Disclaimer : Les personnages de l'univers de Mass Effect ne m'appartiennent pas. Ils sont la propriété intellectuelle de BioWare. En revanche, Dae Hyun Hwang, les races aliens inconnues et tous les éléments incorporés qui vous seront étrangers (planètes, systèmes, etc...) m'appartiennent et sont issus de mon imagination.

/!\ Cette histoire n'est pas canon ! Certaines choses changent afin de pouvoir correspondre à ce que j'ai imaginé. Certaines réactions, certaines interactions n'existent pas dans les jeux et ont été crées pour les besoins de l'histoire. Merci de votre compréhension.

J'en profite pour remercier mes bêtas lecteurs pour leur patience et le travail titanesque qu'ils fournissent !


Ses mains étaient moites. Son cœur battait à tout rompre dans sa poitrine. Son crâne lui envoyait de multitudes de décharges lancinantes et ses yeux se voilaient. Elle avait la gorge sèche et, par moment, des frissons d'horreur parcouraient son échine. Son OmniTech venait encore de recevoir un message audio. Elle ne les écoutait plus. Elle avait déjà fait cette erreur à deux reprises. Les hurlements de douleur du lieutenant continuaient de résonner dans son esprit, la ramenant à son impuissance et à son incapacité. Et elle était toujours là, dans un coin, à se moquer.

Faible.

Elle n'était pas faible. Elle avait dû faire un choix ! Et quand bien même ce choix la rendait malade, elle ne comptait pas faire demi-tour. Si elle n'avait pas été assise, Eireann serait sûrement tombée. Ses jambes tremblaient comme des feuilles.

Tu as toujours été faible, Shepy.
— Ferme-la ! vociféra Shepard.

Dans sa cabine, sa voix suraiguë avait résonné. Eireann tenait fermement son datapad entre ses doigts et se crispa. Elle était toujours là, à se moquer, à la rabaisser. Elle n'avait pas été faible. Et de savoir que le soldat était entre les mains de ces Mohyl'nik, à subir mille et un tourments ne l'aidait pas à se calmer. Des coups portés contre sa porte attirèrent son attention et elle détourna son regard vers la porte de la cabine qui s'ouvrit sur Garrus. Le Turien observait la jeune femme non sans dissimuler son air inquiet. Fëanor bondit sur ses pattes, hérissant son poil avant que Shepard ne posa sa main sur le crâne de l'animal, qui se détendit. Elle offrit un sourire contrit à Garrus, qui s'avança un peu plus vers elle. L'azto recula avant de partir se cacher sous le lit, observant toujours avec attention celui qu'il considérait encore comme un intrus. Le soldat posa sa main sur l'épaule du Commandant.

— Je t'ai entendu crier.

Eireann se raidit alors qu'un rire moqueur résonna à ses oreilles. Mais seule elle pouvait l'entendre. Elle soupira et préféra dire :

— Fëanor râlait un peu trop, je me suis emportée.
— Ça ne va pas, Eireann ?

La jeune femme se releva de sa chaise, les jambes encore chancelantes. Ses bras croisés sous sa poitrine, elle fit quelque pas dans la pièce et secoua la tête.

— Pas vraiment non… J'ai connu des jours meilleurs, avoua-t-elle.

Ce dernier s'approcha doucement de la jeune femme et l'attira contre lui. Il n'a pas son armure. Elle avait oublié ce que ça faisait que de se retrouver contre lui. C'était étrange et rassurant en même temps. Sans pour autant rendre son étreinte dans l'immédiat, elle laissa la voix grave du Turien l'envelopper.

— C'est le sort du Lieutenant-commandant qui t'inquiète ? demanda Garrus.
— En partie, murmura-t-elle. Il n'y a pas que ça, le sort de Tali m'inquiète aussi.
— Tali est entre de bonnes mains, Eireann. Elle est plus forte qu'on ne le croit, elle s'en tirera. Mais pour le reste… Que comptes-tu faire ?

Eireann enfouie son visage dans le creux de l'épaule du soldat. Elle resta immobile et silencieuse un long moment. Le Turien, lui, passait inlassablement sa main dans son dos, comme pour lui insuffler un peu de force et de courage.

— Rien. Que veux-tu que je fasses ? Y retourner, ce serait mettre l'équipage en danger. Je suis responsable de suffisamment de choses !

Garrus s'était reculé et l'avait attrapée par les épaule

— Ne dis pas ça ! s'emporta-t-il tout en plongeant son regard dans celui de sa compagne. Tu n'es responsable de rien ! Eireann, même si nous sommes coincés ici, ce n'est pas de ta faute !
— Ce ne serait pas arrivé si vous n'étiez pas venu me chercher, rétorqua-t-elle.
— Non, on ne savait pas qui était dans ce module. Ça aurait pu être n'importe qui, peut-être que nous aurions été dans la même situation. Les circonstances sont dramatiques, oui. Mais nous arrivons toujours à nous retourner. Nous l'avons toujours fait par le passé, ça ne changera pas maintenant !

Eireann fronça les sourcils et s'écarta légèrement du Turien. Peut-être avait-il raison... ou peut-être pas. Dans tous les cas, la situation du lieutenant était bien de son fait ; si elle n'avait pas cherché à aller aider les Mudrost, il serait toujours en service à bord du Normandy. Garrus soupira.

— Eireann… Tu ne peux pas rester comme ça.
— C'est marrant quand même que tu t'inquiètes pour lui. J'ai toujours cru que tu ne pouvais pas le sacquer, rétorqua-t-elle, presque agressive.

Piqué au vif par la remarque de sa compagne, le Turien se raidit. Il était vrai qu'il ressentait une vive rancœur à l'égard de l'Humain. Mais il avait préféré faire table rase du passé : quoi qu'il se soit passé jadis, il devait avancer et cesser de ruminer son ressentiment. Il s'approcha de nouveau de Shepard.

— C'est un de tes hommes ! Un membre de cet équipage. Et il était ton ami. Il s'est sacrifié pour que tu puisses survivre, Eireann. Que comptes-tu faire ?

Shepard inspira profondément, bloqua sa respiration.

Eh bien Shepy ? Je dirais même qu'il a été plus qu'un ami. Tu ne peux pas laisser le beau Lieutenant comme ça. Ou alors tu continueras toujours à me prouver que tu es faible, provoqua insidieusement son hallucination.

Après cette intervention, Shepard soupira. Ça devenait de plus en plus difficile de la supporter.

— Nous verrons avec les Onisowo. Même si cela m'étonnerait qu'ils ne lancent une attaque pour aller sauver un parfait inconnu.*
Pitoyable ! T'étais plus couillue par le passé, gamine, répliqua cette insupportable voix.

Garrus hocha doucement de la tête et tendit les bras vers la jeune femme. Sans réfléchir, elle se blottit au creux de ceux-ci. C'était un réflexe mais était-il seulement naturel ? Elle avait encore du mal à faire le tri dans ses émotions.

Il me semble que tu préférais les bras du lieutenant, Shepy.

Non, décidément, elle avait énormément de mal à savoir où elle en était. Le Turien ne disait rien, il profitait de l'instant, peut-être un peu égoïstement. Après avoir posé sa main sur les cheveux de sa compagne et presque à contre cœur, il murmura :

— Je pense… que tu devrais prendre le temps de réfléchir et de faire ce qui te semble le plus juste concernant cette situation. Sache… que quel que soit ta décision, je la soutiendrai.

Eireann ne répliqua rien d'autre que :

— Pas ce soir, Garrus. Pas ce soir…

L'odeur de sang était intenable. La douleur qui tiraillait son globe oculaire droit l'était d'autant plus et sa paupière restait collée par le sang. Il n'avait pas conscience du temps qui passait. Il n'arrivait pas à savoir si des jours s'étaient écoulés ou si ce n'était que quelques heures. Il ne comprenait pas non plus pourquoi ces créatures s'acharnaient sur lui, lui répétant sans cesse qu'il payait le poids de la décision du Commandant Shepard. A dire vrai, tout cela lui importait peu. Sa vision était trouble mais ça ne l'empêchait pas d'avoir son attention fixée sur Yarna. Ou du moins ce qu'il en restait. A la vue de son corps mutilé, le soldat eut un haut le cœur. Ils l'avaient utilisée contre lui pour faire plier sa volonté.

Ses geôliers ne lui avaient laissé qu'un bras libre, laissant à proximité ce qui ressemblait à une scie. Et pendant que la machine sur laquelle la jeune Alagbato s'était retrouvée faisait son terrible office, il avait tenté de se libérer. Il avait tenté… Mais sa volonté avait faibli. Il n'avait pas eu le courage d'aller plus loin. Son poignet mutilé lui rappelait sa faiblesse. Il n'avait pas réussi à se libérer pour la sauver. Et à son esprit, les hurlements de l'agonie de l'Alagbato résonnaient encore. Dae Hyun ferma l'œil. L'odeur du sang était insoutenable. Et la mort rôdait en ces lieux, laissant planer son ombre menaçante sur lui. La porte grinça et un faible rayon de lumière l'éblouit malgré tout. Pourquoi ne pas m'achever ? Il connaissait pourtant la réponse à cette question. Ses bourreaux le lui rappelaient constamment. L'un d'eux s'approcha, un étrange outil en main ressemblant à une pince. Il prit une profonde inspiration. Ne pas faiblir. Ne pas les laisser gagner. Il leva son œil valide vers le tortionnaire pendant que son acolyte lui maintenait fermement la tête, forçant la paupière de son œil droit à s'ouvrir.

— Vous payez le prix du refus de votre Commandant.

Et la pince se rapprocha dangereusement de son œil.

Elle n'avait pas réussi à dormir. Garrus, lui, avait sombré dans un sommeil lourd et profond. Elle lui avait demandé de rester, pensant peut-être à tort que sa présence la rassurerait. Mais il n'en était rien. Eireann se releva discrètement et ramassa ses vêtements éparpillés au sol. Était-ce une erreur que de croire que les choses pouvaient redevenir comme avant, comme si de rien était ?

Imbécile, maugréa l'Autre.

A l'évidence, il fallait croire que non. Après s'être rhabillée, la jeune femme quitta sa cabine. Le Normandy était calme si on omettait la présence d'une équipe de nuit, très réduite. Elle salua brièvement les rares personnes qu'elle croisait et se rendit, sans trop savoir pourquoi, dans la soute. Là, elle ne vit ni Cortez ni Vega. Les deux soldats devaient à coup sûr dormir également. Certains ont plus de chance que d'autres. Immobile devant son casier, la jeune femme observa longuement son armure N7 sans prêter attention à la personne qui arrivait derrière elle.

Samara n'avait pas pour habitude de quitter sa méditation en pleine nuit. Le besoin primaire de boire de l'eau, en revanche, avait été plus fort que n'importe quelle méditation. Elle avait surpris l'ombre errante du Commandant et avait hésité à aller la voir. Elle avait malgré tout décidé de la suivre. La voir dans la soute la surprenait et l'inquiétait en même temps. Mais d'une douceur infinie, la Probatrice s'annonça à la jeune femme.

— Shepard ?

Eireann ne sursauta pas mais se retourna légèrement. Aucun sourire n'illuminait son visage et l'inquiétude transcendait ses traits. Il n'était pas difficile de deviner pourquoi. Samara, comme d'autres, se rappelait du message que le Commandant avait reçu sur son OmniTech. L'Asari s'approcha et posa sa main sur l'épaule du Commandant.

— Je vais bien, Samara.
— Vous avez toujours été une piètre menteuse, Shepard. Il est évident que vous n'allez pas bien.
Elle, au moins, elle a l'air moins débile que la plupart des troufions de ton équipage, constata l'Autre.

Eireann chassa cette voix d'un mouvement de la main, même si la version altérée d'elle-même observait Samara d'un air moqueur. Le Commandant secoua la tête et referma la porte de son casier.

— Je n'arrive pas à trouver le sommeil.
— C'est le Lieutenant-commandant Hwang, n'est-ce pas ?

Il s'agissait plus d'une constatation que d'une réelle question. Eireann haussa les épaules. C'était évident mais elle préféra ne rien dire de plus. Samara resta silencieuse un instant pour finalement reprendre la parole.

— Vous savez que le temps joue contre lui. Et je sais pertinemment qu'au fond de vous-même, vous vous refusez à l'idée de le laisser sur place plus longtemps.
— Je ne peux pas y aller, Samara, rétorqua sèchement Eireann. Je ne veux pas risquer l'intégri...
— Qui a dit que nous devions vous suivre ?

Eireann arqua un sourcil, ne comprenant pas ce que sous-entendait la Probatrice. Samara eut un très léger sourire et recula d'un pas.

— Vous savez… Vous avez déjà fait ce genre de chose. Mais vous ne vous en rappelez peut-être pas.

Apparemment non… Shepard fouilla sa mémoire sans avoir la moindre idée de ce à quoi faisait référence l'Asari. Cette dernière hocha la tête.

— Il y a toujours une solution, Shepard. Mais je crains que d'attendre notre arrivée sur la flotte Onisowo et espérer leur aide… serait une mauvaise idée.
— Que voulez-vous que je fasse, que j'y aille seule ?
Non mais ça va pas Shepy ? Tu vas pas risquer ta peau toute seule dans ce merdier ! tempêta l'Autre. Tu vas pas faire les conneries que la Bleue te suggère non plus !

Le Commandant ferma les yeux et Samara répondit simplement.

— Sachez que vous en avez la possibilité. Que vous l'avez déjà fait. Et que vous avez plus de force que vous ne pouvez l'imaginer. Quoi que vous décidiez, je vous soutiendrai.

Combien de jour s'étaient écoulés ? S'il comptait le nombre de fois où ses geôliers changeaient la perfusion de ce liquide qu'ils lui injectaient régulièrement, trois jours étaient passés, chacun étant le théâtre d'une nouvelle horreur qu'on lui faisait subir. Aujourd'hui, il se demandait ce qu'il allait devoir endurer. Non, il devait penser à autre chose. Il devait se concentrer sur d'autres pensées plutôt que de se morfondre. Il se devait de résister.

Il ne sentait plus les doigts de sa main gauche, qui formaient des angles douteux. La cicatrice sur son estomac le lançait atrocement sans parler de celle sur son torse. La moindre respiration était douloureuse. Mais ce n'était pas le pire ! Le corps de Yarna restait exposé honteusement devant lui, lui rappelant sans cesse son échec dès lors qu'il avait le malheur de poser le regard sur sa silhouette décharnée. Ses geôliers n'avaient pas rattaché sa main gauche et avaient laissé exposé la scie sur la petite table à côté de lui. Comme une tentation à continuer l'office qu'il avait entrepris auparavant. Une tentation qu'il ne prendrait pas. Il n'en avait pas la force.

Il avait faim. Il avait soif. Il refusait volontairement de s'alimenter. Plutôt crever. De fait, il sentait ses forces l'abandonner petit à petit. Il devait cependant tenir. Au fond de lui, il continuait à espérer des secours. Des secours qui ne viendraient pas. Tels avaient été les ordres de Shepard : pas de retour en arrière, on laisse sur place. Il avait fait le choix de la sauver. Il avait fait le choix de se sacrifier pour elle. Renversant la tête en arrière, il préféra concentrer son esprit sur autre chose que la douleur. Alors doucement, il se la remémorait. Il se rappelait la finesse des ses traits, de l'éclat de son regard émeraude, de son nez droit. Au lieu des cris de Yarna, c'était la voix chaude de Shepard qui s'immisçait dans son esprit.

Il se rappelait leurs conversations, les discrets sourires du Commandant. Il voulait se rappeler d'elle plutôt que des horreurs qu'il vivait. Il avait l'impression de sentir son odeur, cette douce fragrance vanillée venir chatouiller ses narines. Sûrement un tour de son esprit mais qu'importe. Il préférait ça au sang. Et pour tenir, il se raccrochait aux souvenirs qu'il avait d'elle. Et il l'imaginait désormais épanouie au bras de son Turien.

C'était ce qu'il voulait : qu'elle soit heureuse. Il espérait que, peu importe où elle se trouve, elle le soit. La porte grinça à nouveau et il soupira. Le bourreau s'avança, un tuyau dans une main et une sorte d'entonnoir dans l'autre. Machinalement, à voix basse et en même temps que son bourreau, il murmura :

— Tu paies le prix du refus de ton Commandant.

Vous l'avez déjà fait. Elle était à nouveau seule dans la soute. Il n'y avait plus un bruit, hormis le bruit de sa respiration, lente. Mais elle ne s'en rappelait pas. Penchée devant elle se trouvait sa version altérée. Comment l'appeler ? Il fallait qu'elle lui trouve un nom puisqu'elle était désormais condamnée à la subir. Pourquoi pas… La Mutilée ? Ça sonnait bien, cela lui rappelait à quel point son âme avait été brisée. Apparemment ravie du choix de son nom, la Mutilée vint à sourire sarcastiquement. Mais Shepard ne la regardait plus. Vous l'avez déjà fait.

Vous l'avez déjà fait. Amanda Kenson… Ce nom lui disait quelque chose. Lentement, Eireann releva la tête. Hackett lui avait demandé d'y aller seule. Et elle l'avait fait. Mais ça avait été un échec. Ou peut-être pas tant que ça… Si Amanda avait été endoctrinée, Shepard avait réussi à se tirer de là. Certes, sans le Normandy, elle y aurait laissé la vie. Mais elle l'avait déjà fait. Un sourire mesquin naquit sur les lèvres de la Mutilé alors que leurs regards se croisaient. Vous l'avez déjà fait.

Donc, si j'ose suivre ton raisonnement, tu vas y aller.
— Je suis peut-être plus courageuse que tu ne le crois, rétorqua Eireann.
Mouais, à d'autre. Surtout seule. Et si c'est un échec ?
— Ça ne sera pas un échec. Je le ramènerai… Ou je mourrai en essayant.
T'es vraiment qu'une imbécile ! ronchonna la Mutilée.

Eireann arbora un rictus moqueur, une lueur de défi dans ses grands yeux émeraudes. Que pouvait bien faire une manifestation de son esprit malade ? La Mutilée aurait beau râler, rouspéter, tempêter, Eireann n'irait pas à l'encontre de son idée. Encore fallait-il avoir un plan et ne pas se jeter tête baissée dans la gueule du pouvait compter sur le soutien de Samara. Peut-être la couvrirait-elle, détournant l'attention des autres. Mais il y avait une personne gênante dans cette situation : IDA. Avant de se rendre dans le cockpit du Normandy, Eireann fit un détour par la baie d'observation où elle savait que Samara serait en pleine méditation. Cependant, elle savait également que la Probatrice serait toute ouïe d'autant qu'elle le lui avait assuré : elle la soutiendrait.

Joker était parti se reposer. IDA avait commencé à s'inquiéter pour son compagnon quand le teint du pilote avait commencé à pâlir. Il tenait bien trop à rester aux commandes du vaisseau et négligeait le repos. La Synthétique savait parfaitement pourquoi il refusait d'aller dormir : ses pensées étaient obscurcies par l'inquiétude. Malgré tout ce qu'ils avaient vécus, tous autant qu'ils étaient, la Guerre des Moissons avaient laissées des traces indélébiles dans leurs âmes. Le traumatisme liée à ce conflit intense n'avait pas disparu, malgré les longues années qui s'étaient écoulées depuis. Jeff avait ronchonné avant de se laisser finalement convaincre par sa copilote. Désormais, elle surveillait les paramètres du vaisseau et menait le bâtiment jusqu'aux dernières coordonnées qu'ils avaient des Onisowos. Ils avaient sûrement dû se déplacer depuis mais leurs appels étaient restés sans réponses.

IDA avait entendu la jeune femme arriver. Cependant, elle avait préféré ne pas se tourner vers elle, préférant attendre que l'officier supérieur ne se manifeste. Il n'était pas difficile de voir à quel point la situation pouvait rendre le Commandant hautement irritable.

Une dizaine de minutes passa où Eireann, la respiration calme et mesurée, était restée figée derrière l'IA. Non pas qu'elle craigne de l'interrompre mais surtout parce qu'elle avait laissé son regard se perdre dans l'immensité de l'espace. Malgré leur vitesse, elle parvenait encore à percevoir la beauté de ce vide galactique qui l'avait toujours fascinée. Finalement, elle se décida à se manifester et posa sa main sur l'épaule d'IDA. Cette dernière leva la tête et adressa un sourire chaleureux au Commandant. Sourire qui se figea et finit par s'évanouir à la vue du regard calme presque froid que lui lançait Shepard. Ce n'était pas volontaire de la part de la jeune femme. Elle préférait se murer derrière un masque impassible plutôt que de laisser apparaître les failles béantes de son âme. Faille qui se manifesta à nouveau lorsqu'elle se pencha vers la Synthétique pour l'observer sans que cette dernière ne puisse la voir. C'est IDA la première qui brisa le silence.

— Shepard ? Il y a un problème ?

Eireann ne répondit pas immédiatement, ses yeux inexorablement posés sur la Synthétique. Elle n'eut qu'un simplement hochement de tête et le siège de la copilote se tourna vers le Commandant. Shepard fronça les sourcils. Etait-ce une bonne idée que de confier à l'IA ce qu'elle avait en tête ? Elle n'avait cependant pas d'autre choix que de mettre IDA dans la confidence et de s'assurer de sa loyauté sur cette mission. Elle avait besoin d'elle et surtout, le Commandant avait besoin qu'IDA fasse quelque chose qui ne plairait certainement pas à l'Amiral.

— Il n'y a pas de problème, IDA. Mais j'ai besoin que tu m'écoutes attentivement et que tu m'aides.

Convaincre IDA ne serait pas chose facile mais elle devait à tout prix y parvenir.

— J'aurai besoin que tu couvres mes arrières, IDA. Que l'Amiral se rende compte le plus tardivement possible de mon absence.
— Que comptez-vous faire, Shepard ?

Eireann prit une profonde inspiration.

— Secourir le Lieutenant-commandant Hwang, répondit-elle, placide.
— Vous n'y songez pas ! C'est bien trop risqué, répliqua IDA.
— Je n'y vais pas seule et pas sans moyen. Mais je ne veux pas monter une expédition qui pourrait s'avérer foireuse et risquer, à nouveau, la vie des soldats de ce vaisseau.
— Nous nous rendons chez les Onisowos exactement pour cette raison, Commandant : pour trouver un moyen de sauver le Lieutenant, informa la Synthétique.

Shepard secoua la tête et activa son OmniTech. Le holo qui se déroula sous les yeux d'IDA la firent grimacer. Eireann, elle, semblait être indifférente même si son cœur se contractait doulouresement dans sa poitrine. Elle l'avait déjà vue. Cette atrocité où cette pauvre Alagbato tentait de survivre, où Dae Hyun tentait de parvenir jusqu'à elle quitte à sacrifier sa main… sans jamais y parvenir . Le Commandant avait eu la délicatesse de faire grâce à IDA de l'audio qui accompagnait l'image. Implacable, elle reprit la parole.

— Si nous attendons, il sera trop tard ! Il n'y survivra pas. Et je refuse de le laisser là-bas plus longtemps !
— Shepard, je ne crois pas que l'Amiral...
— Je te demande simplement de retarder le plus possible le moment où mon absence et celle de Samara seront remarquées ! Il faut juste couvrir nos arrières le temps de parvenir jusqu'à Mekoça. Ensuite, que le Normandy vienne m'importe peu. Mais je serai déjà sur place et non pas entravée par les décisions de ma… de l'Amiral, se reprit in extremis Eireann.

IDA ferma les yeux et détourna la tête. Shepard croisa ses mains dans son dos, ses poings se serrèrent doucement. S'il fallait qu'elle sévisse, elle le ferait.

— Très bien, obtempéra IDA. Je trouverai bien un moyen de cacher votre absence. J'espère que vous savez ce que vous faites.

J'espère aussi… Eireann eut un léger sourire et alors qu'elle tournait les talons pour quitter la cabine de pilotage, la voix de la Synthétique s'éleva une dernière fois.

— Faites attention à vous Shepard.

Ce fut sans répondre que le Commandant quitta le cockpit, sous le regard inquiet de son amie.

Était-ce un rayon de lumière qui perçait à travers les fissures de la pièce où il se trouvait ? Difficilement, Dae Hyun rouvrit l'œil gauche tandis que sa paupière droite restait engluée par le sang qui avait séché. Ses forces le quittaient à mesure qu'il perdait son sang. Et sa vision se voilait Le plus insoutenable désormais, c'était de voir la beauté de Yarna se faner. Elle n'était désormais plus qu'un corps décharné en putréfaction. Et l'odeur, écœurante au-delà du possible, donnait parfois de sérieuses nausées au Lieutenant. Mais cette image restait imprimé sur sa rétine.

La douleur était telle que son corps produisait de l'endorphine. Son cœur ralentissait, le menant doucement vers une sorte de semi-coma qui serait salvateur. Ce n'était qu'un mécanisme naturel pour que le corps survive. Mais son esprit commençait à être brisé. Ses tortionnaires n'étaient pas stupides. Ils lui infligeaient de nombreux chocs électriques pour le réveiller et le maintenir conscient. Ils se délectaient de le voir se tendre à chacun d'entre eux. Mais il ne tiendrait pas longtemps. Désormais, les chocs électriques ne seraient plus suffisants pour le réveiller.

Il sombrait. Il n'y aurait pas de secours.

Mais il semblerait bien que la Faucheuse ne se décide pas à le cueillir maintenant. Son esprit, brumeux, émergea lentement alors qu'il sentait de vagues forces lui revenir. Mais avec elles, elle entraînèrent à sa suite une souffrance intenable. Il tenta de parler, de dire quelque chose pour supplier ses tortionnaires de le laisser en paix. En vain… Il avait l'impression que sa langue s'était atrophiée. Son corps s'agita de légers soubresauts alors qu'il sentait diverses morsures dans sa chair. Il préféra fermer l'œil et ignorer ce qu'on pouvait lui faire. Il réprima une toux et un goût métallique envahit sa bouche. Du sang ?

Dae Hyun ne savait pas ce que ses geôliers lui avaient injectés pour le réveiller mais sentit comme une poussée d'adrénaline aux effets secondaires peu agréables. Mais ça, ce n'était pas ces créatures tentaculaires qui s'en inquiéteraient. Leur but, c'était qu'il reste en vie suffisamment longtemps. Croyaient-ils encore que Shepard allait revenir pour lui prêter main forte ?

Il n'y aurait pas de secours.