Il me regardait, et je sentais la sévérité dans ses yeux. Ce qu'il souhaitait me dire paraissait important, mais j'avais vraiment peur de ce qu'il allait m'annoncer. Peut-être Elisabeth avait-elle eu totalement tort, et Edward avait trouvé quelqu'un, peut-être n'était-ce pas moi qui l'avait fait changer, peut-être même n'avait-il pas du tout changé ? Peut-être Edward ne souhaitait-il tout simplement pas ma présence ici.

Je me remémorai alors une discussion que j'avais eu avec Charlie quelques mois plus tôt. Je venais à peine de rentrer de la remise des diplômes, et Charlie et Sue n'étaient pas encore rentrés. J'étais immédiatement montée dans ma chambre, ignorant le téléphone qui ne cessait alors de sonner. J'étais en larmes dans mon lit, et le temps avait suivi son cours sans que je n'y prête attention. Je n'avais eu qu'une envie. Me cacher six pieds sous terre. Charlie était alors apparu.

"J'avais froid et je m'étais emmitouflée sous les couvertures. Pourtant, nous étions en plein mois de juin, mais cela ne m'empêchait pourtant pas de grelotter comme s'il faisait moins dix degré dehors. Edward s'était moqué de moi. Il m'avait trahi. Pire. Il m'avait humiliée. Devant tout le monde. Moi qui n'avait eu de cesse de me dire que cela ne pouvait être vrai, j'aurais dû être plus intelligente et savoir qu'il jouait avec mes sentiments.

- Bella, murmura Charlie en passant le seuil de la porte.

Je gémis et m'enfonçai encore plus sous la couette. Je n'avais pas envie de discuter avec Charlie.

- Alice m'a raconté ce qu'il s'était passé, murmura-t-il tandis qu'il s'installait sur le rebord de mon lit.
- Va-t-en ! crachai-je en larmes.
- Ma chérie...

Il passa une main au dessus de la couette et caressa celle-ci comme pour me consoler. Ce n'était pas le genre de Charlie. C'était en général un homme bourru qui était incapable de montrer le moindre sentiment. Avec lui, ca avait toujours été très compliqué de montrer ce que nous ressentions l'un pour l'autre. A l'exception de quelques cas exceptionnel comme lors de ma greffe, Charlie était très réservé envers moi.

- Bella, je suis sincèrement désolé. Je pensais vraiment que ce garçon était fait pour toi. A l'évidence, je ne peux que te dire que je me suis trompé et que je suis navré que cette histoire ait été aussi loin. Cet Edward est le pire des...

Il respira profondément et reprit contenance.

- Bref, je comprends que tu m'en veuilles. J'ai un peu poussé en le faisant dormir ici, en essayant de... enfin tu comprends...

Il cherchait ses mots et semblait totalement désarmé. Je devais mettre fin à son calvaire.

- Ecoute papa, tu n'y es pour rien si Edward Masen est un connard. Alors je t'en prie, laisse-moi seule.
- Bien...

Je sentis qu'il se levait et il repartit de la chambre sans faire de bruit. Je n'en voulais pas à Charlie. Il avait essayé de trouver quelqu'un pour sa fille et il avait rencontré Elisabeth quelques semaines plus tôt. Ayant sympathisé avec elle, il s'était dit que ce serait une bonne chose, et il s'était trompé. Point à la ligne. Je n'étais pas sa fille pour rien. Moi aussi je m'étais totalement trompé sur Edward Masen. Et maintenant, je le haïssais. "

J'espérai désormais qu'il en était autrement et qu'Edward n'allait pas m'apprendre que ce soir là, il avait fait croire des choses à sa mère qui étaient fausse. Je repris ma respiration et levai les yeux au ciel. Il m'arrivait parfois d'aller trop loin dans mes réflexions et de sortir totalement du sujet de base. J'étais toujours devant Edward, et j'attendais son explication, remettant Charlie et son jugement sur lui à plus tard.

- Bella, si je suis venu jusqu'à Seattle, c'est parce que...
- Ah ! Notre cher patient est enfin réveillé ! claironna l'infirmière en entrant dans la pièce.

Je poussai un gémissement et Edward me lança un regard d'excuse. L'infirmière - que je détestai maintenant plus que tout au monde car elle avait coupé Edward sur ce qui allait peut-être tout changer dans notre relation - me demanda de sortir de la chambre, et je m'exécutai non sans un soupir las en passant le pas de la porte. J'allai rejoindre Elisabeth qui s'excusa, mais je comprenais bien qu'elle prévienne les médecins du réveil d'Edward. C'était tout à fait normal.

Je soupirai une nouvelle fois. J'allai donc devoir attendre que cette infirmière sorte pour pouvoir entendre ce qu'Edward voulait me dire. Tout jouait contre moi aujourd'hui, mais le principal était qu'Edward était réveillé. Après tout, désormais, j'avais tout le temps pour lui parler. Même s'il fallait avouer que j'avais vraiment très envie de savoir ce qu'il avait à me dire. L'infirmière sortit enfin, et je me ruai presque jusqu'à la chambre.

En réalité, ce n'était pas tout à fait pour entendre Edward, mais aussi et surtout pour le voir que je me hâtai jusqu'à cette chambre (N/A : sans blague ! on n'avait pas deviné -_-"). Malheureusement, lorsque j'arrivai, je vis qu'il dormait. L'infirmière avait sûrement dû lui injecter un produit qui le faisait dormir. Je connaissais ça, alors je ne pouvais pas lui en vouloir. Pourtant, je me sentais affreusement frustrée.

J'avais déjà dû attendre son réveil lorsqu'il était dans le coma, désormais il fallait que j'attende qu'il se réveille pour l'entendre parler. Sa voix, douce, sensuelle, était un ténor qui me faisait beaucoup d'effet. C'était certain, j'étais en train de tomber amoureuse d'Edward Masen. Je me mis à rougir comme une pivoine, et allai m'installer dans le fauteuil. Mes joues étaient brûlantes, il fallait que j'arrête de penser à lui de la sorte.

Après tout, je n'étais certaine de rien. Et puis, j'avais besoin de sommeil. Cela allait me permettre de patienter durant quelques heures au moins. Je fermai les yeux, et finit par réussir à m'endormir quelques minutes plus tard, des réflexions plein la tête. Je fus tirée de ma rêverie par les voix d'Edward et de Jasper. J'avais comme l'impression qu'ils étaient en train de se disputer. Je continuai de fermer les yeux afin de savoir le sujet de leur discorde.

- Si tu lui fais le moindre mal, je t'assure que... s'énerva mon ami.
- Écoute Jasper, je comprends tout à fait que tu te méfies, mais tu te méprends. Je ne ferai plus jamais de mal à Bella, promit solennellement Edward.

Jasper commença à s'énerver.

- Autant te le dire franchement. Je n'ai aucune confiance en toi. Bella est mon amie. C'est la meilleure amie d'Alice. Alors s'il lui arrive le moindre mal par ta faute, je te jure de te détruire. Est-ce que c'est bien clair ? cracha-t-il.
- Très clair, répondit Edward.

J'ouvris enfin les yeux, et Jasper reprit son calme. Il m'embrassa sur la joue, suivi d'Alice et me demanda comment j'allai. Je lui répondis que tout allait à merveille et lui demandai de se calmer. Il accepta avec une grimace, et Alice lui proposa d'aller chercher un café afin qu'il reprenne son calme. Il accepta, lançant tout de même un regard assassin à Edward en sortant de la pièce. Alice ne fit pas attention à Edward, et ils partirent.

S'ils venaient à se produire quoique ce soit entre Edward et moi, j'allai devoir déplacer des montagnes pour faire en sorte que mes amis et mes parents l'acceptent de nouveau. Après tout, je pouvais les comprendre, mais j'aurais aimé qu'ils soient autant compréhensifs. Mais il fallait appeler un chat un chat, c'était totalement impossible malheureusement. J'avançai mon fauteuil du lit d'Edward et il me sourit faiblement.

- Je suis désolée pour Jasper, m'excusai-je en me raclant la gorge.
- C'est normal... Après ce qu'il s'est passé la dernière fois... dit-il tristement.
- Edward, ca ne sert à rien d'en parler, murmurai-je les larmes aux yeux.

Il prit mon menton de la main si délicatement que mon coeur se serra à son toucher. Il était tellement beau, même dans un lit d'hôpital, avec un bandage sur le front. Je me noyai dans ses yeux émeraude et mon coeur chavira derechef. Je me mis à rougir, et il eut un petit rire nerveux. Puis, son visage s'assombrit de nouveau, et il fit une moue si triste que cela me fendit le coeur. Il ressemblait tellement à sa mère en cet instant.

- Bien sûr que si. Il faut que je t'explique. Je t'ai fait du mal Bella, et je m'en veux énormément...
- C'est du passé. Elisabeth m'a expliqué ce pourquoi tu étais comme ça... Je ne t'en veux pas...

Il me regarda, puis me fit ce sourire en coin que j'aimais tant.

- Cela ne m'étonne pas d'elle. Ma mère a le coeur sur la main. Et elle t'adore vraiment, me sourit-il.
- J'espère... En tout cas, c'est une femme formidable...

Il prit une grande inspiration, et me regarda intensément.

- Bella... Ma mère t'a expliqué la plupart, et je ne sais pas vraiment ce qu'elle t'a dit. Elle a dû te parler de mon père et de ma réaction face à cela. Mais je pense être le plus à même d'en parler. Je te dois des tas d'excuses. Pour toi. Je sais que je suis quelqu'un de mauvais, que je me suis comporté comme un salaud avec toi.

Ses yeux étaient empreints de douleur, et je posai ma main sur son visage. Il la prit délicatement, et l'embrassa.

- Laisse-moi terminer...

Je hochai la tête, et il poursuivit.

- J'ai laissé Tanya me tourner autour simplement parce que je ne voulais pas tomber amoureux de toi. Une partie de moi avait envie de passer du temps avec toi, d'apprendre à te connaître. J'avais envie de t'aimer, et de te protéger. Une autre partie de moi me disait que je ne devais pas... J'ai été une vraie girouette à cause de cela, et je te demande de me pardonner...

Une larme roula sur ma joue, et il la chassa de son pouce.

- Je suis d'autant plus désolé pour Irina. J'étais tellement bien avec toi que ça m'a effrayé. Alors je t'ai pris au pied de la lettre et quand Irina m'a dragué, j'ai laissé faire. Je pensais qu'en faisant cela, tu allais me traiter de salaud et passer à autre chose. Je pensais que tu me détesterais et que tu finirais par trouver quelqu'un. Je ne voulais pas que tu souffres.

Il semblait souffrir, et je n'avais qu'une envie, le rassurer et lui dire que tout était terminé. Mais il continua son long monologue.

- Après ça, je me suis vraiment détesté. Je me suis rendu compte que je n'étais pas mon père, et que tu étais loin de l'image de cette femme qui l'avait rendu comme il l'était. J'avais besoin de toi, besoin de t'aimer. Mais je voulais aussi que tu sois heureuse et je savais que tu ne voudrais plus me revoir. Alors j'ai attendu. Et j'ai souffert. Pendant des semaines entières, je n'ai fait que penser à toi.

Il me gratifia d'un sourire et caressa ma joue du revers de la main.

- Tu aurais su tout cela hier si je n'avais pas eu ce fâcheux accident. Je ne pouvais plus tenir Bella. J'avais besoin de toi plus que tout, et quitte à ce que tu me rejettes, j'étais prêt à attendre le temps qu'il fallait pour te conquérir et ne plus jamais te laisser partir. J'ai pris la direction de Seattle pour venir te voir et me répandre en excuses. Mais le destin en a voulu autrement...

Il me regarda tristement, et je lui déposai un baiser sur la joue.

- Edward, j'ai été une vraie garce avec toi, il faut l'admettre. Alors, disons que nous sommes quittes, tentai-je de le rassurer.
- Hors de question de nous considérer comme quittes. Mais je veux bien que l'on oublie et que l'on reparte de zéro, me pria-t-il soulagé.
- Avec plaisir, souris-je.

Je n'avais qu'une envie. Apprendre à l'aimer.