Chapitre Vingt :
- Tu es tout simplement adorable !, s'écrit Effie pour la énième fois à Prim qui s'enfonce de plus en plus dans son siège, intimidée par la situation. J'ai toujours rêvé d'avoir une petite fille, mais vous savez, ce n'est pas si simple ! Il faudrait que je me trouve un homme avec qui partager ma vie et je vous avoue qu'aucun d'eux n'est à ma hauteur !
Ça fait maintenant plus d'une heure que je suis contrainte d'écouter toutes ces absurdités. Plus que le temps passe, plus j'ai l'impression que les sujets qu'abordent Effie s'empirent et mettent ma famille extrêmement mal à l'aise. J'attends juste l'arrivée de Peeta avec impatiente, sachant qu'il est le seul que je connaisse à avoir autant de facilité à parler aux gens. Peut-être réussira-t-il à contrôler les discours incessants que je suis condamnée à suivre ? J'espère qu'il ne ressortira pas de ma maison trop traumatisé...
Même si j'ai hâte de le retrouver, je crains qu'Effie lui fasse trop de sous-entendus à propos de notre relation. D'ailleurs, il doit bien se demander la raison de sa rencontre avec elle... Qu'est-ce que je peux bien lui répondre s'il me pose la question ? Qu'elle tenait à faire connaissance avec mes amis ? Alors là, il va vouloir savoir pourquoi Gale et Madge ne sont pas présents eux aussi... Je vais juste essayer d'esquiver le sujet, car en ce moment, je ne suis pas en mesure de me concentrer pour trouver une solution avec mon mal de tête causé par la voix suraiguë de notre invité.
Je me lève à la hâte dès que la sonnerie retentie, soulagée de pouvoir quitter ne serait-ce que quelques minutes cette ambiance étrange. Mon cœur bat la chamade lorsque je pose ma main sur la poignée de la porte. Je reste ainsi pas plus de cinq secondes, juste le temps pour prendre une immense inspiration. J'ouvre et je le retrouve, me gratifiant d'un sourire étincelant, comme lui seul en est capable. Je lui réponds en sentant encore cette sensation de chatouillis dans mon estomac.
- Bonsoir Katniss !
- Oh mais le voilà ! Tu ne m'avais pas dit à quel point ton petit-ami est séduisant Katniss !, s'exclame Effie en se levant et en se dirigeant vers lui avec une démarche des plus théâtrale, je me mets aussitôt à rougir de façon incontrôlable face à la manière qu'elle l'a appelé. Je me présente, Effie Trinquet, dit-elle en lui baisant les deux joues.
- Peeta Mellark, répond-il après une courte pause, le temps qu'il se fasse à la personnalité extravagante de son interlocutrice.
- Ça me fait extrêmement plaisir de faire la connaissance du garçon qui rend ma petite Katniss heureuse !
J'ai seulement envie de m'enfuir et de ne plus jamais ressortir de ma cachette. Je doute que cette soirée sera affreusement longue. Je regarde avec méfiance la réaction de Peeta et je suis surprise de ne pas retrouver un air déconcerté sur son visage, il semble plutôt trouver la situation des plus comiques.
- Moi de même, dit-il en me lançant un regard amusé.
Effie se dirige dans le salon en avouant toute la joie qu'elle éprouve à être ici avec nous tandis que Peeta se place à côté de moi et seul l'effleurement de son bras me fait frissonner comme une pauvre idiote.
- Comme ça, je suis ton petit-ami ?, me demande Peeta tout bas avec un ton moqueur.
- Je t'expliquerai plus tard, c'est à cause d'Haymitch, lui dis-je en m'efforçant de garder un ton convenable pour ne pas montrer ma gêne.
Il s'assoit à mes côtés sur le sofa alors que l'hôtesse du District 12 agite gaiement ses bras en commençant un discours sur la chance qu'il a de me fréquenter. Prim me regarde encore plus ébahie que tout à l'heure tandis que Peeta essaie de suivre le fil de sa conversation en insérant quelques mots ici et là.
- Tu as dû être impressionné par ses talents dans l'arène ! Elle s'est débrouillée à merveille pour un tribut du District 12, surtout venant de la Veine ! Elle est bien la première depuis que je suis hôtesse ici à manifester autant de détermination pour gagner.
Je fronce les sourcils et lui lance un regard assassin. Encore une fois, elle ne comprend pas l'ampleur de ses paroles. Elle ne réalise pas ce que c'est d'avoir cette énorme peur qui ne nous quitte jamais lorsqu'on pense que nous risquons de mourir de la pire des manières possibles, d'apprendre qu'il va falloir tuer des gens pour arriver à ses fins et si nous y arrivons, d'être condamnée à se blâmer personnellement pour toutes les horreurs que nous avons pu accomplir dans ces jeux de la faim... Je sens les yeux de Peeta se poser sur moi, il me prend la main d'une poigne qui se veut réconfortante, pourtant, ce petit geste ne s'avère pas efficace bien longtemps.
- Ce qui est certain, c'est que tu en fais bien des jalouses Katniss !, ajoute-t-elle, ne voyant toujours pas l'abomination de ses paroles.
- Je peux vous garantir qu'aucune personne saine d'esprit voudrait être à ma place et devoir supporter toute la culpabilité que je dois affronter à chaque jour en pensant à tous ces enfants auxquels j'ai enlevé la vie, décrétais-je en me levant avec une telle frustration que mes mains se mettent à trembler de rage.
- Katniss !, me réprimande-t-elle d'un ton offusqué.
J'ai réussi à endurer tous ses propos des plus aberrants, mais là, c'en est beaucoup trop. J'ouvre la porte d'entrée et la ferme bruyamment, ayant un besoin vital de changer d'environnement et de profiter d'un peu de silence. Je marche lentement dans la nuit, remplissant mes poumons de l'air frais avec délectation. Je me rends jusqu'à la fontaine du Village des vainqueurs et m'y assoit en croisant les bras sur ma poitrine. Il fait frisquet, mais ça fait un bien fou à mes joues en feu. Je suis tellement concentrée sur la contemplation du ciel que je n'ai même pas entendu les pas de Peeta qui résonnent dans le silence du soir. Il vient me rejoindre avec un calme déconcertant.
- La lune est pleine ce soir, me fait-il la remarque.
Je le fixe avec confusion. Comment peut-il aborder un sujet si simpliste après la scène que je viens de faire ? À ce propos, je n'aime pas qu'il voit mon côté impulsif, je ne veux pas que ce trait de ma personnalité le fasse fuir. Je ne supporterais pas de le perdre après la réalisation que j'ai faite il y a seulement deux jours de ça. J'ai besoin de lui à mes côtés et ce serait terrible qu'il n'en ait pas envie simplement parce que j'ai un mauvais caractère.
- Peeta... Je suis vraiment désolée pour tout ça.
- Tu n'as pas à t'excuser. C'est sûr que je n'ai pas l'habitude de côtoyer les gens du Capitole, mais je vais le faire si c'est une condition pour te fréquenter, me confit-il en scellant son regard azur dans le mien alors que mes mains commencent à devenir moites. Et... Je comprends la réaction que tu as eue suite à ses propos.
- Merci, chuchotais-je en fixant mes doigts qui jouent nerveusement ensemble. J'ignorais à l'époque les conséquences que ma victoire allait engendrer.
- Tu n'es pas coupable pour les actions que tu as commises dans l'arène Katniss. Tu y étais contrainte si tu voulais revenir au District 12 et revoir ta sœur, ce n'est pas de ta faute. N'importe quel humain aurait fait de même. Il y en a eu 73 avant toi, tu n'as pas été la seule et tu ne seras malheureusement pas la dernière. Tu ne pouvais pas faire autrement.
- Probablement, c'est tout de même difficile à supporter.
- Je ne le doute pas. Je veux seulement que tu saches que tu resteras toujours la même personne pour moi, peu importe ce que tu as pu faire durant ces Jeux. Ma vision de toi ne changera pas pour autant, m'avoue-t-il alors que ma gorge se noue sous l'effet de l'émotion. À mes yeux, tu resteras toujours la petite Katniss qui se proposait avec enthousiasme pour chanter devant la classe à la première journée d'école, dans sa belle robe rouge à carreaux.
Je suis complètement saisie par l'importance que ses mots ont pour moi. Savoir qu'il ne me voit pas comme une meurtrière, mais comme une personne normale, est incroyablement rassurant. Pour la première fois, c'est moi qui prends les devants en entrelaçant mes doigts avec les siens. Il sert immédiatement ma main, comme s'il ne voulait plus jamais la lâcher.
- Tes paroles comptent beaucoup pour moi, tu sais, lui dis-je tout bas, frappée comme jamais par la soudaine montée d'affection que je ressens pour lui.
Je baisse instantanément ma tête pour éviter l'effet que ses magnifiques prunelles bleues ont sur moi. Je sens aussitôt ses doigts se poser sur mon menton, m'obligeant ainsi à replonger mon regard dans ses yeux qui me fascinent tant. Il fait aventurer doucement son pouce sur ma peau en effleurant ma lèvre inférieure au passage, me faisant ainsi frissonner de la tête aux pieds. C'est fou comme un simple touché peut réussir à me rendre toute chose...
- Katniss..., murmure-t-il d'une voix suave alors que mon cœur a soudainement oublié comment fonctionner. Je crois que je n'ai jamais eu l'occasion de te dire à quel point tu es belle.
J'admire tout son visage ; ses iris de la même couleur que la mer, ses pommettes étonnement rosées, ses lèvres dont je prends un temps énorme à analyser. Je suis complètement impuissante devant le charme irrésistible de Peeta. Tout chez lui m'ensorcelle que c'en est presque impossible.
- Ça fait extrêmement longtemps que j'ai envie de le faire... Est-ce que je peux t'embrasser ?
Je cligne rapidement des paupières, me demandant s'il m'a réellement posé cette question ou si ce n'est que l'effet de mon imagination. Je suis totalement incapable d'avoir une seule pensée cohérente, donc j'acquiesce d'un signe de tête pour lui montrer mon accord. Je n'ai jamais vu ses yeux aussi brillants qu'à cet instant-même, j'en suis convaincue. Il aborde un énorme sourire en caressant délicatement ma joue qui doit être d'un rouge criard sous son contact. La chair de poule apparaît presque immédiatement sur mes bras frissonnants sous l'impatience de sentir les effets que ce baiser me procurera.
Il s'approche un peu plus, je suis maintenant en mesure de sentir son souffle légèrement saccadé qui me chatouille agréablement la peau. Plus que quelques centimètres nous séparent l'un de l'autre. Une distance qui me torture d'une manière inexplicable. Je ferme mes paupières avec une énorme appréhension alors qu'il pose enfin ses lèvres sur les miennes. J'ai l'impression qu'une décharge électrique traverse tout mon corps. La sensation de brûlure dans mon ventre me démontre que j'attends ce baiser depuis beaucoup trop de temps. Un baiser simple, mais qui réussit malgré tout à chambouler l'intégralité de mon organisme. Il rompt le contact bien trop tôt à mon goût. J'aurais envie de grogner de frustration, mais je me retiens avec toute la misère du monde. Je l'entends soupirer de satisfaction alors qu'il s'avance pour m'embrasser une seconde fois, remplissant parfaitement ma bouche avec la sienne, comme si elles étaient faites pour se compléter l'une l'autre. J'ai l'impression que mon esprit s'affole dans ma tête, pourtant, aucune de mes pensées n'a un semblant de logique et ce n'est rien comparé à mon cœur qui risque d'exploser littéralement.
J'ignore combien de temps nous restons ainsi à s'échanger de chastes baisers, mais quand il lâche mes lèvres, j'aurais espéré que ce moment dur encore plus longtemps. Son front se pose automatiquement sur le mien alors que je sens sa main se promener sur mes joues et dans le creux de mon cou.
- C'était encore mieux que dans mes rêves les plus fous, déclare-t-il finalement en rigolant de ce rire enfantin.
Je reste bouche-bée, totalement incapable de prononcer un seul mot. Ma respiration est rapide, j'essaie de mon mieux de reprendre mon souffle et de retrouver un air mesuré. Je me sens vite embarrassée et stupide de ne rien trouver à dire après ce contact des plus plaisants.
- Eum... Je crois que nous devrions rentrer, décrétais-je finalement d'un ton mal assuré.
Je me maudis intérieurement d'avoir brisée cette ambiance romantique. Je suis vraiment nulle lorsqu'on parle de rapprochements humains. Je n'ai pas la capacité d'avouer mes sentiments avec la même facilité que lui, pour moi, c'est une épreuve des plus difficiles. M'ouvrir à quelqu'un d'autre... Juste cette phrase réussit à me donner la chair de poule ! Il va vraiment falloir que je fasse des efforts considérables si je souhaite m'améliorer sur ce point.
- Oui, dit-il simplement en s'éloignant de moi, ce qui provoque un vide déconcertant dans tout mon être.
Je me lève avec précaution, ayant peur de trébucher sous le coup de l'émotion - j'ai toujours cet affolement de papillons dans l'estomac -, mais Peeta, qui n'a toujours pas perdu son air rayonnant, me retient aussitôt par la main, ce qui me permet de garder une certaine stabilité. Ce contact me chamboule autant qu'auparavant, si ce n'est pas plus encore. Ce n'est tout de même pas suffisant pour nourrir mon manque évident de ses lèvres.
Nous rentrons dans ma maison alors que je lui lance un dernier regard avant de défaire mes doigts des siens. Il semble légèrement déçu, mais je lui lance un petit sourire pour le rassurer que ce n'est pas que je n'en ai pas envie, c'est juste que je n'ai pas le courage d'affronter ma mère, Prim et Effie et leurs dizaines de questions. Il me fait un signe de tête, me prouvant ainsi qu'il a compris. Nous retournons nous asseoir à notre place sous les yeux curieux de ma famille et sous le regard accusateur d'Effie.
- Désolée pour cet excès de colère Effie, je ne voulais pas vous contrarier, lui dis-je pour ne pas avoir droit à une morale sur la façon de se comporter avec respect.
- Tu es pardonnée Katniss, mais fais attention à l'avenir, d'accord ma chérie ?
- Oui...
- Durant votre absence, je prenais le temps de leur expliquer à quel point la mode du Capitole est fascinante !
Elle se laisse emporter dans un insupportable discours sur la beauté des tissus, de l'agencement des couleurs et des chirurgies esthétiques en vogue. Je n'écoute que d'une oreille, ne pensant qu'au baiser que j'ai partagé avec Peeta et vue sa participation plutôt maigre à la conversation, je doute que c'est pareil de son côté. À chaque fois que je lui lance un regard, comme ça, juste par curiosité, il me répond par un sourire en coin des plus mignons. Après une vingtaine de minutes, Effie fait une déclaration qui soulage chacun d'entre nous.
- Si cela ne vous pose aucun problème, je vais monter dans ma chambre. Je suis épuisée suite à cette énorme journée !, annonce-t-elle à ma plus grande joie, je suis complètement saturée pour ce soir.
- À une prochaine fois mademoiselle Trinket, dit Peeta avec politesse.
- Oh, mademoiselle ! N'est-il pas adorable ? Tu as un très bon goût pour les garçons Katniss, je me retrouve soulagée !
- Eum... Merci Effie, répondis-je en essuyant mes mains moites sur mon pantalon.
Nous l'entendons monter les marches bruyamment, avec le tic, tic agaçants de ses talons aiguilles.
- Toute qu'une soirée, je suis heureuse qu'elle soit terminée, déclare Prim à voix basse, ayant probablement peur de se faire entendre.
Elles montent se coucher elles aussi en nous souhaitant bonne nuit avant de s'enfermer dans leur chambre respective. Je me retrouve alors en tête à tête avec Peeta. C'est plutôt étrange d'être seule avec lui après le baiser que nous avons échangé. Je n'ai jamais été aussi mal à l'aise de toute ma vie. Je recommence à jouer inconsciemment avec mes mains, me trouvant une occupation qui me permettrait d'ignorer ma subite gêne. Au moins, le soudain silence fait un énorme bien à mes oreilles complètement surchargées pour ce soir.
- Ai-je été trop rapide ?, me demande-t-il tout à coup.
Je me retourne vers lui et je suis en mesure de percevoir une réelle crainte dans ses yeux. J'ai seulement envie de le serrer dans mes bras pour lui faire comprendre qu'il n'a pas à s'inquiéter pour quoi que ce soit. Que l'embrasser a été une vraie libération.
- Non Peeta, je t'assure. Je suis juste... Différente des adolescentes normales, répondis-je honnêtement d'un air désolé.
- Ça je le sais bien, ajoute-t-il avec un léger sourire. Cette histoire me paraît invraisemblable ! J'ai l'impression que je vais me réveiller demain matin et que tout ça ne sera qu'un rêve. Le plus beau de tous les rêves..., finit-il en me reprenant la main, un contact qui m'avait étonnement manqué.
- Peeta... Je... je ne suis pas aussi habile que toi avec les mots. Je ne veux pas que tu prennes mes silences comme pour de l'indifférence de ma part.
- Donc tu n'es pas indifférente ?, me demande-t-il d'un ton narquois tandis qu'il commence à jouer avec mes doigts.
- Je ne suis pas du genre à embrasser des garçons si je suis indifférente..., répondis-je en rougissant, laissant tout de même un sourire se former sur mes lèvres.
- Et Gale ?
- Ce n'est pas la même chose. Je ne voulais pas lui faire du mal, donc j'ai essayé pour être certaine de mes sentiments. Ce qui est sûr, c'est que tu n'as pas à t'inquiéter de ma relation avec lui.
- Je te fais confiance.
- Peeta ? Qu'est-ce qu'il va se passer entre nous deux à partir de maintenant ?, le questionnais-je en regardant nos mains entrelacées, réellement soucieuse et complètement effrayée de la suite.
- Je suppose que nous prendrons notre temps. Je ne veux surtout pas gâcher ce que nous avons construit jusqu'ici.
J'acquiesce de la tête, il a apparemment la même crainte que moi : celle de détruire notre belle amitié.
- Tu sais, si Effie a fait autant de sous-entendus à propos de notre relation c'est parce que, durant une interview ce matin, Haymitch leur a avoué que nous formerons un couple très bientôt. Il prépare un plan, j'en suis sûre. Il dit qu'il y a un problème qui pèse sur moi et qu'il fait ça pour m'aider. Comprends-tu quelque chose dans toute cette histoire toi ?, lui demandais-je, espérant peut-être qu'il mette mes idées au clair.
- Je n'en sais pas plus que toi, me répond-il avec un drôle d'air que j'ai difficulté à comprendre ; je suppose qu'il doit s'inquiéter pour moi. En tous cas, j'espère que ça se réglera bientôt, je n'aime pas te savoir en danger.
Je lui fais un sourire timide, appréciant le fait qu'il tienne à moi et qu'il souhaite que rien ne m'arrive.
- Viens, l'invitais-je en me levant et en l'amenant à ma suite. Je veux te montrer quelque chose.
Je l'emmène dans une pièce qui est maintenant consacrée à mon talent ou, plutôt, celui de Peeta. Il y a de tout : un chevalet, des toiles de toutes les grandeurs, des pinceaux et de la peinture de chaque couleur inimaginable. Ses yeux s'écarquillent de surprise devant tout ce beau matériel neuf qui lui appartient entièrement. Il me lance un grand sourire et va donner un coup d'œil plus en profondeur à toutes ces nouveautés. Il effleure des doigts quelques items et je vois qu'il est vraiment heureux. Le voir ainsi me fait chaud au cœur et me prouve que j'ai fait le bon choix en le laissant réaliser l'un de ses rêves.
- C'est merveilleux Katniss, merci, me dit-il en se tournant vers moi avec un air extrêmement reconnaissant. J'ai hâte de me mettre au travail !
- Et moi j'ai hâte de voir le résultat !
- Tu crois que je peux revenir demain ?
- Bien sûr, tu viendras quand tu voudras.
Je n'avais pas pensé avant maintenant que grâce à ça, je pourrai voir Peeta plus souvent et un peu plus longtemps à chaque jour. Cette réalité me fait sourire d'une manière incontrôlable. Il s'approche de plus en plus de moi alors que sa proximité grandissante fait augmenter mon rythme cardiaque.
- Tu sais, si tu ne me donnes pas de restrictions, je vais me retrouver ici à tous les jours et la peinture ne sera pas ma seule motivation, me chuchote-t-il en replaçant ma tresse correctement sur mon épaule.
- Je ne suis pas contre l'idée, répondis-je tout bas.
Ce n'est pas dans mon habitude d'être aussi audacieuse, les mots sont sortis d'un trait sans même que je prenne le temps de les analyser, mais je suis contente de les avoir dit lorsque je vois la réaction de ravissement qu'il arbore. L'envie de l'embrasser remonte à la surface et je vois dans ses yeux remplis de désir que lui aussi partage le même souhait. Il admire tout mon visage pour s'assurer que je ne montre aucune réticence et il efface lentement la distance qui nous sépare l'un à l'autre. Son odeur emplit mes narines, mais je n'ai pas le temps d'en profiter bien longtemps. Il n'a qu'effleuré mes lèvres lorsque nous sommes arrêtés dans notre élan.
- Oh mon dieu !, dit une voix qui coupe court notre rapprochement.
Je m'éloigne immédiatement de Peeta et aperçois Effie dans l'embrasure de la porte, l'expression de surprise s'affichant sans retenue sur son visage. Je regarde Peeta qui passe une main timide dans ses cheveux, il a l'air d'un enfant prit sur le fait après avoir fait une bêtise. Cette vision me ferait rire si je n'étais pas dans la même situation que lui.
- C'est trop mignon ! Oh, je suis vraiment désolée d'avoir ruiné votre petit moment. Je voulais aller me chercher un verre d'eau dans la cuisine... Faites comme si je n'étais pas là !
Elle s'en va alors aussi vite qu'elle est arrivée en laissant une ambiance des plus étranges entre Peeta et moi.
- Elle va le raconter à tout le monde, soupirais-je avec une légère colère, me parlant comme à moi-même.
Connaissant son incapacité à garder des informations pour elle seule, d'ici quelques jours, je suis certaine que tout Panem sera au courant de notre ''nouveau couple''. C'est Haymitch qui sera content d'apprendre que son plan, quel qu'il soit, ait marché.
- Je suis désolé, s'excuse Peeta précipitamment, voyant que le manque de vie privée ne me plaît guère.
- Non, tu n'as pas à t'excuser. C'est juste que... J'aurais aimé retarder encore un peu plus le moment où tout le pays saura pour nous deux.
Nous attendons d'entendre les bruits de pas d'Effie qui monte l'escalier pour sortir de la pièce. Je vais ensuite le reconduire jusqu'à la porte d'entrée, décidant que nous avons vécu assez d'émotions fortes pour ce soir. Malgré le malaise de tout à l'heure, il m'approche tout de même à lui en me serrant fortement contre son torse robuste. Je l'entoure de mes bras après une légère hésitation, réalisant que c'est la toute première fois que je le tiens ainsi et je ne serais pas contre l'idée que ça se reproduise. J'en profite pour inspirer profondément son odeur, souhaitant ne pas l'oublier lorsqu'il aura disparu dans le noir.
- On se voit demain ?, me demande-t-il avec espoir.
- Oui, murmurais-je dans le creux de son cou. Je viendrai te voir lorsqu'Effie sera partie.
- Bonne idée, déclare-t-il en rigolant faiblement.
Il me quitte en se contentant de me donner un simple baiser sur la joue. J'essaie de mémoriser chaque trait de son visage avant de refermer la porte derrière lui. Je m'adosse alors contre le mur, bouleversée par les émotions que Peeta m'a fait vivre durant toute cette soirée. Maintenant, je n'ai plus aucun doute sur mes sentiments envers lui et le plus rassurant, c'est que je sais qu'ils sont réciproques même si je ne connais pas encore leur intensité très précisément. Je sais seulement qu'il m'apprécie, c'est déjà un début.
Je monte dans ma chambre en vitesse, convaincue que je passerai une nuit dénuée de cauchemars. J'ai juste envie de sourire tellement je suis réjouie par la tournure qu'a pris notre relation. Je suis maintenant certaine que c'est ce qui était supposé arriver depuis le tout début, même si je ne voulais pas y croire à cette époque. J'ai encore cette terrible peur enfouie au plus profond de mon âme, mais je suppose qu'il réussira à calmer cette frayeur avec le temps, en me prouvant encore et encore que je ne risque pas de le perdre.
Hello ! Alors, vous avez eu ce que vous vouliez, LEUR PREMIER BAISER OUI OUI ! Oh la la je suis sûre que vous avez envie de crier de joie (bon peut-être pas, mais moi j'ai le goût de sautiller partout en attendant votre avis !) J'espère que j'ai été la hauteur et que ce baiser ne vous a pas déçu, depuis le temps que vous l'attendiez ! J'ai beaucoup aimé écrire ce chapitre et j'ai juste hâte de savoir ce que vous en avez pensé !
