Scène 21

Fort Knox. Kentucky USA.

Salle des coffres.

« Poussin, explique-moi, pourquoi tu tenais tant à venir ici ? » Une très jolie et fine jeune fille aux cheveux blonds et aux yeux bleu azur, nonchalamment assise sur une très haute pile de lingots d'or, joue à faire virevolter une batte de base-ball entre ses doigts.

Face à elle sur une autre pile, debout, un homme au faciès grimaçant, dans un très élégant frac à la tonique couleur mauve rehaussé d'une chemise à jabot d'un jaune pétant, la regarde avec désappointement. « Mais ma Reine, regarde c'est la réserve fédérale. Tout l'or des Etats-Unis est ici. Sans lui, le dollar ne vaut plus rien. » Le sourire de Joker n'a jamais été aussi grand.

La jeune fille arrange un pli de sa très courte jupe aux losanges rouge et noir, identique à son justaucorps. Elle plie une jambe et appuie son menton sur le genou. « L'or, mouais, moi, je préfère les diamants. »

« Tu ne comprends rien à l'économie mondiale. D'ailleurs mademoiselle Harley Quinn, depuis quand les médecins psychiatres sont-ils des experts en finances ?» s'énerve Joker.

« Mais mon Paladin, pas besoin d'être un expert, tout le monde sait que l'économie mondiale est régie par les bourses et les logiciels spéculatifs. Tout est virtuel maintenant, surtout les monnaies. Tu n'as pas entendu parler des coin ? »

« Tu m'emmerdes. Tais-toi ou je t'en colle une. » Joker fixe son amour avec des yeux brillants d'excitation. « Merde à la fin. Pourquoi je ne peux jamais m'amuser ? » Il fait de grands moulinets avec ses bras. « Et si ça me fait plaisir à moi, d'emporter tout l'or du monde, hein ? De toute façon c'est quoi cette façon de se battre derrière un écran ? Si ça continue, il n'y aura plus de baston et tu pourras ranger ta batte. Tu parles d'un monde aseptisé. »

Il parcourt du regard l'immense salle. Des piles d'or à perte de vue et par ci par là, des corps d'hommes aux uniformes kaki qui jonchent le sol. « Honey, tu ne trouves pas que ma nouvelle formule de gaz venin est plus rapide ? »

« Oui, et ce n'est pas gentil pour les autres, mon cœur, j'ai à peine pu utiliser ma batte. » Une moue boudeuse se dessine sur ses lèvres. « Tu ne voudrais pas frustrer ton petit monstre, n'est-ce pas ? »

« Mais non, mon canard. Quand ils se réveilleront, ils seront tous fous à lier. Tu pourras t'amuser. » Un rire gras et tonitruant sort de sa gorge.

Le tintement caractéristique d'un objet en or qui tombe au sol attire son attention. Il se tourne, baisse les yeux et s'adresse furax à un groupe de type aux mines plus que patibulaires, ou presque, qui s'agitent à empiler des lingots sur des chariots. « Ce n'est pas la peine de se dépêcher. On a le temps, bande d'abrutis. » On découvre au fond de la salle un énorme trou et un tunnel qui s'enfonce dans le sol. Un ballet volant de lingots d'or se met à danser et rejoindre sagement les chariots qui une fois remplis vont seuls rouler vers le tunnel. Le Joker hurle. « Mais c'est quoi ça encore ? »

Un homme à la robe de sorcier brodée d'argent et aux plis parfaitement droits, le regard hautain, fait tourner sa baguette du bout des doigts, comme s'il risquait de se salir en lançant le sort. Il soupire. « Laissez-nous, nous en occuper, cela ira plus vite, mon cher. » De sa main libre, il claque des doigts. Plusieurs sorciers jettent un sort et les piles s'envolent dans les airs.

Le Joker prend un air mauvais et crache entre ses dents, « il m'énerve celui-là aussi ? » D'un saut habile, il rejoint le sol. Il croise ses doigts pour se calmer et d'une voix maîtrisée s'adresse au sorcier dont les cheveux sont aussi blancs que le fard qui colore sa peau.

« Monsieur Lucius Malfoy, c'est très gentil de votre part mais nous ne sommes absolument pas pressés. »

« Je ne suis pas d'accord avec vous, Monsieur le Joker. Des renforts ne vont pas tarder à arriver. » Lucius répond avec un détachement empreint de mépris.

« Mais ne m'avez-vous pas assuré que vos protections, comment dites-vous, ... magiques, nous prémunissaient des importuns ? »

Le regard de Malfoy daigne se poser sur son interlocuteur. « Certes, mais autant faire en sorte que personne ne nous voit ensemble. »

Le Joker prend une grande inspiration. « Si c'est votre crainte, pourquoi ne partez-vous pas avec vos amis et nous laisser terminer le travail disons, tranquillement ? »

Dans un salto arrière aussi gracieux qu'efficace, Harley Quinn rejoint les deux hommes. Ses yeux sont plissés. De son index à l'ongle effilé, elle frôle la joue de Joker. « Que nous caches-tu mon gros lapin ? »

Mais Le Joker n'a pas le temps de s'énerver une nouvelle fois. Une énorme explosion interrompt la conversation. L'immense porte blindée de la salle vole en éclat. Des piles de lingots s'effondrent. Un véhicule large et ramassé, d'un noir mat absolu en surgit. Plus proche du char d'assaut que d'une voiture, il est recouvert de plaque qui le font ressembler à un énorme scarabée trapu et puissant. Mais au lieu de pinces, il a sur le devant deux roues parallèles au diamètre impressionnant. Et 4 canons qui crachent déjà leurs projectiles vers les sbires du Joker. Ces derniers détalent comme des lapins surpris par une meute de chiens enragés. Ceux qui ont la chance d'échapper à la mitraille ne regardent pas derrière eux les corps qui s'étalent déjà sur le sol en béton. Les vitres du cockpit dévoilent à l'intérieur deux silhouettes. On distingue des masques aussi noirs que le véhicule dont un, porte sur le haut de la tête, deux petites oreilles pointues.

« Alfred, analyse de la situation. »

« Oui, monsieur Wayne. Les sortilèges sont tous annihilés grâce aux rayons d'ondes magnétiques. Les informations de nos nouveaux amis du Shield ont été précieuses. Le radar pointe environ une centaine d'individus. »

« Où est Le Joker ? »

« Je le localise à environ 200 mètres face à vous. »

« Robin, tu restes dans le véhicule, occupe-toi des acolytes du Joker. Lui, il est à moi. »

« Ok, Bruce. Allez mes petits venaient à la fête. » Robin lance deux amours de petits missiles vers un groupe qui se rassemble autour d'une mitrailleuse lourde.

La portière s'ouvre comme l'aile d'un papillon qui se déploierait mais c'est une chauvesouris en combinaison de Kevlar qui bondit dans les airs.

Les hommes du Joker ont repris leurs esprits., armés de fusils d'assauts pour certains et de Bazookas pour d'autres, ils visent celui qu'ils ont tous reconnus, leur pire ennemi, Batman.

« Non ! » Le cri du Joker raisonne dans la tête de tous les malfrats. « Batman est à moi. Amusez-vous avec le gamin. » De sa main il retient Harley Quinn. « Ça vaut pour toi aussi. Ne t'en mêle pas. Et vous, ... » Dit-il en s'adressant à Malfoy. « Occupez-vous de l'or ou de ce que vous voulez mais ne trainez pas dans mes pattes. »

Il s'avance tranquillement vers Batman qui est retombé sur ses pieds à quelques mètres de lui. Dans cette allée, entouré de murs d'or, leurs éclats se reflète sur son visage blafard malgré la fumée qui s'installe et devient de plus en plus opaque. Son rictus n'a jamais été aussi beau. Il réajuste sa veste comme s'il se rendait à une cérémonie.

« Je t'attendais mon ami. »

« Tu as commis une erreur en venant ici, Joker. Une fois de plus ton orgueil te perd. »

« Non, pas cette fois, Batman. »

« C'est ce que nous allons voir. » Batman dégaine son taser. Le flash électrique éclaire toute la salle mais au lieu de frapper Le Joker, il se dilue dans la fumée.

Il ne l'avait pas remarqué, cette fumée, elle se noircit peu à peu et enveloppe son adversaire comme un cocon protecteur. Il ne peut rien contre les langues qui se forment, l'entourent et viennent l'emprisonner.

Il entend la voix lointaine d'Alfred. « Monsieur Wayne. Je ne comprends pas. Les appareils détectent une force. Je ne sais pas d'où elle vient, Monsieur Wayne, je n'ai plus rien sur mes écrans, ... Monsieur Wayne, ... »

Paralysé, ses jambes fléchissent. Pendant sa chute, il voit la Batmobile désarticulée, soulevée comme un fétu de paille par cette masse noire. Ses yeux pleurent le corps de Robin déchiqueté par les balles des voyous qui dansent déjà autour de sa dépouille.

Il n'aurait jamais cru que le mal puisse l'emporter.

Le Joker exhibe un vieux colt 45. « Regarde, c'est l'arme qui a tué tes parents. Toute ta vie tu l'as cherché, tu as cru savoir qui était leur assassin, cet imbécile de Joe Chill, mais tu t'es trompé Bruce, c'était moi. Cela a toujours été moi. » Il appuie calmement sur la détente.

C'est bizarre, il croyait vivre une joie profonde. En regardant, le sang couler sur le visage de son ennemi, il ne ressent qu'une énorme solitude et son rire s'efface.

Il inspire profondément. La totalité de la fumée pénètre son corps. Inerte, les bras ballants, l'arme tombe au sol.

« Assez ! » Tous les hommes se figent. Un silence pesant tombe subitement sur la salle.

Il se tourne vers Malfoy. « Terminez de charger l'or. » Ce dernier se raidit devant le ton impérieux mais le regard du Joker le dissuade de répliquer.

Harley Quinn prend la main de son amant, « viens, rentrons à la maison. », en évitant de croiser ses yeux totalement noirs, fixes et vides.