21.

Revenu sur sa passerelle, en terrain familier, Albator se saisit de la barre de son cuirassé.

- Et maintenant, que le combat commence vraiment ! rugit-il.

- Sauf qu'on risque de se faire surprendre, encore, glissa Kei qui avait repris son poste.

- On ne pourra pas se défendre contre cette onde qui nous a déjà mis HS, mais vu que nous sommes en manuel, on aura plus de répondant que la dernière fois ! J'espère… conclut le capitaine de l'Arcadia. Yama, veille sur Alban !

- Ça ne va pas suffire… Elles sont de retour, les Walkyries ! Je le sens !

- Evite de parler de malheur avant qu'il n'arrive, intima Albator. J'ai d'abord un cuirassé de Gaïa à dégommer… ou pas.

- Que veux-tu dire, capitaine ? jeta Yattaran.

- J'ai Alban, c'est tout ce qui m'intéressait. Je m'en vais ! Toshiro, tu es actif, pousse les réacteurs !

- A tes ordres, capitaine !

Mais l'Arcadia ne bougea pas, tous ses systèmes électroniques éteints en une fraction de seconde.

- Original, marmonna Albator. Mais pas deux fois. Que tout ce qui soit opérationnel en manuel nous projette dans un saut de téléportation ! ordonna-t-il avec hargne. Je reviendrai régler mes comptes plus tard, en fonction de ce qu'Alban me racontera.

Kei et Yattaran froncèrent les sourcils, ne comprenant pas, mais se contentant d'obéir aux ordres.


Le sourire sur les lèvres, et le bonheur absolu dans les prunelles vertes, furent la plus belle d'Albator qui serra alors contre lui son fils.

- Je n'avais jamais eu droit à une telle étreinte, murmura l'adolescent.

- Je ne savais pas t'aimer à ce point, en ouvrant un cœur que j'imaginais mort à jamais… Alban !

- Je vais bien. Tu es là…

- Comment te sens-tu ?

- Dans le brouillard, la tête qui tourne… Ugold ?

- De quoi te souviens-tu ? siffla le grand pirate balafré, la voix légèrement haletante, anxieuse même, surprenant le jeune garçon qui ne comprit pas.

- De rien, pourquoi ?

- En ce cas, ça va !

- Mais, papa !

Mais sans répondre à l'adolescent, Albator avait quitté la chambre d'hôpital de l'Arcadia aussi Alban fixa Doc qui était demeuré près de son lit.

- Qu'y a-t-il ?

- Je t'ai fait passer des examens, certains tests. Tu es intact, petit, ne t'inquiète pas !

- Mais de quoi ! ?

Alban eut un sursaut.

- Cet Ugold, il avait un drôle de regard… Mais je n'ai plus aucun souvenir ensuite. Pourquoi m'aurait-il fait du mal ? Et quel mal aurait-il pu me faire ? Je ne comprends rien !

- Ce n'est rien, ton papa l'a dit, assura le Doc de l'Arcadia, presque tendrement. Ton papa va te défendre, se battre comme un lion. Laisse les adultes à leurs histoires de fous !


- En manœuvrant en manuel au plus possible, l'Arcadia a évité le gros de l'influence des ondes paralysantes du Gorion. Et il a filé. Colonel Vermon, vous avez dans la foulée perdu notre seule monnaie d'échange !

- Albator a tenté la pire option d'abordage qui avait été refusée d'envisager. Il est parvenu jusqu'à la cellule, a repris son fils.

Face au Conseil des Sages, Vermon n'en menait pas large mais conservait son attitude militaire, respectueuse, en mode de rapport presque réglementé.

- Le lieutenant Ugold est mort.

- Oui, résultat de l'abordage. Il était devant moi, Albator l'a abattu, avant d'avancer plus.

- Il n'y a aucun enregistrement pour accréditer vos dires, colonel Vermon ! remarqua Vaélysse, furieuse.

Vermon fronça les sourcils.

- Vous m'avez donné un pédophile pour second… Une autre manipulation ?

- On pourrait dire ça. Pour se débarrasser d'une monstruosité sans nom, avoua Neski. Mais vous avez perdu notre otage !

- Je vais le récupérer.

- Inutile. Quand il étant inconscient, on a fait ce qu'il fallait, sur ce garçon, se réjouit Karvyn. Nous avons gagné ! Rentrez au bercail, colonel !

- A vos ordres, céda Vermon.