- LES SURVIVANTS -
Cette histoire se base sur les sept volumes du cycle de Harry Potter écrits par la talentueuse Joanne K. Rowling et le chat du 30 juillet 2007 au cours duquel elle a révélé ce qu'elle imaginait pour ses personnages.
Relecture : Fenice, Andromede, Monsieur Alixe, Steamboat Willie
Point Chronologique :
2 mai 1998 : Bataille de Poudlard
1er septembre 1998 — 30 juin 1999 : Harry entre en septième année
6 septembre 1999 : Harry devient aspirant Auror
31 décembre 2000 : fiançailles de Ron et Hermione
Période couverte par le chapitre : 23 mars au 10 mai 2001
XXI : Perturbations sentimentales
Les jours suivants, ni Harry ni Ginny ne reparlèrent de ce qu'ils avaient vu dans la Pensine. D'ailleurs, Ginny rentrait moins souvent dormir à la maison, car la saison nationale se profilait et ses entraînements se terminaient de plus en plus tard. Cela ne les empêchait pas d'être proches et d'avoir confiance en leur relation.
Rassuré sur son propre cas, Harry se sentit plein de curiosité à propos de la vie sentimentale de ses amis.
— Quand est-ce que tu as demandé Hermione en mariage ? s'enquit-il un jour auprès de Ron.
— Lorsque j'en ai eu marre que ma mère me demande quand j'allais me décider, prétendit le jeune fiancé.
— Sérieusement, insista Harry en souriant.
— Je lui ai demandé si elle serait d'accord pour qu'on cherche une maison pour habiter tous les deux, et elle a enfin répondu « Pourquoi pas ? » au lieu de « On a bien le temps, Ron ». Du coup, j'ai enchaîné sur « On pourrait se marier juste avant », et elle a dit « Oui, ce serait bien ».
— Super romantique ! railla Harry.
— Vas-y Harry ! Raconte-moi la demande super romantique que tu as faite à ma sœur, répliqua Ron d'une voix moqueuse.
Harry se sentit rougir et regretta d'avoir voulu faire son malin.
— On a décidé de ne rien rendre officiel avant qu'elle puisse faire ses preuves en tant que joueuse, révéla-t-il. On en reparlera donc l'année prochaine.
— Tu es sûr que c'est prudent ? demanda Ron d'un ton préoccupé.
— Pourquoi ?
— C'est très courtisé une célébrité de Quidditch. Va falloir jouer des coudes pour te faire remarquer.
— Heureusement que j'ai dix ans d'avance sur les autres, fanfaronna Harry.
— Avec toutes les gaffes qui vont avec, rappela Ron impitoyable.
— Si Hermione a accepté de se marier avec toi, c'est qu'on doit avoir une certaine marge d'erreur, rétorqua Harry.
— Ne laissons pas une discussion sur les femmes gâcher notre amitié, répliqua sentencieusement Ron pour clore le débat.
Sans doute était-ce la saison des bilans pour Harry, car alors qu'il revenait de déjeuner quelques jours plus tard, un de ses collègues, Clancy Pilgrim, l'interpella :
— Eh, Potter, on a un client en salle d'interrogatoire qui prétend bien te connaître et qui affirme que tu peux te porter garant pour lui.
— Qui donc ? s'enquit Harry méfiant.
— Un certain Mondingus Fletcher.
— Ah lui ! s'exclama le jeune homme en se demandant ce qu'il ressentait pour le bonhomme, après tout ce temps. Et pour quoi l'avez-vous coincé ?
— Recel d'objets douteux, dont certains qui pourraient être utilisés en magie noire. Je suis allé chercher son dossier. C'est plutôt un client pour la brigade de police magique normalement : vols mineurs, faux et usage de faux, artefact magiques défectueux, tu vois le genre. Il a eu peu de condamnations car il sert occasionnellement d'indic. Ce qu'on se demande, c'est s'il a décidé de passer à la vitesse supérieure ou s'il s'est seulement fait embringuer dans une affaire qui le dépasse.
— Du temps où on s'est croisés, c'était incontestablement un voleur, mais pas un adepte de la magie noire, indiqua Harry.
— Il a fait des dénonciations pendant l'Année des Ténèbres ? s'enquit Pritchard qui avait suivi toute la conversation.
Les Aurors, en effet, avaient peu de bienveillance envers ceux qui avaient collaboré trop activement avec le pouvoir en place à cette époque
— Je regarde, fit Pilgrim qui avait passé dix mois à se terrer à la campagne et qui détestait particulièrement les dénonciateurs.
Harry l'arrêta alors qu'il allait chercher l'information :
— C'est bon. Il connaissait ma cachette les semaines qui ont suivi la prise de pouvoir des Ténèbres. Il aurait pu amener du monde et il ne l'a pas fait.
Pritchard et Pilgrim échangèrent un regard. Harry devina qu'ils se demandaient comment un minable trafiquant avait pu en savoir davantage que Voldemort sur le lieu où se cachait du Survivant.
— Eh bien, si c'est un copain à toi, qu'il aille se faire prendre par d'autres que nous, dit lentement Pilgrim.
— Je peux lui parler ? demanda impulsivement Harry.
— Si tu veux. Tu peux même lui annoncer qu'il est libre, dit Pilgrim en lui tendant le dossier qu'il avait à la main. On ne va pas perdre notre temps avec un escroc minable.
Harry parcourut rapidement le parchemin et se rendit dans la pièce sécurisée où Fletcher devait se morfondre en attendant qu'on statue sur son sort. En chemin, il réfléchit à l'incidence que l'arnaqueur avait eu sur sa vie durant la guerre. Longtemps, le jeune homme l'avait maudit pour avoir raflé le médaillon et les avoir obligés, lui et ses amis, à s'introduire au ministère de la Magie pour le récupérer. C'est à cause de lui qu'ils s'étaient retrouvés à camper comme des bohémiens dans le froid et le ventre vide.
Mais depuis qu'il travaillait au ministère, Harry avait peu à peu revu son appréciation. Il avait appris avec stupéfaction que les sorciers avaient très vite compris que c'était lui qui était entré par effraction dans le bâtiment administratif. Quand il s'en était étonné, Pritchard lui avait rétorqué : « Qui d'autre ? » et Harry n'avait su quoi répondre. Quoi qu'il en soit, le conseil de s'exiler qu'il avait donné à Mrs Cattermole avait été largement commenté et s'était répandu dans la communauté par le bouche-à-oreille. Cela avait marqué un tournant dans l'attitude des nés-Moldus, qui s'étaient désormais méfiés des convocations. C'est à partir de ce moment que beaucoup d'entre eux étaient partis se perdre dans les campagnes, s'étaient cachés dans le monde moldu ou avaient fui à l'étranger.
Certains avaient été tués par les Rafleurs, mais cela en avait sauvé beaucoup de la détention à Azkaban ou du baiser du Détraqueur. Involontairement, Mondingus Fletcher avait ainsi mis un grain de sable dans la mécanique bien huilée du Registre des nés-Moldus. De plus, Harry l'avait réalisé avec le recul, le petit voleur avait préservé le Secret du Square Grimmaurd, malgré la façon brutale dont lui et ses amis l'avaient traité, et il leur avait permis d'y rester plusieurs semaines supplémentaires en sécurité.
Il poussa la porte de la cellule. Quand il l'identifia, l'homme parut soulagé.
— Harry, mon garçon, comme je suis content de te voir. Je suis victime d'une horrible méprise.
— Poudre de Billywig et Alihotsy, certains ont plongé pour moins que ça, fit remarquer Harry. Ça peut être très mal utilisé.
— D'accord, convint Mondingus, je suis un voleur et un trafiquant. Mais la Noire, jamais ! Ils me sont tombés dessus avant que j'ai eu le temps de vérifier ce qu'on venait de me refiler, je te le jure !
— C'est bon, on va vous laisser sortir, lui révéla Harry sans le faire languir, préférant couper court au baratin de l'escroc. Mais tâchez à l'avenir de ne plus vous retrouver avec ce genre de produit. Suivez-moi, je vous raccompagne dans l'atrium.
En silence, ils passèrent dans le local où étaient entreposées les baguettes de ceux qu'on interrogeait pour récupérer celle de Fletcher, puis ils se dirigèrent vers l'ascenseur. Juste avant que le trafiquant ne reprenne une cheminée, Harry lui lança :
— Et merci de n'avoir pas révélé le Secret de la maison de Sirius quand j'étais recherché.
L'homme tressaillit comme si on l'avait giflé.
— Tu crois que Dumbledore m'aurait mis au parfum si j'étais du genre à cracher le morceau ? s'offusqua-t-il.
— Désolé, fit Harry pris de court par l'indignation de l'escroc.
Fletcher eut un rictus :
— Si je m'en sors aujourd'hui, c'est sans doute grâce à toi. Alors on est quittes ?
— On est quittes ! répondit Harry.
Et il tendit la main pour serrer celle de Mondingus Fletcher.
Harry pensait en avoir terminé avec les émotions venues du passé quand il se retrouva mêlé à un drame familial. Rétrospectivement, il réalisa que les premiers remous l'avaient atteint avant même qu'il sache de quoi il retournait.
Sans qu'il s'y arrête, il avait vu Angelina arriver en retard un matin. Qu'elle ne réponde pas à son salut quand il la croisa plus tard n'attira pas davantage son attention. Elle avait sans doute été réprimandée par son instructeur ce qui l'avait mise de mauvaise humeur.
Quand Harry entra dans le salon ce soir-là, Ron et Ginny étaient au milieu d'une discussion animée.
— C'est à eux de voir, soutenait Ginny
— Mais tu trouves ça bien ? protestait Ron.
Harry embrassa Ginny et demanda :
— Un problème ?
— George est en train de se faire avoir par une gourgandine, grogna Ron.
— Arrête, Ron ! Il est assez grand pour savoir ce qui est bien pour lui, et je suis sûre que les sentiments d'Angelina sont sincères.
— Elle se trompe de mec.
— Pour elle comme pour nous, c'étaient deux personnes distinctes.
— George sort avec Angelina ? comprit enfin Harry.
— Ouais, elle s'est dit que, tout compte fait, Fred avait une doublure et elle lui a sauté dessus, confirma Ron d'un ton acerbe.
— On ne sait pas comment ça s'est passé, le reprit Ginny. Il ne te vient pas à l'idée qu'ils se soient rapprochés grâce au souvenir de Fred et qu'ensuite les choses se soient installées toutes seules.
— Ça pour s'installer, elles se sont installées. C'est moi qui me suis senti l'intrus, ce matin.
— Mais tu étais l'intrus, triple buse ! s'exclama Ginny. Ron est monté chercher George chez lui parce qu'il était en retard au magasin et l'a trouvé en train de prendre son petit-déjeuner avec Angie, explicita la jeune fille pour Harry.
— C'est toujours mieux que s'ils avaient été au lit ou sous la douche ! tenta de plaisanter Harry.
— Arrête, je vais vomir, grogna Ron
— Mais enfin Ron, qu'est-ce qui te prend ? l'interpella Ginny. Tu ne veux pas que George vive normalement ? C'est bien qu'il ait une petite amie.
— Mais c'est Angelina !
— Elle aussi a le droit de reconstruire sa vie !
— Pas avec George. Tu ne vois pas à quel point c'est malsain ?
— Non !
— Et toi, Harry ? demanda Ron, comme s'il désespérait de faire entendre raison à sa sœur.
Harry se donna le temps de la réflexion.
— Je n'imagine pas que George puisse remplacer Fred pour Angelina, exposa-t-il maladroitement. Il n'est même plus le George qui existait du temps de Fred.
— Elle aussi a changé, continua Ginny. Ils se comprennent.
— Mais qu'est-ce que Fred en penserait ? cria Ron, écarlate.
— Il serait content de les voir heureux, répondit Ginny.
— C'est facile de faire parler les morts ! grimaça Ron.
— Et toi ? En te mêlant de ce qui ne te regarde pas, tu fais quoi à ton avis ? Tu te crois le seul gardien de la mémoire de Fred ?
— Ron ! Ginny ! intervint Harry inquiet par la tournure que prenait la discussion.
La dernière fois où ils les avaient vus aussi rouges et crispés, était celle où ils avaient surpris Ginny dans les bras de Dean. Et on ne peut pas dire que cela avait poussé Ron à prendre une bonne décision.
— Ron, dit-il d'un ton apaisant, tout le monde est conscient que tu as fait un travail fantastique avec George. On ne sait pas où il en serait maintenant sans toi.
— Justement ! assena Ron.
— Mais même si tu as raison, lui expliqua Harry, cela ne sert à rien de t'opposer à ses choix sentimentaux. Bill a épousé Fleur alors que toute la famille la détestait. Ginny n'en a toujours fait qu'à sa tête et, quoi que tu en dises, ce sera pareil pour George. Inutile de te dresser contre lui. Tout ce que tu obtiendrais, c'est de te fâcher avec ton frère.
— C'est déjà fait, lui apprit Ginny. Il n'a pas su tenir sa langue, et George ne lui parle plus depuis ce matin.
— Oh, Ron ! se désola Harry.
— Quoi ? répondit agressivement Ron. Tu tombes sur ton frère qui flirte avec la fiancée de son jumeau et tu n'aurais rien dit, toi ?
— Peut-être que si, mais je ne suis pas spécialement connu pour mon tact et ma délicatesse, lui rappela Harry.
— C'est peu de le dire, persifla Ginny.
— Et les Weasley ne valent pas mieux, continua Harry. Alors ça ne sert à rien de vous heurter de front.
— Et je fais quoi, moi ? Je me la ferme et je les laisse faire ? demanda Ron d'un ton malheureux.
— Si tu veux te réconcilier avec George, c'est la seule solution, confirma Harry.
— À ce prix, je ne pense pas en avoir envie, répliqua sèchement Ron, avant de sortir du salon pour monter dans sa chambre.
Ginny et Harry échangèrent un regard navré.
— Nous voilà bien ! soupira Ginny en se laissant tomber dans un fauteuil.
— Il va réfléchir et comprendre qu'il ne doit pas intervenir.
Avant que Ginny ne puisse répondre, Hermione arriva à son tour. Elle s'étonna de ne pas voir Ron, et ses amis lui expliquèrent ce qui s'était passé. La jeune femme regarda pensivement la cheminée puis déclara :
— Je ne pense pas que ça soit uniquement parce que c'est Angelina s'il est à ce point contrarié.
— Que veux-tu dire ? s'enquit Ginny.
— Ron est très proche de George depuis deux ans, leur rappela Hermione. Maintenant, il doit se demander quelle sera sa place auprès de lui.
— Mais enfin, Ron aussi va se marier, dit Harry. Il devrait être soulagé de savoir que George ne sera pas tout seul et aura moins besoin de lui.
— J'ai l'impression que la relation entre Fred et George était assez exclusive. Ce n'est pas qu'ils n'étaient pas ouverts aux autres, mais ce qui se passait entre eux était spécial. Depuis trois ans, Ron tente de combler ce vide, et ça a été très intense, affectivement parlant. Maintenant, voilà que, tout à coup, c'est vers une autre personne que George se tourne.
Ginny examina cette idée et remarqua :
— C'est possible. Ce serait comme maman qui a fait des histoires à chacun de nous quand on a été en âge de quitter la maison. À chaque fois elle a paniqué, et on a dû lui forcer la main pour prendre notre envol. Il lui faut toujours du temps pour s'y faire.
— Et combien de temps tu crois qu'il va falloir à Ron pour accepter la situation ? s'inquiéta Harry.
— Je ne sais pas, soupira Ginny.
— Et le fait que George ait choisi Angie ne simplifie pas les choses, souleva Hermione.
— Tu penses que c'est un problème ? demanda Harry.
— Ça dépend. Dans un sens, un deuil commun peut les rapprocher. Mais il en faut davantage pour former un bon couple et vivre heureux. Je ne les connais pas assez ni l'un ni l'autre pour savoir s'ils vont bien ensemble.
Harry se tourna vers Ginny.
— Aucune idée non plus, admit-elle. Ils ont tellement changé ces dernières années.
— Bon, soupira Hermione. On ne résoudra pas ça maintenant. Je vais voir Ron.
Harry et Ginny passaient à table quand elle les rejoignit dans la cuisine. Elle pria Miffy de bien vouloir monter le dîner de Ron dans sa chambre. La petite elfe s'exécuta, les oreilles basses, perturbée par l'atmosphère troublée qui s'était abattue sur la maison.
— J'ai bien peur qu'il ait dit des horreurs à George et Angelina, soupira Hermione. Et comme il ne s'excusera pas, ils ne sont pas près de se réconcilier.
— Tu veux que je tente de parler à Angelina ? demanda Harry.
— Si tu penses arranger les choses, pourquoi pas, répondit Hermione sans paraître convaincue.
Harry admit que ce n'était pas gagné.
Ils mangèrent pratiquement en silence, plongés dans leurs réflexions.
Harry ne vit pas Ron le lendemain matin. Hermione indiqua qu'il n'était pas pressé de se lever. Sans doute que l'idée de rejoindre un frère furieux contre lui ne l'aidait pas à trouver le courage de se rendre au magasin.
— Pauvre Éloïse ! souffla Ginny. Elle va travailler dans une de ces ambiances !
— Tu rentres ce soir ? lui demanda Harry.
— Normalement, j'ai un entraînement, répondit Ginny en grimaçant.
— Les choses vont se tasser, tenta de la réconforter Harry.
Elle n'en sembla pas persuadée, mais elle était déjà en retard et sauta dans la cheminée.
Hermione partit, puis ce fut le tour de Harry. Il ne savait pas s'il devait ou non prendre l'initiative de parler à Angelina. Il ne tenta rien dans la matinée, mais quand, en début d'après-midi, elle lui tourna brusquement le dos lorsqu'il passa près d'elle, il se dit qu'ils ne pouvaient pas continuer ainsi. Il commença :
— Angelina, je sais que ce n'est pas facile, mais…
Elle ne le laissa pas finir. Elle se retourna vivement et lui lança :
— Non, mais il est grave, ton copain ! Pour qui il se prend ? Dis-lui de s'arranger pour ne pas se trouver sur mon chemin, parce que je ne sais pas ce que je lui ferai !
Le sang de Harry ne fit qu'un tour :
— Mon copain, ça fait trois ans qu'il porte George à bout de bras ! Mon copain, il serait Auror, s'il n'avait pas eu à le faire ! Alors il a le droit de s'inquiéter, mon copain !
Harry se rendit compte qu'ils étaient devenus le point de mire de tous leurs collègues présents au QG. Il prit la jeune femme par le bras et l'entraîna vers la sortie. Heureusement, elle le suivit sans résistance, leur épargnant le ridicule d'une confrontation publique. Une fois dans le couloir, elle se dégagea sèchement tandis que Harry prenait sa baguette. Angelina saisit vivement la sienne, mais Harry ne lança qu'un sort de Confidentialité. Il commença :
— Tu sais bien que Ron dit des choses qu'il ne pense pas quand il est énervé. Si George lui en avait parlé avant, il l'aurait mieux pris et n'aurait pas dit toutes ces bêtises.
— Parce que tu crois que c'était prémédité ? Tu imagines que je suis allée chez George pour le séduire, histoire d'oublier Fred ?
— Je ne pense rien, répondit précipitamment Harry. Je t'explique seulement que Ron a été surpris.
— Et nous alors, on ne l'a pas été ? Tu crois qu'on ne se demande pas si c'est bien ou si c'est mal ? Si c'est à cause de Fred ou juste à cause de nous ? Ce qui se serait passé si Fred avait survécu ?
— Euh… paniqua Harry devant toutes ces informations non désirées.
— Et puis, d'abord, qu'est-ce qu'il faisait là ? continuait-elle. De quel droit il se pointe chez George comme s'il était chez lui ?
— Il n'allait pas lui envoyer un hibou pour lui demander s'il était malade ! George était en retard et Ron est allé s'assurer qu'il allait bien, c'est tout. C'est son frère !
Angelina s'assit par terre, le dos contre le mur du couloir.
— Si c'est le même cirque avec tous les Weasley, autant laisser tomber tout de suite ! souffla-t-elle.
Harry se laissa glisser à ses côtés :
— En ce qui concerne Ginny, elle pense que c'est à vous de voir. Les autres ne sont pas encore au courant, pour ce que j'en sais.
— Tu penses que je fais une connerie ? s'inquiéta Angelina après un petit silence.
— Aucune idée, lui répondit honnêtement Harry qui se demanda pourquoi tout le monde lui posait la question, vu son manque de compétence en la matière.
— Je crois bien que je suis morte de frousse, lui confia la jeune femme.
— Je voudrais que tu viennes chez moi ce soir pour parler avec Ron, exposa Harry.
— Harry, tu es nul pour réconforter les filles.
— Je sais.
— Ron est le dernier des Weasley que j'ai envie de voir.
— C'est bien pour ça qu'il faut que tu viennes.
— Il faut que je réfléchisse.
— Ne mets pas trop de temps. J'ai trois elfes de maison qui dépriment. Ils n'ont pas l'habitude que Ron ne finisse pas son assiette.
— Harry, tu veux bien être un peu sérieux ?
— Je le suis plus que tu ne le crois. Tu viendras ?
— J'ai dit que j'allais y réfléchir.
— Vous êtes punis ? les interrompit la voix d'Owen qui arrivait par le couloir menant à l'ascenseur.
— On n'a pas le droit de discuter ? répliqua Angelina en levant la tête vers lui.
— Quoi ?
D'un geste agacé, Angélina annula le sort de Confidentialité avec sa baguette qu'elle tenait toujours à la main.
— Fiche le camp, Harper, articula distinctement Angelina.
Le visage fermé, la jeune femme suivit Harry quand il vint la chercher avant de quitter le QG pour rentrer chez lui. Il passa le premier dans la cheminée et soupira de soulagement lorsqu'elle arriva à son tour dans la cuisine, tant il avait craint qu'elle ne change d'avis à la dernière seconde.
— Ron est là ? demanda-t-il à Trotty.
— Monsieur Ron est dans sa chambre, répondit la créature.
Harry mena Angelina au salon :
— Je reviens tout de suite. N'hésite pas à prendre une Bièraubeurre, l'invita-t-il en montrant les bouteilles que les elfes disposaient le soir sur une table à leur usage.
Il monta et frappa à la porte de Ron.
— Quoi ? grogna la voix de son ami.
— Tu veux bien ouvrir ?
— On ne peut pas me foutre la paix cinq minutes ?
— Ne m'oblige pas à défoncer la porte.
L'huis s'écarta brusquement sur un Ron manifestement de mauvaise humeur.
— Alors, quoi ?
— Angelina est dans le salon, elle voudrait te voir.
Ron pâlit.
— Tu rigoles ?
— J'en ai l'air ?
— Je n'ai rien à lui dire.
— Commence par des excuses, conseilla Harry.
— Je ne…
— Ron ! Fais-le pour George !
Un moment, il crut que son ami allait lui claquer la porte au nez. Mais au bout de deux secondes, Ron finit par sortir de sa chambre en lissant machinalement sa robe. Sans regarder Harry, il descendit les escaliers. Il hésita quand il se trouva devant le salon mais, après un bref raclement de gorge pour annoncer son arrivée, il entra dans la pièce en refermant soigneusement le battant derrière lui. Harry, qui avait suivi Ron, esquissa un pas vers la cuisine. Il s'arrêta et regarda la porte close du salon. Il repartit en direction de la cuisine, puis se retourna de nouveau. Enfin, il se décida.
Il s'approcha silencieusement du salon et lança un sort d'Écoute.
Au bout d'une petite minute, il eut un sourire satisfait et se rendit d'un pas léger vers la pièce où Trotty et Miffy aidaient Kreattur à préparer le repas du soir. Il se servit une Bièraubeurre dans le cellier puis remonta dans le vestibule. Il songea aller dans sa chambre, mais s'assit plutôt sur les marches de l'escalier, ne voulant pas rater le départ d'Angelina. Ce fut là que Ginny le trouva.
— Tu n'as pas entraînement ? s'étonna Harry.
— J'ai prétendu que j'avais mal au ventre, répondit-elle. Qu'est-ce que tu fais là ?
— Angelina est dans le salon avec Ron.
Ginny regarda par terre.
— Qu'est-ce que tu cherches ? demanda Harry.
— Ne me dis pas que tu n'as pas pensé à utiliser des oreilles à rallonge !
— Enfin, Ginny ! s'indigna-t-il, je ne suis pas du genre à écouter une conversation privée avec des oreilles à rallonge !
— Mais c'est pas possible ! pesta Ginny. Qu'est-ce qu'on t'a appris chez les Aurors ?
— À me passer d'oreilles à rallonge, répliqua malicieusement Harry.
Ginny se frappa le front, admettant sa défaite.
— Alors ? demanda-t-elle.
— Il lui a fait des excuses, elle lui a dit qu'elle comprenait qu'il ait été surpris par la situation, et ensuite j'avais soif et je suis allé me prendre une bière. T'en veux un peu ?
Hermione arriva à son tour, et Harry repartit chercher de quoi boire. Ils sirotaient tous les trois leur Bièraubeurre sur les marches de l'escalier quand Ron et Angelina sortirent dans le vestibule.
— Mais qu'est-ce que vous faites là ? demanda la jeune Auror.
— On attend d'avoir accès au salon, répondit Harry. Tu restes dîner ?
— Je dois voir George, dit-elle en rosissant. Bonsoir, tout le monde. À demain, Harry.
Ron la raccompagna à la cuisine, puis rejoignit ses amis qui s'étaient installés dans la confortable pièce.
— Vous avez tout écouté ? grogna-t-il.
— Non, le rassura Harry. On est juste restés à proximité pour intervenir si ça dégénérait.
— Je sais me tenir, quand même ! protesta Ron.
— Angelina connaît pas mal de sortilèges désagréables, lui apprit Harry. Crois-moi, tu as de la chance de t'en sortir indemne.
Ils dînèrent sans évoquer ni George ni sa nouvelle petite amie. Alors qu'ils se déshabillaient, Ginny expliqua à Harry :
— Je pense que je vais rester à Holyhead jusqu'au championnat. C'est dans trois semaines et je ne peux pas me permettre d'avoir la tête ailleurs comme aujourd'hui. Si elles m'ont laissé manquer l'exercice de ce soir, c'est que je n'ai rien fait de bien de la journée. Si c'est pareil demain, je serais remplacée, c'est sûr.
— Je comprends, dit Harry déçu, mais respectant son professionnalisme.
Elle partit se laver les dents et, quand elle revint, elle proposa :
— Tu pourrais peut-être venir me voir un soir pour qu'on dîne ensemble. Je connais deux trois restaurants sympas. Tu veux bien ?
— Je vais y réfléchir, feignit d'hésiter Harry.
Un mois plus tard, l'équipe de Holyhead s'était qualifiée pour les quarts de finale. Selon le calendrier des rencontres, elle ne jouerait plus pendant dix jours. Ginny envoya un hibou à Harry pour convenir d'une soirée en amoureux.
Ils dînèrent dans une sympathique auberge où Ginny allait parfois : assez souvent pour être reconnue et bien accueillie, mais pas suffisamment pour qu'on s'intéresse à son compagnon. Bien entendu, Harry s'était métamorphosé et présentait un visage des plus banals. À la fin du repas, Ginny vérifia :
— Tu n'as pas oublié de prendre ta cape comme je t'ai demandé ?
— Je l'ai. Tu en as besoin pour plus tard ou tu as une idée pour ce soir ?
En réponse, son amie lui fit un sourire coquin. Harry se dépêcha de régler l'addition. Ils sortirent dans la rue et Harry disparut sous son habit magique à la faveur d'une ruelle sombre.
— On va où ? chuchota-t-il, quand ils reprirent leur marche.
— Dans ma chambre, lui indiqua-t-elle.
Cela expliquait la cape d'invisibilité. Non seulement les joueuses n'avaient pas le droit de faire venir leurs petits amis, mais la maison des Harpies était sous anti-transplanage pour protéger les joueuses des journalistes fouineurs et des fans trop pressants.
— Il n'y a pas de dispositif anti-mâle pour défendre vos dortoirs ? demanda-t-il avec un petit rire. Ni de licorne pour monter la garde ?
— Juste un dragon, répondit-elle, et Harry comprit qu'elle faisait allusion à l'intendante qui avait en charge la maison des Harpies.
Celle-ci, une veuve d'un certain âge, veillait non seulement au confort et à la propreté du foyer, mais aussi à l'application du règlement par des pensionnaires. Ginny ne l'aimait pas car, selon les termes de la jeune fille, elle prenait bien trop de plaisir à les dénoncer auprès de la présidente du club.
Après avoir passé un portail, ils arrivèrent devant une grande maison. Ginny ouvrit largement la porte d'entrée pour permettre à Harry de la suivre à l'intérieur. À travers le tissu chatoyant de sa cape, il aperçut un vaste vestibule lambrissé et, par l'entrebâillement d'une porte, il devina un salon d'où s'échappaient des bruits de conversation joyeuse.
— Bonne nuit, les filles ! lança Ginny.
— Bonne nuit, Gin' ! répliquèrent des voix enjouées.
— Déjà rentrée ? demanda une femme à la mine grognon, qui était apparue comme par magie au pied de l'escalier d'une façon qui rappela à Harry les interventions de Rusard.
— Oui, Mrs Norris[1], répondit Ginny. Je suis fatiguée, ce soir.
Harry s'appliqua à être le plus discret possible lorsqu'il passa devant l'intendante. Il la vit suivre son amie des yeux pendant qu'elle montait à l'étage. Heureusement, les marches étaient moquettées, ainsi que le couloir qui desservait les chambres. Harry retint un sursaut quand une porte s'ouvrit brusquement sur une femme en tenue de nuit. Il reconnut Gwenog Jones, la capitaine-batteuse de l'équipe.
— Tu rentres déjà ? demanda-t-elle. Je pensais que tu sortais avec ton amoureux, vu le temps que tu as mis à t'habiller.
Ginny dut faire un clin d'œil car Gwenog sourit d'un air entendu en la croisant. Harry se dit que, dragon ou pas, cela ne semblait pas empêcher les joueuses de recevoir leurs petits amis. Ginny ouvrit une porte et attendit que Harry lui effleure l'épaule pour refermer le battant. Avant de laisser libre cours à ses ardeurs, Harry jeta un coup d'œil sur la pièce. Elle était joliment arrangée, mais très en désordre autour d'un des deux lits, qu'il supposa être celui de Ginny.
— Et si Gilda veut se coucher ? demanda-t-il, faisant allusion à la camarade de chambre dont sa petite amie lui parlait régulièrement.
— Elle n'est pas là, affirma Ginny en lui retirant sa cape. Dis, tu peux reprendre ta tête normale ? Je préfère les bruns aux yeux verts.
Deux heures plus tard, Harry s'apprêtait à repartir. Ginny ouvrit la fenêtre.
— Essaie de ne pas trop écraser les rosiers, conseilla-t-elle. Tu pourras transplaner après avoir passé le mur du parc.
— Tu as l'habitude de faire sortir les gens par là ? s'étonna-t-il.
— Moi non, mais le copain de Gilda a bousillé tout un parterre de fleurs une fois, et on a dû raconter avoir entendu un chien errant pour dissuader Mrs Norris de monter la garde la nuit dans le couloir.
Harry commença par jeter un sort de Repérage pour s'assurer que la voie était libre. Puis il prit un drap du lit de sa petite amie et le métamorphosa en corde, qu'il attacha au montant de la fenêtre.
— Si je me casse le cou, au moins ce sera pour une bonne cause, soupira exagérément Harry en vérifiant que le nœud tenait bien.
— Évite quand même, conseilla Ginny. S'est aplati comme une crêpe pour les beaux yeux de sa fiancée, ça ne fait pas sérieux sur une carte de Chocogrenouille !
[1] Mrs Norris est une femme mesquine et médisante dans Mansfield Park, un roman de Jane Austen. C'est aussi, dans la version originale de Harry Potter, le nom de Miss Teigne, la chatte de Rusard.
Une année dans la vie de J.K. Rowling, 30 décembre 2007
o Et George… Beaucoup de lecteurs m'ont demandé si George avait tenu le coup. Bien sûr que non. C'est comme ça. Je ne peux pas… Mais je crois qu'il a épousé Angelina, l'ex de Fred. C'est peut-être malsain, mais je pense qu'ils sont heureux. Aussi heureux qu'il peut l'être sans Fred. Je pense qu'il a eu le sentiment qu'une partie de lui-même était morte.
Sur le coup j'ai trouvé ça glauque mais finalement, je me suis faite à cette idée et j'espère que je vous ai un peu convaincus qu'ils pouvaient aller bien ensemble.
On se retrouve dans 15 jours le samedi 7 juin 2008.
