Il avait toujours été un jeune homme gauche et maladroit. C'était déjà assez miraculeux qu'il lui ait avoué son amour une première fois. Cela avait été sans oublier l'intervention du jeune Potter. Ron eut un soupir en pensant à ce dernier. C'était instinctif...Il ne pouvait s'empêcher de serrer les poings en imaginant sa petite soeur avec son meilleur ami. Il lui faudrait beaucoup de temps pour s'habituer à cela mais il finirait par y arriver. Auparavant, il tenait juste à la reconquérir. Il tenait juste à ce qu'ils retrouvent leur complicité d'antan. Ils n'avaient pas rompu mais c'était tout comme. Elle l'ignorait et son indifférence était la cause de son désarroi. S'avançant d'un pas décidé, il se rendit sous l'arbre où il savait la trouver. Luna l'y avait croisé quelques instants auparavant. A l'instant, elle conversait avec sa jeune soeur. Celle-ci fut la première à l'apercevoir. Elle lui sourit, contente de son initiative. Elle lui fit un signe de la main, attirant de ce fait, l'attention d'Hermione.

_Salut Ron!

_Hey Gin! Répondit-il, nerveux.

Elle sentit cette nervosité, sachant qu'il était temps qu'elle prenne congé. Elle jeta un regard torve vers sa meilleure amie, avant de se lever, époussetant ses vêtements.

_J'espérais voir Harry avant son cours.

Elle s'éclipsa soudain laissant le couple en proie à une vive gêne. Son frère prit la place qu'elle occupait quelques secondes auparavant, contemplant la jeune fille à ses côtés, bien décidée à laisser son regard fixe sur le lac. Il ne savait que dire, perdue dans ses propres mots, dans ses propres pensées et il semblait que la jeune fille refusait de lui faciliter la tâche. Il glissa un regard vers elle, appréciant son profil un instant, se demandant comment elle pouvait seulement le supporter.

_Je t'aime Hermione déclara-t-il à mi-voix comme s'il souhaitait que cette conversation ne soit que la leur.

Bouleversée par une telle approche, la jeune fille faillit, rencontrant soudain son regard. Ce n'était pas son genre de s'exprimer ainsi, d'être aussi directe, de ne pas laisser de place aux non-dits. Cela avait dû lui coûter. Cette simple constatation suffisait-elle à le laisser s'amender. Elle n'en était pas sûre et pourtant, elle ne fit rien pour s'y opposer parce que c'était lui, parce qu'ils étaient eux. Parce que leur histoire comptait à ses yeux. Elle avait besoin de cette histoire, elle avait besoin de lui. Elle baissa les yeux, face à la force de son regard, contemplant les mains qu'elle avait délicatement posées sur ses genoux ramenés contre sa poitrine.

_J'aurais dû être moins...stupide. Mais c'est ma sœur Hermione. C'est cette enfant que je refusais de voir grandir qui trottinait partout et bavassait à tout bout de champ. C'est ce petit paquet de dynamite que je craignais de voir exploser. C'est cette fillette que je refusais de voir pleurer. Comme tout frère, je me suis fait la promesse de toujours la protéger. Et...Harry, étant mon frère, devait également la protéger...Un frère n'est pas censé aimer une sœur, non ?

Il passa une main sur son visage avant qu'il ne se fige en entendant le rire de sa voisine résonner à son oreille. L'un des sons les plus mélodieux qu'il eut connu. Surpris de la tournure que prenait les événements, il lui jeta un regard ébahi. Elle avait couvert sa bouche d'une main qui ne saurait retenir son hilarité.

_Excuses moi, il est vrai que la situation ne s'y prêtait pas.

Il lui rendit un sourire, prudent, craignant qu'elle change soudainement de position et ne lui mette à lui hurler des insanités à la figure et quelques sorts dont elle avait le secret.

_C'est juste que Ron, Harry n'est pas ton frère, quand bien même tu le considères ainsi. C'est un jeune homme en qui tu as entièrement confiance, que tu connais depuis une éternité qui est tombé amoureux de ta sœur. C'est ton ami, Ron.

_Il me faudra du temps pour m'y habituer. Rien que de les imaginer, ensemble...J'en ai la nausée.

Il massa son ventre en grimaçant. Hermione rit de plus belle, toute animosité envolée. Il n'aurait jamais cru que tout se passerait aussi simplement, merveilleusement. Il s'attendait à des cris, peut-être des larmes, comme d'ordinaire. Pas à cela. Elle le surprenait et le faisait l'aimer davantage.

_Tu n'as pas à les imaginer ensemble, tu as juste à accepter le fait qu'ils s'aiment et souhaitent être ensemble s'enquit-elle en serrant affectueusement une main du jeune homme qui lui sourit en retour avant de lui caresser la joue.

_Trouveras-tu la force de me pardonner Mione ?

Pour toute réponse, elle lui tint le menton, fourrageant dans ses prunelles brunes, y lisant toute l'appréhension qui y régnait. Cette détresse fut la raison pour laquelle elle enveloppa ses lèvres des siennes, lui pardonnant ses impairs, l'avertissant de ne pas l'y reprendre et lui promettant de l'aimer indéfiniment.

oOo

Elle le vit discuter avec Drago, lui racontant quelques anecdotes par de grands gestes, qui le rendait terriblement attendrissant aux yeux de la jeune fille. Son ami riait, amusé. Les voyant ainsi, elle percevait la profonde loyauté qu'ils se vouaient mutuellement, une complicité évidente qui leur était propre. Se sentant observé, le jeune homme tourna son regard vers elle, lui adressant ce sourire qui lui était réservé. Elle le lui rendit en les rejoignant. Saluant le jeune Malefoy, elle se tourna vers son petit ami, effleurant sa mâchoire d'un baiser. Il passa un bras autour de sa taille, la serrant contre lui. De son autre main, il lia leurs doigts tendrement.

_Où étais-tu donc passé, Wistiti? S'enquit Drago, d'un air faussement inquiet.

_Jaloux, Malefoy ?

_Excessivement répondit Harry en plissant les yeux.

Elle eut un sourire carnassier à l'encontre de son petit ami avant de répondre.

_J'étais avec Hermione, près du lac avant que Ron ne nous interrompe. Ils sont supposément en train de discuter...Ou s'entretuer.

_Que de merveilleuses nouvelles ? La saison des amours ne fait que commencer à Poudlard, il semblerait reprit Drago.

Harry leva les yeux au ciel alors que sa petite amie pouffait de rire à ses côtés.

_Espérons qu'il saura se saisir de sa chance cette fois ajouta Harry sur un ton plus tenu.

_Je suis certaine que ton meilleur ami sera la hauteur répliqua la jeune fille en se détachant de lui, ancrant son regard dans le sien, prudente.

Il le soutint un moment, voyant de la détermination dans le regard de cette dernière, avant d'opiner.

A cet instant, Pansy Parkinson passa auprès d'eux sans leur accorder un quelconque regard, droite et fière comme tous ceux de sa maison, entêtée et bornée comme le jeune blond qu'elle effleura par mégarde. Aucun mot ne fut échangé, ce qui étonna le jeune Potter qui s'attendait à des représailles. Elle disparut à l'angle du couloir quand Harry se décida enfin à se prononcer.

_Lui as-tu parlé ou l'a-t-elle fait ?

_Non. Nous n'avions rien à nous dire, il me semble rétorqua son meilleur ami, sombre, souhaitant clôturer au plus vite cette conversation. Mais Harry ne l'entendait pas de cette oreille.

_Est-elle toujours avec Blaise ? L'interrogea-t-il.

_Selon Lavande Brown, non. Et Lavande sait toujours tout répondit Ginny, face au silence de Drago qui s'enlisait dans celui-ci.

_Pour résumer, Pansy est célibataire et tu ne trouves plus rien à lui dire ?

_Que voudrais-tu que je lui dise, Potter ? S'exclama Drago, sourcils froncés, poings serrés comme chaque fois que le sujet Parkinson était sur le tapis. Mais Harry connaissait son meilleur ami et tout cet artefact ne l'impressionnait plus.

_Tu es tombé amoureux d'elle n'est-ce pas ?

_Cela suffit. Ce ne sont que des sornettes. Mêles-toi de tes hippogriffes.

_Tes hippogriffes sont les miens, Vieux frère s'enquit Harry pour calmer le jeu.

Son meilleur ami soupira longuement, s'appuyant contre le mur derrière lui, y apposant également sa tête, dans l'espoir que ce simple coup n'éloigne toutes ces foutues pensées.

_Non, Potter. Drago Malefoy n'aime pas. Il n'a jamais aimé et n'aimera sûrement jamais. Encore moins Pansy Parkinson.

_Tu ne peux pas ne pas aimer Drago. Tu aimes bien Harry, Ron, Hermione...Tu m'aimes bien. Tu vénères ta mère. Tu aimes...C'est ce qui te rends humain déclara prudemment Ginny.

_Ce n'est pas la même chose.

_Certes. Ce n'est pas le même amour mais cela n'en est pas moins de l'amour. Je ne peux pas prétendre connaître tes sentiments. Je sais juste que tu es capable d'aimer alors pourquoi pas Pansy Parkinson ?

_Parce qu'il est impossible que je donne une telle satisfaction à mon père admit finalement et à contrecœur le jeune homme.

Ginny fronça les sourcils, pensive alors que son petit ami ne disait rien, lui laissant la marge de manœuvre qu'elle espérait. Elle sentit une infime caresse au niveau de sa hanche, une sorte d'encouragement tacite prodiguée par le meilleur des supporters.

_Et si tu retirais ton père de l'équation ? Si, pour une fois, on te donnait le choix et que tu étais tombé amoureux de Pansy, aurais-tu envisager d'être avec elle, uniquement elle ? De finir tes jours à ses côtés ? De lui être exclusivement fidèle ?

Elle n'eut aucune réponse. Elle n'en attendait pas moins. Elle espérait juste qu'il l'eût écouté. Il se contenta d'un sourire à son égard lorsqu'elle leur annonça devoir se rendre à la bibliothèque. Elle déposa un baiser sur les lèvres de son petit ami et eut pour réponse un « je t'aime » parfaitement murmuré. Un dernier sourire, un dernier salut et elle avait disparu, laissant un sentiment profond de manque s'étendre chez Harry.

_Sacrée Ginny déclara finalement Drago.

_Médites ses paroles, Vieux frère.

Il n'eut le temps de répliquer que Neville apparut devant eux, une pile de bouquins traitant de botanique sur le bras. Une passion chez ce jeune homme. Il avait glissé entre les pages des bouts de parchemin, sûrement quelques points à éclaircir.

_Hey Neville !

_Salut Harry ! Drago !

_Pourquoi tous ces bouquins ? Demanda Drago.

_Je souhaite être au point pour le stage de botanique. J'ai quelques questions à poser au professeur Chourave. Vous rentrez pour Pâques ?

_Oui. Tant que ma mère peut me voir, elle requiert ma présence répondit le jeune Potter.

_En tant que fils adoptif, je compte héberger chez les Potter.

Ses camarades rirent à cette réplique.

_Et toi Neville ?

_Luna m'invite à les passer chez elle.

_C'est vraiment génial.

_Oui. Mes parents ont été assez surpris en rencontrant Luna, trouvant que nous avions des caractères différents mais ils ont fini par l'apprécier.

_Luna Lovegood est appréciable le rassura Harry, amusé de la gêne que cette conversation occasionnée à son ami.

Il retrouva cependant ses esprits lorsqu'il vit Hermione regarder amoureusement Ron, lui offrant ses plus beaux sourires. Il vit le jeune homme lui caresser les cheveux, un geste qu'il avait l'habitude de faire à Ginny. Pourquoi aurait-il le droit à de telles faveurs alors qu'il s'opposait à ce qu'il jouisse des mêmes ? Le regard d'Hermione se posa sur son meilleur ami, lui souriant, un peu craintive.

Harry se contenta d'opiner en lui rendant le même sourire pour lui montrer que cela ne changerait rien. Parce qu'il la considérait comme sa sœur et que le bonheur de sa sœur primerait toujours sur ses a priori. Il l'aimait. C'était sa seule excuse. C'était sa seule faiblesse.

Elle l'aimait. C'était son plus bel argument.