Je me réveillai quand on fit entrer le plateau avec nos deux repas et notre broc d'eau. Cela faisait quelques temps que nous nous trouvions dans ce cachot. Notre seule repère dans le temps était mon ventre qui grossissait. Je devais être à sept mois, d'après mes souvenirs de mon ancienne grossesse. Il m'arrivait d'avoir tellement mal au ventre que je ne me levais pas du lit miteux pendant trois jours entiers. Il faisait rudement froid dans cette pièce. Ma robe était assez large pour y accueillir aussi ma fille, on se réchauffait mutuellement durant la nuit, la pire période d'une journée. Elle était là pelotonnée contre moi. Je la secouai, elle gémit faiblement. Elle résistait bien à la vie insalubre d'ici, mais elle faiblissait, je le sentais. Je la fis passée dessous ma robe, la fis s'asseoir dos contre mur, et lui fis avaler son maigre repas. Elle toussa un peu et, me sourit. Ma robe m'arrivait en haut des cuisses, à force de la déchirer. Je me servais des pans pour envelopper les petons de ma gamine, pour nous laver aussi. Nous utilisions la moitié de l'eau à boire, l'autre à nous laver. On rentra sans prévenir.
- Voici des affaires, habillez-vous, vous allez être présentées à Dumbledore, dit Potter en posant des affaires rouges sur le lit.
- Cela ne va pas être possible, répliquai-je calmement en frottant vivement mon enfant. Je ne porte que du blanc.
- Tu te permets d'être difficile ?
- Je ne suis pas difficile, si je l'étais je dirais que je ne porte pas de rouge, pas de bleu, pas de noir, pas d'orange... Je dis seulement que je ne porte que du blanc.
- Mets ces vêtements, Hermione.
- Je préfère y aller nue.
- C'est comme si c'était fait.
A grand pas, il s'approcha de moi et arracha ce qui restait de ma robe. Je poussai un cri pitoyable, et me pliai pour cacher le plus de mon corps. Je n'étais plus que protégée par mes dessous. Il sourit ironiquement.
- Tu ferais mieux d'habiller ta fille, si tu ne veux pas qu'elle finisse comme toi.
Je lui jetais un regard froid, me redressai plaine de morgue, et allai vers ma fille. Je lui retirai doucement sa robe blanche toute sale et lui enfilai sa tenue rouge. Ils avaient choisi cette couleur pour nous humilier encore un peu plus. Je pris la robe rouge qui devait être pour moi, la jetai au pied de Potter et la piétinai. Il m'attrapa par les cheveux, me fit sortir de force et me jeta carrément dans les escaliers. Je les dévalai, protégeant tant bien que mal mon ventre rond. Arrivée en bas, je m'écrasais, ma fille courut vers moi en bousculant Potter, elle m'embrassa. Je gémis douloureusement, je me relevai lentement, prenant soin de ne plus me re-cogner. Quelques larmes glissèrent sur mes joues, je les séchai et avançai avec le plus de fierté possible. Je poussai la porte. Les gens dedans me regardèrent, détaillèrent mes (sous-)vêtements et Dumbledore m'approcha. Quasiment inconsciemment, je reculai en serrant ma fille dans mon dos. Je n'aimais pas la façon dont ils me regardaient, ils avaient l'air victorieux.
- Voulez-vous vous asseoir, me proposa-t-il en poussant un siège.
- Ma chérie, vas-y, tu ne tiens plus sues jambes, souris-je doucement.
- Merci Maman.
- Euh... Nous pouvons vous libérer. Vous avec votre fille. Mais en échange, il faut que vous... Avortiez et que nous nous assurions que vous ne pourrez plus porter d'enfant.
- Et vous espérez que j'accepte, demandai-je calmement en me servant du café tandis que ma fille buvait déjà son chocolat. Je ne tuerais jamais aucun de mes enfants. Peu importe s'il est né ou pas, je l'aime. Ma fille autant que le bébé que je porte.
- Écoutez,cela fait deux mois que vous êtes enfermées votre fille et vous. Combien de temps croyez-vous qu'elle pourra tenir encore ?
- Le temps qu'il faudra. Mon mari viendra, j'ai confiance.
- En lui ? En Voldemort ?
- M'avez-vous donné le choix, éclatai-je. Croyez-vous que j'ai épousé le Maître des Ténèbres par plaisir ? J'y étais obligée, pour la survie de ma fille, pour la mienne, parce mes parents voulaient une place. Une place que vous leur avaient refusés. Ce bébé est la seule chose de bien chez mon mari, jamais je ne l'abolirai, quitte à le payer de ma vie. J'ai confiance en lui, pas parce qu'il tient à moi, ce serait risible, mais il sait que sa descendance est en danger, il vous trouvera. Il me délivrera. Il vous tuera.
Dumbledore soupira. Il regarda un membre et lui fit un signe de la tête. Il m'attrapa une nouvelle fois par les cheveux. J'en eux marre. Un trop de de honte et d'humiliation. Je lui brisai la mâchoire d'un coup de poing, j'en pliai un autre d'un coup de pieds, et me fis maîtriser. Je ne pouvais plus combattre, j'étais trop faible, trop fatiguée. Dumbledore m'attrapa avant que je ne touche le sol pour sombrer.
Je ne repris pieds que bien plus tard. La lumière brûla mes pupilles. Je ne me trouvai donc pas dans un cachot, mais il ne me semblais pas que je sois encore dans le salon. Ma fille dormait à côté de moi, je passais une main dans ses cheveux, elle ne se réveilla pas, mais se colla un peu plus à moi. Je l'enserrais entre mes bras. Je me trouvais dans la chambre que Ginevra Weasley et moi partagions quand je faisais encore partie de l'Ordre, rien n'avait changé. Les couleurs rouge et or dominaient, deux lits se serraient, et une seule armoire trônait. Je me sentais bien, enfin dans un endroit salubre après tant de temps, deux mois avait dit Dumbledore, je pouvais enfin dormir sans me dire que je serais sale le lendemain. Je relevais la couverture de ma main libre, et vis que j'étais encore en sous-vêtements dessous. Sur le lit en face de moi, je vis des vêtements blancs posés, je me détendis un peu, ils n'étaient pas aussi mauvais que je le croyais. Je lâchai ma gamine qui s'agrippa à l'oreiller, je ris et la secouai légèrement. Elle grogna mais ouvrit les yeux, elle m'adressa un sourire resplendissant.
- Elicia, viens, nous allons prendre une douche.
Elle sortit péniblement du lit, j'attrapais les affaires d'une main et la main de ma fille dans l'autre. Elle ouvrit prudemment la porte, je ne voulais tomber sur personne avant d'atteindre la salle de bain. Elicia se mit à courir, et je la suivis en la dirigeant. Elle nous enferma dans la pièce avec un sourire triomphal. J'éclatais de rire, posai les vêtements et commençai à faire couler l'eau. J'enlevais la robe rouge de ma fille, la pliai soigneusement et regardai l'étendue des dégâts. Elle avait terriblement maigri, ses côtes étaient si voyantes que j'avais presque mal pour elle, le bout de ses doigts et de ses orteils étaient légèrement bleuis, les lèvres gercées. Je tombai à ses genoux et m'excusai. Elle posa une main douce dans mes cheveux, ses petits doigts d'enfant se perdant dans ma fourrure.
- Maman, je vais bien, je vais mieux. Tu t'es très bien occupée de moi durant ces deux mois. Maintenant, tout ira beaucoup mieux. Ce sera plus simple pour toi de t'occuper de moi.
Je pleurai sur son ventre, avant de me calmer. J'enlevai mes sous-vêtements, et me regardai dans le miroir. Je n'étais pas en meilleur état que ma fille, le visage émacié, mort de faim, le bidon gonflé, mais les côtes proéminentes. Je fermai les yeux pour me cacher de ce spectacle si terrifiant, avec des gestes prudents je déposai ma fille dans l'eau et la suivis de près. Je gémis presque sous la caresse agréable de l'eau. Ma fille se fit un devoir de tremper toute la pièce, du sol au plafond. Je la regardai j'étais l'eau dans tous les sens, la moitié lui retombait dessus, et un quart sur moi. Mes cheveux, que je n'avais pas encore mis dans l'eau, était déjà trempés. Je l'attrapais et lui savonnais la figure, elle crâchonna (NdA : Mot de mon cru ^^), bafouilla et se tut finalement, agacée d'avoir la bouche remplie de savon. J'éclatai de rire en voyant son air renfrogné sous la mousse. Je n'ai jamais su pour quoi, mais ma fille ne résistait jamais à mon rire, elle s'adoucit jusqu'à rire avec moi. Je frottais mon nez contre sa joue mousseuse. Je la lavai, et elle insista pour le faire sur moi. Faiblement, lentement, je me levai dans l'eau, alors qu'elle se mettait déjà au travail, je la voyais s'acharner sur mes jambes, j'avais des bleus à force d'être jetée partout. Elle remonta patiemment s'attardant sur mon ventre gonflé, mais avec beaucoup de tendresse. Elle posa son oreille dessus et je la vis remuer les lèvres. Je ne sus pas ce qu'elle disait, et je ne m'y intéressais pas, c'était entre elle et l'enfant à venir. Je finis par nous rincer et à nous enrouler toutes les deux dans une même serviette. Je la serrais autant que possible contre moi. Elle ferma les yeux et se mit à chantonner. Je suivis la mélodie en chantant moi aussi. Elle quitta la serviette et se mit à danser. Quelle douce élégance enfantine. Elle était sublime, enchaînant les pointes, le jetée, les relevés. Elle avait cet air concentré que moi j'abordais quand j'écrivais, que Draco avait quand il peignait, autant que nous deux, elle était une artiste. Je devais la lancer dans ce chemin, car c'est seulement en marchant dans celui-ci qu'elle aurait une vie accomplie. Je n'avais jamais été aussi heureuse que dans les années où je faisais partie de la confrérie artistique, sachant qu'elle était à la maison, en compagnie d'un de mes compères des arts. Elle s'arrêta. J'eus un sourire devant son air rêveur. C'était comme une transe. Je connaissais. Je recherchais. Mais je n'écrivais plus. L'écriture n'était que pour mes beaux jours, les gens de cette époque sombre ne sauraient pas apprécier la finesse d'un bon livre, d'un bon texte.
J'enfilai mes vêtements blancs et remarquai qu'ils en avaient mis aussi pour ma gamine. Je fus touchée de cette attention. Elle l'enfila toute contente de retrouver sa couleur. Elle ouvrit la porte, je me relevai du bord de la baignoire où je m'étais assise, soudainement fatiguée et je me figeais. Une immense douleur me déchira et je tombais à genoux en gémissant et en serrant fermement mon ventre.
Les meilleures choses arrivent toujours dans les pires moments.
