Je suis désolée pour l'énorme retard pris par cette histoire mais je vous rassure, je ne l'abandonne pas. Voici donc un nouveau chapitre en espérant qu'il vous plaira. Bonne lecture.


Chapitre 20 :

L'odeur alléchante d'un steak grésillant sur un grill tira Harry de son profond sommeil. Vaguement conscient que l'immense lit sur lequel il dormait était trop grand pour être le sien, il roula sur le dos, totalement désorienté. En clignant des yeux dans l'obscurité de cette pièce qu'il ne connaissait pas, il chercha la pâle lumière qui filtrait à travers la fente des rideaux. Le clair de lune. Pendant quelques instants merveilleux, il s'imagina dans un hôtel de luxe quelque part, en vacances.

Il jeta un coup d'œil à la pendule digitale sur la table de chevet. Où qu'il se trouvât, il était huit heures vingt du soir, heure locale. Et il faisait frais, une fraîcheur qui lui rappela qu'il n'était ni en Californie ni en Floride. Puis il songea soudain que, dans les chambres d'hôtel, il n'y avait pas d'odeurs de cuisine. Il était donc dans une maison, pas dans un hôtel, et il entendait marcher dans la pièce d'à côté.

Un pas lourd, masculin…

La réalité lui revint alors avec la force d'un coup de poing à l'estomac. Mu par une poussée d'adrénaline, il s'assit dans son lit, rejeta les couvertures et se leva. Il fit quelques pas vers la fenêtre, un projet d'évasion s'étant mis en branle dans son esprit avant que la logique ne le rattrape. Ses jambes nues avaient la chair de poule et il baissa les yeux en tremblant vers sa tenue… un ample tee-shirt et un boxer gris qu'il avait pris dans le tiroir d'une commode après sa douche. Alors il se souvint de l'avertissement de son ravisseur : J'ai les clés de la voiture et il n'y a aucune autre maison sur cette montagne… Vous allez mourir de froid si vous tentez de vous enfuir à pied… On peut facilement ouvrir les verrous… Vous pouvez aller partout dans la maison…

"Détends-toi", se dit Harry, mais il était reposé, alerte, et mille projets d'évasion se bousculaient dans sa tête. Pourtant aucun ne lui sembla le moins du monde réalisable. De plus il avait une faim de loup. Manger d'abord, songea-t-il, puis il chercherait un moyen de sortir d'ici.

Il sortit le jean qu'il avait apporté à Amarillo de sa valise. Il enfila son pantalon et contempla les gros pulls d'homme soigneusement pliés sur les étagères, impatient de trouver quelque chose de propre. Il choisit un pull marin couleur crème et le plaqua contre lui. Il était bien trop grand pour lui. Il haussa les épaules et se dit qu'il se moquait de son apparence. L'important était qu'il lui tienne chaud. Il l'enfila. Il s'était lavé les cheveux et les avaient séchés avant de se mettre au lit mais ils étaient comme toujours en bataille. Il lui fallait donc tenter de les discipliner quelque peu. Il se rendit à la salle de bain et pris son pot de gel dans sa trousse de toilette. Il s'en enduisit les mains et les passa dans ses cheveux afin de leur donner un aspect un peu plus structuré. Il fut content de reproduire ce geste familier. Puis il se regarda machinalement dans le miroir pour voir si quelque chose clochait mais il secoua la tête. Que lui importait son apparence, il n'allait pas se faire beau pour un homme, encore moins un fugitif. C'était non seulement fou et inutile, mais aussi une grave erreur, surtout après ce baiser dans la neige, à l'aube.

Ce baiser…

Il avait l'impression qu'il y avait des semaines, et non des heures, que Malfoy l'avait embrassé, et maintenant qu'il était frais et dispo, Harry était raisonnablement convaincu que Draco ne s'intéressait pas à lui et lui-même encore moins. C'était juste une question de sécurité. Il n'y avait aucune attirance sexuelle.

Absolument aucune.

Non, mon dieu, pas d'attirance sexuelle.

Harry était un homme tout ce qu'il y a de plus hétéro. Il était sortit avec Cho Chang et lui avait "presque" demandé de l'épouser.

Il n'avait rien contre l'homosexualité, il était même le premier à défendre les droits des homosexuels.

Il sourit en se rappelant l'arrivée de Lindsey et Mélanie dans leur petite ville. Tous le monde avait vu leur arrivée avec un drôle d'air. Il était vrai qu'un couple de femmes avec deux enfants n'était pas chose courante dans la petite ville.

Mélanie était avocate et elle avait repris le cabinet du vieux Abelforth Dumbledore, le frère d'Albus, qui souhaitait prendre sa retraite. Julian avait été un des premiers à aller la voir et elle l'avait grandement aidé pour ses études.

Quant à sa compagne, Lindsey, elle était pour le moment en congé parentale, mais comptait prochainement reprendre son travail et ouvrir une galerie d'art.

Malgré tous leurs efforts, elles auraient eu beaucoup de mal à s'intégrer sans l'aide de la famille Potter et en particulier du pasteur. Pour lui, l'amour n'avait pas de sexe, et il était parfaitement conscient qu'entre Mélanie et Lindsey cela ne pouvait être que de l'amour. Aussi, lorsqu'il avait su par Harry, que les jeunes femmes regrettaient de ne pas pouvoir se marier, il leur avait proposé de bénir cette union. Jamais Harry n'avait été plus fier de son père adoptif que ce jour là. La cérémonie avait eu lieu dans le petit jardin des deux jeunes femmes et lors de la fameuse phrase rituel : "Si quelqu'un a un motif quelconque de s'opposer à cette union, qu'il parle maintenant ou se taise à jamais", personne n'avait protesté et depuis Lindsey et Mélanie faisaient partis intégrante de la communauté.

Donc Harry n'avait vraiment aucun problème avec l'homosexualité mais il était lui-même résolument hétéro. Oui… Sans aucun doute… Alors pourquoi attachait-il tellement d'importance à son apparence aujourd'hui alors que jusqu'à là, il avait toujours été beaucoup trop occupé pour se soucier de son aspect. Chaque fois qu'il avait pris le temps de s'examiner, il s'était trouvé un drôle de visage, certains traits trop accusés, comme les yeux et les pommettes, mais aussi cette absurde fossette au menton qui était apparue à l'âge de treize ans. Cependant, il n'était pas mécontent de son physique. En jean et en pull trop grand, l'air à peine réveillé, il ne séduirait personne, et certainement pas un homme qui avaient couché avec des hommes et des femmes (car Draco du temps de sa gloire ne cachait rien de ses préférences) célèbres, superbes et fabuleux. Décidément, Malfoy ne s'intéresserait pas à lui pour cela, se dit Harry avec une assurance totale.

En inspirant longuement, régulièrement, il tendit la main vers la poignée de la porte et la tourna en s'apprêtant à contrecœur à affronter son ravisseur… et peut-être un repas délicieux. La porte de la chambre n'était pas verrouillée. Harry se souvenait pourtant distinctement de l'avoir bouclée avant de se coucher.

Il pénétra sans faire de bruit dans la pièce principale. Durant un quart de seconde, la beauté et le charme de la scène qu'il avait devant lui, le désorientèrent. Un feu crépitait dans la cheminée, les lampes fixées aux poutres diffusaient une lumière tamisée, il y avait un chandelier sur la table basse, dont la flamme faisait scintiller les verres de cristal disposés à côté des sets de table en tissu. Etaient-ce ces verres de vin, ou bien les chandelles qui donnèrent à Harry l'impression que Malfoy cherchait à lui jouer le grand jeu ? A moins que ce ne soient les lumières tamisées ou la musique douce de la chaîne stéréo ? Harry se dirigea vers Draco Malfoy, qui se trouvait dans la cuisine et qui, le dos tourné, prenait quelque chose sur le grill.

- Nous avons des invités ? fit Harry d'un ton qui se voulait vif, sec.

Draco se retourna. Un sourire nonchalant, inexplicable, illumina son visage, tandis qu'il examinait Harry des pieds à la tête. Le brun eut l'impression incroyable, renversante, que ce que le blond voyait lui plaisait, une impression renforcée par la manière dont Draco leva son verre vers lui, comme pour porter un toast.

- Vous êtes adorable dans ce pull trop grand, dit le blond.

Comprenant un peu tard qu'au bout de cinq ans de prison n'importe qui, fut-il un homme, lui plairait sans doute, Harry recula prudemment.

- S'il y a une chose que je ne souhaite pas, c'est bien vous plaire. En fait, j'aimerais mieux porter mes propres vêtements, même s'ils ne sont pas très propres, répliqua Harry en tournant les talons.

- Harry ! cria Malfoy d'un ton qui ne reflétait plus la moindre bonne volonté.

Harry fit volte-face, sidéré et alarmé par ses brusques et dangereux revirements. Il recula d'un pas, tandis que Malfoy avançait vers lui, un verre de vin dans chaque main.

- Buvez quelque chose ! lui ordonna Draco en lui tendant un verre à pied. Buvez, bon sang ! Ça vous aidera à vous détendre.

- Pourquoi voulez-vous que je me détende ? Fit Harry avec obstination.

Malgré son menton levé en signe de défi et son ton rebelle, il y avait dans sa voix un léger tremblement, et, quand Draco le perçut, son agacement s'évanouit. Harry avait montré tant de courage, tant de résistance ces dernières vingt-quatre heures. Le brun avait lutté contre lui avec une telle ténacité que Draco avait finit par croire que ce dernier avait surmonté sa peur. Mais là, devant son visage dressé, le blond vit que l'épreuve qu'il avait fait subir à Harry avait laissé de légers cernes bleus sous ses beaux yeux et que sa peau était bien pâle. Harry était formidable, se dit Draco, avec sa gentillesse et ce cran de tous les diables. Si le blond ne l'avait pas apprécié à ce point, peut-être se serait-il moqué qu'Harry le regarde comme un animal dangereux. Réprimant l'envie de poser une main sur sa joue pour le rassurer, ce qui le paniquerait certainement, ou de lui présenter des excuses pour l'avoir enlevé, ce que le brun considérerait comme totalement hypocrite, Draco fit ce qu'il s'était promis de ne jamais recommencer. Il tenta de convaincre Harry de son innocence.

- Il y a un instant, je vous ai demandé de vous détendre et…

- Vous m'avez ordonné de me détendre, vous ne me l'avez pas demandé, le coupa Harry.

La réprimande fit esquisser à Draco un sourire involontaire.

- Maintenant je vous le demande.

Totalement décontenancé par ce qui ressemblait à de la douceur, Harry avala une gorgée de vin pour gagner du temps et pour apaiser ses sens troublés. Draco se tenait à peine à un mètre de lui, le dominant de toute sa taille qui lui barrait la vue. Harry se rendit compte que le blond s'était douché, rasé, changé pendant que lui-même dormait… et là avec ce pantalon sombre et ce pull noir, Draco Malfoy était beaucoup plus beau qu'à l'écran. L'acteur leva la main et s'appuya contre le mur derrière Harry et, quand il parla, il avait dans la voix cette même douceur étrange, irrésistible.

- En chemin, vous m'avez demandé si j'étais innocent du crime pour lequel on m'a envoyé en prison et je vous ai répondu tantôt avec désinvolture, tantôt en bougonnant. Maintenant je vais vous dire la vérité tout simplement…

Harry détacha ses yeux de lui et fixa le vin rouge dans son verre. Faible et lasse comme il l'était, il redoutait de croire le mensonge que Draco allait lui raconter, il le pressentait.

- Regardez-moi, Harry.

Avec une crainte mêlée d'impuissance, il leva les yeux vers son regard ardoise, si franc.

- Je n'ai ni tué ni voulu tuer ma femme ni quiconque. On m'a emprisonné pour un crime que je n'ai pas commis. J'aimerais qu'au moins vous croyiez qu'il y a une chance que je dise la vérité.

Harry le fixa avec indifférence, mais dans sa tête défila soudain la scène du pont branlant. Au lieu de le contraindre à le traverser derrière le volant, Draco l'avait laissé descendre de la voiture et lui avait donné des couvertures au cas où le pont s'effondrerait, au cas où le 4X4 s'enfoncerait dans la rivière profonde et glacée et où il se noierait. Harry se rappela son désespoir quand Draco l'avait embrassé dans la neige en le suppliant de jouer le jeu pour que le chauffeur du camion ne soit pas blessé. Draco avait une arme dans sa poche, mais il ne s'en était pas servi. Et puis Harry se souvint de ce baiser… de ce baiser pressant, rude, qui s'était soudain adouci pour se faire plus insistant, plus sensuel aussi. Depuis l'aube, Harry s'était efforcé de chasser ce souvenir, mais il revenait, vibrant, vivant et dangereusement exitant. A tout cela vint s'ajouter le timbre de sa voix grave :

- C'est ma première soirée normale depuis plus de cinq ans. Si les autorités me suivent à la trace, ce sera ma dernière. Si vous vouliez bien coopérer, j'aimerais en profiter.

Harry fut brusquement décidé à coopérer. D'une part en dépit du somme qu'il avait fait, il était mentalement épuisé et ne se sentait pas de taille à résister au blond. D'autre part, il mourrait de faim et en avait plus qu'assez d'avoir peur. Le souvenir de ce baiser n'avait rien à voir avec sa capitulation. Absolument rien ! se dit-il. Il n'était pas non plus persuadé que Draco disait la vérité !

- Je suis innocent de ce crime, répéta le blond avec force, sans quitter Harry du regard.

Ces mots firent tressauter le brun, mais il résista encore pour que de stupides émotions ne l'emportent pas sur son intellect.

- Si vous ne pouvez pas le croire, dit Draco avec un profond soupir, pouvez-vous au moins faire semblant et vous montrer coopératif ce soir ?

- Quel genre de "coopération" avez-vous en tête ? demanda prudemment Harry en refoulant une envie d'acquiescer.

- la conversation, dit-il. Une conversation insouciante avec un homme intelligent et qui n'ait pas commis de crime contrairement à mes camarades de prison, est un plaisir que j'ai oublié. Tout comme un bon repas, un feu de cheminée, le clair de lune à travers la fenêtre, la bonne musique, les portes à la place des barreaux et la compagnie d'un homme séduisant, ajouta-t-il d'une voix enjôleuse. Si vous acceptez une trêve, je ferais la cuisine.

Harry hésita. Draco avait parlé de lui comme d'un homme séduisant, puis il se dit que ce n'était rien d'autre qu'une flatterie vide de sens. On lui proposait une soirée détendue et paisible, or ses nerfs à vif réclamaient un peu de paix; Quel mal y avait-il à ce que Draco demandait ? Surtout s'il était vraiment innocent.

- Vous ferez toute la cuisine ? marchanda-t-il quand même.

Draco acquiesça, tandis qu'un sourire illuminait lentement son visage. Draco comprit que le brun était sur le point d'accepter, et l'éclat de ce sourire pris de cours Harry.

- D'accord, fit le brun en souriant à son tour, malgré son désir de garder une certaine distance, mais seulement si vous faîtes aussi la vaisselle.

Cela fit rire draco.

- Vous êtes dur en affaires, mais j'accepte. Asseyez-vous pendant que je termine le dîner.

Harry obtempéra et prit place sur l'un des tabourets devant le comptoir qui séparait la cuisine de la salle de séjour.

- Parlez-moi de vous, dit Draco en sortant une pomme de terre du four.

Harry avala une gorgée de vin pour se donner du courage.

- Que voulez-vous savoir ?

- En général, pour commencer, répondit le blond d'un air détaché. Vous n'êtes pas marié m'avez-vous dit ? Etes-vous divorcé ?

- Je n'ai jamais été marié, fit Harry en hochant la tête.

- Fiancé ?

- Cho et moi, nous en parlons.

- Parlez de quoi, grand dieux ?

Harry faillit s'étouffer.

- Je ne pense pas que cette question appartienne à la catégorie des renseignements "généraux", déclara le brun en réprimant un rire gêné.

- Sans doute pas, admit Draco avec un grand sourire. Alors qu'est ce qui vous empêche de vous fiancer ?

Sous son regard amusé, Harry eut la désagréable impression qu'il rougissait, mais il n'en répondit pas moins avec un calme admirable.

- Nous voulons être certains que nous sommes parfaitement compatibles… que nos objectifs et nos philosophies s'accordent.

- J'ai l'impression que vous êtes dans une impasse. Vous vivez avec cette Cho ?

- Absolument pas, répliqua Harry d'une voix guindée, et Draco haussa les sourcils comme s'il trouvait cette idée plaisante et démodée.

- Vous partagez votre chambre avec un ami ?

- Je vis seul.

- Pas de femme et pas de colocataire, dit Draco en remplissant son verre de vin. Alors personne ne vous attend en ce moment, personne ne se demande où vous êtes ?

- Des tas de gens se le demandent à mon avis.

- Qui par exemple ?

- D'abord mes parents. En ce moment ils doivent téléphoner un peu partout pour avoir de mes nouvelles. Le premier prévenu, ce sera Julian, mon frère. Mais Ron me cherchera aussi. C'est sa voiture que je conduis et, croyez moi, mes frères ont dû organiser une battue.

- C'est Julian qui est dans le bâtiment ?

- Non, répondit Harry avec une satisfaction amusée. C'est lui qui est shérif de Keaton.

La réaction de Draco fut particulièrement vive.

- Il est shérif !

Comme pour digérer cette information désagréable, il avala une grande gorgée de vin.

- Et je suppose que votre père est juge ? ajouta-t-il avec une ironie mordante.

- Non, il est pasteur.

- Mon dieu !

- Exactement. Dieu ! C'est son employeur.

- Parmi toutes les personnes du Texas, fit Draco en hochant la tête d'un air sombre, il fallait que je tombe sur le frère d'un shérif et le fils d'un pasteur. Quand ils connaitrons votre identité, les médias en feront leurs choux gras.

Le bref sentiment de pouvoir qu'éprouva Harry en le voyant si inquiet était plus ennivrant que le vin.

- Des fidèles policiers vous pourchasseront partout avec leurs chiens et leurs fusils, et les pieux américains prieront pour qu'ils vous retrouvent le plus vite possible.

Draco se tourna légèrement de côté et vida la bouteille dans son verre, puis il but cul sec.

- Parfait !

Harry se sentait tellement bien dans cette ambiance conviviale qu'il regretta de l'avoir altérée et chercha à la rétablir.

- Qu'est ce qu'on a pour dîner ? dit-il enfin.

Cette question tira Draco de sa rêverie et il se tourna vers le four.

- Quelque chose de simple, fit-il. Je ne suis pas très doué pour la cuisine.

La masse du corps de Draco l'empêchait d'observer les préparatifs, et Harry contempla donc paresseusement le pull tendu sur ses épaules larges. Il était étonnamment musclé. On eût dit qu'il s'était entrainé au gymnase de la prison. Harry avait lu quelque part que l'on envoyait souvent des innocents derrière les barreaux, et il s'accrocha soudain à l'espoir rassurant que Draco Malfoy en faisait peut être partie.

- Asseyez-vous sur le canapé, dit Draco sans se retourner. J'apporte le repas.

Harry descendit du tabouret en se disant que ce deuxième verre de vin lui avait vraiment fait de l'effet, l'avait même un peu trop détendu. Il se dirigea vers le canapé, tandis que Draco, les assiettes à la main, le suivait, et le brun prit place devant l'un des sets de table que l'acteur avait disposé sur la table basse devant le feu. Draco posa deux assiettes, dont l'une contenait un steak saignant et une pomme de terre en robe des champs.

Devant Harry il plaça une assiette dans laquelle il avait retourné une boîte de thon. C'était tout. Pas de légumes, pas de garniture, rien.

Après avoir si longtemps salivé à l'idée d'un bon steak grésillant, saignant, épais, Harry réagit avec une vive spontanéité devant cette galette de thon froid, sec et peu appétissant. Il leva vers le blond un regard furibond et ouvrit la bouche d'un air outragé.

- Ce n'était pas ce que vous vouliez ? demanda Draco innocemment. Auriez-vous préféré un bon steak comme celui que j'ai laissé dans la cuisine ?

Cette farce de gamin, ce sourire engageant et ces yeux rieurs provoquèrent alors une réaction inattendue, incontrôlable et on ne peut plus bizarre chez Harry, étant donné les circonstances. Il commença par sourire. Puis il éclata de rire. Ses épaules en tremblaient encore quand draco revint avec un autre steak.

- Vous préférez ça ?

- Bien, dit Harry en s'efforçant de prendre un air sévère, alors que ses yeux scintillaient encore de joie. Je vous pardonne de m'avoir enlevé et terrorisé, mais me donner du thon alors que vous avez un steak, c'est vraiment un tour pendable !

Harry aurait été ravi de manger en silence mais, en coupant sa viande, Draco remarqua l'équimose à son poignet et lui demanda comment il s'était fait cela.

- C'est une blessure de football, expliqua Harry.

-Une quoi ?

- Je jouais au football, la semaine dernière, et je me suis fait tacler.

- par un grand arrière ?

- Non, par un petit garçon et un gros fauteuil roulant !

- Comment ?

Draco avait manifestement envie de bavarder, et Harry lui fit un résumé du match tout en grignotant.

- C'était ma faute. J'adore le basket, mais je n'ai jamais compris le football. C'est un jeu qui n'a pas de sens.

- Pourquoi dites-vous ça ?

Harry agita dédaigneusement sa fourchette.

- Prenons les joueurs pour commencer. On a un arrière, un demi et un quart-arrière, mais pas de trois-quarts. Il y a un ailier et pas d'ailes.

Draco éclata de rire tandis qu'Harry concluait :

- Décidément, ce n'est pas pour moi, mais ça n'a aucune importance, puisque mes gamins adorent ça. L'un d'eux va même probablement participer aux jeux handisports.

Draco remarqua que sa voix se faisait plus douce et que ses yeux brillaient quand Harry parlait de "ses gamins", et le blond lui sourit en s'émerveillant de sa compassion et de son charme. Comme il ne voulait pas que le brun se taise, il lança un autre sujet :

- Que faisiez-vous à Amarillo le jour où nous nous sommes rencontrés ?

- J'étais allé rendre visite au grand-père de l'un de mes élèves handicapés. Il est assez riche, et j'espérais le convaincre de me faire un don pour le projet d'alphabétisation des adultes que j'ai lancé dans mon école.

- Et vous avez réussi ?

- Oui, le chèque est dans mon sac à dos.

- Pourquoi êtes vous devenu instituteur ? fit Draco pour relancer la conversation.

Il avait choisit un sujet qui tenait Harry à cœur, comprit Draco quand ce dernier lui adressa un sourire craquant avant d'en parler avec une ardeur réconfortante.

- J'adore les enfants et l'enseignement est une vieille profession très respectable.

- Respectable ? répéta Draco, ébahi par le charme un peu vieillot de sa définition. Je ne pensais pas que, de nos jours, quiconque se préoccupait encore d'être respectable. Pourquoi est-ce si important pour vous ?

Harry esquiva ce commentaire un peu trop perspicace d'un haussement d'épaules.

- je suis fils de pasteur, et Keaton est une petite ville.

- Je vois, dit Draco, mais il ne voyait pas vraiment. Il y a d'autres professions tout aussi respectables.

- oui, mais je n'y rencontrerais pas des gens comme Dean Thomas et Nymphadora Tonks.

Son visage s'illumina à l'évocation du nom de Dean et Draco s'intéressa aussitôt à cet homme qui semblait avoir plus d'importance pour Harry que sa quasi fiancée.

- Qui est Dean Thomas.

- C'est l'un de mes élèves… l'un de mes préférés en fait. Il est paralysé de la taille jusqu'aux pieds. Quand j'ai commencé à enseigner à Keaton, il ne décrochait pas un mot et posait de tels problème de discipline que M. Rusard voulait l'expédier dans un établissement spécialisé pour handicapés mentaux. Sa mère m'a juré qu'il savait parler, mais personne ne l'avait jamais entendu et, comme elle ne le laissait pas sortir pour jouer avec les autres gosses, nul ne savait si elle n'essayait pas de faire croire que son fils était… plus normal. En classe, Dean perturbait les cours en laissant tomber des livres par terre, en bloquant le passage quand on sortait en récréation, de petites choses, mais il le faisait sans arrêt et c'est pour cela que M. Rusard avait décidé de l'envoyer dans une institution spécialisée.

- Qui est M. Rusard ?

Harry fronça son petit nez avec un tel dégout que Draco en sourit.

- C'est notre principal.

- Vous ne l'aimez pas beaucoup, à ce que je vois ?

- Ce n'est pas un mauvais homme, mais il est trop rigide. Il aurait été parfait au siècle dernier, du temps où l'on donnait des coups de badine de noyer aux élèves qui parlaient fort en classe.

- Et il faisait une peur bleue à Dean ?

Harry hocha la tête avec un rire joyeux.

- En fait, c'est tout le contraire. Par hasard, je me suis aperçu que Dean détestait qu'on le prenne avec des gants. Il voulait qu'on le mate.

- Comment vous en êtes vous rendu compte ?

- Un soir, après la classe, j'étais dans le bureau de M. Rusard, qui m'engueulait, comme d'habitude.

- Vous avez des ennuis avec le principal ?

- Constamment, lui confirma le brun. De toute façon, ce jour là, Dean attendait que sa mère vienne le chercher et il nous a entendus. Quand je suis sorti de chez lz principal, il était là, il me souriait de son fauteuil roulant, comme si j'étais une espèce de héros. "On va vous mettre une retenue, Monsieur Potter ?" m'a-t-il demandé.

3 J'étais tellement sidéré de l'entendre parler que j'ai failli lâcher la pile de livres que je portais. Mais quand je lui ai assuré qu'on ne me collerait pas, il a paru déçu. Il m'a dit qu'à son avis on ne collait jamais les professeurs seulement les élèves. Les élèves normaux. C'est alors que j'ai compris !

Comme Draco semblait perplexe, Harry se hâta de lui donner de plus amples explications :

- Vous voyez, sa mère l'avait tellement protégé qu'il rêvait d'aller à l'école comme un enfant ordinaire. Or ni ses camarades ni les professeurs ne le traitaient comme cela.

- Qu'avez-vous fait ?

Harry s'adossa au canapé et replia une jambe sous lui :

- J'ai fait la seule chose décemment possible : je l'ai surveillé le lendemain et, quand il a jeté un crayon sur sa voisine de devant, je me suis rué sur lui comme s'il avait commis un crime. Je lui ai dit qu'il mériterait d'être collé pendant des semaines et qu'à partir de maintenant il serait traité comme tout le monde. Et je ne lui ai donné non pas un, mais deux jours de retenue !

La tête contre le dossier, il adressa à Draco un sourire en coin.

- Et puis je me suis promené dans l'école pour m'assurer que je ne m'étais pas trompé. Il avait l'air content dans la salle des retenues, en compagnie de tous les autres petits agitateurs, mais je n'étais pas encore sur de mon fait. Ce soir là, sa mère m'a téléphoné et m'a passé un savon, prétendant que je l'avais rendu malade, que j'étais méchant et sans cœur. Elle était hystérique. Le lendemain, il n'est pas venu à l'école.

Comme Harry se taisait, Draco l'incita doucement à poursuivre.

- Qu'est ce que vous avez fait ?

- Après la classe je suis allé chez lui pour le voir et pour m'entretenir avec sa mère. Et puis, mue par une intuition, j'ai emmené avec moi Seamus Finnigan, un autre élève. Seamus est un véritable petit macho, le rigolo de la classe, le héros des CE2. Il est bon dans toutes les disciplines, du football au base-ball en passant par les jurons, en tout à une exception près, précisa Harry avec un petit sourire, le chant. Quand il parle, il a une voix de crapaud et, quand il chante, il coasse si fort qu'il déchaîne les rires. J'ai donc pris Seamus et, quand je suis arrivé chez Dean, il était dans le jardin sur son fauteuil roulant. Seamus avait emporté son ballon – je pense qu'il dort avec – et il est resté dehors. Quand je suis entré, Seamus essayait d'envoyer le ballon à Dean qui ne se donnait même pas la peine d'essayer de le rattraper. Il regardait sa mère sans bouger. J'ai passé une demi-heure à bavarder avec Mme Thomas. Je lui ai dit qu'en toute honnêteté, je pensais que Dean n'aurait aucune chance de trouver le bonheur tant que nous le considérerions comme trop fragile pour faire autre chose que rester cloué dans son fauteuil. J'en avais terminé sans pour autant l'avoir convaincue quand, tout à coup, on entendit des cris et un grand fracas. Nous nous sommes tout deux précipités dans le jardin. Seamus était par terre, poursuivit Harry, les yeux brillants, parmi des poubelles renversées, à serrer son ballon en souriant jusqu'aux oreilles. D'après Seamus, Dean n'avait pas réussi à attraper le ballon, mais il avait une droite aussi puissante que celle de Mohammed Ali ! Dean rayonnait et Seamus lui dit qu'il le prenait dans son équipe, mais qu'il faudrait s'entraîner un peu, pour qu'il apprenne à attraper aussi bien qu'il passait.

- Et ils s'entraînent ? lui demanda Draco quand Harry se tut.

Harry acquiesça, tandis que ses traits expressifs reflétaient sa jubilation.

- Ils jouent au football tous les jours, avec le reste de l'équipe. Puis ils se rendent chez Dean, et Dean aide Seamus à faire ses devoirs. On s'est rendu compte que, bien qu'il ne participe pas au travail scolaire, Dean absorbait tout comme une éponge. Il est très intelligent et maintenant qu'il a une raison de se battre, il fait tout ce qu'il peut. Je n'ai jamais vu un tel courage… une telle détermination.

Quelque peu gêné par son enthousiasme, Harry se réfugia à nouveau dans le silence et fixa son assiette.

A suivre…


Voilà un autre chapitre de finis. Cette fois je ne dis rien à propos de la suite qui arrivera quand elle arrivera ! Mais en attendant, dîtes moi ce que vous en avez pensé. Bises