Hellow chères morfales !

Non vous ne rêvez pas ! Le chapitre 20 déjà publié ! Après les derniers chapitres qui ont été publiés sur plusieurs mois d'intervalles, voici celui-ci posté 10 jours après ! Truc de malade !

Merci beaucoup à Going-to-Hell-for-Shipping d'avoir livré aussi rapidement cette correction ! 30 pages en quelques jours, surtout après sa rentrée, c'est tellement ÉNORME que je me culpabilise de lui avoir demandé la correction pour cette semaine ! Surtout que certains passages avaient cruellement besoin d'être rectifié... n_n' Grâce à elle, j'ai pu poster ce chapitre tout juste avant mon départ en vacances et cela a pu vous éviter une longue période d'attente ! Vraiment, remerciez-la ! T-T

- J'apprécie toutes les critiques, même négatives du moment qu'elles sont constructives. Merci de signaler les fautes, ce serait rendre service pour corriger ça au plus vite n_n -

Mise à jour - 07/07/2019 : Corrections mineures (ponctuation des dialogues, syntaxe, fautes…).

Bonne lecture !

-xXxXxXXxxXXXxxXXxXxXx-

Chapitre 20 : Le paradoxe du Milicien

Eren ouvrit lentement les yeux dès les premières notes du réveil. Premières notes qui furent quasi-instantanément étouffées par la paume de main de son supérieur.

L'adolescent attendit patiemment que le Caporal détache ses sangles. Ses gestes étaient devenus mécaniques à force de répéter ce même rituel matinal. Comme par automatisme, Eren se leva et se dirigea vers la salle de bain pour se préparer.

Une routine quotidienne, qui détonnait étrangement avec les événements de la veille.

Eren avait peiné pour s'endormir avec toutes les questions qui le hantaient.

Comment cette goule avait-il pu le confondre avec l'un des leurs ? Comment avait-il pu ne pas sentir le déclenchement de son kagune ? Et pourquoi ce désir de tuer l'avait poussé à s'acharner autant sur un cadavre ?

Ce désir morbide, bestial et dément… Même si c'était contre une goule, Eren ne pouvait s'empêcher de craindre le jour où cette envie jettera son dévolu sur un véritable être humain. Quel pouvait en être l'élément déclencheur ? Etait-ce vraiment sa colère contre la goule ? Ou bien la violence de leur affrontement ? Le stress, les angoisses ? Il ne savait pas quoi en déduire.

Une fois propre et vêtu de son uniforme, Eren sortit de la salle d'eau. Comme à chaque fois, il l'attendait tout en jetant quelques coups d'œil sur sa paperasse.

Il y avait aussi ça : cette peur excessive de perdre de vue le Caporal. Cette réflexion le taraudait également.

Il n'aurait jamais pensé qu'il puisse avoir un jour une crainte aussi puérile. Bien qu'il avait conscience qu'il était devenu dépendant du Caporal pour ses transformations et pour apaiser ses cauchemars, jamais il aurait pu imaginer que cela prenne autant de proportions.

« Tu as l'air crevé. »

La voix du Caporal le sortit instantanément de sa rêverie.

« Cela doit être à cause de la mission d'hier soir », répondit-il. « J'ai eu le sommeil un peu plus léger que d'habitude. »

Eren rajusta sa veste et se vêtit de son vieux brassard. En jetant quelques coups d'œil vers son supérieur, il remarqua que ces cernes étaient plus creusés.

« Vous aussi, vous avez l'air fatigué.

- Mes heures de sommeil sont décalées pour assurer ta surveillance », lui dit-il. « Il est normal que je fatigue à cette heure-ci. »

Eren ne disait rien, mais il savait que sa mine était plus éreintée que d'habitude. Ce qui était plutôt normal vu qu'il avait enchaîné directement sur sa surveillance nocturne une fois rentré au camp hier soir. Eren était à la fois admiratif et effrayé de ce rythme.

Une fois ses bottines enfilées, le Caporal ouvrit la grille. Ils se dirigèrent ensemble vers le niveau supérieur où un autre Traqueur devait reprendre la relève.

Une fois arrivés, ils retrouvèrent Moblit devant les écrans de surveillance. Ce dernier se redressa et les salua d'un poing sur le cœur.

« Caporal », l'interpella-t-il. « Le Capitaine Zoé tenait à vous avertir qu'elle souhaiterait interroger Eren ce matin. Elle a un contretemps, mais elle ne devrait plus tarder.

- Pas de problème », lui dit-il d'un ton indifférent alors qu'il commençait à se diriger vers la sortie.

« Par contre, elle voudrait également que vous soyez présent. »

Le Traqueur fronça les sourcils, visiblement mécontent d'être retenu plus longtemps.

« Cette folle ne peut pas attendre un peu plus tard dans la journée ? » maugréa-t-il.

« Elle a vraiment insisté… », lui répondit-il avec un air embarrassé. « Vu que vous étiez également présent… »

Le Caporal pesta et s'appuya contre le mur.

« Il a intérêt à se magner le cul », siffla-t-il.

Moblit se tourna ensuite vers Eren avec un sourire.

« En attendant, je vais t'examiner rapidement et te prélever un peu de sang. Je te laisse t'installer. »

Eren s'exécuta, tout en regardant Moblit préparer le matériel et mener les examens habituels.

Eren le dévisageait tandis qu'il continuait de l'ausculter. Il était plutôt impressionné que Moblit puisse se conduire aussi sereinement que d'habitude après tous les événements de la veille.

« Vous tenez le coup ? Je veux dire, vous devriez être fatigué après ce qu'il s'est passé hier… »

Moblit le regarda, un peu surpris.

« Je n'ai pas fait grand-chose par rapport aux autres Traqueurs », assura-t-il sur un ton serein. « Donc je vais plutôt bien.

- Mais vous avez tout de même joué le rôle de l'appât », poursuivit Eren. « Même si vous n'avez pas participé activement à un affrontement direct, cela a dû vous demander pas mal d'efforts pour incarner un rôle.

- J'ai un peu l'habitude de jouer les appâts en mission », lui dit-il. « Et ce n'est pas la première fois qu'il y a un dérapage, je suis plutôt habitué à faire face à ce genre d'imprévus. Et vu que tout s'est bien terminé, je n'ai eu aucun mal à m'endormir sur mes deux oreilles. »

Eren était impressionné par son professionnalisme et son humilité.

Eren se souvenait de ses cours théoriques sur les fonctions de l'appât. Jouer une autre personne, observer sa cible, être à l'affût à tout moment… Même si ce n'était pas épuisant physiquement, cela demandait un véritable travail pour se glisser dans la peau de quelqu'un d'autre pour s'approcher d'une goule sans se faire démasquer. Et il suffisait de peu de choses pour que la goule suspecte la supercherie… mentalement, cela devait être éreintant.

Alors que Moblit terminait la prise de sang, la porte s'ouvrit avec fracas. Moblit sursauta, manquant de faire tomber son tube contenant le liquide rougeâtre.

« Excusez-moi ! » s'exclama Hanji le souffle court. « Je n'avais pas vu le temps passé…

- Qu'est-ce que tu foutais ? » lui demanda le Caporal sur un ton agacé. « A cette heure-ci, je doute que cela soit à cause des transports.

- Pas du tout ! » lui dit son homologue en déposant son sac contre son bureau encombré et en se précipitant pour enfiler sa blouse. « Je voulais récolter quelques informations avant de retourner au camp. J'ai dû aller interroger quelques personnes et faire des recherches sur certains éléments.

- Je parie que tu n'as pas dormi de la nuit », dit le Caporal avec un air blasé.

« J'avais beaucoup trop de choses à rapporter ! » s'exclama Hanji avec un petit rire surexcité. « Et puis après quelques tasses de café, je suis en pleine forme ! Je te l'assure !

- On verra ça tout de suite au cours de ton interrogatoire. Et pourquoi veux-tu absolument m'interroger maintenant ? Cela ne pouvait pas attendre ?

- Bien sûr que non ! » fit Hanji faussement offusquée. « Il faut interroger les personnes tant que leur mémoire est encore fraiche ! J'aurais pu me contenter uniquement du témoignage d'Auruo, mais je souhaiterais connaître aussi ta version des faits.

- Tu as interrogé Auruo ? » lui dit-il sur un ton glaçant. « Il s'est blessé et a besoin de repos.

- Mais je ne l'ai pas embêté trop longtemps ! » assura Hanji. « Et vu qu'il est resté évanoui pendant toute la durée de la transformation d'Eren, il n'y avait pas grand-chose à en tirer. »

Tout en ignorant le regard noir du Traqueur, le Capitaine se tourna vers Eren.

« Ca va Eren ? Tu te sens en forme ?

- Cela peut aller », répondit-il un peu hésitant.

« Très bien ! » s'exclama Hanji avec enthousiasme tout en s'installant sur sa chaise de bureau. « Installe-toi Eren, j'ai quelques questions à te poser. Moblit, tu peux partir te reposer.

- Je vais d'abord faire un peu de rangement, » lui répondit-il. « Il faudrait vraiment que vous preniez l'habitude de nettoyer un peu plus votre paillasse Capitaine.

- Toujours aussi maniaque à ce que je vois », s'exclama Hanji tout en déblayant ses papiers d'un revers de main.

« Tu devrais pourtant suivre ses conseils », fit Livaï. « C'est dégueulasse ici. »

Sans prendre part à leur querelle, Eren s'assit devant Hanji. Quant au Caporal, il se contenta de rester appuyé contre le mur à côté d'eux.

« Allez Eren, dis-moi tout », lui demanda Hanji tout en sortant de quoi noter.

Eren commença par lui expliquer ce qu'il se remémorait d'hier soir : l'attente au sous-sol, l'annonce de la fuite de la goule, les déplacements vers l'autre bâtiment, l'altercation avec le Caporal, les bruits qu'ils entendaient lors de l'assaut sur la goule, l'otage qui s'avérait en être une, l'attaque contre Auruo, sa transformation…

Hanji le laissait parler sans l'interrompre, le regardant attentivement tout en griffonnant silencieusement. Cela lui faisait drôle de la voir si attentive alors qu'elle semblait si éparpillée d'habitude.

« Intéressant… », déclara-t-elle en fixant Eren lorsqu'il finit de parler. « Et quelle était l'attitude de la goule lorsque tu cites qu'elle a attaqué seulement Auruo ?

- Et bien c'était un peu étrange », répondit Eren sur un ton peu assuré. « Mes souvenirs sont un peu confus, mais il me semblait qu'elle ne s'inquiétait pas de moi. A croire qu'elle pensait que j'étais comme l'une des leurs.

- Qu'est-ce qui te fait dire ça ? » lui demanda le Caporal.

« Et bien elle m'a dit que je 'l'avais sauvé' », lui dit-il hésitant. « Comme s'il pensait que j'étais une goule qui s'était infiltrée chez les Traqueurs et que je comptais vous attaquer. A vrai dire, je n'ai pas tout bien compris…

- Et tu ne t'étais pas transformé à ce moment-là ? » le coupa Hanji.

« Non… » dit Eren un peu pris au dépourvu. « Même si je ne me souviens plus trop quand je m'étais transformé exactement, je suis sûr que mon kagune n'était pas apparu lorsque la goule s'est attaqué à Auruo…

- MAIS C'EST GENIAL ! »

Hanji s'était adressé brusquement, les paumes claquant bruyamment contre son bureau.

« Hey », l'interpella le Caporal. « Qu'est-ce qu'il te prend ?

- Tu ne comprends vraiment pas ? » dit Hanji avec enthousiasme. « Les goules reconnaissent Eren comme l'un des leurs !

- Mais… comment ? » demanda Eren incrédule.

« L'odeur voyons ! » gloussa Hanji. « L'odeur ! Les goules ont toujours eu un odorat hyper développé, notamment pour reconnaître leurs semblables ! »

Eren ne semblait pas tout bien saisir et restait dubitatif.

« Me reconnaître en tant que goule ? » répéta-t-il en fronçant les sourcils. « Pourquoi m'aurait-elle reconnu ? Lors de l'attaque de la Cérémonie, j'ai été face à d'autres goules et toutes m'ont pris pour un humain lambda. Pourquoi cette fois-ci ce serait différent ?

- Il faut prendre en compte plusieurs facteurs », dit Hanji sur un ton plus posé. « Une forte concentration de cellules RC peut stimuler le sens olfactif des goules. Lors de la Cérémonie, ton taux devait être plus bas qu'actuellement. Second point sur la mission d'hier, tu as dis que tu l'avais secouru. En t'approchant d'elle, la goule a dû mieux percevoir ton odeur. »

Hanji commença à ricaner tout en se mordant la lèvre inférieure.

« Quelle découverte ! Cela fait plusieurs semaines que nous n'avions pas eues de telles avancées ! C'est génial ! Et toi ? Tu as senti quelque chose de particulier ?

- Pas vraiment », lui répondit Eren en trouvant cette question vraiment bizarre sur le coup. « Je n'ai rien senti d'inhabituel. Comme je l'ai dis, j'ai découvert qu'il était une goule une fois qu'il s'est attaqué à Auruo. C'est tout.

- Oh quel dommage ! » fit Hanji en prenant un air déçu. « Cela aurait été tellement top si tu pouvais en détecter toi aussi !

- Au lieu de te faire dessus, tu ne peux pas enchaîner plus rapidement ton interrogatoire ? » intervint le Caporal sur un ton agacé. « Tu as apparemment insisté pour que je reste ici pour répondre à tes questions, alors pose-les.

- Oui oui ! » lui dit Hanji sur un ton surexcité. « C'est vrai que tu dois te reposer, je te néglige un peu pour le coup ! »

Hanji pointa sa mine vers lui, tout en lui posant plus calmement ses questions.

« Vu que tu es intervenu lors de sa transformation, peux-tu nous décrire ce qu'il s'est passé exactement ?

- Rien de sensationnel : je suis arrivé, son kagune était activé, il était énervé, je suis intervenu, fin.

- Et rien de particulier ? »

Le Caporal se tourna vers Eren. Ce dernier se sentit soudainement mal à l'aise.

« Eren », lui demanda-t-il. « Comment tu t'es senti lors de ta transformation ? »

L'adolescent se crispa. Il tritura l'ongle de son pouce pendant qu'il cherchait ses mots.

« Et bien… Je ne me rappelle plus trop », leur dit-il. « Je ne me souviens plus quand exactement mon kagune est apparu, mais je sais que j'ai commencé à devenir étrange lorsque la goule a voulu s'en prendre plus sérieusement à Auruo. J'étais en colère, c'est tout. »

Ce qu'il disait était à moitié vrai, mais il préférait rester évasif sur ses ressentis pour le moment. Même si cela pouvait peut-être les avancer dans leurs recherches, il ne se sentait pas prêt pour le leur dévoiler. S'il leur avouait qu'il avait eu du plaisir à tuer, comment réagiraient-ils ? Est-ce qu'ils prendraient cela pour de la déviance ? Sûrement. C'était beaucoup trop tôt, et il préférait encore faire un point sur lui-même plutôt que de leur raconter tout en détails. Et s'il devait en discuter, ce serait sûrement qu'en tête à tête avec Hanji. Elle semblait plutôt compréhensive, et il voulait éviter que le Caporal pense quoique ce soit de bizarre de lui.

Son supérieur continuait de le fixer sans ciller. Pendant ces quelques instants, Eren priait qu'il ne se doute pas de quelque chose.

Le Caporal finit par détourner son regard, semblant soudainement désintéressé.

« Si ton interrogatoire est terminé pour moi Hanji, je me taille.

- Je n'ai pas d'autres questions », lui sourit son homologue. « Tu peux aller faire dodo. »

Le Caporal se redressa tout en bougonnant, s'apprêtant à quitter le laboratoire.

« J'ai tout de même une question », dit Eren en s'adressant à Hanji. « Vous savez ce qu'est 'Sina' ? »

A l'instant où il prononça ce mot, les deux Traqueurs se figèrent. Le Caporal se retourna vers lui, le regard glacial.

« Où tu as entendu parler de ça ? » lui dit-il d'un ton cinglant.

« Je demandais juste ça comme ça », expliqua Eren, pris au dépourvu. « C'est la goule qui en parlait. Elle me demandait si je venais de 'Sina'. Je ne sais pas du tout ce que c'est, et je m'étais dit que vous connaissiez peut-être... »

Hanji et le Caporal s'échangèrent des regards en coin, laissant Eren perplexe.

« C'est quelque chose de grave ? » demanda Eren sans trop comprendre.

« Il s'agit d'un groupe de goules », finit par lui avouer le Caporal.

« Livaï ! » s'écria Hanji. « C'est secret défense !

- Eren est déjà un secret défense à lui tout seul », rétorqua-t-il. « Je ne pense pas qu'Erwin va pousser une gueulante s'il sait ce que c'est. La plupart des Traqueurs sont au courant, et ce n'est pas comme si Eren pouvait divulguer quoi que ce soit au public. »

Son homologue ne semblait pas partager la même opinion, lui lançant un regard noir. Après un long soupir, Hanji s'adressa à Eren.

« Depuis plusieurs années, un groupe de goules se revendiquent appartenir au 'Clan Sina'. Ce Clan est assez agressif et bien organisé, au point que leurs attaques peuvent détromper la vigilance de la MAG. Il nous a été impossible jusqu'à présent d'en capturer une vivante pour l'interroger. Nous ne savons rien d'elles, excepté que ce Clan attaque en bandes organisées.

- Il s'agit de la même organisation qui a attaqué la Cérémonie », poursuivit le Caporal. « Le même mode opératoire, ces mêmes masques vénitiens ridicules… et le fait qu'elles s'exposent et attaquent sans se soucier de leur propre survie.

- Mais… mais pourquoi dissimuler cette information au grand public ? » demanda Eren un peu troublé.

- La terreur », continua Hanji. « Quelle serait la réaction de la population si elle apprenait qu'une organisation de goules attaque massivement ? Ou que le fait d'arrêter des membres de ce clan ne ralentit en rien leurs activités ? Les gens prendraient peur, resteraient cloîtrés chez eux, fuiraient le pays… Ce serait sans doute la panique. Comme après l'attentat de…

- … Shiganshina », termina Eren.

« Exactement », approuva Hanji. « Nous préférons garder cela secret pour éviter de perturber la population.

- Est-ce que... il est possible que cela soit les mêmes goules qui ont attaqué il y a six ans ? »

Hanji marqua une pause tout en croisant ses doigts, avant de lui répondre.

« Ce n'est pas exclu. »

Eren eut comme un vertige. Alors ces goules appartenaient à une organisation susceptible d'être à l'origine de chacune des attaques qui lui avait fait tout perdre. Sa famille, son enfance, ses amis, une partie de sa vie…

L'adolescent sursauta en sentant une main se poser sur son épaule.

« Ca va ? » lui demanda son supérieur.

« Oui », lui répondit-il en hochant la tête. « Je suis juste un peu surpris, je ne vais pas me transformer pour si peu.

- Bien », fit-il en retirant sa paume. « Mais tu dois comprendre à présent pourquoi on ne divulgue pas leur existence. Il est plus facile pour les gens de continuer à penser que les goules sont trop connes pour s'organiser entre elles. Lorsqu'on arrête des goules du Clan Sina, il vaut mieux que la population croit qu'il s'agit juste de cas isolés que d'un regroupement de goules qui réussit leur coup en se sacrifiant d'elles mêmes. Ce serait comme leur avouer que l'arrestation des goules après une attaque n'est pas forcément synonyme d'une victoire de l'humanité.

- Le Clan Sina doit donc rester inconnu du grand public », dit Hanji. « Même si nous avons recours à la censure auprès des médias, il est préférable de ne pas empirer la situation en créant une vague de panique au sein de la population. »

Eren n'était pas d'accord sur le principe de camoufler cette vérité, mais se garda de tout commentaire. Après tout, la MAG devait veiller sur la population avant tout, et il pouvait comprendre que des personnes puissent réagir de manière imprévisible.

« Est-ce que la goule qui t'en a parlée faisait partie de ce clan ? » lui demanda le Caporal.

« Je ne crois pas », lui répondit l'adolescent. « Elle semblait ne pas suivre leurs principes, même si elle semblait les respecter.

- Il y a donc bien des goules qui connaissent ce clan? » intervint Hanji.

« Apparemment », lui dit-il.

« Et quelle était sa réaction quand elle a cru que tu en faisais partie ?

- Je ne saurais pas trop l'expliquer », lui avoua-t-il. « Du peu de ce que je m'en souviens, elle semblait juste curieuse. Voire admirative… Mais je peux me tromper. »

Hanji plissa des yeux, tandis qu'Eren poursuivit ses questions.

« Mais lorsque vous capturez des goules, vous n'en avez pas profité pour demander si elles connaissaient le Clan Sina ?

- Ce n'est pas aussi simple », grimaça Hanji. « La plupart des goules capturées sont plutôt silencieuses. Et même en évoquant le sujet de ce Clan, elles préféraient dire qu'elles ne connaissaient rien. Nous ignorons s'il s'agit d'une vérité ou si c'était une façon pour elles de les couvrir. Quant aux goules provenant de ce Clan, elles préféraient se battre jusqu'à ce que mort s'en suive plutôt que de se laisser capturer. Il n'est pas improbable que la seconde option ait été choisie pour éviter de violentes représailles. »

Eren serra les poings, sourcils froncés.

« Si jamais nous arrivons à une piste, pourrai-je participer à leur traque ? »

La bouche d'Hanji s'étira d'un grand sourire.

« Bien sûr !

- Tout dépendra de ton entrainement », répondit le Caporal. « Les goules de ce Clan sont loin d'être faciles à abattre. Dans ton état actuel, ce serait un coup à ce que cela tourne mal. C'est déjà une chance d'ailleurs que tu aies pu en buter lors de la Cérémonie. Mais si tu arrives à maitriser ton kagune tout en finalisant avec succès tes missions, tu seras sûrement sollicité sur cette affaire. »

Eren acquiesça, compréhensif.

L'interrogatoire prenant fin, Hanji le raccompagna vers le réfectoire tandis que le Caporal sortait du camp pour rejoindre sa chambre. Sur le chemin, l'adolescent se concentra sur son nouvel objectif.

Le fait que les goules qui avaient massacré sa famille et ses camarades appartiennent à une même entité renforçait sa haine contre elles. Ses adversaires étaient alors plus redoutables qu'il ne le pensait.

A présent que cette première mission était achevée, il devait tout donner aux entrainements pour pouvoir un jour faire partie des Traqueurs qui se chargeront d'arrêter ce Clan.

-oOoOoOo-

Dans la matinée, Eren se trouva en compagnie d'Eld, Petra et Gunther pour qu'ils puissent l'accompagner dans l'une des salles informatisées du camp. Le Caporal avait apparemment insisté pour qu'il gère une partie des tâches administratives, tel qu'un compte-rendu de fin de mission. Vu comment cette dernière s'était déroulée, Eren avait secrètement espéré qu'on passe l'éponge. Mais apparemment, son supérieur comptait vraiment à ce qu'il suive scrupuleusement la formation comme tous les autres apprentis.

Cette fois-ci, les autres miliciens qui l'accueillirent de l'autre côté des murs avaient l'air plus détendus que la dernière fois. Eren ignorait si c'était dû au succès de la dernière mission ou non, même si l'accueil restait assez froid. On lui avait quand même enfilé des menottes et l'escorte qui l'emmenait à l'autre bout du camp s'efforçait de former un cercle compact autour de lui.

Il devait être à peu près neuf heures du matin, et il faisait encore frais malgré un soleil assez ardent. Chacun de leur pas soulevait de légers nuages de poussières. Un peu plus loin, Eren vit des Traqueurs s'entrainer au pas de course. Certains s'exerçaient également au combat au corps à corps. Nostalgique, il se remémora ses séances à l'Ecole avec ses camarades.

Mais son trajet ne passa apparemment pas inaperçu vu que certains s'étaient arrêtés dans leurs activités pour le voir traverser la vaste cour. A sa plus grande surprise, certains d'entre eux coururent même dans leur direction.

« Qu'est-ce qu'ils fabriquent ? » s'arrêta Eld en même temps que le reste de l'escorte.

« Hey ! » beugla l'un des Traqueurs se chargeant de l'accompagnement. « Arrêtez-vous et retournez à votre entrainement ! »

Eren se redressa pour mieux apercevoir ce qu'il se passait. A son grand étonnement, ses têtes étaient loin de lui être inconnues.

Il reconnut rapidement Armin et Mikasa, suivis de près de Jean, Sasha, Reiner, Connie et Bertolt.

« Tu les connais ? » demanda Gunther en remarquant son expression surprise.

« Il s'agit de mon ami et de ma demi-sœur », expliqua-t-il. « Et de mes autres camarades de promotion… »

Mais leurs retrouvailles eurent un goût amer lorsque les autres Traqueurs se mirent à repousser les autres apprentis.

« Retournez à votre entrainement », s'exclama l'un d'eux.

« Circulez, il n'y a rien à voir », rétorqua un second.

« C'est quoi ce cirque ? » s'exclama Connie. « On a vraiment pas le droit de l'approcher ?

- Ca sert à quoi de le faire sortir si on ne peut même pas lui parler ? » s'offusqua Sasha.

« Cela ne vous regarde pas », répliqua sèchement un Traqueur. « Eloignez-vous ou on en réfèrera à vos tuteurs ! »

Mikasa contenait à grande peine sa colère en serrant le poing, tandis qu'Armin essayait de la dissuader d'avancer.

« Arrêtez votre speech les gars », fit Eld. « Laissez-les discuter un peu avec Eren. »

L'un des Traqueurs vit rouge.

« Mais vous n'y pensez pas ? Nous sommes chargés de…

- … d'accompagner un apprenti à une salle informatique », termina Gunther avec une pointe d'ironie. « Nous pouvons leur accorder cinq minutes, il s'agit de ses camarades de promotion. Nous ne sommes pas pressés à ce point par le temps.

- Je me porte responsable s'il y a quoi que ce soit », garantit Eld. « Accordez-leur cinq minutes. »

Les autres miliciens les regardèrent d'un œil mauvais, puis finirent par laisser une ouverture dans le cercle qu'ils formaient.

Eren eu la joie de retrouver face à lui ses camarades. Armin et Mikasa se précipitèrent en premier sur lui, mais Petra fit rapidement barrage.

« Je suis sincèrement désolée », leur fit-elle. « Nous avons des consignes assez strictes en temps normal. Evitez donc de le toucher. »

Mikasa la fusilla du regard, mais Eren leva ses paumes vers elle en signe d'apaisement.

« Elle a raison », lui dit-il. « On m'accorde déjà une fleur en m'autorisant à vous parler, donc il vaut mieux ne pas en abuser. »

Il adressa un regard compréhensif vers Petra, avant se tourner vers sa sœur adoptive et ses amis.

« J'ai l'impression que cela fait tellement longtemps…», leur confia-t-il avec un sourire.

Mikasa semblait difficilement se retenir de s'approcher de lui. Elle se contenta de serrer ses poings, l'air terriblement inquiet à la vue des menottes.

« Eren », demanda-t-elle affolée. « On ne t'a pas fait de choses horribles ? On t'a examiné sous toutes les coutures ? As-tu été torturé psychologiquement ?

- Mais non, pas du tout ! » rassura Eren avec un ton à la fois surpris et ennuyé.

Bien qu'Eren admettait que c'était loin d'être le cas au début, sa condition avait nettement évolué depuis. Et il était hors de question d'inquiéter plus Mikasa qu'elle ne l'était déjà.

Sa demi-sœur fronça les sourcils, son expression soucieuse changeant brutalement en une violente colère à peine contenue.

« Ce gnome s'est un peu trop lâché sur toi au tribunal. Je le lui ferai payer cher un jour….

- Attends, tu parles du Capitaine Ackerman ? »

Quelques membres de l'escouade se retournèrent à la mention du nom de leur supérieur. Eren releva ses mains en faisant signe qu'il n'y avait rien d'intéressant à savoir.

Quel boulet… Vu les circonstances, il valait mieux éviter toute provocation futile.

« N'empêche, cela fait un bail ! » s'exclama Connie.

« Tu as pu lire nos lettres ? » lui demanda Armin.

« Oui », acquiesça-t-il. « Je vous ai répondu, mais peut-être que la correspondance prend un peu plus de temps… Je trouve ça génial que vous puissiez vous retrouver tous ensemble ! »

« D'habitude, nous sommes dispatchés dans nos escouades respectives », expliqua Reiner. « Mais il n'est pas rare de nous retrouver pendant les entrainements au camp.

- Comment tu te sens à présent ? » fit Armin. « Bien ?

- Ca va », fit Eren. « Je suis concentré sur mes entrainements, donc les journées passent plutôt vite.

- Mais personne ne fait d'examen sur toi ? » insista Mikasa.

« Bien sûr que je me fais examiner, mais cela ne va pas plus loin que quelques analyses radios et des prises de sang. Ne t'inquiète pas !

- J'ai entendu dire que tu avais fait ta première mission ! » dit Connie. « C'était comment ?

- Désolé mais Eren n'est pas censé répondre à ce type de question pour le moment », fit Eld pour éviter qu'Eren ne dévoile certaines informations sensibles.

Une partie des apprentis semblait déçue de ne pas en savoir plus. Apparemment, les bruits de couloir allaient bon train...

« Et comment cela se passe là-bas ? » demanda Armin en pointant le doigt en direction de la grande enceinte.

« Et bien je m'entraine », répondit Eren. « Un peu comme vous je présume, avec les exercices physiques, la théorie…

- Tu dois avoir des équipements de fou aussi non ? » s'exclama Connie. « Raconte-nous !

- Cela reste assez rudimentaire en fait », fit Eren. « Ce n'est pas grand-chose par rapport à ce que nous avons pu avoir à l'Ecole.

- Et la bouffe ? » fit Sasha. « Tu as ta propre cafet' ?

- Pas vraiment, mais je suis un régime alimentaire très encadré… Mais ce n'est pas vraiment succulent, tu ne loupes rien par rapport à la cafétéria du camp je pense », fit Eren en préférant dévier de sujet.

Il valait mieux éviter d'avouer à ses camarades quel type de viande il consommait actuellement… Pas sûr que tous réagiraient très bien à la nouvelle.

« Mais tu dois te faire surveiller en permanence, non ? » fit Bertolt. « Ce n'est pas trop gênant ?

- C'est vrai », déclara Eren. « Je dois être constamment accompagné d'au moins une personne dans l'enceinte, et me faire escorter de plusieurs personnes à l'extérieur. Mais je garde quand même mon intimité quand je prends ma douche ou vais aux toilettes. Par contre la nuit…

- Eren ! » l'interrompit Gunther.

Eren se reprit, se disant que ce genre de déclaration était sans doute malvenu.

« Cela fait du bien de vous retrouver », fit Eren en voulant changer de sujet. « Je suis surpris que vous soyez aussi nombreux à rejoindre les Traqueurs. Malgré les convictions de certains…»

Ses yeux dérivèrent vers Jean, qui le fixait avec un air sérieux et qui était resté silencieux jusqu'à présent. Ce dernier s'avança vers lui, le visage fermé.

« Armin m'a tout raconté sur ce qui est arrivé à Marco. Visiblement, tout le monde ne peut pas faire de sortie théâtrale », dit-il avec une pointe de douleur dans la voix. « On ne sait même pas comment il est mort… Il s'est fait tuer dans son coin, sans que personne ne le voie. »

Le souvenir du cadavre de Marco hantait encore l'esprit d'Eren. Cela avait été d'une telle violence… Mais il préférait refouler tout ça. Ce n'était ni l'endroit ni le moment de se laisser emporter par la colère.

« Dis-moi Eren », reprit Jean. « Quant tu t'es changé en goule, il parait que tu as tenté de tuer Armin ?

- Non », répondit à sa place Mikasa. « C'est un malentendu, Eren nous a défendu !

- Je ne te le demande pas à toi », rétorqua durement Jean. « Et avec toutes les rumeurs sur ce qu'il s'est passé, j'ai bien le droit de poser la question !

- Eren », s'insurgea Petra. « Tu n'es pas obligé de répondre.

- Cela va aller », répondit calmement Eren.

Il prit une grande inspiration, avant de l'avouer à ses camarades avec une mine résignée.

« Il parait que c'est vrai. Quand je me suis transformé, j'aurais essayé apparemment de le tuer…

- Apparemment ? » répéta Jean. « Tu ne t'en souviens même pas ? Tu ignorais donc le fait que tu sois en partie une goule, et donc tu n'as pas moyen de te maîtriser ?

- C'est exact », avoua Eren mal à l'aise.

Jean soupira, avant de s'adresser à ses autres camarades.

« Vous avez entendu ? C'est ça, la situation actuelle.

- Jean ! » s'exclama Mikasa. « A quoi ça te sert de t'en prendre à Eren maintenant ?

- Ecoute Mikasa, tout le monde ne peut pas faire confiance aveuglément à Eren comme toi. Nous devons savoir les risques et quelle est sa valeur si on se retrouve un jour avec lui sur le terrain. Si la situation tourne mal, on sera confronté alors à un choix où l'hésitation pourrait s'avérer fatale. Si Eren se retrouve à se transformer au milieu des goules, que devrions-nous faire ? Fuir pour nos vies, ou la sacrifier pour qu'Eren s'en sorte coûte que coûte ?

- Il me parait difficile de ne pas intervenir dans votre petite conversation », s'interposa Eld. « Mais sache qu'Eren était effectivement incontrôlable lors de la Cérémonie. Même si ce genre d'informations devrait rester confidentiel, sachez qu'Eren fait de gros efforts pour maîtriser son pouvoir. Il y a effectivement pas mal de travail, mais nous sommes sur la bonne voie. Eren est très appliqué dans ses entrainements, et pourra sans doute mener ses missions sur le terrain comme vous une fois son apprentissage accompli. »

Jean fixa le Major, surpris de son intervention, puis baissa rapidement les yeux pour éviter de lui manquer de respect. Il s'adressa une nouvelle fois à Eren.

« Si tu arrives à progresser, alors tant mieux. Comme je te l'ai déjà écris, nous attendons beaucoup de toi. Je peux paraître assez rude, mais il est nécessaire pour nous d'évaluer s'il est important de se sacrifier pour toi ou non si jamais nous sommes confronté à ce type de situation un jour. »

Eren resta stoïque tandis que tous ses camarades le fixaient. Il finit par acquiescer, encore un nœud à la gorge.

« Nous allons reprendre notre chemin », intervint Eld. « Veuillez tous reculer s'il-vous-plait. »

Le groupe d'apprentis s'exécuta, tandis que l'escorte poursuivit sa marche. Quant à Eren, il arborait toujours un air troublé.

« Tes amis sont un peu spéciaux », fit Gunther. « En particulier l'un d'eux…

- Il a toujours été comme ça », fit Eren pour le défendre. « Même s'il se comporte souvent en idiot, il a toujours été quelqu'un de franc. L'attaque de la Cérémonie et la mort de nos autres camarades ont dû vraiment l'affecter pour qu'il se décide à s'engager chez les Traqueurs. Même si ses questions sont plutôt rudes, il a raison de les poser. »

Ils continuèrent silencieusement leur marche jusqu'à la salle informatique. Avant de s'installer, Eren s'adressa aux trois membres de l'escouade une fois les autres miliciens partis pour surveiller les sorties.

« Avant de commencer, je voulais savoir… Quelle est notre véritable valeur au sein des Traqueurs ? Je veux dire… Nos vies, comment sont-elle évaluées ? »

Eld, Petra et Gunther se regardèrent, un peu perplexes. Eld finit par lui répondre.

« Comme tu dois déjà le savoir, la vie de chaque milicien n'a pas forcément la même valeur. Déjà que la MAG peine à recruter suffisamment de bons éléments comme elle le voudrait, il nous est impératif de conserver nos meilleurs éléments. C'est pour cela qu'on nous encourage à la prudence lors de nos missions, à éviter tous risques inutiles et à fuir si jamais la situation échappe à notre contrôle. Y compris lorsque cela implique de risquer la vie des civils. C'est également pour cette raison qu'on valorise l'expertise de certains miliciens en leur adressant le titre de Major. Vu que tous les miliciens compétents ne peuvent pas être promus Capitaine, il est important de distinguer qui a plus besoin de rester en vie qu'un autre lors d'une situation complexe.

- C'est pour cela qu'on nous a appris à l'Ecole à protéger toujours les Majors et les gradés », poursuivit Eren.

« Exactement », approuva Eld.

« L'expérience de chaque milicien a une grande valeur pour la MAG, mais aussi pour la population », reprit Petra. « Un milicien peu expérimenté qui se fait tuer sera toujours une perte. Mais s'il fallait faire des sacrifices, il vaut mieux en sacrifier plusieurs plutôt que de perdre un Major ou un Capitaine. Et il en va de même du sacrifice de quelques civils pour la survie d'un milicien.

- Valoriser les vies de cette façon peut paraître cruel », fit Gunther. « Mais lorsque nous nous retrouvons confrontés à un choix crucial, comme un milicien seul face à une ou plusieurs goules, nous devons faire rapidement des choix en fonction de plusieurs facteurs : l'environnement, la dangerosité des goules, le temps de venue des prochains renforts… Et la valeur de plusieurs vies rentre également en ligne de compte. »

Eren avait déjà fait ce constat à l'Ecole, où on leur rappelait souvent que dans des situations critiques, il fallait protéger leurs supérieurs au péril de leur vie si l'occasion se présentait. Sur le moment, ses camarades pensaient que c'était une règle qu'il ne fallait pas forcément prendre au sérieux, ou bien une manière pour leurs ainés d'insister sur leur supériorité. Mais après le discours de Jean et la dernière mission, il comprit un peu mieux le sens de tout ça. S'il fallait combattre des goules, il valait mieux garder en vie le plus longtemps possible les miliciens les plus expérimentés.

« Quant à la dernière mission… », reprit Eren. « Vous avez donc pris le risque de mettre en danger les otages pour tuer la goule.

- L'objectif était aussi qu'ils survivent », fit Eld. « Si nous n'étions pas intervenus, la goule se serait échappée pour faire sans doute plus de victimes. Pire, elle s'en serait prise également à plusieurs miliciens désarmés.

- Le risque était loin d'être nul », reprit Gunther. « Mais nous souhaitons faire notre maximum pour éviter de faire des victimes dans ce genre de situation. Même s'il est encouragé qu'on fasse passer notre survie avant celle du reste de la population, nous avons aussi une éthique. Si nous nous sommes engagés, c'est aussi pour assurer leur défense.

- Tout le paradoxe d'un Milicien », déclara Eld. « Sauvez les plus faibles des goules, mais les personnes les plus importantes d'abord. Ce n'est pas pour rien que les Elites sont une division à part entière ayant pour but de protéger les individus les plus importants de notre société après tout.

- Vu que l'escouade est composée de Majors, il est donc normal qu'elle ait plus de valeur que les autres équipes», fit Eren.

« Par contre, ne crois pas que ta vie équivaut à celle d'un apprenti », intervint Eld. «Même si certains hésiteraient à se sacrifier pour toi vu ta nature, sache que pour ma part, je le ferais. »

Eren écarquilla les yeux, embarrassé.

« Mais je ne sais pas encore suffisamment bien me contrôler ! » balbutia Eren. « Comment tu peux penser que ma vie vaudrait plus que la tienne alors que tu es beaucoup plus expérimenté ?

- Tu restes l'objet de notre mission, Eren », déclara Gunther. « Tes facultés pourraient redonner un nouveau souffle à la MAG. Même si l'avenir reste encore incertain, je veux quand même faire ce pari. Et si je devais choisir entre ma vie et la tienne, je sais direct quelle serait ma décision. Et si tu devais choisir entre nous et toi, je t'encourage à prendre direct la seconde option.

- Idem pour moi », déclara Petra. « Et je pense que cela en est de même pour Auruo. Même si on nous a demandé de donner notre vie pour toi en acceptant ce projet, je pense qu'on a tous eu la conviction de te protéger coûte que coûte une fois qu'on t'a donné ce brassard. »

Eren rougit instantanément d'embarras. Il ne s'attendait pas à ce que ses coéquipiers fassent une telle déclaration. Ces trois derniers commencèrent à rigoler.

« Tu en fais une tête ! » se moqua Gunther. « Cela donne envie de t'embêter plus souvent !

- Allez ! » fit Eld en claquant des mains. « Nous avons suffisamment perdu de temps comme ça. Eren, commence à préparer ton rapport. »

Encore gêné, Eren s'installa hâtivement devant l'un des écrans. Il essaya de se concentrer rapidement sur ce qu'il devait noter, histoire d'ignorer le picotement désagréable au niveau de ses joues.

-oOoOoOo-

« Eloigne-toi des cibles ! Bien, essaie d'en enchaîner deux en un seul tir ! Eld, Gunther, commencez à amener les suivantes !»

Livaï supervisait scrupuleusement Eren, veillant à ne louper aucun de ses enchainements.

Malgré une longue période sans manier son kagune, Eren semblait s'en sortir mieux que là où il s'était arrêté. Bien qu'il lui ait fallu un peu de temps pour l'activer et qu'une de ses deux ailes habituelles déployée restait encore un peu plus petite que l'autre, le gamin s'en sortait plutôt bien.

Eren continuait de lancer des projectiles à partir de son kagune en direction des panneaux en bois avec une précision redoutable. Bien positionné sur ses appuis, il avait tendance à s'aider encore de sa main pour viser et à balancer ses épaules à chaque tir. Cela donnait l'impression qu'il apprenait à manier une nouvelle arme.

« Whouaouh ! » s'exclama Hanji aux côtés de Livaï. « Je ne pensais pas qu'il reprendrait le rythme aussi rapidement ! C'est stupéfiant ! »

Hanji guettait le chrono et examinait chaque fait et geste d'Eren, tout en griffonnant quelques notes.

« Je pense que la mission d'hier l'a un peu reboosté », fit Livaï. « Au final, ce fut un mal pour un bien. »

Au fur et à mesure qu'Eren enchaînait les tirs, son kagune s'intensifiait en prenant une teinte orangée flamboyante. Il devenait de plus en plus rapide, et se mettait à viser deux cibles au lieu d'une. Malgré cette montée en performance admirable, Livaï ne vit pas cette amélioration d'un très bon œil : cela lui faisait plus penser à une machine qui s'emballait.

« Eren », l'interpella Livaï. « Ralentis le rythme ! »

Mais l'adolescent continuait ses exercices sans broncher, ignorant totalement ses ordres. Les projectiles pleuvaient à une cadence infernale.

« 'Fait chier, c'était trop beau… » maugréa-t-il.

Alors qu'il commençait à croire que le gamin avait enfin chopé le truc, le voilà qui déraillait. Tandis que ses subordonnés se tenaient sur le qui-vive, Livaï se rapprocha de l'adolescent.

« Eren, arrête-toi », lui demanda-t-il sur un ton autoritaire. « L'exercice est terminé pour aujourd'hui. »

Lorsqu'il fut suffisamment près, l'adolescent baissa doucement les bras. Livaï distingua très nettement les traits fatigués de l'adolescent et ses iris rouges écarlates fixant le vide. Son kagune semblait s'agiter comme une entité vivante totalement indépendante.

« Tu fais vraiment une sale gueule », lui dit-il avant de se présenter à moins de trente centimètres de lui.

Lentement, Livaï posa une main sur une de ses épaules tandis que l'autre poussa légèrement sa tête contre lui. Livaï sentit alors les poumons de l'adolescent se gonfler pour mieux humer son odeur et son corps s'appuyer un peu plus contre lui. Les mains tremblantes de l'apprenti remontèrent sur ses bras pour mieux agripper ses manches. Il le laissa faire, attendant la disparition complète de son kagune. Au bout d'une bonne minute, Livaï décida de se libérer.

« C'est bon Eren, on va pouvoir faire une pause »

Mais aucune réaction. Livaï tenta de le secouer un peu, mais l'adolescent ne bougeait toujours pas. Sa respiration semblait d'ailleurs s'emballer.

« Eren ? Est-ce que ça va ? »

Ses autres subordonnés se rapprochaient, se doutant que quelque chose d'étrange se passait. Eren continuait à rester dans cette posture, la respiration sifflante. Livaï tint fermement l'apprenti par les épaules. Il découvrit alors son expression neutre et ses yeux écarquillés toujours aussi rouges, qui continuaient de rester dans le vide.

« Eren ! » l'appela-t-il en le secouant. « Eren, ressaisis-toi ! EREN ! »

L'adolescent se réveilla tout à coup, ses pupilles reprenant leur couleur vert d'eau habituelle. Il baissa subitement la tête, l'air complètement déboussolé.

« Eren ? » demanda Livaï. « Est-ce que ça va ?

- Oui », fit-il en hochant lentement la tête. « Désolé, j'étais ailleurs…

- Tu nous as fais une belle peur ! » fit Gunther. « On croyait que tu avais fini par complètement perdre les pédales !

- Non non », assura-t-il en leur faisant un léger sourire. « J'ai juste eu une absence…

- Tu es sûr ? » intervint Hanji. « Il s'est passé quelque chose ? C'est la première fois que cela t'arrive lors de notre session d'entrainement.

- Oui », maintint Eren. « Cela fait un moment que je n'ai pas fait ce type d'exercice. Je suppose que j'en ai trop fait... »

Livaï le relâcha, tout en continuant de le fixer d'un air suspicieux.

« Allez prendre une pause dans le réfectoire », suggéra-t-il. « Vous reprendrez les exercices physiques dans une heure. »

Livaï laissa ses subordonnés quitter la salle, puis se tourna vers Hanji.

« Qu'est-ce que tu en penses toi ? » lui demanda-t-il.

« Je trouve ça effectivement bizarre », répondit Hanji. « Mais je n'ai pas assisté à toutes ses transformations non plus. Il était comme ça hier ?

- Il a eu un peu une réaction similaire, oui », fit-il. « Mais il s'était comporté comme ça avant que je me rapproche aussi près de lui. Je pensais que c'était dû au choc lorsqu'il s'attaquait à la goule.

- Il semblait agressif envers toi ?

- Non », dit-t-il. « Il était juste plongé dans une espèce de transe.

- Tu aurais pu me le dire ce matin », fit Hanji sur un ton contrarié.

« J'étais complètement claqué », pesta Livaï. « Rappelle-toi que je suis resté éveillé plus de vingt quatre heures non stop. Il est normal que j'aie fait l'impasse sur la description de certains détails.

- Et tu n'as rien remarqué d'autre en particulier ? » insista Hanji. « Sur des comportements qui diffèrent de d'habitude par rapport à ses transformations précédentes ?

- Quand je l'ai retrouvé, il était en train de cogner la goule comme un dément. Il était complètement déchainé, jusqu'à ce que je me rapproche de lui. C'est à ce moment-là qu'il s'est mis à se calmer. Mais je pense que les autres miliciens qui m'accompagnaient ont dû témoigner la même chose.

- C'est ça », acquiesça Hanji tout en rajoutant quelques notes en bas de page.

Hanji marqua une pause avec un air concentré tout en se tapotant la joue de l'index, puis reprit la parole.

« Je crois qu'il ne faudrait pas s'inquiéter plus que ça pour le moment. Ce n'est pas la première fois qu'Eren a des comportements inattendus. Rappelle-toi de la fois où il s'était carrément endormi ! Peut-être qu'il s'agit d'un contrecoup de la mission d'hier. Après tout, c'était la première fois qu'il s'est transformé face à une goule et en restant en parti conscient.

- Crois-tu que la prise de contact avec une goule ait pu lui déclencher quelque chose ?

- Je n'en sais rien », fit Hanji. « Mais vu ses étonnants progrès d'aujourd'hui, il n'est pas exclu que cela soit le cas. »

Livaï ne dit rien, mais son silence semblait en dire long sur la déduction d'Hanji

Il avait bien remarqué qu'Eren était quelque peu étrange ce matin. Il avait encore pris cet air pensif lorsqu'il se tracassait pour quelque chose. Bien qu'il essayait de le dissimuler par des faux sourires, il l'avait grillé de suite.

Il en était persuadé : quelque chose s'était passé ce soir-là.

-oOoOoOo-

A la fin de la journée, Hanji et lui se rendirent à leur réunion hebdomadaire avec Erwin. Suite à leur dernière mission, celle-ci avait été avancée pour qu'ils puissent remonter leurs toutes dernières observations à leur Commandant.

Une fois la visioconférence lancée, Hanji fit une synthèse de tous les témoignages rapportés depuis la veille. Livaï demeura silencieux, et devint plus attentif lorsqu'Erwin reprit la parole.

« Si je résume vos dernières découvertes, les goules seraient alors susceptibles de détecter Eren comme l'une des leurs et Eren se comporterait de manière un peu spéciale depuis la mission d'hier. Tu confirmes cela Livaï ?

- Pour le coup de l'odeur, cela reste une hypothèse qui pourrait s'avérer vraie », répondit-il. « Quant à son comportement, c'est encore trop tôt pour le confirmer. Il a passé une nuit agitée et c'était sa première confrontation directe avec une goule en restant conscient. Il n'est pas étonnant que cet imprévu l'ait un peu chamboulé.

- Est-ce que le risque qu'il perde le contrôle est significatif ? » lui demanda-t-il.

« Pas vraiment », continua Livaï. « Il ressemble plus à un légume dans ces moments-là. Le seul risque est plutôt qu'il se fasse attaquer s'il tombe dans l'une de ses phases plutôt qu'il se retourne contre nous. Mais cela reste encore trop tôt pour confirmer s'il ne s'agit que d'un passage à vide ou si on doit vraiment s'en inquiéter.

- Je suis d'accord avec Livaï », répondit Hanji. « Je crois qu'on a besoin de plus de temps pour observer son comportement. Mais pour le moment, pas besoin de s'alarmer.

- Bien », fit Erwin. « Et apparemment, d'après les derniers rapports transmis par Hanji, Eren serait au courant pour Sina ? »

Livaï roula des yeux. Il savait qu'Hanji ne l'avait pas loupé sur ce coup.

« La goule lui a transmis leur nom », justifia Livaï. « Eren s'est posé des questions, ce qui est tout à fait normal. On lui a donc expliqué l'affaire.

- Ce qui est loin d'être quelque chose de judicieux », intervint Hanji. « Et tu devrais aussi être plus vigilant vis-à-vis de ton escouade. On marche déjà sur des œufs, pas besoin de flirter avec certaines limites.

- Attends, de quoi tu me parles là ?

- Lors de sa sortie de l'enceinte pour regagner les salles informatiques, ton équipe a laissé Eren discuter avec d'autres apprentis de sa promotion. Cela n'était vraiment pas nécessaire, surtout après lui avoir révélé des informations classées secret-défense…

- Ce gamin est enfermé depuis près d'un mois et demi », répondit Livaï. « Même s'il est une demi-goule, il ne reste qu'un gamin. Sachant qu'il a été encadré pour juste un entretien de seulement cinq minutes.

- C'est tout de même imprudent », maintint Hanji. « Je comprends tout à fait qu'Eren ait besoin de réconfort pour ne pas flancher, mais les échanges épistolaires sont beaucoup plus sécurisés.

- Un échange épistolaire ? Tu penses qu'il lui manque aussi du papier pour se torcher ? » se moqua-t-il. «Si je dois t'apprendre les bienfaits des interactions sociales, nous ne sommes pas dans la merde ! Eren est loin d'être un gamin solitaire : il a besoin d'un échange direct avec des personnes de son âge. Et puis avec tout ce qu'il a pu nous apporter, ceci est une maigre compensation.

- Ce qui est fait est fait », trancha Erwin pour interrompre leur débat. « Le fait qu'Eren apprenne l'existence du Clan Sina n'est pas un drame, mais veuillez tout de même être plus vigilants à l'avenir. Quant aux rencontres avec certains de ses camarades ou proches, il est très important que cela soit encadré pour éviter d'éventuels débordements. Le gouvernement nous a à l'œil, et le moindre dérapage suffirait à ce qu'ils obtiennent gain de cause. Quant à Eren, s'il continue de progresser, il est évident qu'il aurait fini par apprendre l'existence du Clan Sina. Mais vu leur dangerosité, il pourrait peut-être nous être d'une grande aide. Surtout s'il arrive un jour à s'infiltrer parmi eux.

- Il y a encore pas mal de travail avant d'en arriver jusque là », lâcha Livaï.

« Je n'en doute pas », reprit leur Commandant. « D'ailleurs, avez-vous d'autres pistes pour qu'il puisse mieux maitriser son kagune ? D'après ce que j'ai compris, les résultats de l'entrainement d'aujourd'hui étaient assez satisfaisants par rapport aux semaines passées. Avez-vous une idée pour poursuivre dans cette voie ?

- J'ai une hypothèse », fit Hanji. « Cela peut-être un peu tiré par les cheveux, mais je me dis que cela pourrait être une bonne piste.

- Continue », l'encouragea Erwin.

Hanji se redressa sur son siège, coudes appuyés contre la table et mains jointes.

« A la base, même si les goules attaquent généralement en solo, elles ont besoin de retrouver leurs semblables. C'est une des raisons pour lesquelles leur sens olfactif est aussi développé : cela leur permet de se reconnaître entre elles sans dévoiler leur nature.

- Mais Eren ne semble pas avoir un odorat suffisamment développé pour les reconnaître », interrompit Livaï.

« Peut-être parce qu'il n'a pas été suffisamment éduqué pour reconnaître leur odeur », rétorqua Hanji. « Dans une autre de mes autres théories, ce sens s'éduque chez une goule comme pourrait l'être le goût chez les humains. Mais on s'éloigne de mon hypothèse première. »

Hanji se tourna vers l'écran tout en poursuivant ses théories sur un ton tout à fait sérieux.

« Même si nous manquons encore d'informations au sujet de son père, et cela m'étonnerait qu'il soit une goule vu le rapport de ses activités sur le territoire, Eren semble ne jamais avoir côtoyé de goule. Par conséquent, comme l'odorat, Eren n'a pas suffisamment interagi avec elles pour réagir comme il le devrait. Il serait un peu comme un chaton qui n'a pas reçu de période de sevrage. Si on part de ce principe, il se pourrait que cela soit de même pour son kagune.

- Ce que tu insinues donc, c'est qu'Eren aurait besoin d'être en contact avec d'autres goules pour qu'il puisse maitriser plus ou moins consciemment son kagune ? » lui demanda Erwin.

« Exactement », affirma Hanji.

« Et comment tu comptes t'y prendre ? » l'interrogea Livaï sur un ton sarcastique. « Lui faire faire un stage chez les goules de la section de recherche ? Ou le lâcher dans la nature pour qu'il se fasse adopter par une petite famille de goules ? Je suis sûr qu'Eren serait ravi de ton plan…

- Il n'est pas question d'envoyer Eren à la section de recherche », trancha Hanji. « Je connais leurs méthodes, et le dialogue est loin d'être leur spécialité. Les goules là-bas sont shootées la plupart du temps. Ce ne serait pas surprenant qu'ils réservent le même sort à Eren si on l'envoie là-bas.

- Je confirme qu'ils n'attendent que ça », déclara Erwin. « On guette déjà le moindre de nos faux-pas pour qu'Eren soit envoyé chez eux. Le leur confier, même pour ce type de raison, serait une aubaine pour eux. Il suffirait qu'ils le provoquent ne serait-ce qu'un peu pour qu'ils le jugent inapte et qu'ils le gardent entre leurs mains. Quant à accueillir une goule dans notre complexe, il en est hors de question. Le Colonel ne débloquera pas plus de fonds pour que nous puissions prévoir son accueil, sans parler de tous les problèmes que cela pourrait entrainer en interne.

- C'est pour cette raison que je ne peux proposer que cette solution : Eren doit mener des opérations d'infiltration. »

Livaï croisa les bras, visiblement insatisfait de la suggestion.

« Tu veux qu'Eren joue les rôles d'appât ? » dit-il en fronçant les sourcils. « Vu comment cela a dégénéré hier, je doute un peu du concept. C'est un coup à ce qu'il pète un câble à la première occasion.

- Mais s'il se met à en côtoyer, même inconsciemment, nous aurons peut-être des résultats », insista Hanji. « Bien entendu, l'objectif n'est pas qu'il se mette en danger. Nous irons tout en douceur, avec des missions assez simples. Comme l'introduire face à une goule de rang B dans un milieu tout à fait sécurisé.

- Vu comment cela s'est déroulé la dernière fois, permets-moi de douter sur la sélection de tes profils… » fit Livaï.

« Cela peut arriver de faire des erreurs, ok ? » lui répondit Hanji sur un ton exaspéré. « Avec nos analyses et les statistiques du logiciel, la probabilité de tomber sur une goule de type S était quasi nulle !

- Ton hypothèse me semble convaincante Hanji», les coupa Erwin, avec un air totalement imperturbable. « De plus, Eren ne peut pas demeurer indéfiniment dans l'enceinte. Il doit commencer à investiguer sur le terrain, même pour des enquêtes futiles. Bien que la dernière mission ait été un succès, on ne tardera pas à nous réclamer de nouveaux résultats. Hanji, je te laisse nous transmettre un plan d'action pour la semaine prochaine. Quant à toi Livaï, tu continues d'encadrer l'entrainement d'Eren et de collaborer avec Hanji pour lui trouver une première mission qui lui serait le mieux adaptée.

- Ca me va », approuva Livaï en gardant les bras croisés. « Par contre, il faut bien prendre conscience qu'Eren ne sait pas encore parfaitement se contrôler. Les missions qu'on lui attribuera devront vraiment être très particulièrement bien encadrées tant qu'il ne saura pas mieux se maitriser.

- Tout à fait », approuva Erwin d'un léger hochement de tête.

Après quelques échanges sur les actualités de la MAG, Hanji et Livaï prirent rapidement congé. Malgré la fin de la réunion, cela ne les empêcha pas de continuer sur leur lancée une fois sortis de la salle.

« Pourquoi je ne m'étonne même plus que tu sois plus doué par la socialisation entre goules qu'entre humains ? » lui dit Livaï.

« Et moi de croire que tu te lançais dans la psychologie chez les adolescents ? » rétorqua Hanji sur un ton moqueur. « Cela ressemble peu à l'antisocial que tu es.

- Je ne te contredirais pas sur ce dernier point », fit Livaï tout en restant de marbre. « Mais lorsqu'on enquête sur une cible, il est important de tout connaître d'elle sur ses moindres activités et comportements. Je suis le même exercice avec Eren, à la différence près que je veux m'assurer aussi que son état soit suffisamment stable pour qu'il puisse accomplir a minima ce qu'on attend de lui.

- Pourtant, à t'entendre à la réunion, je pourrais croire qu'Eren t'intéresse bien plus qu'un simple objectif de mission », le taquina Hanji.

« Va chier espèce de tarée », répondit Livaï d'un air imperturbable

-oOoOoOo-

Le soir venu, Eren avait regagné sa couchette. Les sangles le maintenaient allongé et il attendait à présent patiemment avec Gunther la venue du Caporal.

Eren se sentait encore drôle par rapport à ce qu'il s'était passé un peu plus tôt à l'entrainement.

Contrairement à hier, il avait dû pas mal se concentrer pour faire apparaître son kagune. A peu de choses près, l'effet était assez similaire à celui ressentit lorsqu'il avait répété cet exercice lors des semaines précédentes. Cette fois-ci, il avait même réussi à faire apparaître un kagune un peu plus puissant, un peu plus maniable. C'était bien la première fois qu'il avait pu lancer les projectiles comme il le voulait. Pour lui, il s'était clairement trop laissé aller à l'exercice et la perte de contrôle de son kagune pouvait être compréhensible.

Mais ce qui le perturbait le plus, c'était lorsque le Caporal s'était rapproché pour le calmer. En temps normal, il se serait détendu et tout serait revenu à la normale.

Mais cette fois-ci, cela avait été différent.

Alors que son odeur le calmait comme habituellement, une autre sensation s'était emparée de lui. Ce n'était ni un besoin de tuer, ni de torturer. Mais cet effet lui paraissait tout aussi violent et bestial.

Peu à peu, sa bouche s'était desséchée et une sensation étrange avait prit d'assaut son estomac. Il avait eu subitement envie de se perdre dans cette fragrance à la fois douce et épicée. Son esprit avait littéralement court-circuité pendant un bref moment.

C'était comme si la faim l'avait brutalement tiraillé pendant l'espace de quelques instants.

Eren demeurait encore déstabilisé. En plus d'être dépendant de son supérieur, il se retrouvait maintenant à se poser des questions sur ce qui avait bien pu le traverser à ce moment-là.

Il avait pourtant pris un bon repas et n'avait pas plus faim une fois sa transformation achevée. De plus, jamais cela ne lui serait venu à l'idée de s'attaquer au Caporal. Mais pourquoi s'était-il alors mis à réagir comme ça ?

Lorsque son supérieur vint remplacer Gunther et s'assit sur le fauteuil rouge à côté de lui, les inquiétudes d'Eren s'estompèrent peu à peu. Il pouvait sentir d'ici son odeur, et il n'avait aucune envie bizarre. Cela le soulageait.

Peut-être que c'était survenu par le manque de sommeil, le contrecoup de l'attaque d'hier, ou un mauvais souvenir qui l'avait rapidement effleuré à ce moment là… Ce n'était pas impossible. Du moins, Eren préférait se conforter dans ses théories.

« Tu es bien silencieux ce soir », lui dit le Caporal en ne quittant pas des yeux sa paperasse déposée sur ses genoux.

« Je repensais à quelques trucs », lui répondit Eren tout en continuant de fixer le plafond. « Rien de très important.

- Dis-moi, qu'est-ce qu'il s'est réellement passé hier ? »

Le cœur d'Eren rata un battement. Avait-il des doutes sur son comportement ?

« Qu'est-ce que vous voulez dire ? » osa-t-il lui demander.

« Tu sembles ailleurs depuis notre retour de mission. Même si tu apprends de mieux en mieux à faire semblant que tout va bien, tu restes encore un livre ouvert. »

Eren demeura silencieux tandis que le Caporal ne le quittait pas du regard. Eren finit par lui répondre avec hésitation.

« Qu'est-ce que vous avez ressenti… quand vous avez abattu votre première goule… ? »

Son supérieur marqua une pause. Apparemment, il ne s'était pas attendu à ce type de question.

« Ce genre de ressenti diffère selon les miliciens », déclara-t-il. « Chacun à sa propre expérience, et pas sûr que la mienne soit très représentative.

- Je reste tout de même curieux », insista-il.

Le Caporal resta une nouvelle fois silencieux, puis poussa un léger soupir.

« De la colère », finit-il par lui répondre. « Une colère violente au point que j'en avais perdu totalement le contrôle de moi-même. »

Cette révélation laissa Eren bouche-bée. Il tourna la tête vers son supérieur qui continuait son récit tout en fixant dans le vide.

« C'était le soir. J'étais face à une goule complètement droguée, totalement inoffensive, et attachée à une chaise. Il ne restait plus qu'à alerter la Milice et à patienter tranquillement pour qu'ils s'en chargent. Mais contre toute logique, j'ai pété littéralement un plomb. »

Il fronça un peu plus les sourcils, les ongles de sa main gauche s'enfonçant un plus profondément dans l'accoudoir.

« Je n'ai pas fait que de la tuer : 'la torturer à mort' seraient les mots les plus justes. J'ignore combien de temps cela a pu durer. J'aurais pu appeler les miliciens, ou la tuer direct, mais je ne l'ai pas fait. Pour la simple et bonne raison que j'avais envie de la faire souffrir, de me satisfaire de chacun de ses cris étouffés. Lorsqu'elle rendit son dernier souffle, j'étais toujours en train de m'en prendre à son cadavre. Comme si j'espérais qu'elle ressente encore la douleur même une fois passée de l'autre côté. »

Eren le fixa avec stupéfaction, tandis que le Caporal le regardait avec un air blasé.

« Je ne suis pas sûr que cela soit le genre de chose que tu aies envie d'entendre », lui dit-il. « Mon comportement est loin d'être un modèle à suivre.

- Vous ne faites que raconter ce que vous avez vécu », répondit Eren. « C'est juste que je ne m'attendais pas vraiment… à ça. »

Son supérieur et lui demeurèrent silencieux. Au bout d'une demi-minute, Eren finit par lâcher la bombe.

« Lorsque je me suis retrouvé face à cette goule, j'ai ressenti la même chose. »

Son supérieur le dévisagea avec des yeux légèrement écarquillés. Eren poursuivit tout en évitant de croiser son regard.

« Même après sa mort, je continuais à vouloir la faire souffrir. C'était violent, incontrôlable… J'avais l'impression de me transformer en monstre. Je n'osais pas vous le dire car je ne voulais pas qu'on pense que je suis un total détraqué. Mais vu que vous sembliez avoir vécu la même chose, je m'étais dis peut-être que je n'étais pas si… anormal ? »

Le Caporal le fixa un long moment. Il se redressa avant de reprendre la parole.

« Vu tout ce que tu as vécu auparavant et les effets indésirables dû à ton pouvoir, il est probable que ton comportement ne soit pas si dérangé que ça. Au vue des circonstances, il n'est pas impossible que cela soit normal que tu réagisses mal après l'avoir tué. Et puis c'est assez fréquent que les personnes réagissent de manière assez inattendue après avoir tué leur première goule. Cela change souvent certains.

- Et à chaque fois que vous en tuez une, vous avez de nouveau cette sensation ? » lui demanda Eren.

« Plus vraiment », lui avoua son supérieur. « J'ai tué ma première goule dans des situations bien particulières. Pour les autres fois, j'étais de plus en plus maître de moi-même. A part le pic d'adrénaline et la satisfaction du travail accompli, maintenant je ne ressens plus rien d'autre. »

Eren se sentit idiot d'un seul coup. Peut-être que le Caporal avait eu ces sensations suite à un certains concours de circonstances. Tandis que lui, cela pouvait s'avérer tout à fait différent.

« Quand vous dites que cela ne vous est arrivé qu'une seule fois… dans quel contexte vous trouviez-vous quand vous avez tué votre première goule ?

- Cela ne te regarde pas », lui répliqua-t-il sèchement.

Eren se tut, pris au dépourvu. Apparemment, il avait peut-être heurté un sujet sensible…

Quel con ! Qu'est-ce qui lui avait pris de lui poser ce genre de question ?! Forcément qu'il était arrivé quelque chose de terrible au Caporal pour qu'il perde le contrôle de lui-même ! Après tout, depuis leur rencontre, rares étaient les fois où il perdait ses moyens. Et quand cela lui arrivait, les circonstances étaient plutôt justifiées…

« Ne te pose pas trop de question à ce sujet », reprit le Caporal sur un ton plus calme. « Il se peut qu'au fur et à mesure de tes missions tu puisses mieux te contrôler. Tout est une question d'entrainement. »

Eren hocha légèrement la tête, même s'il ne savait plus trop sur quel pied danser. Même si son supérieur changeait de sujet, il se trouvait embarrassé.

« Tu te tends vraiment pour un rien », soupira le Caporal. « Pète un coup pour te débarrasser un peu du balai logé dans ton cul. »

Eren le fuyait littéralement du regard, et était frustré de ne pas pouvoir dissimuler ses joues rosies.

« Vous recommencez avec ça… C'est gênant », fit-il en grimaçant.

« Quoi donc ? » lui demanda le Caporal sans avoir la moindre idée de ce qu'il insinuait.

« Lors de ma première nuit au camp, vous m'aviez fait le même style de réflexion. Comme quoi je devais retirer le balai dans mon… enfin bref.

- Tu es vraiment coincé pour un ado », rétorqua-t-il.

« Pas du tout ! » s'exclama Eren en s'empourprant de plus belle, piqué au vif. « C'est juste que je ne vais pas me mettre à devenir grossier devant vous ! Vous êtes mon supérieur !

- Tu devrais essayer, ça soulage. Lance-toi. »

Eren resta bouche-bée.

« Hein ? Quoi ?

- Pousse ton plus gros juron. J'ai envie de voir ce que tu pourrais bien sortir avec ta face de morveux. »

Vexé, Eren tourna la tête vers le plafond. Croyant que le gamin boudait dans son coin, le Caporal se replongea dans ses dossiers. Du moins, jusqu'à ce qu'il soit interrompu par une voix forte et rapide :

« Nom-de-Dieu-de-putain-de-bordel-de-merde-a-couilles-de-saloperie-de-connard-d-enfoiré-d-enculé-de-ta-mère ! »

Le Caporal se tourna soudainement vers son apprenti, dont les joues avaient repris une teinte cramoisie supplémentaire. Ce dernier jeta quelques coups d'œil en direction de son supérieur, qui semblait complètement ahuri. Eren ne savait pas s'il devait craindre ou pas la réaction qui allait suivre.

Précipitamment, le Traqueur plaça une main devant sa bouche et se courba pour dissimuler le rire qu'il avait du mal à retenir.

Mon dieu, il lui arrivait parfois de rire !

« Pas mal ! » continua de s'esclaffer le Caporal. « Pas mal du tout ! Tu cherchais le moment opportun pour la sortir celle-là ?

- Pas du tout ! » sourit Eren avec une fierté non dissimulée. « Question jurons, j'arrive à pas mal me défendre ! »

Son supérieur continua de rire sans s'arrêter, et finit par baisser peu à peu sa main pour dévoiler son sourire.

Eren ne put s'empêcher de penser que le Caporal serait bien plus beau s'il souriait plus souvent.

« Cette soirée est à marquer d'une pierre blanche », déclara Eren gagné lui aussi par son euphorie. « J'ai réussi à te faire sourire ! »

Puis Eren se figea soudainement.

Avait-il… vraiment… tutoyé son supérieur ? Il devint subitement livide.

« Je… je suis désolé ! » balbutia-t-il en tournant de nouveau la tête vers le plafond. « Je ne voulais pas vous manquer de respect ! Cela m'a échappé ! Pardonnez-moi ! »

Le sourire de son supérieur s'estompa peu à peu, mais il ne semblait pas lui tenir rigueur de sa maladresse.

« Tu peux me tutoyer. Je m'en bats royalement les couilles.

- Mais vous êtes mon supérieur ! » s'offusqua Eren. « Je ne devrais pas…

- Arrête de te formaliser pour un rien », soupira le Caporal. « Je suis le premier à tutoyer tout le monde. Même si je ne suis pas un exemple à suivre, je ne me formaliserai pas si tu me tutoies. Tu le fais bien avec les autres.

- Mais les autres, c'est différent ! » s'affola Eren. « Vous restez mon supérieur !

- Tu fais chier à te prendre la tête pour un rien », dit le Traqueur sur un ton las. « Si c'est pour t'entendre encore en train de te flageller, je préfère encore que tu consacres ton temps à dormir. »

Eren demeura silencieux, son visage tourné contre un mur. Il se trouvait terriblement embarrassé.

Même si le Caporal lui donnait son autorisation, il serait incapable de franchir un tel pas ! Avec Hanji, les autres, c'était différent : il y avait un feeling et un certain détachement de tout système de hiérarchie qui faisait qu'il se sentait suffisamment à l'aise pour se permettre de les tutoyer.

Mais le Caporal… L'un des plus grands Traqueurs, son responsable, celui qui l'avait sauvé… Ce n'était pas possible ! Ce serait comme prétendre qu'il pouvait rester à son niveau, ce qui serait totalement un manque de respect au sein de la MAG ! Non, c'était impossible qu'il le tutoie.

Ce moment de gêne intense perturba un long moment Eren, avant qu'il ne finisse par s'endormir.

-oOoOoOo-

Le réveil sonna.

Livaï stoppa la sonnerie tandis que le gamin commençait à remuer. Comme à son habitude, il se leva et libéra l'adolescent de ses lanières.

Cela faisait longtemps qu'il n'avait plus besoin que la cellule soit bien éclairée pour le détacher. Ses gestes avaient muté en une espèce de rituel machinal. La faible luminosité provenant de l'autre côté des grilles lui suffisait à présent amplement.

Tandis qu'Eren commençait à se préparer, Livaï rassembla ses papiers et jeta un dernier coup d'œil sur quelques-uns de ses feuillets.

Les affaires continuaient de s'accumuler, et il n'était pas rare qu'Hanji lui fournisse d'autres dossiers lorsqu'il revenait dans l'enceinte. Vu que ce dernier était toujours plus au contact des autres Majors et Capitaines, certains en profitaient pour se décharger un peu sur lui lorsqu'ils rencontraient un point bloquant. Bien qu'en temps normal il les aurait tous envoyés chier, cette paperasse était presque la bienvenue. Ses propres affaires stagnaient, et cela lui permettait d'être mis au courant sur les différents dossiers à l'extérieur du camp. De plus, cela lui tuait bien le temps durant sa surveillance nocturne.

Depuis qu'Eren était rentré au camp, Livaï était sorti de cette enceinte uniquement pour regagner sa chambre réservée dans le camp pour dormir, s'entrainer et pour la mission d'avant-hier. Cela faisait presque deux mois qu'il n'avait pas rejoint son appartement, ni remis les pieds à l'Ecole Militaire.

Eren sortit de la salle d'eau, vêtu de son uniforme, et s'empressa d'enfiler ses bottines. Les yeux de Livaï se posèrent sur le vieux brassard vert que portait l'adolescent. Il se disait que le gamin semblait particulièrement s'attacher à ce vieux chiffon. Ce qui n'était pas plus mal si cela permettait de renforcer son esprit de cohésion avec le reste de l'escouade.

La nature d'Eren n'était pas facile à appréhender pour tous. Lorsqu'Eren sortait du camp, Livaï se surprenait à surveiller davantage le comportement des autres miliciens que celui du gamin pour éviter un éventuel dérapage. Heureusement, et malgré les situations délicates, son escouade avait plutôt rapidement accepté Eren comme un des leurs.

Quant à Eren, il commençait à reprendre un peu d'entrain. Il avait fini par chasser une bonne partie de ses idées noires de l'autre fois, et à jouer le jeu lorsqu'il était confronté à des miliciens plus méfiants. Malgré ses quelques crises existentielles, il gardait plutôt un mental solide et percutait très vite certaines situations.

« Je suis prêt Caporal », lui signala-t-il en lui faisant le salut de la Milice, le regard légèrement fuyant. « Vous pouvez commencer à avancer. »

Livaï retint un soupir. Apparemment, il était encore embarrassé par rapport à ce qu'il s'était passé la veille. Cela lui finirait par lui passer.

Livaï comprenait qu'il était totalement formaté par ce que lui avait inculqué l'Ecole. La discipline, le respect de ses supérieurs, le code d'honneur… Le tutoiement d'un milicien envers son supérieur direct était considéré comme un outrage, bien que l'inverse fût tout à fait courant et que des miliciens de mêmes rangs pouvaient se le permettre également.

Erwin, Hanji et lui n'appliquaient pas vraiment cette règle entre eux. Depuis le temps qu'ils travaillaient tous ensemble, Erwin s'était dispensé de ce type de formalité. Quant à Hanji, il encourageait même ses subordonnés à le tutoyer. Et même s'il restait un Capitaine, son comportement excentrique et dépourvu de sérieux pouvait encourager des miliciens comme Eren à abandonner le vouvoiement - bien que Moblit avait encore du mal à prendre le pli.

Quant à lui, lorsqu'il était à l'Ecole ou encore qu'un simple Traqueur, il avait tendance à tutoyer trop facilement lorsqu'il s'adressait aux autres Capitaines, surtout ceux qui lui sortaient par les yeux. Et même si ce type de comportement lui avait entrainé quelques avertissements, ses supérieurs finissaient à chaque fois par fermer les yeux sur son attitude vu comment il surpassait sans difficulté certains Capitaines sur le terrain. Livaï suspectait même que sa montée en grade rapide était également une occasion pour qu'il puisse s'adresser « normalement » à la plupart des miliciens sans que cela ne provoque d'agitation.

Livaï ouvrit la grille, puis ils montèrent tous deux au niveau du laboratoire. Gunther les attendait pour reprendre le relai, tandis qu'Hanji se précipita sur l'adolescent pour l'examiner hâtivement.

Trop hâtivement, selon Livaï.

Les cernes de son homologue étaient plus épais que la veille et ses cheveux se bataillaient dans tous les sens. Une fois Eren relâché, Hanji se précipita sur son microscope. A croire que l'auscultation quotidienne d'Eren l'avait interrompu dans ses recherches.

Une fois ses deux subordonnés sortis, Livaï se rapprocha d'Hanji.

« C'est bien la première fois que je te vois lâcher le gamin aussi rapidement pour une autre occupation. Il te désintéresse déjà ?

- Pas du tout ! » lui répondit Hanji en ne quittant pas son appareil. « Son cas reste toujours aussi intéressant ! Mais j'ai aussi d'autres études à réaliser en parallèle, et j'ai du mal à reprendre le fil après une interruption… »

Livaï le fixa, suspicieux.

« Je parie que tu ne t'es pas encore couché », lui dit-il. « Déjà que tu as peu dormi la nuit dernière…

- J'ai toujours du mal à trouver le sommeil quand je suis en pleine étude », prétexta Hanji en se mettant à griffonner ardemment sur les feuillets de son calepin.

Livaï observa la paillasse et remarqua un petit sachet blanc. Il reconnut tout de suite ce type d'enveloppe, fréquemment utilisé pour ranger des échantillons de preuves dans le cadre d'enquêtes. Il le saisit pour en examiner son contenu.

« Non Livaï ! » s'exclama Hanji. « Repose ça ! »

Encore plus intrigué, il l'esquiva tandis qu'Hanji tentait de récupérer vainement le sachet. Lorsqu'il l'ouvrit et découvrit son contenu, il fronça les sourcils.

« Je sais, je devine ce que tu vas dire ! » se morfondit Hanji en se tenant la tête entre ses deux mains. « Ce n'est pas bien de subtiliser les échantillons de la section de recherche ! Mais je te jure que j'en ai pris que quelques-uns, et que la section en a déjà des tas ! Je voulais juste pouvoir en examiner moi aussi !

- Qu'est-ce que tu me chantes ? » lui dit Livaï. « Tu es en train de tout me déballer avant même que je ne suspecte quoi que ce soit. Tu es con ou quoi ? »

Hanji s'effondra sur sa paillasse en geignant.

« Qu'est-ce que je peux être débile quand je manque de sommeil…

- Alors comme ça tu piques des preuves de la section de recherche ? Tu sais que cela peut te coûter gros.

- S'il-te-plait, ne dis rien à personne ! » le supplia Hanji les mains jointes. « Même pas à Erwin ! Je sais comment la MAG peut être hyper tatillonne sur ce sujet ! Je ne le referais plus, même si ce n'est qu'un pauvre échantillon ! Je ferais tout…

- Ok », le coupa-t-il.

Hanji marqua une pause, les yeux écarquillés.

« Vraiment, tu ne diras rien ?

- Oui », lui promit Livaï. « Par contre, cela fait de moi ton complice. Alors tu as intérêt à me dire ce que tu fous avec ça. »

Hanji soupira, puis s'appuya contre le rebord de l'ilot.

« Depuis quelques années, j'en retrouve de plus en plus sur des goules capturées. Au début, je ne me posais pas plus de question. Mais à force de les voir revenir aussi souvent dans les prélèvements d'enquêtes, j'ai trouvé ça bizarre. Les autres escouades ne savent pas plus que moi ce que cela pourrait être, et nous n'avons pas eu l'occasion d'interroger une seule goule qui pourrait savoir de quoi il s'agit. Quant à la section de recherche, ils restent muets sur le sujet malgré les nombreux échantillons qu'on leur a envoyé. »

Hanji se mit à rire nerveusement, puis enleva ses lunettes pour les essuyer avec un petit chiffon.

« Celles-ci on été trouvées dans l'appartement de la goule Carla. Quand j'ai appris ça, j'ai essayé d'en subtiliser quelques-unes avant leur envoi à la section de recherche. Avec tout le matériel que j'ai ici, je m'étais dit que j'aurais peut-être plus de réponses…

- Et alors, tu sais un peu plus ce que c'est ? »

Hanji répondit négativement d'un léger mouvement de tête.

« Pour le moment, cela semble être des sortes de vitamines que pourrait prendre n'importe quelle personne. Quant au packaging, il reste assez neutre et aucun laboratoire ne semble produire ce type de gélules.

- Donc tu as risqué ton poste juste parce que tu soupçonnes la section de recherche de ne pas te dévoiler des informations ? » récapitula Livaï sur un ton exaspéré. « C'est complètement con.

- Mais c'est quand même louche ! » s'exclama Hanji. « Malgré les relances, ils ne me répondent toujours rien sur leur contenu ! Ils ne veulent même pas me transmettre les composants chimiques, les molécules !

- N'oublie pas que tu es un Traqueur et non un scientifique », l'avertit Livaï. « Je pense que la section de recherche te remets aussi à ta place. Il n'est pas bon d'empiéter sur les plates-bandes des autres ces temps-ci. Ils ne t'ont sûrement rien dit car il y a rien à signaler. »

Hanji pesta et lui arracha le sachet des mains, puis lui brandit devant lui une des gélules orangées.

« Ces médicaments ont certainement un rôle dans la vie des goules qui les prennent », dit Hanji sur un ton déterminé. « Je continuerai d'enquêter dessus en parallèle pour découvrir leur réelle utilité ! »

Livaï la regarda faire son speech d'un air blasé.

« Je te couvre pour cette fois-ci. Même si je trouve que tu t'emmerdes pour pas grand-chose », fit-il.

« Merci ! » s'enthousiasma Hanji en lui ouvrant les bras. « Merci beaucoup !

- Va te coucher ! Et prends une douche par la même occasion », maugréa-t-il en l'esquivant. « Ta gueule fait encore plus flipper que d'habitude !

- J'en ai pour une petite heure, et je m'exécute ! » fit Hanji en lui adressant un clin d'œil tout en redressant ses verres.

« Par contre, ne refais plus jamais ça sinon je serais contraint de te balancer », avertit-il. « On est tout de même à un autre niveau que les quelques minutes de discussion accordées au morveux à l'extérieur du camp…

- Je me doutais que tu me la sortirais celle-là ! » souffla Hanji en levant les yeux au ciel avant de se repencher sur son microscope.

Livaï laissa son homologue à ses expériences secrètes, et quitta le laboratoire sans rien ajouter.

Il préférait fermer les yeux sur sa dernière excentricité, en espérant qu'il ne la reprendra pas encore une seconde fois la main dans le sac. Cette folle a toujours eu tendance à piétiner ses propres principes lorsque cela concernait les goules. Mais malgré ça, il ne pouvait pas trop lui en vouloir cette fois-ci.

Comme lui, Hanji avait sans doute besoin de se focaliser sur de nouveaux sujets en-dehors de cette mission.

-xXxXxXXxxXXXxxXXxXxXx-

Et voilà... 30 pages… Moi qui n'y voyais à peine la moitié… Toujours dans l'excès n_n'.

Sinon, vos impressions sur ce chapitre :

- La révélation sur l'odeur d'Eren ? (même si je me doute que cela ne soit guère une surprise n_n')

- Les vraies retrouvailles avec la bande ? n_n

- La notion de la valeur de la vie (civil, milicien) ? J'espère que je ne vous ai pas perdu ici… Même si on s'éloigne de l'aspect survival par rapport à SnK, je souhaitais également traité ce même aspect dans cette fiction… Cela donne une dimension très cruelle et paradoxale de la MAG (d'où le titre de ce chapitre), mais j'espère que cela vous semble cohérent n_n'.

- La transformation d'Eren et son 'pseudo-appétit' envers Livaï ? (je crois entendre un cri de fangirl au loin X'D)

- La réunion avec Erwin et les prochaines directives à venir ?

- Le (très) bref aperçu du passé de Livaï ? (passage qui sera bien entendu traité dans mon projet d'OS Spécial Livaï - LOE n_n).

- Le moment Eren/ Livaï ? Leurs échanges d'expériences, le juron et Livaï qui rit (daaaammmn !) et le malaise du tutoiement ? Bref, j'espère que leur rapprochement s'en ressent et reste convaincante, même s'il y a encore du chemin. Même si la gêne du tutoiement semble être excessif, je souhaitais vraiment insisté que la MAG se rapproche plus d'une organisation militaire très carrée avec ses propres codes et l'importance du respect (pauvre Eren :P).

- La fameuse gélule orange ? (je doute que vous l'aviez oublié ! X'D)

- J'espère que Jean et Hanji ne sont pas détestables dans ce chapitre… Ils ont tous deux leurs raisons de jouer leur tête de cochon… n_n'

Au plaisir de lire vos avis et théories dans les reviews !

-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o- ANNONCE-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-

Comme cité plus haut, je pars très prochainement en vacances… Pour une durée de 3 semaines… Au Japon… n_n'

Bref, je ne le signale pas pour me la raconter (même si je sais que j'en dois en faire baver beaucoup d'entre vous X'D) mais, c'est surtout pour vous prévenir que je n'aurais pas l'occasion d'écrire ou de répondre à vos reviews avant octobre. Je vais donc vous demandez d'être patients encore une fois...

Malgré les inquiétudes sur le rythme de publication des derniers chapitres, j'espère en tout cas que la rapidité de diffusion de celui-ci vous convaincra quant à mon inspiration et ma motivation solide concernant l'écriture de cette histoire n_n. Et si cela peut vous rassurer, après ces 3 semaines, je risque de ne pas repartir avant un loooong moment et me consacrer plus souvent à l'écriture (trop le bad pour moi, mais une bonne nouvelle pour vous x')).

Et pour les visiteurs du blog (h_t_t_p_: / / shadow-of-the-beast . over-blog . c o m) : si vous êtes intéressés pour que je poste un petit billet sur le Japon dès mon retour (chose que je ferais très certainement), n'hésitez pas à m'envoyer quelques questions ou un sujet que vous souhaiteriez que j'aborde en message privé sur FFN n_n. Avec un peu de chance, je jetterais un œil sur vos questions (vive les hôtels avec wifi !).

Donc rendez-vous en octobre pour le chapitre 21, très chères Morfales ! Je vous remercie très fort de votre soutien, car c'est aussi grâce à vos reviews du dernier chapitre que je me suis déchaînée pour écrire ce chapitre avant mon départ ! Vraiment, merci encore de me fournir du carburant avec vos encouragements ! :)

A bientôt ! n_n

-x-x-x-x-x-x-x-x-x-x-x-x-x-

Réponses aux reviews :

Sarra020 : Hellow ! Tu as carrément relu toute l'histoire ?! Whouaouh ! Tu ne peux pas savoir à quel point cela me flatte ! Vraiment ! Merci beaucoup pour ton petit commentaire sur la faute dans le chapitre 15, je l'ai tout de suite corrigé n_n. Quant au chapitre 19 : si j'ai réussi à mettre un petit coup de pression sur la vie des personnages, alors j'ai réussi mon objectif de ce chapitre ahah ! Merci beaucoup pour tes encouragements, en espérant te lire très prochainement dans le prochain chapitre :).

-x-x-x-x-x-x-x-x-x-x-x-x-x-

Merci merci merci merci MERCIIIIII à Going-to-Hell-for-Shipping pour la révision !