- LES BÂTISSEURS -
Comme vous le savez tous, mon histoire exploite la série Harry Potter de J.K. Rowling, ainsi que tous les à-côtés officiels (notamment les interviews accordées après la sortie du tome 7).
A mes côtés, j'ai une super équipe de correcteurs qui font un travail formidable. J'ai nommé : Monsieur Alixe, Fenice, Steamboat Willie et Xenon.
XXI : Élections
Chronologie :
2 mai 1998 : Bataille de Poudlard
Septembre 1999 : Harry entre chez les Aurors
31 décembre 2001 : Mariage de Ron et Hermione
Septembre 2002 : Fiançailles de Harry et Ginny
Décembre 2003 : Mariage de Harry et Ginny
Période couverte par le chapitre : 22 mai au 21 juin 2004
Pendant que la procédure lancée à son encontre suivait son cours, Aurelian Flamel tenta de crier à la diffamation et à l'acharnement judiciaire, mais l'opinion publique était complètement retournée contre lui. Il voulut défendre sa position à la tribune du conseil de guilde, mais il y eut un tel chahut qu'il dut renoncer à parler et revint à sa place sous les sifflets des artisans venus assister aux débats. Il demanda alors qu'on renvoie l'élection jusqu'après son procès, mais le conseil, sous la pression du public, vota massivement contre sa proposition et la date fut maintenue, trois semaines plus tard.
Harry ne se sentait pas aussi fier de lui qu'il aurait cru l'être. L'acharnement dont était maintenant victime Flamel lui rappelait trop douloureusement la campagne de presse à son encontre quand il avait tenté d'avertir le monde sorcier du retour de Voldemort.
Son malaise s'accrut quand il vit Ron au Terrier, quelques jours après la séance houleuse du conseil de guilde. Lui et George avaient l'air soucieux et ne participaient pas autant que d'habitude aux discussions familiales du dimanche midi.
— Un problème ? lui demanda Harry alors que Molly servait les cafés.
— On n'est pas sortis de l'auberge, grogna Ron. Maintenant que Flamel est hors course, on a regardé de près les programmes de ceux qui restent en lice : Silvian Dunstan et Archibald Sawbridge.
— Et ?
— Dunstan est conservateur déclaré. Il refusera toute évolution magique et toute remise en cause du système. Avec lui, on vote pour cinq ans d'immobilisme. Quant à l'autre, il prône l'indépendance absolue de la guilde et estime qu'on n'a de comptes à rendre à personne. En clair, il n'a aucune vision d'ensemble de la communauté magique, et toute proposition qui sera faite par le ministère sera rejetée, par principe.
— Avec Flamel aussi, c'était l'immobilisme, remarqua Harry.
— Oui, mais c'était pour avantager ses copains. Si on avait pu lui montrer l'intérêt qu'il pouvait tirer d'un nouveau produit, il aurait donné son accord, expliqua George. Dustan, lui, s'y opposera par conviction. Et puis Flamel savait négocier avec le ministère sans le prendre à rebrousse-poil.
Harry tenta de se faire une idée de la situation :
— S'il y avait tant de monde d'accord avec Whitehorn, comment ça se fait que personne n'ait repris le flambeau ? demanda-t-il.
— On y a pensé, grogna Ron, mais, contrairement à ce qu'on espérait, aucun des membres de sa liste n'a voulu tenter le coup.
— Quelle liste ? s'enquit Harry.
— Son conseil, bien sûr ! répondit Ron.
Voyant l'incompréhension de Harry, George expliqua :
— Un candidat à la maîtrise ne se présente pas seul. Il est à la tête d'une liste de personnes qui, par la suite, constituent son conseil. Cela permet aux artisans de savoir qui sera désigné pour valider ou rejeter les propositions du futur maître.
— Et le maître ne peut pas changer son conseil en cours de mandat ? demanda Ginny qui s'était approchée.
— Si l'un des conseillers décède, démissionne ou est radié par le maître, ce dernier peut renouveler à discrétion trois membres du conseil sur neuf, précisa Ron. Quand, pour une raison ou pour une autre, il reste moins de six conseillers désignés par les artisans, il faut soumettre une nouvelle liste au vote.
— Dans ce cas, d'autres listes peuvent se présenter, dont l'un des membres est souvent le candidat malheureux de l'élection précédente.
— Tu veux dire qu'un maître peut se retrouver avec un conseil hostile à sa politique ? tenta de comprendre Harry.
— Oui, c'est arrivé en 1863, récita Ron. Quatre membres du conseil sont morts après avoir mangé une croustade de dinde pas fraîche lors d'un banquet de la guilde. Hornby, le maître de l'époque a dû représenter une nouvelle liste aux artisans, mais ce sont ses opposants qui ont gagné et ont complètement paralysé son action. Il a toujours maintenu que les quatre défunts avaient été empoisonnés mais n'a jamais pu le prouver. Et tu sais comment s'appelait son rival, celui qui est entré au conseil par ce vote en cours de mandat ? Alpharatz Black ! Amusant, non ?[1]
— Hilarant, affirma Harry d'un ton morne. Donc vous espériez qu'une fois Flamel éliminé, un des conseillers de Whitehorn reprendrait le flambeau. Mais, finalement, aucun membre de sa liste ne l'a fait, c'est ça ?
— Oui, c'est pour ça qu'on se retrouve à devoir choisir entre Dustan et Sawbridge, ce qui équivaut à hésiter entre l'écrabouille et la scrofulite.
— Fallait y penser avant de faire tomber Flamel ! dit Harry avec humeur.
— On le sait, affirma George, on ne te reproche rien.
Mais moi, si ! songea Harry en tentant de se calmer. Faucett avait raison. Il fallait attendre d'avoir mesuré toutes les conséquences de ses actes avant de s'en réjouir. Ils avaient agi sans réfléchir et les retombées risquaient d'être graves. La guilde de l'Artisanat magique était une des plus importantes.
Mais si son commandant avait prévu ce qui était en train de se produire, pourquoi avait-il accédé à sa demande ? se demanda Harry. Pensait-il que son subordonné connaissait un candidat prêt à prendre la relève ? Il sentit son front se couvrir de sueur : il était intervenu de façon inconsidérée dans un évènement important pour sa communauté et on l'avait laissé faire car on lui faisait confiance ! Vu l'enjeu, Faucett en avait-il parlé à Kingsley ? Oui, sans doute. Cela signifiait que le ministre avait donc approuvé la démarche. Et pourquoi ? Parce que c'était Harry qui l'avait demandé.
Pendant des années, le jeune homme s'était opposé avec opiniâtreté à tous ceux qui prétendaient donner leur avis sur les actions qu'il jugeait bon d'entreprendre pour mettre fin au règne de Voldemort. Il avait refusé de se soumettre au veto de Fudge et de Scrimgeour. Il était parti avec ses deux meilleurs amis à la rechercher des Horcruxes sans en référer à un adulte, de peur qu'on n'approuve pas sa décision.
Il avait triomphé et tout le monde, maintenant, s'accordait pour lui donner les moyens de mettre en œuvre ses intentions. Sauf que, cette fois-ci, il s'était planté.
Il remâcha son inquiétude les jours suivants, ne pouvant s'en ouvrir à personne car Ginny était rarement à la maison. Il avait pensé en parler à Hermione, mais son amie avait tacitement désapprouvé son action dès le début. Il ne voulait entendre ni ses « Je le craignais », pas davantage qu'un éventuel « Tu as cru bien faire, Harry ».
Dans le courant de la semaine suivante, Harry eut la surprise de recevoir un courrier d'Herakles Zonko. Ce dernier l'invitait à dîner le samedi soir, accompagné de son épouse. Son étonnement redoubla quand Ron lui apprit que Hermione et lui avaient également été conviés. Ils se demandèrent qui d'autre s'y trouverait mais personne de leur connaissance ne les contacta à ce sujet.
Harry envoya immédiatement un message à Ginny, pour s'assurer qu'elle serait là. Elle lui promit qu'elle rentrerait à temps.
— Que nous veut-il ? interrogea Harry pendant qu'elle se coiffait en vue de la soirée.
— Tu verras bien, que crains-tu ? lui retourna Ginny.
— Je pense que j'ai fait une erreur avec Rita et Flamel.
— Je ne vois pas comment il serait au courant. Et ce n'est pas forcément une erreur. Si la police le poursuit, c'est que tes soupçons étaient fondés. Bon, laisse-moi m'habiller, on sera fixés dans une heure.
Ce fut l'elfe Anselme qui ouvrit à Harry et Ginny quand ils sonnèrent à la porte des Zonko. Ils furent introduits dans le salon et furent accueillis par Herakles et sa femme, ainsi que Leandre et son épouse. Le maître de maison les reçut avec chaleur, présenta sa famille à Ginny et leur offrit des apéritifs.
Harry discerna sur le visage d'Herakles des rides et des signes de fatigue qui n'y étaient pas quand il l'avait vu pour la première fois. Il se demanda ce qui, de la maladie ou des soucis causés par son fils, l'avait davantage marqué. Son épouse aussi avait accusé le coup. Sa chevelure s'était éclaircie et elle lui parut moins vive que lorsqu'il était venu l'interroger deux mois et demi auparavant.
Harry venait de s'emparer de son verre quand ils entendirent le timbre assourdi de la sonnette de la porte d'entrée. Quelques bruits de pas plus tard, Ron et Hermione les rejoignirent.
Dans un premier temps, ce fut Mrs Zonko qui soutint la conversation, l'entraînant vers des sujets neutres. Puis Herakles commença à parler avec Ron d'un projet de rénovation de l'allumage public du Chemin de Traverse, conversation à laquelle se joignit son fils. Durant le dîner, Harry eut l'impression que le vieil homme sondait son ami sur ce qu'il pensait des orientations prises par les guildes sur les questions qui intéressaient les commerçants et les artisans sorciers. Jusqu'à présent, aucune allusion n'avait été faite concernant Dorian, et Harry n'avait pas l'intention d'aborder ce sujet.
Il savait que leur invitation avait été lancée dans un but précis mais il ne parvenait toujours pas à deviner lequel. Il resta donc sur ses gardes, réfléchissant à ce qu'il disait et écoutant les propos échangés. Après avoir longuement parlé avec Ron, c'est vers Hermione que le maître de maison dirigea sa curiosité. Il commença par la féliciter pour son action en faveur des elfes, ce que Harry songea très habile. Son amie n'avait pas manqué de voir qu'Anselme, qui faisait le service, était traité avec respect et c'était, en ce qui la concernait, un point très positif à l'avantage de leur hôte. Herakles l'interrogea ensuite sur les autres réformes en cours. Hermione lui confia qu'elle déplorait qu'on ait si peu fait en tant d'années pour les loups-garous. Il lui demanda ce qu'elle préconisait à ce sujet et s'arrangea pour lui faire savoir qu'il connaissait les livres qu'elle avait édités pour les enfants.
Poliment, il s'enquit ensuite de la carrière de Ginny et la félicita au sujet de ses diverses réussites. La conversation devint générale et roula un moment sur le Quidditch. Sachant que Mrs Zonko était d'origine moldue, Ron parla des matchs de football qu'il allait voir quand l'occasion se présentait. Après le dessert, ils retournèrent au salon et on leur servit du café et des liqueurs. Un instant, Harry craignit que, selon les anciens usages qu'il avait lus dans des livres, on mène ces dames dans un boudoir pour laisser les messieurs entre eux, mais leur hôte ne commit pas cette faute. Il attaqua enfin la raison pour laquelle il les avait fait venir.
— Vous n'ignorez rien des récents évènements qui ont privé la guilde de l'Artisanat magique de la candidature d'un homme respecté par tous.
Harry et ses amis s'efforcèrent de garder une physionomie neutre, sentant qu'aborder ce sujet devait être pénible pour toute la famille.
— Par ailleurs, continua leur hôte, l'actuel maître de guilde n'a aucune chance de rester en fonction alors que le ministère le poursuit pour irrégularités de gestion.
Harry tenta de ne pas rougir et vit Ron se tortiller sur son siège.
— Aujourd'hui, toute la guilde espère trouver un nouveau maître qui lui permettra de tourner la page, exposa Herakles. Il faut une personnalité dont l'intégrité ne peut être mise en doute. Un nom qui fait l'unanimité. Nous sommes à deux semaines du vote, et aucun des deux candidats restants ne remplit ces critères. Je suis inquiet de voir la guilde dans cette situation au moment où nous avons besoin d'un homme fort à notre tête pour accompagner l'évolution que vit actuellement notre communauté.
Harry et ses amis hochèrent la tête pour montrer qu'ils avaient la même analyse du contexte.
— Je me sens responsable de cette situation et je pense qu'il est de mon devoir de chercher une solution pour y remédier. Avec mon fils et quelques amis qui ont gardé confiance en moi malgré les récents évènements, nous avons passé en revue tous les artisans susceptibles d'être à la hauteur de cette tâche. Le prochain maître doit être assez connu pour remporter les suffrages, mais suffisamment neuf pour ne pas être rattaché à une de nos factions. Il doit avoir démontré qu'il a la capacité de réagir à une situation critique, sans s'être auparavant sali les mains. Enfin, sa probité ne doit pas pouvoir être remise en cause.
Il fit une pause. Sans doute allait-il révéler ce qu'il avait derrière la tête.
— Mr Weasley, nous pensons que vous feriez un excellent candidat.
Ron, qui venait de porter son verre d'alcool de prune à ses lèvres, sursauta si fort que du liquide se répandit sur sa robe. Il avala sa gorgée précédente avec un bruit audible avant de parvenir à coasser :
— Quoi ? Moi ?
— Vous, Mr Weasley, confirma Herakles Zonko qui semblait assez satisfait de son petit effet. Votre nom est connu de tous et vous avez démontré votre capacité à agir pour défendre vos valeurs en vous engageant aux côtés du Survivant. Vous et votre frère êtes appréciés par tous les artisans et vous n'avez pas encore eu le temps de vous faire des ennemis.
Ron, manifestement paniqué, se tourna vers Hermione pour quêter son soutien. Celle-ci regardait Zonko les yeux plissés de concentration.
— Qu'il soit marié à une employée du ministère ne jouera pas en sa défaveur ? s'inquiéta-t-elle.
— Tout dépend de la manière dont vous le présenterez. Certains n'hésiteront pas à mettre en cause l'indépendance de votre époux par rapport au ministère mais on peut aussi indiquer qu'il aura accès à une source de renseignements sûre et qu'il aura la possibilité d'obtenir rapidement un entretien avec le ministre si les besoins de sa charge le demandent.
Harry vit Ron ouvrir et fermer la bouche comme s'il manquait d'air.
— Je ne connais rien au fonctionnement de la guilde, parvint-il à opposer.
— Vous aurez cinq ans pour apprendre, lui rétorqua Herakles.
— Et pour faire des âneries, riposta Ron.
— Eh bien, vous ne serez pas réélu à terme, voilà tout, indiqua son contradicteur. De toute façon, ajouta-t-il en levant la main pour imposer le silence à Ron, vous ne pouvez pas faire pire que le maître sortant.
— Je suis trop jeune, gémit Ron.
— Cela ne vous a pas empêché de vous opposer directement à Vous-Savez-Qui. Vos contradicteurs seront pénibles, mais nettement moins dangereux.
— Songe à ce que tu pourrais faire, appuya Hermione d'une voix exaltée. Tu pourrais moderniser toute la production sorcière !
— Mais ils ne vont pas m'écouter, paniqua Ron.
— C'est à vous de vous faire entendre, répliqua Zonko. Réfléchissez à ceux sur qui vous pensez pouvoir compter. Un bon maître travaille en équipe.
— Justement, qui vais-je présenter comme équipe avec moi pour l'élection ? Je n'ai pas de conseil pour me soutenir.
— Je suis allé voir tous les membres de la liste constituée par Whitehorn, intervint Leandre Zonko. À une exception près, ils sont d'accord pour tenter leur chance avec vous. Je me serais bien proposé de prendre la place vacante, mais mon nom risque de vous desservir.
Ron le fixa, cherchant manifestement quel argument il pouvait encore opposer.
— Je ne vous demande pas de donner votre réponse ce soir, conclut Zonko d'un ton apaisant. Juste de considérer cette proposition. N'hésitez pas à poser toutes les questions qui vous viendront à l'esprit, à moi ou à mon fils.
Léandre hocha vigoureusement la tête. Il avait laissé son père parler, mais était visiblement en accord avec lui. La soirée était terminée, les invités se levèrent pour prendre congé.
Herakles leur proposa courtoisement d'utiliser sa cheminée pour rentrer chez eux. Ils acceptèrent, et Harry et Ginny se retrouvèrent bientôt dans leur cuisine. Harry avait été tenté de convier Ron et Hermione à passer Square Grimmaurd, mais il avait estimé que son ami avait besoin de réfléchir avant de discuter avec lui de la proposition qu'on lui avait faite. La marche dans la nuit entre la cheminée qui desservait son quartier et sa maison lui serait sans doute utile.
— Tu penses que c'est une bonne idée ? demanda-t-il à Ginny alors qu'ils montaient les escaliers pour rejoindre leur chambre.
— En tout cas, ils peuvent faire confiance à Ron pour songer à l'intérêt général plutôt qu'à ses bénéfices particuliers. Le magasin rapporte assez pour qu'il ne ressente pas le besoin de profiter de la situation pour gagner davantage et assez peu pour qu'il reste conscient des difficultés des petits artisans. Il connaît suffisamment Kingsley pour ne pas se laisser intimider par lui, mais ils ne sont pas proches au point de se liguer contre les intérêts de la guilde. Le choix de Zonko est très pertinent.
— Mais crois-tu que Ron sera à l'aise dans ce rôle ? reformula Harry en la suivant dans la salle de bains attenante à leur chambre.
Ginny réfléchit un moment en fouillant dans son armoire de toilette pour trouver sa brosse à cheveux.
— Il a appris à écouter les autres et à être moins têtu ces dernières années, jugea-t-elle en dénouant son chignon. Il est doué pour prendre du recul et analyser les situations avec bon sens et ironie. Il devrait être bon pour calmer les excités et réconforter les angoissés. Il sait à merveille alléger l'atmosphère par une blague quand les esprits s'échauffent... Oui, je crois qu'il peut faire du bon boulot. Et toi, que penses-tu de tout ça ?
— Pareil que toi mais je n'aurais pas su le formuler aussi bien. La seule chose qui m'inquiète, c'est son manque de confiance en lui. Ça peut lui faire perdre tous ses moyens, tu le sais.
— Eh bien, notre travail sera de l'aider à croire en lui-même, décréta Ginny.
Ils s'y mirent dès le lendemain au Terrier où les Weasley et assimilés se retrouvèrent comme chaque dimanche. Toute la tribu était venue, preuve que la nouvelle avait été transmise par le canal familial.
Dès les hors-d'œuvre, Ron les invita à dire ce qu'ils en pensaient.
— C'est une excellente idée, s'exclama George. Aucun des deux candidats restants ne me donnait envie de voter. Tu peux être certain que tu auras ma voix !
— Merci, George, mais ce n'est pas parce que je suis ton frère que tu es obligé de...
— Je dis ça parce que tu es mon associé et que je te vois travailler depuis six ans, l'interrompit George. Je ne m'occupe pas des comptes du magasin, mais j'ai quand même remarqué à quel point tu fais du bon boulot de ce côté-là. C'est grâce à toi qu'on gagne autant d'argent. Tu es un excellent gestionnaire, et c'est une qualité importante pour un maître de guilde.
— Ce n'est pas vraiment le même ordre de valeur !
— Peut-être, mais cela fait quinze ans que ce sont des patrons de grosses entreprises qui sont à la tête du conseil. Les petits artisans, qui représentent quatre-vingts pour cent de la profession n'ont pas l'impression que leurs problèmes sont pris en compte. Toutes les décisions ont eu pour conséquences d'avantager une minorité, laissant les autres se débrouiller par eux-mêmes. Et quand on voit à quel point le système est corrompu, on a vraiment envie de donner un coup de balai dans tout ça.
— Mais Silvian Dunstan et Archibald Sawbridge ont beau s'occuper de petites entreprises, ils n'ont pas fédéré tellement de voix, rappela Ron.
— Tu les as entendus en campagne. Tu leur confierais ton fléreur, toi ?
— Cela ne change rien au fait que je n'ai aucune expérience pour ce genre de poste, insista Ron. Il faut organiser et animer des réunions, proposer des motions…
— Mon fils, intervint Arthur, quand je suis devenu chef de département, je ne savais rien faire de tout cela. Il a bien fallu que j'apprenne au fur et à mesure et cela ne présente plus de difficulté pour moi aujourd'hui. Je pourrais te donner un coup de main si tu en as besoin.
— Si jamais tu es élu, argumenta Hermione, dis-toi que ceux qui t'ont choisi connaissent ton inexpérience. Ils sauront qu'il te faut un temps d'adaptation.
— Je serai heureux d'avoir un partenaire fiable en face de moi, intervint Percy. Tout ce que le ministère a proposé ces dernières années a été refusé par Flamel alors que c'était l'intérêt de tous que nous avions à l'esprit.
— Justement, rétorqua Ron. Comment rester indépendant, quand deux proches parents sont chefs de département et qu'on a à négocier des règlements avec eux ?
— Ron, je ne crois pas que tu te sois tellement préoccupé de notre opinion quand tu pensais savoir où était ton devoir, lui rappela sa mère. Tu fais toujours ce que tu estimes être juste. Ton père et ton frère défendront leur position, mais tu resteras responsable de tes choix.
— Nous sommes à moins de quinze jours des élections, je n'ai pas le temps de faire campagne.
— Tout le monde te connaît de réputation, fit remarquer Hermione. Tu as seulement à annoncer ta candidature et faire quelques discours. Nous allons également établir les points forts de ton programme et demander aux principaux journaux de les diffuser.
— Mais justement, je n'ai aucune idée de programme ! paniqua Ron.
— Tu as juste besoin qu'on t'aide à les mettre en forme, le rassura sa femme. On est là pour ça, mon chéri.
— Comme c'est excitant ! s'exclama Fleur.
Ce ne fut pas aussi difficile que Ron le craignait. Ils se basèrent sur les propositions que Devlin Whitehorn avait faites en les adaptant à leur style et leurs convictions. Ron s'engageait à faire en sorte que la guilde accompagne l'évolution de la société au lieu de la subir. Pour cela, il proposait de soutenir l'innovation, tout en veillant à préserver une juste concurrence entre les artisans. Il promettait en outre d'assainir les comptes de la guilde et de les soumettre au conseil une fois par an. Enfin, il soulignait sa connaissance des difficultés propres aux petites entreprises : il saurait prendre des mesures pour les aider à prospérer.
— Il y a le problème de ma liste, rappela Ron quand ils eurent terminé. Il me manque une personne pour composer un conseil complet.
— Pourquoi ne pas demander à Mrs Whitehorn de se joindre à vous ? proposa Harry. Elle pourrait te servir de trésorière. D'après mon collègue de la police magique, elle tient ses comptes avec une rigueur rare.
— C'est une bonne idée, convint Ron.
À seize heures, Ron et George se mirent en route pour rendre visite à toutes les personnes qui devaient constituer le conseil du nouveau candidat, leur demander officiellement d'en faire partie et leur présenter le programme établi. Ils décidèrent de commencer par la veuve de Devlin Whitehorn. Pour l'occasion, Harry leur prêta sa moto volante.
Ils réapparurent en fin de soirée avec cent feuillets imprimés sur lesquels étaient inscrits la liste et le programme de Ron.
— Nous avons terminé en passant chez Mr Lovegood. Ce sera dans l'éditio du Chicaneur de demain, annonça George avec fierté.
— Plus moyen de revenir en arrière, commenta Ron nettement nerveux.
— L'histoire est en marche ! déclara solennellement Bill.
La candidature de Ron fut un évènement très commenté dans le monde sorcier. Les trois derniers mois avaient été intenses en rebondissements : un meurtre mettant en scène des personnalités connues, un scandale financier et, pour finir, une célébrité qui briguait un poste important.
— La guilde des Imprimeurs devrait nous donner une médaille vu les journaux qu'on fait vendre, affirma George trois jours avant les élections.
Ron, effondré sur son canapé, n'eut pas l'énergie de répondre. C'était la première soirée depuis dix jours où il rentrait chez lui au lieu de donner une conférence, et la moitié de sa famille avait débarqué pour faire le point.
— Il est fantastique, continua George avec fierté. Tu sais ce qu'il a répondu hier à Dunstan qui lui demandait s'il allait obliger tout le monde à vivre à la moldue ? « Je suppose que vous faites la cuisine dans votre cheminée et que vous lavez vos robes à la rivière pour ne pas utiliser le poêle et la machine à laver qui sont inspirés d'idées moldues ». Il a été acclamé par toutes les sorcières de l'assemblée.
— D'après mes estimations, la moitié des artisans se sont déplacés pour l'écouter défendre son programme, annonça Hermione qui avait recours à un boulier magique pour faire les additions. Si on compte ceux à qui tu as rendu visite, presque les trois quarts t'ont entendu parler.
— Si je me prends un râteau, on saura que je ne leur ai vraiment pas plu, fit remarquer Ron du fond de son canapé.
— J'ai parié cent gallions que tu passais au premier tour, dit George.
— Ce qui est arrivé à Dorian Zonko ne t'a pas servi de leçon, faut croire, grogna Angelina qui était assise à côté du couffin où dormait le petit Freddy. J'espère que tu perdras. N'y vois rien de personnel, Ron.
— Ne t'en fais pas, frérot, elle ne vote pas, rappela George.
On sonna à la porte. C'était Bill qui venait soutenir son frère.
— J'ai remonté le Chemin de Traverse ce soir, s'exclama-t-il. Plus de la moitié des magasins ont ton affiche en devanture. C'est dans la poche.
— La plupart sont des amis qui appartiennent à une autre guilde, tempéra Ron. Et beaucoup d'électeurs ont de petites exploitations à la campagne.
— Ils étaient très contents que tu passes les voir malgré un temps de campagne réduit, assura George qui s'était improvisé directeur de communication. Et pour une fois, le fait qu'on a été pauvres joue en notre faveur. Au moins, tu ne contemples pas les lézardes dans les murs et les réparations de fortune d'un regard hautain.
— Dunstan et Sawbridge non plus ne roulent pas sur l'or.
— Qui s'occupe du magasin pendant ce temps ? s'inquiéta Harry.
— C'est la basse saison, de toute façon, alors Éloïse se débrouille toute seule, le rassura George. On embauchera sans doute une personne supplémentaire après les élections.
— Si je passe, précisa Ron.
— Quand tu seras passé, le corrigea son frère.
Il n'y eut pas de déjeuner au Terrier ce dimanche-là. Dès huit heures du matin, toute la famille se mobilisa pour animer un stand qu'ils avaient monté aux alentours du bureau de vote. Énormément de badauds s'y arrêtèrent et s'entendirent vanter les mérites de Ron, même si la plupart d'entre eux n'étaient pas des artisans. Il faut dire que la présence d'une Harpie et d'un Survivant attirait même les plus indifférents à la politique.
Enfin, le bureau ferma et le dépouillement commença. Selon une ancienne tradition, les décomptes se faisaient à la main et étaient confirmés trois fois avant d'être validés. La tension était vive parmi la centaine de personnes présentes, et c'est dans un silence excité que les chiffres furent énoncés à haute voix par les assesseurs et reportés magiquement sur un panneau au mur. Harry vit un partisan de Dunstan regarder toute la scène aux multiplettes, sans doute pour la repasser au ralenti et vérifier qu'il n'y avait pas de fraude.
Dès le premier décompte, le doute n'était plus possible. L'équipe de tête avait raflé plus de 70 pour cent des suffrages. Le 21 juin 2004, la guilde des Artisans magiques se dotait du plus jeune maître de son histoire.
Du reste de la nuit, Harry ne conserva qu'un souvenir limité. C'était peut-être mieux ainsi. Les rares bribes qui lui revenaient évoquaient des danses barbares et des hurlements sauvages. George n'avait pas dit d'où il tenait le tord-boyaux qu'il avait amené au Terrier, mais cela ne pouvait provenir que de l'Allée des Embrumes ou de la réserve spéciale d'Abelforth Dumbledore. Harry avait le vague sentiment qu'il avait lui-même pris part à quelques sarabandes endiablées et sa mémoire lui restitua l'image étonnamment nette d'une Molly échevelée menant une gigue à laquelle participaient toutes les femmes de la famille, Andromeda comprise.
Ginny et lui s'étaient écroulés sur leur lit à l'aube et avaient dormi comme des masses jusqu'à ce qu'un Kreattur inquiet vienne les secouer à neuf heures. L'elfe leur avait présenté sa fameuse mixture anti-gueule de bois, mais il semblait que leur état se trouvait au-delà des capacités de la potion. La nausée qui suivit l'ingestion fut encore plus violente que d'habitude, et leur abominable mal de tête à peine atténué. Cela leur permit cependant de se traîner avec plus de deux heures de retard là où ils étaient supposés se trouver un lundi matin.
Après un éprouvant voyage en cheminée, Harry sortit de l'ascenseur du ministère le cœur au bord des lèvres. Il traversa le QG pour aller s'effondrer sur son siège.
— On a fait la fête ? demanda son partenaire avec son demi-sourire.
Harry ne se donna même pas la peine de répondre.
— Tu ne connais pas les potions anti-gueule de bois ? s'étonna Pritchard sans se décourager.
— Toute potion a ses limites, marmonna Harry.
— Eh, tu transmettras mes félicitations à Ron ! lui brailla Owen dans les oreilles en lui flanquant une bourrade chaleureuse dans le dos.
— Fiche le camp ou je te vomis dessus, rétorqua Harry.
Ce n'était pas une menace, juste une constatation.
La journée fut un calvaire pour Harry, car tous ses amis manquèrent totalement d'empathie et lui infligèrent leur joie de voir Ron consacré par ses pairs. Le jeune Auror regretta de ne pas avoir davantage d'ennemis dans son entourage. Ceux-ci avaient la décence de le laisser tranquille.
Pritchard eut pitié de lui et le libéra à seize heures. De retour chez lui, il végéta jusqu'à l'heure du dîner, bientôt rejoint par Ginny qui, elle aussi, avait désespéré son entraîneuse. Avant d'aller à table — plein de sollicitude, Kreattur leur avait prévu un repas léger —, ils passèrent un coup de cheminée à Ron.
Ce fut Hermione qui répondit. Elle non plus n'avait pas bonne mine.
— J'ai pris ma journée et Ron également, leur apprit-elle. Il vient juste de partir pour sa première réunion avec le conseil. Ils doivent définir les premières mesures qu'ils vont mettre en œuvre. Dis, Harry, c'est toujours comme ça ? Je ne me suis jamais sentie aussi mal de ma vie.
Harry réalisa que c'était la première fois que son amie se saoulait.
— Quand on prend une boisson plus civilisée, c'est moins terrible le lendemain, assura-t-il. Mais là, c'était une occasion spéciale.
— Si ça doit être comme ça à chaque fois, je m'oppose dès à présent à ce que l'un de nous brigue un autre poste, affirma-t-elle. J'espère que tu n'avais pas l'intention de devenir ministre de la Magie.
— Je pensais te laisser la place, mais je suppose que ton premier décret serait d'interdire les boissons alcoolisées, alors je te préviens tout de suite que je saboterai ta campagne.
— Ne me fais pas rire, Harry, ça fait empirer ma migraine ! protesta-t-elle avant de mettre fin à la conversation.
[1] L'arbre généalogique des Black ne remonte pas jusqu'à 1863. Le prénom Alpharatz est donc de moi. C'est une des étoiles de la constellation d'Andromède.
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22/05/2009 : Bonjour à tous !
Je tiens à préciser que la nomination de Ron comme Maitre de la Guilde de l'artisanat magique n'a pas été évoqué par Jo Rowling (pour la bonne raison que les guildes ne sont pas dans le canon mais un ajout de ma part).
Je me suis cependant inspirée de ses indications car elle indique dans son chat du 30 juillet 2007, je cite : 'Harry, Ron, Hermione et Ginny ont eu un rôle important dans la reconstruction du monde magique à travers leurs carrières respectives'.
Il ne nous reste plus qu'à imaginer comment.
On se retrouve dans une semaine pour la suite. Cela s'appelle Le grenier.
Les réponses à commentaires 'anonymes' sont toujours sur le forum : topic/55667/11772449/1/
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