'« J'étais sur le chemin du salut social au moins, avant de vous avoir revue ! » dit-il en la secouant fiévreusement comme une enfant… « Et pourquoi donc alors m'avez-vous tenté ? J'étais aussi ferme que peut l'être un homme avant d'avoir revu ces yeux et cette bouche ! Certainement il n'y eut jamais depuis Eve de bouche aussi affolante ! »
Il baissa la voix et ses yeux noirs lancèrent un éclair de malice enflammée.
« Tess, tentatrice…, chère sorcière damnée de Babylone, je n'ai pu vous résister dès que je vous ai retrouvée. »' - Thomas Hardy, Tess d'Urberville
Alerte – Mettez-vous à couvert. Ceci n'est pas un exercice. Je répète – Ceci n'est pas un exercice.
Chapitre 21 Notre secret
Oh mon Dieu.
Oh mon Dieu !
Je commence à crier, portant mes mains à ma bouche en hurlant à travers mes doigts alors que je regarde le mort – le corps – l'objet inanimé sur le sol.
Oh mon Dieu, oh mon Dieu, ohmondieuohmondieuohmondieu –
Des mains. Elles m'agrippent les épaules et me forcent à me retourner, et j'aperçois le visage furieux de Lucius avant que sa paume ouverte n'atterrisse sur mon visage dans une gifle puissante, une fois, deux fois, et encore.
« Taisez-vous, Sang-de-Bourbe stupide ! » il siffle durement. « Taisez-vous et calmez-vous ! »
Mais je ne peux pas me calmer. La réalité de ce que nous avons fait m'écrase comme une gigantesque vague. Je crache des mots dans une tentative vaine de donner un sens à la situation.
« Nous l'avons tué ! » je crie, la terreur écrasant mes poumons, bloquant mon souffle. « Nous l'avons tué ! Nous sommes des meurtriers ! »
Il jette sa main sur mon visage dans une autre gifle avant de me saisir par les épaules, me tenant face à lui tout en me secouant. Son visage est blanc et dur de fureur et la même terreur que je sens pulser dans mes veines se lit dans ses yeux.
« Vous ne l'avez pas tué, c'est moi qui l'ai fait ! » il murmure. « Et c'était son entière faute. Il n'aurait pas dû venir ici ce soir. Il savait que c'était interdit. »
« Mais je vous ai aidé ! » je commence à sangloter. Meurtrière meurtrière meurtrière. « J'ai fait en sorte qu'il ne puisse pas se défendre- »
« Auriez-vous préféré que ça soit l'inverse ? » il demande durement, me secouant à chaque mot. « Auriez-vous préféré que je sois mort à sa place, vous laissant à sa merci ? »
J'avale fortement et je secoue la tête. « Non. »
Il hoche la tête avant de me lâcher et d'enjamber le corps, baissant son regard vers lui, le visage exsangue d'une peur définitive. Je ne l'ai jamais vu aussi pâle qu'il ne l'est maintenant.
« Nous devons agir rapidement » il marmonne, avant de se tourner et de marcher vers la porte. « Attendez ici. Je serai de retour très rapidement. »
« Quoi ? » je crie. « Où allez-vous ? »
« Je dois aller m'assurer que ni mon fils ni ma belle-sœur aient entendu ce qu'il vient de se passer. »
« Non, attendez ! » je dis désespérément. « Ne me laissez pas seule avec… avec lui ! »
Il se tourne vers moi. « Ne faites pas l'enfant. » Chaque mot est ponctué de dédain. « Un corps mort ne peut vous faire de mal que s'il est transformé en Inferi. Il n'y a plus rien à craindre de lui, maintenant. Attendez seulement mon retour, et assurez-vous de ne pas faire de bruit d'ici là. »
Il passe la porte et la verrouille sans un bruit derrière lui.
Je reste immobile, assise par terre, serrant mes genoux contre ma poitrine. Mais aucun réconfort ne m'envahi, car les meurtriers ne méritent pas le confort, n'est-ce pas ?
Je regarde le corps sur le sol, ne le quittant pas des yeux pendant plusieurs secondes, terrifiée que… que… oh, je ne sais pas.
Ses yeux sont toujours ouverts.
Ils me regardent. Ouverts, vitreux, larges. Accusateurs. Ils me regardent, me reprochant de l'avoir tué. Je ne sais pas si c'est juste mon esprit qui me joue des tours, mais il paraît presque… grimaçant. Je sais que c'est seulement mon esprit tordu qui me fait imaginer ces choses, mais je pourrais jurer qu'il se moque de moi, savourant le fait que bien qu'il soit mort, il avait raison depuis le début pour moi et Lucius.
Je ne peux pas le supporter. Je ne peux pas continuer à regarder ses yeux.
Mais je n'arrive pas à détourner le regard, pourtant. Je ne peux pas détacher mes yeux, même pour un seul instant.
Je rampe vers le corps, mes membres tremblants me soutenant à peine. Je me gèle sur place au moment de tendre ma main, incapable de le toucher. Je sais que c'est stupide, que c'est seulement un corps, mais je ne peux pas… je ne peux pas le toucher, pas après que…
Pas après que je l'ai tué.
C'est de l'auto défense. Et puis, ce n'est pas toi qui a lancé le sort.
Mais je l'ai aidé. Je l'ai empêché de bouger pour que Lucius l'attaque.
Alors tu aurais préféré que Lucius soit mort à sa place ?
Non !
Je pensais que tu avais dit une fois que ton plus grand souhait était de le voir mourir.
Mais… mais je…
Je ne vais pas commencer à me parler à moi même, je refuse. J'ai encore toute ma tête, enfin je l'espère.
Je me force à tendre la main et à fermer les paupières de Dolohov. Sa peau est encore chaude, ce qui est toujours mieux que la peau glaciale à laquelle je m'attendais.
Je baisse ses paupières sur ses yeux vitreux et aveugles, cachant son regard accusateur, avant que je ne m'éloigne de lui à reculons sur le sol.
Mais le fait qu'il ait maintenant les yeux fermés ne modifie pas le fait que je l'ai tué. Lucius et moi l'avons tué ensemble.
C'est une autre chose que je ne pardonnerai jamais à Lucius. Il a fait de moi une meurtrière.
Mais après tout… il ne m'a pas forcé à me jeter sur Dolohov. Je l'ai fait de mon plein gré.
Mais je n'avais pas le choix !
Tout le monde a le choix.
Une longue attente angoissante s'installe avant que la porte ne s'ouvre silencieusement et que Lucius entre dans la pièce, nous regardant l'un après l'autre, moi et le corps de Dolohov. Il baisse les yeux, le regard plein de dégout en observant le corps inanimé.
Je ne regarde pas le corps qu'il regarde si intensément. Je ne regarde que Lucius. Je l'observe alors qu'il regarde calmement le corps de son ami, son collègue, l'homme qu'il vient d'assassiner.
Que puis-je dire à quelqu'un comme lui à cet instant précis ?
Merci de m'avoir sauvé.
Comment pouvez-vous tuer quelqu'un comme ça ?
Ne vous sentez-vous pas un peu mal après ce que nous avons fait ?
S'il vous plait, dites-moi que je ne vous ai pas aidé à faire ça. S'il vous plait, dites-moi que je ne suis pas un tueur.
S'il vous plait, serrez-moi dans vos bras. Serrez-moi et dites moi que tout va bien se passer.
« Qu'allons-nous faire ? » est la seule chose que je finis par lui dire.
Il me regarde, ses yeux durs comme la pierre.
« Faire, Sang-de-Bourbe ? »
Sa voix est impassible. Je prends une grande respiration saccadée.
« Qu'allons-nous faire à son sujet ? » je demande calmement. « Je veux dire, allez-vous raconter à Voldemort ce qu'il s'est passé ? »
Il me regarde d'un air furieux. Il me regarde comme s'il ne m'avait jamais vu à proprement parler. C'est comme s'il m'évaluait – comme s'il se demandait simplement si je valais la peine de tous les efforts qu'il a fait pour moi.
« Vous êtes surement plus intelligente que cela » dit-il finalement. « Pensez-vous vraiment que je vais dire au Seigneur des Ténèbres que j'ai tué un de ses plus fidèles serviteurs ? »
J'avale et je secoue la tête. Il sourit sans aucune joie avant de reporter son regard vers le corps de Dolohov.
« Non » dit-il tranquillement, je pense plus pour lui même que pour moi. « Non. Dire au Seigneur des Ténèbres que j'ai tué Antonin pour une petite crasse de Moldue, serait un acte de folie extrême. »
Une crasse de Moldue. Ces mots me percent, me poignardent en plein cœur.
« Mais alors, si je mentais au Seigneur des Ténèbres et qu'il venait à découvrir mon mensonge, ma vie serait terminée en un battement de cœur » il murmure pour lui même, fixant toujours le corps de Dolohov.
Oh mon Dieu. Lucius… Voldemort le tuera quand il découvrira ce qu'il s'est passé.
Quelle importance ?
Je me dirige vers lui lentement, cherchant son visage. Il est pale et très concentré. En ce moment, il paraît plus effrayé qu'il ne l'a jamais été auparavant.
Voir la peur sur son visage n'est pas quelque chose à laquelle je suis habituée, surtout à un tel degré. Il paraît presque être un être humain normal.
Il lève les yeux vers moi alors que je capte son regard, et il me sourit horriblement.
« Alors, avez-vous des suggestions ? » il demande, la voix rieuse. « L'élève la plus brillante de Poudlard a-t-elle un plan ingénieux pour nous sortir de cette affaire ? »
Je me recule légèrement. Une des plus grandes choses qui m'a toujours effrayé à son sujet, est de savoir à quel point il est… sain d'esprit même après tout ce qu'il m'a fait. Mais maintenant, ses yeux brillent par quelque chose proche de la folie à cause de sa peur.
Il tend la main et me saisit le poignet, me rapprochant de lui dans un mouvement brusque. Il baisse le regard vers moi alors que je commence à trembler dans ses bras.
Je retiens mon souffle alors qu'il fait doucement glisser sa baguette sur ma joue. Le bref moment d'hystérie dans ses yeux a disparu mais il est encore pale de peur. Et qui sait ce que la peur de Voldemort peut faire faire ?
Je voudrais qu'il me laisse partir. Je sais qu'il me reproche tout ce qui s'est passé. Et il a en quelque sorte raison, n'est-ce pas ? C'est moi qui aie causé tout ce gâchis.
« Qu'est-ce qui m'empêche de vous reprocher cette mort ? » j'ai le souffle coupé par ces paroles, et un petit sourire glisse sur ses lèvres alors qu'il me regarde intensément. « Qu'est-ce qui m'empêcherait de dire au Seigneur des Ténèbres que vous avez réussi à vous emparer de la baguette de Dolohov et à la tourner contre lui ? »
Je serre les lèvres. Il me regarde encore, ses yeux légèrement rétrécis. Il ne se contente plus seulement de jouer avec moi, maintenant… il envisage vraiment cette alternative.
« Cela résoudrait… tout » il murmure. « Sa punition n'irait pas jusqu'à vous tuer, j'en suis persuadé. Vous avez encore une certaine utilité pour lui, pour atteindre Potter. Nos deux vies seraient intactes. »
Sa baguette glisse légèrement sur ma joue comme il me regarde, ses yeux gris et froids intenses, et je me force à parler.
« Si vous faites ça » je dis calmement d'une voix tremblante, « n'imaginez pas que je ne vous dénonce pas. Je lui dirai que c'est vous qui l'avez fait, et je lui dirai pourquoi vous l'avez fait- »
Il me gifle durement la joue. J'apporte ma propre main à mon visage, mais il me saisit le poignet, l'arrachant de ma joue.
« Certains diraient, » il marmonne, « que vous me devez bien ça. Je vous ai sauvé ce soir. Qu'est-ce qui m'aurait empêché de continuer mon chemin, laissant Dolohov faire ce qu'il voulait de vous ? »
Je n'ose pas dire ce que je pense à voix haute.
« D'ailleurs » il murmure, sa baguette continuant de me caresser la joue, « je n'aurai besoin que de vous lancer un sort de mémoire. Rien qu'un simple sort de mémoire et vous serez persuadée de l'avoir tué vous même. » Il respire un rire alors que mes yeux s'écarquillent. « Oh oui, croyez-moi, j'ai appris durant ma vie à me couvrir de la meilleure des façons. »
« Vous ne pouvez pas » je murmure.
« Je peux » il m'interrompt en douceur.
Mon indignation, ma fureur… ma déception se déversent hors de moi et je commence à trembler de colère lorsque je parle.
« Et bien, faites-le, espèce de lâche » je murmure de manière venimeuse. « Lancez votre sort, faites-moi croire que je l'ai tué. Mais d'abord, vous allez me dire pourquoi vous allez me laisser me faire torturer à votre place, alors que la pensée de Dolohov mettant les mains sur moi était si insupportable pour vous, que vous avez préféré l'assassiner avant qu'il ne puisse aller plus loin. »
Son sourire disparaît alors que sa bouche s'amincit en une fine ligne. « Vous savez pourquoi » dit-il d'une voix très calme. « Un sang Pur- »
« Ne doit pas toucher une Sang-de-Bourbe ? » je respire un petit rire sceptique. « Vous croyez encore à cela, n'est-ce pas ? Et bien, Dolohov était peut être la pire des ordures, mais au moins il était honnête. Vous, Lucius… Vous ne pouvez même pas être honnête envers vous même. »
Sa main se referme autour de ma gorge, coupant tout l'air alors que sa poigne de fer se resserre contre ma trachée. Je m'étouffe tout en regardant son visage pale rempli de fureur.
« Ne vous avisez pas de faire croire que vous savez quelque chose sur moi » marmonne-t-il brutalement.
Mon esprit se brouille tandis que ses doigts resserrent leur emprise.
Je vous connais mieux que quiconque et vous le savez. Tout comme vous me connaissez mieux que personne…
Il ricane avant de me libérer la gorge. Je trébuche légèrement vers l'avant, me massant mon cou endoloris. Il me regarde avant de tourner à nouveau son regard vers le corps.
« Donc » dit-il tranquillement, « vous êtes opposée à ce que je vous dénonce comme seule responsable. Que suggérez-vous donc, dans ce cas ? »
Il me regarde, et je réalise qu'il me pose réellement la question. Il me demande à moi ce que nous pourrions faire face à la situation.
Il doit vraiment être désespéré.
Je secoue la tête. « Je ne sais pas. »
Il sourit amèrement. « Je m'en doutais » dit-il en se retournant vers le corps. Et je remarque qu'il y a quelque chose sur son visage, quelque chose d'autre que la rage et la peur.
Je baisse le regard vers le corps de Dolohov. Ses yeux peuvent être fermés, mais il semble toujours vivant. Son visage a des couleurs, et son expression est jubilante, moqueuse.
Dieu, aidez-moi.
Sans vraiment penser à ce que je fais, je glisse ma main dans celle de Lucius. Ses longs doigts s'enlacent autour des miens, et je me sens légèrement réconfortée, comme si son emprise pouvait me protéger de l'horrible danger qui nous submerge.
Nous regardons tous les deux longuement le corps et je peux sentir un brouillard opaque énorme nous envelopper – l'énormité de ce que nous avons fait.
Je suis une meurtrière.
Si l'Enfer existe, alors c'est là-bas que j'irai.
J'y suis déjà de toute façon.
Ne pourrais-je pas simplement faire croire à Voldemort que c'est moi qui l'ait fait ? Il me punira mais ça ne sera pas pire que ce que j'ai déjà subi.
Si ça peut permettre à Lucius de survivre…
Allons, Hermione. Tu n'as pas à faire ça. Il doit y avoir un autre moyen.
De longues minutes passent, et je sens finalement mon esprit travailler.
« Cachez le corps » dis-je calmement.
Il se tourne vers moi. « Quoi ? »
Je regarde dans ses yeux et je murmure. « Cachez le corps » je dis à nouveau. « Débarrassez-vous en quelque part. Dites à Voldemort que Dolohov a déserté les Mangemorts et que le soir où il a disparu, il vous a avoué, à vous et à Bellatrix, qu'il était malade de la vie qu'il menait. Vous pouvez lancer un sort à Bellatrix pour qu'elle appuie vos propos. »
Il me regarde intensément, le visage parfaitement immobile. Mais je peux voir son esprit travailler intensément derrière ses yeux froids.
Après un certain temps, il hoche la tête avec raideur.
« Oui » dit-il tranquillement. « Oui. »
Il lâche ma main et s'approche du corps, s'arrêtant un instant avant d'exécuter un petit mouvement de baguette. Des cordes épaisses s'enroulent autour du cadavre de Dolohov, liant ses membres les uns les autres.
Lucius baisse le regard vers le corps ligoté, avec une concentration intense. « Le lac » dit-il calmement.
« Quoi ? » je murmure.
« Je vais le jeter dans le lac » répond-t-il très calmement. « Les créatures qui y vivent fourniront assez de puissance magique pour le cacher, je pense. » Il se tourne vers moi, me regardant fermement. « J'aurai besoin d'un peu de votre sang. »
J'avale difficilement, reculant instinctivement. « Pourquoi ? »
Il ricane. « Avez-vous la mémoire courte ? Vous ne vous rappelez pas comment les créatures ont réagi avec vous ? Si je l'éclabousse de sang Moldu, ils reconnaitront le sang impur et ils l'emmèneront dans les profondeurs du lac. Personne ne le trouvera. » Il tend sa main vers moi. « Donnez-moi votre bras. »
J'hésite un petit instant avant de placer ma main dans la sienne. Il m'attire jusqu'au corps gisant au sol avant d'utiliser sa baguette pour créer une profonde entaille dans mon bras. Je ne réagis même pas à la douleur. Je regarde le sang couler hors de la plaie qu'il vient de créer, ruisselant sur ma peau et tombant sur le corps de Dolohov. Tout ça pour Lucius. Tout ça pour qu'il reste en vie.
J'ai saigné pour lui, j'ai menti pour lui, j'ai tué pour lui.
Rien qu'en une seule soirée.
Lorsque suffisamment de sang a coulé sur le corps de Dolohov, Lucius referme magiquement la plaie à l'aide de sa baguette. Il lâche mon bras et dirige sa baguette sur le cadavre.
« Locomotor Mortis ! »
Le corps s'élève dans les airs, se balançant comme une vulgaire marionnette.
S'en est presque drôle.
Je frissonne. Lucius se tourne vers moi.
« Je serai de retour dès que je me serai occupé du corps » dit-il en douceur. « Nous avons certaines choses que nous devons régler. »
Je hoche la tête et il me regarde quelques secondes avant de se diriger vers la porte, le corps de Dolohov le suivant comme une sorte d'ombre grotesque.
« Qu'allez-vous faire si Drago ou Bellatrix vous surprennent ? » je demande en tremblant.
Il se tourne. « Vous devez savoir plus que tout autre à quel point un sort d'Oubliettes peut être utile. »
Je fronce les sourcils vers lui. « Vous effaceriez la mémoire de votre propre fils ? »
Il me sourit cyniquement. « Je peux faire des choses bien pire, Sang-de-Bourbe, et vous le savez bien » il murmure avant de donner un coup de baguette vers la porte. Elle s'ouvre silencieusement, lui permettant de quitter la chambre suivi de près par le corps flottant de Dolohov, avant qu'il ne ferme derrière eux.
Lorsqu'il revient finalement, je me surprend à ressentir quelque chose que je n'aurai jamais cru ressentir : j'étais heureuse qu'il revienne. Le silence et le vide de la chambre étaient devenus trop oppressants pour moi. Chaque petite ombre crée par moi, ou par la chandelle vacillante ressemblait à la figure sombre de Dolohov, revenu d'entre les morts pour se venger.
« Est-ce qu'il est parti ? » je demande en tremblant.
Il lève un sourcil, comme s'il trouvait amusant ce que je lui demande. « Vous êtes une véritable enfant » il murmure.
J'avale durement, ne sachant pas quoi répondre à cela.
Il secoue la tête. « Oui Sang-de-Bourbe, il est parti » il me dit de sa voix trainante. « Les créatures l'ont amené dans les profondeurs, comme je l'imaginait. »
Je soupire de pur soulagement.
Dolohov a disparu. Je n'aurai plus jamais à faire face à ses remarques sarcastiques, à ses insinuations désagréables. Je n'aurai jamais plus à m'inquiéter sur le fait qu'il puisse venir dans ma chambre…
Mais ça ne change rien au fait que je suis un assassin.
Je balaye cette pensée, l'enfouissant au plus profond de moi.
« Et maintenant ? » je demande, essayant de garder ma voix régulière.
Lucius me regarde pensivement. « Maintenant, je dois changer la mémoire de Bellatrix comme vous l'avez suggéré. Je dirai au Seigneur des Ténèbres que Antonin a décidé de déserter nos rangs, et ma chère belle-sœur soutiendra mon histoire. »
La panique s'installe brutalement en moi lorsque je prends en compte une complication à laquelle je n'ais pas pensé.
« Et s'il utilise la Legilimencie sur vous ? » je demande. « Il saura alors que vous lui mentez, et que ferez-vous dans ce cas ? »
Il sourit étroitement. « J'avais envisagé cette possibilité » dit-il avec condescendance. « Je ne suis pas aussi lent d'esprit que vous semblez l'être. C'est pourquoi j'ai cela. »
Il sort une petite fiole de la poche de sa cape. Une minuscule bouteille en verre avec un bouchon de liège. Il enlève le bouchon et apporte sa baguette sur sa tempe.
Un filament brillant et argenté s'échappe de sa tempe et s'accroche à sa baguette. Je regarde, fascinée, tandis qu'il dépose le bout de sa baguette sur la petite bouteille, permettant au liquide argenté de tomber à l'intérieur en tourbillonnant.
Je lève les yeux vers lui. Il ne bouge pas son regard du mien.
« A votre tour, Sang-de-Bourbe. »
J'avale. « Quoi ? »
Il lève les yeux sous l'impatience. « J'ai besoin d'enlever de votre esprit votre souvenir de cette nuit au cas où le Seigneur des Ténèbres viendrait à vous interroger. Car comme nous sommes venus à le découvrir, vous êtes un Occlumens particulièrement faible. »
« Mais… » Je ne sais pas vraiment quoi dire. Il n'y a aucun réel argument que je puisse utiliser. Ca serait logique de le laisser faire. « Est-ce que je me souviendrais encore de tout, ou est-ce que ça effacera ma mémoire ? »
« Non. Pour que ça soit le cas, j'aurai dû vous lancer un sort d'Oubliettes, mais vous voyant tellement hostile à cette idée, j'ai pensé que cette solution serait préférable. »
Il tend la main et me saisit le poignet, m'approchant de lui, ses doigts cruels s'enfonçant dans ma peau.
« Je veux que vous pensiez très fort à ce qu'il s'est passé ce soir » marmonne-t-il, son visage tout près du mien alors qu'il apporte sa baguette sur ma tempe. La pointe est froide lorsqu'elle touche ma peau. « Je veux que ce souvenir remplisse votre esprit. »
Je le regarde pendant une seconde avant que je ne ferme les yeux, pensant de toutes mes forces, me rappelant comment Dolohov est entré dans ma chambre, comment j'ai cru qu'il n'y avait plus d'espoir pour moi, et puis Lucius, Lucius mon bourreau, mon protecteur, mon sauveur, tuant Dolohov alors que je le retiens de bouger, oh mon Dieu, je vais être malade…
Et soudain, le bout de sa baguette quitte ma tempe, et j'ouvre les yeux pour apercevoir un filament argenté qu'il dépose dans le petit flacon qu'il tient dans sa main. Il remet le bouchon et les souvenirs de moi et de Lucius tourbillonnent, piégés ensemble dans la bouteille.
Mais… mais ça n'a aucun sens ! Comment puis-je –
« Et bien ? » il demande sèchement.
« Je ne sens aucune différence » ma voix se fissure sous la confusion. « Je me souviens encore clairement de tout ce qui s'est passé. »
Il hoche la tête, un petit sourire condescendant sur les lèvres. « C'est exactement ce que ça doit faire » il murmure. « Cette technique ne retire pas entièrement la mémoire de votre conscience, mais il est alors très difficile de la voir, même pour les Legilimens les plus accomplis. Tant que le Seigneur des Ténèbres ne tombe pas sur cette bouteille de souvenirs, notre secret devrait être gardé. »
Notre secret ?
Oh mon Dieu.
Il range la petite bouteille dans sa poche.
Donc, ça y est.
Je suppose que ce qu'il dit est logique. Sinon, pourquoi aurait-il mis tous ces souvenirs de moi dans sa pensine…
Mon Dieu, j'avais presque oublié.
« C'était lui, vous savez » je murmure. « C'est lui qui a mis votre Pensine dans ma chambre. »
Il fronce les sourcils. « Comment pouvez-vous savoir cela ? »
« Parce qu'il me l'a dit. Ce soir. Donc vous voyez, je ne vous ai pas volé, j'ai passé mon temps à vous le dire. »
Sa bouche se tord mais il tourne son visage avant que je ne puisse lire son expression.
Merde. Je ferai tout pour voir son visage en ce moment même.
Il respire un petit rire amer, son visage toujours caché de moi.
« Quel idiot il pouvait être » dit-il tranquillement. « Qu'est-ce qu'il espérait obtenir, je me demande ? Pourquoi était-il capable d'aller si loin, si bas, pour quelque chose de si banal ? »
Banal ?
Oh, merci beaucoup.
Sans vraiment penser à ce que je fais, je fais un pas en avant, m'approchant lentement de lui, mes pieds nus ne faisant aucun bruit sur le sol de pierre. Je ne sais pas pourquoi, mais je veux voir son visage. Je dois savoir ce qu'il pense. J'ai besoin de savoir s'il se sent aussi confus, aussi seul que je ne le suis.
Je m'approche à côté de lui, regardant attentivement son visage. On dirait qu'il est sculpté dans de la glace. Ses yeux ressemblent à deux éclats de pierre alors qu'ils regardent dans le vide, ne me voyant pas, ne se concentrant que sur ses pensées. Sa peau, si pale, si froide, est tendue. Lucius Malefoy, un meurtrier, un monstre, un salaud sans cœur. Comment toutes ces choses peuvent être contenues dans ce masque froid et inflexible qu'il porte ? C'est comme s'il portait non seulement son masque de Mangemort, mais aussi un masque de peau, cachant brillamment la réelle personne qui se cache en dessous.
Quel est véritablement cet homme ?
Du verre et de la glace.
De la chair.
Je lève ma main, hésitant un instant avant de l'atteindre, lentement. Je pose mes doigts sur sa joue, sentant sa peau sous mes doigts.
Si chaude, si humaine.
Sa propre main se referme durement sur mon poignet alors qu'il se tourne vers moi, éloignant ma main loin de lui, son visage tordu de répulsion.
« Que pensez-vous faire ? » il siffle.
« Je… »
Je ne sais pas quoi dire.
Il n'y a rien que je puisse dire.
Qu'est-ce que je faisais ? Pourquoi ais-je essayé de… de le toucher ?
Ses ongles s'enfoncent dans mon poignet, alors que ses yeux froids parcourent mon visage, l'étudiant. La colère s'éteint lentement, remplacée par une intense concentration qui délie ses traits. Il observe toujours mon visage, le regardant comme s'il détenait tous les secrets qu'il a toujours voulu savoir.
Je frissonne face à l'intensité de son regard. Je n'ai jamais connu de regard si pénétrant. C'est comme s'il me déshabillait, me laissait nue sans protection, exposant mon squelette entier.
J'ai déjà vu ce genre de regard sur son visage auparavant. Jamais aussi intense, mais néanmoins similaire.
Cela doit cesser. Ce regard… est dangereux.
J'arrache ma main de son emprise. Il hausse les sourcils et un petit sourire se glisse sur ses lèvres.
« Ca me semble étrange qu'Antonin ait été capable de tout risquer simplement pour vous toucher. » Son sourire se dérobe. Il est bien trop proche de moi. Je ne peux pas respirer ni penser face à sa proximité. « Sa réputation… son devoir… aucune de ces choses ne lui importait au final. Il a donné sa vie dans la tentative de vous posséder, de vous éloigner de moi, de vous faire sienne. »
Il se penche en avant, se rapprochant plus encore. Je ne bouge pas, mais je balance ma tête légèrement vers l'arrière alors qu'il déplace plus près son visage, assez proche pour… pour…
Il soupire et se détourne de moi, marchant rapidement à l'autre bout de la pièce pour mettre le plus de distance entre nous.
Je respire à nouveau, essayant de calmer ma respiration.
Je ne sais pas, j'ai juste… je ne sais pas.
« Vous n'êtes qu'une Sang-de-Bourbe, après tout » il marmonne sans me faire face. « Juste une insignifiante et insolente Sang-de-Bourbe. »
Je me raidis, refusant de lui montrer alors qu'il se tourne, comment ses paroles m'ont blessé.
Mais… je ne pense pas que ses paroles me sont destinées.
Il se retourne pour me faire face. Il paraît… étrange. Ses yeux sont deux piscines sans fond qui me noient, boivent mes pensées, sucent ma vie et mon âme loin de moi. Tout comme le ferait un Détraqueur.
Comme le baiser d'un Détraqueur.
Il marche vers moi, se rapprochant, mais pas au point de me toucher. Je ne bouge pas de là où je suis.
« Qu'est-ce qui est si spécial avec vous ? » Il s'approche de moi, passant dans mon dos. Et maintenant, je ne peux plus le voir, mais je sais qu'il est tout près. Je peux sentir son odeur alors qu'il se tient derrière moi. Sa respiration rapide hérisse les poils de mon cou.
Je sais que je devrais m'éloigner, marcher loin de lui. Mais quelque chose m'empêche de bouger. Je ne peux pas bouger. Je ne sais plus rien. La seule chose que je ressens, c'est sa respiration chaude sur ma nuque.
Il s'approche plus près de moi, je peux le sentir. Il me touche maintenant, son corps entier est contre moi. Je retiens mon souffle dans un sursaut alors qu'il entoure ma tête de sa main, descendant lentement ses doigts pour caresser ma joue.
« Serait-ce si grave de vous toucher ? » il murmure dans mon oreille, ses paroles caressant ma joue. Il fait glisser sa main vers le bas de mon cou. Il descend, puis il remonte. De haut en bas de mon cou, son toucher si léger, si délicat, que je peux à peine le sentir.
Je veux qu'il arrête. Je ne veux pas qu'il joue à ce genre de jeu avec moi, ce n'est pas juste. Pas après ce qu'il s'est passé ce soir, pas après ce à quoi il vient justement de me sauver…
Mais qui dit qu'il s'agit seulement d'un jeu ?
Qui dit que ça a toujours été un jeu ?
Non. Il s'agissait d'un jeu au tout début, je le sais. Mais c'est un jeu qu'il a peut être commencé à perdre.
Sa main descend plus bas, plus bas, ses doigts frôlant légèrement ma poitrine. Ma robe pourrait tout aussi bien ne pas être là, parce que je peux sentir ses doigts comme s'ils me touchaient à même la peau.
Je retiens mon souffle.
« Vous m'êtes interdite » il murmure dans mon oreille, ses doigts entourant ma poitrine. J'enfonce mes dents dans ma lèvre inférieure. « Comment quelque chose que je peux tenir dans mes bras, quelque chose de si disposé et obéissant, peut être aussi inaccessible ? »
Comment puis-je répondre à cette question ?
Veut-il que je réponde à cette question ?
Sa main glisse vers le bas, toujours plus loin, caressant mon ventre, et descendant encore, plus bas.
Je laisse échapper un halètement fragile. Sa respiration est vraiment trop lourde.
Qu'est-ce qu'il… Je veux qu'il…
Je veux qu'il parte. Qu'il s'en aille et qu'il me laisse tranquille, car je ne peux pas… je ne peux pas faire face à ça. C'est trop compliqué. Je veux revenir à l'époque où tout ce qu'il ressentait pour moi était du dégout et de la répulsion, et tout ce que je ressentais pour lui était une haine la plus totale.
Au moins, les choses étaient plus simples au moment là.
« Vous n'appartiendrez jamais à quelqu'un d'autre qu'à moi. » Son murmure est lourd et chaud dans mon oreille. « Vous êtes à moi et à personne d'autre, Hermione. »
Hermione. Mon prénom, encore. C'est seulement la deuxième fois qu'il m'appelle par mon prénom… mais ça me fait comme une flèche en plein cœur. Entendre mon prénom dans sa bouche transperce mon âme.
Sa main glisse plus bas encore.
Non. Je… je ne peux pas…
Dis-lui d'arrêter, alors.
Mais…
Tu le ferais si tu le voulais vraiment…
Mais bien sur que je… je…
Sa main descend, descend, et… et soudainement il me touche… il me touche, là.
Juste là. Une légère pression à travers ma robe.
Une douce tension me serre le corps, et je… je…
Il relâche son souffle dans la précipitation. Je ferme les yeux, heureuse de ne pas voir son visage.
Mais c'est alors que ses doigts me libèrent, et ils bougent… vers le haut.
Mon souffle s'échappe de mes lèvres.
Ses doigts remontent, au dessus de mon estomac, et viennent se reposer fermement sur ma taille, me rapprochant plus près de lui, si cela est encore possible.
J'ouvre de nouveau les yeux.
Son autre main vient enserrer également ma taille, et il me tourne pour que je lui fasse face. Et maintenant je dois le regarder, même si je ne le veux pas. Je ne veux pas savoir…
Mais je dois savoir.
Ses yeux sont profondément enfouis dans les miens, la bouche légèrement entrouverte alors qu'il se penche plus près, toujours plus près, et je ne peux pas respirer ni même penser, parce qu'il est trop proche, bien trop proche, et je ferme les yeux car il se rapproche encore, encore…
Ses lèvres se déposent sur les miennes pendant quelques brèves secondes, et une sensation brutale et douce se répand en moi, j'ai l'impression de sauter d'une falaise et mon estomac et mon esprit se retournent dans ce bref instant, juste avant que je ne tombe…
Mais il s'éloigne.
J'ouvre les yeux pour chercher les siens, et je m'aperçois qu'ils sont assombris et brumeux.
« Ca n'est pas possible » il murmure, avant de me repousser rapidement loin de lui. Je trébuche sur mes pieds et je tombe au sol, ma hanche et mon bras se cognant douloureusement contre la pierre dans le choc de la chute. Je lève les yeux pour le voir me regarder, son visage soudain plein de rage et de dégout.
« Ca ne se fera pas » il marmonne, la voix pleine d'une détermination venimeuse.
Il se retourne, sa cape virevoltant autour de lui, et il se dirige vers la porte, se retournant un dernier instant pour me regarder, son expression illisible, avant qu'il n'ouvre la porte, quitte la pièce et la verrouille derrière lui.
