Erf… Bonjour tout le monde…
Dans un premier temps, je vais… Vous dire que j'ai été très longue. Bon ça vous le savez déjà mais je tiens également à vous dire que pour compenser mon chapitre est très long lui aussi…
ENSUITE… Ce chapitre frôle la coécriture. En fait non, pour une grande partie (depuis l'apparition de Mynd) c'est de la coécriture. Tout ce qui vous semblera violent, cru, sadique, frôlant la psychopathie, il y a de fortes chances pour que ce soit de Clo (non non, je ne suis pas en train de tout te mettre sur le dos… (A))
Bref, comment est-ce que son perso est arrivé là ?... Je me suis encore fait avoir pour changer…
Donc. Ce personnage existe déjà dans un autre contexte. Je ne pouvais donc pas le modifier à ma guise (j'aurais aimé pourtant pouvoir lui rabattre son caquet, mais rien à faire malheureusement… -_-') Vous vous rendrez vite compte que c'est un personnage… qu'on hait et qu'on adore en même temps, tout dépend des passages. Perso, je crois que je l'ai plus haïs qu'adoré sur la fin…
Je précise aussi que les opinions de Mynd NE SONT PAS les miennes… Surtout sa vision des femmes… -_-'
Enfin… Je la laisse vous dire ce qu'elle a à vous dire…
CLO :
Okaaay, bon let's go !
Vous voulez savoir comment elle s'est faite plumer ? Hin ! Hin ! Une femme de classe n'évoque pas ces choses-là (A)
Alors, oui, ce chapitre sera sans doute plus cru que d'habitude. Je plaide coupable. De toute manière, oui, il y a de fortes chances pour que chaque passage un poil violent soit de moi.
Alors, Thérie Chérie, tu peux tout me mettre sur le dos, car j'assume d'être une sadique perverse et violente. Toc ! J'aurais foutrement dû naître chez les Démons, moi...
Car ce que dit Mynd, parfois c'est aussi mon point de vue. Et encore, avec ce chapitre, vous ne verrez pas toutes les facettes de la psychologie et la morale démoniaque. Niark. (NdA/ : Parce que j'ai censuré oui… -_-')
En effet, si Thériel n'avait pas été là pour me rappeler gentiment que c'était SA fanfic, ça aurait franchement dérapé dans le violent. Notamment dans les paroles que Mynd adresse à Bella, vers la fin, sur l'avertissement et la menace. Si vous le demandez, je pourrais à la limite vous mettre le passage original (Niark). Bref, j'aurais renommé sa fic "Extermination", ou "destruction"...
Bon, que dire d'autre...? J'aime Mynd. C'est mon bébé d'amour adoré rien qu'à moi ! Ventag, je le prête volontiers contre rétribution, mais My... Aah, non, je me le garde, il est beau mâle et c'est un pro du sexe. Alors pourquoi il se retrouve là ? Parce que ma lubie c'est d'infiltrer, de corrompre les histoires des autres, il n'y a qu'à voir Mathanaël, Ventag...
Et comme j'adore les salauds, je n'ai pas pu résister à la tentation de vous le faire rencontrer. Et puis aussi parce que j'aime trop l'amour et la morale à la démoniaque pour ne pas vous les faire partager.
Que dire d'autre ? Ah ! Oui, le mot de la fin : Enjoy. En espérant que ce chapitre vous plaira.
Mynd : ... ça fait pas un mot.
Clo : Sois beau et tais-toi, My chéri.
Mynd : Comment est-ce qu'elle m'a appelé...?
Clo : My chéri ? Si tu veux, je peux dire Myndounet, ou Sweetie...
Mynd : ... Gardes ? Tuez la.
fiiin ^^;
Voilà… Mais ce n'est pas tout ce que j'ai à dire Moi… ^^ Ce n'est pas un chapitre que je mettrais en rating M parce qu'il n'y a pas vraiment de scènes explicites… Ceci dit peut-être que ça pourrait en choquer quelques-unes alors je ne sais pas quoi faire d'autre que vous prévenir que Mynd est un sael type arrogant…^^' (mais bon, ça Clo l'a déjà fait…)
Autre chose : n'oubliez pas que Bella aime Edward… (A)
VampNinis : Merci beaucoup ! ^^ J'espère que ça te plaira une fois encore !
Clo : ça fait bizarre de te parler ici… et en haut. Bref… Rien de tout cela n'est vrai x) Sauf peut-être le fait que tu adores le Nutella… et que tu me surveilles ? (A) En tout cas j'aime beaucoup écrire avec toi, même si tu déformes mes idées originales en trucs… bien à toi ^^ On va voir quel succès ara ce chapitre -)
Eleanora : Merci ! ^^ Je suppose que ce chapitre va te surprendre et que tu retrouveras facilement la touche personnelle de notre chère Clo… N'hésite pas à me poser des questions en aparté si tu ne veux pas cafter ^^ Je te pardonne de ne pas avoir laissé de review au chapitre suivant mais… Pour celui-ci je veux un commentaire ! ^^Bonne lecture !
helimoen: Au plus vite ?... Hem… Avec le temps, il faut savoir que je ne vais JAMAIS vite… En tout cas, j'espère que tu apprécieras ce chapitre à sa juste valeur ^^
Mimicam : Merci pour tes encouragements ! Je l'ai eu ! ^^ Mention bien avec ça ^w^Et toi comment est-ce que ça s'est passé ? Bonne lecture !
Audrey : Pour les Cullen… J'espère que ces quelques rencontres te satisferont… En revanche, n'attends pas de moi que je poste plus vite parce que j'en suis tout bonnement incapable… J'écris selon mes envies, mes inspirations et elles sont difficilement contrôlables… J'espère que tu comprendras que je n'arrive pas à écrire aussi vite que le voudrais ^^
Angélique est effectivement un personnage de mon cru que tu retrouves vers les premiers chapitres…
Miss Lily Rose : Euh… Je ne sais pas trop quoi te dire… Ceci dit, je crois que Clo a mené ma défense avec aplomb et volubilité dans mes reviews… Tout ce que je peux te dire c'est que ma fanfiction n'est pas juste basée sur l'amour entre Bella et Edward et qu'il y a quand même autre chose à voir… Ceci dit si elle ne te plait pas, il y a des centaines d'autres fanfictions qui correspondront certainement à tes critères. Je ne t'oblige pas à lire la mienne…
Bellardtwilight : Merci beaucoup ! ^^
Vic et Alice: Quelle impatience ! ^^ Ma réponse est en partie oui, comme tu vas pouvoir le constater ^^ Bonne lecture, j'espère que tu aimeras !
Clo bis : Juste… Merci. Tu es une amie que j'apprécie vraiment…
Christelle31 : Contente qu'elle te plaise. J'aime agrandir un peu le contexte de l'histoire pour y placer d'autres choses bien à moi… ^^
Florence: Voilà enfin mon chapitre ! Tout n'est pas encore parfait mais on se rapproche du but… ^^
Kik : Oups… ça sent le reproche à plein nez tout ça XD J'espère que tu aimeras ce chapitre un peu… Spécial. Bonne lecture ! ^^
akexiane : J'ai peut-être un peu plus joué suspens sur ce chapitre… ^^ Bonne lecture !
Lil'Am : Quand je revois ta review… Je culpabilise… -_-' J'espère quand même que tu liras ce chapitre sans trop m'en vouloir pour l'attente… ^^ il est long quand même… ^^ Bonne lecture !
Twiiliight77: Pas de problème pour ma fic… ^^ Et ravie que ça te plaise !
Sabrina : On voit que tu ne me connais pas… Espérer qu'elle sera publiée en deux jours est de l'utopie XD Désolée, je suis lente, voir un vrai limaçon en ce qui concerne l'écriture… Et pourtant, j'ai quelqu'un pour m'y forcer ! ^^
jude : C'est pas franchement ce qui va se passer désolée… ^^ Bonne lecture quand même !
edgounette : Un message court mais clair XD Merci ! ^^
Baby Chou : Merci pour ta review ! ^^ Quoi que j'aimerais beaucoup en avoir une en français -) Je n'ai jamais rien compris au langage sms et j'ai toujours eu besoin d'un décodeur -) Ceci dit, elle était très gentille ^^ Avec un peu de magie, Matha est soigné oui :p Pour les Cullen, une partie ici… Pour le reste tu verras plus tard ! ^^ Bonne lecture !
Résumé :
Après avoir failli mourir par inadvertance, et découvert un de ses nombreux pouvoirs, soit la capacité de transmuter son corps en l'une des trois composantes : vampire, Enreïka ou humaine, Bella s'est débarrassé de ses ennemies Victoria et Angélique. Proche du but, elle ressent enfin la présence des Cullen.
Merci à Cathy, ma correctrice pour… sa correction ^^ et ses conseils, commentaires avisés ! ^^
Et aussi merci en tant qu'amie… ^^
Bonne lecture à toutes ! (Et ne me tuez surtout pas…)
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Chapitre 21 : Born to be angel… Or a demon.
Chapitre 21 :
Leur demeure était magnifique, semblable à eux-mêmes… Grande, claire, toute recouverte de neige et étincelante de stalactites.
Silencieuse, je m'approchai, coulant mon regard par la baie du rez-de-chaussée. Esmée était là. Seule, le regard dans le vide, assise bien droite sur le siège d'un magnifique piano blanc qui n'avait probablement jamais servi, son regard exprimait la tendresse, la douleur, la tristesse… La solitude d'une femme aimante quand les siens se dispersent.
Et je savais que j'en étais partiellement responsable. Si je n'étais jamais entrée dans sa vie, elle n'aurait pas eu à souffrir de voir sa famille divisée… Déchirée. J'avais envie de la prendre dans mes bras, de lui dire que j'étais là, que j'allais tout arranger avec son crétin de vampire de fils. Mais je ne le pouvais pas. Hormis le fait que je n'étais pas sûre de proférer un mensonge en prononçant ces paroles, quelque chose me retenait. J'avais encore besoin d'un peu de temps pour remettre mes idées en place.
Cependant, comme si elle avait senti ma présence, malgré mon parfait silence et l'absence de brise capable de propager mon odeur jusqu'à elle, elle tourna son regard brun doré vers moi. Ses lèvres esquissèrent un sourire à la fois triste et incrédule alors que ses yeux capturaient mon regard, me forçant à plonger dans le torrent d'émotions qu'elle désirait me faire partager…
Je n'avais pas tort… Elle souffrait. Elle m'en voulait même un peu, malgré le fait qu'elle soit consciente de l'injustice de ce sentiment… Mais elle m'aimait comme une mère aime sa fille. Et elle me faisait aveuglement confiance. Tout comme au lien qui me reliait à son fils.
Sans un bruit, je reculai, répondant implicitement à la question qui lui brûlait les lèvres. « Non. »
Elle parut déçue mais retourna à la contemplation du piano. Elle ne laisserait rien échapper. Ni par ses pensées, ni par la parole… Je lui faisais confiance. Elle ne mentionnerait pas mieux ma transformation, même si j'avais perçu une curiosité de sa part. Elle ne devait pas connaître grand-chose aux légendes vampiriques…
Je contournai silencieusement la maison pour trouver ce qui me permettrait l'accès aux étages supérieurs. J'avais avidement besoin de les voir. Tous. Ceux que j'aimais plus que tout. Ceux avec qui je n'avais pas de particulière affection mais avec qui j'espérais développer des liens plus étroits qu'au sein d'une véritable famille…
Un arbre, droit et élégant, tendait ses branches enneigées vers un balcon aux barrières de bois sombre. Avec agilité, je l'escaladai, sans faire plier aucune branche, sans faire craquer le moindre rameau, sans laisser la moindre marque sur son tronc, ni ses branches… De là, je sautai sur la balustrade, sans pouvoir éviter de faire tomber un minuscule paquet de neige… Je retins ma respiration à l'écoute du moindre bruit prouvant que l'on m'avait entendue… Mais rien d'inhabituel, tout était calme…
Dans la chambre qui me faisait face, une simple lampe de chevet était allumée – plus par habitude que par nécessité… Je pus ainsi observer deux silhouettes entrelacées à la respiration régulière. J'aurais pu croire qu'ils dormaient si je ne connaissais pas leur secret… Jasper et Alice. Tout dans leur attitude témoignait de la tension qui régnait dans cette maison. La main de Japser caressant tendrement les cheveux de sa bien-aimée, la tête de la jeune femme appuyée sur la poitrine de son amour… Et le fait que Jasper use de son pouvoir calmant sur elle… Je pouvais presque voir les ondes d'apaisement qui se dégageaient de lui… Et pourtant les épaules de ma meilleure amie restaient crispées.
Je vis sans surprise son corps se tendre brutalement alors qu'elle ouvrait des yeux vides vers moi. Je ne m'interrogeai point sur ce qu'elle voyait – il était évident que si elle n'avait encore rien perçu de moi jusqu'à présent, maintenant que j'étais si près, mon caractère d'Enreïka ne pouvait plus me protéger de ses visions… - et me reculai dans l'ombre. A elle j'aurais pu parler, rien que pour la voir sourire et récupérer son énergie habituelle… Mais elle n'était pas seule et je ne pouvais prendre le risque que la maisonnée entière soit au courant et de ma présence et de ma transformation… Et puis elle savait que j'arrivais…
Aussi continuai-je mon chemin jusqu'à la chambre la plus proche. Mais il n'y avait personne. D'après la décoration plutôt chaude et tendre, j'en déduisis assez facilement que je venais de découvrir la chambre de Carlisle et Esmée, agrémentée d'un immense lit de bois sculpté…
Je ne m'y attardai point, continuant toujours ma découverte du premier étage… Un deuxième salon, trois salles de bain et une bibliothèque plus tard – le bureau de Carlisle ? – j'avais fait le tour de ce dernier…
Je m'attaquai alors au deuxième étage, avec la chambre d'Emmett et Rosalie – vide – encore une salle de bain, une bibliothèque, une – deuxième ?- cuisine, et enfin, une pièce où résonnaient des rires et des voix que je reconnaissais bien… Emmett, avec sa voix bourrue mais néanmoins harmonieuse, et le son cristallin de celle de son aimée, j'ai nommé Rosalie…
Amusée, je vis les deux époux s'acharner avec passion sur une pauvre balle de ping-pong qui bizarrement tenait encore le coup… Cependant, les raquettes avaient été reléguées sur un divan non loin, réduites en morceaux par la force surhumaine des deux phénomènes…
J'esquissai un sourire amusé face au duel que se livraient les deux amants… Rien ne laissait prévoir qui gagnerait et je ne doutais point que cet échange dure jusqu'à une heure avancée de la matinée… Rosalie était trop fière pour perdre et Emmett… C'était Emmett. Accepter tous les défis et n'en perdre aucun devait être sa devise…
Mais les voir me rendait heureuse, malgré les différents qui m'opposaient à Rosalie. Au moins deux êtres qui n'avaient pas été complètement abattus par ma disparition…
Le cœur battant, je continuai mon ascension jusqu'au dernier étage, les combles, où je savais parfaitement ce que j'allais trouver…
Accrochée à la façade par d'imperceptibles prises, j'observai avec hésitation la fenêtre grande ouverte. Il n'était pas là, je le savais. Mais pouvais-je pour autant pénétrer dans son antre ?...
Un vent glacial souffla autour de moi, m'incitant à m'introduire dans la pièce… Pas que le froid soit si dérangeant mais… C'était assez désagréable. Et j'avais besoin d'un prétexte pour que cela ne me pèse pas trop sur la conscience.
D'un bond, je me projetai à la verticale, crochetai la lourde barre de fer qui entravait la fenêtre, puis me ramassant sur moi-même, atterris en rouler bouler sur le plancher craquant… Je ne m'inquiétai plus vraiment de faire du bruit… Esmée m'avait vue, Alice savait que j'étais là… Et Rosalie et Emmett étaient bien trop occupés pour faire attention à de simples craquements dans une maison aussi ancienne…
Mon regard silencieux parcourut l'immense pièce sombre.
Vide. Ce fut le seul mot qui me vint à l'esprit sur le moment Il n'y avait en tout et pour tout qu'un vieux plaid, un fauteuil à bascule et peut-être quelques vêtements dans un coin…
La grande pièce semblait si abandonnée que je m'étonnais qu'Esmée ne soit pas venue y remettre bon ordre… Cependant un bref regard à la porte verrouillée à double tour suffit à me convaincre qu'elle n'avait pas laissé faire de bon cœur… Pas qu'un simple cadenas puisse l'empêcher de passer mais elle ne forcerait jamais la porte de la chambre de son enfant… En tout cas pas sans raison valable.
Sans plus me soucier de mes talons claquant contre le bois du parquet ni des planches grinçantes, j'avançai jusqu'au tas de vêtements et m'accroupis devant, saisissant délicatement une fine chemise de flanelle blanche. La portant à mon visage, je respirai avidement l'odeur incomparable qui s'en dégageait. Son odeur. Je n'aurais pu vous dire combien elle m'avait manquée avant que sa délicieuse fragrance vienne chatouiller mes narines et emplir mes poumons de nouveau…
Un faible sanglot s'échappa de ma gorge alors que j'enfouissais mon visage dans mes mains tremblantes… Il était si près de moi… Et si loin de mon cœur. Je ne savais que penser de cette pièce… Elle reflétait la mort, la perte, la douleur… Et ce fauteuil si semblable au mien… Ce plaid que j'avais déjà vu, je en saurais dire où…
Sans lâcher sa chemise, je vins frôler le bois usé, respirer l'odeur qui émanait du tissu… La mienne cette fois. Celle que j'avais étant humaine, qu'il appréciait tant… C'était le plaid qu'il utilisait pour me protéger de la fraîcheur de son corps…
Je ne le savais pas aussi fétichiste. Cette chambre prenait la couleur de la tombe de notre amour… Mais j'étais à présent certaine d'une chose. Il me manquait autant que je lui manquais.
Cette certitude me soulagea d'un grand poids mais ma colère contre lui enfla d'un bloc. Nous faire souffrir, lui et moi, pour quelque raison que ce soit était impardonnable. Stupide. Totalement inconsidéré.
Et je lui ferais payer les journées de souffrance qu'il nous avait fait endurer avec son inconscience légendaire et son orgueil démesuré.
Et de nous deux, ce ne serait pas moi qui ramperait la première à ses pieds…
Cette décision prise, je ne pris pas la peine d'attendre qu'Alice se décide à venir et m'enfuis par la fenêtre, gardant sans remords mon larcin serré contre moi… Une chemise. Ce n'était qu'une chemise…
J'avais laissé quelques traces de pas mais ils passeraient inaperçus parmi ceux de la famille Cullen… D'autant que Rosalie devait faire presque la même pointure que moi… Edward ne saurait rien.
Une fois réfugiée dans la forêt, je repérai de nouveau cette odeur de sang qui m'avait attirée la première fois… Et j'avais soif. Aussi déposai-je mes affaires – je veux dire par là cette chemise, et mes vêtements les plus lourds, imbibés d'eau- au creux d'un tronc mort, à l'abri des animaux errants.
Aussi légère que le vent, j'appréciais le souffle du vent sur la peau dénudée de mes bras. La froideur de l'air me donnait des ailes, m'obligeant à me réchauffer par la course. Mes cheveux virevoltaient derrière moi, s'accrochant de temps à autre à une brindille, puis s'en retirant immédiatement, arrachée par la vitesse du trajet… Cela ne me dérangeait pas plus que ça. J'avais à une époque détesté le froid et l'humidité… Mais quand des vampires apparaissent dans votre vie, il faut savoir renier certaines de vos premières impressions… Le froid avait quelque chose d'envoûtant pour qui savait l'apprécier… Certes son étreinte était mordante et parfois même douloureuse mais elle avait sa façon à elle de vous faire sentir vivante… J'aimais le froid. Sauf quand j'étais à deux doigts d'en mourir mais ça c'était une autre histoire…
Lancée à pleine vitesse, je traversais la forêt en esquivant chacun des arbres qui me faisaient face, ignorant les petites bêtes pour me concentrer sur une unique odeur qui me paraissait bien plus attirante que les autres… Elle était musquée et relevée par je ne sais quoi qui me faisait saliver d'avance… Cependant mon cerveau détectait une odeur bien plus inquiétante… Douce et acidulée, précieuse, délicate… Un vrai chef d'œuvre de nuances imperceptibles… C'était une odeur humaine à n'en pas douter. Et même celle d'une femme. D'une très jeune femme pour être précise. Voire d'une enfant.
En pleine nuit. Dans une forêt. Sous la neige…
Mon cœur s'emballa. En me rapprochant, les odeurs de sang mêlées devenaient plus distinctes… Des gémissements me parvenaient déjà ainsi que les grognements rauques d'un animal puissant. Un ours ? Et même un gros, à juger de la force des vibrations que je ressentais au travers du sol trempé…
Je débouchai brutalement sur une scène qui me glaça littéralement le sang… L'enfant était à peine âgée de trois ans… Elle était allongée là dans la neige, surmontée par cette énorme bête noire assoiffée de sang… Ses cheveux pâles s'étalaient sur la neige rougie de son propre nectar. Elle respirait à peine.
Non loin de là, un ourson dormait, roulé en boule sous une énorme branche d'arbre, sans se préoccuper des actions de sa mère…
Je ne réfléchis pas une seconde de plus et me jetai de toutes mes forces sur l'énorme masse de muscle, nous faisant rouler loin de l'enfant. L'ourse rugit de fureur alors qu'elle se remettait debout avec difficulté. Je feulai sans la lâcher du regard. Je ne voulais vraiment pas la tuer. Je voulais juste qu'elle reconnaisse ma puissance de prédatrice et qu'elle parte avec son bébé…
Cependant, elle ne paraissait pas prête à abdiquer, tournant autour de moi, cherchant une faille pour m'attaquer. Légèrement accroupie, je rugis de toute la puissance dont j'étais capable. Toute étonnée, elle recula d'un pas et j'avais presque l'impression d'entendre ses pensées « Comment une si petite chose est-elle capable de faire autant de bruit »… Elle avait l'air d'avoir compris le message… Mais valait mieux s'en assurer… Les pompiers n'étaient pas très loin et je ne tenais pas à ce qu'elle vienne s'attaquer à eux… Pour son bien.
Je claquai une nouvelle fois des dents, m'approchant d'elle et posai une main dans la fourrure de son cou, là où elle était le plus vulnérable. Elle me laissa faire mais je sentais son poil s'hérisser, ses muscles se tendre… Je resserrai légèrement ma prise puis me détournai. Il n'y avait plus rien à craindre d'elle…
Légère comme une plume, je me rapprochai de l'enfant tremblant de froid et de douleur. Son front était brûlant, sa peau glacée… Comment une enfant si jeune avait-elle pu arriver ici, seule ?
Cependant, réfléchir à ça n'était pas le bon moment… Son bras était cassé, écrasé par la patte de l'ourse, et je repérais du sang au niveau de son épaule. Elle était vraiment mal en point… Plongeant dans mes souvenirs, notamment dans ceux d'Elizabeth, j'exécutais les gestes de premier secours… Un garrot pour limiter l'hémorragie plus une attelle pour maintenir le membre en place. Je ne pouvais guère faire mieux ici. Il lui fallait un médecin tout de suite, sinon elle ne passerait pas la nuit…
Je la soulevai délicatement et la pressai contre moi alors que je me mettais à courir… Je passai rapidement par l'endroit où j'avais laissé mes vêtements pour l'envelopper dans le seul tissu sec que je possédais. Pas le moment de faire des sentiments, elle en avait plus besoin que moi…
Puis je détalai de nouveau, paniquée à l'idée que son cœur s'arrête… Sa respiration était lente et sifflante et je la sentais trembler contre moi… Elle ouvrit les yeux une fois mais ne sembla pas comprendre ce qu'il se passait… Lorsque je débouchai sur une route, je ne ralentis pas. Peu importait que l'on voit une femme courir à deux cent kilomètre heure sur une route de campagne. Personne ne le croirait… Et puis la vie de l'enfant était bien plus importante que garder mon identité secrète…
J'aperçus bientôt les lumières d'un village. L'hôpital se situait au centre. Je ne freinai pas, me contentant de jouer avec les ombres et de rester aussi silencieuse que possible. A quelques pas du bâtiment je pris une allure plus normale pour une jeune femme courant et portant un enfant. J'étais en débardeur mais quelle importance ?...
Je passai en trombe les portes de l'hôpital, gardant précieusement l'enfant serrée contre moi. Immédiatement une infirmière se précipita vers moi, m'ensevelissant sous une tonne de questions. Je pris une brève respiration et lançai d'une voix sèche :
- Elle a besoin d'urgence d'un médecin. Son bras est cassé, son épaule déchirée. Je lui ai fait un garrot il y a cinq minutes à peine.
Elle hocha la tête un peu perdue puis se précipita vers le téléphone de l'accueil pour appeler une équipe. Je ne fis pas attention à ses propos, trop envoûtée par le regard transcendant du jeune enfant. Elle devait être si jolie avec ses grands yeux bleus, ses bouclettes blondes et sa peau pâle… Mais elle était mourante… Son teint était livide, ses pupilles dilatées et se cheveux salis par le sang et la neige… Pourtant elle ne pleurait pas, se contentant de se raccrocher à moi comme à une bouée de sauvetage. Je lui souris doucement et écartait de son front brûlant une mèche humide :
- Tu vas t'en sortir ma toute belle… Il y a plein de médecins ici qui vont prendre soin de toi et d'ici quelques heures tu seras dans les bras de tes parents.
Elle tendit sa main indemne vers moi et saisit doucement ma mèche argentée, avec une espèce de fascination mêlée de peur.
- Ma… Maman ? murmura-t-elle pleine d'espoir.
J'hésitai… Me demandait-elle confirmation de sa phrase ou pensait-elle que j'étais sa mère ?... Peu importait… Le tout était qu'elle soit rassurée… Mais les médecins arrivaient déjà, munis d'un brancard et de deux infirmières…
Délicatement je déposai l'enfant sur la couchette, mais celle-ci refusant de lâcher ma mèche se mit à pleurer, se rendant peut-être enfin compte de sa douleur…
- Mamannnnnnn ! hurla-t-elle alors que je tentai de la détacher de moi.
Paniquée, je jetai un regard suppliant au médecin face à moi. Ne pouvait-il m'aider ? Je n'y connaissais rien en bébé moi… Et ça n'avait été le cas d'aucune des Enreïkas me précédant… Celui-ci me regardait avec des yeux exorbités, légèrement hébété… Rien à espérer de ce côté-là… Mais il me paraissait d'une inconscience maladive… Plutôt que de faire son travail et s'occuper de sauver une vie il préférait mâter la marchandise ? Il avait avoir de mes nouvelles celui-là…
Doucement, je me mis à parler à la petite fille en larmes :
- Ne pleure plus, on va te soigner. Mais moi je ne peux rien faire…
Surtout que l'odeur était de plus en plus intenable…
À mes côtés, une des infirmières me venait en aide, desserrant délicatement les doigts du bébé autour de ma mèche. Mais rien à faire. Elle ne voulait pas lâcher. Et ses doigts étaient si engourdis que la forcer lui ferait mal…
- Passez –moi des ciseaux, demandai-je d'une voix que je ne reconnus pas tellement elle était froide et autoritaire.
Devinant mon intention, l'infirmière coupa mes cheveux au-dessus du poing de l'enfant toute étonnée. Je ne lui laissais pas le temps de m'attraper de nouveau et me reculai essayant d'occulter les cris qui remplissaient la pièce.
Cependant, je n'étais pas sortie d'affaire… Comment faire comprendre au médecin et à l'infirmière qui m'avaient forcé à m'asseoir que bien qu'en débardeur, trempée et pleine de sang j'allais parfaitement bien ?... Enfin non. Pas parfaitement bien. J'avais soif. Je n'avais pas pu avoir ma dose de sang quotidienne. Pourquoi est-ce que je tombai toujours sur des mères, hein ? Foutue malchance, tu me poursuivras toujours…
Est-ce que cela paraîtrait indécent que je leur demande une poche de sang ?... Du AB de préférence… Plus riche. Plus nourrissant… Non… Valait mieux ne pas rêver, j'étais bonne pour l'asile avec ça…
Je tentais tout. Les yeux de cocker, l'indifférence, la colère, rien n'y fit… Ils m'avaient recouverts d'une épaisse couverture et me voilà comme une idiote en train de courir à travers tout le hall devant les yeux ébahis de l'infirmière d'accueil, poursuivie par le médecin et son thermomètre. Mon Dieu qu'avais-je bien pu faire pour mériter cette humiliation ?... J'étais plus rapide plus agile qu'eux mais franchement on aurait dit une partie de cache cache entre élèves de primaire…
Je virevoltai, courrai, me glissai entre eux, escaladai le bureau de l'accueil. Bref, tout pour ne pas me faire attraper… J'aurais aussi pu m'enfuir par les portes battantes mais je tenais absolument à avoir des nouvelles de la petite…
Alors que je sautai du bureau de l'accueil, jetant un bref coup d'œil à mes poursuivants, je… heurtai une matière dure et m'écroulai de tout mon long sur le personnage…
Derrière moi, le médecin cria essoufflé :
- Docteur ! Tenez-la bien, je vous en prie ! On lui court après depuis un quart d'heures !
Sous moi, l'homme respirait à peine. Ou pas du tout même. Et j'avais bien trop peur de ce que j'allais découvrir pour ouvrir les yeux… Parce que franchement, dites-moi quel genre de personnage pouvait recevoir toute la puissance d'un vampire sans finir écrabouillé ?... Et oui, bingo ! Un vampire ! Et quel vampire pouvait bien être médecin dans l'hôpital d'une ville paumée tout au Nord du Canada ? Je vous le donne dans le mille… Carlisle Cullen, le seul et unique médecin vampire de cette planète… Enfin, à ma connaissance…
J'ouvris prudemment un œil puis le refermai de suite. Je ne voulais plus croiser ces yeux là… Un brin ironique… Et pas gênés pour un poil. Une voix douce et malicieuse s'éleva dans l'air froid du hall :
- Je vois que tu n'as pas changé… Ravi de te revoir, mais je pensais que les circonstances seraient plus… formelles… Ceci dit, je t'aime aussi Bella, n'en doute pas mais j'aimerais vraiment pouvoir me remettre debout. Cette position n'est pas très adéquate pour te poser toutes les questions que je meurs d'envie de te poser…
Je poussai un long gémissement de frustration tout en tapant mon front contre le torse de mon – je l'espère – futur beau-père. C'était raté. Côté discrétion, j'aurais eu du mal à faire pire…
Sous moi, Carlisle rigolait sans pouvoir s'arrêter… En voilà au moins un qui était content de me revoir… Je lui tapai légèrement la poitrine pour me venger puis me dégageai, envoyant un regard meurtrier à mes deux poursuivants. Qu'ils osent une seule remarque ou qu'ils s'approchent de moi et je les réduirais en pâté pour vampire…
Se passant une main dans ses cheveux, Carlisle se releva, plantant son regard amusé dans mes pupilles vertes qui le foudroyaient littéralement, avant d'éclater de rire à nouveau. Qu'y avait-il de si drôle ?... Je restai assise par terre à côté de lui, lançant un sourire charmant aux trois autres protagonistes médusés. Oui, il était bien mort de rire. Non, je ne savais pas pourquoi. Et NON, vous n'aurez pas ma température…
Attendant patiemment qu'il se calme, je l'observai du coin de l'œil, tentant d'ignorer le froid qui ne m'était plus si agréable d'un coup… Il n'avait guère changé… Des pupilles un peu plus sombres et des cernes un peu plus marquées peut-être… Mais un sourire jusqu'aux oreilles.
Je levai vers lui un regard interrogateur alors qu'il s'était enfin tu – oh miracle… – et me détaillait de haut en bas avec étonnement. A deux pas de là, l'infirmière et le médecin hésitaient à s'incruster dans notre dialogue silencieux et je ne fis absolument rien pour les sortir de leurs dilemmes. Une bien piteuse vengeance mais on fait avec les moyens du bord… Et je me plaisais bien à les laisser mariner dans leur jus. ..
- Tu veux bien me débarrasser de ces deux parasites Carlisle ?
Depuis quand je le tutoyais ?... Ah oui… Depuis qu'il s'était ouvertement moqué de moi en public et depuis qu'il m'impressionnait un peu moins. Depuis que je m'étais affalé sur lui. Et depuis que son fils m'avait quitté.
Il leva vers ses deux collègues un regard si étonné, que je gloussai sans raison apparente. Mais il avait tellement l'air d'un petit chat perdu – et mouillé – que je ne pus m'en empêcher. Après tout, pourquoi serait-il le seul à rire à mes dépends ?...
Il finit cependant par se reprendre et annonça d'une voix pleine d'autorité qu'il se chargeait de moi et de ma température… L'autre accepta de mauvaise volonté, apparemment déçu de ne pas pouvoir arriver à ses fins…
Réalisant que j'étais toujours assise sur mon auguste derrière, je me relevai, avec autant de grâce et de dignité que mes vêtements trempés, ma grosse couverture de laine, et le sol glissant me le permettaient… Je passai devant les trois humains en les ignorant royalement et trottinai derrière Carlisle, tentant tant bien que mal de ressembler à l'humaine transie que j'étais censée être… Cependant, il était un peu tard pour sauver les apparences…
Une fois enfermée dans le bureau de Carlisle avec ce dernier, je m'essuyais consciencieusement les cheveux, non sans remarquer que ma mèche coupée avait déjà pris quelques centimètres… À croire que celle-ci poussait encore plus vite que ses compères…
Quand je fus relativement sèche et présentable, je m'affalai dans un confortable fauteuil de cuir sous la grimace désespérée du propriétaire. Mais comme je ne me décidai pas à bouger pour m'asseoir dans le siège qu'il m'avait initialement proposé, il poussa un long soupir avant de contourner son bureau pour lui-même prendre place dans un fauteuil style PDG d'une grosse boîte d'Import-Export…
Il posa alors son regard made in Daddy Cullen sur moi – vous savez, le genre « raconte-moi tout mon enfant, je ne suis là que pour t'écouter… » - mais manque de chance, je le connaissais déjà, et à force de fréquenter les Kids Cullen, j'étais devenue –presque- insensible à leurs regards aux pouvoirs particulièrement persuasifs…
Aussi m'installai-je plus confortablement dans mon siège, fermai les yeux, frissonnai légèrement et attendis sans enthousiasme qu'il me pose toutes les questions qui lui brûlaient les lèvres. Hors de question que j'entame moi-même les hostilités… Je ne mentirai pas –trop – mais je n'avais pas la moindre intention de lui délivrer tous mes secrets. Qu'il galère, puisqu'il n'avait rien fait pour empêcher son fils de me briser le cœur…
Je l'entendis prendre une légère inspiration avant de se lancer :
- Bella. Isabella Marie Swan. Si j'en crois mes déductions, tu n'es plus tout à fait humaine.
Il attendit une brève seconde, et voyant que je n'étais pas décidée à le mettre sur la piste, il reprit :
- Depuis combien de temps es-tu… Comme ça ?
Je réfléchis un quart de seconde avant de lui répondre :
- Peu de temps… Une semaine ? Deux ? Je ne sais même pas quel jour nous sommes, ni depuis combien de temps vous êtes… partis.
C'était le mot politiquement correct. Lâchement enfuis serait plus juste en vérité…
Fronçant ses sourcils blonds, il demanda :
- Comment est-ce que ça s'est passé ? Qui ? C'était douloureux ?
- Pas très bien. Un ami à vous, Loménie. Oui.
Simple et précis. Ou vraiment très flou ?...
Carlisle soupira et se passa une main dans les cheveux, comme il le faisait parfois quand il sentait qu'il perdait le contrôle de la situation. Je ne voulais pas saboter son autorité, mais était-ce ma faute si l'on m'avait doté de plus de responsabilités qu'il ne pourrait jamais en avoir ?... Je n'étais plus vraiment l'ancienne Bella. Les choses changent. Les gens changent. Et les vampires autant, aussi immuables soient-ils.
Et pourtant… Pourtant une part de moi désirait plus que tout que tout redevienne exactement comme avant. Moi, petite humaine insignifiante dont les seules préoccupations étaient de savoir ce que j'allais bien pouvoir cuisiner pour nourrir mon père, et la façon par laquelle j'allais pouvoir éviter une journée de shopping pour… la passer dans les bras de celui qui m'aimait. Et lui, vampire respecté et respectable, incomparable parmi les siens, le seul et unique médecin de son espèce, chef de son clan et doté d'une autorité innée.
Moi petite, lui grand, une hiérarchie simple à déterminer.
Mais aujourd'hui, les choses en allaient autrement. Aujourd'hui, j'étais reine et il n'était qu'un… vassal parmi d'autres ? Mais aussi un ami, un autre père… Des choses tellement différentes que je ne savais plus vraiment où j'en étais. Au fond de moi, je voulais le traiter comme avant, avec le respect que l'on devait tant à ses nombreuses années de sagesse, qu'à son incroyable abstinence alimentaire. Et simplement au charisme qu'il dégageait à l'instar de certaines personnes destinées à en guider d'autres…
- Je peux avoir des détails ? Pourquoi Loménie t'a-t-il mordu ? N'est-il pas censé être devenu végétarien ? Et puis comment se fait-il que tu ais croisé sa route ? Je ne crois pas qu'il ait fréquenté Forks de près ou de loin !
Je me calai confortablement, et la patience et le calme incarné, répondis :
- Vous n'aurez pas de détails. Ou en tout cas pas maintenant. Peut-être plus tard, quand tout sera devenu limpide, pour moi comme pour vous. Que cette situation n'aura plus aucune raison d'être. Tout ce que je peux vous dire c'est que Loménie a fait preuve d'un grand self-control. Il a eu le grand mérite de ne pas me vider de mon sang. Rien de plus que les morsures que je lui ai demandées. Extorquées serait plus juste à vrai dire… Et pour votre information, la morphine n'a eu aucun effet. C'était même une torture supplémentaire. Je ne sais pas trop ce qu'il a utilisé d'autres mais en règle général ça ne me soulageait pas, ou alors quelques minutes seulement. C'est tout ce que vous avez besoin de savoir pour l'instant. En temps voulu, je satisferais votre curiosité. Mais cet instant n'est pas encore arrivé. Nous avons du chemin à parcourir, des réponses à acquérir, et il n'a pas encore passé assez d'eau sous les ponts.
Intrigué, il pencha la tête, tentant de distinguer la teneur de ma nouvelle aura. Je savais que j'étais beaucoup plus… imposante aujourd'hui que la dernière fois qu'il m'avait vu, il y a deçà quelques semaines déjà… J'étais devenue une autre femme. Plus belle, plus sauvage. Plus vampirique, plus dangereuse. Et aussi bizarre que cela puisse paraître, plus assurée dans ses choix, plus sûre d'elle-même. Cette épopée fantastique m'avait appris des choses que je n'aurais jamais cru acquérir dans ma petite ville natale. Elle m'avait appris que les apparences sont parfois trompeuses, que la vérité est complexe et parfois difficile à découvrir, que les amis se trouvent souvent là où l'on s'attend le moins à les trouver. Qu'ils ne ressemblent pas à nos idéaux. Qu'il est vain de chercher à changer les gens qu'on aime et que la seule façon de les conserver auprès de nous est de les accepter tels qu'ils sont et de faire des compromis.
Aurais-je pu devenir amie avec Mathanaël si je l'avais connu dans un autre contexte ? L'aurais-je soigné de sa maladie, aurais-je compris de quoi il souffrait exactement ? Aurais-je compris combien il est important de faire plaisir aux gens à qui nous tenons, l'importance de voir leurs yeux pétiller de plaisir et de passion ?
Voir Aaron aussi passionné, envoûté parce ce qu'il faisait, par les personnes qu'il fréquentait m'avait donné une autre approche de la vie, une autre façon de voir et de comprendre les choses. À travers des yeux humains différents des miens. Cela m'avait appris aussi qu'aimer ce que l'on faisait était important et que s'y plonger corps et âme ne pouvait qu'apporter satisfaction… Mais qu'il ne fallait pas pour autant oublier ses priorités.
Imitant mon interlocuteur, je penchai la tête afin de visualiser son aura. Sauf que moi c'était plus au sens propre qu'au figuré… Les couleurs fluides qui tournaient et s'emmêlaient autour de lui étaient nombreuses. J'aimais ce que je voyais. Cela me permettait de me rendre compte de sa pureté. Il n'était pas hypocrite. Il ne l'avait jamais été avec moi. Il était juste curieux.
Cependant Carlisle n'avait qu'une priorité. Protéger sa famille, la maintenir unie. Il les aimait. Vraiment. Profondément. Il souffrait de toute cette histoire et il ne cherchait qu'à comprendre ce qu'il pouvait faire pour tous les rendre heureux. Et j'étais un élément indispensable à cette recette.
Et puis il m'aimait aussi. Il me considérait comme une fille depuis le premier jour. Une fille dont il avait été très fier et dont il l'était encore aujourd'hui… Il en voulait à son fils de compliquer les choses. Mais il m'en voulait à moi pour ne pas avoir su l'empêcher de faire des bêtises.
Ses sentiments étaient compréhensibles. Humains en somme. En tant que père de famille, il assumait très bien ses responsabilités et prenait à cœur le bonheur de son petit monde. Il avait d'or et déjà décidé qu'il ne me laisserait pas quitter la pièce sans au moins une réponse à ses questions. Et j'avais grand hâte de savoir de laquelle il parlait afin de pouvoir aller voir l'état de ma petite protégée et repartir… ma foi me trouver un endroit pour passer la journée avant de pouvoir récupérer Bee.
Pourquoi tu me regardes comme ça ? me demanda-t-il en me sortant de ma contemplation.
Je sursautai et souris comme une gamine de douze ans prise en flagrant délit de matage d'un homme dix ans plus âgé qu'elle.
- J'observe votre… débat intime. J'aime beaucoup vos couleurs. C'est vraiment lumineux. Beaucoup de jaune et d'or… Immanquablement du rose et du rouge… Vous avez encore plus l'air d'un ange sous cet angle-là.
J'avançai la main et effleurai une liane d'amour qui se dirigeait vers moi. Carlisle sursauta, alors que celle-ci s'enroulait autour de mon poignet. Je l'entendais presque ronronner… J'éclatais de rire alors qu'elle me chatouillait le creux du coude.
Décidément Carlisle était un homme plein d'amour et de tendresse… J'eux un sourire conquis vers le vampire qui me regardait avec stupéfaction, tendu à bloc par mon contact direct avec ses émotions. Il balbutia :
Je ne sais pas trop ce que tu es en train de faire Bella, mais j'aimerais beaucoup que tu arrêtes, c'est vraiment… dérangeant comme sensation.
D'un léger sifflement, j'ordonnai à cette liane de me lâcher. Je ne savais pas que je pouvais les commander comme ça… C'était presque animal ces trucs-là… Presque doté d'une conscience propre…
Me renversant contre le dos de mon fauteuil, je reposai mon regard sur Carlisle, reprnant par habitude le vouvoiement :
- Posez-moi votre question et puis je partirai. J'ai encore des petites choses à faire, comme… euh… trouver un endroit où je pourrais me cacher.
Il hocha la tête, encore perdu dans ses pensées après ce contact particulier :
Tu… Je sais que tu es différente. Je veux dire… vraiment différente. Tout ce que je veux savoir c'est… As-tu l'intention de faire du mal à mon fils ?
Je fronçai les sourcils, prise de court par cette question. Que pouvais-je répondre ?… Moi-même je ne savais pas vraiment encore ce que je lui destinais. J'hésitais puis lui fit part de mes états d'âme de la façon la plus simple possible :
Je n'ai pas l'intention de le tuer. Je n'aurais jamais pu faire tout ça dans le seul but de l'éliminer. C'aurait été stupide. Mais… Je n'ai pas encore décidé ce que j'allais faire. Je ne veux pas le pardonner. Pas encore. Ce qu'il a fait… C'était vraiment stupide. Tellement stupide que ça nous a fait souffrir tous les deux mais pas seulement… Esmée et vous… Alice, Emmett et par répercussions Jasper et Rose…
Il y eut un bref éclat dans ses yeux que je ne compris pas mais je poursuivis en me tordant les mains pour canaliser mes émotions :
Comprenez bien qu'il va encore souffrir Carlisle. Je sais qu'Esmée et vous ferez tout pour m'en empêcher mais je ne peux tout simplement pas faire comme si rien ne s'était passé ! Je l'aime. Je suis venue ici pour lui. Tout ce que j'ai fait pour arriver là c'était pour lui et votre famille. Mais ça ne veut pas dire que je vais lui rendre les choses simples… Il va en baver, je vais lui faire du mal. Peut-être pas toujours volontairement d'ailleurs mais ce qui est sûr c'est qu'il ne se fera pas pardonner aussi facilement que je viens de le faire avec vous.
Il me coupa dans mon élan :
J'avais quelque chose à me faire pardonner ?
Je fronçais les sourcils agacée de son interruption :
Vous êtes son père, vous saviez parfaitement que ni lui ni moi ne sortirions indemne de cette histoire. Vous avez voulu me tester, avouez-le… Vous auriez pu empêcher ça dès le début. Soit en partant quelques jours après notre rencontre, au moment où et lui et moi étions encore inconscient de notre amour, soit en coupant cours à ses états d'âme. En me transformant.
Il s'agita, mal à l'aise sur sa chaise. J'avais visé juste. Je ne m'en étonnais pas. Sous ses allures de sage patriarche se cachait un homme qui aimait la vie et ses surprises. Qui aimait jouer. Je ne le blâmais pas. Plus. J'avais réussi à dépasser ce stade. J'étais bien trop contente de reprendre contact avec ceux que je considérai comme ma famille pour lui en vouloir éternellement.
Enfin, je crois que vous avez compris ce que je voulais dire. Je n'ai pas l'intention de le ménager et il va devoir faire ce qu'il faut pour mériter mon pardon. Si après ça vous avez l'intention de m'en empêcher, libre à vous mais vous ne serez qu'entrave à son bonheur. Il finira par me reconquérir, je lui appartiens toute entière, mais je saurais être aussi bonne menteuse que lui l'a été ce jour-là… Et si vous vous en mêlez, ça n'en sera que plus long…. Mais c'est vrai que nous avons l'éternité entière…
Ayant fini ma diatribe, que j'espérais convaincante, je m'adossai à mon siège et l'observai réfléchir. Son front se plissait alors qu'il tapotait ses doigts contre le bois de son bureau. Il finit par lâcher un long soupir et se passa une main sur le visage avant de me lâcher :
Je te fais confiance. J'ai du mal à croire que je vais dire ça mais… Tu as carte blanche pour rendre la vie dure à mon fils…
Il grimaça, me lançant un regard mi-figue mi-raisin.
Il va m'en vouloir s'il apprend cette conversation…
Alors débrouillez-vous pour qu'il n'en apprenne rien, lui répondis-je avec un clin d'œil. Et tant que j'y pense ! Appelez Alice pour lui demander le numéro…
Il me regarda comme si j'avais perdu l'esprit :
Alice ? Le numéro ? Je peux savoir de quoi tu parles ?...
Je n'eus pas le temps de lui répondre qu'il décrochait son portable alors qu'il venait à peine de vibrer. Cette Alice… Tendant l'oreille, j'écoutais leur conversation :
Tu me la passes ?
Hum… Non je ne pense pas. Elle t'aurait appelé elle-même si elle avait voulu avoir à faire à toi, non ?
On entendit un grognement à l'autre bout du fil – façon de parler bien sûr…
Bon… Mais elle me le payera en séances de shopping ! Mon nouveau portable c'est 522.372.4568. et celui qu'elle veut c'est 1392. Dis-lui qu'on se reverra bientôt et qu'elle aura beaucoup de choses à me dire ! Comme la raison pour laquelle je ne peux plus avoir de visions d'elle depuis deux semaines par exemple ! A tout à l'heure Carlisle !
Et elle raccrocha. J'avais noté dans un coin de ma tête ces renseignements et je sortis du bureau après un dernier salut, en lui laissant le soin de s'occuper de ses collègues pour moi.
J'arrêtai une infirmière et lui demandai si elle savait si la petite fille allait bien, si les médecins avaient fini et enfin, si je pouvais la voir… Questions auxquelles elle ne sut absolument pas me répondre, trop absorbée par sa longue conversation au téléphone avec son « très adoré Christian »… Qu'est-ce que je le plaignais celui-là… Être obligé d'écouter la voix nasillarde de cette fille à longueur de journée…
En soupirant, je décidai de me mettre moi-même en quête de ces informations… On n'est jamais mieux servi que par soit même, dit le dicton, et il a parfaitement raison !
Je me dirigeai sans peine vers la petite fille, et je fus soulagée de voir que mes pas ne me conduisaient pas directement à la morgue… Arrivée devant la chambre 707, j'inspirais profondément et m'apprêtai à y pénétrer quand une voix féminine m'interrompit :
Hey ! Vous là-bas ! Est-ce que vous avez la permission d'entrer dans cette chambre ?
Confuse, je me retournai pour observer mon interlocutrice, grande brune aux yeux bleus, habillée d'un impeccable costume gris. Je me raclai la gorge :
Parce qu'il faut une autorisation pour visiter quelqu'un ?...
Se rapprochant de moi, ses talons claquant fortement sur le sol carrelé, elle fronça les sourcils devant mon air – avouons-le - assez pitoyable…D'accord, j'étais humide, très pâle, et vêtue entre autre d'un jean déchiré et d'un chemisier en sal état… Mais ce n'était pas pour autant une raison pour m'interdire de visiter une petite fille abandonnée dans la forêt…
Oui ! Et je ne pense pas que vous l'aurez, Mademoiselle… Vous n'avez rien à faire ici, on s'occupe parfaitement d'Eden !
Ce fut à mon tour de froncer les sourcils. Si elle croyait pouvoir m'évincer comme ça, elle se fourvoyait totalement…
Oh oui, répondis-je sarcastique, vous vous en occupez vraiment bien ! C'est pour cette raison qu'elle est à l'hôpital !
L'autre haussa les épaules :
Elle est tombée de son lit en dormant et s'est cassé un bras… C'était absolument imprévisible.
J'ouvris des yeux grands comme des soucoupes avant de laisser un petit rire incrédule. On pouvait vraiment raconter des mensonges aussi peu crédibles ?...
Même si je n'étais pas celle qui avait sauvé cette petite fille, je n'aurais pas cru à cette idiotie ! Si vous vous voulez mon avis, vous allez devoir trouver plus convaincant ! Je ne sais pas qui sont ses parents mais à votre place je ne leur rendrais pas ! C'est complètement indigne de la part de parents !
Je sentais la fureur me submerger alors que je pensais à ce pauvre petit être, à cette petite fille perdue et terrorisée… Elle n'avait pas mérité qu'on la traite de cette façon… Dégoutée par cette attitude, je secouai la tête. L'autre femme grommela en face de moi :
Elle est pupille de l'état. Ses parents sont morts il y a quelques mois… Ne dites rien je vous en prie. Si le gouvernement l'apprenait, il fermerait l'orphelinat, et tous ces enfants seraient dispatchés dans le pays, séparés les uns des autres… C'était un accident, elle a échappé à notre surveillance, et quand nous nous en sommes rendu compte, c'était déjà trop tard et le mal était fait… Je vous remercie pour ce que vous avez fait, mais cette petite fille est un vrai poison, impossible à tenir en place ! La faute ne peut nous en être imputable !
Face à une si évidente sincérité, le dégoût s'accentua. Elle croyait vraiment ce qu'elle disait… Mais comment une si petite fille pouvait être considérée responsable ! C'était le bon sens même d'admettre que cet orphelinat ne comprenait pas un personnel vigilant…
Un souvenir de ma Mémoire E attira mon attention… C'était celui d'Elizabeth. Il datait déjà de quelques décennies et avait lieu ici même… Dans ce petit village. Je ne m'attendais pas à ce qu'une des nôtres soit venue ici de sa propre volonté… Il n'y avait rien ici ! Je ne voyais pas vraiment ce qu'elle aurait pu y faire… Cependant, je me replongeai dans ce souvenir, ne gardant qu'un lien ténu avec la réalité.
Il faisait très froid. Même pour moi c'était difficilement supportable. Je marchai lentement vers un grand pavillon de pierre brut. Un très petit enfant avançait vers moi dans la neige, insensible au froid qui me paralysait les membres… J'étais humaine ! Mais lui non visiblement… Il me prit la main et me tira vers l'intérieur. C'était la panique à bord… Des cris de partout. Du sang… Et des vampires.
J'étais dans un orphelinat… Et pas n'importe lequel. Celui duquel venait Eden. Je reconnus brièvement un visage assez similaire à la femme avec qui je parlai. Sa grand-mère probablement… Cette lueur maléfique dans les yeux alors qu'elle regardait le massacre sans rien faire. Les vampires qui ne l'approchaient ni de près ni de loin… Ils avaient conclu un pacte. Elle leur offrait de la nourriture et eux la débarrassaient de tous ces bambins piaillant qui l'agaçaient tant… Sans compter quelques rémunérations assez… élevées.
Eden ne s'était pas perdue… Elle s'était enfuie après avoir été offerte en pâture à ces monstres… C'était une différence assez conséquente.
Et c'était mon devoir de stopper ça.
Reprenant pied avec la réalité, je braquais deux prunelles noires comme l'encre sur mon interlocutrice. Elle était plus mauvaise que le plus sadique des vampires… Parce qu'elle était humaine, et que c'était sa propre race qu'elle faisait souffrir… Pire que ça : ce n'étaient que des enfants… Des enfants innocents qui avaient déjà perdu leur famille, et tout ce qui les y rattachait… Elle ne méritait pas de vivre. Mais j'avais besoin d'elle pour exterminer les vampires responsables, et ceci depuis déjà quelques siècles…
Une chose m'échappait seulement… Elizabeth était vraisemblablement orpheline à l'époque du souvenir, et à peine majeure…. Or dans mes visions, même avec la plus grande volonté du monde, je ne pouvais lui donner moins de vingt-cinq ans…
Quelque chose clochait… Il était évident que les futures Enreïkas avaient une odeur particulièrement alléchante. Or Elizabeth n'avait pas pu être mordue ce jour-là… Mais quelques années plus tard. Comment diable avait-elle pu s'en sortir ?...
Une voix à l'intérieur de ma tête me fit sursauter. C'était elle. J'avais complètement oublié à quel point nous étions connectées…
« J'aurais voulu que tu ne découvres ça que beaucoup plus tard Bella… Tu ne dois pas te détourner de ta première mission… Tu es venue ici pour sauver ton amour, et je sais que si certaines Enreïkas ont aussi mal tourné, c'est à cause de cette sensation de vide émotionnel qui inonde leurs cœurs… Notre histoire est vaste et complexe. Les Enreïkas le sont aussi… Je te promets de te raconter ce qui t'intrigue et la trame de ce qui s'est passé depuis mon accession au pouvoir, à condition que tu me promettes de rester stoïque et de ne pas partir remplir ton rôle dès maintenant. Tu auras besoin de ceux que tu aimes pour résoudre toutes les épreuves qui s'imposeront à toi. »
Long monologue… Je hochai intérieurement de la tête et me débarrassai de l'immonde humaine pour pénétrer dans la chambre de la petite et refermer aussi sec la porte derrière moi.
Elle dormait, allongée dans un lit trop grand pour elle, visiblement hors de danger. Je m'assis à ses côtés, prenant délicatement sa main dans la mienne, puis je me plongeai profondément dans les méandres de mon esprit, si bien que de l'extérieur on me voyait profondément endormie…
« Je t'écoute, murmurai-je à la femme que je voyais à présent devant moi, toujours vêtue de la même façon, toujours entourée de cette aura de bonté…
Elle leva un regard triste vers moi avant de répondre :
Jure moi d'abord que tu ne feras rien tant que je ne t'y aurais pas autorisé…
J'émis un grognement, agacée par tant de précautions mais lui jurai, sur la tête de mes parents, que je ne ferais rien d'inconsidéré…
Elle hocha la tête, satisfaite, puis s'assit sur un banc de brouillard – en tout cas, ça y ressemblait beaucoup… - et commença à raconter :
J'avais dix-sept ans le jour où ce massacre a eu lieu. C'était en 1875. J'étais orpheline depuis peu. On m'avait dit que mes parents avaient fait naufrage en revenant d'Europe, et que l'on n'avait retrouvé aucun survivant. Ma sœur, Astrid, et moi, avons été envoyé dans cet orphelinat, puisque toute notre famille était en Europe, et qu'il était hors de question de nous payer la traversée.
Les premiers jours furent difficiles. Nous étions les plus vieilles et la directrice nous appréciait peu. Au début je ne comprenais pas pourquoi, mais je n'en souffrais pas. Que cette femme m'aime m'intéressait peu. J'étais assez… rebelle à cette époque. Mais je savais que cela peinait ma sœur, plus jeune que moi de deux ans, alors je restais sage pour ne pas attirer les foudres de Melle Beckam sur nous…
- Lorsque je suis revenue du marché, quelques semaines après notre admission, j'ai entendu les hurlements qui résonnaient de l'intérieur… Comme il n'y avait ni fumée, ni feu, j'ai paniqué. Ce n'était pas normal… J'ai suivi un petit garçon à l'intérieur. C'était horrible…
Il y avait du sang partout, l'odeur était écœurante. Mais le plus horrible dans tout ça, c'était cette femme… Melle Beckam… Elle tenait sa fille dans ses bras, entourée des cadavres de jeunes enfants… »
Elle s'arrêta un instant, écœurée par cette femme qu'elle haïssait toujours.
« Son regard… Elle voulait tellement ma mort que s'en était effrayant… Mais ce n'était pas ça le plus horrible. Elle était jalouse. De moi. Parce que ces vampires, pour quelque raison que ce soit, me voulaient. Vivante.
Ils m'ont emmené et ont pris ma petite sœur pour que je leur obéisse. A partir de là, j'ai fait tout ce qu'ils désiraient. J'ai amplifié leur puissance… Je les ai rendus maître du monde vampirique en lieu et place de nous, les Enreïkas.
J'arrêtai de respirer une seconde. Se pouvait-il que ... ?
« Oui. Les Volturi. »
Je ne savais pas qu'ils étaient si dangereux… Même s'il avait mentionné qu'il irait chercher la mort là-bas, je ne pensais pas qu'ils possédaient tant de pouvoirs… Mais une chose ne me paraissait pas claire dans son explication :
« Comment ont-ils sur que vous étiez la future Enreïka ?
À l'époque, ils avaient une vampire aux pouvoirs très spéciaux. Elle voyait en chaque être le… point culminant de leur vie. C'était un don assez étrange à vrai dire… Ils m'avaient vu alors que j'étais encore en Europe, avant la traversée qui nous avait emmenés au Canada, ma famille et moi. Nous avions visité l'Italie, ma mère étant une fervente historienne. Ils ont attendu longtemps avant de venir me chercher. C'étaient eux qui avaient tué mes parents, et non la noyade.
Je fronçai les sourcils, tentant de mettre le doigt sur l'autre point obscur :
Pourquoi… Pourquoi avoir attendu si longtemps pour vous transformer après votre capture ?
Je t'ai déjà dit que seules trois Enreïkas pouvaient coexister ensemble. Or lors de mon enlèvement, aucune place n'était disponible. Ils ont attendu huit ans avant d'arriver à en éliminer une. S'ils m'avaient mordu avant, je serais devenue simple vampire, et serais passée à côté de mon destin. C'est d'ailleurs ce qui est arrivé à ton amie Alice… Elle aurait pu devenir Enreïka. Mais nous étions déjà trois.
Perturbée, je réfléchis à son affirmation… Alice ? Une Enreïka… C'est vrai qu'elle avait déjà des pouvoirs avant sa transformation, mais son esprit n'était-il pas censé être hermétique ?...
Pas forcément… Parfois un pouvoir typiquement vampirique prend le dessus sur ceux destinés aux Enreïkas… Dans son cas, la prémonition a enseveli son hermétisme… Mais elle possédait notre odeur. Souviens-toi de ce que t'avais dit James…
Toujours aussi peu convaincue, je posai une autre question, qui ne m'était pas encore apparue…
Tu y es encore, n'est-ce pas ?...
Oui… Ils ont transformé ma sœur en même temps que moi, de sorte que je ne puisse pas m'enfuir… Je suis coincée ici, je ne peux qu'exécuter leurs ordres… Ils m'amènent régulièrement de nouveaux vampires pour que j'assimile leurs pouvoirs… Mais ils font attention. Je n'en possède aucun capable de me sortir de cette emprise… Parce que je n'ai pas la moindre idée de l'endroit où est ma sœur. Je ne l'ai pas vue depuis plus d'un siècle… Heureusement, ils ne savent pas que je peux communiquer avec les autres Enreïkas, sinon ils trouveraient encore le moyen de m'en empêcher…
J'étais triste pour elle et sa sœur… Mais en même temps furieuse. Comment ces êtres abjects pouvaient-ils soumettre une âme si pure ? Je leur ferai payer très cher…
Souviens-toi de ta promesse Bella… Tu ne dois pas venir me secourir. Pas tout de suite. Ne t'inquiète donc pas tant pour moi. Je suis là depuis longtemps, attendre encore quelques années ne me fait pas peur…
Cela ne se comptera pas en années Elizabeth ! Je vais faire vite, je te le promets… Mais parle-moi d'abord de cette assimilation des pouvoirs… Comment fais-tu ?... Si je veux un jour venir te sauver, il me faudra venir armée je le crains…
C'est quelque chose spécifique aux Enreïkas encore une fois. En présence d'un vampire doté de pouvoir, nous avons une réaction spontanée qui nous oblige à lui copier son pouvoir… C'est un phénomène assez étrange auquel on ne peut pas résister. Ce n'est pas toujours agréable au début, quand on n'arrive pas à contrôler la force du transfert… Je ne comptais plus le nombre de fois où nous avons l'un comme l'autre fini par terre… Mais maintenant que je le contrôle c'est bien plus facile. Moins douloureux.
C'était donc ça… Ces réactions étranges quand j'avais touché Timofey, puis Tess et enfin Angélique et Victoria… Je ne savais pas vraiment quels pouvoirs j'avais absorbé cependant … Hormis celui de Timofey bien entendu… Cet espèce de contrôle des sentiments sur les auras, que j'arrivais à activer ou désactiver à volonté…
Prends soin de toi, Bella… Il faut que je me réveille, quelqu'un arrive… »
Et « la communication fut coupée ».
En soupirant, je me retournai vers le petit ange endormi, ses douces boucles blondes éparpillées sur l'oreiller, et, dans son poing serré, ma mèche qui se désagrégeait lentement…
C'était vraiment une jolie petite fille… Délicate mais en même temps pleine de cette force que l'on ne voit que chez les enfants… Si j'avais pu avoir une fille, je ne l'aurais pas voulu différente. Quoi qu'avec mes boucles brunes, il aurait été peu probable que j'aie une enfant à la chevelure dorée… Mais peu importait. Tout ce que je savais, c'était qu'il m'était absolument impossible de renvoyer cette enfant d'où elle venait.
Elizabeth avait beau m'avoir fait jurer de ne pas m'occuper d'elle, je ne pouvais décemment pas laisser des vampires massacrer des enfants sans rien faire ! Sans quoi je ne voyais pas l'intérêt d'être devenue ce que j'étais. Le fort protégeait le faible. Le chevalier protégeait la veuve et l'orphelin. Et moi je protégeai le fort et le chevalier, pourvu qu'ils soient humains…
Et puis j'avais une journée à occuper. Le soleil était déjà levé, et rien ne valait un planning bien rempli pour occuper une journée pleine de promesses… Massacrer quelques vampires, n'était-ce pas l'occupation idéale en ce jour de fête ? J'allais me faire plaisir en faisant sauter quelques têtes… Et puis je pourrais toujours mettre ça sur le dos des loups garous si Elizabeth me posait des questions…
Vous trouvez ça lâche ? Mais non… Simple question de bon sens… Pourquoi me mettre dans les ennuis si je pouvais éviter ça ? Et puis eux ne risquaient rien, contrairement à ma petite – et précieuse – personne…
En attendant que j'ai fait table rase – tabula rasa, j'aime le latin… - Eden resterait ici, sous la garde express du Dr Cullen, et avec l'absolue interdiction de sortir de cet hôpital… J'aviserais plus tard de ce qu'il fallait faire à son propos. En attendant, elle était en parfaite sécurité ici. Aucun vampire ne l'approcherait pas un temps pareil de toute façon…
Silencieusement, je quittai la pièce, lançant un regard meurtrier à la femme qui attendait toujours devant la porte.
Vous entrez dans cette chambre, vous ne faites que l'effleurer – et croyez-moi, je le saurais – et je vous expédie tout droit au tribunal… Ou peut-être même en Enfer. Voyez ce qui vous arrange.
Peu de mots, mais une menace solidement ancrée dans son cerveau. Simple et efficace. Tout ce que j'aime.
Je m'éloignai alors de ma démarche fluide, murmurant au passage trois mots derrière la porte de Carlisle, puis sortis, sous le regard médusé de l'infirmière de l'accueil, toujours pas remise de ma scène de l'instant précédent…
Le soleil était éclatant mais – je ne sais par quel miracle… Dieu était-il avec moi ?- je réussis à rester dans l'ombre jusqu'à la forêt où je m'enfouis avec délectation…
Je me rendis alors compte d'une évidence : je mourais littéralement de faim…Mon estomac se tordait douloureusement alors qu'il broyait du vide… Cela faisait plus de 32 heures que je ne m'étais pas gorgée de sang… Un exploit pour quelqu'un qui devait impérativement se nourrir à intervalle régulier sous peine de… rabougrissement spontané ?... Je ne tenais pas particulièrement à ressembler à une vieille pomme fripée, aussi attaquai-je la première bête qui me tomba sous la main. Un caribou. Pas trop féroce comme animal. Tant mieux. J'étais fatiguée…
Deux autres caribous et trois chouettes plus tard – un oiseau délicieux – je me sentis enfin d'aplomb et de bonne humeur. Tout n'allait pas si mal que ça finalement ! C'était incroyable comme on voyait la vie sous un jour nouveau quand on avait l'estomac bien rempli…Mon esprit se mit alors à vagabonder vers d'autres sujets moins sensibles, notamment ces fameux pouvoirs que j'étais censée avoir « capturé »… A part celui de Timofey, je ne me souvenais pas d'avoir fait preuve de la moindre chose hors du commun… Pourtant si je me souvenais bien, Angélique possédait le pouvoir de téléportation… Se pouvait-il qu'il ait disparu en même temps que sa propriétaire ?...
Oh… Après tout ce n'avait pas d'importance… J'étais bien assez puissante comme ça pour faire leur fête à une poignée de vampires…
La preuve : je m'en étais bien sortie contre Angélique et Victoria, et toutes deux étaient dotées de pouvoirs…
À ce moment-là, rien n'aurait pu venir briser ma petite bulle de bonheur… Sauf peut-être quand un homme – un homme ? – me tomba dessus –au sens propre- sans prévenir…
La chute fut particulièrement rude. Tout d'abord parce que je ne l'avais pas du tout entendu arriver, et ensuite, parce que malgré ma force surhumaine, je ne pouvais résister au poids d'un mâle de plus de quatre-vingt-dix kilos sans m'y être préparée…
Aussi m'affalai-je de tout mon long sur le dos, écrasée par l'imposante masse de muscle de ce que j'identifiai comme mon ennemi, étant donné la … l'épée ? qu'il m'appuyait sans remords sur la gorge.
A vrai dire, ce n'avait pas été son premier réflexe, mais il s'était rapidement dégagé de nos bras et jambes entremêlés pour me neutraliser. Il n'avait d'ailleurs pas eu trop de mal étant donné que j'étais toujours étourdie par ma chute…
Il hésitait visiblement à m'égorger avec son arme aussi impressionnante que démodée. Qui se baladait avec une épée de nos jours ?... Même si cette épée était tout ce qu'il y avait de plus tribal, elle était magnifique… A l'instar de son propriétaire. Aussi dure et froide que lui.
Insouciante du danger que je courais, je plongeais mes prunelles perçantes dans son regard si particulier… Des pupilles fendues d'une couleur gris bleu, tachetée d'argent… Une nuance que je n'avais encore jamais vue ici sur Terre… D'où ma déduction : il n'était pas Terrien.
Mais c'était en revanche… un exemplaire unique du beau gosse inclassable. Sexy et dangereux. Avec un regard glacial mais qui faisait naître en vous une chaleur torride. Vous voyez le genre ? Inaccessible dans la réalité mais peuplant vos fantasmes les plus fous…
Pourtant entièrement dévouée à l'être qui avait volé mon cœur, je ne pus m'empêcher de dévorer du regard l'homme qui me menaçait… Ce n'était pas ma faute si un homme de cette classe m'était tombé dessus et me dominait de toute sa hauteur, assis à califourchon sur moi…
Aussi laissai-je courir mon regard sur son corps de rêve… A peine vêtu d'un pantalon en cuir moulant jusqu'en haut des cuisses, dessinant sa musculature parfaite, et de bottes munies de sortes de protège tibias en métal forgé, il était édifiant de beauté et d'une espèce de sensualité animale... Son torse aux muscles saillants, était dévoilé par un habit digne d'un roi de ces contrées froides et lointaines, bordé de fourrures noires. Il appelait mes mains qui mouraient d'envie de voir si sa peau était aussi douce qu'elle en avait l'air…
Une longue cicatrice boursouflée barrait son torse, de la clavicule jusqu'au sein gauche. Elle n'était pas franchement belle, pour ainsi dire hideuse, mais elle rajoutait au personnage une aura de dissuasion et de mort…
Ses abdominaux étaient aussi un péché de délice… Je me mordis la lèvre en les regardant… je n'avais encore jamais ressenti une telle tension sexuelle… C'était difficile à avouer mais même lui ne m'avait jamais fait cet effet là… Il fallait dire qu'il avait tout fait pour l'éviter aussi. Tandis que le nouveau venu jouait sans limite de sa beauté et de son charme…
Cependant, j'étais assez surprise qu'il ne me stoppe pas dans ma contemplation, soit pour m'égorger, soit pour… autre chose.
En examinant son visage, couturé de cicatrices, mais néanmoins élégant et sensuel, je remarquais qu'il m'observait de la même façon, avec une certaine nuance cependant… Je n'étais pas torse-nu. Ce qui, si j'analysai bien ses expressions, le décevait un peu… Mais aussi attirée que je sois, je n'avais pas la moindre intention de remédier à cet état de fait…
Je me raclai la gorge alors qu'une des longues mèches noires du jeune prince me chatouillait le visage. Il avait environ vingt-ans à vue de nez… Et il était tout à fait le genre de personne que mon père m'aurait interdit d'approcher, de près ou de loin.
Sauf que mon père n'était pas là, et que j'étais écrasée par son poids de géant… Et que je n'étais que très moyennement motivée par l'idée de partir. De toute façon, je ne pouvais pas le faire sans m'expliquer avec lui. Parce qu'il était évident que lui n'avait pas l'intention de me laisser m'en aller comme ça…
Malgré son air calme, je sentais la tension sous-jacente qui l'habitait, notamment grâce à la lame appuyée contre ma gorge palpitante, qui vibrait de puissance contenue… Ce type ne faisait pas semblant…
Les muscles de ses bras étaient contractés à l'extrême, si bien qu'on aurait pu croire qu'il allait briser le bracelet qui lui enserrait le biceps…
Trois minutes qu'il m'était tombé dessus et on n'avait pas encore échangé un mot… Pourtant on pouvait dire pas mal de choses l'un sur l'autre…
Par exemple : on était attirés l'un par l'autre… Physiquement parlant. Je doutais être particulièrement friande de sa mentalité…
C'était un guerrier, sans cesse sur le qui-vive, peut-être même un prince, étant donné son air altier et ses vêtements raffinés. Et il n'était ni humain, ni… d'aucune race que j'aie déjà rencontrée.
Il hésitait à me tuer et était doté d'un fin esprit de stratège. Seul en terrain ennemi il ne valait pas grand-chose… Et il le savait. Qui plus est, il avait besoin de réponses. Réponses que je ne pourrais lui donner, mais ça il ne le savait pas.
Il se décida cependant à prendre la parole, conservant une emprise parfaite, m'empêchant du moindre mouvement, mes jambes comprimées entre ses cuisses, une main retenant mes bras au-dessus de ma tête et l'autre toujours bien en place, crispée sur la garde de son épée…
Sa voix reflétait assez bien le personnage… Grave et éraillée, avec des intonations mystérieuses. Et pourtant ses questions n'avaient rien de mystérieux. Elles étaient mêmes tout ce qu'il y a de plus clair :
Qui es-tu, catin? Et que fais-je ici?...
Catin… Je vis rouge. Je n'étais pas si misérable que ça ! Bien habillée j'en étais une, mal fringuée, c'était la même chose… Mais qu'est-ce qu'ils avaient tous avec ça? Une femme seule ne pouvait que vouloir vendre son corps ?
Je lui répondis vertement :
Je suis reine, espèce de frustre !
Il éclata d'un rire rocailleux malgré l'étincelle de fureur que j'avais cru voir briller dans ses yeux une seconde plus tôt, avant de jeter un regard nonchalant sur ma tenue :
Ton pays serait-il si pauvre que sa reine doive offrir son corps pour renflouer ses caisses ?... Peut-être devrais-je l'annexer à mon empire… Et faire de toi ma maîtresse… Qu'en penses-tu ? Un seul homme est toujours mieux que plusieurs, non ?...
L'ironie qui brillait dans son regard alors qu'il m'insultait avec une extrême courtoisie, me donnait envie de le mordre. Et pourquoi pas de le vider de son sang que j'imaginais aussi âpre que son propriétaire…
De ma gorge s'échappa un feulement de fureur. Comment osait-il… ? Mes dents claquèrent l'une contre l'autre dans un instinct purement animal. Je me débattis, tentant d'échapper à son étreinte implacable, ignorant la lame qui entamait doucement ma peau.
Mais c'est que la petite chatte a des griffes, susurra-t-il, son horrible sourire parfait devenant un tantinet sadique alors qu'il usait de sa force inhumaine pour me maintenir plaquée au sol.
Je ne suis pas une chatte et j'ai des crocs qui meurent d'envie de vous déchiqueter, grondai-je.
Il sourit, sans rien relâcher de sa force qui m'engourdissait les mains :
Si je ne me trompe pas c'est toi qui m'as fait venir ici, aussi tu ne peux te plaindre si le service n'est pas tel que tu l'aurais souhaité…
Sur ce, il se pencha sur moi, pour planter ses prunelles de chat à quelques centimètres des miennes, son souffle chaud balayant mes lèvres entrouvertes. Il n'allait quand même pas m'embrasser ?...
Avec un léger sourire onctueux - vous savez, le sourire du crocodile devant la pauvre petite gazelle - son corps se mit à onduler, lentement, très lentement, tout en me gardant prisonnière de ce dernier.
Le bout de sa langue titilla mes lèvres, avant de venir, doucement, lascivement, caresser le creux de ma gorge. Son souffle chaud me réchauffait agréablement, mes mains me picotaient tandis que, serpent se jouant de la souris, son corps ondulait, ondulait... Des pics de chaleur me remontaient du ventre.
J'étais mal à l'aise. J'aimais mon vampire. Pas lui. Alors pourquoi mon corps réagissait-il avec un tel enthousiasme...? J'avais beau me dire :"stop, ça suffit, arrête ça", ce traitre de corps continuait à réagir aux caresses de cet homme... Lamentable.
Au bout d'un moment, ma gorge ne put se retenir et exhala un gémissement étouffé. Aussitôt, les yeux félins rencontrèrent une fois de plus les miens, et une lueur de victoire brilla dans son regard. Je me sentis rougir tandis qu'une colère montait peu à peu en moi, avivée par les pics de plaisir que son corps et sa bouche avaient fait naître. Un léger sourire amusé jouait sur ses lèvres, et il murmura :
- Tu n'es qu'un instrument, et j'en connais par cœur le fonctionnement… Catin.
Sa bouche chaude couvrit alors la mienne, sa langue prenant possession de mon palais, me soumettant sans scrupules à sa volonté… Sa langue investit, conquérante, ma bouche, joua quelque temps.
C'était loin, très loin d'être désagréable. Erotique à 100%. Mais la rage de m'être faite manipuler, caressée jusqu'à en obtenir un gémissement de plaisir m'était montée au nez. Ce n'était pas à lui de me faire ces attouchements, mais à l'autre. Mon vampire.
Devaient-ils être les plus érotiques possibles, ces attouchements, et donnés par un être pour qui se damnerait une sainte, ça n'en restait pas moins déboussolant. Je n'avais l'habitude que de son étreinte glacée, de sa peau froide et de ses baisers de glace… Tout cela n'avait rien de comparable à la sensation brûlante qui se déversait dans mes veines au contact de cet inconnu… Et pourtant je ne doutais pas qu'il était l'amour de ma vie, celui avec qui je passerai le restant de mon éternité.
L'autre se jouait de moi. Il ne m'aimait pas, il me désirait. Parce que j'étais belle et inaccessible. Parce que ça l'amusait de me tourmenter.
Je mordis à pleines dents dans la chair tendre qui s'offrait à moi, bien décidée à le faire souffrir un maximum…
Son sang s'écoula dans ma bouche alors qu'il se reculait brutalement, la lèvre ensanglantée et le regard sombre. Il n'était pas content. Pas content du tout. Mais moi j'étais assez fière de ma petite victoire…
Qu'est-ce qu'il y a chaton ?... minaudai-je Tu ne veux plus jouer avec moi ?...
Il eut un sourire carnassier :
Alors tu le prends comme ça ?... Tu n'imagines même pas tout ce que je suis capable de te faire…
Oups… J'avais réveillé la bête… Peut-être était-il temps de repartir sur un terrain moins glissant ?... Malheureusement, l'homme ne semblait pas être du même avis que moi… Il était assez évident qu'il avait soif de sang. Pas dans le même sens que moi. Pour lui c'était purement jouissif de voir le liquide rouge couler le long de ma gorge. Mais ce n'était pas là son alimentation. De quel race pouvait-il bien être ?...
Je déglutis en le voyant venir recueillir une goutte de sang au creux de ma gorge. Sa lèvre abîmée effleura ma blessure, et je ne pus m'empêcher de couiner de douleur. Oui j'ai bien dit « couiner »…
Et pourquoi diable avais-je retenu mon venin au moment de le mordre ? Cela aurait été bien plus simple s'il était hors service…
En grimaçant, je ressentis le tourment de la lame froide entamant lentement mais inexorablement ma peau. Ça faisait un mal de chien… Je ne savais pas avec quoi il aiguisait son arme mais si elle avait de quoi entailler une peau de vampire, elle ne pouvait être… ordinaire. Tant qu'à faire, je préférais l'autre forme de torture, elle était moins… désagréable.
Et le pire de tout était sûrement que cette odeur de sang me rendait plus assoiffée que je ne l'avais jamais été. Je savais que mes pupilles étaient plus sombres, j'entendais ma respiration haletante alors que le feu se propageait dans ma gorge. Du sang. Mon propre sang me rendait dingue.
Je gémis alors qu'il glissait sa lame plus bas, créant plusieurs entailles, formant un motif de la taille de la paume de ma main. Il se présenta d'une voix nonchalante, comme si nous étions en train de prendre un thé, et non occupés à torturer ou se faire torturer, selon la position :
Enchanté de vous connaître Votre Altesse… Je m'appelle Mynd Dok'tan Ôuu Mal'vandir Runaï T'erama An Tazukyia, Seigneur-Roi des Démons, et Prince des Me'reils pour leur grand malheur. Aussi surnommé le Givre-né. Entre autre.
Tout ça ?... Un démon ? Et ben ça promet…
Isabella Marie Swan. Appartenant au Triumvirat des Enreïkas. Vampire. Bella.
OK, ce n'était pas très clair mais il se débrouillerait avec ça… Ce n'était pas lui qu'on était en train d'écorcher vif.
Mmmh… Un Triumvirat de vampires ? Intéressant… Puis-je te demander sur quelle terre nous sommes ?...
Cette question…
La Terre. Plus précisément, au Canada.
Il fronça les sourcils, son nez chatouillant ma joue alors qu'il me mordillait plus ou moins délicatement la lèvre inférieure :
Comment ai-je pu atterrir ici ? Le portail a été fermé depuis quelques années déjà ! Serais-tu sorcière pour m'avoir amené jusqu'ici ?
Toujours allongé sur moi, il continuait à me torturer de ses douces lèvres ou de sa froide lame, comme si notre conversation n'avait pas plus d'importance que ça et que toute son attention était concentrée sur un seul but : nous donner du plaisir.
Je soupirais, retenant un frisson alors qu'il jouait de sa langue et de ses dents avec le lobe de mon oreille. Pas facile d'expliquer ma condition, surtout dans ces… conditions.
Je… ne suis pas… une sorcière. Mon statut… m'accorde des pouvoirs immenses. Mais je… je ne les ai que depuis peu et… je ne les contrôle pas. Jusqu'à… ce matin, j'ignorais même comment je… les acquérais…
Sa langue descendit le long de ma mâchoire, traçant un sillon de feu, puis remonta jusqu'à mon visage, où après un regard très dissuasif, il reprit ma bouche sans accorder plus d'importance à mes volontés… Mais le message était clair. « Mords moi encore et tu vas savoir ce que c'est de souffrir… »
Le seul problème, c'est que je n'avais plus tellement envie de le mordre maintenant qu'il me nourrissait sans même s'en rendre compte, me permettant de guérir rapidement mes blessures. Avide, je recueillais chaque goutte de sang qui franchissait ses lèvres pour glisser le long de ma langue jusqu'à ma gorge assoiffée. Et lui riait, comme s'il avait gagné une victoire. Je répondais à ses baisers. C'était mal. Mais c'était bon.
Alors qu'un nouveau gémissement franchissait mes lèvres gonflées –je n'étais plus à un près -, je sentis sa main relâcher sa pression sur mes poignets pour glisser jusqu'à ma taille en une lente et voluptueuse caresse.
Attendez… Rembobinage. Je sentis sa main relâcher sa pression sur mes poignets pour glisser jusqu'à ma taille en une lente et voluptueuse caresse. J'étais libre ! Enfin… Presque libre. Mais maintenant que j'avais repris l'usage de mes mains, ce n'était plus qu'une formalité…Heureusement, car un peu plus et je réclamai ses baisers…
Doucement, de manière à ne pas éveiller ses soupçons, je ramenai ma main contre lui pour effleurer son torse du bout des doigts. Il émit un gémissement rauque et étouffé contre ma bouche alors que je e glissai lentement ma main dans son dos, savourant la douceur de sa peau… Je rencontrai une nouvelle cicatrice que j'explorais furtivement. Il était vraiment abîmé…
Inconscient de mes désirs de liberté, il se pressa contre moi, alors qu'un long frisson me parcourait le corps. Il était vraiment temps d'arrêter tout ça…
Mais il reprit ma main, et, tout aussi soudainement qu'il m'avait embrassé il la replaqua au sol avec un feulement quasi animal. Heureusement pour moi, j'avais eu le temps de me déplacer, et notre position était à présent bien moins confortable pour lui. Nos visages se rencontrèrent à nouveau, et tout amusement, tout jeu, avait déserté la figure du Seigneur-Roi.
Le mien, cette fois, arbora un léger sourire.
- Et bien ?
- J'admets que le chaton à des griffes. Mais toutes les femmes ne sont que des putains refoulées, il n'y a qu'à voir comment tu m'as répondu, Isabella Marie Swan An Terre. Mais je crois que tu as ignoré un paramètre, Reine Mendiante. Ce que je suis.
Sous mes yeux intrigués, la blessure de sa lèvre se referma doucement, et, provoquant bien que peu souriant, il se passa le bout de la langue – Oh Dieu… et dire que je l'avais eu dans ma bouche, cette langue… - sur sa lèvre, qui arborait à présent une fine ligne pâle en lieu et place de la plaie sanguinolente. Les yeux fendus du démon étaient désormais implacables, polaires, et empli de mépris et de jugement à mon encontre.
Hey ! Comme si c'était de ma faute s'il était un pro et embrassait mieux qu'un dieu !
- Dans mon monde, les vampires sont particulièrement irritants lorsqu'ils ont soif. J'ai supposé que c'était la même chose ici, bien que je n'ai guère entendu parler de vampires terriens. J'aurais pu faire cicatriser immédiatement ma lèvre.
Ce qu'il sous-entendait… Mais quel salaud ! Je me sentis pâlir.
- Alors en fait… tout ça, ce n'était que pour me filer ton sang ? Il est empoisonné ?
- Entre autres, Isabella An Terre, et tu devrais te sentir flattée d'avoir bu mon sang parfaitement sain. Tu es belle, tu es désirable et j'aime tous les plaisirs que peut procurer la chair, mais en aucun cas, là, maintenant, je n'ai eu envie de toi. Quoique ceci fut… relativement agréable. Mais si cela te manque tellement… Plus tard, je serais ravi de reprendre là où nous nous en étions arrêtés, fit-il avec son ignoble sourire sardonique, avant de se relever et de me relâcher, d'un coup, retirant par là-même son… instrument de ma gorge.
J'écumais de rage, mais avant d'avoir pu seulement songer à me jeter sur lui et lui faire payer cette humiliation en règle, il leva un doigt, royal, et me demanda :
- As-tu soif, Reine Mendiante ?
Curieusement, non. J'avais eu une soif dévorante lorsque le fumet de mon sang s'était élevé jusqu'à mes narines, et j'avais à peine suçoté les gouttes de son liquide vital que déjà j'étais rassasiée. C'était un sang puissant, un sang chargé d'une énergie énorme, noire, folle, qui me grisait et m'aurait enivré comme une liqueur forte. C'était un sang redoutablement copieux.
Mais de là à lui avouer ? Pas question. Je me relevai lentement et me mit debout assez éloignée de lui.
- Je m'étais déjà restaurée avant, fis-je d'un air hautain.
Il plissa les yeux, et sa bouche se releva d'un millimètre.
Son regard disait tout, et brillait de son humour dévoyé, mêlé à un dédain écrasant. Il avait vraiment trouvé ça drôle de me tripoter, et encore plus drôle mes réactions, bien qu'il me méprisait aussi pour avoir trop peu résisté et avoir réagi de la manière dont il savait que j'allais réagir. Je me sentis grincer des dents, et la plaie de mon cou me lancina. Il continua :
- Les démons sont avides de plaisir, mais de là à coucher avec toi immédiatement… Tu dois avoir une dégénérescence des fonctions cérébrales. Je plains ton peuple. Je voulais savoir quel était ton tempérament, tes réactions face à quelqu'un qui te touchait avec tout l'art démoniaque. Et j'ai vu. Par Raynur ! Tu es vraiment une catin.
J'hoquetai un instant avant de lui répondre, coupante :
Je suis vierge.
Un instant déstabilisé, il haussa l'un de ses sourcils, étirant par là l'une de ses cicatrices.
- Rassure-moi, tu n'as quand même plus treize ans...? Mais alors quel âge...? Non, non, ne me dis rien, je crois que je vais rire... (Ne tenant plus, il explosa de rire.) Vierge ? A ton âge ? Ha ! Ha ! Ha !
Reprenant sa respiration, il tentait de se calmer, l'amusement luisant toujours dans ses prunelles grises, alors que de temps en temps il était pris par des accès de rire :
- C'est vrai que nous sommes sur Terre... Les coutumes ne sont pas les mêmes... Mais tu as l'esprit d'un enfant dans le corps d'une femme... Si tu n'apprends pas dans peu de temps, quelle déception va connaitre ton mari !
Sans que je ne comprenne vraiment pourquoi, il repartit dans une crise de fou rire. J'en profitai pour lui répondre :
- Figure-toi que mon... futur mari est aussi vierge que moi. Et il a plus de 100 ans. Et tu ne m'as pas semblé particulièrement déçu tout à l'heure... Il est vrai que tu faisais tout le travail...
Il haussa les épaules :
- J'ai l'habitude... En même temps, j'aurais dû m'en douter. Les vierges ne font quasiment jamais rien, elles ouvrent la bouche en hoquetant. Ceci dit, il est vrai que je t'immobilisais. Mais le viol n'a jamais apporté grand plaisir aux démons. Rien ne te serait arrivé.
Il s'arrêta un instant puis reprit, estomaqué par mes précédentes paroles :
Mais... tu as bien dit que ton futur mari avait plus de cent ans et qu'il était toujours puceau ? Par ces imbéciles de dieux bouffis d'orgueil... Tu me pardonneras le langage, mais vous allez foutrement vous faire chier, au lit ! Cent ans... Par le sang... Cent ans... et toujours puceau... C'est un eunuque ?
J'ouvrais des yeux grands comme des soucoupes :
- Même s'il l'avait été de son humanité, il aurait été... guéri au moment de sa transformation... Ne peux-tu penser qu'il attendait simplement la bonne personne ? Et sache que l'époque où il est né et a appris ses valeurs prônait le respect des femmes. C'est un gentleman.
- Et..., repris-je. Je ne pense pas...
- Il est impuissant alors ? Il préfère les hommes...? Et il t'a attendu pendant tout ce temps...? C'est un prêtre, ou quoi ? Les femmes sont là pour donner du plaisir aux hommes, et les hommes pour donner du plaisir aux femmes. Ce n'est pas là lui manquer de respect que de lui témoigner son affection. C'est par contre manquer de respect de ne pas « aimer » la femme que l'on aime.
Il s'arrêta brusquement comme pour réfléchir, avant de repartir aussi vite :
Il ne t'aime pas, peut-être… ? Tue-le, alors.
Je grognai à la mention de sa mort.
C'est... compliqué. Il n'est pas impuissant, n'aime pas les hommes, et OUI, il m'a attendu. Ce n'est pas un prêtre. C'est plus compliqué que ça... J'étais encore humaine lorsque nous nous sommes... rencontrés. Il voulait me tuer. Je suis... la sua cantante. La femme pour qui le sang le rend fou de désir. Il a combattu son instinct pour notre amour... Et plus tard... Il avait peur de me blesser. J'étais la plus entreprenante des deux mais il me stoppait tout le temps... Il n'avait pas confiance en lui.
Je respirai un grand coup, submergée par des émotions que je ne comprenais pas. J'avais déjà pensé et ressassé toute cette histoire, pourquoi est-ce que cela faisait toujours aussi mal ?...
Il m'a quitté à cause de ça. Je voulais le suivre dans l'éternité, lui voulait me conserver tel que j'étais... Et depuis... nous ne nous sommes pas vus... Mais dès que j'aurais dépassé le stade "lui faire regretter de m'avoir quitté", j'ai bien l'intention de profiter de lui un maximum...
Etonnamment, le Seigneur-Roi m'écouta sans rien dire, ni manifester son mépris, sans se moquer, tout le long du monologue. Il enlevait d'un geste de la main la neige d'un rocher avant de s'asseoir dessus. Une fois que j'eus fini, il soupira.
- Tu m'ennuies. La peur de blesser est idiote. Ton amant est aussi stupide que toi. Il t'a quittée...? Ce que les démons perdent, ils l'éliminent. Il ne t'a pas quittée pour une femme, il t'a quittée par peur. Il est encore plus couard que stupide.
Un long frisson me parcourut alors que je me demandais pour quelle raison je continuai à parler avec ce démon sans cœur.
- Il pouvait m'arracher la tête, rien qu'en me caressant la joue. M'égorger en voulant me mordiller. Me tuer en me faisant l'amour. Ses peurs n'étaient pas stupides. Je voulais risquer ma vie pour être... honorée par lui. Mais lui tenait trop à la mienne pour le faire... Est-ce si mal de vouloir protéger son âme-sœur ? Il ne m'a pas quitté par peur mais par culpabilité. Son frère a failli me tuer.
Je soupirai :
- Tu ne peux pas comprendre. Tu n'es pas humain, et tu ne l'as jamais été.Je l'aime. Le perdre, le tuer, serait signer mon propre arrêt de mort. Je ne peux pas vivre en le sachant mort. Mais puisque tout cela t'ennuie, au revoir.
Et je lui tournai le dos, le laissant décider de lui-même ce qui lui paraissait le plus censé. L'orphelinat m'attendait...
Un mouvement de sa part me fit le regarder du coin de l'oeil. Il avait tendu le bras, et devant moi, l'air se refroidissait avec une vitesse alarmante. Puis s'arrêta. Je me retournai abruptement et le regardai sèchement. Son air reflétait l'indécision. Puis ses yeux fendus se fixèrent sur moi.
- Je pourrais te retenir. J'en ai le pouvoir... Mais le ferais-je...?
Il fronça les sourcils, et reprit la parole, plus pour lui que pour moi :
- Je pourrais... Mais je n'en ai point l'envie. Pas maintenant. Et tu sembles oublier que tu dois me ramener dans ma patrie. Et me lancer dans un rituel fastidieux, long, éreintant qui n'a que quelques chances de réussite ne me tente pas.
Il se leva d'un mouvement fluide, ses cheveux, soie noire et liquide, retombant sur ses épaules. En quelques pas, il se porta à ma hauteur, et me regarda. je remarquai ainsi qu'il était grand... très grand.
- Contrairement à ce que tu sembles penser, les démons connaissent l'amour, fit-il d'une voix étonnamment douce. Mais comme toute chose en ce monde, mon peuple l'a tourné à sa manière.
Comme à son habitude, il marqua une légère pause :
- Si je comprends tes sentiments, et ceux de ton amant, je ne peux cependant pas l'appliquer pour moi et mon espèce. Telle est ma nature. Mais il est vrai que je n'ai jamais été humain. Je suis surnommé le Coeur-Gelé, le Sang-glacé par mes détracteurs. Cela est sans doute vrai. De même que je fus autrefois innocent et confiant dans la nature des autres. De même que j'arrive encore à ressentir de la pitié, Isabella An Terre. Avoir le pouvoir, et souvent l'envie de tuer celle que l'on aime, cela je le comprends. La repousser pour ne pas la blesser, cela je le comprends aussi. Mais s'il fallait la tuer pour la garder pour moi, je le ferais, et elle le sait. Je crois que c'est aussi ce qui lui plait. Mais assez parlé de moi. Mes histoires ne t'intéressent pas, de même que les tiennes me laissent parfaitement indifférent. Où allons-nous, Reine Mendiante ?
Je levai un regard songeur vers son visage et ne tombait que sur sa poitrine. Ah oui... plus haut.
Me tordant le cou, je parvins à atteindre ses pupilles fendues :
- Tu sais que tu es la seule personne à qui je demanderais de m'appeler Isabella ? Je ne pense pas que Bella te conviendra... Et Reine Mendiante... C'est à moi que ça ne convient pas. Personne ne sait ce que je suis sur cette planète. Ou du moins aucun humain n'est censé le savoir. Aussi te prierai-je d'être plus discret. Ensuite... Si c'est possible... Tu vas me dissimuler ces jolies petites oreilles pointues. Et nous irons te trouver des habits plus... appropriés. Dès que tout cela sera fait, on ira à l'orphelinat.
Il posa sur moi un regard réfrigérant.
- Pour toi, ce sera "vous". Je t'ai déjà passé quelques "tu", loue donc ma clémence.
Et, du bout des lèvres, il dit :
- Bella. Be-lla. Dieux ! C'est laid. Tu as raison, Isabella convient mieux.
Pendant qu'il dénigrait allègrement mon prénom et qu'il semblait oublier que moi aussi, j'étais reine, je sentis une légère traction dans l'air, à peine perceptible pour quelqu'un qui n'était pas autant lié à la magie que moi. Les oreilles pointues s'arrondirent et rapetissèrent pour disparaitre, cachées par la sombre chevelure du démon.
Je soupirai :
Pourquoi est-ce que je pense que c'est plus simple de faire à votre convenance ? insistai-je sur le « votre ». Et pour votre information… Bella veut dire belle… J'aimais mieux vos oreilles pointues… laissai-je échapper sans m'en rendre compte.
- Pourquoi ? Tu veux vraiment que je te dise pourquoi ou je fais un effort et je me tais ? fit-il d'un ton qui... non... il faisait de l'humour ? Et puis Bella... Belle ? C'est toujours laid. Ahlravja, c'est bien plus mélodieux... Ssecketh Ahlravja, c'est un nom beau, propre à alimenter un de ces contes de fées...
Je haussai les épaules, ne comprenant absolument rien de cette langue étrangère.
- Appelez-moi comme vous voulez tant que ce n'est pas un surnom dépravant ou significateur...
- Je te faisais un compliment. Ssecketh, est, dans ma langue, le mot pour désigner tout ce qui a trait au régalien. Ahlravja, à la beauté. Mais si tu préfères que je te nomme Nephdat, ce qui est aussi vrai, c'est comme tu le sens. Nephdat veut dire catin.
Je grimaçai sous son regard… amusé ? je n'en étais pas sûre… En posant mon regard sur son objet de torture favori, j'osai poser la question qui me titillait depuis un moment
- Dites... Je pense m'aventurer en terrain sensible mais... vous ne laisseriez pas ce... cet engin dangereux ici ?...
Un éclair menaçant s'incrusta dans son regard glacé alors qu'il la défendait avec ardeur :
- Cet engin...? Mon arme ? Apprends qu'elle a un nom. Ara-Akhtah. La Claymore du Saigneur. Elle me fait dire qu'elle aime ton sang, et a hâte de le faire couler à nouveau. Mais si elle te gêne...
Il déposa un léger baiser, tendre sur la garde, puis ouvrit la main, et l'arme se dissipa en fumée qui sentait le soufre
- C'était quoi ça ?... Votre... Ara-Akhtah est... vivante ? Si oui, dites-lui que moi je n'aime pas du tout l'idée qu'elle me découpe encore en morceaux...
- De quoi tu me parles. Ara-Akhtah t'a entendu. Elle t'envoie paître, tu ne lui plais pas.
« C'est réciproque », pensai-je en levant les yeux au ciel, alors que je continuai de parler :
- Vous me suivez ? Il faut que je vous trouve des vêtements... Je ne sais pas trop comment on va faire pour ne pas nous remarquer... Sans compter qu'il fait plein jour et que la lumière risque de se réfracter sur ma peau, soupirai-je.. C'est peut-être un peu tôt et ambitieux pour voir si j'arrive à cacher le soleil derrière des nuages... Bon... On avisera en route... Vous êtes du genre... rapide ? Je ne connais pas du tout les démons.
- Des vêtements...? Ce genre de frusques de gueux ? S'il le faut vraiment... Quant à ta peau...
Il me regarda.
- Je peux créer une illusion, me donnant une apparence d'humain habillé de la mode de mécréant que la terre affectionne, et une autre pour ta peau, mais puisque je ne suis guère performant, il va falloir faire vite. Et question rapidité… (Il haussa les épaules.) Ça dépend de ce que tu entends par rapide.
- Ce serait bien oui... Que vous fassiez ça… Votre illusion. D'autant que je n'ai pas encore eu le temps de tester ma réaction au soleil... Et ma foi… Rapide comme euh... Moi ? Vous voulez bien courir jusqu'à l'arbre là-bas pour voir, demandai-je en lui indiquant un sapin couvert de neige à près d'un kilomètre.
Jouant son roi offensé – et fainéant sur les bords peut-être? -, il me répliqua :
- Et puis quoi encore ? Cours, je verrais les... modifications qu'il me faudra faire, Ahlravja.
Je soupirai puis rejoignis l'arbre en un quart de seconde avant de revenir aussi vite.
- Alors ?...
Il me regarda, puis hocha la tête.
- Les vampires de Terre vont vite. Je vais devoir... improviser.
Il regarda ses mains, feula comme un chat en colère, puis secoua la tête. Apparemment, il y avait quelque chose qui lui déplaisait.
- Bon. Tu as de l'or au cas où je déraperais ? Si c'est le cas, assure toi qu'il n'y ait personne aux alentours. Lui aime tuer. Moi aussi, cela dit...
« Euh non, j'en ai pas, pensai-je relativement inquiète. Et je suis comprise dans « personne » ou pas ?... »
Il rejeta ses cheveux en arrière, inspira un bon coup, puis commença à enlever sa chemise déjà ouverte.
Enlever sa chemise ?
- Qu'est-ce que... commençai-je, mais le regard qu'il me lança me réduisit au silence.
Une fois sa chemise en main – il était très beau torse nu même si j'avais froid pour lui… -, il ferma les yeux, et un grondement qui me hérissa les cheveux de la nuque sortit de sa gorge. Ce n'était pas fait pour une gorge humaine, ce cri là... Non, pas du tout…
Je me reculai d'un pas, relativement effrayée par ce qui menaçait de se passer.
Il trembla violemment, les yeux révulsés, avant de se contracter avec un cri étouffé de douleur, tandis qu'un bruit affreux de succion et d'os dérangeant la chair se fit entendre. Son dos se gonfla, comme si quelque chose rampait pour en sortir, puis avec des filets de sang, deux grandes ailes rouges et noires se déployèrent. Il tomba à genoux en crispant les mains. Mains qui se teintaient de rouge, ainsi que sa chevelure. Avec un nouveau cri étouffé, il réussit à « repousser le rouge ». Il se releva, l'écume aux lèvres, et je remarquai des barbillons d'os sur son épine dorsale et sur les arêtes de sa mâchoire. Des esquisses, tout du moins. Avec une ébauche de sourire qui me fit déglutir, il croassa.
- Ma malédiction et ma bénédiction. Les Ankous sont soumis à l'Aranan. Je peux me transformer à moitié en Aranan sans perdre le contrôle. Tu sais ce que ça veut dire, Aranan, fillette ? L'assoiffé de sang. Faisons vite. Je doute de le contrôler encore longtemps.
"Ok... Pensais-je intérieurement. Je crois qu'il vaut mieux ne pas lui dire que j'aurais pu aller voler un scooter des neiges un peu plus loin..."
- Hem... Suis-moi. Si tu vas à la même vitesse, on y est dans trois minutes...
Avec une sorte de rire hystérique qui se mua en une toux rauque, il balbutia, un sourire dément aux lèvres.
- En trois minutes, on peut tuer plus de 150 personnes, si on a la technique appropriée...
« D'accord, pensai-je, toujours aussi peu rassurée. On va essayer de battre des records de vitesse alors… J'espère qu'il peut me suivre… »
Et je m'élançais, plus rapide que d'habitude, comme si des ailes m'avaient poussé à l'idée de ce qu'il pourrait éventuellement faire.
Je jetais un œil à mon compagnon, et je m'étranglais d'étonnement en le voyant se déplacer...
Ses ailes brassaient l'air glacé, allant à une vitesse qui, je le devinais, égalait sans problème la mienne, et pouvait probablement la surpasser…
Parfois, il devait se poser car les ailes, à l'instar du reste de sa personne, n'étaient pas complètement formées. Là, il prenait appui sur ses mains et ses pieds, qui avaient augmenté de volume, pour se propulser. Je déglutis en voyant le bois éclaté ou les éclats de pierre là où il s'était posé. Mais, croyez-moi, le plus dérangeant, c'était les yeux fous, qui ne semblaient pas savoir s'ils se teintaient entièrement de rouge ou s'ils reprenaient les yeux clairs et fendus du Seigneur-Roi. Car, assurément, cet... Aranan, n'était pas lui. Ou si, c'était lui, mais quelqu'un de totalement différent, suivant ses envies de meurtres et sa folie pure. Bon sang, je manquais vraiment de bol. Je tombais à chaque fois sur des psychopathes potentiels. Et, apparemment, l'Aranan était un psychopathe puissance 10000.
Additionné au pouvoir destructeur de l'homme lui-même, je n'imaginais même pas les dégâts que cela pouvait engendrer… Cela. Pas il. Cet Aranan n'avait rien d'humain… Ni même de démoniaque. C'était pire que ça.
Mais heureusement, on arrivait déjà à la lisière de la forêt... Rapide... 1 minutes m'étais surpassée...
-C'est bon, murmurai-je. Vite, changez-vous, vous me faites peur comme ça...
Avec un rire à moitié dément, le démon hésita, partagé entre la soif de sang, et la raison qui l'avait amené ici, avec moi. Le roi finit par reprendre le dessus, et avec une lenteur douloureuse, tout se résorba, laissant Mynd (ça faisait bizarre de prononcer son prénom, même en esprit) avec le souffle court et le corps en sueur. Se tenant la gorge, il alla cracher du sang dans un buisson. Quand il revint, il marmonnait je ne savais quoi dans sa langue gutturale.
- Pardon ? Vous disiez quelque chose ? Vous allez bien ? Ce n'était pas trop… douloureux ?
Et croyez-moi, ce n'était pas de l'hypocrisie, je m'inquiétais vraiment pour lui. Et pour le reste de la population du Canada. D'autant que ça aurait été de ma faute s'il échappait à tout contrôle…
Il me jeta un regard noir, signifiant, pour ce que je pu en déchiffrer : "tu parles de mon état et je t'égorge". Ou bien arrache la colonne vertébrale à mains nues. Bref, un truc peu plaisant.
- Je ne disais rien. Non, je ne vais pas bien. Ça t'arrive souvent d'aller dégueuler dans un buisson ? Pas douloureux dans le sens physique, mais psychique. Bats-toi contre la pire partie de toi-même, et on verra ton état après, d'accord ?
- Hem… D'accord. Je vous propose ça : on va jusqu'à l'église là-bas en jouant avec les ombres de la rue pour ne pas se faire remarquer. Après, vous lancez votre illusion et on se dépêche d'aller au magasin en face. A l'intérieur, vous filez directement dans une cabine et vous relâchez tout. Je vous apporte des vêtements… si j'en trouve à votre taille, je m'en cherche à moi, on se change et on met tout sur le compte de mon futur beau-père. On ressort, et vous n'aurez plus qu'une illusion à faire tenir jusqu'à l'hôpital, où j' »emprunterais » la voiture de Carlisle. On va jusqu'au ferry, on récupère ma voiture de l'autre côté… Vous savez conduire ? Si oui, on repart avec les deux voitures, on redépose celle de Carlisle à l'hôpital et on va à l'orphelinat. Ça vous va ?
Il haussa les épaules.
- Ai-je le choix ? Non.
Il baissa son regard sur son corps, et un sourire glacé étira ses lèvres fines et pâles.
- Tu vas t'amuser, je crois, pour trouver des vêtements à ma taille.
Je le regardai d'un œil critique :
- Vous mesurez combien ? 1 m 95 ?...
- 1m97 précisément.
-Je crois que je vais devoir y mettre du mien. Je n'ai jamais essayé de transformer des vêtements… Espérons qu'ils ne seront pas déformés…Allez, Let's go…À trois on y va. Un. Deux. Trois.
- Il me suivit sans bruit, les pans de sa cape voletant lorsque le vent s'y engouffrait. Il ne semblait pas souffrir du froid.
Arriver jusqu'à l'église fut relativement facile étant donné que la ruelle était déserte. Une fois à l'ombre du grand bâtiment, je lui demandai :
- Vous êtes prêt ?...
Sans répondre à ma question, il exerça encore une fois cette légère pression sur l'air, mais, contrairement à la fois où il avait modifié ses oreilles, le tiraillement me sembla plus chaotique, moins maîtrisé.
Lorsqu'il eut terminé, je papillonnai des yeux. Il était flou, son apparence normale (le grand ténébreux aux oreilles pointues) se superposant parfois au grand brun à lunettes. Ses apparences mouvaient, incapables de se maintenir pour mes yeux. Pour ceux des humains et des vampires normaux, je le devinais, l'illusion serait parfaite, même si les vampires ressentiraient un certain malaise.
Je ne pouvais que supposer qu'il avait fait de même avec moi, puisque lorsque je baissai les yeux sur mes mains, elles aussi étaient mouvantes, floues.
- On y va.
A vitesse humaine, mais quand même relativement rapide, je me dirigeai vers le magasin de vêtement, visiblement encore vide. J'ouvris la porte brusquement et la clochette sonna. Je laissai passer mon « invité » devant moi et refermai la porte derrière nous. Il se dirigea d'un pas fluide et convaincu vers les cabines où il s'enferma en vitesse. Un nouveau tiraillement et tout redevint normal.
Très vite, je repérais le rayon homme, et plus vite encore les grandes tailles. Malheureusement, le costume le plus grand était d'un blanc épuré. En espérant qu'il ne faisait pas une allergie à cette couleur… Je pris au passage une chemise noire, ignorait les cravates et pris une paire de chaussures en cuir dans les tailles les plus grandes. 47.
Une fois armée du costume complet, je me dirigeais vers les cabines sous le regard soupçonneux de la vendeuse à qui j'adressai un sourire hypocrite.
Je tendis le tout à travers le rideau et attendis le verdict.
J'entendis les bruissements de tissus - il enlevait les siens -, le clac sourd de ses bottes retombant par terre - elles étaient assez lourdes, apparemment... comment arrivait-il à marcher silencieusement...? - puis une fois encore le bruissement de tissu. Un moment d'arrêt, puis sa tête apparut au coin du rideau.
- Je crois me rappeler que les terriens ont des... sous vêtements... ceci dit, je peux toujours garder l'un de mes pantalons, il est plutôt moulant, je pense qu'on ne verra rien. Mais dans le doute, apporte moi des "sous-vêtements"
Je rougis furieusement :
- Désolée… Je pensais que vous en aviez déjà… Je vais chercher ça tout de suite.
À mes mots, un autre de ses sourires amusés releva sa bouche. Je l'entendis murmurer à mon adresse, narquois :
- Une enfant dans le corps d'une femme...
Les joues teintées d'une jolie couleur écrevisse, je partis chercher un boxer et une paire de chaussettes. La honte…
Je lui passais de nouveau à travers le rideau et une fois de plus, attendis.
Il s'habilla rapidement, et sortit bientôt. Ma foi... cela lui allait plutôt bien. Si on exceptait les feux de plancher de son pantalon.
- Blanc... Je suis en deuil. Amusant.
Je marmonnai machinalement, ennuyée par son pantalon :
- Le noir est couleur de deuil ici. Le blanc symbolise… la pureté.
Sans un mot, tant que la vendeuse ne nous voyait pas, je le repoussai dans la cabine et refermai le rideau derrière nous.
Nous étions relativement serrés dans la cabine. Il n'esquissa pas un geste, se contentant de me regarder de haut – c'était le cas de le dire...
- La pureté, hein... C'est assez ironique, sur moi.
Encore une pause (c'était une habitude, chez lui, ou quoi...?)
- Que comptes-tu faire ?
- Rallonger ton pantalon. Sans le détruire de préférence.
Je m'agenouillais devant lui, saisissant délicatement le tissu entre mes doigts. De l'extérieur, cela aurait l'air d'une toute autre chose… Sur le ton de la conversation, je repris :
- Les gens choisissent en général cette couleur pour se marier… Vous me dites si vous sentez quelque chose d'anormal. Je n'ai encore jamais essayé un truc de ce genre…
Je projetai alors mon esprit vers le tissu, imaginant les fils qui se dupliquaient, se rallongeaient, pour enfin se tisser entre eux et rajouter ainsi les quelques centimètres nécessaires…
Un léger rire lui échappa.
- Oh, au fond, je crois que les humains ont gardé un petit quelque chose des démons, concernant la signification du blanc... je comprends mieux alors pourquoi vous vous mariez de cette couleur... Mon peuple, lui, se marie en rouge, en l'honneur du sang qui va couler et de la souffrance que nous allons ressentir.
(Une pause, un autre de ses sourires polaires et amusés)
- Imagine si quelqu'un ouvre le rideau à ce moment-là.
Ah... Apparemment, on avait eu la même idée, mais là où je serais certaine de ressentir de la honte, lui allait s'en rire.
- Alors vous lui expliquerez comment votre charmante petite femme désespère de vous trouver un pantalon à votre taille et envisageait sérieusement de vous faire raccourcir d'une dizaine de centimètres.
Je m'arrêtais une seconde et repensais à ce qu'il avait dit sur le mariage des démons :
- Je comptais me marier en rouge. Je ne sais plus si c'est une bonne idée… Toujours rien de bizarre ?
- Rien de bizarre ? Non. Mon monde est habitué à la magie. On en use parfois un peu trop. Je sens ce que tu fais, ou essaie de faire, mais cela ne m'affecte pas particulièrement. C'est une question d'habitude. Et c'est une bonne idée de te marier en rouge. Pourquoi ne serait-ce pas une bonne idée ? Pour une fois, tu ferais mieux de suivre ton envie, ton cerveau t'a suggéré une bonne idée. Pour une fois que ça arrive...
Trop gentil… Pourquoi est-ce que mon raccommodage n'avait pas foiré ? J'aurais bien aimé le voir avec une jambe difforme…
- J'ai fini. Et je me marierai en rouge. Et en noir. Maintenant je vais me chercher des vêtements plus décents…
En sortant de la cabine, je tombais nez à nez avec la vendeuse qui me demanda, soupçonneuse :
- Je peux vous aider ?...
Encore plus rouge que quelque chose auparavant, je demandai :
- Euh… Mon ami désire porter tout de suite ces vêtements, pouvez-vous enlever les étiquettes pendant que je fais… autre chose ?
Je jetai un coup d'oeil à "mon ami". Il avait croisé les bras et haussait un sourcil à mon encontre avec son demi-sourire particulièrement ignoble. Retenant les divers noms injurieux qui me venaient à l'esprit, je me détournais et m'apprêtais à me diriger vers le rayon femme.
- Ne tarde pas trop, chérie !
Je grinçais des dents et ne pris même pas la peine de lui répondre.
En vitesse, je choisis un slim blanc, des converses grises, un sous pull gris et un pull de la même couleur. J'attrapais au passage une veste en cuir noir et un ensemble de sous-vêtements en dentelle rouge, plus une inévitable paire de socquettes blanches.
Revenant aux cabines, il n'y avait plus de place… Sauf celle où Mynd et la vendeuse étaient occupés à retirer ses nombreuses étiquettes et récupérer tous les codes-barres. C'était bien ma veine. Pourquoi fallait-il que les clients arrivent tous en même temps ?...
- Vous en avez pour longtemps ?, demandai-je agacée.
La vendeuse s'apprêta à répondre un "non, non, je fais vite", ou quelque chose du même genre, impressionnée peut-être par son démon de client, quand l'autre - ai-je déjà dit que l'envie me prenait de vouloir l'étriper ? - répliqua un immonde :
- Oui.
Je croisai les bras, commençant à m'échauffer de plus en plus.
Ses yeux me jaugèrent, jugèrent mon irritation grandissante, puis son attention revint vers la vendeuse.
- Surtout, prenez tout votre temps.
J'allais me mettre à écumer de rage contenue, mais je décidai de me calmer un peu... quand une pression, à peine perceptible cette fois, se fit sur l'air. Si je m'étais laissé vraiment emporter par l'agacement, je ne l'aurais sans doute pas senti.
Une des clientes se mit à frissonner, à claquer des dents alors qu'aucun froid n'était présent dans l'air... Ses lèvres devinrent bleues, elle se rhabilla en grelottant, avec des frissons violents. Sur sa peau perlèrent des perles rouges... du sang. Du sang ? Les gouttelettes roulèrent, tombèrent au sol, et se brisèrent. Le phénomène empirait, la pauvre allait bientôt en mourir si ce démon complètement détraqué n'arrêtait pas maintenant.
Elle réussit à sortir de la cabine, et la pression s'atténua, le phénomène disparut. Et personne ne semblait avoir vu ce qu'il s'était passé.
- Ma douce, tu as une cabine de libre, murmura-t-il.
Non mais quel… Je retins de justesse le grognement primaire qui n'aurait pas manqué d'alerter la population féminine qui nous entourait. Ok… Calme-toi Bella. Ce démon est un salaud de la pire espèce mais ce n'est pas comme si tu venais juste de le découvrir…
Jetant un regard désolé à la pauvre femme, je pris possession de la place et me changeai rapidement, arrachant les étiquettes et récupérant les codes-barres. J'avais fait plus vite qu'eux… J'en profitais pour me recoiffer, passant mes doigts dans ma chevelure beaucoup plus longue qu'il y avait deux heures de cela… Puis je sortis, espérant que l'autre démon avait fini de se préparer…
Ce qui était heureusement le cas. Avec un regard légèrement lascif, il s'inclina et remercia la vendeuse qui l'avait aidée. La pauvre rougissait violemment et trouvait un intérêt prodigieux pour ses chaussures. Puis, soudainement, il se tourna vers l'autre qu'il avait à moitié congelé. Il prit un air paniqué, et se saisit du bras de la vendeuse, tandis qu'une fois encore, la pression glaciale reprenait possession de la pauvre femme.
- Bon sang ! Qu'est ce qui lui arrive ?
Le sombre pouvoir continuait son œuvre. La femme avait eu un répit de courte durée, et ce que ce salopard de démon faisait était pire que tout. Elle était tombée, recroquevillée, les tremblements avaient cessés. De l'air froid, de plus en plus ténu, s'échappait de ses lèvres craquelées, tandis que du sang à moitié gelé s'échappait, goutte à goutte, sur le sol.
Tandis que la vendeuse se précipitait vers la femme, ameutant le reste des vendeurs, vigiles, clients, le Seigneur-Roi, d'un geste vif, se saisit de mon bras et se dirigea vers la sortie.
Je me dégageai brutalement, aussi furieuse qu'estomaquée :
- Non mais qu'est-ce que vous croyez être en train de faire ? Réchauffez-la tout de suite !
- Dis comme ça, c'est tendancieux, "ma douce"... Si ça peut te rassurer, l'étreinte glaciale de la mort ne la fait pas souffrir. Il n'y a rien de plus doux que de mourir gelé.
- Je me fiche et que me contrefiche que mes paroles puissent paraître tendancieuses ! Donnez-moi une bonne raison pour laquelle vous êtes en train de la congeler vivante et peut-être que je vous renverrais chez vous un jour ou l'autre !
Il feula de nouveau comme un chat, les lèvres retroussées.
- Diversion, ça ne t'effleures pas l'esprit ? Tu voulais être discrète, catin. Personne ne se souviendra de nous, avec la mort de cette fille. De toute manière, il est trop tard pour elle.
- Alors comme ça ce n'est plus « ma douce » ? Ce n'est pas une façon de traiter sa femme… Et elle n'est pas morte et ne mourra certainement pas pour couvrir nos arrières ! Tout sur le compte de mon beau père, vous avez oublié ?
Furieuse, je me concentrais dans le but de réchauffer son corps glacé, sans que son cœur ne lâche pour autant…
Il haussa les épaules et sortit. Sur le coup, je ne m'en souciai guère. Je devinai seulement que ce... ce... ce démon avait arrêté son sort.
- Reviens, reviens, reviens, murmurai-je à la pauvre fille.
Complètement démunie, je fis un truc qui aurait pu ne pas passer inaperçu : je le téléportai jusqu'à moi.
- Comment j'ai fait ça ? me demandai-je stupéfiée.
Me secouant, je me retournai vers le démon… à l'humeur indéterminé
- Puisque vous êtes là, réchauffez-la, moi je laisse un mot à la vendeuse pendant ce temps !
Un grondement animal sortit de sa gorge, un grondement qui dérapait vers celui que j'avais entendu lorsqu'il se transformait à moitié en... Aranan.
- Elle est morte, Isabella An Terre. Pourquoi te soucies-tu d'elle alors qu'elle ne t'est rien ?
Je m'arrêtai dans mon mouvement, écoutant avec attention vers la jeune femme. Il avait raison. Elle était morte.
Les larmes me montaient aux yeux alors que je prenais conscience de la monstruosité de cet homme. Vacillante, je me rapprochai de lui et plantai mon regard dans le sien :
- Parce que contrairement à vous, j'ai vu qu'elle essayait des vêtements de grossesse, j'ai entendu le deuxième battement de cœur. Parce que j'ai vu qu'elle était mère, et même si tout cela ne suffisait pas, parce que j'ai été humaine et qu'une part de moi l'est toujours. Parce que j'ai une certaine considération pour la vie et parce que cela me répugne de tuer un innocent pour éviter de payer. Parce que je ne suis pas un monstre et parce qu'il est de mon devoir de protéger les humains de ma race et de toutes les autres qui pourraient leur faire du mal.
- Tu te dis Ssecketh, mais tu as oublié d'apprendre la première leçon. Ne te soucies que du brasier que représente ton peuple. L'étincelle qui est un lambda ne signifie rien, ne vaut rien, et si elle est vraiment de ton peuple, elle devrait être ravie de mourir pour servir ta cause.
Sa voix prit un ton sec, et il n'était absolument pas ému par la mort, ni par ma colère.
- Arrête-moi ses pleurnicheries de bonne femme, et comporte toi véritablement en reine, Ahlravja. Une reine n'a pas à pleurer. Une reine ne pleure pas son peuple et se montre forte. Une reine ne montre aucune faiblesse.
Je le fixai, le cœur glacé :
- L'amour n'est pas une faiblesse. L'absence de compassion en est une. En outre, je n'aurais pas regretté sa mort si elle avait eu un sens. Mais elle ne me sert ni à moi, ni à toi.
A bas le vouvoiement, il ne le méritait pas…
- Et sache que chacun gouverne de la façon qui lui plait… Et la tienne ne me convient pas, ni de près ni de loin. Ce que l'on m'a demandé au moment de monter au pouvoir, c'est d'être moi-même. De juger de ce qui est bon ou mal, d'exterminer ceux qui osent mener leur vie avec excès sans considération de ce qui s'ensuivra. Quand à mon peuple… Ils ignorent même être mes sujets, comment pourrais-je réclamer d'eux le moindre sacrifice ! C'est à moi de me sacrifier et à moi seule. Et ne viens pas m'embobiner avec tes leçons de royauté ! Il n'y en a pas une qui meilleure que l'autre ! Ce n'est que du blabla pour donner aux possesseurs du pouvoir une impression de légitimité !
Un éclat de rire retentit derrière moi. Ombre noire, âme noire, il se complaisait dans le chaos qu'il venait de provoquer, des gens grouillant comme des mouches derrière lui, vers la femme qu'il avait tuée. Il aimait faire mal, il aimait le chaos. Il aurait eu sa place sans aucun problème chez les Volturi.
Il me disait, peu soucieux des gens autour de lui, immobile, un sourire algide sur les lèvres :
- L'amour n'est pas une faiblesse ? Vois, regarde-toi, alors, Ssecketh Aqhiaz, la Reine Mendiante ! Observe le carcan de colère dans lequel cet amour te plonge ! Tu es une immortelle, non ? Elle serait morte un jour ou l'autre, et toi, tu aurais vécu. Si tu règnes vraiment sur un si grand monde, que te chaut cette vie alors qu'il y en a des milliards d'autres pour la remplacer ? Une vie a disparu. Deux, peut-être, si son enfant était suffisamment formé. Mais à l'heure où je te parle, cinquante autres sont venues au monde. De la mort découle la vie, et de la vie la mort. Accepte cet état de fait, Isabella An Terre. Ton peuple mourra, tes amants mourront, alors que toi tu vivras.
- Mon amant ne mourra pas ! Immortel, tu as déjà oublié ? Et je n'ai ni l'envie ni le courage d'argumenter avec toi !
Furieuse, je sortis sous le porche, complètement oublieuse de mon secret à protéger.
Il s'avança à ma suite, me saisit le bras et me tira violemment en arrière... J'allais avoir un bleu. D'un geste brusque, il me ramena vers lui, si bien que je me retrouvai plaquée contre son torse. Comme s'il me consolait de la vue d'un cadavre, comme un mari tendre et attentif, il me caressa les cheveux et me murmura à l'oreille.
- Peut-être parce que tu sais qu'au fond j'ai raison...? Et rien, oh non, rien n'est immortel ou le reste... Il existe tant et tant de manière de mourir, Ahlravja... Au fait, Reine Mendiante, j'attends de chaleureux remerciements. Que ce serait-il donc passé si tu étais allée au soleil, "ma douce"...?
Avant de se mettre à sourire, de son rictus cruel.
Je me dégageais lentement de son étreinte, soudainement épuisée par l'effort que cela me demandait de m'opposer à lui. Je me tournai face à lui et demandai simplement :
- Cela ne te dérange pas que je passe à l'hôpital avant que nous allions à l'orphelinat. J'ai besoin d'autre chose que ce que tu peux me procurer… J'ai besoin de reprendre espoir en l'homme avant d'aller massacrer quelques… ennemis. Tu veux bien me camoufler ?... S'il-te-plaît " mon ange ".
Il hocha la tête, apparemment satisfait que je n'aille pas plus loin.
- Tu oublies encore de me vouvoyer.
Mais, cette fois, sans autorité dans la voix. Il faisait un constat, à moi de voir si je reprenais le vouvoiement ou non. Il me faisait une faveur. "Oh, merci, ô grand et sage roi", pensai-je amèrement.
Une fois ma peau dûment camouflée, nous sortîmes, et, le temps que nous allions à l'hôpital, il me dit d'une voix sombre.
- Je n'ai jamais pu reprendre "espoir", comme tu le dis, en l'homme. Esprit de fillette et corps de femme. Les illusions sont rassurantes, mais ne te mènent pas loin.
Je soupirai, encore une fois :
- Tout ce que je demande, c'est pouvoir prendre une petite fille dans mes bras et penser que je compte plus que tout pour elle… Vas-tu m'en empêcher ? Penses-tu que c'est mal de quémander un peu d'affection ?...
- C'est ta fille ?
- Idiot. Aurais-tu oublié que je suis vierge ?
- L'adoption existe aussi, à Tazukyia, répondit-il sèchement.
- J'ai à peine dix-huit ans. Personne de sain d'esprit ne confierait à une adolescente la garde d'une enfant de trois ans, en sachant que la prétendue mère n'a même pas fini ses études.
- Ses "études" ? Je suis monté sur le trône à onze ans. Là, oui, je n'avais pas terminé d'apprendre, et même aujourd'hui j'apprends encore. Mais toi ? Dix-huit ans ? Non seulement tu es une femme faite depuis trois ans, mais en plus tu es reine. La question serait plutôt : quelle personne saine d'esprit ne confierait pas l'enfant à une reine, où il sera assuré de monter sur le trône plus tard, d'avoir une éducation à la hauteur de sa nouvelle naissance, et de ne manquer de rien ?
Les usages de la Terre manquent vraiment de logique.
Je souris légèrement :
- Tu sais bien que personne ne sait que je suis reine… Et d'ailleurs, même si je pouvais avoir des enfants, ils ne monteraient pas pour autant sur le trône… La succession est parfaitement aléatoire. Une Enreïka meurt, une jeune femme possédant les qualités requises est transformée en vampire et prend sa place. Et sur cette planète, je ne suis guère considérée comme une adulte… Tu verrais des jeunes femmes de mon monde, tu ne leur accorderais certainement pas du crédit, juste parce qu'elles sont en âge de procréer…
- Il est vrai que vous êtes élevés dans du miel et pendu au sein de votre mère jusqu'à vos vingt ans au moins, ici... Comment voulez-vous être adulte...?
Il secoua la tête.
- Passons. Cette fille. Vaut-elle la peine que l'on se déplace à ton... hospice ? Est-elle ta pupille ? La fille d'un seigneur rebelle à qui tu veux signifier que sa fille est en otage ?
Je secouai la tête agacée :
- Tu veux vraiment le savoir ? En sachant que tu vas encore me dénigrer et me dire que ce n'est pas là mon rôle et cætera et cætera ?...
- Je désespère déjà pour ton peuple et j'ai déjà pitié de la manière dont il va être dirigé. De plus, quoi que je puisse dire, tu ne m'écouteras pas. Je pense même arrêter d'essayer de te convaincre d'endosser vraiment ce qui est ton rôle... Qui est-ce ?
- Une petite orpheline à qui j'ai sauvé la vie, alors qu'elle allait se faire dévorer par une ourse, juste après avoir échappé à un massacre par des vampires. Je suis tombée amoureuse de sa bouille d'ange…
Il ne répondit rien - ô miracle ! - et se contenta de me suivre. Nous arrivâmes bientôt à l'hôpital.
Sans parler, je grimpai les escaliers jusqu'à l'étage de sa chambre. Le couloir était vide.
- Tu veux rentrer avec moi ?... Si oui… Sois gentil. Ce n'est qu'une enfant…
- Je connais les enfants. Je n'en ai jamais été vraiment un, mais je connais. Et j'en ai un, marmonna-t-il. Mais ce n'est pas pour autant que je me montrerais... "gentil".
Il pénétra à ma suite dans la chambre.
- Tu en parles comme d'un animal en voie de disparition…, soupirai-je en m'approchant du lit de la petite.
Elle était occupée à se faire nourrir par une infirmière et eut un grand sourire en tendant ses petits bras vers moi, dès qu'elle me vit.
- Maman ! cria-t-elle de joie.
Le Seigneur-Roi se recula dans un coin, croisa les bras et se contenta d'observer la scène, sans faire montre d'aucune émotion.
- Tu es sûre que tu ne veux pas l'adopter ? Elle en serait heureuse.
Eden croisa le regard du démon, et une moue adorable se peignit sur son visage.
- C'est qui ?
Ne répondant pas à la question rhétorique du démon, je m'assis sur le lit à côté d'elle, signifiant à l'infirmière que je m'occuperai de la faire manger.
- C'est… un ami. Je crois. Mais tu ne me demandes pas qui je suis moi ?...
Elle me regarda avec des yeux grands comme des soucoupes :
- Pour quoi faire ? Toi t'es ma maman et puis c'est tout.
Finalement, le Seigneur-Roi tira une chaise et s'assit. Un imperceptible sourire jouait sur ses lèvres.
- J'aime la logique des enfants.
Il s'adossa contre sa chaise et joua un instant avec une mèche de sa chevelure d'ébène, avant de me demander.
- Bon. Que faisons-nous ?
Je le regardai une seconde :
- On passe quelques minutes avec ce petit ange…
J'hésitai une seconde, ayant peur qu'il ne se moque de moi :
- Tu… crois qu'ils me laisseraient l'adopter ? Si je leur dis être sous la tutelle du médecin le plus respecté de l'hôpital ?...
Il me regarda fixement pendant un instant.
- Tu as beau ne pas être reconnue, tu as des droits. Tu pourrais. A condition d'être suffisamment convaincante. Je pourrais t'y aider aussi, si cela me seyait.
Il réfléchit une seconde.
- Dis que tu es mariée. Un environnement dit "stable", ce sera rassurant pour les imbéciles qui te signeront leur papier pour que tu aies la garde de la petite.
Il retira l'un de ses propres bijoux, un anneau d'argent surmonté d'une pierre d'un magnifique bleu vert, qu'il avait passé au petit doigt. D'un geste machinal, il me la lança, et elle retomba sur le lit, entre Eden et moi.
- Je te la donne si tu l'utilises. Sinon, rends la moi, c'est un ami qui me l'a offert.
Je la regardai fixement alors qu'Eden la prenait pour jouer avec :
- Ça passerait pour une alliance ?... Et sous quel nom suis-je censée me présenter ?... Je suis recherchée par mon père sur tout le continent… Je vais avoir besoin de papiers prouvant mon identité… Et dans tous les cas, ils voudront voir mon mari…
- Une alliance, c'est un anneau, non ? Qu'importe s'il n'y a pas de diamants, ou de paillettes. Le nom... Utilise celui de ton époux. Les papiers... Mmh... Ils seront combien à vouloir voir tes papiers...? Et ça ressemble à quoi ? Quant à ton mari... Ne compte pas sur moi pour jouer le rôle. Passer une nuit avec toi, d'accord, faire même semblant d'être ton mari, hors de question.
Il prit un instant pour me regarder et ses yeux prirent une teinte métallique.
- Comprend bien que mon seul but, c'est que tu me renvoies chez moi. Si t'aider te faisait accélérer le mouvement, je le ferai.
Je ne me sentais même plus vexée par ses allusions…
- Je ne t'ai pas demandé de faire semblant d'être mon mari… Et de toute façon je ne sais pas comment te ramener chez toi… Et puis…
J'allai reprendre quand Eden m'interrompit :
- Pourquoi t'es pas gentil avec ma maman ? Elle est gentille elle pourtant…
J'esquissai un sourire amusé et passai une main douce dans ses cheveux avant de me tourner vers lui, espérant de tout mon cœur qu'il ne dirait rien de stupide…
Il posa les yeux sur la petite fille comme s'il remarquait pour la première fois l'insecte sur sa chaussure. Il approcha sa chaise du lit, la retourna, et assit à califourchon, un bras croisé sur le dossier, l'autre légèrement appuyé sur sa tempe, il semblait se demander s'il allait l'écrabouiller ou l'étouffer avec l'oreiller.
Finalement, il se pencha, son nez frôlant presque le visage de la fillette.
- Ta mère n'est pas un exemple de gentillesse pour moi, petit chat. Bien qu'elle le puisse, elle refuse de me renvoyer chez moi. Je dois avoir un succès fou auprès d'elle, car c'est bien la première fois qu'une femme me kidnappe.
Il tendit les mains et tressa une mèche d'Eden.
- Mais passons, chaton. Tu as un nom ? Je m'appelle Mynd, mais tu peux m'appeler My, ou Hiver, ou bien Hiv.
Il passa à une autre mèche, il m'ignorait complètement.
- Moi, c'est Eden !
- Eden ?
Il sourit, un sourire doux, tendre. C'était bien le même type qui avait assassiné sans état d'âme une femme enceinte...?
- Les jardins d'Eden... le paradis, en somme... Le prénom de mon fils commence aussi par E... Il s'appelle Eithri. Dans ma langue, cela veut dire "né du feu"... C'est un peu moins poétique que le tien...
Une autre mèche, une autre tresse.
- Et je pourrai le voir ton fils ? Pourquoi tu dis que Maman a essayé de te kidnapper ?
- Je ne l'ai pas kidnappé, intervins-je. Et je ne mens pas quand je dis que je ne sais pas comment le renvoyer chez lui, ma puce… Tu veux bien manger un peu ? Sinon l'infirmière va me gronder…
Elle eut une petite grimace qui me fit fondre comme neige au soleil :
- Mais la soupe, c'est pas bon !
Je ris, malgré moi. Elle ressemblait tellement à l'image que l'on se faisait d'un enfant de cet âge…
- Si tu veux devenir aussi grand que ton nouvel ami, il faut manger de tout… Et même de la soupe…
- Je ne pense pas qu'il soit très intéressant pour toi, chaton... Eithri n'a même pas un an, reprit-il comme si je n'avais rien dit. Et ta mère m'a vraiment kidnappé, ne l'écoute pas... J'étais tranquille... Je jouais avec mon fils, tiens ! quand ta charmante mère m'a enlevé à ma vie (il me jeta un regard glacé, avant de revenir sur Eden).
Une nouvelle tresse apparut dans sa chevelure.
- Quant à la soupe... Mmh... J'ai plutôt mangé de la viande, chaton... Mais comme a dit ta mère, il faut manger de tout, allez, passe-moi l'assiette.
Il grimpa sur le lit, prit l'assiette et en pris une cuillerée. Il roula des yeux.
- Dieux ! Elle est vraiment très bonne, cette soupe. Je crois que je vais te la finir, tiens.
Eden piailla et voulut rattraper l'assiette. Avec un sourire rusé, le démon fit semblant de s'endormir.
- Je vais finir le reste plus tard… Pour le moment, je vais m'offrir une petite sieste...
Incrédule, j'observais le Seigneur-Roi se pâmer, Eden récupérer rapidement l'assiette et finir sa soupe en quatrième vitesse. Le démon ouvrit un œil, observa d'un regard soupçonneux l'assiette, puis me regarda.
- Qui me l'a finie ? C'est toi, je parie !
Tandis qu'Eden riait comme jamais.
Je souris, attendrie par cette scène, mais en même temps… Chagrinée. J'avais mal quelque part de voir cet homme qui n'était même pas humain prendre la place que je désirai dans le cœur de la petite fille. Je ne savais même pas comment il était possible pour un être de posséder autant de facettes…
Avec un sourire forcé, je me levai du lit :
- Tu veux bien veiller sur elle le temps que j'aille parler au médecin ?... Je n'en ai pas pour longtemps…
Sans attendre sa réponse, je déposai un baiser dans les boucles désormais nattées de la petite fille qui avait fait fondre mon cœur.
Passant la bague à mon annulaire gauche sous le regard goguenard du démon, je m'éclipsai de la chambre pour me diriger vers le bureau de Carlisle où j'entrais immédiatement après avoir effleuré la porte de mon doigt.
- Je veux des faux papiers, déclarai-je d'emblée, sans me soucier de le déranger.
Il leva les yeux du dossier qu'il étudiait, apparemment surpris de me savoir toujours ici :
- Pour quoi faire ?
Je secouai la tête exaspérée de devoir donner des explications :
- Mon père doit avoir lancé un avis de recherche et je refuse de laisser Eden retourner dans cet orphelinat de cinglés. Je vais l'adopter.
Il me regarda bizarrement :
- Tu n'as que dix-huit ans Bella… Et tu es en cavale. Comment veux-tu t'occuper de cette enfant ?
Je soupirai et m'affalai dans un fauteuil :
- Vous savez que j'ai toujours été sérieuse et que j'étais celle qui occupait le rôle de la mère dans ma famille. Je n'ai pas l'intention de la trimbaler partout avec moi. Je la confierais à Esmée le temps d'avoir résolu tous mes problèmes. Tout ce que je vous demande c'est une carte d'identité au nom d'Isabella Cullen, un faux contrat de mariage et tous les papiers que l'on pourrait me demander. Et que vous vous portiez caution aussi…
Il secoua la tête :
- Une adoption peut prendre des mois ! Elle sera obligée d'y retourner dans tous les cas !
- Sauf si l'orphelinat est détruit, répondis-je froidement.
- Bella ! Tu n'es pas une criminelle ! Tu ne vas pas détruire ce bâtiment simplement pour obtenir la garde de cette enfant !
- Détrompez-vous, je vais le faire. Mais ce n'est pas l'unique raison. Cet orphelinat est pourri jusqu'à la moelle, la directrice est une folle furieuse qui se débarrasse des enfants de façon fort peu catholique. C'est un service que je leur rendrai.
Carlisle leva un sourcil :
- J'ai envie de savoir ?
- Peut-être. Elle est très liée avec certains vampires.
Il hocha la tête :
- Alors tu vas avoir besoin d'aide.
Je haussai les épaules :
- Non. C'est inutile. N'oublie pas que je suis une nouvelle-née… Et j'ai une force d'attaque non négligeable. Tout ce que je te demande ce sont ces papiers.
- Ils voudront voir ton mari, objecta-t-il.
- Parti en voyage d'affaire au Japon. Il sait que je veux un enfant et est d'accord. Il me faudra une attestation écrite.
- Son nom ?
- Votre fils.
Il sourit, satisfait.
- Je m'en occupe. Mais qu'est-ce que je devrais dire à la famille, quand je rapporterai une enfant humaine à la maison ?
- La vérité : que l'orphelinat a été dévasté par les flammes et que les enfants ont été dispatchés chez des bénévoles sur toute la région.
- Très bien… Vas faire ce que tu as à faire mais fais attention aux enfants. Et prends-soin de toi.
Je hochai la tête et partis très vite rejoindre Eden et Mynd. Seulement une mauvaise surprise m'y attendait…
En entrant dans la chambre, non contente d'y retrouver ceux que j'attendais, trois autres personnes s'y trouvaient, demandant plus ou moins poliment à un Mynd en colère de quitter la pièce et de leur rendre l'enfant qui s'agrippait à lui en pleurant.
La fenêtre n'était pas ouverte, mais je remarquai le visage fermé et les étranges yeux du démon qui avaient pris une teinte froide, métallique. Apparemment, les pleurs d'Eden lui tapaient sur le système, et les tentatives des trois personnes achevaient de l'irriter. D'où la température proprement glaciale.
- Que se passe-t-il ici ?, rugis-je furieuse que Melle Beckam ait osé passer outre mon avertissement.
- C'est elle ! s'exclama Melle Beckam, un sourire avide de vengeance collé sur le visage, en me montrant du doigt.
Les deux autres hommes, l'un en impeccable costume noir, l'autre en uniforme de policier se tournèrent vers moi, les sourcils froncés, un air à la fois menaçant et ébloui sur le visage.
- Elle a menacé de me tuer si jamais je m'approchai de l'enfant dont nous avons la garde !
Effarée, j'écoutai ses stupides accusations moins attentivement que les pleurs de l'enfant, qui me brisaient le cœur.
- Cette femme est folle, répliquai-je calmement en jetant un regard menaçant aux deux hommes pour les dissuader de m'approcher.
Elle rougit de fureur :
- Et vous vous êtes une psychopathe !
Je lui jetai un regard dégoûté
- Si c'était le cas, je n'aurais pas cherché à sauver cette enfant de la mort, ni ne serait revenue la voir. Connaissez-vous simplement le sens du mot « psychopathe » ?
Mynd eut alors un sourire de prédateur, loin d'être rassurant, et murmura :
- Je peux lui montrer la signification selon mon peuple, Isabella... Je suis certain que cela lui plairait.
Je la vis avec intérêt devenir d'une laideur époustouflante, comme possédée par un… démon. Non ce n'était pas le mot… Maintenant que je connaissais un démon, il était difficile d'utiliser d'aussi simples comparaisons.
Même les deux hommes semblaient effrayés par sa réaction et ils la retinrent de justesse alors qu'elle voulait se jeter sur moi, griffes sorties.
Le policier lui passa rapidement les menottes pour la neutraliser et la força à s'asseoir sur un fauteuil alors que, yeux exorbités, narines dilatées, elle me fixait de ses pupilles meurtrières.
Il se tourna vers moi et me lança un regard désolé :
- Je suis navré mais nous allons tout de même devoir vous emmener au poste de police pour vérifier ses affirmations.
Je haussai un sourcil, surprise :
- De quoi est-ce que vous parlez. Il est évident que cette femme n'a pas toute sa tête. Je n'ai cherché qu'à protéger Eden de sa folie.
- Maman… renifla la petite dans les bras du gigantesque démon.
Je tournai mon regard vert vers le petit ange et traversai les quelques mètres qui me séparaient d'elle avant de la prendre dans mes bras.
- Je suis là ma chérie…
Le policier me demanda déboussolé :
- Vous êtes sa mère ? Je la croyais orpheline.
Serrant le petit être contre moi, je répondis :
- Pas encore mais je le serais sous peu. J'ai prévu de l'adopter avec mon mari.
Incrédule, il leva les yeux vers mon compagnon :
- Vous êtes mariés ?
- NON ! répondîmes-nous en chœur.
Il fronça les sourcils tentant désespérément de comprendre la situation.
- C'est un ami. Mon mari doit revenir du Japon dans quelques mois.
- Excusez-moi mais… N'êtes-vous pas un peu jeune pour être mariée et adopter un enfant ?
Agacée, je répondis sèchement :
- Mes beaux-parents ont adopté cinq enfants adolescents alors qu'ils étaient à peine plus vieux que moi. Je les considère comme un exemple. Après tout, qui sait quel homme serait devenu mon mari sans eux…
- Vous parlez du docteur Cullen et sa femme ? Il fallait le dire tout de suite que vous êtes leur belle-fille ! Eux et leurs enfants forment une famille charmante, je ne mettrais jamais en doute leur honnêteté…
Derrière moi, Mynd émit un son étranglé. Et oui… Voilà comment marchait l'esprit des gens sur cette planète…
- Je suppose que je n'ai plus besoin de vous suivre au poste. Aussi vous prierai-je de vous occuper de Melle Beckam. Des soins psychiatriques s'imposent, je le crains.
- Sale garce, éructa-t-elle, les dents serrées. Je vous le ferrais payer à toi et à cette sale gamine ! Je suis sûre qu'Heidi vous trouvera à son goût, murmura-t-elle un sourire sadique et extatique sur les lèvres.
Heidi ? Une vampire à n'en pas douter. Et vu l'expression qui avait passé sur son visage quand elle avait prononcé son nom, il était évident qu'elle lui portait des sentiments… tout autant à la personne qu'à sa nature de vampire… Elle mourrait d'envie d'en être une et haïssait l'idée qu'elle ne serait rien d'autre qu'une faible mortelle.
Quant à moi, j'étais rassurée que personne ne pense à lui offrir l'immortalité… Je n'avais pas la moindre envie d'avoir ce genre d'ennemie sur les bras. Même si je savais qu'elle ne pourrait jamais me faire de mal.
- Vous voyez…, pris-je l'agent à témoin. Elle ne va pas bien du tout. Complètement cinglée. Et dangereuse qui plus est. Tant que vous êtes ici, vous devriez demander à l'interner…
L'homme en noir parut ennuyé :
- Il va nous falloir trouver quelqu'un pour la remplacer à l'orphelinat…
Je lui lançai un charmant sourire :
- Je suis certaine que le personnel en présence pourra facilement se passer d'elle. Et qu'il en sera soulagé.
Il hocha la tête en réfléchissant.
- Carmilla devrait pouvoir s'occuper de tout ça… Et lui trouver une remplaçante. Je vais lui passer un coup de fil, si vous permettez. En attendant, l'enfant restera ici. Jusqu'à nouvel ordre, bien que vous vous soyez portée à l'adoption, personne ne sera autorisé à la faire sortir de l'établissement.
J'hochai simplement la tête, alors que j'appréhendais sincèrement l'idée que l'on me refuse Eden.
Mais la meilleure chose pour oublier tout ça était encore de m'occuper les mains.
- Nous allons aussi y aller. Nous avons beaucoup de choses à faire… On se revoir plus tard ma puce ? En attendant, ça te dirait d'aller jouer avec d'autres enfants ?
Elle cligna des yeux :
- Tu pars ?... Tu reviens bientôt ? J'veux dormir… Ch'ui fatiguée…
Je souris et la recouchai dans son lit.
- Si tu as mal au bras, appuie sur le bouton, et quelqu'un viendra te soigner…
Je l'embrassai sur les deux joues et remontai la couverture jusqu'à ses épaules.
- On peut y aller maintenant, m'adressai-je au Roi des Démons.
Il hocha la tête et murmura :
- Dors bien petit chat.
Elle sourit dans son demi-sommeil, un pouce dans la bouche et marmonna :
- 'nuit My…
Et nous sortîmes de l'hôpital, jusqu'au parking réservé aux médecins.
Je repérais rapidement la voiture de Carlisle, et l'ouvris, grâce aux clés que je lui avais subtilisées en cachette.
M'asseyant au volant, j'attendis que Mynd en fasse de même à mes côtés, puis démarrai. Roulant en direction du ferry, je lui demandai :
- Tu sais conduire j'espère… Tu as du en avoir l'occasion à ton dernier passage sur Terre ?
- ... J'ai passé à peine une journée quand j'y suis allé pour la première et unique fois. Je me suis d'ailleurs allégrement fait insulter de... Démon (un sourire en coin, amusé), de Diable, de Satan, de créature des Enfers... Parce que j'étais allé dans un asile tenu par des personnes croyantes à votre religion terrienne. Bref. Comment veux-tu que je sache conduire ?
- Et comment voulais-tu que je sache que tu n'étais resté qu'un jour ? répondis-je du tac au tac. Enfin… ce n'est pas grave. Je laisserais la voiture de Carlisle là-bas, et demanderai à Alice de venir la chercher. D'ailleurs je vais faire ça tout de suite.
Je composai rapidement le nouveau numéro d'Alice et attendit qu'elle décroche. Ce qu'elle ne fit pas. Aussi lui laissai-je un bref message sur son répondeur avant de raccrocher. Le ferry était sur le point de partir lorsque nous arrivâmes et nous eûmes tout juste le temps de monter à bord.
Ce fut relativement rapide. Une fois de l'autre côté, je repris possession de ma très chère voiture et effectuai de nouveau la traversée. Mynd était admirablement calme, comme perdu dans ses pensées, mais je ne doutai point de 'l'imminence de la tempête qui approchait.
Alors qu'il s'apprêtait à parler, je lui coupai la parole :
- Je vais faire ce que j'ai à faire et je te jure que je garde le reste de la journée pour essayer de maitriser mon pouvoir et te ramener chez toi.
Il fronça les sourcils et me murmura, alors qu'une aura de puissance et de mal se détachait autour de lui :
- Tu as intérêt… Je commence à me lasser de ce petit jeu. Sache que si tu n'y arrives pas de toi-même, je trouverais de quoi te motiver. Les démons sont violents, incontrôlables, suivants leurs seules envies, leurs désirs les plus primaires. C'est pour cela que nous sommes redoutés par les autres races : nous lavons l'affront dans le sang et nos courroux sont impitoyables et implacables. Il vaut mieux pour toi que je ne m'intéresse pas de trop près à ta petite famille… Alors songe, songe Reine Mendiante, à ce qu'il se passerait si tu m'énervais vraiment. Or, Isabella An Terre, je t'informe que tu progresses rapidement sur cette voie. Je te donne l'heure pour maîtriser enfin ton misérable pouvoir et me renvoyer chez moi, ou alors tu connaitras la colère d'un Seigneur-Roi démoniaque. Auréolée de ta minable puissance qui n'est rien à côté de la mienne, et du lamentable sentiment de gloire et de fierté que tu retires à protéger l'insecte, tu ne sembles pas te rendre compte du fléau, du danger que je représente.
Je haussai les épaules, paraissant impassible malgré le frisson que j'avais empêché de remonter le long de mon échine :
- Garde tes menaces pour toi, veux-tu ? Je t'ai promis de te renvoyer sur ta très chère terre… Je tiens toujours mes promesses.
- Tu te trompes, Reine Mendiante. Ce n'est qu'un avertissement. Mais si dans l'heure je ne suis pas révoqué et renvoyé dans ma patrie, je m'occuperai d'Eden et de chaque personne auxquelles tu tiens. On ne devient pas roi démoniaque sans connaitre l'anatomie et l'art de la torture. Je connais chaque fibre, chaque os, chaque nerf, et j'en joue comme un maître joue de son instrument - tu l'auras toi-même testé. Ceci est une menace.
Je tournai un visage empli de fureur vers lui :
- Ne te crois pas si puissant, Ô Seigneur Démoniaque. Tu oublies que tu es ici en infériorité. Et ne crois pas que voir ceux que j'aime estropiés, morts ou que sais-je encore me donnera l'envie de te renvoyer sur ta terre retrouver tes semblables. Ton fils. Peut-être irais-je au contraire boire jusqu'à la dernière goutte le sang de son père à son cou délicat… Peut-être éliminerai-je chacun des tiens susceptibles de prendre le trône de ta contrée. Que deviendrait alors ton pays si incontrôlable sans roi, sans héritier ? Et sache que moi aussi j'ai mes priorités. Renvoyer un roi prétentieux à sa patrie vient après l'extermination de mes ennemis. Ceux qui resteront sur cette terre, j'entends bien.
Comme nous arrivions devant l'orphelinat, je freinais brutalement en un magnifique dérapage, et plantai mon regard dans le sien :
- Bien sûr si vous voulez partir plus tôt, il ne tient qu'à vous de me venir en aide. Ressortez donc cette magnifique épée vivante, la Claymore du Saigneur et défoulez-vous sur quelques vampires… Tranchez la tête et faites les brûler. Dès que nous aurons fait place nette, je vous renverrais chez vous. Deal ? lui demandai-je en lui tendant une main qui ne tremblait pas.
Alors qu'il m'observait d'un regard mauvais et destructeur, il prit la parole d'une voix basse, sourde et menaçante :
- Me renvoyer ? Tu le feras. Tu me supplieras même de te laisser le faire une fois que tu auras vu ce que j'aurais fait à tes proches…D'autre part, tu n'as ni le pouvoir ni la technique de venir sur He'lltyl, incapable que tu es de me renvoyer chez moi… Mon fils est un bâtard, il n'est légitime que parce que je n'ai encore pas d'épouse qui m'aura donné des héritiers. Si l'envie t'en prends, tue-le. Mais tu auras sa mère et la puissance des elfes sur le dos, pour cela je leur fais confiance… Bois mon sang qui coule dans ses veines et cette fois ce seront les démons qui te tomberont dessus avec mon Aranan. De toute manière, tu ne peux venir dans me contrée, alors ces paroles sont inutiles, acheva-t-il sur une note froide.
- Tu me sous-estimes. Elfes et démons ne me font pas peur. La mort, la souffrance, la colère d'autres races m'indiffèrent si je n'ai plus personne à mes côtés pour me soutenir.
- Crois-moi, Ahlravja, tu n'as aucune envie de savoir ce que signifient « colère », « vengeance » et « destruction » dans la bouche d'un Seigneur-Roi démoniaque, grogna-t-il els yeux noirs. Bon. Cessons-là cette discussion. Tu as dit que j'étais en… infériorité ?
Sans sourire, il me rendit mon regard en bien plus froid, dangereux.
- Je ne te viendrais pas en aide. Je ferais le travail à ta place. Reste sur le côté, insecte. Observe qui est en infériorité numérique.
L'atmosphère était proprement glaciale. Non seulement son pouvoir était tellement grand que le démon ne parvenait pas à le retenir complètement, mais en plus il s'était énervé.
Cependant, j'imaginai mal comment à lui seul il viendrait à bout de la trentaine de vampires expérimentés que je sentais à l'intérieur du bâtiment – sans compter la liste précise des noms que m'avait sorti Bridget… Aussi bon combattant qu'il semblait être, il n'y arriverait jamais seul.
Dédaignant ma main tendue, il sortit, plus royal que jamais, de la voiture et claqua la porte. Crachant sur le sol, il me foudroya du regard. Il était tellement furieux que, dehors, le ciel se couvrait de gros nuages noirs menaçants, et qu'un blizzard glacial se levait. Le vent soulevait violemment ses vêtements, le fouettait brutalement, mais il n'y prêtait pas attention.
Sous mes yeux inquiets –et curieux, avouons-le – il leva la main vers le ciel, ferma les yeux, puis hurla plusieurs mots dans sa langue gutturale. La détonation brute de magie me secoua au plus profond de moi-même et mes entrailles se tordirent, saisies par une main glaciale.
Il m'avait dit à un moment que la magie de sa terre avait été bannie d'ici, et que son utilisation était très difficile, et parfois chaotique pour les habitants de son monde. Si là il avait du mal à pratiquer sa magie, qu'est-ce que c'était quand il était chez lui, libre d'utiliser la totalité de ses pouvoirs ? Je ne tenais définitivement pas à le savoir.
Le ciel se teinta d'un violet sombre, agressif, tandis que la magie s'amplifiait, m'écrasant malgré mon statut d'Enreïka. L'exultation montait dans mon corps alors que je me sentais… vulnérable. Depuis quelques jours déjà, je m'inquiétais de ma toute puissance, des limites inexplorables de mon pouvoir, et là, pour une fois, je me sentais libre de mourir un jour, libre d'être inoffensive pour quelqu'un au moins. Et ça ne me faisait pas peur.
Il hurlait de plus en plus fort, la tête renversée, les yeux révulsés, un air extatique sur le visage, son poing fermé tourné vers les cieux, alors que le vent se déchaînait de plus en plus en rafales violentes qui faisaient plier les arbres, trembler les murs et balloter ma voiture… Comment pouvait-il encore rester ancrer au sol ?...
Alors j'ignore comment mais je compris la suite de ses incantations, qui le faisaient vibrer de puissance :
- Mon peuple, mes bien-aimés, mes sujets, mon sang, je vous convoque. Venez à moi, venez-en moi, tuez-moi, lacérez-moi, détruisez-moi.
Je vous invoque, mes fils, mes pères, mes frères. Venez en aide à votre souverain, venez à moi, venez en moi, tuez pour moi, réduisez en cendre pour moi, parce que je vous invoque.
Traversez les Plans, traversez les mers, traversez le Néant. Mes adorés, mes amants mes bourreaux, mes victimes. Venez pour moi.
C'était la langue ancienne, la langue chargée de magie des démons, et je la comprenais, parce que j'étais Enreïka et moi-même un être de pure magie.
Le Seigneur-Roi criait, criait… Je m'étonnais même que l'orphelinat ne soit pas prévenu par tout ce bruit, avec les éléments qui se faisaient de seconde en seconde plus violents.
- Venez à moi ! Je vous convoque ! Je vous invoque ! Venez à moi ! Venez à moi ! VENEZ À MOI !
Le point culminant de l'invocation, et, soudainement, toute la tension accumulée explosa en un flash d'une obscurité aveuglante.
Et là, tout autour du Seigneur-Roi, des démons. Au moins deux centaines de démons. Des immenses, des cornus, des griffus, des bêtes incroyables, gigantesques, des monstres, mais aussi des êtres plus beaux qu'on pouvait l'imaginer, des femmes, des hommes à la beauté irréelle, mais empreinte de sauvagerie…
Et tous se prosternaient devant Mynd qui les toisait de son œil froid. Un homme s'approcha et parla dans la gutturale langue démoniaque. Mynd hocha la tête, lui répondit dans la même langue, puis hurla aux démons des ordres secs. Les autres hurlèrent de joie, crièrent leur rage, leur violence, leur dévouement pour leur roi.
Alors il se tourna de nouveau vers moi, et me regarda de ses yeux fendus. Puis, sans cesser de me regarder, il leur ordonna d'attaquer. De tuer. L'armée nouvellement formé rugit de plaisir et se rua vers l'orphelinat.
Les démons étaient dans la place...
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Bon… Une question pour vous… Mynd. Amour ou haine ? ^^
(Tout ça pour ne pas poser la question fatidique : Thériel. Envie de l'étrangler ou de l'embrasser ?... (A))
J'attends vos reviews avec impatience ! ^^
PS : En lien je vous mets :
- un dessin de Mynd par Clo elle-même…
- et une image qu'elle a trouvé qui le représente assez bien… sans cicatrices ^^
