Coucou les chatons ! Vous allez bien ? Les examens se passent comme vous voulez ?

Je vous remercie pour vos reviews. Tels des spectateurs du Capitole devant leur écran, vous vous êtes extasiés en voyant les retrouvailles de Clarke et Bellamy, c'était vraiment cool de lire vos réactions ahah Je suis ravie que vous ayez pris la mort de Zoran avec philosophie (enfin, pas tous... :p). La 500e review a été postée par Goodgame, qui en a profité pour me poser une question sur le district douze. Rendez-vous à la 600e pour une nouvelle question !

J'espère que ce nouveau chapitre vous plaira, bonne lecture :)


Chapitre 21 : Avec audace

« Je sais que je ne gagnerai pas »

- Ces pommes de terre sont un vrai délice…, lâche Clarke en savourant chaque bouchée.

C'est le premier vrai repas que mange la jeune fille depuis le début des Jeux. Elle a l'impression que cela fait des semaines qu'elle n'a rien mangé de consistant.

- Je n'aurais jamais pensé apprécier à ce point des oignons, ajoute Charlotte, assise en face d'elle.

En s'essuyant la bouche avec l'une des serviettes en tissu que Marcus a pris soin de leur envoyer, Clarke adresse un clin d'œil à la petite, qui était dans le même cas qu'elle.

- Bellamy, je suis désolée, mais je n'ai pas fait honneur à tes cours de chasse, je n'ai rien réussi à attraper. Pourtant, j'ai essayé !, raconte la blonde avec dépit.

Le jeune homme, installé à côté d'elle, la regarde en souriant.

- J'aurais peut-être dû passer plus de temps à t'expliquer…

- Je pense juste que je suis nulle, lâche Clarke en soupirant.

Bellamy éclate de rire.

- Chacun son domaine, Princesse. Moi j'ai été incapable de me souvenir des plantes à utiliser pour soigner ma blessure…

Sa blessure ? Elle en fait tomber sa fourchette.

- Attends, tu as été blessé ?, demande la blonde en ramassant le couvert.

Le jeune homme passe sa main droite dans ses boucles brunes, regrettant visiblement d'en avoir trop dit, mais ne répond pas.

- C'est bon Bellamy, tu peux lui dire, intervient Maya.

Mais en voyant qu'il continue à hésiter, elle prend la parole à sa place.

- Emori, la tribut du dix, nous a attaqués par surprise. Bellamy nous a défendu et s'est battu avec elle. Elle lui a donné un coup d'épée dans la cuisse, assez profond.

- Et comment t'es-tu soigné ? Tu n'as pas du tout l'air de boiter…

- Au début, on était un peu perdus, on ne savait pas quoi faire et Bellamy ne savait pas quoi utiliser pour se soigner, explique Charlotte.

La tribut du douze se mord la lèvre. Elle s'en veut de ne pas avoir été là pour l'aider.

- On a commencé par nettoyer la plaie avec de l'eau.

- Bon réflexe, apprécie la jeune médecin.

- Et au bout d'un moment, votre mentor a fini par envoyer un traitement.

Clarke pousse un soupir de soulagement et remercie Marcus intérieurement. Il lui a probablement fait parvenir quelque chose de bien plus efficace que tout ce qu'elle aurait pu réaliser à base de plantes.

- Qu'est-ce que c'était comme médicament ?, demande-t-elle, finalement curieuse de ce que Bellamy a pu recevoir.

- Un désinfectant à cicatrisation rapide, développé dans l'un des meilleurs laboratoires du Capitole, indique aussi vite Maya.

- Tu connais vraiment beaucoup de choses sur le Capitole, ne peut s'empêcher de noter Clarke, malgré le regard que lui lance son partenaire de district.

La jeune brune hoche la tête doucement, le visage impassible, mais n'en dit pas plus.

- Comment ça se fait ?, insiste la blonde.

- C'est vrai que je me suis aussi posé la question !, renchérit Charlotte.

Bellamy, lui, reste silencieux, se contentant de jouer avec un bout de viande du bout de sa fourchette. Il veut probablement montrer à Maya qu'il a confiance en elle, suppose Clarke.

- Je me doutais que vous alliez finir par vous interroger, je réponds toujours du tac au tac, sans réfléchir, avoue finalement la tribut du trois.

Clarke retient son souffle, dans l'attente de l'explication. Elle ne connaît la jeune fille que depuis cet après-midi, mais elle l'intrigue beaucoup.

- Si j'en sais autant, c'est parce que je ne suis pas née dans le district trois, leur annonce Maya. Je suis originaire du Capitole.

Les yeux de Clarke, Bellamy et Charlotte s'agrandissent sous le coup de la surprise, provoquant un rictus chez la brune.

- Et oui… Et maintenant, vous vous demandez probablement pourquoi j'ai quitté la richesse et le luxe du Capitole pour un district spécialisé dans les explosifs…

Ses trois alliés hochent doucement la tête.

- Mon père, Vincent Vie, était l'un des conseillers proches des Wallace, que ce soit le président Dante ou le Haut-Juge Cage. Il était également membre de l'équipe d'organisation des Hunger Games, qui se charge de préparer l'arène, de l'adapter au cours des Jeux si besoin, d'ajouter des difficultés ou d'envoyer des bêtes comme celles qui ont tué Zoran.

Clarke déglutit.

- Ce n'est pas très reluisant, je sais, grimace Maya. Avec le recul, il se rend compte de l'horreur que ça représente. Mais toujours est-il que papa était proche des Wallace. Il appréciait beaucoup le président Dante, qui a un bon fond, selon lui. Beaucoup moins Cage, qu'il trouvait mesquin et manipulateur.

La blonde voit que son partenaire de district esquisse une moue, qui semble dire « J'en étais sûr ».

- Il y a un peu plus d'un an, mon père a été mis au courant d'un complot qui se préparait dans les coulisses du Capitole. Cage mettait tout en œuvre pour être apprécié du public, afin de renverser son propre père et de prendre le pouvoir. J'ai entendu mes parents en parler.

- C'est une blague, lâche Bellamy dans un grognement.

- Malheureusement, non, souffle la brune. Mon père voulait le dénoncer et en parler à Dante. Ma mère, elle, a tenté de mettre en place une sorte de… Révolution contre Cage. Je n'ai pas compris tout ce qu'il se passait, mais Cage a été mis au courant des projets de mes parents. Il… Il a fait assassiner ma mère, sans hésiter.

Clarke pose une main sur sa bouche, horrifiée. Elle en vient à regretter d'avoir forcé la jeune fille à parler de tout ça.

- En revanche, il n'a pas pu faire tuer mon père. Son poste de conseiller lui donnait une aura importante et il était très apprécié du Capitole. Les gens se seraient forcément posé des questions. Alors Cage nous a envoyé, papa et moi, dans le district trois. Aux yeux du public, mon père est parti là-bas avec sa famille car il n'arrivait pas à se remettre de la mort de maman. Et bien sûr, il a prévenu mon père que s'il disait quoi que ce soit, il me ferait tuer. Autant vous dire que ça l'a refroidi tout de suite, malgré toute l'amitié qu'il avait pour le président Dante…

Alors que Maya reprend son souffle, personne n'ose briser le silence qui les entoure. Clarke voit bien que Charlotte et Bellamy sont autant sous le choc qu'elle. Tout le monde a oublié la faim et a délaissé le plat de viande, pourtant encore bien plein.

- C'est pour ça que j'ai réussi à trouver une épée et une lance dans le Bain de sang, sans la moindre égratignure, continue la tribut du trois. Mon père a encore des amis dans l'équipe d'organisation, qui ont positionné des armes à des points stratégiques pour moi et qui m'ont un peu aiguillée avant d'entrer dans l'arène…

Clarke remarque que le regard de son partenaire de district s'éclaire, comme s'il venait de comprendre quelque chose.

- Évidemment, les spectateurs ne sont pas du tout au courant que je suis la fille de Vincent Vie, qu'ils adorent, indique Maya d'un ton amer. Mon père n'apparaît dans aucun des reportages sur moi. Cage a pris le soin de ne montrer que ce qui l'arrangeait au public. Par exemple, à cet instant précis, vous pouvez être sûrs que les caméras ne sont pas braquées sur nous, pour que personne n'entende ce que je vous dis. Hors de question pour eux que les gens du Capitole apprennent tout ça.

- En fait, de la Moisson jusqu'à la victoire d'un tribut, ils peuvent vraiment jouer avec la réalité pour montrer ce qui les arrange ?, lui demande Clarke.

- Tout à fait. D'ailleurs, la diffusion n'est pas tout à fait en direct, il y a un petit décalage de cinq minutes. Cela leur permet d'anticiper pour montrer ce qu'ils veulent et d'alerter les districts de la reprise de la diffusion en pleine nuit. Et les équipes s'amusent aussi avec l'arène. Ils la modifient selon leurs envies et leurs besoins. Par exemple, des chemins ont peut-être été changés sur votre passage, pour vous inciter à les prendre. Ainsi, ils vous faisaient aller exactement où ils avaient envie que vous alliez.

Maintenant qu'elle y pense, la blonde se rappelle avoir été étonnée par certains chemins particulièrement dégagés ou même carrément matérialisés, par des pierres par exemple.

- Donc tu penses qu'ils ont arrangé l'arène pour que l'on se retrouve, par exemple ?, interroge Bellamy.

- Probablement, avoue Maya. Ils font vraiment ce qu'ils veulent… C'est pour ça que je sais que je ne gagnerai pas. Cage fera tout pour que cela n'arrive pas.

La jeune brune semble réfléchir un moment, avant de reprendre la parole.

- Alors je veux vous aider, dit-elle d'une voix plus forte, plus assurée. Je veux que l'un d'entre vous gagne les Hunger Games. Je pense que vous le méritez. Bien plus que n'importe quel Carrière. Et puis, c'est bien connu, les tributs des districts doivent s'unir contre les toutous du Capitole…

Elle esquisse un sourire triste. Clarke ne sait pas quoi lui répondre et se contente de se mordre la lèvre inférieure. Toutes ces révélations l'ont mise mal à l'aise.

- Merci Maya, souffle finalement Bellamy. Mais on fera tout pour te garder avec nous le plus longtemps possible…

La blonde acquiesce, tandis que Charlotte ne dit mot, l'air songeuse. La tribut du trois hausse les épaules.

- Je ne pense pas que vous puissiez vraiment y faire quelque chose. Si Cage a décidé que j'allais perdre, je vais perdre.

Un silence suit sa déclaration, bientôt brisé par Maya elle-même, qui paraît vouloir changer de sujet.

- Allez, je vais nettoyer ce qu'on peut garder, lance-t-elle en désignant la boîte envoyée par Marcus. Je suppose qu'on ne va pas se trimballer avec un panier à pique-nique dans l'arène !

Clarke lui adresse un faible sourire. Elle est impressionnée par le courage et la volonté de la jeune fille, qui reste motivée tout en se sachant promise à une mort certaine.

- Je pense qu'on devrait conserver les couteaux et les fourchettes, les serviettes et même une ou deux assiettes, ça pourrait s'avérer utile, assure Bellamy. Il ne reste pas beaucoup de pommes de terre, mais le bœuf pourra parfaitement se manger demain, même froid.

Maya hoche la tête. Alors qu'elle se dirige vers le petit cours d'eau pour laver les couverts, elle laisse le plat de viande à Charlotte, pour qu'elle emballe les restes dans le sachet qui contenait les fruits secs que Clarke a ramassés dans le Bain de sang.

- Sacrées révélations, murmure Bellamy à l'oreille de la blonde, la faisant sursauter.

- C'est fou quand même, répond-t-elle sur le même ton. Je me doutais que les équipes d'organisation des Hunger Games avaient de l'influence sur le déroulement des Jeux, mais pas à ce point-là.

- Pareil. Mais d'après ce que nous a révélé Maya, Cage nous a à la bonne. Autant en profiter.

- Qu'est-ce que tu veux dire par là ?

- Qu'on doit continuer à attirer les caméras vers nous.

La jeune blonde comprend aussitôt.

- Et de préférence, pas parce que l'un d'entre nous est en train de mourir, complète-t-elle.

Bellamy lui sourit, mais n'ajoute rien, car Charlotte et Maya sont revenues vers eux. Il récupère le petit panier envoyé par Marcus, y glisse toute la vaisselle et les restes de nourriture et le fourre tout au fond de son sac à dos.

- On devrait se préparer à aller dormir, dit-il à la cantonade. Le jour tombe, il commence à être tard et on va bientôt avoir le point de la journée.

Clarke baisse la tête. Elle n'a aucune envie de voir le visage de Zoran s'afficher dans le ciel. Même si elle sait que c'est, malheureusement, le jeu…

- On va mettre en place des tours de garde, continue le brun. Je prends le premier, Clarke le second, suivie de Maya et Charlotte terminera la nuit.

Pour ne pas penser à Zoran, la tribut du douze s'active pour aider les trois autres à installer leurs couchages pour la nuit. Charlotte prend place à côté d'un buisson et s'enroule dans une couverture verte, dont la couleur se fond dans la végétation. Dans un geste maternel, Clarke remonte la fermeture du blouson de la petite jusqu'en haut et lui met sa capuche, pour lui couvrir le cou et la tête. La gamine lui adresse un sourire reconnaissant. Maya dépose son sac de couchage à même le sol, à côté de Charlotte, et se glisse dedans après avoir réajusté son écharpe.

Clarke échange un regard avec Bellamy. Au coup d'œil qu'il lui lance, elle saisit immédiatement son intention. Il faudrait qu'ils dorment l'un à côté de l'autre, pour satisfaire le public. « Au moins, ça nous tiendra chaud », pense la jeune fille, comme pour se dédouaner. Elle tend ses gants à son partenaire de district, qui les contemple, l'air étonné.

- Ça te sera plus utile qu'à moi, si tu dois tenir une arme, explique-t-elle.

- Prends ça pour te couvrir les mains alors Princesse, réplique-t-il en lui lançant une paire de chaussettes. Je n'ai pas envie que tu perdes un doigt au cours de la nuit à cause d'une engelure.

La blonde le remercie d'un sourire. Elle rassemble toutes ses affaires dans son sac à dos, pour l'utiliser comme oreiller, et installe son duvet à deux mètres des filles, contre un large pan de roche. Quand elle prend place dedans, elle hésite quelques secondes.

- Tu ne veux pas te glisser dedans aussi ?, propose-t-elle à Bellamy.

Elle est surprise par sa propre audace. Et elle se sent rougir devant le regard étonné de son partenaire de district.

- Je veux dire... On aura plus chaud comme ça, bafouille-t-elle.

En entendant Charlotte et Maya glousser, elle se rend compte que son explication ressemble plus à un prétexte qu'autre chose.

- C'est gentil, mais s'il se passe quelque chose, je risque d'être un peu coincé. Ce sac de couchage est assez étroit, ajoute le jeune homme avec un visage impassible.

Clarke est extrêmement gênée, mais tente de ne pas le montrer. Elle sait que les caméras sont probablement de nouveau tournées vers eux et que le public du Capitole doit se régaler de ce moment. Imperturbable et emmitouflé dans sa couverture de survie, Bellamy s'assied à côté d'elle. Il allonge ses jambes contre le corps de la jeune fille et appuie son dos contre la paroi de pierre, au moment où l'hymne des Hunger Games est joué.

Allongée sur le dos, Clarke regarde le ciel, la mâchoire serrée. Quand elle se retrouve face au visage souriant de Zoran, elle se crispe d'autant plus. Elle a l'impression que son portrait reste affiché pendant de longues minutes, alors que l'instant n'est que fugace. Pourtant, elle se détend un peu lorsqu'elle sent la main rassurante et gantée de son partenaire de district se poser sur son épaule. Quand la photographie de Zoran s'estompe, la blonde reprend son souffle.

- Merci, chuchote-t-elle à l'adresse de Bellamy, en gardant les yeux sur le ciel artificiel redevenu noir.

- À ton service, Princesse.

- Bonne nuit, leur lance Maya depuis son couchage.

Charlotte ne répond pas. Elle dort probablement déjà. Elle avait l'air épuisée après cette journée entière à marcher. Le silence se fait autour d'eux. Clarke se tourne et se retourne, sans parvenir à trouver le sommeil.

- Pas facile de dormir sereinement dans l'arène, n'est-ce pas ?, lâche Bellamy au bout de quelques minutes.

La jeune médecin lève le regard vers lui. Elle ne distingue pas bien son visage, en raison de l'obscurité. Mais la lumière de la lune et des étoiles l'aident à deviner une expression pleine de douceur.

- J'ai du mal, avoue la blonde. Comment est-ce que tu fais toi ?

- J'essaye d'oublier, pendant quelques minutes, que je suis dans cette arène. Je ne pense plus au froid, aux autres tributs. Je me concentre sur ma petite sœur et sur mes amis.

- Et ça t'aide vraiment ?

- Disons qu'au moins, ça remonte le moral, dit Bellamy d'un ton amer.

- Et qu'est-ce que tu vois, quand tu penses à eux ?

Le tribut prend du temps avant de répondre, tandis que Clarke attend, patiemment.

- J'imagine Octavia heureuse avec Lincoln, qui étudie la médecine alors qu'il prend soin d'elle. J'imagine Nathan, qui ne déprime pas trop à cause de mon départ et qui continue à vendre des fruits à tes parents. J'imagine Jasper, qui trouve toujours un moyen de faire le pitre, et Monty, qui essaye de le raisonner et de le calmer. J'imagine John, qui ne peut s'empêcher de grogner en voyant leur petit manège. J'imagine Raven, qui les éclaire de sa joie de vivre. J'imagine Jackson, qui mitonne des bons petits plats pour O', Lincoln ou Nathan. Tout ça, quoi…

La jeune fille remarque qu'il commence à jouer avec son petit ruban bordeaux. Signe qu'il est nerveux. Alors elle sort sa main de son sac de couchage et ôte la chaussette qui lui tient chaud. Délicatement, elle pose ses doigts sur ceux de Bellamy. Elle le sent s'apaiser à son contact.

- En tout cas Princesse, si tu veux tenir le coup, il faut que tu t'accroches au souvenir de tes proches, souffle-t-il au bout d'un moment.

- Hmm…

Alors, Clarke pense à eux. À sa mère, qui est probablement en train de se prendre la tête avec tous les représentants du Capitole. À son père, qui doit venir en aide à la moitié du district douze. À Wells, qui a sûrement déjà fait plusieurs passages par le centre médical. À Finn, qui regarde sans doute les Jeux avec une expression désapprobatrice sur le visage.

- Effectivement, ça fait du bien au moral, lâche-t-elle finalement.

Elle devine le sourire de Bellamy. Pourtant, elle ne comprend pas pourquoi il enlève sa main de la sienne. Jusqu'à ce qu'elle sente ses doigts sur son visage. Avec précaution, il lui caresse les cheveux, comme pour la bercer. Jusqu'à ce que la jeune fille tombe dans le sommeil.


Alors que Clarke s'endort, la Grand-Place du douze est silencieuse. Les habitants du district sont tous attendris par ce qui vient de se dérouler sous leurs yeux. Personne ne sait vraiment si c'est de la comédie ou non. Mais la relation entre Clarke et Bellamy n'en est pas moins touchante. Pour Raven, pas de doute possible. Si les deux jeunes tributs forcent peut-être un peu le trait, il y a une grosse part de vérité dans ce qu'ils montrent.

- Ils sont adorables, murmure-t-elle à l'attention de John, à côté de qui elle est assise.

Comme toujours.

- Mouais, grogne son ami.

- Moi je suis d'accord avec Raven, assure Jasper avec véhémence, en s'immisçant dans leur conversation sans le moindre remord.

Raven voit John lever les yeux au ciel et ça la fait rire. Les réactions du jeune homme l'ont toujours amusée. Elles l'amusent d'autant plus depuis qu'elle passe tout son temps avec lui. La pétillante brune n'arrive pas à mettre de nom sur leur relation. Ils sont amis, ça, c'est certain. Un fait avéré depuis des années. Pourtant, après le départ de Bellamy pour le Capitole, elle s'est considérablement rapprochée de lui. Derrière son air bougon et ses grognements, il sait être une très bonne oreille. Mais Raven ne peut se défaire de l'impression qui lui fait penser que John pourrait être bien plus que ça.

- Calme-toi Jasper, lui lance Monty.

- Mais…, commence le jeune brun.

- Jasper…, intervient Octavia d'une voix lasse.

Immédiatement, l'intéressé arrête de parler. Raven contemple ses amis avec son sempiternel sourire. Ils forment vraiment un groupe bizarre. Mais c'est pour ça qu'elle les apprécie autant.

- Fin de la diffusion pour ce soir, lance un pacificateur à la cantonade, alors que l'écran géant redevient noir. Veuillez rentrer chez vous.

L'assistance ne se fait pas prier. Les habitants du district commencent à quitter la place. Alors que Raven s'apprête à se diriger vers la Veine, elle croise Finn Collins, le meilleur ami de Clarke. Le jeune homme a l'air furieux et semble vouloir s'éloigner de la Grand-Place le plus vite possible. Il paraît ne pas voir Raven, puisqu'il la bouscule au passage, lui assenant un violent coup dans l'épaule. Volontaire ou pas, il n'en est pas moins douloureux et arrache un cri de souffrance à la jeune fille.

- Hey Collins, ça ne te dirait pas de regarder devant toi quand tu marches ?, rugit John à l'adresse de Finn.

Celui-ci se retourne, sans se départir de son air rageur.

- Quoi ?

- Je te signale que tu viens de bousculer Raven.

Cette dernière sent que son ami est en train de s'énerver. Et que ça risque de mal tourner.

- Oh ça va, grogne Collins. Je ne l'ai pas fait exprès, ta copine n'a pas dû avoir si mal que ça.

- Je pense que si. Et quand bien même elle n'aurait pas mal, ça ne te dispense pas d'excuses.

Autour des deux jeunes hommes, Raven et ses amis restent silencieux, suivant leur joute verbale.

- Tu n'as pas à me dire ce que je dois faire, Murphy.

- Je pense au contraire que tu as besoin qu'on t'apprenne les bonnes manières, réplique-t-il.

- C'est bon John, laisse tomber, intervient finalement Raven en posant sa main sur l'avant-bras du jeune homme.

- C'est ça, écoute ta copine !, renchérit Finn.

- Toi, tu ferais bien d'arrêter de faire le malin, siffle John. Sinon, tu risques de te retrouver tout seul. Oh mais attends… C'est déjà le cas ! Wells Jaha t'a jeté, quel coup dur… Et tu te retrouves à trainer avec Glen Dickson, c'est la déchéance…

Il n'a pas le temps d'ajouter autre chose. Le poing de Collins fuse et vient se planter entre ses deux yeux, sous le regard effaré de Raven, impuissante. Immédiatement, Nathan et Lincoln se jettent sur Finn, pour l'éloigner. Le petit ami d'Octavia en profite pour coller une bonne baffe à cet imbécile. Raven, elle, se concentre sur le nez de John, qui saigne abondamment, tâchant son tee-shirt. Collins ne l'a pas raté. Son ami peste, mais le résultat est le même. Il est probablement cassé.

- Je vais devoir t'emmener au centre médical, annonce la brune en sortant un mouchoir en tissu de sa poche.

- Non, je…

- Pas de discussion possible, le coupe-t-elle en appuyant le mouchoir contre le nez du jeune homme.

Étonnement, John se fait docile. Alors qu'ils s'éloignent du groupe, Raven remarque du coin de l'œil que Wells Jaha les a rejoints. Elle pousse la porte du centre médical et fait signe à son ami d'y entrer. Paula, la petite blonde qui assiste Abby Griffin, est à l'accueil, en pleine discussion avec Jackson, appuyé sur le comptoir. La jeune médecin interrompt leur conversation et contemple les nouveaux arrivants avec de grands yeux, en découvrant le tee-shirt de John, maculé de sang.

- Mon dieu, mais qu'est-ce qu'il s'est passé ?, demande-t-elle avec de l'inquiétude dans la voix.

- Tu as croisé Wells Jaha, il a trébuché et s'est rattrapé à ton nez ?, lance Jackson en riant.

Raven ne peut s'empêcher de pouffer, s'attirant ainsi un regard noir de Murphy.

- Il a croisé un Finn Collins plutôt énervé…, lâche la jeune fille en retrouvant son sérieux.

Paula lève les yeux au ciel et marmonne quelque chose du genre « les garçons… ». Jackson comprend le signal.

- Je te laisse travailler Paula, on se voit demain !, lui dit-il avec un petit sourire, qui n'échappe pas à Raven. John, bon courage pour ton nez. Raven, bon courage pour le supporter.

Il s'éloigne en chantonnant, alors que John bougonne.

- Allez, viens par ici, ordonne la blonde à Murphy en lui indiquant l'une des petites pièces qui servent aux examens.

En moins de temps qu'il ne faut pour le dire, Paula a arrêté le saignement et redressé le nez de John. « Cette fille est une magicienne », pense Raven en la regardant avec admiration. Un gros bandage blanc barre maintenant le visage de son ami, mais au moins, il est soigné. Les deux jeunes remercient le médecin et prennent congé.

- Rappelle-moi d'engueuler Jackson la prochaine fois qu'on le verra, grogne Murphy une fois qu'ils sont dehors.

- Oh, laisse-le, tu as bien vu qu'il voulait faire le malin devant Paula, réplique Raven en souriant.

- Mouais…

La brune lui adresse un clin d'œil et rassemble ses longs cheveux en une haute queue de cheval.

- Allez, je te raccompagne chez toi, annonce le jeune homme.

- Tu n'es pas obligé.

- J'en ai envie, dit-il simplement

Ils avancent ensemble, traversant la Grand-Place pour se diriger vers la Veine. En chemin, Raven parle beaucoup et John écoute, comme souvent. Et elle arrive à le faire sourire, comme souvent. La jeune fille se demande parfois si elle ne babille pas trop. Mais elle sait que, si c'était le cas, il n'aurait aucun mal à lui dire. Quand ils arrivent devant la modeste demeure de la famille Reyes, la jeune fille hésite.

- Tu veux rentrer un peu ?, propose-t-elle avec audace.

Murphy semble surpris.

- Euh, je… Mais et tes parents ?

- Ils sont probablement à la Plaque, avec leurs amis, indique-t-elle en haussant les épaules.

- Pourquoi pas, alors.

- Les tiens ne vont rien dire si tu traînes ?

- Ils s'en fichent pas mal de ce que je peux faire, dit-il froidement.

Raven n'ose pas insister. De toute manière, il n'a pas l'air d'avoir envie d'en dire plus. Alors elle l'entraîne dans sa maison, jusqu'à sa chambre, aux murs teintés de vert clair. C'est la première fois qu'un garçon – autre que son père – y entre et ça l'intimide un peu. Pour autant, elle essaye de ne rien montrer et s'assied sur son lit en continuant à parler de tout, de rien, alors que son ami s'installe à ses côtés.

- Raven ?, lance John au bout d'une bonne heure, l'interrompant alors qu'elle lui raconte qu'elle a surpris Pascal et Trina derrière l'Hôtel de ville.

- Oui ?

- Tu peux m'expliquer à quoi on joue, toi et moi ?, demande-t-il avec un air très sérieux.

La jeune fille est un peu désarçonnée par sa question.

- À quoi on joue ?, répète-t-elle.

- Tu sais très bien ce que je veux dire.

Bien sûr qu'elle le sait. Sauf qu'elle n'a pas de réponse à lui apporter.

- Je… Tu… Comment je…

Elle patine sur les mots, bafouille, n'arrive pas à s'exprimer. Et contre toute attente, John se met à rire.

- Quoi ?

- Disons que j'ai enfin trouvé comment te faire taire.

- Sérieusement ?, s'écrie Raven, faussement énervée.

Elle fait mine de balancer son poing sur le bras de son ami, mais il est plus vif qu'elle et lui attrape le poignet. Son visage est vraiment proche du sien. Trop proche ?

- Doucement Reyes, tu oublies que je suis blessé...

- Tu l'as peut-être bien mérité, en fin de compte, réplique-t-elle.

Un rictus apparaît sur les lèvres du jeune homme, qui continue à soutenir son regard. La distance entre leurs deux visages s'est considérablement réduite.

- Allez, je sais que tu en as envie, souffle-t-il.

- Envie de quoi ?, murmure-t-elle.

Au-dessus de son imposant bandage, les yeux bleus de John pétillent. Et soudain, comme s'il n'y tenait plus, il avale les derniers centimètres qui les séparent, pose ses mains sur ses joues et l'embrasse. D'abord délicatement, puis de manière plus poussée. Raven a l'impression que son cerveau va exploser. Bien sûr, elle a déjà embrassé des garçons – et même Finn Collins, derrière l'école, quand ils n'avaient que 7 ans et qu'il n'était pas encore un monstre d'arrogance – mais aucun qui ne lui plaisait autant que John. Alors elle lui rend son baiser avec ardeur. Elle ne pense plus à rien d'autre qu'à lui. Elle sent les mains du jeune homme descendre le long de son dos jusqu'à ce que…

- Raven ?, lance une voix féminine depuis le rez-de-chaussée.

- Oh putain, grogne la brune en s'écartant immédiatement des lèvres de son ami. C'est ma mère !

- Quoi ?, s'exclame John à voix basse. Mais tes parents n'étaient pas supposés être à la Plaque ?

- Ils ont dû rentrer, ça fait un moment… Et ils vont monter me dire au revoir. Mon dieu, ils vont me tuer s'ils te trouvent ici. Et ils vont te tuer par la même occasion.

La jeune fille voit son ami blémir.

- Mon dieu, mon dieu, réfléchis Raven, réfléchis…, dit-elle dans un murmure, pour elle-même. Le lit ! Cache-toi sous le lit !

- Hein ?

- Cache-toi sous le lit je te dis !

- Mais…

- Arrête de grogner John et fais ce que je te dis !

Non sans bougonner, le jeune homme s'exécute.

- Chut !, lui lance-t-elle.

Raven se niche sous sa couette pour cacher ses vêtements, tout en prenant soin de laisser dépasser la couverture pour masquer le dessous du lit. Quand la porte de la chambre s'ouvre, laissant apparaître ses parents, elle leur adresse un grand sourire.

- Déjà au lit ma chérie ?, demande sa mère.

La brune fait mine de bailler.

- Oui, cette journée m'a fatiguée…

Ses parents restent un moment sur le pas de sa porte pour refaire avec elle les événements du jour dans l'arène. Quand ils lui souhaitent – enfin – une bonne nuit, elle se débarrasse de sa couverture, se met sur le ventre et passe sa tête sous le lit.

- Je comprends de qui tu tiens ton côté moulin à paroles…, lâche John avec un sourire moqueur.

- Tsss. Allez, bouge-toi de là.

Une fois debout, il s'époussète sommairement.

- Je sors par où ?, demande-t-il en regardant la porte de la chambre.

- Tu plaisantes, j'espère ?, s'insurge Raven. Tu veux vraiment tomber nez à nez avec mes parents ?

- Hmm, pas spécialement, marmonne le jeune homme.

- Tu vas devoir rester ici et partir après eux quand ils iront voir la diffusion demain matin…

- Ici, comme dans ta chambre ?

- Évidemment, pas dans celle de mes parents !

- Sur le principe, je ne dis pas non. Mais j'ai juste une question : est-ce que tu t'arrêtes de parler la nuit ?, l'interroge-t-il en se rapprochant d'elle.

Elle se sent rougir.

- En principe, oui.

- En principe ?

- En principe.

- Bon, dans le pire des cas, j'ai trouvé un moyen pour que tu ne parles pas…, dit-il en posant doucement ses lèvres contre celles de la jeune fille.

Raven ne peut s'empêcher de sourire.

- Allez, mets-toi au lit, lui lance-t-elle.

Alors que John ôte son pantalon et la rejoint dans son lit, elle se dit que finalement, elle a bien fait d'être audacieuse.

- Tu es bien sûre que tes parents ne vont pas revenir ?, lui demande le jeune homme en la prenant dans ses bras.

- Persuadée, lâche-t-elle en sentant, déjà, qu'elle sombre dans le sommeil.

Ainsi installée, elle a du mal à évaluer le temps qui passe. Elle ne se rend pas vraiment compte du moment où elle s'endort. En revanche, elle a pleinement conscience d'être réveillée, quelques heures plus tard, par l'alarme qui résonne à travers tout le district douze. À peine ouvre-t-elle les yeux qu'elle croise le regard inquiet de John. Visiblement, ça chauffe dans l'arène.


Alors, les révélations sur Maya, c'est à ça que vous vous attendiez ? Et vous avez aimé les petits moments Bellarke ? Dans le douze, j'ai fait un assez long passage sur Raven, que j'aime beaucoup et qu'on avait peu vue depuis le début de cette fiction.

Comme d'habitude, un grand merci aux guest à qui je ne peux pas envoyer de message : Bellarke (ahah une demande en mariage, c'est fantastique :D), Geronimo (merci beaucoup !), Samla (s'est justement parce que ce n'est pas du cinéma que c'est savoureux héhé), Scarlett (c'est vraiment gentil !), lila (merci !), katniss (j'avais cru comprendre que tu étais impatiente ahah), Emilie (je ne peux malheureusement rien te dévoiler pour la fin…) et Marine (bon, du coup, tu n'as probablement pas trop aimé le long passage sur Raven, sorry ahah).

N'oubliez pas de me laisser votre avis et rendez-vous jeudi, pour un chapitre où il se passera pleeeein de choses :D

Gros bisous, passez une belle semaine !

Estelle