Une fois que Philippe eut bu mon sang, je me rendis compte d'une chose : une attaque du Sabbat ? O.o Mais moi tout ce dont je me souviens c'était de m'être vidé les boyaux sur le Nécronomicon en Transylvanie ! Ou peut-être pas, merde, je sais plus ! « Oh et puis ça me fait chier ! Bon, où est Nines ?! » Râlai-je dans ma barbe en ayant terminé d'allonger confortablement mon Infant.
J'appelai Beckett qui me rejoignit et m'informa que les Anarch se trouvaient rassemblés plus haut dans le Caern de Protection. Nouvelle acceptée avec un haussement d'épaules. Pour la peine je fis mon sourire 'niark niark' au Gangrel et je sautai sur son dos. « Et maintenant, monsieur Beckett !! Vous allez m'expliquer pourquoi, nom d'une pipe, Nines n'est pas venu lui-même récupérer sa torpille !
-Quelle torpille ? Monsieur Rodriguez est avec monsieur Queelie – fit-il, amusé en passant ses bras sous mes genoux.
-La torpille c'est moi ! Et pas de comparaison avec des chiottes, hein, Beckett ! Qui c'est Queelie ? » Répondis-je en nouant mes bras autour de son cou. Ouais, j'ai le syndrome bébé ce soir. J'ai l'impression que c'est justifié.
Beckett me mena jusqu'à une espèce de camp avec un tout petit riquiqui feu de camp qui rassemblait trois gars dont un grand blond à barbiche et aux yeux verts. Il ne portait qu'un jean. Il me sourit comme s'il me connaissait. « Bonsoir, Aurélia Vilorë, comment vous sentez-vous ?
-Je me sens comme si j'avais reniflé un tube de colle extra forte et qu'une partie de moi était partie avec la colle, sinon impec. Vous êtes Steven, » lâchai-je du haut du dos de Beckett l'Invincible. Bon Dieu j'ai soif !! Je me penchai pour murmurer une blague à l'oreille de Beckett. Et je parvins à lui arracher un sourire en coin !! Alléluia !!
Beckett tourna le dos à une souche et plia les genoux, ah, c'est l'heure du débarquement. Je m'assis sur la souche en gloussant de joie. Y'a pas à dire, une cour de garçons attentifs y'a rien de mieux pour se sentir à la maison ! Me manquait plus que le roi !
Je repérai quelques Anarch au moins aussi stones que moi, dont une Damsel (ou plutôt une TRNI : Torpille Rouge Non Identifiée) qui se catapulta directement contre moi, les bras autour de mon cou et me faisant tomber sur le dos. La souche dans les reins. Aïeuh. « Bordel Lia !! Tu peux dire que tu nous as fait peur ! On en aurait chié dans des sacs jusqu'à ce que les têtes de chiotte s'y noient !
-C'est pas cool pour les Nosferatu, et je croyais que ça devait rester entre nous, le 'je t'aime, moi aussi' ?
-Ah, va chier, sous-merde de Toréador !
-Ah !! Ca c'est la Damsel que je connais !! » M'exclamai-je en souriant jusqu'aux oreilles devant son adorable air renfrogné, huuh que je l'adore cette encyclopédie d'images fleuries modèle Brujah !!
J'eus ma crise d'infantilisme en me renfrognant, Damsel haussa son fin sourcil gauche et se mordit la lèvre inférieure en lâchant un austère : « quoi ?
-Où sont Jack et Nines ? – Bougonnai-je avec une montée de larmes aux yeux – Beckett m'a dit que Nines serait là !
-Ah lala ! Ces morveuses de Toréador ! Nines est occupée avec Ella, je crois. »
Je me retins de demander 'c'est qui celle-là', mais larguai un « comment ça, occupé ?! »
Je balançai la Brujah sur le côté avant de me redresser, de trotter en rond autour du camp en beuglant des « NIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIINESEUUUUUUUH ! »
Parfois agrémenté de deux à trois syllabes en plus. Ne pas avoir de réponse me faisait horriblement paniquer. Le genre de film d'angoisse qu'une fois par mois par rêve me suffisait amplement !
1
« NIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIINESEUUUUUUUUH ! » Entendit-on gueuler à quelques mètres de là.
« Nines, la petite t'appelle, » commenta Jack en reniflant un cigare. Steven et Beckett les avaient rejoints. Ils étaient à quatre en plein concours de morosité, selon Jack.
Le Brujah surtout, enfin c'était compréhensible : c'est pas n'importe quel Brujah qui pouvait se vanter de vivre une passion avec une Toréador, réincarnation parfaite d'une sorcière que les Fées ont rendu folle et qui a pratiquement massacré une armée de gens sans distinction. Surtout que Smiling Jack soupçonnait que le lien de véritable amour… A en juger par le taux de panique enfantine qui leur vrillait les tympans depuis cinq minutes, était à re-tisser. Jack sourit, il imaginait déjà le Mexicanos expliquer à la gamine comment elle avait perdu sa virginité sans s'en souvenir. Il en rigola dans sa barbe crasse.
Du fait Nines lui envoya un regard style 'Jack, rigole encore une fois sur les ondes de Radio Connard et je te démonterai tellement la face que tu devras ouvrir ton col de chemise pour chier.' Donc Jack leva une main en signe de paix au grand chef indien, sans pour autant se départir de son sourire.
« Nous serons les seuls à nous souvenir de tout ça : d'après Lulainn les Brumes du Songe, par le Rituel de la Roue, recouvrent tous ceux qui n'ont pas d'esprit assez fort pour supporter le souvenir ou qui n'ont pas participé à un aspect de sa création. Nines, Steven et Lulainn lors du Serment de Longue Route, moi lors du sang de Fée l'année dernière. Jack, Ella, Valoric et Dracula.
-Répète moi encore une fois Steven, » marmonna Nines courbé, en tapotant le sol avec une branche morte sous l'index gauche. Le coude droit sur la cuisse.
-D'accord… Juste après le rite, je lui ai fait prendre un bain. J'ai essayé de parler mais j'ai vite compris qu'elle prenait des sentiers de logique qui déviaient des miens. Je suis barde, alors le langage poétique ça me connaît. Mais celle-là elle était plutôt difficile à suivre comme poésie !! Enfin, plutôt comme tragédie… Ecaterina avait une vision très personnelle du Songe. Elle savait quel était le seul moyen pour elle d'en finir. En écoutant une ligne sur deux.
-Elle disait quoi ?! – Grogna le Brujah en passant nerveusement une main dans ses cheveux bruns courts.
Steven soupira à fendre l'âme et le dévisagea gravement avant de répondre « elle a vécu neuf cent ans dans l'horreur, Nines. Ecaterina était fatiguée de revivre le passé à travers neuf cent ans de souvenirs atroces ! Elle voulait les oublier définitivement ! Que sa mémoire d'Ecaterina disparaisse ! Qu'elle disparaisse ! Que sa nouvelle conscience soit définitivement débarrassée de l'ancienne ! Ecaterina était une Enfant de Fée, et elle est morte avec une épée en Fer Froid dans le cœur ! Elle est désintégrée, disparue, néant ! Il n'y a aucune possibilité pour que la Toréador ait un quelconque souvenir ! Les brumes du Songe du rite lui imposent à elle aussi comme aux autres une acceptation passive des éléments nouveaux.
-Hé ben, je veux entendre l'explication de la virginité désintégrée, moi ! – rigola d'une voix grave Smiling Jack en tirant sur son cigare. Steven pouffa de rire en baissant la tête contre ses genoux. Ses épaules furent secouées d'hilarité.
Beckett, soupirant avec un léger sourire en coin reprit donc l'histoire. « Ce sera plus facile, monsieur Rodriguez, les brumes laissent des automatismes…
-Ouais, l'automatisme du tombé de chemise ! – Lança Jack en souriant et rigolant toujours, le cigare à la main. Il tourna la tête vers le Lycan Fianna qui, à cette phrase, se laissa brusquement tomber en arrière. Le visage rouge de rire, les traits contractés et les mains sur le ventre. Quand il tomba sur le dos on ne vit plus que ses jambes sur la souche, secouées de spasmes d'hilarité, comme on l'entendait s'esclaffer, une main sur la bouche.
La joie de vivre du Lycanthrope était tellement communicative que Beckett et Nines se mirent à rire à leur tour. Et quand un semblant de sérieux revint dans l'assemblée. Steven, rouge mais capable d'aligner trois mots sans pouffer ajouta : « Ecaterina souffrait en permanence.
-Je sais.
-Tout de suite, Aurélia panique. Elle est plus déboussolée que nous tous. Ses souvenirs actuels se sont arrêtés probablement lors de sa tombée en Torpeur en décembre – fit remarquer stoïquement Beckett, non sans un discret roulement des yeux.
Nines prêta l'oreille aux cris stridents à son nom, plus quelques syllabes. « Je vais la rassurer, avant qu'elle ne me fasse une crise de confiance – comprit-il. Il espérait que Beckett ait raison et qu'obtenir le crédit de la Toréador serait moins ardu cette fois. Alors il se leva et quitta les trois fous qui prenaient l'air.
Ils s'en étaient sortis vivants, beaucoup de pertes mais ils avaient survécu et tout le monde avait botté les fesses de son ennemi. Maintenant que la frappe massive du Sabbat avait été reçue et renvoyée, non seulement la notoriété allait montrer que l'Etat Libre était une réalité, mais aussi faire réfléchir le Sabbat à deux fois avant de jouer les envahisseurs. Ils n'étaient plus qu'à peu près une centaine, mais c'était la même histoire : seuls les plus forts survivaient à ces guerres. A présent, ils avaient encore montré que les plus forts de Los Angeles c'étaient eux. Avec l'officielle entente cordiale des Lycanthropes, et l'officieuse entente amicale contre-nature.
En plus il avait pu, contre toute attente, récupérer le Bisounours à Crocs qui était sa petite Toréador. « Que demande le peuple ? » Se demanda t-il en pliant les bras, paumes vers le ciel.
Le Brujah revint du côté du camp, son regard bleu tomba immédiatement sur Lia et il en oublia le masque hideux ainsi que l'air perpétuellement triste et méfiant de son ancienne incarnation. Le Bisounours blond se lança contre lui, sauta à son cou et s'y accrocha des bras en l'engueulant ! Le Brujah ne put réprimer un franc sourire en passant les bras sous ses fesses pour la soutenir. Ceci sans écouter une seule seconde les noms d'oiseaux dont elle le couvrait.
« J'aurais jamais cru que me faire traiter de 'putois sourdingue des prairies' me fasse autant plaisir, » pensa t-il. Bon d'accord, il souriait alors qu'il voyait bien qu'elle allait pleurer et il s'en voulut d'avoir pris tant de temps à lui répondre.
Lui dire qu'il était en train de discuter avec Jack, Beckett et Steven à propos des conséquences de ce fourbi se vit opposer un farouche : « c'est ça, mon œil, et Ella ?! »
Il papillonna des yeux « quoi Ella ? – S'étonna t-il.
Le Bisounours le fixa d'un air bougon avec le regard qui disait clairement : 'toi tu te fous de ma gueule puissance huit et j'aime pas ça, espèce de trou duc !' Elle descendit de son cou et mit ses mains sur ses hanches. « Damsel m'a dit que tu étais avec Ella !
-Ah, non me mêle pas à vos disputes, moi j'ai dit 'je crois' ! – S'exclama Damsel un peu plus loin derrière alors que Jack, Steven et Beckett les rejoignaient. Skelter était assis sur une souche en train de recharger ses colts. Les autres Anarch s'étaient un peu dispersés.
En tout cas Nines sentait sa patience fondre comme une crème glacée au soleil. « Ella est repartie à South Central !
-Je ne te crois pas ! – Déclara t-elle, et le chat fit le dos rond quand il fit un pas.
-Ah, une scène de jalousie dès le soir – commenta Jack avec un air malicieux.
-Moi j'irais vérifier son col de chemise – renchérit Steven en jouant avec sa barbichette, la tête tournée vers Beckett qui sourit en coin. Lia fit des yeux ronds sur le col de chemise.
-Ah vous bouclez la, bordel ! – S'exclama Nines en tournant la tête vers eux. Bien conscient que une bonne partie des Anarch et une autre de Lycans les regardaient. Pas que ça l'inquiète lui, mais il soupçonnait encore Jack d'y avoir mis son nez sale – écoute ma petite, la nuit dernière a été très dure ! – Commença t-il en ignorant les rires sous cape des deux rigolos, sa patience était très à bout – on a été à deux doigts de perdre L.A et la fille que j'aime alors.
-Bon, d'accord Ella – coupa la Toréador avec un concentré de déprime dans la voix en lui tournant le dos pour s'en aller. Ou fuir.
Là Nines perdit patience et écarta les bras en levant les yeux au ciel avant de gueuler et de la rattraper – MAIS NOM DE DIEU !! NON !! PAS ELLA !! – Il la saisit par le poignet, et bien décidé à couper court au flot de conneries qu'une Toréador en mal de confiance pouvait sortir à la seconde, le Brujah fit ce qu'un mâle fait en manque de patience : le macho autoritaire.
Ainsi il la fit tourner vers lui de force en passant son bras gauche autour de ses épaules. Passa l'autre main derrière sa tête dans ses cheveux blonds, la plaqua contre lui et la fit taire avec les lèvres !
Tout en ignorant les sifflements et en retenant la fille en question contre lui, il profita qu'elle ne puisse plus en placer une pour lui faire un dessin avec la langue !
Ce baiser n'avait rien à voir avec les autres. Non seulement Nines y laissait sa fiche d'état civil mais aussi c'était comme s'il ne l'avait pas vue depuis des siècles et qu'il cherchait à s'imprégner d'elle. De l'autre côté, Lia était toute innocente comme au début.
Un flash !
Nines releva brusquement la tête pour trucider des yeux celui qui venait de prendre une photo, mais il ne vit pas le coupable. « Qui est le con qu'a sorti un appareil photo ? »
Tout le monde secoua la tête
La Toréador était suffoquée. Elle gardait des yeux écarquillés mais heureusement, elle semblait trop secouée pour s'échapper, ce qui satisfit beaucoup l'Anarch balayant le coup du flash d'un haussement d'épaules. Maintenant que la dispute était réglée – regard lourd à Jack – il sonna le rassemblement pour retourner à Downtown.
5
La main sur les lèvres, j'allai m'asseoir dans un coin histoire de récupérer du choc.
Le monde était devenu fou en une nuit ou juste moi ? J'étais copine avec un chef Lycan, j'avais une goule détective privé, ça encore ça peut aller (encore que le Lycan c'est déjà limite). Mais si en plus Nines Rodriguez alias 'quatre ans passés à rêvasser à propos de sa douche' m'embrassait pour me mettre dans la tête qu'une fille nommée Ella n'était pas moi !! En plus j'ai l'impression que y'a eu une guerre et je ne me rappelle pas avoir participé.
Je retournai près de mon Infant (qui n'allait pas se réveiller avant quatre heures du mat, mourir prend du temps) et me calai le menton dans les mains. « J'ai l'impression de dire au revoir sans les foulards, » murmurai-je. Pas que je me sentisse triste, plutôt contente bizarrement. Mais j'avais besoin de 'respirer' un peu de tranquillité.
Quelqu'un était mort et heureux de l'être, si ce n'était pas Dracula, c'était moi.
J'avais envie d'une douche et de dormir longtemps, longtemps et SEULE.
Hollywood, 14 août 2014, 00h30
Quand on retourna au centre ville, Philippe fut empaqueté dans un sac tout neuf de la morgue. On me déposa à Hollywood avec les Toréador, je me demandai bien pourquoi et je crus qu'Isaac voulait s'occuper de l'enseignement de Philippe, mais non. C'est aux abords de la ville devant un lugubre (et génial) manoir qu'on me déposa, deux vampires transportèrent le sac contenant l'Infant à l'intérieur. Je me retins de poser la question de 'c'est quoi encore ce bordel ?' Quand la vague idée que les Skyline Appartements soient en reconstruction me vint à l'esprit. De plus, la boîte aux lettres était à mon nom.
J'entrai dans le hall, un très beau hall tout propre, je guidai les gars jusqu'à une chambre à côté de la mienne. Une chambre qui avait été nettoyée, heureusement, et je détalai jusqu'à la mienne pour m'étaler sur le ventre sur le lit.
J'avais soif. Je me redressai et m'assis sur le lit. Considérant ce que je portai et me rappelant que les autres étaient toujours dehors, je descendis à nouveau l'escalier pour me retrouver face à Nines. Je m'arrêtai à une distance sécuritaire made in 'pétoche world' et coinçai mes bras derrière le dos en me tenant bien droite. « Je vais rester là jusqu'à ce que Philippe se réveille – fis-je courageusement en pointant mes chaussures.
Question : pourquoi je ne peux pas le regarder dans les yeux ?
Réponse : parce que t'eeeeeeees viiiiiiiierrrrrrrrrrrgeeeee !
Question : c'est sûr, ça ?
Réponse : tu voudrais peut-être qu'IL vérifie ?!
Réplique – ah, aucune réplique, question : je fais quoi ?
Réponse : va prendre une douche, range ta piaule, regarde les infos et un film en attendant. Et puis… Oui, non ce n'est pas possible.
« Lia ? Qu'est-ce que t'as ? » Me demanda le Brujah en marchant vers moi, donc je recule.
J'ai que j'ai du mal à croire que Nines Rodriguez soit dingue de moi au point de me rouler un patin du feu de Dieu, voilà ce que j'ai ! Comment je peux croire à ça ? Bon d'accord, je devrais sauter au plafond vu les heures comptabilisées que j'ai passé à l'imaginer nu sous la douche ! MAIS ! Je ne crois pas qu'on puisse comptabiliser des heures à m'imaginer nue sous la douche. A moins d'être seulement pervers.
Je sens une main se poser sur ma hanche, ça me fait une décharge, je saute vers l'arrière : « woh, woh, woooooh ! – M'exclamai-je en tendant les bras et le regardant pour lui signifier de pas s'approcher à mon insu – d'accord moi je passe une grande partie de mon temps libre à t'imaginer nu DE DOS sous la douche mais y'a des circonstances atténuantes !! »
Je le vis rouler des yeux et soupirer, il se retrouva juste en face de moi la seconde suivante et me prit par les épaules pour me mener dans une pièce à l'écart pendant que les vampires présents dans le hall se fendaient la poire, flûte.
La cuisine, il me retourna vers lui en gardant ses mains sur mes épaules. Bon, je n'en menais jamais large face au Brujah faut avouer, bon sauf quand je me bats contre lui parce que Judas m'a humiliée.
Il me regarda droit dans les yeux avec un air grave : « et quelles sont ces circonstances atténuantes, ma petite ?
-Et bien, beaucoup trop d'imagination, beaucoup d'idéalisme et pas du tout d'expérience – débitai-je
Et tu eeeeeees…
-Quel genre d'expérience – me fit-il, avec le ton de celui qui sait que le piège est trop gros même pour une blonde.
Vieeeeeeeeeeerge !!
-Tu peux toujours courir, j'le dirai pas à voix haute, » répondis-je en le fixant sombrement.
-Merde, ils ne plaisantaient pas ! » S'exclama Nines à voix basse en levant les yeux au ciel.
Je lui fis mon plus bel air d'incompréhension : la tête penchée de côté et le sourcil gauche haussé très haut. Il soupira en secouant et baissant la tête. « D'accord, on verra ça plus tard. Je retourne au centre ville, » déclara t-il, relevant la tête et me lançant un regard indéchiffrable avant de me lâcher et de retourner au hall à grands pas. Quand au seuil de la cuisine il se tourna vers moi pour me pointer de l'index gauche : « toi, interdiction de traîner du côté de la mairie !
-Pourquoi ? – M'étonnai-je.
Il baissa la tête et balaya l'air en répondant « pose pas de questions et fais ce que je dis ! » Sur ce il quitta mon champ de vision et je les entendis partir.
Et ben j'irai du côté de la mairie quand même ! Na !
En attendant que Philippe se réveille pour qu'on aille chasser ensemble et qu'il fasse ses classes, je retournai dans ma chambre, me déshabillai, mis les habits prêtés par Beckett dans la machine à laver et allai prendre une douche.
Sous le jet d'eau chaude et parée de bain moussant senteur jasmin, je fermai les yeux, m'attendant à des flashs pour cette nuit où je ne me souvenais de pas grand chose. Mais sur l'écran noir de mes paupières je ne vis rien. Je soupirai et laissai mon imagination dérailler. Nines m'imaginerait nue sous la douche ? Nan, pur délire !! N'empêche que l'idée me fit glousser en me lavant les cheveux.
Une fois sortie de la salle de bain sèche et toute propre (de bas en haut, de droite à gauche et même en diagonale) je m'habillai d'une robe en voile en rose imprimé fleuri et rayé aux fines bretelles à nouer sur les épaules. Encolure en V avec des volets en onde sur l'encolure devant et dans le dos. Le jupon dessous était en tulle 100 polyester avec un double voile de coton. Très jolie, romantique (on est en août après tout) et qui m'arrivait sagement aux genoux. D'accord ça faisait très gentille fille sage. Mais je suis une gentille fille sage ! Comment ça c'est pas vrai ? Non, mais c'est crédible, et puis j'ai envie d'être sage ce soir. Juste pour voir si on me draguerait même (ou surtout) dans cette robe ! Je mis quand même des bas blancs semi transparents, quadrillés et brodés de petites fleurs. Ca fait des mois que j'attends d'avoir la robe pour mettre ce collant ! Et pas seulement le collant, je mis aussi un bracelet à breloques montées sur 3 rangées de fils métalliques élastiques au fermoir mousqueton réglable. Les chaussures, les chaussures… Des escarpins rose pastel. Et je sortis une veste brodée couleur écru, avec des boutons dorés et un col militaire.
Après je passai une heure à courir après le contenu de ce qui faisait un sac, mon sac. Mon sac il doit d'abord être assez grand pour un couteau. (Minimum syndical du Toréador casse-cou, en l'occurrence moi, j'ai droit à une dague ouvragée estampillée Toréador), puis pour un tout petit trente huit. Ainsi que pour le miroir de poche, le téléphone portable, un rouge à lèvre, un fard et une poudre. Ah sans oublier le portefeuille et le porte-monnaie.
Mes vestes avaient toutes au côté gauche un holster cousu avec du fil de nylon pour le desert eagle. Et mes manches de manteaux en plus avaient au moins une sangle pour dissimuler la dague.
Toutefois ce soir je me disais que j'allais être relativement tranquille côté 'gens pas vraiment morts ou vivants à tuer'. Donc je pris un petit sac en maille blanche en bandoulière où je fourrai tout mon fourbi de jeune fille innocente : tout sauf une arme. Par contre je mis quand même ma dague dans la manche gauche. On n'exclut jamais un effet théâtral.
Puis dans le salon je regardai les infos à la télé en me concentrant pour oublier ma soif de sang. Vivement que Philippe se réveille ! Je dois passer à l'hosto pour acheter des poches. A la télé je tombai sur les nouvelles. J'appris qu'on avait foutu un sacré merdier la nuit dernière !! Un échange violent ayant démarré au centre ville et s'étant déplacé jusqu'à Hollywood, entre les gangs locaux et ceux qui avaient voulu s'installer, venus du Mexique. Aucun cadavre n'avait été retrouvé et heureusement il n'y avait eu aucune victime civile. Le maire de Los Angeles, un certain Gareth MacPherson, noir, immensément grand et chauve comme un œuf et semblant très las fit une déclaration. Il déclara qu'il espérait que ces gangs qui ont troublé la paix de la cité se soient entre-tués jusqu'au dernier !
Le truc marrant c'était qu'il s'attribuait le fait qu'aucun mortel n'eut été assez stupide pour sortir lors du combat. Un truc bien que le conditionnement du Bétail.
Les journalistes le taquinèrent sur le beau pansement qu'il avait sur le nez, témoin de l'épisode 'Roméo et Juliette' de l'autre soir. Il leur adressa un regard noir qui me donna presque la chair de poule avant de répondre d'un ton agacé que celui qui lui avait cassé le nez n'était qu'un gangster, lui aussi, n'ayant aucune considération pour les femmes ! Et qu'il comptait bien le chasser !
Je le traitai automatiquement de connard, passai sur le DVD et me révisai Ladyhawke. J'enchaînai les films jusqu'à quatre heures du matin. Me levai en déglutissant le plus possible et me rendis dans la chambre où Philippe assis sur le lit regardait ses mains.
Il leva ses yeux vers moi et me fit un sourire coquin.
