Chapitre 21
De l'autre côté de l'océan, Kirishima reposa lentement le combiné et s'assit dans le fauteuil en cuir à côté de lui, celui d'Asami.
La bouche entrouverte, il avait encore le souffle court et saccadé. Son maître avait survécu.
Jusqu'a maintenant, Kirishima avait assuré l'intendance, poursuivant une routine qu'il savait ne pas pouvoir maintenir éternellement. Le bras droit du yakuza avait eu du mal à se résoudre à laisser ce dernier à Hong Kong...Mais il avait finalement choisi de faire confiance à Fei long. Et surtout, Asami ne pouvait en aucun cas être transféré dans son état.
Le soir tombait sur Tokyo, et le japonais se permit pour la première fois d'allumer une cigarette dans le bureau de son patron. Un étrange sourire illumina son visage, en même temps que les dernières lueurs du soleil...Enfin, le crépuscule allait leur être rendu.
Hong-Kong
Dès qu'Asami eu raccroché, la douleur se rappela à lui.
Infernale, lancinante, elle lui déchirait la poitrine comme un scalpel brûlant. D'un geste lent il retira la perfusion qui lui entravait le bras et s'assis sur le rebord du lit. Il ne savait pas depuis combien de temps il occupait cette chambre, mais ses muscles atrophiés lui en donnèrent une vague estimation. Le yakuza ferma les yeux, et se concentra sur la douleur, sur cette multitude de cellules réveillées brutalement. La souffrance était une bonne chose, il le savait; rien de plus qu'un signal électrique. Asami commença lentement à réhabituer son corps aux mouvements, chaque muscle, chaque articulation, pendant de longues minutes.
Dans le même temps il réfléchissait.
Combien de balles.
2
Qui.
Indéterminé. Kobayashi, sans doute.
Non...un chinois. Un traître de Baishe?
Vengeance.
Le yakuza avait toujours été une machine pensante, une intelligence infernale maîtrisée par la plus froide logique. C'était ce qu'il avait tenté d'apprendre à Fei long. La maîtrise de soi et de ses sentiments, l'efficacité. Mais aujourd'hui Asami ne voulait plus le revoir. Pas avant de redevenir lui même, de maîtriser à nouveau le moindre muscle de son corps.
Il s'adossa à ses oreillers et saisi à nouveau le téléphone.
...
Comme il s'y attendait, le chinois ne dormait pas.
"Qui est ce?" répondit la voix grave de Fei long.
"Bonsoir."
"..."
La respiration du jeune mafieux s'était accélérée, et Asami pu presque entendre distinctement le son de sa chute dans le fauteuil de son bureau.
"...Asami..."
Fei long ne pouvait s'empêcher de répéter son nom, comme pour se persuader que ce qu'il vivait n'était pas encore un de ces infâmes cauchemars.
"Je vais partir, Fei long. Ne me retiens pas. Je n'ai pas besoin de toi maintenant."
"...Je sais."
"Tu es maître de Baishe, désormais nous sommes égaux- Sache que je te remercie de m'avoir sauvé la vie."
Le chinois marqua une pause, et respira profondément; finalement un vieux souvenir lui revint aux lèvres.
"...Ah ça? C'est parce que tu me plais, Asami Ryuichi." murmura-t-il.
Asami ricana dans sa chambre parée de couleurs ocre.
"J'en suis flatté, gamin."
Presque un an et demi après leur première rencontre, Fei long n'était plus son protégé, et ne le serait jamais plus.
Sur ordre du chinois, aucun médecins, aucun gardes ne leur barrèrent la route lorsque l'hélicoptère du yakuza atterri au petit matin dans le parc de la clinique, et qu'Asami quitta Hong Kong définitivement.
Pendant les quelques jours qui suivirent, Fei long ne montra rien.
Ni le moindre rictus, ni la moindre émotion.
Il n'était plus le jeune prodige de 20 ans, qui avait rencontré son maître à l'arrière d'une berline. Face au monde il était "l'impitoyable", "le visage d'ange", et tout ces surnoms malsain qui lui collaient à la peau.
Debout devant les immenses baies vitrées du manoir Liu, il irradiait désormais la puissance et de l'assurance d'un chef. Ses cheveux relevés s'enroulaient savamment en un chignon sobre, alors qu'une unique boucle d'oreille ornait à nouveau son oreille de reflet ambre.
Akira entra dans la pièce, et s'inclina brièvement.
"Vous m'avez fait appeler?"
Un long silence lui répondit, et Fei long se retourna, un vague sourire aux lèvres. Akira fut surprit. Il ne l'avait jamais vu aussi sur de lui, aussi adulte. Comme si son jeune maître venait de se libérer d'un lourd fardeau, ou d'une lourde servitude.
"Maître..?"
"Asami est vivant." déclara simplement Fei long. "Il est repartit au japon hier et je l'ai laissé faire...Maintenant c'est toi que je laisse partir. Il est ton maître, c'est ton devoir de le rejoindre."
Akira cilla deux fois de ses yeux pales. Son air habituellement rêveur adoucit par ses cheveux bouclés se mua en une profonde réflexion.
"Tu ne dit rien?"
Akira restait songeur. Comme toujours lorsqu'il était face à un dilemme ou une situation difficile, une légère ride barra son front. Il se permit alors de regarder Fei long dans les yeux, un long moment.
"Je vais repartir au japon, si vous m'y autorisez... "
Fei long sourit. S'était-il attendu à quoi que ce soit de la part...?
"Dans ce cas, je te libère de mon service." répondit-il simplement, en reportant son regard vers l'horizon et les cerisiers en fleurs qui embaumaient le parc.
Un silence lourd lui répondit et il entendit simplement la porte de fermer derrière lui.
...
L'après midi passa, et Fei long commença à ressentir une étrange solitude. Il avait passé les 6 derniers mois à éprouver sa force intérieure, frôlant la mort par désespoir et menant néanmoins son organisation d'une main de fer.
Asami l'avait quitté, lui qui l'avait rendu si responsable; et maintenant Akira, l'homme qui l'obligeait sans relâche au plus grand sang froid... Il poussa un soupir et se leva, délassant au passage les palans qui maintenaient ouvert les lourds rideaux de son bureau. Il se dirigea vers un petit meuble en ébène dans lequel se trouvait sa pipe à opium, ainsi qu'une lampe et de longues aiguilles destinée à chauffer la résine.
Il s'assis près d'une table basse, et répéta ces mêmes gestes précis qu'il ne connaissait que trop bien. Lorsqu'une volute de fumée entêtante se répandit dans la pièce, le chinois eu un sourire et porta le kiseru à ses lèvres.
L'opium...son plus vieil ami.
Il s'étendit sur la méridienne de sa bibliothèque, un endroit sombre, un peu écarté; et dans le coucher du soleil il s'enivra d'opium jusqu'a oublier toute émotion. Ses yeux fins semblait au bord du gouffre: une autre bouffée...et encore une autre.
Douce sensation que l'oubli, pensa-t-il...Une sorte de volupté ininterrompue.
Comment ne pas s'y abandonner corps et âme, maintenant que plus personne ne dépendait de lui...?
Assis sur les quais, Akira ne parvenait pas à se résoudre à quitter Hong Kong.
Un simple sac de cuir posé à côté de lui, il regardait tranquillement le soleil se coucher sur la baie de la péninsule chinoise. Il était partit du manoir sans un mot pour quiconque...il se devait de retourner au Japon; là bas était sa place, là bas était son maître.
Mais Akira ne parvenait détacher son esprit de Fei long et de ses magnétiques yeux noirs.
Pauvre fou, pensa-t-il.
Fei long appartenait à Asami, Probablement à jamais; il en avait pris conscience en les observant tout deux. Cela ne servait à rien de risquer sa vie, le chinois aux cheveux d'ébène n'aurait jamais un regard pour lui.
Akira en était malade de jalousie...peut être était-il temps d'être enfin honnête.
Il l'avais vu pour la première fois il y avait 11 mois, lorsque Asami était rentré au japon après d'obscures négociations à Hong Kong; et il ne l'oublierait jamais.
Avec tous les responsables de l'organisation, ils s'étaient réunis dans le hall de l'immeuble de Shinjuku; prêts à accueillir le yakuza avec une sobre révérence, selon la tradition. Lorsque ce dernier avait passé le seuil, il s'était incliné avec les autres; mais quelque secondes après un autre homme avait franchit la porte; et Akira avait été attiré par cette présence comme l'on est attiré par le danger.
Des cheveux d'ébènes, des lunettes noires qui devaient valoir plusieurs millier de dollars...un mafieux évidement.
Mais surtout...surtout... ce visage d'ange; d'une douloureuse perfection, avec une bouche sensuelle, presque provocante. L'étranger avait alors lentement retiré ses lunettes et les avait observé.
Il n'avait pas la blancheur si caractéristique du teint japonais; mais la peau légèrement plus halée des gens du sud. Son regard aussi noir que l'onyx s'était attardé un instant sur les iris pâles d'Akira, et sans un mot il avait fini par disparaître à la suite d'Asami. Dès lors, le japonais ne l'avait plus revu qu'en entraînement ou en compagnie du yakuza.
Toujours plus beau, toujours plus enigmatique...Quelques semaines plus tard, Asami lui révélait son nom et l'affectait à son service.
Fei long l'avait rejeté tout d'abord, puis accepté sans doute comme preuve de la considération d'Asami...Mais derrière ses abords froids et distants, Akira savait que le chinois avait maintenant confiance en lui.
Il lui avait pardonné un baiser, comme un remerciement pour lui avoir sauvé la vie; et avait fait de lui son conseiller. C'était à la fois généreux et cruel, car c'était enfermer les sentiments de son serviteur par le devoir et la fidélité. Akira eu un léger rire, attrapa son sac et marcha jusqu'a la mer.
D'un geste souple il arracha la boucle noire de son oreille et la lança à l'eau.
...
Cette nuit là, il se perdit avec délice dans WanChaï.
Trop brutal, trop coloré, trop dangereux, ce quartier lui semblait pourtant aujourd'hui un repos bien mérité. Pas de faux semblant ici; les mafieux couverts de bijoux y paradaient au grand jour, des indonésiennes sublimes s'accoudaient langoureusement aux fenêtres...Peu importait qui vous étiez ici; WanChaï, le quartier des plaisirs de Hong Kong ouvrait comme chaque soir ses bras avides aux visiteurs égarés.
Ce fut au hasard d'une rue qu'Akira le découvrit.
Assis sur le rebord d'une fenêtre, il fumait un kiseru d'un air ennuyé, nonchalant, n'ayant de regard pour quiconque.
"Maître.." murmura le japonais.
Mais ça ne collait pas. Fei long n'avait rien à faire seul à cette heure dans le plus lugubre quartier de Hong Kong. Et à bien y regarder, il n'aurait jamais porté non plus ce genre de vêtements.
La ressemblance était troublante cependant; les cheveux à peine plus courts peut ètre, et des yeux d'un noir moins profonds. Non...définitivement ce ne pouvait pas être lui. Conscient sans doute d'être observé, le jeune homme tourna finalement la tête, sauta de sa fenêtre et s'approcha.
"Tu me regardes..?"
"Oui."
"Tu me cherchais?"
"Je cherche...quelqu'un qui te ressemble."
Le chinois cilla et rejeta ses cheveux en arrières. Il eu un fin sourire, qui semblait cacher beaucoup plus d'intelligence que sa condition ne laissait paraître.
"Je suis très difficile. Mais je t'aime bien, tu as l'air de souffrir. Je peux être qui tu veux cette nuit." dit il doucement, en inclinant la tête, les yeux mis clos en une expression presque calculatrice.
En cet instant, il ressemblait tant à Fei long que le coeur d'Akira manqua un battement. Il aurait suffit d'un rien, d'un souffle, d'une impulsion quelconque pour qu'il se laisse entraîner.
Le jeune chinois s'approcha alors de lui, glissa une main dans ses cheveux et murmura
"Donnes-moi un nom."
Akira poussa un soupir et ferma les yeux...Sa bouche était si proche, et peu importait qu'il s'agisse d'un songe ou de la réalité. Là, dans les lumières rouges, en plein coeur de la nuit de WanChai, ils s'embrassèrent.
"Viens."
Le chinois entraîna Akira dans une chambre qui était sans doute la sienne, modeste, mais ce n'était pas une de ces chambres d'hôtel de passe, lugubre et sans âme; Il lui en fut reconnaissant. La pièce n'était éclairé que par les lumières de la ville, dans une pénombre bleuté ou tout revêtait un certain charme, une beauté mélancolique.
Contre la porte, Akira se laissait embrasser à nouveau, sans force, presque vaincu. Les baiser du chinois étaient doux, parfois langoureux; mais ils se firent soudain autoritaires.
"Donnes-moi un nom." répéta-t-il une nouvelle fois, les yeux étincelants.
Le jeune homme dénoua ses cheveux, et laissa sa chemise tomber à ses pieds. Akira perdit alors tout contrôle et se jeta sur lui; Ils tombèrent sur le lit, désordonnés, les yeux brillants de désir, et lentement, Akira murmura son nom, ce nom qui le hantait.
"Fei long..."
Le chinois se redressa sur le lit. Ses cheveux tombaient en cascade sur ses épaules, et sa bouche s'étira lentement en un fin sourire.
"Oui."
Fei long tendis le bras, agrippa son poignet, et l'attira à lui. Il guida ses mains sur ses épaules et son torse et observa Akira, qui, le souffle court n'osait rompre le contact. Les yeux blanc semblaient indécis, comme hypnotisés par toute cette noirceur.
Finalement ce ne fut pas Akira, mais Fei long qui saisit violemment la nuque du japonais et mordit ses lèvres. Passé le premier instant de surprise, Akira lui rendit son baiser et agrippa ses cheveux à pleines mains, le plaquant contre les draps. Plus qu'un baiser, il laissait parler contre ces lèvres tout ses désirs inassouvis; toutes ces pulsions et touts ces fantasmes qu'il masquait derrière la glace.
Les lèvres qui lui répondaient étaient si belles, si fine et presque aussi cruelles que celles de ses souvenirs...Jamais le jeune japonais n'avait autant désiré un autre corps. Le chinois le sentait à travers la fièvre de ses caresses et de ses baiser, et se livrait à son tour corps et âme dans cette adoration.
Il ne réfléchissait pas, on lui avait donné un nom.
Peu importait son rang, peu importait ses sentiments, seul comptaient désormais les sensations et le plaisir de ces lèvres brûlantes contre les siennes, à qui il ferait tout oublier. Ces lèvres...elles couraient sur sa peau et le faisait frémir lui aussi, s'aventurant toujours plus bas sur la naissance de son cou.
Akira recula un instant et suspendit ses baiser, comme pour prendre conscience de la perfection de ce corps qui s'offrait à lui; mais le chinois agrippa ses cheveux aux boucles noires et plaqua à nouveau ses lèvres contre les siennes.
"Ne réfléchis pas...et ne me laisse pas réfléchir..."murmura-t-il.
Akira l'embrassa comme il n'avait jamais embrassé personne, avec la conviction que plus jamais il ne pourrait à nouveau s'y risquer. Il n'avait qu'une envie, celle de le posséder. Le posséder à l'instant même, qu'il soit à lui et ne puisse plus le nier...il laissa sa langue et ses dents courir jusqu'a son bas ventre.
Le jeune chinois se sentit frémir et bascula la tête en arrière. Il se délectait de ne jamais savoir si la prochaine sensation serait un baiser ou une morsure...Lorsque les mains d'Akira firent lentement glisser le pantalon sur ses hanches, et que sa langue s'aventura entre ses cuisses, il ne put retenir un gémissement.
Akira affronta ces yeux noirs avec un air de défi; À cet instant, il était le seul à pouvoir les faire succomber, ce pouvoir qu'il n'avait jamais eu.
Le jeune homme poussa un soupir contre sa bouche, et ses reins se cambrèrent, et sans plus attendre Akira pris le sexe du jeune chinois entre ses lèvres. Fei long ferma les yeux. Il aimait cette sensation de puissance, de cet être à ses pieds dont la seule préoccupation était de lui procurer du plaisir.
La langue et les va-et-vient de cette bouche se faisaient par moment lents et profonds, rapides et même parfois douloureux...Lorsque le chinois fut dans ses dernières limites, il agrippa les cheveux d'Akira qu'il attira contre sa bouche et l'embrassa langoureusement, d'un baiser qui ne signifiait rien.
"Fei long..." murmura à nouveau le japonais.
"Il me ressemble tant que ça?"
Le japonais eu un mouvement de recul, le charme était rompu. Il avait vu de la défiance dans ses yeux noirs. Haletant, le souffle court, le jeune chinois le fixait toujours sous de longues mèches de cheveux désordonnés.
Akira pris alors sa main qu'il embrassa lentement, sans le quitter des yeux, et en sortant, il laissa plus de quarante mille yuans sur la table de l'entrée.
