Auteur : TheProblematique ( u/2176345/TheProblematique )

Titre : Veritas

Disclaimer : L'univers appartient à Gene Roddenberry et à J.J Abrams, et l'histoire à TheProblematique.

Avertissements : Traduction & fic slash assez graphique (traitant de relations amoureuses et sexuelles entre garçons).


Chapitre 20 : Veritate et Virtute

Quand il arriva juste devant la porte du tribunal, le communicateur de Jim bipa. Il affichait un message de M. Moss, qui disait convainquez-les et il sera à vous.

Jim pouffa. Bien sûr, l'avocat savait exactement sur quels boutons appuyer.

Enfoiré sans finesse.

ooo

« M. Spock, je ne demande pas une justification, je demande une explication raisonnée et logique à vos actes – »

« Justification et explication sont synonymes si – »

« N'entrons pas dans la sémantique, maintenant. »

Spock haussa un sourcil et regarda ostensiblement l'appareil Veritas, maintenant éteint mais encore bien en évidence. Il s'en était brillamment sorti jusque-là et M. Moss en rayonnait vraiment de soulagement. Ça donnait aussi envie à Jim de l'embrasser encore plus que d'habitude, mais il n'y avait rien à faire.

« La sémantique est d'une importance vitale, Mlle Shaw. »

Areel n'eut pas l'air déstabilisée, et Jim dût l'en féliciter à contrecœur parce que s'il y avait bien quelqu'un qui savait flotter entre l'autosatisfaction et l'arrogance sans projeter activement ni l'une ni l'autre, eh bien, c'était Spock.

Spock qui quelques minutes plus tôt avait laissé Jim entrer dans son esprit et lui avait montré qu'il l'aimait, mais peu importait. C'était pas comme si ça avait, vous savez, changé sa vie ou quoi que ce soit. Jim n'était pas en train de péter les plombs. Jim n'y pensait même pas. Jim n'était pas amoureux de son Premier Officier ou quelque chose de désespérément stupide dans le genre.

« Le Capitaine Kirk a été appréhendé pas un gang local sur la lune Fereni et vous avez ordonné le chargement des armes de l'Enterprise, M. Spock. Comment vous serait-il possible de vous en sortir en utilisant la sémantique ? »

Non, elle n'était pas déstabilisée, mais son ton était refroidi par la colère.

« Notre transporteur était en panne et les phasers du vaisseau étaient le seul moyen de – »

« Ces phasers sont conçus pour les combats dans l'espace lointain, Commandant, pas pour menacer la population d'une planète pacifique – »

« Avez-vous inclus le rapport médical dans les informations sur cette affaire ? » interrompit sèchement Spock.

Areel avait deux longueurs d'avance sur lui.

« Les blessures subies par le Capitaine Kirk pendant sa captivité n'ont rien à voir avec – »

« Dix phalanges distales cassées, deux brûlures au troisième degré, de multiples lacérations et contusions – »

« Commandant Spock. » Areel se redressa de toute sa hauteur, qui n'était pas très élevée. « Je suis consciente du traumatisme que le Capitaine Kirk a enduré. Mais je vous demande pourquoi vous avez armé votre vaisseau et menacé la population d'une planète – »

« J'ai pris un risque calculé en menaçant d'éliminer les membres d'une tribu violente qui ont sévèrement battu et blessé le Capitaine Kirk, » répondit calmement Spock. Il réussit à ne pas paraître trop condescendant quand il reformula les paroles de l'avocate mais il avait un air assuré qui transformait ses paroles en faits. « J'ai armé les phasers parce que le gang avait une technologie suffisante pour bloquer les capacités de notre transporteur et pouvait donc probablement réaliser un scan basique de la configuration de l'Enterprise. »

Jim se souvenait de cette mission. L'une de leurs dernières ; quelques semaines avant Tersal et le gros bazar que ça avait été. Heureusement il avait été inconscient pendant la plus grande partie de son temps passé à Fereni, mais il avait passé quelques heures sombres à penser qu'il allait vraiment mourir aux mains d'un groupe de voyous sans plus de gloire qu'un animal tombé dans le piège d'un chasseur et jugé trop maigre pour être mangé.

En fait, Spock et Uhura avaient rompu peu après cette mission. Non pas que ce soit connecté, Jim en était sûr.

« La précision requise pour ne toucher que les membres du gang n'est pas compatible avec le design des phasers du vaisseau Enterprise, » avança Areel.

Spock hocha une fois la tête. « C'est exact, cependant il n'était pas dans mon intention de tirer. »

« Vraiment ? Parce que l'entrée de journal de Capitaine intérimaire que vous avez écrite dit quelque chose de légèrement différent. » Areel tapa quelque chose dans son datapad et commença à lire, d'une voix forte et claire ; « Le Capitaine Kirk a été récupéré et je reprendrai bientôt mon poste habituel… voilà, c'est ici. M. Scott a été ordonné d'activer les phasers de façon à simuler des conditions de combat. Les phasers n'ont pas été déchargés en raison d'une précision de visée insuffisante, ce qui pourrait potentiellement endommager plusieurs écosystèmes et menacer la vie du Capitaine. La population civile dans cette zone du désert de Fereni est inexistante. »

Spock écouta ses propres mots avec impassibilité. L'air distant et non affecté. Il y avait quelque chose… d'intense chez lui. De confiant. C'était le dernier jour et ils pouvaient gagner, le cauchemar pouvait se terminer et ensuite…

Eh bien, il vaudrait peut-être mieux s'occuper d'une crise à la fois, pour l'instant. "Ensuite" pouvait venir plus tard. Jim attendrait. Il ne l'avait pas dit à voix haute, pas comme Spock (il était nul pour parler poétiquement), mais pour ça il attendrait toute une vie, deux, trois, des planètes différentes et des univers différents, peu importait.

« Vous ne mentionnez même pas les ravisseurs, » dit sévèrement Areel, ramenant Jim à la situation en cours. Rien n'était encore gagné. « Pas un mot. Les phasers ne les mettaient-ils pas aussi en danger ? Ont-ils cessé d'être des êtres vivants au moment où ils ont menacé la vie du Capitaine ? »

« S'ils avaient été l'unique partie mise en danger par les phasers il aurait été logique d'éliminer la menace. »

« D'accord, oui, situations extrêmes et tout ça, mais nous avons des lois pour une raison, Commandant, et préserver la vie afin que ces lois puissent être appliquées – »

« Leur sécurité n'était pas ma première préoccupation. Le Capitaine était en train d'être torturé. Il n'est probablement pas nécessaire que je sois émotionnellement compromis par lui pour souhaiter voir cette situation changer le plus tôt possible. »

Areel émit un petit souffle de colère et marcha jusqu'à sa table, où elle déposa le datapad qui était dans ses bras et en prit un autre.

Se tournant pour suivre ses mouvements, Jim aperçut ses amis assis au cinquième rang ; McCoy, Uhura, Sulu et même Scotty étaient venus. Et hé, c'était Chekov à côté de son Ingénieur en chef ! Ils avaient dû le faire entrer en douce. Jim réprima un sourire, fier que son équipage ait sapé l'autorité du Commodore comme ça.

« Très bien. Dans ce cas je suppose que le Capitaine Kirk était soumis à des contraintes extrêmes et que la situation demandait une intervention drastique. Veuillez donc m'expliquer, Commandant, vos actes pendant la recherche et l'exploration de Pirita II ? »

Spock ne répondit pas immédiatement. « …Que trouvez-vous difficile à comprendre, en particulier ? »

« Eh bien, le dernier survivant de l'espèce Hortatium canon evidencia a été tué par l'agent de sécurité Groff d'après vos instructions, exact ? »

« Oui. »

« Et il n'avait pas capturé ou torturé le Capitaine Kirk ni, en fait, aucun autre membre d'équipage. »

« Il avait tué six villageois. »

Areel plissa les lèvres. « Et il n'avait pas capturé ou torturé le Capitaine Kirk ni, en fait, aucun autre membre d'équipage, » répéta-t-elle, comme pour conclure. « Il avait déjà tué pour se défendre, mais il n'avait pas touché un seul cheveu du Capitaine Kirk, malgré le fait qu'il ait été malheureusement piégé dans sa tanière à cause d'un glissement de terrain. »

Spock cligna des yeux et attendit patiemment qu'elle termine, son visage ne révélant rien.

« Il a été enregistré que vous avez ordonné que l'on ne fasse pas de mal à la créature quelles que soient les circonstances, malgré le fait que le Capitaine ait précédemment ordonné de la tuer s'il devenait impossible de la capturer sans encombre, et pourtant vous avez immédiatement démenti votre propre ordre pour anéantir toute une espèce parce qu'elle était dans la même pièce que James Kirk. »

« Ce n'est pas pour cette raison que j'ai ordonné sa mort. »

« Eh bien, vous n'en avez pas encore donné de valide, Commandant. »

« Les Vulcains ne mentent pas, » dit calmement Spock.

Areel plissa les yeux. « Mais le peuvent-ils, M. Spock ? Et je rappelle à la cour que M. Spock n'est Vulcain que du côté de son père, sa mère était humaine. »

La forte emprise de Moss sur l'épaule de Jim fut la seule chose qui l'empêcha de se lever d'un bond et de faire une scène. Comment osait-elle… ? C'était censé être leur petite blague à eux, leur secret, que bien sûr Spock était demi-Vulcain donc quand il disait "Les Vulcains ne ressentent pas d'émotions" ça ne voulait pas vraiment dire qu'il n'était pas heureux, seulement qu'il le réprimait.

Et mentionner Amanda avait été la goutte de trop.

« Pardonnez ma franchise, Commandant, mais nous n'avons aucun moyen de savoir si vous dites la vérité. »

« Si vous me permettez de – »

Pendant quelques instants, personne dans la pièce ne put comprendre pourquoi Spock s'était arrêté de parler.

Le silence était plein d'attente. Et commençait à s'étirer. Areel haussa un sourcil hautain et ouvrit la bouche pour dire quelque chose…

Puis Jim l'entendit aussi ; un vrombissement doux et parfaitement innocent qui venait de la barre, puis la lumière de l'appareil Veritas s'alluma.

« Qu'est-ce – »

« Code d'activation correct. »

Les gens se regardèrent.

Personne n'avait rien dit.

« Les réponses de l'accusé seront analysée uniquement pour leur véracité. L'accusé est – » il y eut un bruit très bizarre que Jim était certain d'être incapable de reproduire « - Spock, Commandant Starfleet, Officier Scientifique et Premier Officier du vaisseau Enterprise. Accusé localisé. »

Après une courte pause, il vrombit encore et émit un clic.

« Poursuivez. »

Il y eut un silence complet pendant peut-être une demi-seconde avant que le Commodore Emerett n'abatte son marteau de manière préventive.

« Silence ! »

Tout le monde fixait l'appareil, y compris Spock.

« Il y a dû y avoir une sorte d'erreur technique. Quelqu'un peut-il contacter la Maintenance, s'il vous plaît ? »

Oui. Bien sûr. Les mots du Commodore permirent de briser l'atmosphère incrédule et tendue parce qu'ils étaient tout à fait sensés. Spock était Vulcain, l'appareil Veritas ne marchait pas sur lui, et même s'il devrait théoriquement être capable de détecter un scan non concluant tout seul, celui-là avait manifestement dysfonctionné.

« Avez-vous déjà été scanné, M. Spock ? » demanda calmement Emerett.

« Non. Je suis Vulcain, Commodore, mon espèce est considérée comme immunisée. »

« Correct. »

Le mot résonna dans les oreilles de Jim comme un coup de feu. L'appareil fonctionnait. C'était… comment ça avait bien pu se produire ?

Moss se leva. « Puisque nous sommes clairement dans une situation de panne d'équipement, puis-je suggérer une suspension pendant que la Maintenance désactive le Veritas ? »

« Je peux le faire, » dit Jim en haussant les épaules. « C'est pas difficile, je pourrais – »

« Merci, Capitaine Kirk, mais vous n'avez pas les outils nécessaires et vous êtes de plus l'accusé, vous n'êtes pas autorisé à interférer dans la procédure. » Le Commodore Emerett plissa les lèvres avec humeur. « Nous reprendrons dans trente minutes, et je veux le Commandant Spock, le Capitaine Kirk, M. Moss et Mlle Shaw dans mon bureau. »

« Quoi ? » Jim se tourna vers son avocat et baissa la voix, essayant de ne pas faire entendre son inquiétude. « Pourquoi est-ce qu'il nous veut dans son bureau ? »

Moss avait l'air sombre. Ça ne changeait pas beaucoup de son expression habituelle, mais quelque chose dans la posture de sa mâchoire fit s'agrandir les yeux de Jim.

« C'est mauvais, pas vrai ? »

« Ce n'est… pas bon. »

« Merde. »

ooo

Ils attendirent tous les quatre cinq bonnes minutes dans un silence total pendant qu'Emerett organisait la Maintenance et passait apparemment quelques autres appels d'une nature douteuse. Son bureau était le même que celui où Jim avait déjà été quand il s'était réuni avec tous les autres hauts gradés pour discuter du fait que des gens n'arrêtaient pas d'essayer de les tuer lui et Spock. Il était grand mais peu décoré ; les murs étaient nus et il y avait deux chaises en plus de celle qui se trouvait derrière un bureau beige ennuyeux, comme si celui qui y travaillait y passait très peu de temps, ou du moins considérait que personnaliser l'endroit n'était pas digne de lui. Emerett semblait sans aucun doute correspondre aux deux types.

Areel était assise sur l'une des chaises avec un PADD dans les bras, et Moss était assis à côté d'elle avec son carnet (Jim soupçonnait que les pages en papier le réconfortaient). Jim et Spock se tenaient devant des murs opposés et prenaient grand soin de ne pas se regarder pour des raisons qui allaient de soi.

Enfin, le Commodore entra dans la pièce, son ventre le précédant légèrement, l'horrible vêtement vert et or que Jim portait aussi jurant assez affreusement avec son teint rougeâtre.

« Bonjour, » dit-il avec distraction, marchant immédiatement jusqu'à son bureau et regardant deux datapads tout en ouvrant l'ordinateur. « J'ai fait quelques recherches et j'aimerais faire une petite expérience pendant que nous attendons. »

Areel hocha la tête et Moss fronça les sourcils. Ils avaient tous les deux l'air de savoir ce qui allait se passer et Jim pouvait plus ou moins le deviner, mais il s'accrocha à l'espoir que c'était encore son côté pessimiste qui parlait. Parce qu'il avait déjà été détrompé beaucoup de fois.

« M. Spock. »

« Oui, monsieur. »

« Votre mère était humaine. »

La déclaration sortait un peu de nulle part et Spock répondit avec un air prudent. « Oui, monsieur. »

« Et vous n'avez jamais été scanné par un appareil Veritas ? »

« Non, monsieur. Je suis Vulcain – »

« Vous êtes demi-Vulcain. »

Jim tressaillit un peu. Spock regarda le Commodore d'un air égal, mais c'était moche d'entendre ça, de se faire rappeler la mère de Spock comme ça, de sa mort comme ça. Spock parlait très rarement de la mission qui les avait réunis lui et Jim, de cette première fois de folie où tellement de choses avaient mal tourné en même temps et où ils avaient quand même, d'une manière ou d'une autre, réussi à sauver la Terre… et c'était partiellement à cause de son comportement émotif soi-disant honteux, mais surtout à cause de l'évidence. Sa planète. Sa mère.

« Oui. Cependant, il a été établi que ma physiologie est pratiquement entièrement vulcaine. »

Emerett soupira, mais avant qu'il puisse recommencer à insulter la culture de Spock Jim s'avança.

« Écoutez, je crois qu'on sait tous ce que vous allez proposer ensuite et je suis heureux d'être celui qui vous dit d'aller vous faire voir. »

La mâchoire de Moss tomba mais Jim l'ignora, ignora le regard indigné d'Emerett. L'ego blessé d'un type était le dernier de ses soucis à l'heure actuelle.

« L'appareil a clairement été trafiqué. Il a été programmé pour s'auto-activer et se passer de code de sécurité, il a scanné le Commandant Spock sans le moindre consentement de sa part, et il a échoué à scanner parce qu'il n'a pas reconnu sa propre incapacité à scanner sa réponse correctement, puisque Spock est vulcain et donc immunisé. »

« Surveillez votre ton, Capitaine Kirk, » dit Emerett, haussant la voix en guise d'avertissement.

« Quelqu'un a saboté l'équipement et vous voulez vous en servir ! » explosa Jim. « Mon ton devrait être le dernier de vos soucis à l'heure actuelle ! Est-ce que vous pensez sérieusement à – »

« Vous me croyez vraiment aussi stupide ? » interrompit le Commodore avec colère. « J'ai dit que nous allons faire une expérience. J'ai avec moi un autre appareil Veritas en parfait état de marche et si M. Spock est réellement immunisé il nous le dira. Mais s'il ne l'est pas, je suis désolé, mais je vais devoir le permettre. »

« Alors j'aimerais demander un ajournement pour me donner le temps de discuter de ce développement avec mes clients, » dit fermement Moss.

Avant qu'Emerett puisse répondre Areel s'était levée. « Excusez-moi ? Ce "développement" ? » Les guillemets étaient insinués dans son ton. Jim la fusilla du regard. « Ça ne change rien. M. Spock prévoyait-il de mentir à un moment de la procédure ? »

« Bien sûr que non, mais cela pourrait avantager l'accusation, nous n'avons pas eu le temps de – »

À nouveau, avant qu'Emerett puisse répondre Areel parla : « Je le répète, ça ne change rien, ou du moins ça ne devrait rien changer. Le fait que M. Spock n'est plus capable de mentir impunément à la barre et sous serment militaire de dire la vérité n'avantage pas l'accusation. »

« C'est le cas lorsque la machine qui scanne ses réponses n'est pas fiable – »

« Il ne va pas être testé ! » rétorqua Jim.

« Emerett abattit une main sur son bureau. « Si, il va l'être, où je le condamnerai pour outrage à la justice, Capitaine Kirk, donc surveillez votre ton ou – »

« Assez. »

D'une manière ou d'une autre, la voix profonde de Spock les fit tous taire sans crier.

« Je suis disposé à passer le test, » dit-il froidement. Les yeux de Jim se tournèrent d'une traite vers les siens mais Spock regardait le Commodore. « Cependant j'aimerais faire remarquer que si quelqu'un a pu entrer par effraction dans le tribunal pour reprogrammer l'appareil je ne vois pas pour quelle raison il ou elle n'aurait pas fait la même chose avec le reste des appareils de cette base. »

« Il y a plusieurs mesures que nous pouvons prendre pour nous assurer qu'il est en état de marche, Commandant, » dit Emerett. « Un simple test préliminaire révèlera tout, et je peux vous assurer que mes bureaux sont bien verrouillés – »

« Ayez la gentillesse de m'épargner vos garanties. » Le ton de Spock aurait pu couper du diamant. « Je présume que le tribunal était également bien verrouillé, et pourtant. »

Emerett donna l'impression de vouloir encore crier un coup mais finalement il céda. « Très bien. »

Il s'assit sur sa chaise et farfouilla sous le bureau pendant quelques instants. Areel se tenait encore avec le datapad dans les mains, et bien qu'elle ait la grâce de ne pas paraître triomphante, il y avait un éclat calculateur dans ses yeux qui rendait Jim très nerveux.

« Voilà. »

Le Commodore présenta un étui noir qu'il ouvrit ensuite devant eux, et en sortit soigneusement un appareil Veritas qui avait la taille d'un PADD.

« Gregory John Emerett, code soixante-treize vingt-quatre douze quatre-vingt-dix-huit. »

Vrombissement-clic. Puis : « Confirmé. Poursuivez. »

« Scannez les réponses du Commandant Spock uniquement pour la véracité. »

« Commandant Spock localisé. »

Il y eut une légère vibration, un autre vrombissement, un autre clic. S'il ne pouvait pas scanner les réponses de Spock de manière fiable il devrait dire "Non concluant, sujet non viable pour –"

« Poursuivez. »

Merde.

Fais chier. Nom de Dieu, merde.

« Alors. »

C'était Areel, et Jim espéra que la prochaine chose qui sortirait de sa bouche ne serait pas un commentaire à moitié aussi suffisant que son expression parce qu'il allait péter les plombs.

Elle pouvait demander n'importe quoi à Spock, maintenant. N'importe quoi, et si elle demandait la bonne chose tout tournerait horriblement, terriblement mal.

Mais au lieu de ça elle se tourna vers M. Moss.

« Vous avez étudié les mécanismes en profondeur, M. Moss, j'ai lu quelques-uns de vos articles. Pensez-vous qu'il soit possible que le fait que le Commandant Spock est demi-humain le rende vulnérable à l'appareil ? »

L'expression de Spock n'avait pas changé, et ne montrait toujours rien. Mais il y avait quelque chose dans la façon dont il fixait le néant, quelque chose de tellement vide…

« Vous devez comprendre comment ça fonctionne. »

« Tout le monde dans cette pièce sait comment ça fonctionne, M. Moss, » dit Jim, arrachant son regard de son Premier Officier.

« Oui, mais il y a trop d'idées fausses. Au vingtième et au vingt-et-unième siècles, les humains ont utilisé différents types de détecteurs de mensonges qui mesuraient le pouls, la dilatation des pupilles, la pression sanguine, ce genre de choses. Mais ils n'étaient pas parfaitement fiables en tant que détecteurs de mensonges. Mentir n'est pas la seule chose qui peut causer ces choses, la nervosité le peut aussi, entre aut – bref, ce n'était pas une science exacte. La seule façon de mesurer un vrai mensonge est de comparer tous ces symptômes avec l'activité cérébrale, de faire une sorte de recoupement, si vous voulez, puis d'établir un modèle qui permettra à la machine de l'identifier s'il refait surface. »

Jim savait déjà presque tout ça, et il était sûr que les autres aussi.

« La chimie cérébrale vulcaine est tellement drastiquement différente de celle des humains qu'un scan sera toujours non concluant. Nous n'avons tout simplement pas encore développé la technologie permettant un tel scan. Ils n'ont même pas le même type de synapses neuronales, et la télépathie seule peut… mais si la physiologie de M. Spock a d'une certaine manière permis à l'appareil de trouver un modèle alors oui. Oui, il a réussi à scanner ses réponses de manière fiable. »

ooo

Ils réussirent à convaincre le Commodore de permettre un délai d'un jour, mais demain matin les réponses de Spock seraient testées avec l'appareil Veritas.

Quand le petit groupe quitta le bureau du Commodore, Areel s'en alla immédiatement en leur lançant seulement un rapide coup d'œil nerveux à tous les deux, mais Moss les fit s'attarder dans le couloir.

« Laissez-moi deviner, on va pouvoir passer les prochaines heures à parler à mort de nos sentiments, » dit Jim avec une fausse joie. Il y avait indubitablement un certain nombre de choses qu'il détesterait plus que faire ça, mais pour l'instant il avait du mal à trouver autre chose que l'explosion de ses globes oculaires, pour une raison inconnue.

« Non. »

« …Non ? »

Moss ne savait pas, bien sûr, ce qui s'était passé quelques heures plus tôt. Personne ne savait, puisque Jim avait inspecté plusieurs fois les caméras de sécurité avant et que le programme de localisation avait été dupé avec succès. Mais c'était trop tard, maintenant. Que pourraient-ils bien dire ou faire pour changer la vérité ?

« Quand elle vous demandera si vous êtes amoureux du Capitaine Kirk demain, vous direz la vérité, n'est-ce pas M. Spock ? » dit l'avocat.

Spock ne parut pas du tout déstabilisé par cette question directe, mais il ne regarda pas non plus Jim. « Oui. »

« Et la vérité est que vous êtes amoureux de lui, n'est-ce pas ? »

Jim voulut frapper ce type pendant un instant fugace et furieux, puis il voulut lui crier dessus. Qu'est-ce qui aurait bien pu se passer ici si Spock n'avait pas laissé Jim voir la vérité avant ?

« Hé ! Qu'est-ce qui vous donne le droit de – »

« Écoutez, je n'ai pas le temps de – »

« Oui. »

Le visage de Spock était toujours neutre mais Jim pouvait sentir sa colère. Ce devait être humiliant pour lui ; toute cette histoire était insultante.

« D'accord. Je ne pense pas que tout soit perdu, » dit Moss avec un soupir. Il n'avait jeté qu'un bref coup d'œil à Jim et assimilé le manque de surprise du Capitaine face à la réponse de Spock dans la foulée, comme s'il s'y était attendu (et c'était sûrement le cas).

« Bon, M. Spock est celui qui paraît légèrement plus sensé, au moins, et votre réputation y est sûrement aussi pour quelque chose, Commandant – »

« Eh ben merci. »

« - et on peut avancer que vous êtes mieux équipé pour séparer vos sentiments de votre devoir et de vos responsabilités en tant que Premier Officier… écoutez, j'ai besoin d'y travailler seul, maintenant. Mais je ne vais pas vous mentir non plus ; ce n'est pas bon. À un niveau que je n'avais pas vraiment… je ne m'attendais pas à ce que ça devienne aussi grave. Donnez-moi juste… j'ai besoin de m'occuper de beaucoup de choses. Tenez-vous tous les deux tranquilles dans vos quartiers respectifs et laissez-moi contacter quelques journalistes. »

« Des journalistes ? Je croyais que vous aviez dit pas d'interviews, » fit remarquer Jim. Tout était en train de s'écrouler autour d'eux, il n'avait pas de temps à consacrer à des reporters maintenant. Il voulait parler à Spock seul à seul et il voulait trouver une issue parce qu'il y en aurait une, et les supérieurs qui ne l'aimaient pas pouvaient aller se faire voir, ils avaient besoin de mettre leurs efforts en commun et de planifier.

« Pas d'interviews, c'est promis, » dit Moss d'un ton implacable. « Mais malgré tout ce qui s'est passé au tribunal, l'opinion publique est maintenant exclusivement en votre faveur. On m'a dit qu'il y a même eu des plaintes officielles portées en votre nom par le Département scientifique et l'Ingénierie centrale, et ça ce n'est que pour l'intérieur de notre petite base. Le reste de la Fédération est dans un état de véritable indignation, apparemment. »

Jim haussa les sourcils ; voilà ce qui se passait quand vous évitiez d'aller sur le net et que personne ne vous informait. C'était étrangement touchant.

« Honnêtement, je ne pense pas que ce dernier développement va changer ça ; au contraire, cela donne à vos personnages un angle encore plus tragique et la presse adore ça. La presse humaine, du moins, » ajouta-t-il avec un regard pour Spock. « Vous êtes des héros, ne l'oubliez pas. »

« L'opinion publique ne peut pas changer un verdict – » commença Spock, les yeux remplis de scepticisme.

« Mais elle n'est pas aussi inutile que vous pourriez le penser. Croyez-moi, nous pouvons aussi nous servir de ça. Pour l'instant je veux que vous fassiez ce que je dis et que vous essayiez de ne pas, vous savez, faire autre chose qui soit stupide et qui me complique le travail. J'ai assez de travail à faire aujourd'hui comme ça. »

Jim lui adressa un signe de tête sec et s'en alla sans un mot de plus, n'ayant pas pardonné à l'avocat d'avoir mis la vérité en lumière de cette manière.

Il ne regarda pas en arrière pour voir si Spock le suivait, mais il savait que c'était le cas.

ooo

Au final ils allèrent vraiment dans leurs quartiers séparés, mais en se mettant d'accord pour ouvrir la porte communicante au bout de quinze minutes.

Jim travaillait sur le câblage en ruminant les évènements de la journée, et se trouvait incapable d'arriver à la moindre conclusion satisfaisante. Le flamboiement de joie incrédule qui avait explosé avec tellement d'éclat et de promesses et peut-être même d'espoir l'illuminait toujours dès qu'il pensait à Spock, l'emplissait toujours d'un bonheur perplexe, mais en-dessous il y avait la peur rampante que quelque chose d'aussi bien ne puisse être accordé à Jim. Ça ne pouvait pas durer, ça allait lui être enlevé, ça commençait déjà à ressembler à un rêve.

Il savait qu'être Capitaine, c'était ce qu'il était. Bon sang, il n'en avait été un que depuis un peu plus d'un an et il avait l'impression de n'avoir effleuré que la surface ; il y avait du potentiel en lui, il le savait aussi, du potentiel qu'il lui restait encore à libérer, des choses qu'il lui restait à prouver, et il savait que ça l'anéantirait de renoncer à ça. Il savait que Spock ne le laisserait pas faire, et il savait aussi qu'il ne laisserait pas Spock ne serait-ce que songer à démissionner de Starfleet… ils ne seraient plus eux-mêmes sans leurs travails.

Mais même avant de se rendre compte que lui, James Tiberius Kirk, aimait un homme qu'il n'avait pas le droit d'avoir, la crainte tenace avait pris résidence dans sa psyché que lui, James Tiberius Kirk, ne serait pas James Tiberius Kirk sans Spock.

Donc c'était perdant-perdant-perdant à tous les niveaux (avec un "perdant" supplémentaire parce que Jim sentait que ça convenait).

Le problème, voyez, c'était qu'il n'avait pas encore renoncé. Il ne pouvait pas renoncer (même s'il n'avait toujours aucune idée de comment ils allaient bien pouvoir trouver un moyen de s'en sortir en utilisant seulement sa détermination d'acier et son attitude rebelle comme carburant) parce que, pour la dernière fois, les situations sans issue pouvaient aller se faire foutre, sérieusement. Il n'y croyait pas, donc ouais, leur être inexistant pouvait aller se faire foutre.

Il fut tiré de ses pensées quand il y eut une étincelle inattendue dans le câblage puis une vibration, et ce fut enfin terminé. Grâce à son bricolage précédent avec le système cette deuxième fois avait été plus facile.

Il entendit la porte s'ouvrir et son pouls s'accéléra immédiatement, palpitant comme si son sang s'était épaissi pour devenir aussi consistant que de la colle pendant la dernière zéro virgule deux seconde.

Il ne pouvait rien se passer, il n'allait rien se passer et bon sang il le savait, il le savait vraiment, mais la raison pour laquelle il ne pouvait rien se passer était ce qui le rendait incapable de contrôler son souffle, parce que la raison était pertinente, la raison était, en fait, la clé ici, parce que Spock voulait. Spock voulait aussi, c'était juste qu'il ne pouvait pas.

« Hé, Spock, » jeta-t-il avec désinvolture par-dessus son épaule. C'était dit d'un ton forcé, trop tendu, ou peut-être trop désinvolte ; dans tous les cas ça faisait faux. « Je t'ai manqué… ? » Sa voix s'éteignit quand il se retourna et vit son Premier Officier.

Spock était assis à son bureau et portait une chemise que Jim ne l'avait jamais vu porter, sûrement parce qu'elle n'était pas réglementaire. Elle était soyeuse et d'un bleu plus clair que son uniforme et elle ressemblait plus à un peignoir ; le col était ouvert en V sur la poitrine de Spock et aguichait l'œil en dévoilant la peau lisse qui recouvrait sa clavicule et les muscles fins de sa poitrine. Elle suppliait pratiquement Jim de faire glisser le tissu sur les épaules nues de Spock et d'exposer sa gorge, comme s'il ouvrait un cadeau, des sirènes chantant déshabille-moi, s'il te plaît, je t'y invite.

Bon sang, c'était mauvais. Il n'arrivait pas à réfléchir, il devenait dur rien qu'en regardant et, d'accord, peut-être en fantasmant un peu, mais ce n'était pas bon. Il devait se calmer, ne pas réagir avec autant d'excitation que maintenant. C'était quoi son problème ? Ce n'était pas normal, ça n'arrivait jamais comme ça.

« Capitaine, » dit Spock en guise de salutation. Lui aussi paraissait tendu et crispé. Comme s'il sentait aussi ce brusque bourdonnement dans l'air comme Jim. Enfin, au moins Jim ne portait que son maillot de corps noir et un pantalon de survêtement gris foncé confortable (heureusement assez large pour dissimuler les réactions inappropriées pour le moment), et pas un cauchemar satiné disant viens me baiser qui hanterait son Capitaine pendant de nombreuses longues nuits à venir, jeu de mot tout à fait voulu, bordel.

« Salut. »

Il s'avança pour se tenir à quelques mètres de l'embrasure et se résolut à ne pas bouger de là et à ne pas finir comme la dernière fois qu'ils avaient essayé de parler à travers la porte invisible.

« Pourquoi tu portes ça ? » lâcha-t-il, tentant de ne pas paraître indigné.

Spock haussa un sourcil. « Ce sont les vêtements de nuit fournis par Starfleet, Jim. »

« …Sérieux ? »

« Oui. Ne les as-tu jamais… » Spock déglutit, sa pomme d'Adam s'agitant avant qu'il continue. « …ne les as-tu jamais portés ? »

Oh. Oups.

« Euh… non. »

Il y eut un long silence atrocement gênant.

« Alors quoi de neuf… vieux ? » dit Jim, et il grimaça. Malheureusement rien de même vaguement intelligent ne lui vint à l'esprit, puisque sa tête était maintenant réduite à une litanie de jurons, alternée de temps en temps avec un "La vache." (1)

L'univers n'avait-il pas encore appris la leçon à ce stade ? Vous ne voulez pas que James T. Kirk veuille se faire son Premier Officier ? Ne le cachez pas derrière un grand panneau "zone interdite, les intrus seront abattus (les survivants seront achevés)". C'est une Mauvaise Idée.

« Il est possible que nous perdions, » dit Spock, direct et sans préambule.

Au lieu d'étouffer le tourbillon de chaleur qui parcourait l'échine de Jim, les paroles de Spock envoyèrent une bouffée d'urgence à travers lui, lui rappelant qu'ils manquaient de temps.

« Ouais, je sais. » Il croisa les bras sur sa poitrine et exhala. « On doit bien pouvoir faire quelque chose. Il doit y avoir un moyen de… Je sais pas. Quelque chose. »

« Mlle Shaw n'est pas inintelligente. Elle posera la question. »

« Tout ne repose pas sur – Moss est bon. Il peut contre-attaquer, tu l'as entendu. Il y a plein d'angles qu'on n'a pas encore exploités. Et puis le soutien du public est toujours une bonne chose. »

« Une victoire à ce stade semble peu probable, Jim. »

Spock se leva et marcha pour se tenir devant lui, et l'une des manches du vêtement bleu était un peu trop longue pour son bras, les bouts de ses doigts fuselés et pâles dépassant sous elle, un détail attendrissant sur lequel Jim tenta simplement de se concentrer pour arrêter d'être en mode "dernière nuit à vivre", se sortir de cet état.

« Je ne laisserai pas tomber, » dit-il fermement. « Et je peux sentir ta culpabilité d'ici, Spock, arrête ça. »

Spock leva les yeux vers lui pour le regarder sous ses longs cils noirs. « Tu ne peux pas nier que c'est de ma faute. »

« Qu'est-ce qui est de ta faute ? Le fait que l'appareil fonctionne ? Tu ne peux pas contrôler ça, ok ? C'est… rien de tout ça n'est de ta faute. Si j'avais, je sais pas, moins flippé quand tu as disparu on ne se serait pas retrouvés ici à la ba – »

« N'en fais pas ton fardeau personnel, » dit immédiatement Spock.

Ils s'entre-regardèrent pendant un long moment.

« C'est pas un concours, » concéda faiblement Jim.

« Non. »

Les secondes passèrent et le vrombissement nerveux qui poussait Jim à faire quelque chose le démangeait encore de l'intérieur.

« Écoute, ce qui arrivera demain arrivera, mais rien… tu seras toujours toi-même, Spock, » s'entendit-il dire, voulant soudainement faire comprendre à Spock beaucoup de choses en peu de temps. « Tu… je ne peux pas te laisser te sous-estimer parce qu'une machine – tu es toi. Tu n'es pas humain et peut-être que tu n'es pas à cent pourcent Vulcain non plus mais tu es Spock. Ça te rend unique, d'accord ? Et crois-moi, je comprends à quel point l'argument "tu es un flocon de neige unique" est pourri parce que personne ne l'a entendu plus que moi, mais parfois c'est juste la vérité. Tu es le mec que je… plus que… il faut que tu me croies, d'accord ? Quoi qu'il arrive, tu es celui que je… le seul… »

Il sentit son élan s'arrêter dans un balbutiement quand les mots étrangers et inhabituels s'accumulèrent et obstruèrent sa gorge.

« Tu es celui que je préfèrerais à tous les autres, » dit-il enfin, la voix rauque et avec une précipitation bizarre. Il avait l'impression d'être un lycéen en train d'avouer un béguin, ce qui était bizarre parce qu'il n'en avait jamais fait l'expérience quand il était adolescent. « Et si une liste de preuves ne te suffit pas je trouverai d'autres moyens de le prouver, mais on fera face à demain quand demain viendra et je ne veux pas que tu ailles te coucher en te sentant coupable d'être qui tu es, parce que je – j'aime qui tu es. Celui que tu es est… extraordinaire à mes yeux. »

Bon. C'était difficile de faire plus ridiculement nunuche que ça, donc Jim allait la fermer maintenant avant que son côté étonnamment cucul ne prenne totalement le dessus.

Spock le fixait et paraissait un peu interloqué. Pour une fois, le Vulcain était totalement décontenancé, et c'était à vrai dire plutôt agréable d'en être la cause.

Puis, sans un mot, Spock avança vers la porte et s'arrêta juste au bord. Il leva la main dans un geste étrange, pas du tout comme la salutation ta'al ; son majeur et son index étaient tendus et son pouce était replié sur les deux autres doigts.

« Viens, » dit-il.

Jim y alla immédiatement, s'arrêtant aussi à la limite. Il copia le geste sans réfléchir.

« Qu'est-ce que… ? »

« C'est un secret, » dit Spock, et sa voix était profonde, rauque et pécheresse.

Jim frissonna. Spock n'avait plus l'air ébahi ou même surpris ; il avait l'air de partager quelque chose qu'il n'était pas censé partager, parlant à voix basse pour qu'ils ne puissent pas être entendus parce qu'ils ne devraient vraiment pas faire ça.

« Qu'est-ce que ça signifie ? » demanda Jim en chuchotant.

Spock fit se toucher les bouts de leurs doigts et un frisson de plaisir les traversa tous les deux.

Jim avait déjà ressenti ça, quand leurs mains se touchaient à d'autres moments, mais ne s'était jamais vraiment demandé ce que ça signifiait. Toucher Spock lui avait toujours fait ressentir des choses qu'il ne comprenait pas forcément au début.

« Qu'est-ce que c'est ? »

Les coussinets de ses doigts effleurèrent, caressèrent et descendirent vers la paume de Spock, et la respiration de Spock était irrégulière, mais ses lèvres tressaillirent pour former ce qui était presque, presque… ce que Jim avait pu voir qui se rapprochait le plus d'un sourire.

« Un baiser. »

ooo

« Hé, Spock ? »

« Oui, Jim ? »

« Tu crois que tu pourrais baisser d'un ton un petit peu ? »

Le front de Spock se plissa légèrement. « Pardon ? »

« Tu crois que tu pourrais… je sais pas, me faciliter un peu les choses et ne pas avoir l'air totalement et ridiculement canon ? Et baisable ? S'il te plaît ? »

Il avait fait ce commentaire complètement déplacé pour sortir Spock de son humeur apparente, mais ça ne fonctionna pas longtemps. Spock réussit à transmettre à Jim à la fois de la surprise et de l'incrédulité à ces paroles, ou du moins au début, puis il glissa à nouveau dans l'expression impassible qui cachait indubitablement une quantité considérable de tourment intérieur. Il semblait quand même aller beaucoup mieux qu'hier, mais l'équilibre de la situation était précaire. Tout paraissait cassable aujourd'hui, d'une certaine manière.

Les gens circulaient et s'agitaient quand ils entrèrent dans le tribunal parce qu'ils avaient une demi-heure d'avance, mais Uhura et McCoy étaient déjà là, tout comme Moss, assis au bureau de la défense.

« Spock, » laissa échapper Uhura quand elle le vit, et elle se fraya un chemin vers la paire avant de jeter ses bras autour de Jim. « Est-ce que ça va ? »

Jim tituba légèrement sous le poids avant de lui tapoter le dos avec hésitation. « Euh… c'est pas que j'apprécie pas, vraiment, mais c'est quoi ce délire ? »

« J'ai eu une soudaine envie de le prendre dans mes bras, mais je ne peux pas. Alors. »

« Alors vous me prenez dans vos bras par procuration. C'est génial, je me sens vraiment aimé. »

Elle rit contre son cou et se retira, puis les emmena tous les deux pour se tenir en petit comité à côté du banc où elle et McCoy s'assiéraient. C'était légèrement moins bondé vers les premiers rangs, puisque le banc du jury et le siège du juge n'étaient pas encore occupés.

« Je suis désolée, » dit-elle après qu'ils aient tous les quatre formé une sorte de cercle. Mais elle regardait Spock d'un air contrit quand elle s'excusa.

Jim passa de ses yeux baissés à elle à la posture suspicieusement tendue de la mâchoire de Spock. « Y a pas moyen que vous veniez de vous excuser à Spock pour m'avoir pris dans vos bras, » dit-il, en pleine réalisation. « Pas moyen, Uhura ! »

« Écoutez, c'est moi celle qui a étudié le peu d'informations disponibles sur la culture vulcaine, d'accord ? » lui rétorqua-t-elle. « C'est idiot et néanderthalesque mais je vous ai déjà dit que c'était une mauvaise idée que je vous touche. »

« Alors ne me prenez pas dans vos bras ! »

« Je ne pouvais pas le faire avec Spock, enfin ! »

« Vous étiez obligée de – attendez, qu'est-ce que je dis, tout ça c'est de la faute de Spock – »

Jim se tourna vers Spock, mais Spock regardait Uhura.

« Tu l'as dit au Capitaine ? »

« Hé, ne rejette pas la faute sur elle, » intervint rapidement Jim. « C'est toi qui t'es transformé en homme des cavernes hier matin, on a déjà dit que c'était pas cool. » C'était hot , mais pas, tu sais, approprié. « Et pour info elle ne m'a rien dit – »

« Ne défendez pas mon honneur, Kirk, je sais me défendre – »

« Je me suis excusé à plusieurs reprise. »

« Oui, mais je veux quand même rappeler à tout le monde ici présent que ce n'est pas acceptable de s'énerver parce que je me fais parfois tripoter par un membre ou un autre de mon équipage – »

« Les gens vous touchent tout le temps, Kirk, je crois que Spock a juste – »

« Vous allez tous la fermer, oui ? »

Ironiquement, la voix traînante et forte de McCoy attira plus de regards de la part des officiers alentours que la conversation frénétique des trois autres.

« Merci. Maintenant, quelqu'un peut m'expliquer ce qui se passe au juste ? »

Le médecin les fusillait du regard.

Jim fit un effort conscient pour baisser la voix. « Apparemment, Spock n'aime pas que des gens me touchent, » dit-il.

McCoy le fixa pendant un très long moment.

« …C'est tout ? »

Jim sursauta. « Quoi ? »

« C'est pas un scoop pour moi, gamin. »

« M'appelle pas gamin, le vi – qu'est-ce que tu veux dire, c'est pas un scoop pour toi ? »

« Je fais les check-ups médicaux, tu te souviens ? Tu t'es jamais dit que c'était bizarre que dernièrement il n'arrête pas de se pointer pour venir te chercher juste au milieu ? »

« C'est moi qui lui demande de faire ça. Je déteste les check-ups médicaux. »

« Oh. Eh ben, il était quand même content de lui quand il le faisait. Je pouvais le voir. Et depuis quand tu es assez perspicace pour te rendre compte… ? »

Le regard de McCoy voyagea jusqu'à Spock, qui était très silencieux. Puis il glissa vers Jim.

Puis vers Spock.

Puis vers Jim.

Puis vers Spock.

Puis… vers Jim.

« Quelque chose a changé, » dit-il. « Qu'est-ce que vous… qu'est-ce qui s'est passé ? »

Jim se sentit rougir un peu, et ce sourire stupide, déplacé et totalement irrationnel n'arrêtait pas de soulever le coin de sa bouche.

Lui et Spock s'évitèrent ostensiblement du regard et Uhura recula d'un pas.

« Oh mon Dieu… »

« Ne me dites pas – »

« Oh mon Dieu est-ce que vous avez enfin – »

« Silence, Lieutenant ! »

« Oh mon – merde. Vous n'auriez pas pu choisir un plus mauvais moment. »

Jim se frotta la nuque et leva les yeux vers elle avec une grimace. « Vous croyez ? »

Uhura sourit et eut l'air de vouloir le prendre à nouveau dans ses bras, mais un rapide coup d'œil vers Spock la fit reculer. Jim leva les yeux au ciel en direction de son premier officier.

« Vous êtes tout à fait libre de toucher le Capitaine, Lieutenant, » dit formellement Spock. Mais quelque chose dans la manière dont il le dit n'avait rien d'accueillant, et Uhura put manifestement le voir parce qu'elle renifla de dédain et secoua la tête.

« Elle n'a pas besoin de ta permission, Spock, tout le monde est complètement à côté de la plaque – »

« Jim… ? »

C'était McCoy. Jim se tourna pour regarder son meilleur ami, ne sachant pas trop ce qu'il trouverait sur son visage.

« Ouais. »

« Ça va ? »

Jim déglutit. « Euh… tu m'accules un peu là, Bones. »

« Mais qu'est-ce'tu vas faire ? » Le médecin avait l'air inquiet à sa manière bourrue, et au grand soulagement de Jim… il avait vraiment seulement l'air inquiet, rien d'autre, pas de déception ou de défiance, seulement de l'inquiétude sincère pour Jim. C'était assez sympa.

« Nous avons entendu des rumeurs sur l'appareil Veritas… ? » dit Uhura, l'air aussi inquiet, mais son inquiétude était dirigée vers Spock. « Que ça marchait sur toi. Qu'ils vont l'utiliser. Tout le monde en parle, sur toute la base c'est comme si vous étiez le seul sujet de – est-ce que c'est vrai ? »

Jim poussa un soupir impuissant mais ce fut Spock qui répondit.

« Oui. C'est vrai. Je suis susceptible de – »

« Hé. »

Le Vulcain croisa brièvement le regard sévère de Jim et corrigea ; « Mes scans ont été concluants. Cela fonctionne sur mes réponses. »

Quand il les regarda à nouveau Jim nota que McCoy et Uhura avaient tous les deux des expressions bizarrement similaires. Et ces expressions étaient suspicieusement amusées.

« Quoi ? » dit-il, légèrement sur la défensive.

McCoy toussa. C'était l'une de ces fausses toux vraiment mal faites.

« Donc vous êtes bel et bien, euh – » Jim fit immédiatement un geste de la main pour l'arrêter, mais cela ne fit qu'élargir le sourire du médecin. « Désolé, c'est vrai. C'est juste que vous vous comportez exactement comme avant… Je vais devoir reporter les moqueries, alors ? »

« Oui, tu vas devoir reporter les moqueries. » Quand l'expression de McCoy menaça de devenir solennelle à la place Jim leva immédiatement une main pour protester. « Tu vas devoir reporter tous les types de réaction quels qu'ils soient jusqu'à ce qu'on ait arrangé tout ça, d'accord ? Aussi, quelqu'un essaye de nous tuer. On est occupés. »

« Enfin, apparemment pas assez occupés pour ne pas pouvoir – »

« Capitaine Kirk ! Commandant Spock ! »

Jim se retourna et accrocha le regard de M. Moss. L'avocat était debout et leur faisait signe de venir.

« Bon. On devrait… »

« Ouais. »

Avant que Jim puisse partir, cependant, sa main se retrouva agrippée par celle d'Uhura, qui fit signe à Spock d'y aller. « Il te suit, laisse-nous un moment. » Spock acquiesça et continua à marcher, et Uhura se tourna vers Jim avec une véhémence qui poussa McCoy à s'éclipser silencieusement pour aller s'asseoir. Le traître.

« Qu'est-ce qu'il y a, Lieu – »

« Le fait de ne pas aimer les gens qui vous touchent, il ne peut pas s'en empêcher, entre autres choses que je suis sûre qu'il expliquera correctement une fois que vous aurez l'occasion et le temps de parler, » dit-elle rapidement, et si bas que Jim dut faire un effort pour tout saisir. C'était probablement le volume exact pour que Spock n'entende pas. « Bien sûr puisqu'il ne peut pas le contrôler il n'aime pas ça, donc soyez indulgent. C'est instinctif, ça remonte aux sociétés pré-surakiennes où les liés étaient choisis dans le carnage et le sacrifice. »

« Whoa, Uhura, qu'est-ce que vous croyez que – »

« Ne jouez pas l'idiot avec moi, » murmura-t-elle, l'attirant à elle. Ses yeux étaient énormes et sincères vus de près. « N'essayez pas de prendre ça à la légère… Ça fait un moment que je vous observe tous les deux, et il n'y a vraiment pas besoin d'être proche de mon niveau d'intellect pour comprendre la profondeur de ce qui se passe. Pour tous les deux. »

Au mot "deux" ses doigts se resserrèrent presque imperceptiblement.

« Vous croyez que je serais prudente avec lui sans avoir une bonne raison ? Je veux dire, je n'ai pas peur, mais je ne suis pas stupide, Kirk. La logique a vraiment ses limites, et vous comprenez ce que ça veut dire, pas vrai ? Il a été avec moi pendant des mois et vous n'avez jamais rien remarqué de tel parce qu'il n'a jamais… » Son expression se voila et Jim sentit ses entrailles se serrer. C'était subtil mais c'était là ; un écho de douleur qu'elle n'avait pas pu arrêter à temps, pas assez rapidement pour que son Capitaine rompu à l'exercice le rate. « Bref, vous savez ce que ça signifie, ne l'oubliez pas. »

Oui, Jim savait ce que ça signifiait. Ce n'était pas difficile de reconstituer les pièces du puzzle, et dans ce cas-là il n'y en avait que trois. De pièces.

La première était les paroles de Spock, et même, bordel, ses sentiments pendant la fusion mentale. La deuxième était son étrange incapacité à se contenir avec son aisance habituelle quand Jim était concerné. Et la troisième, eh bien…

Les liés, avait dit Uhura.

Jim n'avait pas étudié la culture comme elle, mais il avait entendu des choses. La culture vulcaine était secrète, fermée et même maintenant (ou peut-être surtout maintenant) les Vulcains restaient réservés quant à leurs coutumes. Mais Jim avait entendu parler des liés, bien sûr. C'était un autre grand mot. Trois lettres.

Accablant en avait neuf.

« Capitaine ? »

« Ouais. Désolé. C'est juste que… tout arrive en même temps, » dit-il.

« . Vous n'avez pas le droit de vous plaindre de ça, » répliqua Uhura, soudain presque énervée, et il n'y avait plus aucune trace de la douleur de tout à l'heure mais Jim savait qu'elle devait se tapir sous ses paroles tranchantes. « Ne vous avisez pas de vous plaindre de ça Kirk, c'est une bonne chose, une chose incroyable, et vous êtes l'enfoiré qui a la chance de – »

« Je sais ! Jamais je ne… je sais. »

« Bien. »

Elle s'écarta de lui et regarda autour d'elle. Les gens commençaient à s'asseoir.

« Ok. Vous pouvez y aller maintenant. »

Jim lui adressa un sourire hésitant. « Je… merci. Je crois. »

Elle lui rendit son sourire. « Si vous lui faites du mal, je vous estropierai. »

« Si je lui fais du mal je le ferai moi-même. Mais ne vous gênez pas pour m'aider. Soyez créative. »

« Je le serai, croyez-moi. »

« C'est pour ça que je vous aime bien, Lieutenant. »

Il lui fit un signe d'au revoir et rejoignit Spock et Moss à la table. Areel était déjà à la table opposée, penchée sur son PADD pendant que ses deux assistants débattaient à côté d'elle.

« Est-ce que le Lieutenant Uhura… ? »

« C'est pas important. Ça va ? »

Spock était comme d'habitude, ce qui franchement n'apprenait pas grand-chose à Jim.

« Ne vous préoccupez pas – »

« Hé. C'est bon, » dit-il doucement. « On trouvera une solution, d'accord ? Tout ira bien. »

« Vous vous obstinez à négliger tous les cas de figure probables, Capitaine, » murmura Spock. C'était dit sur un ton bizarrement affectueux, comme s'il dénonçait une excentricité attachante de Jim.

« Hé, j'ai jamais prétendu être entièrement sain d'esprit. »

« Arrêtez de parler, tous les deux, » siffla Moss du coin de sa bouche. « Regardez devant vous. Ayez l'air héroïques. »

« J'ai toujours l'air – »

« Et fermez-la. »

Quinze minutes longues et silencieuses plus tard, le Commodore Emerett entra dans la pièce suivi par les douze membres du jury, chacun d'entre eux lançant un rapide regard à Jim et à Spock avant de s'asseoir.

« Bonjour, mesdames et messieurs. Je demande à ce que tous les communicateurs et appareils électroniques soient éteints et, comme nous le savons tous, aucun équipement d'enregistrement en dehors du journal officiel n'est autorisé dans ce tribunal. »

C'était le même baratin qu'il disait à chaque fois, mais plusieurs personnes durent quand même chercher leur communicateur et l'éteindre.

« La séance est maintenant ouverte. »

Il abattit le marteau puis regarda Areel.

« Mlle Shaw, vous pouvez reprendre votre questionnement avec l'accusé Spock, que j'appelle maintenant à la barre. »

« Merci, votre honneur. »

Jim songea que personne ne disait jamais le nom complet de Spock parce qu'il était impossible à prononcer, du moins pour les humains, et pourtant l'appareil Veritas en avait été capable.

Spock se leva, marcha jusqu'à la barre, grimpa les deux marches et s'assit.

« En raison d'un récent développement, les réponses du Commandant Spock seront à partir de maintenant soumises à et leur exactitude contrôlée par l'appareil Veritas. Êtes-vous informé et en accord avec ce changement, Commandant ? »

« Oui, monsieur. »

« Alors vous pouvez continuer, Mlle Shaw. »

Areel marcha jusqu'à la barre pour se mettre devant Spock, le corps pas-très-subtilement incliné vers le jury.

« Bonjour, M. Spock. » Elle n'attendit pas la réponse pour continuer, ce qui était sûrement préférable parce que Spock n'avait fait que cligner des yeux. « Hier nous avons discuté de quelques-unes des nombreuses, nombreuses affaires sur la liste des preuves, mais aujourd'hui j'aimerais faire comprendre au jury comment un homme apparemment parfaitement logique comme vous en est arrivé là. »

Spock haussa un sourcil sceptique mais n'eut aucune autre réaction.

« Pardonnez-moi, Commandant, car je suis consciente que ce n'est en aucun cas une question confortable, surtout dans votre culture, mais… il semble que je n'aie pas le choix. » Ses yeux brillaient de regret. Jim serra les dents. « Il y a dix-neuf mois, le terroriste Nero a détruit la planète Vulcain et en dirigeant l'USS Enterprise vous avez connu… comprenez que j'aborde ce point afin de prouver que c'est possible, vous avez connu une crise émotionnelle, exact ? »

Les détails de ce qui s'était passé sur la passerelle et les raisons de l'abandon de commandement de Spock n'avaient jamais été publiés.

« Je me suis retiré du commandement, » dit Spock. Son expression s'était vraiment transformée en masque.

« Correct, » dit l'appareil Veritas.

« Oui, mais pour quelle raison ? » pressa Areel.

« Une raison personnelle, Mlle Shaw. »

« Correct. »

« Pardonnez-moi, Commandant, mais la compromission émotionnelle cesse d'être une raison personnelle quand elle entrave votre capacité à commander, et c'est ce qui a été entré dans le registre officiel du vaisseau comme cause de votre – »

« La compromission émotionnelle n'est pas automatiquement équivalente à une crise émotionnelle, » interrompit Spock. Son ton était vaguement condescendant, et ça marcha.

« Correct. »

« Je suppose que non. Mais cela signifie que vous ne pouvez pas nier le fait que, malgré l'héritage culturel de votre père, il vous est possible de devenir émotionnellement compromis. »

« Je ne peux pas le nier. »

« Correct. »

« Pourtant vous niez être émotionnellement compromis par votre Capitaine et être incapable de le reconnaître ? »

« Oui. »

« Correct. »

« Vous pensez que les preuves sont défectueuses d'une manière ou d'une autre, que vous réalisez actuellement tout votre potentiel d'officier Starfleet sous le commandement du Capitaine Kirk, et qu'un transfert vers un autre vaisseau ne vous serait pas profitable ? »

« Oui. »

« Correct. »

« Pourquoi ne voulez-vous pas être transféré vers un autre vaisseau, Commandant ? »

Oh oh. Areel avait l'air déterminée maintenant, et elle était lancée.

« Je me suis accoutumé au milieu de travail et à l'équipage de l'Enterprise. »

« Correct. »

« Et c'est la seule raison ? »

Spock marqua une pause presque imperceptible avant de répondre. « Non. »

« Correct. »

« Cela a-t-il quelque chose à voir avec le Capitaine Kirk ? »

« Le Capitaine Kirk est certainement un facteur. C'est un officier de commandement intelligent et talentueux, ainsi que mon ami. »

« Correct. »

« Je vois. Donc vous considérez votre relation comme une amitié purement platonique, c'est cela ? »

« Elle a été une amitié platonique pendant les dix-huit derniers mois. »

« Correct. »

« Et vous considérez votre Capitaine comme un simple ami, sans porter le moindre intérêt amoureux à cet homme ? »

Spock fut indéchiffrable pendant la seconde qui précéda sa réponse.

« …Non. »

« Correct. »

Le silence dans le tribunal s'épaissit et crépita en réaction. Jim eut l'idée irrationnelle que s'il écoutait vraiment attentivement il pourrait entendre tout le monde retenir sa respiration.

« Non ? »

Les membres du jury regardaient maintenant Spock avec une curiosité manifeste, et Jim ne pouvait pas prendre le risque de se tourner mais il savait que la foule devait aussi être complètement absorbée.

Il se prépara mentalement à ce qui allait suivre.

« Commandant Spock… » Areel marqua une pause délicate, puis attacha ses mains dans son dos. « Êtes-vous amoureux du Capitaine Kirk ? »

« Objection ! Encore ça ? » dit Moss, se levant d'un bond.

Le Commodore Emerett fit résonner le marteau pendant qu'Areel se tournait vers l'avocat.

« Il vient juste de dire qu'il considère le Capitaine – »

« Silence ! » s'écria Emerett. « Objection rejetée, M. Moss, la question est un enchaînement pertinent. »

« Les émotions du Commandant Spock ne sont pas pertinentes quand elles ne se rapportent pas aux accusations – »

« Sauf que c'est le cas. Je suis désolé, maître, mais je l'autorise. »

Moss se rassit avec réticence et Areel se retourna vers Spock.

« Commandant Spock, êtes-vous amoureux du Capitaine Kirk ? »

Spock la regarda d'un air égal.

« Cette question ne signifie pas la même chose pour moi et pour vous parce que vous êtes humaine, et que je ne le suis pas, » dit-il.

« Correct. »

« Pardon ? »

« Le concept à partir duquel vous postulez ma réponse n'est pas reconnu dans ma culture parce qu'il n'existe pas. »

« Correct. »

Areel haussa les sourcils. « Êtes-vous en train de me dire que le concept d'"amour" n'existe pas dans votre culture, M. Spock ? »

« "Être amoureux" a des connotations humaines, Mlle Shaw. »

« Correct. »

« Excusez-moi, mais – »

« Laissez-moi vous expliquer, s'il vous plaît. Tout comme un Orion n'attacherait pas le même sens au mot "amour" qu'un humain, ce ne serait pas non plus le cas d'un Vulcain. Et dans le cas de l'expression "être amoureux" il n'y a pas de signification équivalente. »

« Correct. »

Areel resta silencieuse un long moment et Jim sentit un rayon irrationnel d'espoir naître dans sa poitrine que Spock avait réussi, qu'il avait réussi à contourner ça parce qu'il était intelligent et génial.

Mais Areel aussi était intelligente.

« Très bien alors. Je m'excuse si ma question était mal formulée et surtout si je vous ai insulté de quelque manière que ce soit sans le savoir, Commandant, je ne veux pas vous manquer de respect. »

Spock hocha la tête.

« Cependant, vous avez dit que vous considérez votre Capitaine comme autre chose qu'un simple ami. Niez-vous que la nature de cet attachement est amoureuse ? »

« …Non. »

« Correct. »

Une frénésie de marmonnements et de murmures éclata en réaction, et Emerett dut une fois de plus demander le silence.

« Donc vous ressentez bien quelque chose pour James Kirk qui va au-delà de l'amitié. »

« Oui. »

« Correct. »

« Et… encore, pardonnez-moi, mais vous avez dit qu'"être amoureux" n'est pas vraiment un concept dans la culture vulcaine, mais l'amour en est un, il a juste des connotations différentes. Y a-t-il quoi que ce soit qui puisse nous aider à comprendre ce que vous ressentez, exactement, pour le Capitaine Kirk ? »

« Objection ! Ce n'est absolument pas nécessaire, » protesta bruyamment Moss.

« Rejetée, M. Moss, » dit Emerett, sans détacher ses yeux de Spock. « Répondez à la question, Commandant. »

« Veuillez clarifier votre question, » dit Spock.

« Eh bien, comment appelez-vous apprécier le Capitaine Kirk sur le plan amoureux, si ce n'est pas être amoureux de lui ? »

« Objection ! C'est – »

« Rejetée, M. Moss. »

Les yeux de Spock se tournèrent brièvement vers Jim, qui n'avait absolument aucune idée de l'expression qu'il pouvait bien avoir.

« Pardonnez-moi, mais j'apprécierais davantage de clarification – »

« Est-ce que vous l'aimez, Commandant, » dit platement Areel, comme si c'était une affirmation plutôt qu'une question. « Si vous ne pouvez pas dire si vous êtes amoureux de lui, alors dites si vous l'aimez non pas comme un ami ou un frère mais comme un partenaire et un amant. »

Jim eut l'impression qu'une main s'enroulait autour de sa trachée et serrait, que ses émotions étaient devenues une chose tangible et physique. Spock ressemblait à Spock, c'est-à-dire qu'il était posé et poli et méticuleusement calme, mais Jim n'était pas dupe.

Et le Vulcain ne pouvait pas mentir. Il ne pouvait pas échapper à la vérité.

« Oui, » dit enfin Spock. « Oui, je l'aime. »

« Correct. »

C'est alors que la pièce se mit brusquement en mouvement, et les gens ne faisaient même pas l'effort de chuchoter, et c'était bruyant et chaotique et scandalisé, les membres du jury marmonnaient entre eux, quelqu'un s'était carrément exclamé à voix haute, on pouvait entendre Emerett ordonner un retour au calme et échouer assez pathétiquement, Areel avait l'air triomphante et au milieu de tout ça Spock était assis silencieusement, toujours posé et poli et méticuleusement calme…

Mais à ce moment-là c'était comme s'ils avaient déjà perdu.

ooo

« Jim ? »

« Juste une seconde ! »

Exactement une seconde plus tard, la porte des quartiers de Jim s'ouvrit. Jim se retourna à la volée.

« Hé ! Qu'est-ce qui ressemblait à "entre tout de suite" dans "juste une seconde" pour toi ? »

Spock le fixa pendant un très long moment. « Tu as dit d'attendre une seconde. J'ai attendu une seconde. »

Jim ne portait rien d'autre qu'un boxer.

Pour une fois, cependant, Spock ne parut pas perturbé par cette vue. Il se contenta d'entrer et de s'asseoir avec soin sur la chaise de bureau de Jim.

« Nous devons considérer la très grande possibilité que nous allons perdre, Jim, » dit-il d'une voix terne. La porte s'était refermée derrière lui et ils ne devraient pas être seuls dans la chambre, donc Jim grimaça et contourna rapidement Spock pour atteindre son terminal informatique, jetant les vêtements qu'il avait été sur le point de mettre pour faire ça le plus vite possible. Ce serait un peu plus difficile mais il fallait qu'il pirate le programme de localisation d'ici.

« Hé, je ne laisse pas tomber. Il y a encore le plaidoyer final, et Moss est bon, et on des des héros célèbres, tu te souviens ? »

« Ils pensent que des vies sont en jeu, » répondit Spock, toujours sur le même ton. « Si des vies sont en jeu, la célébrité a peu d'importance. »

Il s'arrêta pensivement, puis leva les yeux vers Jim.

« Nous n'avons jamais discuté du fait qu'ils pourraient avoir raison. »

Ces paroles étaient faites pour faire mal comme un coup de poing mais Jim n'était pas dupe. Spock était en souffrance, et cherchait peut-être la bagarre. Il pensait peut-être vraiment qu'ils allaient perdre, mais il ne douterait jamais qu'ils étaient faits pour travailler ensemble.

« Nous n'en avons jamais discuté parce que nous n'en avons jamais douté, Spock. Tu ne peux pas le croire. Tu ne le crois pas. »

Spock souffrait, et c'était à Jim de changer ça. Peu importait si la situation semblait désespérée à l'heure actuelle. Peu importait si Jim avait vraiment besoin d'être rassuré lui-même.

Après un temps de silence la voix curieuse de Spock s'éleva. « Que fais-tu ? »

« Tu as oublié qu'on n'a pas le droit d'être seuls ensemble dans ma chambre. Dieu merci il n'y a pas d'enregistrement vidéo, ou on serait sérieusement dans la merde maintenant. »

Jim désigna vaguement sa nudité et sentit les yeux de Spock l'assimiler, comme s'il venait juste de remarquer.

« …Oh. »

« Ouais. Donc je fais un peu de piratage. »

Soudain il sentit Spock se pencher derrière lui, la chaleur émanant de son corps réchauffant le dos de Jim comme une fournaise et le forçant à devenir hyper conscient de leurs positions relatives.

« Je peux peut-être être utile. »

Sans attendre comme d'habitude qu'on lui en donne la permission, Spock fit passer son bras par-dessus les épaules de Jim pour atteindre l'écran tactile, ce qui fit presque sursauter ce dernier de surprise.

« Ouais, vas-y. »

Ses longs doigts semblèrent se mouvoir avec une prudence forcée, et Jim eut l'idée étrange que Spock avait commencé ce geste inconsciemment, s'était rendu compte à mi-chemin que ça ne lui ressemblait incroyablement pas de permettre autant de contact, puis avait décidé qu'il pourrait tout aussi bien l'achever à cause de la règle non écrite qui disait quelque part que les Vulcains n'avaient pas le droit d'hésiter.

Après quelques commandes rapides et deux encodages de mots de passe ratés ils avaient réussi.

« Tu vois ? » dit doucement Jim, penchant la tête. « On fait une super équipe. »

Spock se retira immédiatement et marcha jusqu'à l'autre bout de la chambre (il est vrai, assez petite) pour s'assoir au bord du lit de Jim.

« Peut-être bien. Cela n'empêche pas que nous allons être séparés pour le reste de nos – »

« Arrête. C'est pas… on peut pas penser comme ça maintenant, Spock. »

« Demain pourrait être le dernier jour où nous travaillerons ensemble. Si nous sommes affectés sur des vaisseaux différents les chances de nous voir plus que tous les deux virgules cinq ans seront de zéro virgule – »

« Je me fiche des chiffres, » dit férocement Jim. « Je m'en fiche, Spock, on trouvera un moyen de s'en sortir. Rien n'est encore perdu. »

« Sois réaliste, Jim. »

« Ils ne peuvent pas faire ça, » s'écria-t-il, énervé, exaspéré et déterminé. « Ils ne le feront pas. Je les en empêcherai s'il le faut, c'est promis, mais je ne les laisserai pas faire ça. »

Mais le sentiment était de retour. Ce sentiment de la veille, ce bourdonnement de nerfs de la "dernière chance", cet instinct du "maintenant ou jamais" qui l'appelait à réagir au fait que Spock était assis sur son lit, à faire en sorte que Spock soit allongé sur son lit –

« Tu ne peux rien y faire, » dit doucement son premier officier.

Jim se rendit compte avec retard qu'il était littéralement à deux doigts de molester Spock, et fit un prudent pas en arrière au cas où ça aiderait ne serait-ce qu'un tout petit peu.

Ça n'aida pas.

« Écoute, tu devrais peut-être partir, » s'entendit-il dire, et il tendit aveuglément la main vers ses vêtements jetés.

Spock cligna des yeux en le regardant depuis le lit mais il n'en bougea pas, ne bougea pas du lit où Jim dormait et maintenant Spock était assis comme s'il avait l'habitude d'occuper un espace dans le lit de Jim.

Le lit. Qui appartenait actuellement à Jim.

« Tu devrais partir, Spock, » répéta-t-il, enfilant son pantalon. Il ne savait pas pourquoi il s'habillait puisqu'il était tard, avec un peu de chance Spock partirait et il avait été sur le point de se coucher (dans le lit où Spock était actuellement assis), mais ça lui semblait être la chose à faire.

« C'est peut-être la dernière nuit que je passerai près de toi. »

Jim se figea.

« Quoi ? » murmura-t-il – comme s'il avait mal entendu.

« Je ne souhaite pas perdre ce temps à dormir. »

« Alors qu'est-ce… » Il parlait comme s'il avait la gorge enrouée. « Qu'est-ce que tu… ? Enfin, bien sûr on peut parler si tu – »

Spock arqua un sourcil. Il paraissait amusé.

« Bien sûr. » Il se leva. « Bien sûr, je passerais ce temps à parler avec toi si c'était ce que tu voulais. »

Dernière chance, dernière nuit, dernière fois, dernier moment, dernier moment, Kirk… !

« Je… » Jim se lécha les lèvres. Spock se contenta de le regarder, presque dans l'attente. « Mais c'est pas fini, » protesta-t-il. « Je ne vais pas les laisser gagner. »

Ça ressemblait à un mensonge.

« Mais tu me laisseras rester avec toi ? Cette nuit ? »

« Te laisser… ? » Jim voulut renifler de dédain ou peut-être lever les yeux au ciel. « T'as pas idée. »

Quelque chose de sombre et de dangereux luisit dans le regard de Spock quand il s'avança et enroula ses doigts autour du poignet de Jim.

« J'en ai une idée, Capitaine. »

Jim prit une inspiration tremblante et brûlante. « Hé. Juste pour que ce soit clair, ça ne veut pas dire que je déclare forfait, d'accord ? On va gagner. J'y crois encore. »

« J'ai confiance en toi, » dit Spock. Ses yeux brillaient dans la pénombre. « J'ai confiance en toi et une partie illogique de moi te croit lorsque tu déclares une victoire impossible contre des probabilités apparemment insurmontables parce que c'est toi qui l'ordonne, et ce ne serait pas la première fois que tu réalises une telle chose. Mais je sais qu'il est possible que je te perde et c'est la chose la plus cruelle que je puisse imaginer. Te perdre. »

Il était vraiment très près.

« C'est pour ça que tu n'arrêtes pas de m'agripper ? » haleta Jim, tirant faiblement sur l'emprise de Spock. Et il entendit un bruissement de tissu avant de réaliser qu'il avait laissé tomber sa chemise par terre.

« Oui. »

Les longs doigts se resserrèrent autour de son poignet.


(1) Pour info, il y a aussi un jeu de mots ici puisqu'il dit "hot damn", sorte de juron, en anglais.

Note : Concernant le mot "liés", sachez qu'il s'agit d'une tentative de traduction de "bondmates", terme qui n'a pas vraiment d'équivalent en français.