Note de l'autrice : Bonjour,

Et voilà le chapitre 21. Bonne lecture.


Chapitre 21 : Divergence

Nibelheim, 2010

Nero déposa doucement Weiss sur le lit d'une des chambres à l'étage du Manoir. Il n'aimait pas trop cet endroit, qui était lugubre et commençait à être délabré, mais il n'avait pas le choix. Il avait tout de même changé les draps et fait un semblant de ménage dans la pièce, histoire que son frère ne soit pas trop mal installé.

Il s'assit sur une chaise tout en massant son épaule – pardon, celle de Genesis. Demander à l'aile de rentrer lui avait pris un peu de temps, et surtout beaucoup de contorsions. C'était ça, de ne pas être maître d'un corps qui ne lui appartenait pas... Il fixa son frère, toujours figé dans son sommeil éternel. Il sentait les pulsations du cœur de l'Immaculé, ainsi que son souffle. Le virus que lui avaient injecté les Restrictors si jamais leur chef venait à mourir ne l'avait pas tué, et Nero en connaissait la raison.

Hojo.

Il serra les dents. Ce menteur lui avait dit qu'il pouvait lui ramener Weiss. Peuh ! Promesse non tenue. Il ne désirait que réveiller Oméga et s'en emparer. Au moins, en possédant Weiss, il avait éradiqué le virus. Juste avant d'être confronté à Avalanche lors de la crise du Météore, le scientifique fou s'était administré des cellules de Jenova pour que sa conscience survive si jamais il était vaincu. Bien que Weiss soit « pur », Hojo s'était fondu en lui en utilisant le flux de la Rivière de la Vie... comme le faisait Jenova, en somme.

Elle et Hojo sont de véritables poisons que la Rivière ne peut pas assimiler en elle. Leurs âmes subsistent. La chair de Jenova est immortelle, qui plus est.

Il le savait, puisqu'il recelait aussi une part de son héritage. Un sourire fatigué fleurit sur ses lèvres. Il n'était pas « pur » contrairement à son frère, loin de là. Ils s'opposaient avec perfection. Pourtant, Weiss l'aimait et s'était toujours occupé de lui. Agir envers Hojo comme s'il parlait bel et bien à Weiss l'avait révulsé...

Nero se releva, puis sortit de la pièce. Il était temps de se rendre dans le laboratoire secret de ce manoir, ainsi que sa bibliothèque. Il aurait un début de piste pour ramener son frère à la vie et récupérer son corps. Après tout, la chair de Jenova était immortelle. Peut-être que ses propres ténèbres et son pouvoir les avaient sauvegardées au sein d'elles à l'instant où Hojo l'avait « tué ». Le tout était de savoir comment inverser le processus si les événements s'étaient déroulés de cette façon.

Le ventre du Tsviet se tordit – au sens figuré du terme. Si jamais l'explication n'était pas bonne, il risquait d'être coincé dans l'enveloppe charnelle de Genesis pour toujours. Il ne le souhaitait pour rien au monde. Le capitaine 1ère Classe chercherait à l'éjecter de toute façon et, rien que par amour pour Weiss, Nero serait capable d'annihiler son esprit. Un autre crime sur sa conscience... Genesis n'était pas un monstre. Pourrait-il devenir un allié pour lui et Weiss ?

Il fixa les habits de son hôte. Pas en très bon état, hélas. Le manteau qu'il portait était déchiré surtout du côté droit, et ses pans étaient reliés par des lanières rouges d'un cuir résistant. Quant à la tenue de Soldat... Non, vraiment, Genesis avait besoin d'un bain et de revêtir un nouvel uniforme. Hélas, ce n'était pas le moment de songer à ces choses aussi primaires qui ne le concernaient pas. Sauf peut-être pour l'odeur corporelle...

Nero plissa le nez. Non. Il fallait qu'il aille prendre une douche. Genesis ne lui en voudrait pas de ça. Enfin, il l'espérait.

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Junon, 2010 (deux mois plus tard)

Fallen et Shona demeuraient introuvables. Rivus commençait à perdre espoir. Contre toute attente, Erwann avait changé d'avis et croyait que sa sœur était toujours vivante, qu'il ne devait pas abandonner.

Sous une fausse identité – et deux perruques brunes –, les deux hommes observaient le village avec un soupir nostalgique. Il se rappelait l'époque où Erwann l'avait emmené en ville afin qu'il se fasse examiner. Ils ne s'étaient pas attardés dans le Junon « d'en bas » et, aujourd'hui, cela leur rendait service. Ni l'un ni l'autre ne seraient repérés.

— Bon… On reste une nuit là, puis on prendra la route des marais près de la ferme de Choco Billy, c'est ça ?

— Oui, répondit Erwann.

Soudain, alors qu'ils se dirigeaient vers ce qui tenait lieu de mairie, une femme aux longs cheveux noirs en sortit. Rivus se raidit ; leurs regards se croisèrent, ahuris. Leur souffle se bloqua au sein de leur poitrine. Le médecin observait son meilleur ami et l'inconnue avec stupéfaction. Il la reconnut enfin à ses yeux, tandis que Rivus lâchait d'une voix étranglée :

— S… Shona !

— Rivus ! Oh mon Dieu !

Elle se jeta dans ses bras et, malgré sa grande taille, l'ex-Soldat faillit tomber à la renverse. Les paupières humides, il éclata de rire et la serra fort contre lui en tremblant comme une feuille. Shona articula :

— Tu es vivant… Cette perruque est horrible, tu aurais pu faire mieux !

Il se surprit à répondre avec ironie :

— Plus je suis laid, plus je passe pour banal et inaperçu.

— Tu n'as pas mis de lentilles pour cacher ton regard.

— Je ne suis pas le seul homme sur Gaïa à avoir les yeux violets. On est trente-quatre pour cent, hein. Les yeux verts, c'est pareil.

— Tout le monde le croit mort, de toute façon. C'est Fallen qui est recherchée, intervint Erwann.

Shona se sépara de son neveu. Son visage accusait la fatigue et la tristesse. Rivus fut assailli par un mauvais pressentiment.

— Shona, ma sœur… Elle n'est pas…

— Je ne sais pas. Elle a quitté Feyther il y a plus de six mois maintenant.

Rivus baissa la tête et se retint de serrer les poings. Un grondement résonna dans le lointain. L'orage ne tarderait pas à assiéger la région. Il murmura :

— Est-ce qu'elle allait bien ?

Shona soupira, tandis que son regard s'assombrissait.

— Je ne vais pas te mentir, Rivus. Quand nous l'avons récupérée, il y a deux ans de cela, elle… Elle était un des cobayes de Narulon. Votre beau-père l'a livré en pâture à cet homme.

L'ex-Soldat blêmit, de même que son meilleur ami.

— Que lui ont-ils fait ? Qui est Narulon ?

— As-tu déjà entendu parler d'un projet de bombe biologique ?

— Un projet de quoi ?

Avec patience, sa tante lui expliqua :

— Nous avons fouillé dans ce qu'il reste de la bibliothèque de Midgar, dans la section « Recherche du département de développement scientifique ». Bien entendu, il y a des dossiers sur le projet S, le projet G, la mako…

— Et donc ?

Rivus croisa les bras.

— Il y a également des expériences menées sur des virus et antidotes. La manière d'en créer de nouveaux. Certains spécimens finissent par ne produire que l'un, ou l'autre. Narulon est un scientifique de la même trempe qu'Hojo, sauf qu'il travaille sur la microbiologie.

Shona déglutit.

— Fally… est devenue une bombe biologique à virus.

L'ex-Soldat hoqueta. Le paysage autour de lui tournoya tandis qu'il vacillait et mesurait l'horreur de la situation. Sa sœur… Celle qu'il devait protéger plus que tout…

— Il… Il n'y a pas moyen de la guérir ?

— Pour cela, il faudrait la retrouver.

Rivus acquiesça. Les yeux le brûlaient, mais il refusait de pleurer. Shona le dévisagea un moment avant de lui murmurer d'un ton doux :

— Tu es le bienvenu parmi nous. Puis la famille, la vraie, s'est assez déchirée comme ça.

Il perçut la supplication dans sa voix. Elle avait raison : ils ne pouvaient pas continuer à vivre chacun de leur côté. Ils avaient un but commun : sauver Fallen. Il se tourna vers Erwann, qui hocha la tête.

— Je te suivrai, peu importe ton choix.

— Merci.

Il fixa Shona avec détermination pour lui donner sa réponse.

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Nibelheim, 2010 (six mois plus tard)

Nero referma avec un claquement sec le volumineux rapport sur les cellules S rédigé par Hojo. À la base, il ne comptait pas le lire, mais il avait cédé à la curiosité. Hojo parlait d'endroits naturels sur Gaïa où l'on pouvait trouver de la mako à l'état minéral. Un phénomène assez rare, surtout depuis que la Shinra s'était emparée de Gaïa, mais le scientifique y accordait de l'intérêt pour d'autres raisons.

Des cristaux de mako pouvaient renfermer des renseignements très précieux pour qui savait les décrypter. Un peu comme la pierre, sauf qu'elle enregistrait la mémoire d'un monde à un instant T. Un jour, au Soldat, Nero avait eu un cours intéressant sur la géologie et sur les propriétés de ce type de mako ; Après tout, elle n'était que la matérialisation de la Rivière de la Vie, là où se rendaient les âmes des morts... et aussi d'où en sortaient de nouvelles, purifiées de leur vie précédente. Ainsi perdurait le cycle du temps et de l'évolution.

Songeur, le Tsviet rangea le document dans le rayon adéquat – enfin à peu près, vu le monstrueux bordel créé par Sephiroth quand, onze ans plus tôt, il s'était calfeutré ici après les révélations bouleversantes et sa visite des sarcophages de mako du Réacteur au Mont Nibel. Genesis y était, d'ailleurs, et avait eu le mauvais goût d'intervenir. Cependant, contrairement à ce dont se souvenait Zack, il était arrivé après que l'argenté se fut défoulé avec Masamune, donc après sa première crise existentielle. Il n'avait pas dit grand-chose, mais tout naturellement, il avait rajouté de l'huile sur le feu sans pour autant avoir déclenché la folie de Sephiroth. Il était déjà trop tard à ce moment-là (1).

L'homme aux longs cheveux d'argent avait basculé dans les griffes de Jenova, qui avait profité de ses doutes pour pénétrer dans son esprit – surtout qu'il était très proche de son corps. Genesis avait aussi eu la brillante idée de lui demander des cellules S pour le guérir alors qu'il voyait que Sephiroth ne semblait pas lui-même.

Pour sa défense, il était rongé par son propre mal et avait sous-estimé la gravité de ce que venait d'apprendre le guerrier... Zack, quant à lui, était à demi-conscient, car il avait été assommé par un sort de brasier de Genesis. Lorsqu'il avait pu enfin bouger, Sephiroth avait quitté les lieux. Le Manipulateur de feu lui avait jeté un regard énigmatique avant de partir à son tour.

Nero avait eu accès à une partie de la mémoire de Genesis pour connaître toute l'histoire.

Un petit sifflement s'échappa d'entre ses lèvres. Il devait se rendre au Mont Nibel, il le sentait. Là-bas, il dénicherait le prochain indice pour retrouver l'esprit de Weiss. Par contre, rien que le fait de sortir sans prendre le corps son frère le révulsait, mais il n'avait pas le choix. Il n'aurait pas le courage de le transporter jusque-là.

Au cours des derniers mois, Nero avait exploré en long, en large et en travers le Manoir ainsi que sa bibliothèque et son laboratoire souterrain. Il avait même fouillé l'ancienne cachette de Vincent Valentine ! Mis à part quelques données sur les propriétés de la mako cristallisée, il n'avait rien trouvé de probant...

Soudain, un petit livre rouge attira son attention. Il ne l'avait pas vu puisqu'il ne consultait cette section de la bibliothèque que depuis peu de temps, et que l'ouvrage était masqué par un pavé plus imposant. Nero secoua la tête. Il n'était pas Genesis, la poésie et le théâtre ne l'intéressaient pas. Déjà, que faisait cet exemplaire de Loveless ici ? Un flash provenant de la mémoire de son hôte le renseigna : juste avant de partir à Banora, Genesis était repassé à Nibelheim et y avait laissé l'ouvrage. Pourquoi ? Les souvenirs du Soldat ne lui révélèrent rien de plus.

Nero se saisit du petit livre rouge, puis le glissa dans une besace accrochée à son pantalon – enfin, celui du Manipulateur de feu. Il n'avait pas le choix, il devait le garder. Genesis le réclamerait sans doute lorsque le Tsviet le libérerait de son emprise...

Je dois aller au Mont Nibel.

Il quitta les lieux sans ranger comme il avait eu l'occasion de le faire au cours de ces derniers mois. Par contre, avant de prendre la route pour le réacteur, il devait se reposer et s'entraîner plus assidûment contre les bestioles du manoir. Il ne s'habituait pas au corps de Genesis et il devait maîtriser ses capacités physiques s'il affrontait des monstres plus imposants que ceux de son gîte temporaire.

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Corel, 2010

Katana tournait en rond dans le bureau de Narulon, qui le foudroyait du regard. La pièce aux murs gris était dénué de tout luxe et le radiateur était mis au maximum pour chauffer péniblement ses occupants. Assis dans un vieux fauteuil en cuir, Narulon tapotait le bureau en chêne avec nervosité. Le Turk était entré depuis seulement cinq minutes, mais la tension était à son comble.

— Ça ne la ramènera pas plus vite. Vous avez vraiment cherché partout ?

— Évidemment, rétorqua Katana avec mépris.

— Étant donné son état de santé, je suis surpris qu'elle soit parvenue à se cacher durant autant de temps.

— À moins qu'elle ne soit morte.

L'expression du Turk était dénuée d'émotions. Narulon grinça des dents. Vraiment, Katana était un pur psychopathe. Il avait besoin de cobayes en bon état, pas de cadavres proprement exécutés ! Le beau-père de Fallen était un esthète, mais il oubliait parfois d'obéir aux ordres du scientifique lorsqu'il les estimait futiles. Pour lui, la jeune femme ne « servait » plus. Elle n'était qu'une bonne à rien, y compris dans son rôle de bombe biologique. Narulon soupira.

Soudain, on frappa à la porte. Une voix nonchalante résonna à travers la cloison :

— Eh, ça fait dix minutes que je poireaute comme une andouille.

— Tu attends ton tour ou sinon ton nom ne sera plus une légende, siffla Katana, excédé.

— Balto, voyons…

Il serra les dents. Il détestait qu'on lui rappelle son surnom ! Après ces mots, Legend pénétra dans le bureau, puis s'assit avec assurance sur un fauteuil sans y avoir été invité.

— Two Gun et Shot Gun ne vont pas tarder. Avec toi, on pourra retrouver la trace de Fallen.

Narulon esquissa un sourire narquois. Katana préférait travailler seul, mais là, il n'avait pas le choix. Son spécimen se montrait beaucoup plus rusé qu'il ne l'avait cru. Elle se comportait tel un caméléon. Quand il l'aurait capturée, il interdirait formellement à Katana de l'approcher, car elle pouvait encore lui servir. Legend pourrait empêcher son collègue d'exécuter la jeune femme. Il se frotta les paumes, puis s'adressa à eux :

— Je peux savoir ce qui vous motive à vous exposer comme ça, alors que Rufus serait ravi d'avoir vos têtes ?

Narulon adorait remuer le couteau dans la plaie. Même le regard glacial de Katana ne parvint pas à l'ébranler. Le scientifique aux cheveux roux se renversa sur son fauteuil.

— Si le Président met la main sur elle, vous êtes mal… et moi, je risque ma peau.

— Tout se passera bien, soupira Legend. La Shinra est démantelée, Tseng et ses larbins sont bien trop occupés à prendre soin de Gaïa, comme ils le clamaient à qui voulait l'entendre !

Rufus mourait d'envie que la Shinra renaisse de ses cendres, et la WRO serait une aide parfaite, bien qu'à son insu. Il était capable de mener Reeve par le bout du nez. Katana murmura d'une voix basse :

— J'accepte. Cependant, si jamais tu commets la moindre erreur, Legend…

— Ça va, je me tiendrai à carreau. Je suis beaucoup plus subtil que Reno ou Rod, quand même, s'offusqua faussement le Turk expert des bombes. Tu vas continuer à jouer double jeu longtemps, sinon ?

Sans répondre, Katana sortit de la pièce. Legend secoua la tête, dépité, en se plaignant de la « perte des valeurs de l'ancien temps et de la politesse ». Une fois seul, Narulon se frotta le menton. Il était l'unique scientifique en lice désormais ; Hojo et Hollander, Gast, Grimoire... Tous ces minables étaient morts.

Gaïa était à sa merci. Exploiter le filon des armes biologiques lui permettrait d'arriver à ses fins.


(1) Eh oui. Même si j'adore Genesis, il y a cette scène de crisis core qu'en tant que « pure fan », je n'accepte pas trop. Je préfère largement celle du jeu « original », le FF VII premier du nom, moins confuse, plus dramatique... où on voit Sephiroth frapper violemment les caissons avec Masamune, plutôt que de se tenir le crâne et d'agir comme s'il allait s'évanouir, dans crisis core... De plus, j'ai trouvé que là, Genesis tombait comme un cheveu sur la soupe. Je n'ai pas trop apprécié. Les scénaristes ont merdé à mon goût... Du coup, je profite de ce recueil pour « réarranger » un peu le tout, en réhabilitant la véritable scène du jeu original, et en faisant intervenir Genesis après – oui, parce que le retirer, non, ce n'était pas possible non plus, sinon il n'aurait pas pu péter son câble à son tour en voyant que Sephiroth refusait de lui donner de ses cellules... et donc on n'aurait pas pu embrayer sur la suite du jeu.