Dans le château Sombre, Régina Mills, Méchante Reine à la retraite faillit tomber lorsque deux flux magiques la percutèrent sans prévenir. Elle reconnut le premier pour ce qu'il était : un vieux sort de garde s'était activé, la prévenant que quelqu'un utilisait une magie puissante dans son domaine. Poussée par la paranoïa, elle l'avait mis en place au début de son règne avant de l'oublier. Au final, il n'avait jamais servi puisqu'elle s'était immédiatement installée dans le château Blanc. Enfin jusqu'à présent. Un mage ! Dans le duché noir ! Et pas n'importe quel mage, celui-ci était puissant, au moins aussi fort qu'elle.. Elle savait que sur la carte d'état major, un point lumineux s'était mis à clignoter pour indiquer sa position.
Alors, elle se mit à courir dans les couloirs sous le regard éberlué du personnel. Personne depuis ses six ans n'avait jamais vu Régina courir ni manquer à ce point de décorum. Mais cette dernière n'en avait cure, Lancelot devait être mis au courant de toute urgence. En arrivant devant la porte de ce dernier, elle se figea. Il y avait eu un second flux, étrangement familier. La brune se plongea en elle-même pour mieux analyser le phénomène. C'était comme un appel à sa propre magie, non plus que cela, car cette dernière y avait répondu. Jamais Régina n'avait expérimenté une telle chose. C'était doux, presque tendre, c'était fougueux également. C'était comme de se retrouver dans les bras… d'Emma ! Emma, ça ne pouvait être qu'Emma. Et donc…
C'est ainsi que la trouva Lancelot en ouvrant la porte à la volée : la bouche entre-ouverte de stupéfaction. Cela tombait bien, il s'apprêtait à aller la chercher, une étrange lumière s'étant allumée dans son bureau. Clairement, c'était de la haute magie et il n'aimait pas beaucoup cela.
- Je dois vous parler, dirent-ils en même temps.
Ils échangèrent un sourire amusé. Qui aurait cru que Lancelot du Lac, héros de la Lumière et Régina Mills, porte-étendard de l'Obscurité puissent devenir amis ? Néanmoins, c'est bien ce qui arrivait. Pourtant, les premiers jours rien ne le faisait supposer : l'un était ostensiblement méfiant et l'autre d'une froideur glaciale. Toujours courtois, ils se regardaient en chien de faillance. Le premier tournant avait eu lieu seulement deux jours après le départ de la blonde.
La reine en avait eu marre de cavaler à travers tout le château pour réclamer l'autorisation de lancer un sortilège ou un autre. Excédée, elle avait finit par débouler en pleine réunion d'état-major pour exiger, ( exiger ! ) que lui soit posé ce satané mouchard magique qu'elle puisse enfin travailler pour de bon. Comme souvent, avec la magie druidique, il fallait s'appuyer sur un support matériel et des runes. Une après-midi suffit à peine à finaliser le sort. La difficulté consistant à trouver deux objets identiques que chacun porterait. Les runes relieraient leurs énergies vitales. Dans ce lien, la magie de Régina était subordonnée à celle du chevalier de quoi découlaient plusieurs contraintes. D'abord la femme ne pourrait pas retirer l'objet elle même, ensuite Lancelot pourrait "lire" ses énergies et savoir à quoi elle les utilisait. Pour le sécuriser totalement, et sans doute un peu par défi, elle lui suggéra un ajout au sort de base lui permettant de stopper le flux magique et donc d'interrompre tout sort en cours.
Lancelot connaissait bien les Hauts Mages, ils étaient vaniteux et jaloux de leur pouvoir, aussi l'initiative de l'ancienne reine le laissa perplexe. Elle le voyait faire, elle savait qu'elle n'aurait pas d'échappatoire à ce qu'il préparait et pourtant elle y participait. Que savait-il au fond sur elle si ce n'était qu'elle avait traqué Blanche-Neige pendant des années, hurlant son désir de vengeance à qui voulait l'entendre. Ce qui avait toujours étonné Lancelot c'est qu'une sorcière aussi puissante et accomplie ne soit jamais parvenue à ses fins. La reine blanche déblatérait volontiers sur ce qu'elle avait souffert des mains de la méchante reine. Mais à regarder de plus près, il ne s'était agit que d'un jeu de cache-cache. Les seuls à avoir été blessés physiquement, voir tués, étaient ceux qui prenaient aveuglément partie.
Le chevalier avait des sentiments ambivalents sur ces constants affrontements entre le "bien et le mal". En Avalon, on voyait les choses autrement, selon les anciennes traditions. Ils étaient plus proches de la nature et de ses règles, moins formatés par la bien-pensance. Quand ces concepts avaient commencé à prendre le dessus, on avait laissé de côté un vieux principe naturel : l'Équilibre. Sans l'alternance du jour et de la nuit, la vie n'était pas possible tout simplement. Alors, il se gardait des jugements à l'emporte-pièce. Cependant en suivant Arthur à Camelot, il s'était laissé entraîner à son tour par cet aveuglement sélectif. Mais il commençait à remettre en question l'image qu'il avait de la méchante reine pour la confronter à la réalité.
Sortant de leurs pensées, Lancelot fit signe à Régina de le suivre à l'intérieur.
- Dame Régina, dit-il un peu gêné tout de même, il y a un truc qui clignote dans l'armoire.
- Mais que fait la principale défense du duché là-dedans, s'exclama la brune outrée.
- Pardon?
Justement indignée d'une pareille négligence, elle sortit la carte dez casiers de rangement et l'étala soigneusement sur un support prévu à cet effet. Elle lui expliqua alors le but de ce géorama particulier. Par un jeu de couleurs, elle prévenait de différents dangers potentiels.
- C'est simple en fait, expliqua-t-elle à un Lancelot subjugué. Le rouge c'est une arrivée massive d'humains sur nos terres, c'est le plus anciens des sorts de garde.
- Qu'est-ce que vous appelez massive, demanda l'homme intéressé ?
- Et bien en fait ça dépend, il détecte l'acier également donc je dirais une quarantaine d'hommes armés un peu plus s'ils ne le sont pas.
- Malin !
- Merci, mais ce n'est pas de moi. Comme je vous l'ai dit, il est assez vieux. Bref, ensuite, nous avons le vert pour les intrusions de bêtes magiques où de monstres. Et enfin le gris.
- Ce qui nous concerne, énonça-t-il d'évidence.
- Un mage.
L'homme hésitait sur la réaction à avoir. Un mage de plus sur le territoire dont il avait la garde ? De quel bord ? Ami, ennemi ? Il faillit gémir de frustration, il avait à peine le temps de régler un problème qu'un autre se présentait.
- Je crois que c'est Emma, avoua Régina.
- Pardon ?! Je sais que vous avez dit qu'elle avait de la magie en elle mais je pensais que c'était latent. Elle n'avait jamais manifesté le moindre potentiel.
- Je sais mais regardez, c'est le manoir des Blackwood là et elle devait justement y passer.
- Mais… , tenta-t-il.
Régina réfléchissait à toute allure. Elle savait qu'elle avait raison entre la localisation et ce qu'elle avait ressenti, le doute n'était pas permis. Mais ils avaient un problème : une magicienne néophyte et probablement instable qui battait la campagne. Et qu'avait-il pu se passer pour déclencher ce déferlement de pouvoir ?
- Non je vous assure c'est elle, insista la brune sans parler du second Impact. Je crains pour sa sécurité et celle de son entourage.
Elle lui expliqua les dangers d'un pouvoir non maîtrisé. La surcharge émotionnelle qu'avait dû subir la jeune femme pour déverrouiller son pouvoir. Malheureusement, ils ne pouvaient rien y faire. Seule Régina aurait pu l'aider mais les recherches qu'elle effectuait ne pouvaient être mises de côté. La blonde devait rester encore quinze jours absente. Il n'y avait aucune solution, chacun devra faire de son mieux dans ce lapse de temps.
Pour éviter de trop s'appesantir sur ce qu'ils ne pouvaient changer, Lancelot lui demanda où elle en était.
- Nulle part, je le crains. J'ai éliminé un bon paquet de possibilités mais il en reste tellement. J'ai bien peur qu'il ne faille attendre que la chose se dévoile un peu.
- Mais nous ne pouvons pas rester sans rien faire, ragea-t-il.
- Bien sûr que non, j'ai trouvé un enchantement qui protège des influences néfastes. Il est peut-être même issu de la magie druidique étant donné qu'il nécessite un objet pour focaliser la magie.
- Et ça fonctionne ? S'enquit l'homme.
En soignant les symptômes, ils se laisseraient un peu de temps sans avoir peur que l'un d'entre eux ne devienne fou.
- C'est prévu que je le teste sur Markus cet après-midi, le pauvre homme est le plus atteint.
- Au moins lui, sa folie est constructive.
En effet, Messire Lukas ne quittait plus son bureau où il abattait une somme considérable de travail. Sa grand-mère devait l'obliger à se nourrir et par dépit, avait fini par lui installer un lit de camp dans son bureau faute de pouvoir le traîner dans son lit. Régina l'avait choisi essentiellement car elle l'aimait bien, même si elle ne l'aurait jamais avoué. Son obséquiosité servile flattait sa part d'ego, ou pansait une blessure d'amour propre selon le point de vue.
Régina n'aimait pas les demie mesures et elle n'aurait sûrement pas privilégier une telle stratégie en temps normal, mais d'autres préoccupations l'agitaient. À l'insu de tous, dans l'intimité de sa chambre à coucher, elle menait d'autres recherches en parallèle. Des investigations plus personnelles.
Depuis son retour dans la cellule, une question la taraudait : comment s'était-elle réveillée ? D'après la blonde, Rumpelstiltskin avait disparu en même temps qu'elle, vingt ans plus tôt. Elle supposait donc que son plan avait fonctionné et qu'il ne se trouvait plus dans le Monde Enchanté. Or, d'après tout ce qu'elle venait de lire, seul lui aurait pu la libérer… lui ou un baiser de son véritable amour. Mais personne n'était entré dans la cellule, personne même n'était entrée dans la pièce du sous-sol…. À part Emma… Emma. C'est vrai que la blonde l'attirait incroyablement. Pire encore, deux malheureuses semaines sans elle et le monde semblait avoir perdu de sa luminosité, les gens lui apparaissant comme des spectres insipides, à l'exception du Chevalier blanc ou vert, elle ne savait plus.
Emma...oh oui elle lui manquait, la jeune femme hantait littéralement ses rêves. Et les teintait d'un érotisme torride, ces choses qu'elle lui infligeait la nuit venaient même troubler ses jours. Régina ne pouvait croiser une surface plane sans y imaginer Emma assise dessus les jambes écartées, l'intimité exposée à sa lubricité. Où Emma penchée, s'appuyant le torse allongé sur le plateau pendant qu'elle la pénétrait en se collant à ses fesses. Et que dire de la petite pièce cachée dans sa chambre ? La femme n'osait même pas la regarder de peur d'imploser sur place.
Si ce n'était que cela, Régina aurait balayé ses soupçons ridicules. Mais au delà de l'attraction purement charnelle, il y avait tout un pan de sa relation avec la jeune Swan qu'elle ne comprenait pas, qu'elle ne pouvait pas comprendre. Ce besoin de parler avec l'autre, de lui raconter la moindre de ses pensées aussi insignifiantes soient-elles. Le besoin de voir l'autre sourire, de l'entendre rire. Elle voulait connaître l'avis de la blonde sur un tas de sujets aussi divers que variés, allant du bien-fondé de la distinction entre magie blanche et noire à la politique fiscale du duché, en passant par l'architecture, l'art, la diplomatie, la gastronomie, l'astronomie, la place de la femme dans la société... Et plus la liste s'allongeait, plus Régina se rendait compte qu'il n'y avait absolument rien qu'elle n'aurait voulu partager avec la blonde. Il lui semblait qu'une vie entière passée toutes les deux seules dans une pièce isolée aurait encore été trop courte pour tout ce qu'elle avait à lui dire.
Était-ce cela l'amour ? Cet échange perpétuel qui se perpétrait à tous les niveaux, qu'ils soient physiques, intellectuels ou spirituels. Daniel… Elle avait aimé Daniel, et tout le monde s'accordait à dire qu'il était son véritable amour, son True Love comme on disait dans les montagnes. Mais, et elle s'en voulait un peu de le reconnaître, il n'y avait pas de comparaison possible. Avec lui, il n'y avait pas eu cette profondeur dans ses sentiments et ses désirs, si Daniel était l'éveil de l'amour, Emma en était la plénitude. Oh Ténèbres… Il était possible, éventuellement, dans une certaine mesure qu'Emma...qu'Emma soit son Véritable Amour. Oui, avec les majuscules.
Ce qui expliquerait comment elle avait pu percevoir sa magie d'aussi loin. Elle étaient liées… Et contrairement à Daniel, leur relation n'était pas asymétrique. Il suffisait de voir qui portait la chevalière ducale et qui était à moitié prisonnière de son propre château. Régina avait senti dès leur première rencontre que leurs puissances étaient équivalentes bien que d'une nature diamétralement différentes. Elles étaient complémentaires. Ô Hadès que ne pourraient-elles faire ensemble ?
Dans un vestibule du château Blanc, un homme attendait d'être reçu. Il portait une lettre qui avait connu bien des pérégrinations. Avant lui, elle était passée par une lavandière et encore avant par un marchand et encore, encore avant, un garde Blanchard du château Sombre l'avait remis à un membre de la guilde des tisserands. L'homme n'était personne, il n'avait pas vraiment d'existence. Il se contentait de vagabonder en ouvrant grands ses mirettes et ses oreilles et parfois, il servait de messager. Cela faisait des années qu'il travaillait pour sa maîtresse, lui rapportant les courants sous-jacents de son royaume, et même de ses voisins à l'occasion. L'homme ne savait rien du contenu de la lettre, il savait seulement qu'elle avait eu le plus grand mal à leur parvenir et qu'elle n'arrivait que quinze jours après son départ du duché noir.
Quand Blanche-Neige reçut son espion, elle était encore à ses essayages de nouvelles toilettes. Elle tenait à être mise en valeur, que tous sache que leur futur roi dormait là, sous leur yeux. À quatre mois de grossesse, son bidon était bien visible, elle avait des envies irrépressibles de poires au fromage de chèvre et son petit Neal commençait à donner des coups de pied. Tout allait bien dans son petit monde, tout le monde l'aimait, tout le monde était gentil et pondéré, c'était le rêve.
À la moitié du courrier, elle dû s'assoir, ses jambes menaçant de rompre sous elle. Impossible ! Ce qu'elle lisait ne pouvait tout simplement pas être vrai. Une telle trahison… Cela dépassait l'entendement, son homme sur place avait dû se tromper ou mal interpréter la situation. Voilà, c'était cela. La méchante reine ne pouvait pas être en vie. Sa fille ne pouvait pas avoir pris sa Némésis comme conseillère. Non vraiment, tout cela était inconcevable. Et pourtant… l'espion était fiable et intelligent, pas quelqu'un coutumier des bévues. Mais qu'avait donc encore imaginé sa fille ? Et que faire ?
Dans son état, il était inenvisageable qu'elle se déplace et de toute façon elle n'avait pas vraiment envie que sa fille apprenne sa grossesse. Pas tout de suite en tous cas. La brune n'y avait pas réfléchi consciemment jusqu'alors, mais elle voyait son fils comme un roi. Sa fille...la blonde était trop marginale, trop différente, si loin de ce que devait être une Reine Blanche. Blanche-Neige refusait de penser à cela. Elle aviserait plus tard… Sookie ne lui avait-elle pas conseillé de ne penser qu'aux choses heureuses.
En conséquence, elle ne pouvait ni se déplacer ni convoquer sa progéniture. Il ne lui restait qu'à envoyer un plénipotentiaire avec armes et bagages. Enfin surtout des armes. Une cinquantaine de guerriers devrait faire l'affaire. Elle n'avait vraiment pas la tête à cela. Maudite fille qui oubliait où était son devoir. Maudite Méchante Reine pour ne pas être restée dans le trou sordide où avait dû l'enfermer le Ténébreux. Contrariée de ne pas profiter de sa grossesse tranquillement, comme elle en avait le droit, elle se résolut, en désespoir de cause, d'en parler à David.
Ce dernier fut atterré. Il avait cru la femme morte et enterrée. Pour lui c'était un fantôme du passé, presque mythique. Et sa fille que lui prenait-il de jouer ainsi avec le feu ? Cette femme était une psychopathe de haut vol. Son pauvre petit cygne...
- Si seulement tu n'avais pas banni les magiciens, se lamenta-t-il. Une sorcière te rends-tu compte ? Pire, c'est la plus grande méchante de tous les temps.Emma n'a peut-être pas la maîtrise de la situation.
Si ces propos n'eurent pas l'effet escompté, ils déclenchèrent un échos chez Blanche-Neige. La plus grande méchante...oui assurément la Méchante Reine l'était. Mais pourquoi ces mots résonnaient-ils dans son esprit ? Quelque chose qu'on lui avait dit. Lié à la magie. En un éclair la lumière fut. Elle se remémora une altercation désagréable (elles l'étaient toutes ) avec la fée bleue. Plus tard, celle-ci lui avait fait part de la prophétie dans son intégralité. Blanche-Neige regarda son mari comme le génie qu'il n'était certes pas.
- Les mages oui mais pas les créatures magiques, répondit-elle tardivement. Je vais prévenir la fée bleue, à cause d'Emma nous courons tous un grand danger.
Elle était absolument persuadée que son ennemie de toujours était le plus grand Mal de la prophétie. Et sa fille, cette inconsciente, l'avait, d'une manière ou d'une autre, libérée. Mais alors qui pouvait être le Mal plus ancien capable de la contenir ? Peu importe, ils trouveraient, le bien gagnait toujours, c'était écrit. Et cette fois, Blanche-Neige ne commettrai pas la même erreur, elle la verrait morte avant que tout ne soit fini !
