Chapitre 21 : Radiation
A bord du Phénix
Cela faisait plusieurs heures que l'appareil avait repris son envol, le vaisseau arrivait aux abords de la première centrale. Le système de communication avec la base d'Ankars était encore hors service. L'équipage devrait se débrouiller seul.
« Tout le monde a revêtu sa combinaison antiradiation ? » Demanda Raven.
« Tout le monde est équipé capitaine. » Confirma Jasper en se retournant vers la soute.
« Nous allons bientôt survoler la centrale, je vais essayer de nous stabiliser le plus près possible, nous n'aurons que cinq minutes pour lancer le programme de désactivation sans quoi les radiations risquent d'endommager le vaisseau et nous finirions par nous cracher. »
« Clarke et Bellamy lorsque je lancerai le compte à rebours vous déclencherez l'appareil, comme je vous l'ai montré. »
Raven commença à ralentir le vaisseau et amorça la décente vers le sol. Sur la ligne d'horizon droit devant eux, apparut l'immense structure en béton. Il y avait quatre cheminées et derrière elles ont pouvait apercevoir le circuit secondaire avec le bâtiment qui abritait la salle des machines. L'immeuble était partiellement détruit, des tonnes de gravats jonchés le site. Le compteur Geiger commença à s'affoler, lorsque le Phénix se rapprocha de la structure qui abritait le circuit primaire et radioactif de la centrale. En effet, le bâtiment du réacteur était dans un état préoccupant, mais aucune fumée ne s'en échappait, le bâtiment était toujours hermétique et protégeait le cœur du réacteur ce qui rassura la pilote et son équipage.
« Tenez-vous prêt nous allons passer juste au-dessus. » Cria Jasper à Bellamy et Clarke.
« Maintenant ! » Ordonna Raven en lançant le compte à rebours.
Clarke et Bellamy chacun d'un côté de l'énorme appareil posé dans la soute, activèrent le système qui devait transmettre au poste de commande de la centrale le code de désactivation du réacteur.
« Le système est lancé ! » Informa Bellamy.
« Il n'y a plus qu'à croiser les doigts… » Dit Raven en maintenant le vaisseau au-dessus de l'imposante structure. Le vaisseau tremblait et Raven luttait pour le garder stable.
Soudain, un signal sonore retentit depuis la soute jusque dans le cockpit.
Clarke cria les yeux rivés sur l'écran de l'appareil de désactivation : « C'est bon, ça a marché ! Le système de sécurité est activé ! On peut dégager d'ici ! »
Un sourire de soulagement apparu sur tous les visages tandis que Raven fît reprendre de l'altitude au vaisseau et dégager de la zone le plus vite possible.
Jasper se rendit dans la soute pour enlacer Clarke et Bellamy, heureux d'avoir réussi la première partie de la mission. Lorsque soudain, le Phénix piqua du nez vers le sol. Les trois amis tombèrent à la renverse, ils essayèrent de se cramponner à tout ce qui leur passait sous la main.
« RAVEN ! » Criaient-ils.
La jeune mécanicienne avait subitement perdue connaissance laissant l'appareil descendre à toute allure vers le sol. Clarke s'accrocha aux pieds de la banquette en criant d'effroi.
Jasper aidé par Bellamy rampa avec difficulté jusqu'au cockpit et parvint à se hisser devant les commandes. Raven avait la tête penchée sur sa poitrine et ne répondait pas aux sollicitations de Bellamy. Jasper empoigna le manche avec ses deux mains et tira dessus de toutes ses forces pour redresser l'appareil qui volait maintenant à basse altitude. Si le Phénix ne se redressait pas dans la minute ils allaient se cracher et personne ne pourrait en réchapper.
Jasper sentit ses bras se crisper, il tirait de toutes ses forces en hurlant, mais le vaisseau ne se redressait pas assez, ils allaient trop vite et le sol se rapprochait inexorablement. L'appareil faisait une abattée.
« Bellamy appuies sur ces boutons ! » Lança Jasper à son ami qui s'exécuta dans l'instant.
Il y eut une énorme secousse qui fît trembler tout l'appareil.
Soudain, le manche s'assouplit et Jasper pût reprendre le contrôle du vaisseau dont le ventre frôlait dangereusement la cime des arbres. Le Phénix reprit peu à peu de l'altitude.
Une fois le vaisseau stabilisé, Bellamy dégagea Raven de son siège et la porta jusque dans la soute pour l'allonger sur la banquette. Jasper était toujours cramponné a son manche, des goûtes de sueurs dégoulinaient de son front. Il avait encore du mal à réaliser qu'il avait évité le pire.
« Raven ? Raven est-ce que tu m'entends ? » Dit Bellamy en posant sa main sur la joue de la jeune femme inconsciente.
Clarke sortit son matériel médical et commença à prendre les constantes de son amie.
« Sa tension est très basse…Je vais lui donner ce qu'il faut pour le faire remonter. » Dit Clarke.
«Clarke je suis sûr que tu ne me dis pas tout. »
Clarke dévisagea le jeune homme, un instant elle hésita à lui mentir, puis elle se dit que lui et Jasper étaient en droit de savoir la vérité…
Jasper et Bellamy étaient sonnés, les révélations de Clarke sur l'état de santé de Raven les avaient laissés complétements amorphes. Un sentiment d'impuissance s'était emparé d'eux. Jasper décida de poser l'appareil dans un endroit sûr pour laisser le temps à la mécanicienne de reprendre des forces.
Il fallut à Raven presque une journée pour reprendre conscience, Clarke était restée à son chevet à chaque minute. Tous savaient que le temps jouait contre eux, il ne leur restait que peu de temps pour arriver jusqu'à la dernière centrale mais aussi pour trouver une zone qui leur permettrait de reprendre contact avec la base d'Ankars. Une course contre la montre s'était enclenchée pour fixer le destin de l'humanité une fois pour toute.
Lorsque Raven ouvrit les yeux, la première chose qu'elle aperçut était le visage de Clarke penché au-dessus d'elle. Elle sentit que la jeune femme serrait sa main très fort. Ce contacte la rassura. Elle tenta de balbutier quelques mots, mais Clarke lui fît signe de se taire et de se reposer.
« Shhhh…Gardes tes forces… » Lui dit-elle.
Raven ferma ses yeux qui laissèrent échapper quelques larmes, elle souffrait tellement…Une violente migraine la paralysait, elle avait un mal de chien.
Clarke sentit que la jeune femme était au plus mal et voulut lui administrer une dose de morphine, Raven lui saisit le bras et murmura.
« Non je dois avoir les idées claires… »
« Raven, on ne redécollera pas tant que tu n'iras pas mieux. » Insista Clarke.
« On a pas le temps pour ça… » Lui répondit la jeune femme.
Clarke s'empara de l'aiguille qui contenait la morphine.
Raven s'agita :
« S'il te plaît Clarke…On doit continuer, nous y sommes presque… »
Même si cela lui déchirait le cœur Wanheda savait que son amie avait raison, ils avaient besoin d'elle et le temps était compté.
Clarke en retenant ses larmes reposa la seringue.
« D'accord… »
Raven fît un effort surhumain pour se redresser et c'est avec l'aide de Clarke sous les yeux médusés de Bellamy qu'elle se traina jusqu'au cockpit. Elle prit place dans le siège de co-pilote à la place de Jasper qui désormais serait le seul à tenir les commandes de l'appareil.
Le jeune homme dévisagea son amie, les yeux emplis de larmes. Désormais, il savait que la jeune femme était condamnée. La seule chose qu'il pouvait faire était de la conduire jusqu'au bout de sa mission. Il lui fît un sourire de façade comme pour la rassurer et sans dire un mot il alluma les moteurs.
La veille dans la tour de Polis.
« Je vous avais prévenu ! » Hurla Kane à Roan.
«Je n'avais pas le choix ! Becca nous a avertis trop tard, et même si le conseil avait su que le vaisseau était de nouveau mobile les ambassadeurs n'y auraient pas cru ! Le temps de la fin du monde est proche, ils sont terrorisés et la panique s'empare de leur peuple ! » Se défendit-il furieux.
Indra était en retrait, l'air abattue.
Becca était présente au milieu de la pièce, le visage défait.
« Nous sommes en guerre, par votre faute. » Lança Kane en pointant l'hologramme du doigt.
« Votre solution finale a divisé la coalition, les clans sont prêts à en découdre pour obtenir une place dans votre pseudo arche de Noé ! » Ajouta-t-il sans décolérer.
« Je n'ai jamais souhaité tout cela, je voulais simplement assurer la survie de l'humanité. Dans peu de temps la centrale va exploser, ses radiations vont s'étendre rapidement sur la surface de la terre, je peux sauvegarder une infime partie de la population. »
« Ce n'est pas une option acceptable ! Vous ne sauvez rien de ce qu'est vraiment un être humain ! Vous savez que le Phénix a une chance de réussir. J'ai foi en mon équipe. » Dit Kane en faisant les cents pas de long en large dans la pièce.
« Nous ne savions rien de ce qui été advenu de l'équipage et nous n'en savons toujours rien, j'avais promis de donner une ultime solution c'est ce que j'ai fait. Je ne pensais pas que cela serait annoncé directement au conseil et que la panique se répandrait aussi vite dans vos rangs. Aujourd'hui, il va falloir maitriser les populations. Intendant, vous devez tenir votre rôle. Protéger les populations pour laisser le temps à Raven de neutraliser la dernière centrale. Si ce n'est pas fait dans les 48h j'amorcerais l'opération de sauvegarde. » Déclara Becca avec toute son autorité.
« La population de Polis est aux abois, l'exode a commencé, les gens partent se réfugier sous terre ou dans les montagnes espérant échapper à la catastrophe. Plusieurs chefs de clans ont décidés de marcher sur Polis pour réclamer par la force le droit de faire parti des élus et dans quelques heures d'autres vont suivre cet exemple. Il n'y a plus d'alliance, tous pensent que c'est la loi du plus fort. Ils vont s'entretuer…Et lorsqu'il ne restera qu'un seul clan ils s'étriperont entres eux pour que vous ayez votre centaine d'âme. Et tous ceux qui se dresseront sur leurs chemins seront exterminés. On parle même de génocide, vieillard, infirmes, tous ceux qui ne peuvent pas combattre sont tués. »
Becca ne comprenait pas comment en quelques jours seulement, la situation avait pû dégénérer à ce point.
Indra sortit de son silence :
« Il faut stopper cette guerre ! Intendant, je propose de lever une armée sur le champ avec les clans qui vous sont encore fidèles. Nous devons protéger Polis et ses habitants. Si nous ne pouvons rien faire pour éviter que les clans dissidents ne se battent entre eux, nous pouvons protéger ceux qui sont toujours dans la coalition. »
« Les Skaikru répondront présents, j'ai déjà envoyé Murphy chercher des renforts. Nous devons maintenir l'ordre le plus longtemps possible. » Dit Kane.
« Combien de temps avant que les clans les plus proches de Polis n'assiègent la ville ? » Demanda Becca.
« Deux jours peut être trois… » Répondit Indra.
« Maintenez l'ordre dans les rues, bouclez la ville jusque-là. »
« Et après ? Si Wanheda échoue ? Comment sélectionnerez-vous les âmes ? » Demanda Roan.
Becca ne voulait pas répondre, elle avait exposé son plan mais elle-même était incapable de dire comment elle pourrait choisir qui devait survivre à travers sa technologie et qui devrait mourir, elle avait seulement un chiffre. Un nombre dérisoire… Elle avait espéré ne pas en arriver là… Lorsque Roan avait exposé la solution finale au conseil, il n'avait pu être en mesure de dire comment sélectionner les gens. Becca elle-même n'en avait pas été capable. Les ambassadeurs avaient donc conclu que le seul moyen était de réagir comme ils l'avaient toujours fait pour survivre. Le sang appel le sang et seuls les plus forts pourraient survivre. Malgré les objections de Kane, la plupart avaient décidés que l'épée trancherait la question.
Becca était toujours muette le regard dans le vide, tous la dévisageait attendant une réponse de sa part.
« Prions pour que nous n'en arrivions pas là… » Répondit elle les dents serrées.
Base d'Ankars
Octavia était en train de s'entrainer, elle frappait avec force sur un sac de frappe suspendu au plafond. Haletante, elle s'évertuait à repousser ses limites.
Soudain, une forme se dessina à quelques pas de la jeune femme.
« Becca ? »
« Octavia, l'heure est grave. » Répondit l'hologramme.
Becca Prim Heda exposa la situation de Polis à la jeune femme. Octavia l'écouta avec attention et ne l'interrompit pas bien que mille question parcouraient son esprit à cet instant.
« Il faut que je retourne auprès d'Indra. » Dit la jeune femme déterminée.
« Non. J'ai une autre mission pour toi. Il va falloir te hâter, nous avons peu de temps. »
Quelques instants plus tard, Octavia sortait seule de la base sur un cheval au galop.
