Hello les filles
On est vendredi ? le chapitre est pret ? alors pourquoi attendre...
Un grand merci à LifeChrys qui a accepté de traquer mes fautes, mes erreurs, mes tournures de phrases bizarroïdes, etc...
Bonne lecture
Disclaimer : Les personnages de Twilight appartiennent à S. Meyer, ils ne font que peupler mes nuits et stimuler mon imagination
Chapitre 21 : Confidences (partie 2 )
Coucou mon Journal
On est vendredi matin. Je m'ennuie un peu. Papa vient de passer dans ma chambre pour me poser Luna sur le lit.. Il était un peu ronchon et m'a expliqué que c'était à cause d'oncle Emmett qui était un enquiquineur.
Mais je l'ai trouvé différent. Il était… je ne sais pas moi… comme heureux. Comme quand j'ai bien dormi. Pourtant il est rentré tard hier, je ne l'ai même pas vu.
Il m'a dit que Bella était fatiguée qu'il fallait la laisser dormir et qu'il serait là dans une heure avec le petit déjeuner.
Je n'ai pas voulu lui parler de Bella et de son bébé. J'ai eu raison, je crois qu'elle lui dira quand elle voudra. C'est notre secret.
Avant de partir, il m'a serrée très fort dans ses bras et m'a dit « je t'aime, ma princesse ». Je le sais qu'il m'aime, il me le dit souvent mais j'aime ça.
Bon, je vais lire un peu, j'espère que Bella se réveillera tôt quand même. J'aime cuisiner avec elle.
À ce soir cher journal.
ooOoo
Jeudi soir
J'avais suivi Bella dans ma chambre avec une certaine angoisse. Si occasionnellement, (ou même souvent) mes rêves l'avaient conduite ici, ce n'était certainement pas pour ce qu'elle avait en tête en me demandant un peu d'intimité pour parler. Elle était tendue comme la corde d'un arc. Triste aussi. Je n'aimais pas la sentir ainsi et j'étais prêt à tout pour l'aider mais la journée avait était longue et je voulais me mettre à l'aise.
- Bella ? Tu t'assoies tranquillement. Allume la veilleuse. Je vais me rafraîchir et je reviens.
- Prends ton temps. Je t'attends.
Sa voix était mélancolique mais décidée.
Je sortis d'un tiroir, une tenue plus confortable que ce costume, je le portais depuis neuf heures du matin. Mes doigts reconnurent, à sa place habituelle, dans le premier tiroir de la commode, le confortable bermuda de coton noir que je mettais ordinairement le soir, et je saisis un tee-shirt dans la pile de vêtements sensés être blanc. Je filai ensuite à la salle de bains.
Rapidement je me rinçai le visage et me changeai. Je frôlai la tablette en verre au dessus du lavabo pour repérer ma brosse à dents et trouvai sur mon chemin quelques nouveaux pots de crème. Je souris. Bella s'était enfin installée. Je fus surpris par le plaisir que cela me procurait. Comme si la précarité de sa présence disparaissait enfin.
De mon coté, la journée avait été difficile. Entre les bâtons que Tanya me mettait dans les roues pour conserver la garde de Bree, Emmett qui me poussait à utiliser des arguments plus brutaux contre Tanya afin d'être sûr de remporter le « combat » comme il disait, je ne savais plus que faire. Bree était bien ici. Je voulais qu'elle soit avec moi, évidemment. Mais pas à n'importe quel prix. Sa mère… était sa mère et pouvait sûrement lui offrir des choses que je ne pouvais plus faire avec ma fille maintenant. La terreur qui m'avait tenaillé le jour de la fugue de Bree, me revenait toujours, soulignant mon impuissance.
Puis il y avait eu l'imbroglio juridique du divorce de James et Bella dont Emmett me tenait un peu au courant. Obtenir la mesure d'éloignement était un peu plus compliqué qu'on ne l'avait pensé au départ car, il n'y avait dans leur dossier, d'après Emmett, aucune mention la nécessitant, pas de violence qui aurait pu appuyer le dossier. Pourtant je l'avais senti extrêmement brutal, agressif même, cet homme.
Plus tard, alors que je déjeunais avec Emmett dans le restaurant le proche du tribunal, Jasper avait tenu à me retrouver pour finaliser le renouvellement de mon contrat. Tout s'était bien passé de ce coté, mais je craignais constamment qu'il ne parle de Bella et ne me lance à mon tour une mise en garde. Ce que je vivais avec elle ne regardait que nous. D'ailleurs, je ne vivais rien de « précis » avec ma jolie colocataire qui devait m'attendre sagement sur mon lit.
De retour dans ma chambre, je me dirigeai vers celui-ci. Comme je le pensais, je l'y retrouvais, elle s'était juste assise et semblait perdue dans ses pensées. Elle ne tressaillit même pas quand je m'assis près d'elle et remontai légèrement ma main le long de son corps pour trouver sa joue, la frôlant à peine. Je lui tournai la tête vers moi.
- Nous devions je crois, vérifier ce qu'il se passe lorsque nous nous approchons trop prêt l'un de l'autre ? Mais je crains de ne pas vraiment avoir cela en tête ce soir, demandai-je mi plaisantant mi sérieux, souhaitant alléger l'atmosphère.
Elle ne dit rien, se contentant d'embrasser furtivement la paume de ma main.
- Edward, tu sais aussi bien que moi ce qui se passe lorsqu'on est seuls ainsi. Ce dont on a envie, sans se l'avouer.
Elle parlait doucement, sa voix provoquant de curieux frissons sur la peau de mon bras puisqu'elle respirait tout contre ma main. Puis elle soupira avant de poursuivre.
- Mais tu as raison, je ne t'ai demandé de venir dans ta chambre pour cela.
- Hum dommage.
J'esquissai une petite moue d'enfant déçu pour la faire rire. Elle rit mais me surprit.
Elle posa ses lèvres sur les miennes. C'était délicieusement inattendu.
Que c'était bon. Elle sentait la pomme et la cannelle. Je ne bougeai pas dans la crainte de la faire fuir mais je lui rendis son baiser doucement, juste encore un doux contact de ses lèvres sur les miennes. Presque un baiser d'enfant, doux, réconfortant, apaisant. Si elle n'était prête que pour cela, pourquoi pas…
- J'en avais besoin Edward, excuse-moi.
- Tu es toute excusée, jeune fille, tu recommences quand tu veux, je suis à ta disposition.
Je me déplaçai vers la tête du lit pour m'asseoir, le dos appuyé contre le mur, allongeant mes jambes sur le couvre-lit. Puis je tapotai la place libre à coté de moi.
- Mon lit est large et je préférerai que tu sois proche de moi-même si je dois prendre le risque que tu m'agresses encore délicieusement de tes lèvres à la cannelle. Viens ici Bella.
Elle s'exécuta et je passai mon bras gauche derrière ses épaules.
- Que dois-tu me dire ?
- C'est un peu long et compliqué.
- Nous avons toute la nuit s'il le faut.
- J'ai parlé avec Bree aujourd'hui tu sais.
- Ça s'est bien passé ? Ou était-elle en mode peste ?
J'avais peur soudain que quelque chose dans le comportement de ma fille n'ait décidé Bella à nous quitter. Je ne pouvais plus concevoir cet appartement sans elle. Ne plus l'entendre le matin, la toucher.
- Non ! tout s'est bien passé entre nous au contraire ! Ne t'inquiète pas, me rassura-t-elle immédiatement.
Bella, évidemment avait dû sentir l'angoisse monter en moi.
- Bien. J'en suis très heureux. Je ne voudrais pas qu'elle te fasse partir.
- Idiot.
J'eus le droit à un baiser sur l'angle de ma mâchoire. Ma peau me picota et je résistai à la tentation de la toucher comme pour retenir l'empreinte de son geste spontané. Elle avait raison, lorsque nous étions seuls et proches nous ne pouvions nous empêcher de nous toucher. Et c'était diantrement bon.
- Il faudrait plus que Bree pour me déloger de chez toi. Mais c'est un autre problème.
Elle soupira.
- Par où commencer ? Je ne sais pas comment te le dire mais elle s'est un peu confiée à moi ce matin et l'après-midi aussi. Ça a été compliqué pour elle... et pour moi aussi. Mais il faut que je t'en parle. Tu dois savoir.
Une angoisse larvée naquit au creux de mon ventre. Elle parlait doucement, calmement comme pour ne pas me brusquer. Bella prenait soin de moi, un maximum mais, je savais que ce qu'elle allait me dire serait dur. Elle inspira profondément avant de trancher dans le vif.
- Bree souffre chez sa mère. Cette… femme est toxique pour elle.
Subitement alarmé je me redressai.
- Comment ? Que veux-tu dire ?
- Tanya modifie sa personnalité, et pas en bien. Elle l'étouffe, détruit sa confiance en elle. Lentement mais sûrement. Elle ne semble pas supporter la concurrence, même de sa petite fille. Elle persuade peu à peu Bree, qu'elle n'est pas digne d'être d'aimer. C'est d'ailleurs je pense, une des raisons pour laquelle Bree était si jalouse de ma présence ici. La seule personne dont elle est certaine d'être aimée, c'est toi, et elle a peur de ne pas être à la hauteur si je suis là.
J'écoutais, totalement effondré ce qu'elle me disait. Je ne voulais pas y croire mais je savais déjà que Bella avait raison. Elle me permettait d'expliquer mille petits détails qui m'avaient surpris dans le comportement de ma fille. Ce besoin d'être collé à moi en permanence, de rechercher mon approbation si souvent et bien sûr cette fameuse jalousie envers Bella. Mais pourquoi tout cela ? Bree était un rayon de soleil et tous ceux qui la connaissaient l'adoraient.
- Pas digne d'être aimée ? Je ne comprends pas pourquoi elle ressent cela.
- Sa mère. Elle doit lui reprocher souvent certaines petites choses, avec plus ou moins de discrétion et d'insistance. Cette accumulation de reproches provoque une baisse de l'estime de soi. Surtout chez un enfant. Certaines personnes sont manipulatrices et arrivent à te persuader que tout ce qui ne va pas dans leur vie est de leur faute. Le lait qui déborde, les magazines qui traînent, un vêtement décousu, des cheveux mal coiffés, que sais-je ? As-tu remarqué que Bree arrive le matin toujours impeccablement préparée, lavée, coiffée, habillée ? Je ne crois pas que cela soit toi qui lui aies appris cela, tu traînes, comme moi, en survêtement, une partie de la journée et parfois, je me demande si tu n'as pas égaré ton peigne.
Après une courte pause pendant laquelle je ne soufflai mot, anéanti par ce que j'entendais, Bella reprit.
- Elle a besoin de savoir qu'elle peut être parfaite pour que l'on aime. Le premier jour, elle pensait que tu ne l'aimais pas, elle avait donc décidé de ne faire aucun effort et même pire, de faire le contraire pour être à la mesure de ton soi-disant désamour. Une façon de ne pas être déçue dans son attente.
Tanya manipulatrice ? Évidemment, je le savais. Quatre ans de vie commune m'avait permis d'identifier ce sale côté de sa personnalité, mais je n'aurais jamais imaginé qu'elle s'en prendrait à la petite.
- Tu en es sûre ? Que t'a-t-elle dit exactement ? finis-je par articuler avec difficulté, conscient que ceci allait changer complètement ma stratégie juridique.
- Oui, j'en suis malheureusement certaine. Elle m'a dit qu'il y avait des mamans qui n'aimaient pas leurs enfants car ils n'étaient pas parfaits. Il était très clair qu'elle parlait d'elle et de sa mère. Elle est très intelligente mais a toujours besoin d'être rassurée sur ton amour pour elle. Sa mère va détruire cette belle personnalité que tu as construite au fil des années, si elle reste avec elle. Tu as vu comment Tanya l'avait persuadée habilement que tu ne voulais pas d'elle. Ça fait partie de ce type de personne, éloigner tous les proches qui pourraient aider la victime à s'en sortir.
- Ciel !
Je me laissai retomber en arrière, fermant les yeux pour assimiler ce que je venais de comprendre. La rage m'envahit. Contre Tanya. Contre moi. Je n'aurais jamais dû laisser Bree repartir avec Tanya après l'accident. Mes parents auraient pu la prendre en charge si je le leur avais…
- Non Edward. Tes parents n'auraient pas pu s'occuper de Bree. Tu le sais.
J'avais parlé à haute voix ! Mais elle avait raison, j'étais dans le coma. Tanya devenait obligatoirement le parent référent.
J'étais anéanti. J'avais permis que l'on fasse du mal à mon bébé. Pas forcément du mal physiquement mais pire que cela. J'avais fait le mauvais choix. Emmett avait raison. Je me pris la tête entre les mains, mais doucement Bella me releva la tête, je devinai qu'elle me regardait et je ne voulais pas m'effondrer devant elle. Je n'avais pas pleuré depuis longtemps. Je me souvenais d'avoir pleuré de joie à la naissance de Bree, de peur le soir où Tanya avait quitté l'appartement avec Bree sous le bras. Elle avait à peine trois ans. Elles étaient revenues deux heures plus tard. Mais cela avait été la pire soirée de ma vie. Mais c'était tout. Même à mon réveil à l'hôpital, dans le noir qui devenait le mien, je n'avais pas voulu lâcher ces saletés de larmes.
Caressant ma joue, lissant mes cheveux, Bella cherchait les mots pour me réconforter.
- Edward ! Bree est jeune et encore très malléable. Avec ton amour, elle va vite effacer tout cela, il faut juste continuer d'être toi, de l'aimer comme tu le fais et…
Elle hésitait à poursuivre, je le fis pour elle.
- Et obtenir sa garde pleine et entière.
- Oui. Elle doit voir sa mère le moins possible pour l'instant. Il ne faut pas couper les liens brutalement mais elle doit avoir le temps de se reconstruire. Avec toi. Elle est déjà beaucoup plus sûre d'elle qu'il y a deux semaines tu sais.
- Merci Bella. Merci pour tout.
L'espoir renaissait grâce à Bella et à sa vision très claire de la situation. Elle avait tellement bien analysé le problème de ma fille.
Soudain une idée me frappa.
- Comment sais-tu tout cela ?
Bella se raidit contre moi.
Mais elle semblait avoir pris sa décision et sa réponse surgit presque immédiatement.
- Je ne sais pas si c'est le moment de te parler de mon passé.
Elle laissa échapper un soupir.
- J'ai connu cela. J'ai été la victime d'un manipulateur pendant plusieurs années.
Les mots résonnèrent dans ma tête pendant quelques secondes, comme si j'avais pris un coup de poing et je compris.
- James ?
- Oui. On s'est mariés très jeune.
Elle se replaça dans mes bras et appuya sa tête sur mon épaule.
- Il profitait de moi, de mes études, tu as dû le deviner. Je suis tombée enceinte très vite aussi et, j'ai dû abandonner mon rêve de devenir kiné. J'ai validé mes acquis en tant qu'infirmière et j'ai trouvé un emploi pour faire vivre le couple pendant qu'il poursuivait ses propres études, poursuivit-elle d'une voix monocorde.
Enceinte ? La gorge serrée, je n'osai demander. J'avais la curieuse impression que j'allais détester ce que j'allais entendre mais en même temps, c'était la première fois qu'elle se confiait aussi. Je la laissai poursuivre me contentant de serrer un peu plus son épaule de mes doigts, caressant machinalement de mon pouce, la peau tiède de son cou.
- Ce matin, Bree est tombée sur des photos d'Alec. Mon fils. Mon bébé. J'ai dû lui expliquer qu'il était mort. À six mois. J'ai un peu perdu la tête mais j'ai pu me reprendre. La mort subite du nourrisson ou Mort Inattendue du Nourrisson. Tu connais ? Ça ne prévient pas. Le bébé s'arrête de respirer en dormant. C'est tout. Il n'y a pas grand-chose à faire pour la prévenir. À part coucher le bébé sur le dos ou le coté bien calé. Sur un matelas ferme. Ce qui était le cas d'Alec. J'étais jeune infirmière, alors tu penses que j'étais attentive à cela. James n'avait pas le droit de le coucher seul ! Il falait que je repasse derrière lui vérifier si tout allait bien. Mais un matin…
Elle respirait vite, puis elle enfouit sa joue contre ma poitrine.
- Oui ma douce… continue, il faut le dire. Je suis là, murmurai-je en embrassant son front.
- Un matin, il était mort. Arrêt respiratoire dans le berceau. J'ai tout essayé. Je te jure que j'ai tout fait ! Réanimation cardiaque et respiratoire… J'ai essayé. Longtemps… Mais je savais qu'il était trop tard. Je ne pouvais rien faire. Rien.
Je lissai les cheveux de Bella, elle pleura longtemps contre ma poitrine, trempant mon tee-shirt et je sentis des larmes couler sur mes joues. C'était atroce. J'étais incapable de l'aider. J'avais l'impression de ressentir toute sa détresse. La mienne. La culpabilité.
Un flash rouge. Une matinée ensoleillée. Un bruit violent de frein dans ma tête, Bree avec sa salopette rouge. Rouge sang. Du verre brisé partout. Des cris. Un choc brutal. Des flammes tout autour de moi. Brûlure intense. Puis le noir.
Je repoussai ceci bien loin au fond de ma mémoire et couvris le front de Bella de baisers, relevant son visage, j'essuyai de mes doigts, ses joues inondées.
- Je sais ma belle que tu as tout fait ! Ce ne peut pas être de ta faute, en aucun cas, tu le sais ? Tu le sais n'est-ce pas ?
J'avais besoin qu'elle le sache. Un besoin viscéral qu'elle comprenne qu'elle ne pouvait en aucun cas être coupable de quoique que ce soit.
- Maintenant oui. Après deux ans de thérapies diverses, je le sais. Mais James disait que c'était moi. Qu'il avait trop mangé la veille, que je l'avais pas bien couché, ou que la chambre était trop chaude. Il est mort en février. Le 18. C'était un hiver très tiède cette année-là et on n'avait pas le chauffage. Je lui avais mis deux pyjamas dans sa turbulette mais aucun ne le serrait ou ne comprimait sa respiration.
Oh mon Dieu ! Cette culpabilité devait la ronger tellement fort depuis si longtemps. Je notai dans un coin de ma tête, l'affreuse coïncidence de la date anniversaire de ma fille avec le décès de son fils. Beaucoup de ses premières réactions s'éclaircissaient.
- Bella, ce que James disait n'a aucune importance, tu étais une merveilleuse maman, très attentive et aimante, j'en suis certain. Regarde-moi. James avait TORT. Tu n'es pas coupable.
Un long silence suivit mes mots.
- Tu sais Edward, tu viens de me dire, toi qui ne me connais que depuis deux semaines, ce que j'ai attendu quatre ans de mon mari. Quatre ans, c'est long. Mais je savais que toi, tu allais dire cela. J'ai pensé pendant presque cinq ans que j'étais incapable de prendre soin d'un enfant, quel que soit son âge. Puis tu m'as demandé de m'occuper de Bree.
Elle secoua la tête et je compris à quel point la décision de revenir chez moi ce premier jour, avait dû être difficile à prendre.
- Après ma dernière thérapie, je devais être capable d'affronter ma peur. Bree est une grande fille et non pas un bébé. Et pour toi, j'ai eu envie d'essayer.
C'était mon tour de me sentir coupable de lui avoir imposé cela. Ma fille et sa date d'anniversaire, mon handicap et les problèmes causés par Tanya.
- Je n'aurais pas dû, commençai-je.
- Tu m'as aidée Edward, tellement aidée, me coupa-t-elle. Je vois James beaucoup plus clairement depuis toi. Il était manipulateur et violent et je n'en avais pas véritablement conscience. Je le savais, mes thérapies me l'avaient appris… mais je ne l'avais pas… intégré… jusqu'à ce que je vive ici.
La colère fusa en moi. Elle avait perdu son bébé, son mari était un sale type, mais si en plus il la frappait, je ne contrôlerais plus ma fureur.
- Il t'a frappée ? demandai-je durement.
- Non, pas vraiment. Il a cogné les portes, les meubles… Il ne voulait pas laisser de traces. Trop intelligent. Je ne devais pas perdre mon travail non plus. Il préférait la violence psychologique.
- Tu en as parlé lors du divorce ?
- Non, j'ai eu la possibilité de faire une procédure simplifiée pour abandon du foyer. Il est parti il y a presque deux ans… Pour moi, c'était trop tard, je ne parlais plus à personne, sauf à Jasper et un peu au travail. Et à mon psy. Puis il y a eu toi… Au détour d'une rue… Un aveugle qui court sans sa canne.
- Je ne courrais pas, grognai-je.
- Oh que si… et dieu merci tu m'as rattrapée.
Sa dernière phrase fit craquer un ressort en moi. Elle voyait en moi quelque chose que je ne comprenais pas… Elle aurait dû avoir besoin d'être réconfortée mais paradoxalement, je la sentais plus forte que moi. J'aurais dû pouvoir la réconforter, mais je sentais mon corps se dissoudre dans un tunnel noir sans fin. C'était trop… Je n'étais pas celui qu'elle pensait. J'avais failli causer la mort de ma fille. Je l'avais abandonnée à sa mère, même si je savais qu'elle n'était pas apte à prendre soin de Bree. J'avais imposé à Bella de s'occuper de ma fille sans me rendre compte de ce que cela pouvait impliquer pour elle. J'étais aveugle dans tous les sens du terme et impuissant à prendre soin de ceux que j'aimais. Le sentiment de vide, d'inutilité qui avait été le mien pendant un mois à mon réveil à l'hôpital, revint en force. Avec tous les démons que le Dr Kate Garrett m'avait aidé à éloigner peu à peu.
Bella était là, dans mes bras, sous-entendant que je l'avais aidée. Je ne méritais pas sa confiance, son aide. J'étais si inutile, nuisible même mais j'avais égoïstement besoin d'elle...
Je l'embrassai. Je dévorai ses lèvres. J'avais désespérément besoin d'être proche d'elle. Nos dents s'entrechoquèrent et nos langues purent enfin se frôler, se toucher. Avec rudesse et tendresse à la fois. Je saisis son visage entre mes mains, je ne voulais pas qu'elle s'éloigne, elle avait subi tant de choses et maintenant, j'avais l'impression qu'elle me consolait… Je me noyai dans son parfum, sa douceur, et la douleur lancinante qui me tirait par le fond, s'atténua un peu.
- Bella, murmurai-je contre ses lèvres.
Je ne reconnus pas le ton plaintif qui était le mien. Je la suppliai. De quoi ? J'avais froid. Je ne savais plus quoi faire. Les idées tourbillonnaient en moi mêlant le passé et le présent. La douleur de Bella et ma culpabilité. Je me mis à frissonner irrésistiblement. Je craquai nerveusement.
Elle saisit ma nuque et accentua notre contact. Ses bras m'entourèrent, m'apportant le réconfort égoïste dont je crevais d'envie. Je saisis sa taille et la basculai sur mes genoux. Assise sur mes cuisses elle se pencha en avant et sa poitrine me frôla. Ses doigts jouèrent dans mes cheveux. Elle embrassa mon front tandis que je me blottissais contre sa poitrine.
Même ainsi, les griffures du passé remontaient. La douleur et l'impuissance. Encore et toujours. Il semblait que je prenne toujours les mauvaises décisions. Ma respiration se hacha alors que je tentais de bloquer les images de l'accident. Mon rythme cardiaque devint erratique et tout sembla exploser à nouveau. Le sang qui brouillait ma vision, les cris, les pleurs de Bree, l'affolement autour de moi et la panique qui s'évanouissait dans le néant.
Où était ma fille ?
Tandis que cette idée lancinante tournait dans mon crâne, je dus gémir car je sentis dans le lointain, Bella m'appeler. Elle frottait mon dos de sa main en murmurant des mots apaisants contre mon oreille. Je ne sais combien de temps je restais ainsi prostré.
Peu à peu, je repris pied dans la réalité, agrippé à Bella. L'étreignant contre moi tandis qu'elle me tenait enlacé. Je retrouvai enfin mon souffle.
- Ce n'est pas juste, Bella ma douce… tu as souffert et c'est moi qui… panique.
- Parce que tu crois que toi tu n'as pas souffert ? Je suis désolée, j'imagine que j'ai fait remonter pas mal de souvenirs désagréables.
- On peut dire cela comme ça, soupirai-je vaguement amer.
- Cela fait presque cinq ans qu'Alec m'a quittée pour son petit paradis. J'ai cicatrisé. Je n'oublierai jamais. Jamais mais, la douleur ne revient que parfois, comme ce matin, et c'est atroce. J'ai eu tellement peur d'avoir traumatisé Bree. Mais elle est si… sérieuse, si mûre. Toi Edward… cette blessure que tu caches ici. Elle pointa mon front puis mon buste de son index avant de poser sa main sur mon cœur. Cette blessure est encore à vif. Je ne demande qu'à t'aider.
C'était si bon d'être proche de quelqu'un, de sentir réellement cette proximité. Si j'osai…
Je bloquai mon souffle retenant mes mots.
- Laisse-moi t'aider Edward, je t'en prie. Parle-moi.
C'était comme une douce supplique, mais ma gorge était serrée. Le monstre était enfoui cadenassé à nouveau. Las, je secouai la tête. Le silence s'installa entre nous, rompu uniquement par ma respiration encore difficile.
- Je voudrais te tenir dans mes bras toute la nuit Bella.
Je ne savais pas pourquoi, j'avais laissé ces mots franchir mes lèvres.
- Je serais heureuse de rester avec toi.
Elle bougea un peu. Pour s'écarter ? Pour s'installer plus confortablement ? Je ne savais pas, mais la peur me poursuivait, aussi je rattrapai Bella.
- Non ! Ne pars pas...
Elle eut un petit rire et je sentis un baiser sur mes paupières. Je cillai à cette sensation nouvelle.
- J'en suis bien incapable… je voudrais juste me… mettre à l'aise et de préférence sous les couvertures si tu permets.
Je la relâchai comme à contrecœur. Je me sentais… pitoyable et frigorifié sans sa chaleur.
Quelques bruits de tissus, puis le matelas s'abaissa à nouveau un peu sous son poids. Elle avait dû se glisser sous la couette car je ne sentais plus sa proximité.
- Je suis prête… je... j'ai ôté mon jean et ma chemise qui me dérangeait… tu es d'accord pour cela ? Elle semblait hésitante pour la première fois depuis le début de notre conversation.
Je revins en arrière pour saisir le sens de ses paroles. Elle était en sous-vêtements, sous mes draps ? Et moi, j'étais une loque incapable de bouger, terrassé par un accès de panique digne de ceux de mon réveil à l'hôpital.
Parfait timing Cullen ! Parfait !
- Je suis ok… Je peux te rejoindre ?
- C'est ton lit et je voudrais faire quelque chose qui me tente depuis longtemps.
Une petite nuance taquine teinta ses mots et du fond de mon état semi-comateux, je la perçus. Ôtant à mon tour mon tee-shirt et mon bermuda avec difficulté tellement mon corps était douloureux, je me glissai prudemment à son coté sous les draps frais.
Je lui fis face. Silencieux, dans l'attente de ses mots ou gestes. Je tremblai intérieurement, me demandant si je résisterais à un nouveau choc.
- Te souviens-tu dans l'ascenseur ?
Il y avait plein de choses dont je me souvenais à propos de notre ascenseur. Je hochai la tête ne sachant pas si elle me voyait ou non.
Comme en réponse à ma question muette, elle reprit.
- J'ai éteint la veilleuse. Nous sommes dans l'obscurité. Je ne te vois pas avec mes yeux. Je voudrais que tu me permettes de te voir… avec mes mains.
Je déglutis avec difficulté. Elle allait me toucher. J'étais torse nu. Le silence s'épaissit. Un petit soupir lui échappa. Tristesse. Déception.
Je devais lui faire confiance.
- Fais comme tu veux.
- Alors tu ne bouges pas… reste ainsi sur le coté. Je suis face à toi.
Sa voix était quasi hypnotique.
Un frôlement sur mon front… Puis un deuxième. Ses doigts virevoltèrent avec légèreté, de la lisière de mes cheveux à la base de mon nez. C'était doux, apaisant.
- Je connais ton visage mais, j'ai découvert ce soir, tes rides vieil homme. Elles sont encore plus belles ainsi.
Une ébauche de sourire naquit quelque part en moi. Cette femme était folle. Délicieusement folle. Symétriquement, ses deux mains descendirent de mes temps vers ma mâchoire, frôlant l'arête de mon nez et esquissèrent le lobe de mes oreilles. J'avais l'impression qu'elles me dessinaient, qu'elles construisaient mon visage par petites touches, revenant parfois en arrière pour saisir un détail qui paraissait leur avoir échapper. C'est comme si je renaissais à travers ses doigts. Des petites flammes me picorèrent la peau à l'endroit ou la pulpe de son pouce s'attardait un peu. Et puis Bella parlait, doucement, toujours.
- Si j'avais le pouvoir de peindre ou de sculpter, je voudrais tellement être capable de fixer pour l'éternité ton incroyable profil. Un front haut et fier, long, ni trop fin ni trop épais, dont la perfection est heureusement modérée par cette légère déviation du nez. Tu as des mâchoires de prédateurs. Fortes mais altières. Sais-tu qu'au seizième siècle, Michel-Ange et De Vinci se seraient battus pour t'avoir comme modèle ? Bon, je sais que tu aurais refusé… Dommage pour les générations futures. Mais là, je profite de la situation. Je suis privée du vert émeraude de tes yeux. Mais je peux t'en parler. Je ne peux les oublier. Tu n'en as pas conscience mais parfois, tu me regardes. Si profondément, si justement que c'en est troublant. Ici, dans cette obscurité partagée, je me sens bizarrement protégée de ton regard si doux. Si triste parfois. C'est méchant et idiot ce que je dis, mais tu sembles si fort parfois, tu caches si bien toutes tes blessures que l'on oublie qui tu es. Un homme qui se bat à chaque instant contre sa cécité.
Elle bougea un peu et couvrit chacune de mes paupières d'un baiser. Je ne pus rien dire. Ses mots un par un résonnèrent en moi. Ses doigts agiles firent une pause et je me sentis seul. Puis un doigt, un seul, se posa sur ma lèvre inférieure avant d'en tracer lentement le contour comme pour en apprendre la forme la texture. Ce contact extraordinairement sensuel, me fit frissonner. Lui avais-je infligé la même torture dans l'ascenseur ? Ou est-ce que notre situation, dans mon lit, demi nus commençait à infiltrer des pensées lascives dans mon cerveau malmené.
Elle eut à nouveau ce petit sourire. Devinait-elle mes pensées ? Ou avait-elle les mêmes ?
- Edward, tu n'as pas le droit de bouger.
- Je ne bouge pas.
Le mouvement de mes lèvres fit glisser son doigt entre-elles et je le happai deux secondes en humidifiant l'extrémité d'une esquisse de baiser. Je fus récompensé, ou puni, par un nouveau lent de va-et-vient sur mes lèvres.
- Non, je ne parlerai pas d'elles… pas ce soir, me taquina-t-elle.
Puis ces deux mains entourèrent mon cou tendrement, le bout de ces doigts ébauchant la courbe de ma nuque. Massant subtilement les muscles de celle-ci, défaisant par son toucher magique, les nœuds qui la crispaient. Puis sa main droite s'immobilisa un instant sur mon épaule, avant de descendre se posait sur mon cœur. Comme avant. Mais sans barrière de tissu. Il tapait vite et fort. Elle était forcement consciente de mon émotion. Sa main resta là, paisible. Elle mesura alors ma crispation, lorsque l'autre voyageuse effectua à son tour le même chemin. Sur l'épaule d'abord, puis le torse. Frôlant, en suivant le dessin des cicatrices sinueuses indélébiles qui faisaient dorénavant partie de moi.
J'entendis Bella retenir son souffle en comprenant, puis, alors que j'attendais inconsciemment un geste de recula, sa main gauche recommença. Comme pour mon front ou ma mâchoire elle me dessina, m'apprivoisa, me construisit.
- Elles font partie de toi. Elles sont ta force. Tu es presque sorti de tout cela. Tu vas de l'avant.
Ciel ! Encore ces mots qui appuyaient chaque geste, chaque découverte de mon corps.
Mon cœur battait vite, trop vite. Elle saisit alors ma main droite posée sagement son mon ventre et croisa ses doigts aux miens.
- Des doigts de pianiste, fut son commentaire laconique avant qu'elle ne déplace ma main sur son propre cœur.
Je sentis sous le tissu fin, battre à un rythme beaucoup plus rapide que je ne l'aurais pensé, le cœur de Bella. Elle m'avait reconstruit peu à peu de ses doigts et elle m'offrait maintenant, tellement plus encore. Sa confiance.
- Tu vois Edward. Je te connais maintenant comme tu m'as connue. Je sais un peu qui tu es et je découvrirai le reste quand tu le souhaiteras. Mais sache que l'homme que j'ai découvert ce soir, avec ses forces et ses faiblesses est Bon. Qu'il est celui dont Bree a besoin. Dont j'ai besoin moi aussi. Au moins cette nuit, si tu le veux.
Alors, je cédai à mes émotions à mon envie et me rapprochai encore d'elle. Torse contre poitrine. Cœur contre cœur. Chaleur fiévreuse contre tiédeur apaisante.
- Je veux dormir ainsi contre toi, dis-je enfin, tout en dégrafant dans son dos le dernier obstacle de tissu qui séparait nos peaux.
Je sentis son sourire contre une de mes cicatrices pendant que ses seins s'écrasaient avec douceur contre moi et que ses bras me ceinturaient agréablement de façon protectrice. J'aurais pu gémir de plaisir à ce contact si je n'avais pas été aussi épuisé.
Ainsi, le sommeil s'empara de moi pour une fois peuplé de rêves doux et colorés.
Et voila.. nous allons les laisser dormir et se reposer. Parfois les choses ne tournent pas comme on s'y attendaient et j'espere que vous n'êtes pas déçues par la "réaction" d'Edward.
Je voulais remercier toutes celles qui ont répondues à mon incitation de la semaine dernière et m'ont laissé un message. C'est très agréable et " réconfortant" de faire "connaissance" avec de nouvelles lectrices. Vous avez fait " exploser " mon modeste compteur à reviews. Merci à celles à qui je n'ai pu répondre.
Je profites de l'occasion pour faire de la publicité au petit groupe de Debby Fiction , Lisa (lisouarras) et moi avons lancé pour vous proposer des concours d'OS , le Twilight Contest : ( u/5935451/Le-Twilight-Contest).
Un gros bisou à Louise Malone que je n'oublies pas..
Je vous souhaite à toutes un très bon week-end ...
Kiss
Nic
