Chapitre 20
Lorsque Loki arriva à Utgard, Laufey et Farbauti l'attendaient, tous deux semblaient incroyablement inquiets, mais un sourire de Loptr les rassura.
- Tout s'est bien passé ? demanda Laufey.
- J'ai croisé Odin, répondit calmement Loki, on en parlera plus tard.
Le Roi Jotun sembla un instant qu'il allait couvrir son fils de question, mais la main de Farbauti posé sur son épaule l'arrêta. Loki se rendit alors dans le temple principal d'Utgard, suivi par ses parents mais aussi par de nombreux Jotuns, tous voulant des nouvelles de l'expédition du petit Prince.
Loki se plaça devant l'autel et ferma les yeux se concentrant sur sa magie, mais aussi sur celle de la Cassette qu'il pouvait manipuler depuis la poche dimensionnelle ou elle était placée. Puis, il jeta sur toute la planète le même sortilège qui le protégeait du regard d'Heimdall, adressant une dernière parole au gardien.
- Jotunheim mourra dans la dignité et l'intimité, gardien. Les prochaines années de notre royaume ne regardent pas Asgard.
Puis, il avait finalisé son sort, rendant définitivement Heimdall aveugle à ce qui pouvait se passer à Jotunheim.
- Loptr, appela Laufey incertain.
- Tout va bien, assura Loki. Et je suis désolé d'avoir dû mettre en place cette petite mise en scène mais Asgard ne nous aurait pas laissé en paix sans cela.
Puis d'un mouvement de la main, il fit apparaître la Cassette. Aussitôt des murmures d'espoir et de joie retentirent dans le temple.
- Cette nuit, je me suis rendu à Asgard pour reprendre ce qui nous appartenait, annonça le jeune prince d'une voix forte. Pour se faire j'ai dû faire croire à Odin que j'avais détruit la Cassette et que Jotunheim allait bientôt mourir. Et pour nous assurer que ma petite mascarade marche, je viens de placer un sortilège occultant toute la planète. Heimdall ne peut plus nous voir. Jotunheim est libre de l'oppression d'Asgard et grâce à la Cassette, nous allons pouvoir renaître.
Il y eut alors une explosion de joie, si puissante que les murs en tremblèrent. Loki eut un sourire en voyant cela, il n'était pas sur Jotunheim depuis longtemps, mais il avait fini par accepter que ce peuple était son peuple et qu'il allait devoir en prendre soin et le protéger.
- Le jour va bientôt se lever, mais je vous promets que dès demain, la reconstruction de notre monde débutera.
De nouveaux cris de joie remplirent la salle et Loki fut remercié un nombre incalculable de fois. Il quitta le temple après avoir posé la Cassette sur son piédestal et sécurisée.
Le lendemain soir, le temple était tout autant bondé lorsqu'il se présenta pour commencer à réparer la planète. Loki fut guidé doucement par les prêtres et les Anciens, il s'installa en tailleur la Cassette sur ses genoux et se concentra pour entrer en communion avec elle.
Au début, il fut enchanté par la magie de la Cassette, elle était caressante comme un flocon de neige qui court sur la peau et son chant était semblable aux grelots de la glace, mais rapidement Loki dut constater les dégâts causés à la planète. Les mers étaient gelées, ce qui avait entraîné le début de la famine, les champs étaient devenu plus durs à cultiver et finalement les dégâts directs ou indirects de la guerre avec Asgard.
La première chose qu'il fit fut de libérer les mers de Jotunheim, les poissons qu'elles contenaient pourraient nourrir son peuple dans l'immédiat, puis il s'occuperait des champs.
Un craquement sonore retentit soudainement à l'extérieur du temple, alors que Loki restait calme, concentré sur ce qu'il faisait. Il devait procéder avec minutie pour ne pas causer de catastrophes majeures semblables à des inondations ou des tsunamis. Il utilisa sa magie et celle de la Cassette pour casser en douceur des mètres de glace.
Comprenant ce que son enfant faisait, Laufey ordonna à ce que des groupes soient formés pour retirer la glace qui avait été brisée et qui recouvrait encore la mer. Il faudrait encore des décennies, voir des siècles pour que les mers de Jotunheim soient complètement accessibles, mais au moins il aurait accès aux richesses de leur eau, même si ce n'était que sur un petit périmètre pour commencer. Le Roi ordonna aussi à ce que la glace soit conservée, elle servirait à rebâtir leur cité.
Loki n'eut bien sûr pas conscience de cela, bien trop prit par ses efforts et uniquement concentré sur la Cassette et ce qu'il faisait. Il ne reprit conscience du monde extérieur qu'au moment où les prêtres posèrent leurs mains sur ses épaules et que la Cassette lui fut retirée.
- C'est assez pour cette nuit, jeune Prince, assura le prêtre avec douceur.
Par réflexe, Loki voulut protester, il était encore assez fort. Mais lorsqu'il voulut se lever, ses jambes refusèrent de le soutenir et il fut rattrapé de justesse par les prêtres.
- Vous avez fait plus qu'assez pour nous pour cette nuit, mon Prince, assura l'un des anciens avec douceur. Il faut vous reposer.
Loki hésita un instant de plus avant d'acquiescer et de laisser Byleist le porter dans sa chambre.
Il fallut près de cinquante ans d'efforts quotidiens aussi bien de la part de Loki que de la part des Jotuns pour libérer la plus grosse mer de Jotunheim, celle qui bordait la forteresse d'Utgard. Puis Loki s'occupa des champs et des cultures. Il aida aussi à reconstruire les bâtiments. Le tout en continuant d'apprendre auprès des Anciens les coutumes et les traditions de son peuple de naissance.
Le jour de la première récolte fut un jour de fête, comme Loki en avait rarement vu.
Mais ce souvenir remontait à loin maintenant, songea Loki en observant les étendues glacées devant lui. Le paysage était magnifique maintenant que la planète avait été soignée. Cela faisait un peu plus d'un siècle qu'il était arrivé à Jotunheim et une fois encore, il avait su se trouver une place. Et dire que les Ases ne voyaient les Jotuns que comme des monstres.
- À quoi penses-tu, mon frère ? demanda Byleist.
- Je pensais à mes amis d'autres royaumes. Ça fait longtemps que je ne les ai pas vu.
- Vas-tu partir ? voulut savoir Helblindi.
Les trois frères étaient partis pour une chasse au loup des glaces, une meute avait été aperçue beaucoup trop près des villages.
- J'y pense, répondit Loki. Et je pense aussi à visiter maman.
- Tu lui écris tous les jours, remarqua Byleist avec un doux sourire moqueur.
Loki se contenta de hausser les épaules. Oui, il lui écrivait tous les jours mais ce n'était pas pareil que d'avoir sa mère dans ses bras et de sentir ses bras l'étreindre en retour.
Byleist allait le taquiner un peu plus lorsqu'un grondement fut entendu. Loki s'empara aussitôt de son arc, et il pouvait sentir Vent d'Hiver frémir d'impatience, pendant que ses frères et les quelques gardes venus avec eux firent apparaître des épées de glace. Sleipnir, lui, s'agita nerveusement, lui aussi ravi d'un peu d'action, il n'en avait pas eu depuis leur dernière chasse à Vanaheim.
- Doucement, ordonna Loki dans un murmure alors que la meute de loup se montrait, les encerclant.
- Ils sont nombreux, remarqua Helblindi, avec crainte.
Oui, ils étaient nombreux, une trentaine au moins contre une dizaine de Jotun. Mais Loki n'était pas inquiet. Avec un sifflement, il descendit de Sleipnir qui s'éloigna aussitôt, puis il mobilisa son pouvoir. Aussitôt la neige autour de lui commença à s'envoler, repoussée par la puissance magique que Loki dégageait alors qu'il bandait son arc. Il sentait l'esprit de son arme effleurer le sien. Avec un large sourire un brin mauvais (on était le dieu du chaos et de la destruction ou on ne l'était pas), il relâcha la corde et aussitôt des dizaines de projectiles s'envolèrent pour retomber sur les loups, les tuant sur le coup.
Les Jotuns observèrent leur Prince avec stupeur. Même après tout ce temps, même en sachant que leur petit Prince était exceptionnel, il arrivait toujours à les surprendre.
- Je comprends pourquoi tu as dit que tu pourrais t'en occuper seul, grommela Byleist en faisant disparaître son épée.
- C'est toi qui a insisté pour venir, rappela Loki avec un large sourire.
Byleist allait répliquer lorsqu'un geignement fut entendu.
- T'en as raté un, s'amusa ce dernier.
Loki fronça les sourcils avant de jeter un coup d'œil à son arc. Il n'avait jamais raté sa cible, s'il y avait un survivant c'était sans doute pour une bonne raison. Rangeant son arc dans son dos, Loki dégaina sa dague, Lame d'Étoile, et d'un mouvement vif la transforma en lance. Puis il s'avança en direction du bruit. Il trouva la tanière des loups et, avec un certain regret, une portée en grande partie morte de faim.
- Ils ont agi comme nous, regretta Helblindi. Ils voulaient juste de quoi nourrir leurs petits. Et nous avons agi comme…
- Nous n'avons pas attaqué Midgard, répliqua aussitôt Loki. Nous avons essayé de commercer avec eux, là est la différence. Et nous avons dû les tuer pour protéger notre peuple, là où Asgard nous a tué juste parce qu'ils voulaient nous tuer.
- Y en a encore trois en vie, remarqua doucement l'un des gardes.
Loki rangea sa dague et s'approcha doucement des trois louveteaux encore en vie. Les deux plus grands étaient d'un blanc neige remarquable, alors que le plus petit était d'un gris argenté surprenant. Loki tendit sa magie vers eux pour les examiner. Ils étaient faibles mais ils avaient une chance de survivre si on s'occupait d'eux.
- Qu'est-ce qu'on fait Loptr ? demanda doucement Helblindi.
Il n'eut pour toute réponse qu'un loup blanc dans sa main.
- On va s'en occuper, répondit ensuite Loki en plaçant l'autre loup blanc dans la main de son autre frère. Nous étions obligés de tuer les adultes, mais les petits n'ont rien fait de mal.
Il s'empara alors du loup gris et l'approcha de sa poitrine usant d'un peu de magie pour le réchauffer. Le louveteau gémit doucement et Loki fit apparaître un morceau de viande qu'il lui tendit, aussitôt le fauve se jeta dessus.
- Doucement, recommanda Loki avec un léger sourire.
Les autres louveteaux voyant cela, gémirent à leur tour pour avoir aussi à manger. Et rapidement la petite troupe se mit en marche pour rejoindre Utgard. Loki était remonté en selle et régulièrement Sleipnir jeta un regard par-dessus son épaule en direction du louveteau. Ce dernier tremblait toujours.
- Ne t'inquiète pas, rassura Loki d'une voix douce, je vais bien m'occuper de toi, Fenrir.
