Les personnages de Twilight appartiennent à Stephenie Meyer, et l'auteure de cette histoire est mybluesky. Je ne suis que la traductrice...
Merci pour vos commentaires, et bonne lecture.
Chapitre 21
Petit rappel de la part de l'auteure : le dernier chapitre se déroulait un mardi. Bella et Edward se sont rencontrés un vendredi et sont sortis au restaurant pour la première fois le lendemain, samedi. L'accident avec le scooter est arrivé le dimanche. Le dîner au restaurant japonais avec les parents a eu lieu durant le weekend suivant, et maintenant il y a dix jours qu'ils se "fréquentent." L'action de ce chapitre se déroule le mercredi et le jeudi. Le mariage aura lieu le samedi qui s'en vient.
BPOV
Tout est si brillant. Si blanc. Si virginal.
Même Edward. Tout de blanc vêtu, jusqu'à ses chaussures qui sont impeccables, il est superbe. Ses cheveux, dans leur état habituel de désordre, constituent un contraste flagrant. Sa peau généralement claire semble plus hâlée. Ses yeux verts étincellent.
Il me regarde de l'endroit où il se trouve ; je lui fais face à plusieurs mètres de distance.
Il lève un doigt et le recourbe vers lui, dans un signe on ne peut moins équivoque. Viens ici.
Et moi ? Évidemment j'obéis sans hésiter. Je suis à ses côtés en un éclair.
Au diable la subtilité.
Je le regarde dans les yeux. Ils sont sombres et brûlants, me dévorant littéralement. Ils me font frémir d'une façon complètement différente, mais merveilleuse. Sa barbe de vingt-quatre heures est simplement trop tentante pour que je l'ignore, et je tends la main pour caresser son menton. Il ferme les yeux et soupire contre ma main.
« Bella. »
Rien que le son de mon nom, la manière dont il roule sur sa langue, provoque un drôle d'émoi dans mes entrailles. Putain d'enfer ! Et ce n'est pas qu'une figure de style…
Il s'approche de moi, ses jointures effleurant ma joue. Je recule inconsciemment d'un pas et me cogne contre quelque chose de dur. Je fronce les sourcils car il n'y avait que du vide derrière moi auparavant. Je me retourne et je vois un bureau.
Je suis perplexe. Il y a un bureau, ici, dans cette vaste étendue de lumière. Il n'y a que nous et un bureau.
Quand je me retourne à nouveau vers Edward, il sourit. Il semble tout à fait à l'aise avec l'étrange apparition du bureau, et il se penche pour m'embrasser doucement sur les lèvres.
« J'ai attendu tellement longtemps pour ça, » murmure-t-il. Ses mots me font tressaillir.
Il saisit l'arrière de mes cuisses et me hisse sur le bureau. Il se tient entre mes jambes et m'embrasse brutalement, presque douloureusement, mais je l'exhorte à continuer en tirant ses cheveux avec autant de vigueur et de passion. Il se penche sur moi jusqu'à ce que je sois allongée sur le bureau, son corps sur le mien. Puis il m'embrasse à nouveau, ses lèvres attaquant mon cou, mes épaules. Il suce, mordille et pince, ses mouvements plus agités que la veille. C'est douloureux, et pourtant c'est agréable, et je le prends.
Et puis tout à coup, il est à l'intérieur de moi. Il me remplit complètement, si bien que mes yeux roulent vers les cieux et je gémis bruyamment. Je ne m'étais même pas rendue compte que j'étais nue, mais qui suis-je pour me plaindre ?
Mes sens semblent s'être intensifiés. Je peux sentir chaque centimètre de lui. Il est couché sur moi, couvrant mon corps avec le sien.
« Comme c'est bon d'être en toi, » dit-il, et son souffle est chaud dans mon oreille. Je veux parler – j'ouvre la bouche, j'essaie de dire les mots – mais je ne peux pas.
« Putain, il était temps, » commente-t-il, grognant sous l'effort. « Je commençais à penser que tu ne me laisserais jamais te baiser. »
Mon cœur, qui bat déjà à un rythme effréné, semble gagner de la vitesse.
« J'ai dit à James, » continue-t-il, « je lui ai dit que ce serait le pari le plus facile à gagner de toute ma vie. Je veux dire, bon Dieu, je pouvais voir, même à travers la salle, que tu étais du genre pot de colle. Désespérée. » Il bute en moi plus fort. « Tellement désespérée. »
Ses paroles me font mal, me tranchant de l'intérieur vers l'extérieur. Je veux parler, pleurer, crier, mais je ne peux pas – j'ai l'impression qu'on m'écrase. Je sens qu'il y a un poids énorme sur ma poitrine, m'empêchant de respirer ou de bouger.
Je commence à paniquer – j'ai finalement réussi à aspirer une bouffée d'air, et ce faisant j'ai aspiré la moitié des cheveux d'Edward, qui restent pris dans ma gorge, provoquant mon étouffement.
Je me réveille en sursaut, toussant et crachotant, seulement pour juger rapidement de l'endroit où je me trouve. Je ne peux toujours pas respirer, et pour cause ! Ursula est perchée tout en haut de ma poitrine, son arrière-train sur mon visage, une énorme montagne de fourrure blanche m'obstruant la vue. Sa queue remue dans ma bouche – ma bouche qui aspire ses poils comme un aspirateur Hoover chaque fois que je respire.
« Jésus Christ ! » Je toussote. Je repousse l'animal répugnant de ma poitrine et prends plusieurs grosses goulées d'air. « Tu te fous de moi ? Essayes-tu de m'étouffer dans mon sommeil ? » Je crie, mais la seule réponse que j'obtiens est la vue de son derrière, la queue en l'air, se faufilant par la porte entrebâillée alors qu'elle disparaît de ma chambre.
Je me sens nerveuse en me recouchant. Le rêve m'a semblé si réel. Et comment aurais-je pu savoir que la chatte soi-disant solitaire essayerait de m'assassiner dans mon sommeil, pendant un cauchemar rien de moins ? Il faut vraiment que je ferme ma porte, et peut-être même que je la verrouille.
Je tourne et me retourne pendant quelques minutes. Finalement je me relève pour aller faire pipi, seulement pour découvrir un énorme tas puant dans le bac à litière d'Ursula, qui bouche ma cuvette de toilettes quand j'essaye de l'évacuer. Je passe les dix minutes suivantes plongée dans la cuvette pour la déboucher, à jurer et à souhaiter être de retour dans mon cauchemar, parce que là au moins je prendrais effectivement un peu mon pied au lieu de jouer dans la merde.
Mais comme je me glisse à nouveau dans mon lit, cette pensée me quitte précipitamment. Ce n'est pas du tout ce que je ressens, et l'idée d'Edward disant ces choses me donne la nausée.
Mais il ne les a pas dites. Pas vraiment. Je n'arrête pas de me le répéter, me rappelant comment c'était de l'avoir pressé sur moi il y a juste quelques heures de ça, comment il m'a frottée et tenue, étant là, tout simplement.
Je commence à me calmer, et après un moment je mets mes soucis derrière moi et je m'endors.
ooo
Je me prépare pour le boulot à la course. Je laisse une monstrueuse pile de nourriture à Ursula, résolue à revenir durant ma pause-déjeuner pour la nourrir à nouveau. Je dépose quelques jouets dans la salle de séjour et je fais une prière pour que mes meubles soient intacts quand je reviendrai.
Je fais très attention de ne pas la toucher, mais je me retrouve malgré tout à passer le rouleau adhésif sur mon top noir en jurant.
Mon travail me garde assez occupée toute la matinée, si bien que celle-ci passe vite. Après le boulot, je me précipite chez moi pour donner à manger à Ursula et engloutir un sandwich. Je n'ai pas encore parlé à Rose, mais j'ai pensé le faire depuis mon réveil.
Autour de 14h, je lui envoie un texto.
C'est comme si tu étais morte pour moi – B
Je plaisante à moitié, mais je mets mon téléphone en mode vibreur de sorte que même si elle répond, je n'aurai son message que plus tard. J'imagine que ce sera préférable de la laisser réfléchir à ce petit mot pendant un moment. Elle aura quelques heures pour vraiment l'absorber.
Après mon travail, je nourris encore Ursula. Elle dévore sa bouffe comme si elle n'avait rien eu à manger de toute la journée, levant les yeux vers moi, du lait ruisselant de la fourrure autour de sa bouche. Je crois que c'est sa façon de dire merci. Je caresse son dos une fois, pour lui faire savoir que je suis reconnaissante que le mobilier n'ait pas été réduit en lambeaux, puis je vais rincer les poils sur mes mains dans l'évier.
Je la brosse après son repas, enlevant d'épaisses touffes de fourrure blanche sur son dos et son ventre. Elle se roule sur le canapé pour que je ne manque aucune zone, et ronronne.
Quand j'ai terminé, je passe le rouleau adhésif sur le sofa.
Après que j'aie fini de prendre soin du chat, je vérifie enfin mon téléphone pour voir si Rose m'a répondu, seulement pour trouver deux messages d'Edward, envoyés à trois heures d'intervalle. Mon cœur se met à battre la chamade et je les lis en premier.
J'ai pensé à toi toute la journée – E
Occupée aujourd'hui ? – E
Je souris d'une oreille à l'autre en lui répondant.
Désolée de t'avoir manqué, j'avais mon téléphone en mode vibreur. J'ai pensé à toi moi aussi – B
Une fois mon texto envoyé, je regarde le message que j'ai de la part de Rose. En fait elle a appelé avant de laisser un texto.
Qu'est-ce que tu racontes, putain de merde ? – R
Je la rappelle et elle répond à la première sonnerie.
« Je te salue bien bas Miss 'Mort à moi,' » dit-elle avec aigreur dans le téléphone. « Qu'est-ce qui me vaut le plaisir d'un coup de fil plutôt que d'un autre texto énigmatique ? »
Je roule des yeux. Je ne la laisserai pas m'intimider, bon sang.
« Tu sais ce que tu as fait, » je lui dis. « Alors n'essaye même pas de le nier. »
« De quoi est-ce que tu parles ? »
« Tu as parlé à Tyler. »
« Ouais, et alors ? Il m'a appelée. »
« Tu lui as également donné mon adresse. Et tu lui as dit de venir me visiter à l'improviste avec des fleurs et du vin. »
Rose halète. « Tu veux dire qu'il l'a vraiment fait ? »
Maintenant je suis sacrément proche de la fureur. « Oui, il l'a fait ! Et il se trouve qu'il l'a fait pendant qu'Edward était chez moi. »
Elle fait une pause, et je sais qu'elle est en train de réfléchir à mes mots. « Et alors ? »
« Et alors ? » Je répète en écho.
« Et alors je parie qu'Edward était dans ses petits souliers. C'est génial, en fait. Attends que je le dise à Emmett- »
« Non, Rose. Ne le dis pas à Emmett. Je suis furax. Je t'avais dit que je ne voulais pas voir Tyler, et tu ne m'as pas écoutée. »
« Allons donc, Bella. Tyler te traitait comme une princesse. »
« Il m'a quittée ! »
« Il voulait être à proximité de sa famille. Il avait le mal du pays. C'est tout à fait compréhensible- »
« Non, Rose. Pas du tout. Comment te sentirais-tu si Emmett emballait soudainement ses affaires et déménageait à plus de 1500 kilomètres d'ici ? S'il revenait ensuite deux ans plus tard et faisait comme s'il n'était jamais parti ? Comme si tout baignait ? »
Son bout de la ligne demeure silencieux et je sais que j'ai finalement réussi à lui faire comprendre mon point de vue.
« Tu ne serais pas trop contente, n'est-ce pas ? » J'insiste.
« Je veux juste que tu sois heureuse, Bella. Je ne veux pas te voir souffrir. Mais tu as raison, je n'aurais pas dû pousser Tyler dans tes bras comme ça. »
Une minute ! Arrêtez les presses ! Rosalie Hale est réellement en train d'admettre qu'elle a eu tort ?
« Merci, Rose. Je l'apprécie. Et je comprends que tu veuilles monter la garde pour moi, mais… j'ai vingt-quatre ans. Je peux prendre mes propres décisions. »
« Je me fais du souci pour toi et Edward, Bella. Je sais qu'il est séduisant et qu'il peut charmer à peu près n'importe quelle femme – parce qu'avouons-le, il a des années de pratique – mais je pense que tu oublies sur quoi repose toute cette histoire. Tu as dit que tu voulais le faire payer pour avoir fait ce pari. Tu as dit que tu voulais le faire souffrir. Et à présent ? À quand remonte ta dernière vacherie ? »
« Eh ben, le chat- » je commence à marmonner.
« Le chat était une idée stupide, » m'interrompt Rose. « Sauf si tu as l'intention de l'emmener chez lui. Et je ne crois pas que tu devrais faire ça. Il s'agit d'une créature vivante, bordel de merde. Pas d'un jouet pour servir vos plans malfaisants à tous les deux. »
Je sens subitement le besoin de me défendre. « Je n'ai jamais voulu le chat. Peut-être que tu devrais parler à ton petit ami à ce sujet. »
« Je l'ai fait, mais il avait déjà dit au gars qu'il allait le prendre. »
Je roule des yeux. « Oh, je vois. Mieux valait le laisser mettre la bête en gage chez Bella que de devoir t'en occuper toi-même. »
« Tu connais mes sentiments à l'égard des chats, Bella. En particulier les gros chats blancs qui perdent beaucoup de poil. »
Mon téléphone émet un bip et je vois qu'Edward essaye d'appeler.
« Écoute, Edward tente de m'appeler, » je dis sans réfléchir.
« Et alors ? »
Putain de merde.
« Alors il faut que je réponde. »
« Appelle-le quand tu auras fini de me parler. Jésus Christ, tu te plies pas mal à tous ses caprices pour quelqu'un qui veut le faire souffrir. »
« Je ne suis pas comme ça. Je ne suis plus autorisée à répondre à ses appels maintenant ? Seigneur Jésus, je ne savais pas qu'il y aurait autant de règles. »
« Il n'y a qu'une seule règle, Bella. Ne t'attache pas. »
« Ah oui. Génial, » je dis avec sarcasme. « Maintenant je dois te laisser y aller. Bye. »
Je raccroche malgré ses protestations, seulement pour me rendre compte que les bips ont cessé et qu'Edward n'essaye plus de me joindre. Je soupire et j'attends quelques minutes pour voir le message apparaître dans ma boîte vocale. Quand ça se produit je l'écoute avec empressement.
« Hé Bella, j'appelais juste pour voir ce que tu faisais. J'imagine que tu ne dois pas encore avoir terminé ta journée au boulot… » Ses paroles traînent maladroitement. « Mais bon, juste écouter ta voix sur ta messagerie vocale, c'est déjà mieux que rien. Et euh, j'aimerais te parler ce soir. Mais je commence à avoir l'impression que je te harcèle quand tu ne réponds pas. » Il émet un petit rire. « Je suppose que je te parlerai plus tard. À bientôt, ma belle. »
Je tiens le téléphone sur ma poitrine et réprime l'envie de couiner comme une écolière. Il est si impatient d'entendre ma voix qu'il a pris du plaisir rien qu'à écouter mon message ? Mince, je ne me rappelle même plus à quoi ressemble ce foutu message.
Je pense à Rose – et à tout ce qu'elle a dit – et mon bonheur tombe un peu à plat. Maudite soit-elle pour être une telle rabat-joie. Mais elle a raison, je suppose – pas que la pilule soit plus facile à avaler pour autant.
Je rappelle Edward.
« Hé, » me salue-t-il doucement. « Je croyais que je t'avais manquée. »
« Non, j'étais seulement sur l'autre ligne avec Rose. Désolée. »
« Ça va. As-tu eu une bonne journée au travail ? »
« J'ai été occupée. J'ai éteint mon téléphone pendant un certain temps. Je travaille mieux sans distractions. »
« C'est compréhensible. »
« Et toi ? »
« C'était bien, » dit-il. « J'ai déjeuné avec Emmett. Il veut qu'on sorte tous les quatre ensemble, lui, Rose, toi et moi, demain. »
Je reste figée d'horreur à cette idée. Moi, Edward et Emmett ? Seule avec ces deux magouilleurs ? Tous ensemble… dans la même pièce ?
Je peux seulement imaginer le malaise qui s'ensuivrait alors qu'Emmett ferait de son mieux pour nous mettre dans l'embarras. Cette pensée est troublante.
« Euh, et ça te plairait, ce 'double rancard ?' » Je demande avec circonspection.
« Oui, ça me le dit. Si tu veux bien. »
T'as qu'à dire non, Bella. Dis non !
« Euh, eh bien je… » Je bafouille, cherchant une excuse. « Je veux dire, il se peut que je doive travailler tard demain… »
Je veux me cogner la tête contre le mur. Y a pas plus mauvaise menteuse que moi !
« Ce n'est pas un problème, » répond Edward toujours aussi aimablement. « Nous verrons à quelle heure tu finis, et nous ferons des plans à partir de là. Et ils peuvent toujours sortir sans nous. » Il fait une pause. « Quoique ça ne me dérangerait pas de te voir, » admet-il.
Mon subconscient fait une petite danse de la joie. Puis Rose, l'équivalent du petit diable rouge sur mon épaule gauche, attaque mon subconscient et le met K.O.
Je ne peux m'empêcher de rouler des yeux à l'absurdité de mes pensées. Pourquoi est-ce que je laisse les paroles de Rose m'affecter de cette façon ? Je suis une grande fille. Je peux prendre mes propres décisions.
« J'aimerais te voir moi aussi, » je lui dis. De préférence quand Emmett est à plusieurs kilomètres de distance. Pareil pour Rose qui n'arrête pas de me juger.
« Tout est bien alors, » souffle-t-il, et je peux sentir que mes mots lui font plaisir.
J'amène le téléphone dans ma chambre, où je m'allonge sur le ventre sur mon lit, balançant mes jambes en l'air. Je me sens comme une écolière ce soir, de plusieurs façons, mais rien à faire, ça m'est égal.
« Es-tu à la maison ? » Je demande.
« Oui. Et toi ? »
« Oui. »
« As-tu reparlé à ce… gars ? »
Je lève les yeux au ciel tout en souriant bêtement. « Pourquoi ? Serais-tu jaloux ? » Je questionne.
« Bien sûr que je serais jaloux, » dit-il très gravement. « Je n'aime pas ce type. »
« Tu ne le connais pas. Comment peux-tu ne pas aimer quelqu'un que tu ne connais même pas ? »
« Pourquoi avez-vous rompu tous les deux ? »
« Il est reparti dans son coin de pays. »
« Voilà une raison valable de ne pas l'aimer. Un type bien ne t'aurait jamais laissée. »
Je peux penser à un tas de choses qu'un type bien ne ferait pas, mais je sens qu'il est préférable de ne pas glisser sur cette pente pour le moment. Et suis-je vraiment mieux ? Je suis coupable de mensonges tout aussi nombreux, et donc je ne peux pas le blâmer.
« Je suppose que non, » je médite à voix haute.
« Comment va le chat ? » Demande-t-il, déviant la conversation vers un sujet plus aisé.
Je manque d'air en me remémorant ce qui s'est passé ce matin, et je roule sur le dos. J'ignore complètement mon rêve – ou, plus exactement, mon cauchemar – et je me concentre plutôt sur la façon dont Ursula m'a presque tuée.
« Je ne pense pas qu'elle m'aime, » je me plains. « Elle a essayé de m'étouffer dans mon sommeil. Elle s'est pratiquement couchée sur mon visage – je ne pouvais plus respirer. »
Il rit de bon cœur. « Diable, Bella. Tu es sûre que ça va ? »
« Je suis un peu traumatisée, pour être honnête. »
« Oui, je peux imaginer. »
« Et ensuite son caca a bouché mes toilettes. »
« Son quoi ? »
« Son caca. C'était énorme, Edward. Le plus gros tas de bouse que j'ai jamais vu. Presque comme s'il provenait d'un éléphant ou quelque chose. »
Maintenant il rit de manière hystérique et je ne peux faire autrement que de rire avec lui.
« J'ai passé le plus clair des premières heures du matin plongée dans la cuvette des toilettes, » je continue. « Elle a probablement un ou deux autres tas en attente pour moi. Je n'ai pas vérifié. »
« Je ne te conseillerais pas de tirer la chasse d'eau cette fois-ci. »
« Non, ça se pourrait que je doive tout charger sur une brouette ou un truc du genre. »
Je secoue la tête à l'absurdité de notre conversation. Mais ça coule tellement naturellement – tellement facilement. Je pourrais lui parler toute la nuit.
Et c'est plus ou moins ce que je fais. Nous parlons pendant plus d'une heure, nous racontant des anecdotes et plaisantant comme des gamins. Il me révèle finalement son aversion latente des chats, celle-ci datant de l'époque où le chat de sa tante Esme avait abandonné son bac à litière pour venir pisser sur toutes ses fringues. Il m'explique qu'Esme lui a dit que c'était bien fait pour lui et qu'il n'avait qu'à ne pas laisser traîner ses vêtements sur le plancher s'il ne voulait pas qu'ils soient souillés. Mais apparemment le chat réussissait à se faufiler dans son placard pour ruiner ses vêtements, alors ça ne changeait rien.
Je ne peux pas m'empêcher de sourire lorsque finalement je raccroche. Pas même quand je trouve trois piles de crotte dans le bac à litière d'Ursula.
Jésus Christ.
Je ramasse sa merde dans des sacs d'épicerie en plastique, le nez en l'air de dédain pendant toute l'opération. Mais je souris toujours dans ma tête.
ooo
Le jour suivant je parle à Emmett au téléphone et je le réprimande vertement au sujet de plusieurs choses, la plus importante étant Ursula.
« Edward se fiche du chat comme de sa première chemise. » Je débite les mots frénétiquement, ne lui donnant pas le temps de parler avant que j'aie terminé. « Je veux dire, il n'aime pas les chats, c'est vrai, il me l'a avoué. Mais les raisons invoquées sont tout à fait normales. Personne n'aimerait un chat s'il pissait partout sur ses affaires. Et tout ce qu'Ursula a fait, c'est couvrir son entrejambe de poils. C'est moi qu'elle torture. C'est moi qui mets ma vie en péril pendant la nuit. »
Emmett soupire dans le téléphone. « Ne crois-tu pas que tu la joues un peu dramatique, là ? »
« Non, je ne crois pas. Je ne pouvais pas respirer, Emmett. Ne comprends-tu pas ce que ça veut dire ? Respirer… c'est une fonction vitale ! »
« Ursula ne ferait pas de mal à une mouche. Elle n'essaye même pas de toucher au hamster de Carly ! »
« Qui est Carly ? »
« La mouflette de Mike. Celle qui lui a trouvé son nom. »
« Eh bien, il y a probablement une raison pour ça. La plupart des chats qui chassent les souris pèsent beaucoup moins que 150 kilos. »
« J'espère qu'Ursula ne peut pas t'entendre en ce moment, » dit-il le plus sérieusement du monde. J'ai envie de hurler dans le téléphone.
« Et c'est quoi cette histoire de vouloir un 'double rancard' avec nous ? » Je demande, changeant de sujet.
« Ah ouais ! Ça devrait être amusant. » Je peux presque l'entendre sourire comme un idiot. « Y a-t-il un endroit où vous aimeriez aller, les amis ? Rose m'a dit que vous alliez souvent manger au Bistro BlueWater toutes les deux… »
Je suis exaspérée. « Pourquoi ne m'as-tu pas consultée d'abord ? »
« J'ai demandé à Edward, et il t'a fait le message. »
« La dernière chose dont j'ai besoin en ce moment, c'est d'endurer deux heures inconfortables avec vous. Je sais que tu vas essayer de me rendre mal à l'aise. Et Rose n'apprécie même plus ce que je tente de faire. »
« Non, Bella. Je vais rendre Edward mal à l'aise. Tu n'auras qu'à t'asseoir et te détendre, et profiter de la bouffe. Tu peux même apporter du popcorn si ça rend le spectacle plus agréable à regarder. »
« Je n'aime pas ça. »
« Ça va être chouette, Bella, » m'assure-t-il. « Combien de jours reste-t-il avant le mariage, de toute façon ? »
« Deux jours. » Cette pensée m'attriste.
« Deux jours ? Tu vois, c'est pour ça que nous devons agir. Il ne te reste que deux jours pour faire de sa vie un enfer. Heureusement que j'ai eu Ursula au bon moment. » Je veux protester – lui dire qu'Ursula ne rend que ma vie infernale – mais il ne m'en laisse pas l'occasion. « Écoute, il faut que j'y aille. Ma pause déjeuner a pris fin il y a cinq minutes. Entendez-vous, Rose et toi, sur un endroit où vous voudriez aller ce soir. De préférence un endroit qu'Edward détestera, comme… j'sais pas, une de ces places où on doit utiliser nos doigts pour manger la bouffe ou un truc du genre. »
Je roule des yeux, mais avant que je puisse dire autre chose, il a raccroché.
ooo
Je n'appelle pas Rose avant quelques heures. Tous les deux m'ont irritée au plus haut point, et j'ai besoin d'un peu de temps pour moi seule. Pour dire vrai, je suis contente de bosser aujourd'hui, car ça me procure une distraction bienvenue.
Je ne tiens pas particulièrement à ce double rancard, mais au moins Emmett a la tête à la bonne place. L'idée de voir Edward se tortiller d'embarras ne m'interpelle plus du tout. L'idée de ravoir Edward sur mon canapé, avec sa main en haut sous mon tee-shirt ou en bas dans ma culotte, eh bien… c'est une autre histoire.
Et c'est pourquoi je finis par accepter le double rendez-vous. Je veux voir Edward, mais il faut que je le fasse dans des conditions sans danger.
Le seul endroit que je connais où on mange avec les mains à Seattle est un restaurant Éthiopien dans le voisinage, une idée que Rose balaye immédiatement du revers de la main.
« Si vous croyez que je vais m'installer par terre et manger de la bouffe visqueuse avec mes mains, alors vous êtes cinglés, » déclare-t-elle.
« C'était l'idée d'Emmett. »
« Écoute, je sais que lui et moi formons un couple, mais je n'ai rien à voir avec ses idées. La moitié d'entre elles sont carrément débiles. Pas question que je me plie à celle-là. Désolée. »
Nous choisissons un endroit appelé le Metropolitan Grill, situé en plein centre-ville. Il est nécessaire d'y manger avec une fourchette, aussi bien que de s'asseoir à table. Je laisse Rose annoncer la nouvelle à Emmett.
Je retourne à la maison après le travail pour me changer dans quelque chose de plus joli. Edward a convenu de venir me retrouver à l'appartement, mais je suis surprise quand il frappe à la porte avec dix minutes d'avance.
Il est vêtu d'un pantalon noir et d'une chemise bleu pâle avec une cravate foncée. Tous ses vêtements lui vont à la perfection – ils sont probablement faits sur mesure. Je n'arrive pas à détourner mon regard de son visage agréablement rugueux à cause de la légère repousse de sa barbe, et je veux le tirer brusquement à l'intérieur par sa cravate et l'attaquer.
Mais je me retiens, me déplaçant lentement de côté pour le laisser entrer. Cette fois-ci il a un bouquet de fleurs, des lis calla blancs et des roses roses, et j'ai envie de rouler des yeux et de l'embrasser simultanément pour cette marque d'attention.
« Ces fleurs sont magnifiques, » je dis, m'en emparant, et il m'embrasse doucement sur les lèvres.
« Elles ne t'arrivent pas à la cheville au rayon de la beauté, » répond-il avec sincérité. Je rougis de la tête aux pieds – je porte ma robe, elle est bleu foncé et très évasée dans le dos, et incidemment elle s'harmonise à merveille à sa propre tenue – mais je n'ai pas eu le temps de coiffer mes cheveux ou de mettre mes chaussures.
« Merci, » je marmonne. « J'ai besoin de quelques minutes de plus pour finir de me préparer, par contre. Tu es un peu en avance. » Je trouve un vase pour les fleurs et je les mets dedans, les réarrangeant jusqu'à ce qu'elles soient parfaites. J'ai déjà trouvé une nouvelle fleur préférée pour remplacer les orchidées.
« Pas de problème, Bella. Prends tout le temps dont tu as besoin. »
Je lui dis de se mettre à l'aise et je retourne dans ma chambre. Je me tiens devant mon miroir et je m'empresse de faire boucler l'extrémité de mes cheveux avec un fer à friser, un petit sourire sur mes lèvres simplement à cause de sa présence de l'autre côté du mur.
Finalement il vient me rejoindre dans la pièce, ses yeux rencontrant les miens dans le miroir tandis que je continue à manipuler le fer. Il se déplace lentement jusqu'à être juste derrière moi. Je ne peux pas regarder ailleurs.
Il fait courir le bout de ses doigts le long de mes bras nus, à partir de mes épaules, et chaque frôlement est si léger qu'il est à peine perceptible.
Il se penche vers moi. « Tu es si belle. » Écartant mes cheveux de côté, prenant soin d'éviter le fer chaud, il plante un baiser la bouche ouverte sur mon cou.
Je gémis.
« Tu ne peux pas faire ça, » je proteste, tentant en vain de le repousser. Je le vois arquer un sourcil dans la glace.
« Faire quoi ? »
« Me distraire pendant que j'essaye de me préparer. »
Il me lance un sourire narquois. « Ils peuvent attendre. Tu m'as manqué. »
Mon cœur se met à battre la chamade parce que bordel, qu'est-ce qu'il m'a manqué lui aussi. Passer à travers une seule journée sans le voir m'a semblé une éternité. Comment vais-je faire quand tout ceci sera terminé ?
Je dépose le fer à friser sur ma commode et me retourne face à lui, rencontrant instantanément des lèvres chaudes et une langue avide. Il mordille ma lèvre inférieure avec ses dents, taquinant et tirant, et mes sens se remplissent de lui alors que j'inhale son parfum suave et savoure son goût délectable.
Il se détache de moi le premier et j'attrape sa cravate, l'attirant de nouveau à moi, et il se soumet volontiers.
Je le libère enfin, ma main à la fois délicate et énergique contre sa poitrine.
« Il faut vraiment que je finisse de me préparer. »
Il soupire et m'embrasse sur le front, mais avant que je ne le réalise, ses lèvres sont sur les miennes une fois de plus et je rigole comme une adolescente à nos folâtreries. Je le pousse vers la porte.
« Tu es une telle distraction ! » Je le sermonne, et il sourit.
« Es-tu en train de me dire que tu n'aimes pas ça ? »
« Ce sont des renseignements personnels, » je mens, refusant de jouer son jeu, et je le pousse hors de la chambre, fermant la porte derrière lui.
Mon sourire est tellement fendu que mon visage me fait mal.
ooo
La balade en voiture jusqu'au Metropolitan Grill se fait en silence, sans gaité, mais nous échangeons des regards chargés de désir et nous touchons mutuellement nos mains, nos cheveux, notre peau, nos vêtements durant tout le trajet, incapables de nous résister l'un l'autre, mais prudents de ne pas en faire trop, trop vite. Je manque d'oublier que je ne suis pas censée l'aimer, qu'il pourrait ne pas éprouver la même chose, mais ce genre d'oubli est tellement facile en sa présence.
Emmett et Rose sont déjà là quand nous arrivons. Emmett se lève pour nous accueillir, mais Rose demeure assise, ce qui ne me surprend pas. Edward et Emmett se saluent chaleureusement, Rose sourit froidement, et nous prenons tous nos places.
« Eh bien, eh bien. N'est-ce pas là mon couple préféré de tourtereaux qui filent le parfait bonheur ! » Emmett ouvre son menu avec tapage. « J'ai déjà commandé les entrées pour Rose et moi. J'espère que ça ne vous dérange pas. Je meurs de faim. »
« Bien sûr que non, Em. Qu'est-ce que tu as commandé ? » Demande Edward. Je les observe tous les deux de près, ne les ayant jamais vus ensemble avant. Je suis curieuse de voir comment Edward se comporte avec ses amis.
« Les beignets de crabe et les bouchées de filet mignon. »
Je parcours le menu et mes yeux manquent de sortir de leur orbite. La nourriture ici est quasiment plus onéreuse que ma première voiture ! Pourquoi n'ai-je pas pensé à cet endroit pour mon premier rendez-vous avec Edward ? Je jette un coup d'œil à Edward et Emmett et constate qu'ils sont en grande discussion pour savoir si le cocktail aux pinces de crabe est meilleur que les beignets, aucunement préoccupés par les prix exorbitants.
Le serveur vient prendre notre commande de boissons et Edward commande le cocktail aux pinces de crabe après m'avoir demandé si je désire avoir quelque chose.
Rose se penche et murmure discrètement à mon oreille, « Tu aurais dû commander l'assiette de dégustation. »
Je regarde encore le menu et je manque de suffoquer. « Ça coûte quatre-vingts putains de dollars ! » Je siffle, m'efforçant de garder ma voix aussi basse que possible. « Pour une entrée ! »
Elle roule des yeux, ne comprenant visiblement pas ma réaction, et se cale dans sa chaise. Edward et Emmett nous regardent avec curiosité.
« Les secrets ne font pas les bons amis, » commente Emmett. « Ça vous ennuierait de partager avec le groupe ? »
« Euh, non. C'est un… euh… C'est un truc de filles, » je mens maladroitement. Je me demande si j'aurais commandé une assiette aussi coûteuse même lors de notre premier rancard. Je suppose que oui, mais dépenser autant d'argent – sur une entrée, rien de moins – semble totalement absurde. Il n'y a pas d'huître ou de pince de crabe dans le monde entier qui vaille quatre-vingts dollars.
Le serveur apporte notre vin et prend nos commandes. Je bois timidement une gorgée.
« Alors tu vas aller au mariage avec Bella ce samedi, hein ? » Demande Emmett en s'adressant à Edward. Mes sens se mettent en hyper-alerte à cette soudaine question.
« Oui, » répond laconiquement Edward.
« C'est super. J'y vais avec Rose. Hé, tu as choisi le poulet ou le steak ? »
Edward me regarde.
« Euh, steak, » je marmonne.
« Tu veux échanger, vieux ? Rose a pris le poulet pour nous deux. » Emmett fait une grimace.
« Tu aimes le poulet, » proteste Rose.
« Mais j'adore le steak. »
« Tu ne fais pas un échange. Tu essayes de compliquer les choses. Tu manges un steak ce soir – ça devrait te suffire. »
« Je pourrais manger un steak à tous les repas, à tous les jours. »
« Samedi n'est pas une journée en ton honneur. »
Edward prend ma main sous la table pendant qu'ils continuent de se chamailler. Nous échangeons un regard amusé, bien que je doute qu'il remarque que le mien est entremêlé de tourment intérieur.
« Alors, Edward, » commence Emmett, « tu as déjà fixé une date pour ton mariage ? » Il relève ses deux sourcils de manière suggestive. Je gémis intérieurement.
Edward s'éclaircit la voix. « Ça fait à peine deux semaines qu'on se connaît. »
L'idée du mariage m'horrifie, et je ne suis pas la personne qui a des problèmes avec l'engagement. Je peux seulement imaginer l'effet que ça fait à ce pauvre Edward.
« Et alors ? » Questionne Emmett.
« Et alors ? » Répète Edward. Il a l'air atterré.
« Rose, montre-leur ce que je t'ai offert. »
Rose lève lentement sa main gauche pour nous montrer une bague en or blanc orné d'un diamant étincelant.
Edward reste bouche bée, en état de choc. J'ai vraiment l'impression que mes yeux vont sortir de ma tête et atterrir sur la table.
« S'agit-il… s'agit-il d'une bague de fiançailles ? » Je demande, horrifiée. Ils ne se connaissent pas depuis plus longtemps qu'Edward et moi. Sans compter que Rose ne m'a jamais parlé de ça.
Je suis un peu vexée qu'elle ne se soit pas confiée à moi. Elle semble s'en apercevoir.
« C'est une bague en symbole de promesse, » rectifie-t-elle. « Et je voulais te le dire, Bella. Mais nous avons pensé que ce serait amusant de vous faire croire que nous étions déjà fiancés. » Elle sourit à Emmett.
Je ne vois rien de drôle.
« Ouais, c'est hilarant, » je marmonne avec sarcasme.
« Oh, allons. Vous auriez dû voir vos bouilles, tous les deux, » dit Emmett. « C'était une plaisanterie, rien de plus. Mais je vais l'épouser un jour. » Il enroule ses bras autour d'une Rose complètement apaisée.
La tension entre Edward et moi grandit jusqu'à prendre des proportions gigantesques, conscients tous les deux que le mariage n'est nulle part à l'horizon pour nous. Que même une simple relation normale ne fait sans doute pas partie du paysage.
Je baisse les yeux, refusant de croiser le regard de qui que ce soit. Je ne me suis jamais sentie aussi mal à l'aise de toute ma vie.
La main d'Edward n'est plus nulle part près de la mienne.
« Mince alors, vous n'avez pas à avoir l'air si foutrement déprimé à ce sujet, » dit Rose avec raillerie. Je me rappelle mes bonnes manières in extremis et je leur offre des félicitations forcées, bien que je ne sois même pas sûre de la raison. Pour avoir fait une promesse ?
Ouais, bien sûr.
Edward soupire et fait la même chose. Il semble plus sincère, à ma grande surprise.
Le serveur nous apporte nos plats et nous commençons à manger.
« Mmm. Tu vois, Rose ? » Continue Emmett comme si de rien n'était. « Goûte-moi ce steak. Ensuite tu comprendras pourquoi ça pourrait remplacer tous les repas. » Il tient un morceau de viande juste devant son visage.
« Ce steak a coûté presque cinquante dollars, Emmett. Je ne pense pas que le steak au mariage va rencontrer les mêmes standards de qualité. »
« Un steak est un steak. Une vache est une vache. »
« Eh bien ce n'est pas vrai… » Commence-t-elle, et ensuite elle puise toutes les raisons pour lesquelles certaines vaches ont meilleur goût que d'autres.
J'essaye de me concentrer sur ma nourriture. Malgré son coût extravagant, je la goûte à peine.
Edward remarque mon comportement distant et se penche pour murmurer à mon oreille, « Est-ce que tu vas bien ? »
Je hoche la tête, et ce n'est pas aussi forcé que je l'aurais imaginé.
« Oui, ça va. »
« Pas très subtil, hein ? » Demande-t-il, faisant référence à Rose et Emmett. Je jette un coup d'œil dans leur direction et je vois qu'ils sont maintenant en train d'argumenter si oui ou non la couleur du pelage d'une vache affecte son goût.
« Non. Mais je suis heureuse pour eux, » je marmonne, et il sourit.
« Moi aussi. »
« De quoi est-ce que vous parlez tous les deux ? » Nous interrompt Emmett d'une voix de stentor. Je grimace.
« On était seulement en train de se dire combien on est heureux pour vous, » répond Edward.
« Eh bien, merci, vieux. » Emmett a l'air franchement content. Rose et moi échangeons des regards – elle essaye silencieusement de me communiquer quelque chose, mais je ne sais pas quoi.
« Je sais que pour certains ça peut sembler précipité, » poursuit Emmett, « mais Rose est la première fille pour qui j'éprouve ces sentiments depuis, eh bien… en fait jamais je n'ai éprouvé ce que je ressens pour elle avant. Il ne fait aucun doute pour moi que je vais l'épouser un jour. »
Rose lui répond avec un sourire des plus authentiques, et je sais qu'elle est heureuse. Ce qui, en retour, me rend heureuse. Je me sens un peu plus légère en dépit de tout, et la conversation commence à couler facilement.
Au moins quelqu'un a forgé une relation dans ce gâchis.
Quand tout le monde a terminé de manger, le serveur revient ramasser nos assiettes et nous offrir le dessert. Edward et moi en choisissons un à nous partager.
Emmett touche l'épaule d'Edward. « Hé, mec. Ça te dérangerait que je te dise un mot en privé ? »
Trois paires de yeux perplexes se braquent sur les siens, mais ça ne le décourage pas. Edward se lève avec circonspection.
« Ouais, bien sûr. »
« On revient tout de suite, beautés, » dit Emmett, embrassant Rose sur la joue. Edward me sourit et presse ma main, puis ils disparaissent tous les deux.
Rose et moi nous penchons immédiatement l'une vers l'autre. « Que sont-ils allés faire ? » Je lui demande.
« Je n'en ai aucune idée. Emmett ne m'a rien dit. »
« Est-ce mal de ma part de vouloir aller les espionner ? »
« Probablement. Est-ce mal de ma part de vouloir en faire autant ? Je n'ai même pas de raison, sinon d'être foutrement curieuse ! »
« C'est vrai, » je dis solennellement, et elle me lance un sourire narquois.
« Sérieusement, félicitations pour ta 'bague de promise,' » je continue, changeant de sujet. « J'ai juste été un peu soufflée au début. »
« Ça va, je comprends. Après coup je réalise que ce que nous avons fait était quelque peu crapuleux… tu sais, considérant ce que tu ressens envers Edward. Emmett n'a aucune idée, cependant. Alors ne le blâme pas. »
« Je ne ressens rien, » je mens, mais avant qu'elle ne puisse argumenter, un téléphone se met à sonner, nous surprenant toutes les deux. Nous regardons à la ronde.
« Je pense que ça vient de la poche d'Edward, » présume Rose, faisant allusion à la veste d'Edward qui est drapée au dossier de sa chaise. J'entreprends de farfouiller dans les poches, et Rose écarquille les yeux d'étonnement. « Est-ce que tu vas répondre à son téléphone ? » Interroge-t-elle, horrifiée.
« Je vais juste l'éteindre. Cet endroit est dans le genre… vraiment huppé. On n'est pas censé laisser son téléphone beugler à travers le restaurant ! » J'explique, et elle approuve de la tête. Surtout que les gens commencent à se retourner pour nous regarder.
Je trouve finalement l'objet vibrant et agaçant et je le sors de sa veste. Juste comme je m'apprête à peser sur le bouton pour faire cesser la sonnerie, je remarque le nom affiché à l'écran.
James.
Je me fige. Je suis sûre que mon visage perd toutes ses couleurs, car Rosalie devient instantanément anxieuse.
« Quoi ? Qu'y a-t-il ? » Siffle-t-elle. Elle tente de me prendre le téléphone des mains et y parvient.
« James ? » Grogne-t-elle. « Ce fils de pute. »
« Peut-être que ce n'est pas le même James. »
« Putain je rêve ? Il connaîtrait combien de James selon toi ? »
« Je ne sais pas… »
Le téléphone a cessé de sonner de lui-même. Soudainement il bipe, indiquant qu'un message vient d'être envoyé. Les yeux de Rose dardent les miens.
« Il a envoyé un texto. »
Je ne dis rien.
« Lis-le ! » Elle me tend brusquement le portable.
« Rose ! Je ne peux pas ! » Je proteste.
« Pourquoi pas ? »
« Ce serait une atteinte à la vie privée. Et puis s'il me surprenait ? »
« Il ne va pas te surprendre. Je vais aller les retrouver et les distraire un peu. »
« Comment ? »
« Fais-moi confiance ! » Elle est en colère. En colère et irritée. Elle fourre le téléphone dans ma main avec force. « Tu l'aimes. T'as beau le nier autant que tu veux, je peux le dire. Donc si tu veux voir ce qu'il ressent vraiment pour toi, alors tu dois lire le message. Et vérifier s'il y en a d'autres qu'il aurait envoyés à James. » Elle tourne la tête en vitesse, regardant si Emmett et Edward sont dans les parages, puis reporte son attention sur moi.
« Je te garantis au moins cinq minutes, » dit-elle. « Maintenant lis-le ! »
Elle se glisse hors du restaurant et hors de vue, tel un agent double subitement en mission.
Je fixe le téléphone dans ma main, mon cœur martelant contre ma poitrine, une crainte nauséeuse pesant très lourd dans mon estomac.
Je ne réfléchis pas davantage – je n'ai pas le temps – mais j'ai besoin de savoir. Il faut que je sache ce qu'Edward dit à James à mon sujet.
J'accède à ses messages.
Pourquoi ai-je l'impression que tu évites mes appels ? – J
Ce n'est pas si épouvantable. C'est même plutôt bien. Je sors frénétiquement de ses textos les plus récents et j'en cherche d'autres. Il y en a plusieurs de James.
Je t'avais dit que cette fille allait te donner du fil à retordre. On dirait vraiment qu'elle porte une putain de ceinture de chasteté, et bonne chance si tu trouves la clé, parce que c'est presque mission impossible – J
Je me sens nauséeuse. Est-ce qu'Edward parle de moi de cette façon ? Comme si je ne suis toujours rien de plus qu'un pari ? Juste une autre conquête ?
Je délaisse sa boîte d'entrées et je vais voir ses réponses, me limitant aux messages envoyés à James. Je peux entendre mon pouls dans mes oreilles. Tous les autres bruits dans le restaurant semblent avoir cessé.
Peut-être que tu devrais attendre que les 3 semaines soient presque écoulées – E
J'en vérifie un autre, et je paralyse.
Ma respiration s'arrête. Mon cœur s'arrête. Je suis pas mal sûre que le monde tout entier s'arrête.
Comme je l'ai déjà dit, elle n'est qu'un pari. Il me faudra seulement jusqu'à samedi pour mener rondement l'affaire, pas un jour de plus. Ensuite tu pourras mettre un terme à ta putain d'ingérence et sortir de nos vies pour de bon – E
Oups… Bella Bella, que vas-tu t'imaginer ?
Comme plusieurs se posent la question, oui, le prochain chapitre sera du point de vue d'Edward :0)
Aussi, je me suis fait demander combien de chapitres il reste à cette histoire. Il y en a 34 en tout, plus un outtake. Voilà j'espère avoir répondu à la question :0)
À bientôt pour la suite.
Milk
ps: après le passage de l'ouragan Sandy, je n'ai toujours pas d'électricité ni d'Internet à la maison, mais... vive les Target !
