Chapitre 21 – Unis
Ginny reprit connaissance l'esprit embrouillé. Elle bougea mais se rendit compte que ses mains étaient nouées dans son dos. Allongée sur un sol froid, la jeune femme se redressa comme elle put dans une position assise. Elle inspecta rapidement les lieux. Une pièce faiblement éclairé par une lucarne en haut d'un des murs. Tous étaient tapissés d'étagères. On aurait dit un débarras. Il y trainait des objets en désordre, telle une corde ou de grosses machines dont Ginny ignorait l'utilité, et il y régnait une forte odeur de produit. Une ombre se mut. Ginny fit un mouvement avec ses mains pour tenter d'atteindre sa poche, mais se rappela qu'elle était en robe de mariée et que sa baguette reposait sagement sur son lit. La fureur l'envahis à l'idée qu'un abrutit l'avait enlevé juste au moment où elle était sur le point d'épouser Harry. Un ricanement guttural retentit. L'ombre s'approcha, prenant forme humaine. Ginny plissa les yeux pour tenter de savoir qui était venu gâcher son grand jour, mais le ravisseur portait une longue cape noire - capuche sur la tête - et un masque en argent sur le visage.
- Enfin tu te réveilles, parla la personne d'une voix grave, anormale, trafiquée par un sort.
- Qui êtes-vous ? Cria Ginny. Qu'est-ce que vous me voulez !
- Inutile de t'époumoner je t'entends parfaitement, railla le kidnappeur. Je suis d'ailleurs la seule personne à t'entendre. Vois-tu, j'ai pris soin d'insonoriser la pièce. Ainsi on ne viendra pas nous déranger.
L'homme se mit à rire. Un son désagréable.
- Qui êtes-vous ? Répéta Ginny plus bas.
- Allons, ne me dis pas que tu ne m'as pas reconnu. Tu me fais de la peine ma chère Ginny, susurra l'autre d'un ton mielleux et faussement boudeur. Et si je te donnais un indice. Voyons voir, fit-il mine de réfléchir. Ah, j'ai trouvé ! Tu m'as pourri la vie, déclara-t-il méchamment sans plus aucune envie de rire. A cause de toi je souffre le martyre et tu vas me le payer !
- An… Andrew ? Murmura Ginny qui avait du mal à y croire.
Le garçon n'avait jamais été violent, mais elle devait reconnaître lui avoir fait beaucoup de mal. Il éclata d'un rire tonitruant. Une plainte sur la droite de Ginny attira son attention. Il y avait une troisième personne ! Assis sur une pile de cartons, dos contre le mur, poignets accrochés par des chaines audit mur, se réveillait un homme.
- Andrew ! Reconnut Ginny.
Alors qui était le ravisseur ? Comme pour répondre à sa question, il s'approcha et ôta son masque et sa capuche.
- Amanda ! S'écria Ginny
- Surprise, souffla l'autre avec un sourire de démente.
Ginny ne comprenait pas du tout.
- Pourquoi nous as-tu enlevés ?
- Pourquoi ? Pourquoi ? Explosa Amanda, ses traits déformés par la colère. Tu oses me demander pourquoi alors que tu m'as gâché la vie ! Je ne t'ai jamais aimé ! Il existe des milliers d'homme sur cette Terre mais il a fallu que tu sortes avec le seul dont je suis amoureuse ! Cracha-t-elle.
Ginny se tourna vers Andrew, qui semblait peiné.
- Tu l'as laissé tomber ! Cria Amanda. Il est à moi maintenant !
- Tu es complètement cinglée, commenta Ginny.
Amanda lui colla une gifle magistrale.
- Laisse-la en dehors de tout ça ! Supplia Andrew.
Amanda parut blesser que le jeune homme prenne la défense de Ginny.
- Tu vois ! Tu es contente j'imagine, mugit Amanda à l'attention de Ginny. Je l'avais enfin pour moi, mais il a fallu que tu lui coures après !
- Mais qu'est-ce que tu racontes ?
- Je vous ai vu tout à l'heure ! Dévoila Amanda folle de rage, les yeux brillants d'eau salée.
- Elle nous a vus parler dans la rue, expliqua Andrew et elle croit que nous sommes de nouveau ensemble. J'ai eu beau lui expliquer qu'elle se trompe, impossible de lui faire entendre raison.
- Parce que tu mens ! Pleura-t-elle. Je sais que tu mens.
Amanda poussa un bruyant sanglot, qui dura un certain temps. Ginny réalisa à quel point la journaliste était dérangée. Elle la laissa pleurer, cherchant un moyen pour sortir de cette pièce. Attachée et sans baguette, les chances étaient faibles. Et dire qu'elle serait normalement déjà mariée à l'heure qu'il était. Cette pensée la frustra au plus haut point. Elle se calma en réalisant que sa famille devait la chercher. Mais comment parviendrait-elle à la trouver ici ? Ginny ne savait pas même où elle se trouvait. Et qui penserait qu'Amanda l'avait enlevé ? Oh elle voulait plus que tout sortir d'ici et retrouver Harry !
- Toi ! Entendit-elle.
Amanda s'était ressaisie et pointait la rouquine d'un doigt hargneux.
- Tu vas me le payer. Je ne serai pas heureuse tant que je ne me serai pas débarrassé de toi !
- Arrêtes, s'inquiéta Andrew, qu'est-ce que tu vas faire ?
Amanda brandit sa baguette devant le nez de Ginny, qui recula.
- Amanda, tenta-t-elle de la raisonner. Je t'assure qu'il n'y a plus rien entre Andrew et moi. Tu vois bien ma tenue non ? Montra de la tête la rousse, qui portait sa robe de mariée, maintenant froissée et salie. J'allais épouser Harry.
Amanda émit un rire réjouit mais sardonique.
- C'est ce que j'ai vu oui, dit-elle avec un rictus. Si tu savais le plaisir que ça m'a fait de t'enlever juste à ce moment-là. Je ne m'y attendais pas. Tu m'as fait une belle surprise.
Ginny crut qu'elle allait l'étrangler.
- Mais nous savons toutes les deux qui tu es réellement, une sale petite arriviste qui joue sur deux tableaux.
- Va te faire soigner ! Répliqua la rousse.
Ce furent les mots de trop. Amanda prononça la formule impardonnable. Ginny vit un éclair de lumière verte sortir de la baguette. Elle ferma les yeux, entendit Andrew crier, mais n'y prêta pas attention. Dans cette dernière seconde de vie, son esprit tout entier était dévoué à Harry. L'homme qu'elle aimait plus que tout, et qu'elle ne reverrait plus jamais. Tout comme elle ne verrait jamais son enfant naître, et grandir. Cette pensée fut cruelle. Un poids lui tomba dessus. Elle aurait cru l'Avada Kedavra plus douloureux. Son ventre se serra, elle eut un mauvais pressentiment en sentant une étrange sensation, familière, agréable. Elle ne l'avait ressenti qu'une fois, et c'était un peu plus tôt alors qu'elle était dans sa chambre entrain d'admirer le jardin de ses parents. Ginny ouvrit les yeux ! Un corps s'était interposé entre elle et le faisceau mortel.
- Harry ! Hurla-t-elle. Harry !
Le jeune homme était écroulé sur elle. Ginny entendit vaguement Amanda s'affoler. Elle ne lui prêta pas plus d'attention, uniquement préoccupée par Harry.
- Harry, Harry ! Appela-t-elle, paniquée, en se penchant sur le côté pour voir son visage.
Il se mit à tousser, et Ginny retrouva l'usage de ses poumons. Le vampire, allongé sur le sol, se tourna vers elle tout en fouillant dans la poche de sa robe de soirée.
- Tu vas bien ? S'enquit sa fiancée en se penchant au-dessus de lui, ses mains liées l'empêchant de le toucher.
- N'oublies pas qu'il faut plus qu'un petit Avada pour m'achever, plaisanta le jeune homme d'une voix rauque.
- Co… co… comment as-tu…, bégaya Amanda.
La journaliste affichait une mine terrifiée. Ses yeux étaient aussi ronds que des billes et sa bouche s'ouvrait et se refermait lui conférant une étrange ressemblance avec un poisson hors de l'eau.
Harry sortit – avec difficulté – sa baguette et n'eut aucun mal à stupéfixer Amanda déjà paralysée par la peur. Il libéra Ginny, puis Andrew et ils sortirent de la pièce, qui se trouvait être la réserve du journal.
- Tu vas bien ? Demanda Harry en prenant avec une infime délicatesse le visage de Ginny dans le creux de ses mains.
- Oui ça va. Nous allons bien, chuchota-t-elle alors qu'il baissait les yeux vers son ventre.
- Amenons-la au ministère, déclara Harry en faisant léviter le corps inerte.
- Comment nous as-tu retrouvés ? Demanda Ginny, impressionnée.
- Je t'ai senti. Quand ton père nous a annoncé ta disparition, j'ai cru que le monde s'écroulait autour de moi. J'ai même pensé que tu avais changé d'avis…
- Ca ne va pas ! S'écria Ginny.
- Ne t'inquiètes pas, l'idée n'a fait que traverser mon esprit. En plus ta baguette était sur ton lit, tu ne serais jamais partie sans elle.
Andrew écoutait, silencieux. Lui et Harry avaient échangé un regard, sans aucune animosité. Le fait que le vampire lui ait sauvé la vie – si toutefois elle était en danger – devait jouer un rôle là-dedans. Quand à Harry, il ne pouvait reprocher à Andrew d'avoir aimé Ginny.
- Nous étions tous inquiet au Terrier. Il n'y avait aucune piste, aucun indice pour te retrouver. Hermione, pragmatique, a commencé à échafauder un plan, ce qui m'agaça au plus haut point, grogna-t-il. Nous perdions trop de temps. Je ne t'aurais pas retrouvé sans les Decks je crois. Ils m'ont conseillé de me concentrer sur toi. J'ai fait le vide dans ma tête, ne voyant que ton visage, et je t'ai entendu prononcer mon prénom. Je t'assure, j'ai entendu « Harry » très distinctement dans ma tête. Et j'ai su, je ne sais pas trop comment, mais j'ai su l'endroit exacte où tu te situais. J'ai immédiatement transplané.
- Je crois que c'est le lien, informa Ginny. A moi aussi il est arrivé un drôle de phénomène. Tout à l'heure, au Terrier, j'ai ressenti une étrange sensation lorsque nous nous sommes retrouvés sous le même toit. Puis quand tu as surgi dans cette remise. Là encore, je le ressens.
- Moi également, confirma le vampire ses iris vertes perdu dans les yeux de Ginny.
- Je crois que nous devrions y aller, dit Andrew, mal à l'aise. J'ai cru comprendre que vous aviez des projets.
La culpabilité fit de nouveau son apparition en Ginny, qui se détacha d'Harry.
- Tu m'accordes une seconde ? Demanda-t-elle au vampire.
Il acquiesça et Ginny prit Andrew en aparté, bien qu'elle sache que la distance n'était pas suffisante pour empêcher Harry d'entendre ce qu'elle s'apprêtait à dire. La jeune femme s'en moquait, car elle n'avait rien à lui cacher.
- Andrew, commença-t-elle hésitante. Je… je tiens à m'excuser, pour mon attitude. Mon attention n'était pas de te blesser.
- Je le sais Ginny.
Il soupira, fatigué ? Il semblait épuisé.
- Vous voir aujourd'hui…, il marqua une pause. Je ne suis pas aveugle. Je vois bien que vous êtes fait pour être ensemble. Du moins j'ai pu voir à quel point il t'aime. Il a risqué sa vie pour toi ! Même si ce garçon semble immortel, ajouta-il ayant du mal à comprendre qu'Harry soit toujours en vie. Alors quitte à ce que tu me laisses pour quelqu'un d'autre, autant que ce quelqu'un soit le sauveur du monde sorcier, termina-t-il avec un vague sourire.
- Merci pour tout, dit-elle en repensant à ces deux dernières années.
Il lui avait apporté tellement de réconfort, mais peut-être aurait-il mieux valu pour lui qu'il ne la rencontra jamais. Ca lui aurait évité toute cette souffrance. Elle, aurait passé deux ans supplémentaires sans sourire, mais au final, elle aurait retrouvé Harry. Deux ans ce n'était pas grand-chose comparé à tout le reste de sa vie. Il était ironique soudain de se dire que, si il n'y avait pas eu Andrew, elle n'aurait pas tenté de refouler ses sentiments à l'égard d'Harry.
- Ramenons Amanda avant qu'elle ne se réveille, dit Andrew. Je pense qu'une visite à sainte mangouste ne lui fera pas de mal, elle n'a plus toute sa raison je le crains, dit-il sombrement.
- Je crois que c'est au service psychiatrique de sainte mangouste qu'elle finira ses jours, avoua Ginny ne pouvant s'empêcher d'éprouver une pointe – infime – de regret pour cette femme qui avait tenté de la tuer.
Après tout, l'amour était un sentiment tellement puissant et incontrôlable. Quelle personne pouvait se vanter de ne jamais avoir fait d'erreur ? De ne jamais avoir blessé l'être aimé ?
- Tu n'es pas obligé de venir avec nous, dit-elle. Nous pouvons nous en charger seuls.
- J'y tiens. C'est un peu de ma faute si Amanda est devenue comme ça.
- Tu n'es pas responsable, assura vivement Ginny.
- Peut-être pas. Mais peut-être aussi que j'aurai pu l'éviter. Tu sais, elle n'a pas toujours été comme ça. Sa vie n'a pas été facile, dévoila Andrew.
Ginny espérait sincèrement qu'Amanda avait un bon fond en elle. Pour Andrew.
Ils rejoignirent Harry et prirent la route du ministère. Amanda fut enfermée en cellule de détention, où elle restera jusqu'à ce qu'ait lieu son procès. Andrew souhaita rester quelques instants supplémentaires avec son ancienne collègue. Ginny et lui se dirent au revoir. En s'éloignant dans le couloir, elle eut le sentiment que cette fois leurs chemins se séparaient définitivement.
- Il va s'en remettre, entendit-elle Harry murmurer.
- Je le sais, affirma-t-elle avec conviction. Bon si on rentrait, tout le monde nous attend et puis, nous avons un mariage à célébrer. Quoi ? Demanda-t-elle en le voyant la dévisager comme si un deuxième nez venait de lui pousser à côté du premier.
- Qu'est-ce que tu as dit ? Interrogea-t-il sans se départir de cette surprise.
- Que les autres nous attendaient pour notre mariage.
- Non avant !
- Que… je sais qu'Andrew va s'en remettre.
- Comment…, pourquoi m'as-tu dit ça ?
- Parce que c'est ce que tu m'as dit, répliqua-t-elle sans comprendre où le jeune homme voulait en venir.
- Ginny, s'écria Harry, je n'ai absolument rien dit de tel !
- Mais si voyons, je t'ai entendu !
- Non. Du moins pas à haute voix.
- Tu n'insinues tout de même pas que…
Elle marqua une pause tant la chose lui paraissait inconcevable.
- Pense à quelque chose, intima-t-il, n'importe quoi.
Prise de court, Ginny réfléchit du mieux qu'elle put et pensa la chose suivante « incroyable». Les yeux d'Harry s'agrandirent.
- Recommence ! Ordonna-t-il sans brusquerie.
« Est-ce que tu m'entends ? » Pensa Ginny.
« Oui » fut la réponse d'Harry.
Il n'avait pas bougé les lèvres et pourtant, elle l'avait clairement entendu.
- On communique par la pensée ! S'écria Ginny partagée entre fascination et joie.
- On dirait bien, dit-il dans le même état qu'elle, avec toutefois plus de retenue.
- Ouah c'est formidable ! Pense à quelque chose ? Demanda-t-elle.
« Je me demande ce que le lien nous réserve d'autre. »
« Je me demande aussi, répondit-elle sans effort. Tu m'entends ? »
« Oui. »
« C'est marrant, pensa Ginny qui commençait à trouver ça amusant, on peut se parler sans même ouvrir la bouche. »
« C'est en mission que ça nous sera grandement utile. »
« Ou lorsqu'on voudra jouer un tour à Ron, dit-elle avec malice. »
Il la serra contre lui en riant.
« Et si on retournait au Terrier, proposa-t-il. Ma patience atteint ses limites. »
« La mienne également. Si tu savais depuis combien de temps j'attends de devenir ta femme. »
« Ne perdons plus de temps alors. »
Il la serra plus fort et l'embrassa tout en disparaissant. Ginny ressentit l'habituel vertige que procurait le transplanage, mais en plus, le vertige de son amour pour Harry. Tout son être réagissait à celui du vampire. Elle sentait sa présence, ses pensées, mais aussi ce qu'il ressentait. Ils étaient, complètement, totalement, unis.
