel point il la désirait.
Et de nouveau, ce magnétisme, cet attrait, ce battement de cœur rapide. Cette évidence.
– Allez, laisse-toi tenter, murmura-t-il, la voix plus rauque que d'ordinaire.
Se laisser tenter ! C'était là tout le problème… James était une tentation qu'elle tentait de repousser.
Lily entrouvrit la bouche, se pencha presque imperceptiblement vers lui, sans le quitter des yeux et James pensa qu'il l'avait convaincue. Elle revenait vers lui.
Nathan choisit cet instant précis pour accidentellement faire tomber un pot de crayon,
– Désolé, dit-il d'un ton absolument pas désolé.
James lui jeta un regard venimeux, mais le mal était fait. Le charme était rompu. Lily tenta de nouveau de se dérober.
– A vrai dire, je suis un peu débordée là maintenant. Une autre fois, si tu veux bien. Je dois travailler.
– Oui, il y en a qui essaient de bosser, grommela Nathan.
– Continue « d'essayer », toi, railla James.
– Les garçons, intervint Lily.
James décida de nouveau de faire abstraction de la présence de Nathan.
– On peut se voir ce soir, alors, à la place ? proposa-t-il de sa voix la plus charmeuse. Si tu veux venir manger à la maison avec Remus et moi… Remus reste au manoir en ce moment, je ne sais pas si j'ai eu l'occasion de te le dire.
Mais Lily secouait la tête avant même qu'il n'ait fini sa phrase.
– James… je ne pense pas que j'aurais le temps. Peut-être une prochaine fois ? Je te ferai signe.
Nathan ne put étouffer un petit rire narquois. James tenta de masquer sa grande déception. En vain.
– Très bien…
Il s'éclaircit la gorge.
– Hum, Lily, j'oubliais… j'avais aussi un truc à te dire, au sujet d'Ellie, mentit-il sur un ton de conspirateur. Et ce serait bien qu'on en parle en privé. C'est au sujet de… tu sais quoi.
Lily lui jeta un regard soupçonneux, mais l'air innocent de James finit par la convaincre.
– Oh… Euh, tu veux bien nous laisser deux secondes, Nathan ?
Ce dernier, qui avait l'air d'avoir sucé un demi-citron aigre, jeta un regard mauvais dans la direction de James avant de s'éclipser.
Lily s'appuya contre le bureau, croisa les bras et dit simplement :
– Je t'écoute.
James jeta un sortilège d'insonorisation avant de se tourner vers elle.
– Qu'est-ce qui se passe, entre Smith et toi ? siffla-t-il rageusement. Vous vous êtes remis ensemble, ou quoi ?
Lily fronça les sourcils.
– Non, bien que ça ne te concerne pas, répliqua-t-elle froidement.
– Comment ça, ça ne me concerne pas ? s'indigna-t-il.
– Je n'ai pas de comptes à te rendre. Fin de la discussion. Qu'est-ce que tu voulais me dire au sujet de Miss Bell ?
James ignora sa question.
– Vous semblez en super bons termes.
– On travaille ensemble dans le même bureau, heureusement qu'on est parvenus à mettre nos différents de côté. Qu'est-ce que… ?
– Est-ce que vous avez travaillé toute la nuit ensemble ?
– Une fois de plus : non, bien que ça ne te concerne pas. Mais bref, Miss Bell ?
– Depuis quand est-ce que tu travailles dans son bureau ?
– Je ne sais plus, quelques jours.
– Et tu comptais me le dire quand ?
Elle plissa les yeux.
– Je ne vois pas en quoi mon lieu de travail te concerne, tant que le travail en question est satisfaisant. Mais revenons à Miss Bell. Qu'est-ce que…
– J'ai rien à te dire à propos d'Ellie, s'impatienta James. Je voulais simplement te parler sans que l'autre tronc d'arbre se mette entre nous. Pourquoi est-ce que tu m'évites ?
Lily pinça les lèvres, l'air désapprobateur, mais ne répondit pas.
– Tu ne le nies même pas ? s'indigna James.
Elle soupira.
– Je ne t'évitais pas, j'étais… occupée.
– A quoi ?
– A organiser ton mariage, qu'est-ce que tu crois ! s'exclama-t-elle sur un ton irrité.
– Tu vas pas me faire croire que ça te prend soudain tout ton temps, et que tu ne peux plus dégager ne serait-ce qu'une heure pour me voir.
– Non mais je rêve ! C'est toi qui oses me dit ça ? Le type qui ne m'a pas écrit une seule fois en un mois ?!
– J'étais pris par Ellie et par mon concours et… par plein de choses ! Et tu n'as pas cherché à me voir non plus, que je sache !
– Parce que j'étais débordée ! J'essaie de faire le boulot pour lequel tu me paies, et j'essaie de le faire bien ! Tu penses vraiment que je peux organiser un mariage de cinq cent personnes en si peu de temps tranquillement ?
– Ce n'est pas plutôt parce que tu avais les mains prises avec Smith ?
– Pour ta gouverne, Nathan m'a énormément aidée ces derniers jours.
– Ah oui, Nathan t'a beaucoup aidée, hein ?
– Oui. Et alors ?
– T'es certaine que ce n'est pas lui qui te prend tout ton temps ?
James se renfrogna, et décida plus intelligent de radoucir son ton pour éviter qu'elle ne se braque plus.
– Est-ce que… Lily, dis-le-moi, si j'ai fait quelque chose qui t'a contrarié. Je ne peux pas le deviner. Est-ce que tu m'en veux pour quelque chose ?
– Non, je te l'ai déjà dit, s'agaça la rousse.
– Alors pourquoi es-tu si distante, tout à coup ?
– Je te l'ai dit, je suis simplement débordée par le travail.
Le regard de James restait suspicieux.
– C'est tout ?
– Oui, c'est tout. Tu te fais des idées, Potter. Si t'as rien de concret à me dire, il faut que tu y ailles, j'ai beaucoup de choses à régler ce matin.
Elle se leva et voulut le contourner, mais il la retint doucement par le bras et la força à le regarder.
– Je suis Potter de nouveau ? dit-il, l'air incrédule. Woaw. J'ai vraiment dû merder solide pour que tu fasses un tel retour en arrière.
Lily se pinça les lèvres, et garda de nouveau le silence.
– Parle-moi, Evans.
Sa voix était presque suppliante. Elle soupira, et plaça nerveusement une fois de plus une mèche derrière l'oreille.
– Je n'ai rien à te dire. Et visiblement, toi non plus.
Elle tenta de s'en aller, mais il la retint plus fermement et l'attira vers lui.
– Tu me fais mal, protesta-t-elle.
– Parle-moi.
– Qu'est-ce que tu veux entendre, à la fin ?
– La vérité. Parle-moi, Evans, répéta-t-il. Je ne peux pas deviner ce que tu penses.
Lily déglutit difficilement.
– Qu'est-ce que tu veux, James ? demanda-t-elle finalement d'une voix légèrement chevrotante. Qu'est-ce que tu fais là ?
– C'est évident, non ? répondit-il aussitôt. Je voulais te voir. Tu m'as manqué.
Elle ferma les yeux quelques secondes, puis dégagea son bras et retourna s'asseoir derrière le bureau sans un mot.
– Je t'ai pas manqué ?
– Tu ne peux pas faire ça, James, éluda-t-elle. Débarquer au bureau comme ça. Surtout pour des motifs aussi futiles.
– On peut aller dehors, si ça te dérange. Ou chez moi. N'importe où. J'ai juste envie qu'on passe du temps ensemble, ajouta-t-il avec douceur. Comme avant.
– Ce n'est pas le lieu le problème ! s'exaspéra-t-elle.
– C'est quoi, alors ?
Elle se passa les deux mains dans les cheveux.
– Tu le sais très bien.
– Personnellement, je ne vois aucun souci.
Elle roula des yeux, visiblement exaspérée.
– Pourquoi est-ce que tu ne peux pas faire un effort pour qu'on ait une relation normale ?
James croisa les bras, l'air défiant.
– Définis normal.
– Tu es mon employeur. Je bosse pour toi.
– Ça ne semblait pas te déranger, avant, qu'on traine ensemble. Qu'est-ce qui a changé ?
– J'ai… j'ai beaucoup réfléchi, et je pense qu'on devrait installer quelques règles. Redéfinir notre relation. Au minimum, on devrait avoir… tu vois, une relation professionnelle d'employée à employeur, et ça implique que tu ne te pointes pas au bureau avec de… merveilleuses viennoiseries croustillantes à souhait...
– Qui sont en train de refroidir. Donc, à ta place, je me déciderai vite…
Elle soupira.
– Je te parle sérieusement, là.
– OK…
Il s'ébouriffa les cheveux, choisissant avec soin ses prochains mots.
– C'est juste que je dois toujours ruser pour passer du temps avec toi, et que j'ai remarqué que tu es bien plus encline à accepter de passer du temps avec moi lorsqu'il y a de la nourriture d'impliqué.
Elle leva un sourcil.
– Tu insinues que je suis une gloutonne ?
– Oui.
– Goujat.
– Gloutonne.
Il sourit, et elle ne put s'empêcher de le lui rendre.
– Alors ? C'est oui ou c'est non ?
– Non, Potter. Petit déjeuner avec toi à sept heures du matin ne rentre pas dans ce que j'appelle une relation professionnelle d'employeur à employée.
– On pourrait discuter de ces trucs-là, dont Ellie a dit qu'on devait se charger au plus vite.
– Le plan de table ?
– Ouais, voilà. Ça, mais en bouffant des croissants.
Il joignit le geste à la parole pour la faire saliver, mais elle secoua la tête.
– Pas sans ta fiancée. C'est elle qui a le dernier mot, de toute façon. Qu'on discute tous les deux sans elle n'a aucun intérêt.
James se renfrogna.
– Et au maximum, qu'est-ce qu'on devrait avoir comme relation ?
Elle médita quelques instants.
– On pourrait être amis, je suppose. Si tu es prêt à essayer sincèrement.
– Amis ? répéta James d'une voix blanche.
– Est-ce si terrible que ça ?
James la sonda du regard, avant de déclarer froidement :
– Tu sais parfaitement que ce n'est pas ton amitié que je recherche.
Tiens, lui non plus…
Elle n'était peut-être pas faite pour avoir des amis du sexe opposé.
– Écoutes, reprit-elle après une pause. Je ne vais pas te mentir, j'ai aimé les moments qu'on a passé ensemble ces derniers temps. Ça faisait très longtemps que je n'ai pas autant ri, ou parlé ouvertement avec quelqu'un, ou… juste passé d'aussi bonnes soirées que celles qu'on passe ensemble. J'ai l'impression qu'on se connaît depuis toujours, et j'adorerai qu'on refasse ça… J'adore passer du temps avec toi.
Le visage de James s'éclaira.
– Mais ce sera impossible tant que tu n'auras pas compris qu'il n'y aura jamais rien d'autre entre nous. Il faut qu'on reparte sur des bases saines, qu'on se fixe des limites. Le fait que tu tentes de me séduire alors que ta fiancée est enceinte… Je ne peux pas. Pas tant que tu voudras plus.
– Toi aussi, tu en veux plus, Lily. Ne le nie pas.
Et ce fut à ce moment-là qu'elle comprit une chose.
Si elle repoussait Felix, ce n'était pas parce qu'elle voulait se concentrer sur ses projets, ou qu'elle n'était pas prête à fréquenter quelqu'un pour le moment.
C'était qu'elle n'était pas encore prête à fréquenter quelqu'un d'autre que James.
Bla Bla de l'auteur :
Evidemment que ce n'est pas la fin de la conversation, mais je voulais le POV de James pour la suite.
Bon, bah désolée pour le retard comme d'hab ! J'ai en fait réarrangé l'ordre des évènements dans ce chapitre et ça a engendré un petit travail de réécriture. Et y'a aussi les (putain de merde de) concours qui approchent et qui me bouffent tout mon temps, au secours !
Vos réactions sur le chapitre précédent m'ont beaucoup amusée: certains ont tout deviné, pour d'autres c'était la surprise totale! Ralala :) Je vais essayer de répondre aux review postées sous login avant la fin de la semaine par MP, et pour les Anonymes, je MAJ ce chapitre plus tard avec mon retour à vos retours.
Merci à Pingouinpingouin, Malle, Sheshe13, Nikki Micky et Chevalier du Cat!
Merci à tous et à toutes de continuer à suivre cette histoire !
Reviewez, canailloux ! Je veux tout savoir! Comment pensez-vous que cette discussion va finir? Ou en est James? Ou en est Lily? Trouvez-vous aussi ce boycott étrange? Nathan a-t-il réellement changé? Avez-vous aimé ou détesté Felix? Pensez-vous qu'il peut être un rival pour James à long terme?
