Avant toute chose, je ne sais pas trop par où commencer, je tenais à revenir sur ma nda précédente, je l'ai écrite sur un coup de tête et en l'écrivant je tenais juste à exprimer ma frustration intense et ma rage refoulée à l'encontre des personnes qui ne commentent jamais rien. Honnêtement, je m'attendais à me retrouver face à un silence complet de votre part, voire même à des messages me disant que j'étais gonflée de faire un tel discours. Un lynchage en bonne et due forme. Et du coup, j'ai vraiment l'impression de pas mériter vos gentils commentaires. Oui, je suis un peu contradictoire.
Et un peu impulsive aussi. Quand quelque chose me tient à coeur, je m'emporte facilement. Je crois que c'est la seule chose de moi que j'ai mis en Juliette, la pauvre. Et la fanfiction, ça me tient à coeur. Donc, j'ai été un peu virulente, en plus des circonstances irl. J'espère que vous m'en voudrez pas trop. Pour te reprendre Marly, je n'ai pas l'intention d'arrêter de publier cette histoire, quand j'ai commencé à la poster, j'ai pris le risque que personne ne lise, ne commente cette histoire, je ne m'engageais à rien. Mais le manque de retours fait énormément douter. Et quand bien même je l'aurais fait, j'aurais continué à publier sur hpf et j'aurais laissé un message ici. A contrecoeur, il faut bien l'avouer.
Du coup je vous réponds ici parce que je ne sais absolument pas comment faire autrement (vous allez le regretter si je fais des notes d'auteur, c'est sûr…)
Joy : argh ne m'appelle pas future J. sinon je vais prendre la grosse tête (quoique j'ai déjà l'initiale… hin hin). Tu es le/la deuxième à remarquer un semblant de Scorose… Pour la conversation avec James, il faudra attendre un petit peu. Ils vont avoir d'autres soucis entre temps ;)
s: j'ai halluciné en lisant ta review. Déjà parce que tu t'es souvenue de ma fanfic et ensuite parce que c'est la seule que tu lis. Il y a tellement d'histoires meilleures que celle ci. Mais tant mieux si cette lecture te fait passer un bon moment, c'est le principal. Il faut vraiment que j'arrête de douter de ces personnages, mais c'est un peu dur quand il s'agit d'OC… et trop cool que tu aimes Andrea, je l'aime beaucoup aussi. J'espère qu'ils continueront de te plaire par la suite ! (et qu'ils susciteront chez toi la même réaction que le baiser, héhé). Ces compliments me vont droit au coeur, vraiment.
Desislava : je suis vraiment heureuse à chaque fois que quelqu'un dit apprécier autant ces personnages. En débarquant sur la fanfic avec cette histoire, je n'avais pas beaucoup d'attentes, mais là… merci. Pour Juliet/Juliette, c'était pour faire la différence entre les dialogues (où personne ne prononce son nom correctement dans le monde anglophone) et la véritable prononciation Juliette. Quand j'ai pris la décision d'écrire comme ça, je me suis sentie intelligente (ça arrive) mais maintenant… je me rends compte que ça n'apporte pas grand chose au récit haha.
En tout cas, merci beaucoup vraiment à vous. Mais je tiens aussi à préciser que je n'ai pas eu ce coup de gueule pour qu'on laisse une review à chaque chapitre. Aditykk (je t'appelle comme ça maintenant), si tu lis ici, j'espère que tu as compris le message ;). Je ne veux forcer personne à se manifester, même si c'est génial que vous le faisiez. Si vous le faites une fois de temps en temps, c'est déjà bien, ça évite à l'auteur de se dire "oh mon dieu mais personne n'aime ce nouveau chapitre, j'arrête tout !" (je suppose que je ne suis pas la seule à être comme ça). Il est vraiment temps que je m'arrête, surtout que le chapitre est long. J'espère qu'il vous plaira. Bonne lecture.
– Ouch !
Un pied coincé dans la marche escamotable, Juliette jura avant de se rendre compte que c'était une très, très mauvaise idée. Ce n'était pas le meilleur moment de signaler sa présence alors qu'un éboulement quelque part dans le coin venait juste de se produire. Cameron revint rapidement sur ses pas en voyant qu'elle ne la suivait plus et l'aida à se relever. Juliette avait fini par croire que même le château s'était interposé entre elle et Cameron, à l'instar de ses camarades. Mais pour l'instant, le plus important était de mettre le plus de distance possible entre eux et le supposé carnage.
– Fais attention, marmonna le Serpentard alors qu'ils s'étaient remis en route.
Plus prudente que jamais, Juliette redoubla de précautions pour ne plus se prendre les pieds dans quelque chose. Explorer le château et connaître ses pièges était son domaine, par Merlin ! Ils arrivèrent enfin à la tapisserie par laquelle ils étaient passés un peu plus tôt dans la soirée sans avoir croisé ne serait-ce qu'un fantôme. Pourtant, des voix se faisaient entendre et Juliette n'arrivait jamais à déterminer d'où elles venaient, ni de qui il s'agissait. Son cœur battait la chamade à l'idée de se faire attraper et surtout de découvrir ce qui avait provoqué ce raffut. Et le plus étonnant était très probablement le fait qu'ils ne soient pas tombés sur un mur défoncé ou un éboulis. Non, le château était intact.
Arrivés en haut de l'escalier dissimulé, Cameron brandit son bras pour empêcher Juliette de poursuivre. Cette dernière fronça les sourcils.
– Je crois qu'il y a quelqu'un, chuchota-t-il, l'oreille tendue vers le couloir dissimulé par la tapisserie.
– J'entends rien.
Juliette avait beau essayer de capter le moindre bruit, pour elle, le couloir restait désespérément vide à son oreille. Elle détourna le regard de Cameron en sentant le rouge lui monter au joues. Le souvenir de leur baiser échangé il y a tout juste cinq minutes la mettait dans un tel état d'excitation qu'elle ne pouvait plus le fixer sans y penser. Alors elle se détourna des si beaux yeux du Serpentard et repoussa la tapisserie pour dissimuler sa gêne. Et elle fonça dans quelqu'un. Ils tombèrent tous les deux au sol sous le choc de la collision.
– Juliet !
Fred Weasley la regardait avec un air ahuri avant de se relever rapidement. Ce n'était qu'une fois de nouveau sur ses pieds que Juliette constata la présence de James qu'elle se contenta de tout bonnement ignorer. Cependant, elle ne put laisser passer le regard noir qu'il lançait à Cameron, lui aussi découvert. Puis, Juliette réalisa.
– C'était vous ?
Le jeune homme métisse ouvrit la bouche pour répondre, la gêne se lisant à des kilomètres sur les traits de son visage. Juliette le prit pour une réponse positive. Si Fred n'osait pas lui répondre, c'était qu'il était forcément pour quelque chose dans les éboulements plus tôt dans la soirée. Seulement, Juliette ne s'attendit pas à ce qu'une autre personne réponde à sa place :
– Tous les quatre, dans mon bureau, IMMEDIATEMENT.
Sous la voix calme mais d'où on percevait des accents de rage particulièrement prononcés, Juliette ressentit des frissons le long de sa colonne vertébrale : Tourdesac ne serait certainement pas d'humeur pardonnable cette fois-ci.
– Je ne vais pas le répéter plus longtemps, si vous ne me dites pas qui est responsable de ce raffut, la sentence sera bien pire que dans vos cauchemars les plus sombres.
Juliette se pinça les lèvres, nerveuse. Cela faisait bientôt vingt minutes qu'ils étaient enfermés, elle, Cameron, James et Fred, dans le petit bureau exigu du professeur Tourdesac. Elle était postée dans un coin de la pièce, près de Cameron, mais depuis le début, elle ne détournait pas le regard du bout de ses ballerines qui semblaient avoir pris une importance notable depuis qu'ils étaient arrivés ici. Personne ne disait un mot : ni Fred, ni James ne laissaient passer quoi que ce soit concernant leurs activités de la nuit. Quand aux deux autres, Tourdesac devait encore imaginer qu'ils s'étaient retrouvés pour passer une nuit ensemble.
– Vous voulez vraiment savoir ce que j'en pense ? répliqua soudainement Cameron, agacé à l'idée d'être enfermé ici. Vous savez aussi bien que moi qu'il n'y a que Potter et Weasley pour foutre le bordel dans le château. Alors pourquoi nous garder tous ici ?
– Surveillez votre ton, Mr Lloyd ! fulmina le professeur Tourdesac, dans sa robe de chambre. Vous n'êtes pas aussi irréprochable que vous semblez le penser, sinon, vous seriez sagement dans les cachots de Serpentard, et pas six étages au dessus à batifoler comme vous le faites avec miss Hardy !
James toussota de contentement et Juliette se retint de ne pas aller le frapper.
– Professeur Tourdesac, dit alors calmement Fred en joignant ses deux mains. Peut-être que vous avez attrapé les mauvais fauteurs de trouble ? Peut-être que d'autres personnes sont en train de détruire le château à l'heure actuelle. Ce n'est qu'une suggestion mais...
Devant le regard noir de la vieille chouette, Fred se tut instantanément. Quand leur professeur se leva pour se pencher par dessus le bureau, appuyant ses mains dessus, Fred avait reculé d'un pas tremblant. Puis, Tourdesac les regarda un à un, les jugeant tour à tour avant de planter son regard noir dans celui de Fred.
– Mr Weasley. Me prenez vous pour une imbécile ? Les éboulements ont cessé depuis une demi-heure, soit le laps de temps depuis que vous êtes ici. Et je vous retrouve tous les quatre, ensemble, les suspecte-t-elle. A cause de vous, tout le monde au château est réveillé, vous avez provoqué une panique générale, on a même retenu l'un de vos camarades de Gryffondor de sauter par la fenêtre parce qu'il croyait à une attaque d'ex-mangemorts. C'est pourquoi je retire cinquante points à Gryffondor, chacun.
– CHACUN ? s'exclamèrent Juliette, James et Fred simultanément.
De son côté, ce fut au tour de Cameron de ricaner sombrement.
– Et bien entendu, reprit Tourdesac en se tournant vers lui avec un grand sourire dévoilant des dents jaunies. Je retire également cinquante points à Serpentard.
Cependant, cela ne fit aucun effet à Cameron, qui s'adossa contre le mur, l'air détendu.
– Votre père sera également prévenu, mr Lloyd, ainsi que vos parents dès ce soir, ajouta-t-elle aux trois autres.
– Oh non, pas ça... souffla James en se plaquant une main sur le front.
– Il fallait y réfléchir avant, Potter, rétorqua sèchement Tourdesac. Maintenant, vous allez rentrer sagement dans vos salles communes respectives. Mais sachez qu'au moindre éboulement suspect, je suggère vos renvois de l'école au directeur. Oh, et je réfléchis à votre prochaine retenue.
Le professeur Tourdesac les observa quelques instants de plus, les yeux plissés, puis elle leur fit un geste las de la main et les quatre élèves s'empressèrent de quitter le bureau. Juliette se trouvait presque dans un état second en passant le seuil de la porte. A eux trois, ils venaient de faire perdre cent cinquante points à Gryffondor et surtout, Charles Hardy allait l'apprendre. Tout ce qu'elle espérait était qu'il ne lui ordonne pas de rentrer en France après tous ces mystérieux événements. Après tout, il lui avait bien ordonné de se tenir tranquille avant qu'il ne parte avec Andrea. Et elle avait fait tout le contraire de ce qu'elle était supposée faire.
– Bon, Juliet, tu te magnes ? grogna James un peu plus loin.
Juliette lança un regard désespéré à Cameron qui était sorti à sa suite, l'air amer et de mauvaise humeur. Elle aurait voulu lui souhaiter une bonne nuit avant de se rendre compte que cela paraissait déplacé dans une pareille situation, alors elle lui sourit un peu tristement. Il lui répondit la pareille quand enfin, elle tourna les talons sans oser regarder une nouvelle fois dans sa direction et rejoignit les deux septième années de Gryffondor.
– Vite, filez-moi une pastille anti-gerbe, marmonna James.
Pour la deuxième fois de la soirée, Juliette s'empêcha de ne pas le frapper ou de lui faire mal. Elle ne savait pas pourquoi il se montrait si mesquin avec elle mais tôt ou tard, ses « bons sentiments » comme il aimait lui-même les appeler allaient vite être oubliés et remplacés par des envies de meurtre. Cependant, Juliette tâcha de l'oublier et de se concentrer sur Fred alors qu'ils remontaient d'un pas rapide à leur tour.
– Qu'est-ce-que vous faisiez ? lui demanda-t-elle à voix basse, consciente qu'ils pouvaient encore tomber sur n'importe qui.
– Pas ici, répondit simplement Fred, les murs ont des oreilles.
La sixième année retint alors son flot de questions qui la harcelaient intérieurement. C'étaient eux qui avaient produit tout ce boucan, elle en était certaine mais de là à en connaître les raisons et le comment, Juliette avait l'impression de se retrouver face à un gros trou noir. Et ce qui était tout de même très étrange était le fait qu'aucune partie du château n'avait été endommagée. Qu'est-ce-que James et Fred avaient bien pu fabriquer pour provoquer un tel bruit dans les couloirs de l'école ?
Finalement, les trois Gryffondor rentrèrent dans leur salle commune sans un bruit tout en ayant salué Nick Quasi sans Tête qui flottait près du portrait de la Grosse Dame. La pièce était vide, s'il y avait eu panique un peu plus tôt, les débordements devaient avoir été contrôlés puisque tous leurs camarades semblaient être rentrés dans leur dortoir respectif. Mais avant que Juliette n'ait eu le temps de demander son reste, elle suivit du regard James s'empresser de se diriger vers les dortoirs des garçons, raide et sans un mot. Alors Juliette se tourna vers Fred, qui haussa les épaules avant d'aller s'avachir dans un canapé.
– Ça fait deux semaines que je me retiens d'aller le noyer dans le lac, soupira Fred, à moitié écroulé.
– Toi aussi ? demanda Juliette d'un ton sarcastique en s'asseyant dans le fauteuil d'à côté.
Fred acquiesça d'un signe de tête paresseux puis ferma les yeux l'espace d'un instant.
– Alors ? insista Juliette.
– D'accord, je te dois une explication, admit enfin Fred après s'être redressé. Tu te rappelles du jour où je vous ai dit à Troy et toi que j'avais un projet ? Eh bien j'avais décidé de m'y mettre maintenant, je pensais que ce serait une pierre deux coups. J'aidais James à se changer les idées et en même temps je m'exerçais à mon futur métier.
Juliette fronça les sourcils, circonspecte. Puis elle se souvint d'un soir d'été, au détour d'une conversation, quand Fred lui faisait part de ses plans pour devenir architecte, se lancer dans la construction et la rénovation de bâtiments pour leur donner une envergure plus... magique. C'était un métier qui demandait énormément de travail et de précision et Juliette ne doutait pas que derrière ses airs détendus, Fred était quelqu'un d'assez déterminé et travailleur.
– Tu sais aussi bien que moi que tous les passages pour se rendre à l'extérieur ont été bloqués depuis la guerre, continuait Fred d'un air sévère. Mais en étudiant de près la carte des Maraudeurs, je me suis rendu compte qu'il y avait eu un passage bloqué par un éboulement depuis des dizaines d'années. J'ai décidé de le réhabiliter. Ça fait plus d'un mois que j'essaie d'y remettre de l'ordre et à me frayer un passage... Et ce soir, j'avais décidé d'emmener James avec moi. Grave erreur.
Les yeux ronds, Juliette avait les yeux rivés à ceux clairs de Fred, le poussant à lui faire part du reste de l'histoire.
– Il n'écoute jamais ce qu'on lui dit, soupira Fred. Je lui avais dit de ne pas toucher à certaines pierres instables, je les avais même colorées en rouge ! Mais il a quand même réussi à en faire tomber deux avant que l'avalanche ne se produise. En voyant que toute l'arcade se mettait à trembler, on est sortis en courant. Résultat, des semaines réduites à néant et mes amis qui comptent rester à Poudlard pour les vacances ne pourront pas sortir à la dérobée !
– Fred ! protesta Juliette, ébahie. Vous auriez pu vous tuer !
– Tu comptes vraiment me faire la morale ? se plaignit Fred qui était complètement blasé par la situation. J'en ai déjà assez de ma mère qui a failli venir à Poudlard en apprenant mes exploits du dernier match.
Avec une grimace, Juliette se rappela de l'unique fois où elle avait rencontré Angelina Weasley, une femme grande qui s'était montrée très imposante en parlant de l'année où elle avait été Capitaine de l'équipe de Quidditch de Gryffondor. Fred approuva d'un petit sourire en coin, signe qu'il avait compris le rictus de la sixième année.
– Je suis désolé, Juliet, s'excusa Fred après avoir passé une main gênée dans ses cheveux. C'est de ma faute, j'aurais du tout avouer à Tourdesac, mais j'avoue qu'elle m'a donné froid dans le dos sur le coup. Si tu veux, j'irais la voir demain.
– Non laisse tomber, objecta Juliette avec un revers de la main. Ça fait plusieurs fois qu'elle nous tombe dessus de toute façon. Elle m'aurait donné la même punition s'il n'y avait pas eu votre accident.
Tout à coup rattrapée par sa fatigue, Juliette se leva d'un bond sous le regard suspicieux de Fred. Après cette soirée mouvementée, elle n'avait qu'une idée en tête, celle de se blottir dans son lit, avec son chat s'il était dans son dortoir, et tout oublier. Cependant, au moment où elle souhaitait bonne nuit à Fred, celui-ci l'interrompit d'un ton hésitant et incertain qui le lui ressemblait pas :
– Dis, Juliet, c'est sérieux entre toi et Lloyd ?
Juliette, arrêtée à mi-chemin entre lui et les escaliers. S'il y avait bien une question qu'il ne fallait pas poser ce soir-là, c'était bien celle-ci. Toutes ses interrogations concernant la réciprocité de ses sentiments envers Cameron lui donnaient un mal de tête terrible et elle avait espéré les mettre de côté avant d'aller se coucher, surtout après qu'ils se soient embrassés. En y repensant, elle s'était sentie comme sur un petit nuage.
– Plus ou moins, répondit vaguement Juliette avant de se précipiter vers les dortoirs.
Pourtant, si Juliette avait pensé esquiver les suspicions de Fred, elle ne put éviter les trop nombreuses questions de Rose qui l'attendait de pied ferme dans leur chambre. Passer au crible tous les détails de sa soirée pour lui raconter ce qui avait provoqué tout ce bruit répercuté dans les entrailles du château attendait encore Juliette avant qu'elle ne puisse enfin s'écrouler d'abattement sur son lit.
Le lendemain matin, un grand bruit traversait la table des Gryffondor au petit-déjeuner. A la vue des sabliers géants, les protestations avaient commencé entre leurs rangs : comment le sablier de Gryffondor avait-il pu perdre la moitié de ses rubis en une nuit ? Rapidement, on avait établi le lien entre la perte soudaine de points et le raffut qui avait réveillé la majorité du château en fin de soirée. On passait même de groupe en groupe pour tenter d'en savoir plus, car dans leur maison, la Coupe des Maisons était un sujet à prendre avec des pincettes : cela faisait dix ans que Gryffondor n'avait pas remporté victoire et tout élève surpris à faire perdre ne serait-ce qu'un point devenait la risée de tout une maison.
C'était donc dans une ambiance lourde et tendue que Juliette, Rose et Albus prenaient leur petit-déjeuner, au bout de la longue table. Sur le chemin, les deux filles avaient alors raconté toute l'histoire à Albus qui les avait écoutées avec ahurissement. On les avait aussi souvent accosté pour savoir s'ils savaient quelque chose, mais grâce à son aura de préfet, Albus s'était montré cinglant et menaçant pour éloigner les curieux. Malheureusement, même si leurs camarades étaient dans l'incompréhension la plus totale, les trois amis savaient pertinemment qu'ils allaient bientôt connaître le fin mot de l'histoire.
– Bande d'inconscients, les sermonna Albus avant de mordre de façon sauvage dans un toast. Ils sont les premiers à donner des leçons aux nouveaux et il n'appliquent même pas ce qu'ils disent. C'est encore fichu pour cette année !
– C'était pour la bonne cause, se défendit timidement Juliette.
– Toi, ne la ramène pas, rétorqua Albus en la foudroyant de ses yeux verts. C'est de ta faute pour un tiers, je te signale !
– Al ! Calme-toi, on nous regarde ! murmura Rose à son oreille.
Albus n'eut pas le temps de répliquer quoi que ce soit à sa cousine que leur attention se tourna vers l'arrivée du courrier. Juliette eut alors l'impression que les hiboux et chouettes étaient beaucoup plus nombreux qu'à l'accoutumée. Son mauvais pressentiment ne fit que s'accroitre quand le hibou grand duc de son père se posa majestueusement en face d'elle. Alarmée, Juliette déglutit en gardant ses yeux rivés à ceux de l'oiseau. « Peut-être arriverais-je à le convaincre de partir avec la lettre ? », se dit-elle silencieusement. Puis, s'avouant enfin vaincue, elle prit la lettre que le hibou lui avait apportée avec des mains qui tremblaient légèrement.
– Regarde, je crois que ton frère a reçu une Beuglante ! s'exclama Rose en pointant James du doigt, au milieu de la table.
Soudain, Juliette se dévissa le cou pour vérifier les dires de son amie. Et en effet, James tenait entre ses mains une enveloppe caractéristique, l'air complètement paniqué à l'idée de l'ouvrir. A côté de lui, tout le monde s'était tu. Son amie Melinda lui secouait le bras pour le forcer à réagir tandis que Carlton, assis de l'autre côté, se retenait de pouffer de rire. Puis finalement, James sembla enfin reprendre ses esprits et se leva subitement, alors que l'enveloppe frémissait entre ses doigts. Sous les encouragements de ses amis, James piqua un sprint vers la sortie de la Grande Salle, attirant vers lui absolument tous les regards.
– JAMES SIRIUS POTT… ! hurlait une voix féminine tandis que la garçon à la tignasse ébouriffée disparaissait.
La voix amplifiée de Ginny Potter disparut totalement quand James eut l'intelligence de sortir, le fracas de la porte du hall d'entrée laissant un silence imposant parmi tous les étudiants attablés. Et aussitôt, on fit le lien maudit entre la perte de points chez Gryffondor et la beuglante que venait de recevoir James. Contrairement à ses habitudes, Fred n'accueillit pas cette nouvelle attention portée sur lui avec des rires, pire que cela, il prétexta un mal de tête et s'enfuit hors de la Grande Salle. Tout à coup, Juliette sentit qu'un courant glacé lui traversait le corps. Secrètement, elle espérait que personne ne ferait le lien entre elle et ses escapades nocturnes avec James.
– Parais naturelle, lui chuchota Rose tandis le silence pesant toujours aussi impénétrable.
Sous les conseils de Rose, Juliette souffla un bon coup et attrapa sa tasse de café pour donner le change, consciente que la quasi-totalité des Gryffondor se questionnait. Elle ne pouvait pas s'enfuir comme Fred, tout de même ! Alors Juliette se tourna vers Albus, un peu anxieuse.
– On a quoi comme cours aujourd'hui ?
Hardy, si tu ne marques pas vingt-cinq buts au prochain Gryffondor-Serpentard, on fait de ta vie un enfer.
En deux jours, c'était le quinzième mot de menace que Juliette recevait. Ajoutés à la missive particulièrement alarmante que son père lui avait envoyé, les nerfs de la jeune fille était à vifs. Si ce type d'affaire venait à se répéter, elle ne donnerait pas cher de sa peau et elle serait réduite à compter les jours qui la sépareraient de son départ de Poudlard. Fred et James aussi avaient été considérablement touchés par les esprits échauffés de leur maison, et dans leur cas, c'était du nouveau. Jamais leur réputation n'avait été entachée, on les prenait davantage pour les rois de Poudlard, même l'écart de Fred durant le match avait surtout apporté une dose de railleries et non un rejet certain de leurs pairs.
L'atmosphère bon enfant qui régnait alors au sein des Gryffondor n'était plus du tout au beau fixe. D'ordinaire, James et Fred s'appliquaient à mettre une ambiance joviale en salle commune, discutant avec un peu tout le monde et inspirant l'admiration des plus jeunes. Cependant, c'était de l'ordre du révolu. Fred fuyait autant que possible les foules, évitant ainsi les soirées en salle commune et James quant à lui était devenu si détestable que personne ne voulait plus l'approcher sous peine de subir ses foudres. Macmillan était le premier à s'en plaindre, notamment pour les séances d'entraînement, mais lui-même craignait tellement ses excès de mauvaise humeur qu'il n'osait plus lui faire la moindre remarque.
De son côté, Juliette n'avait rien changé à ses habitudes, elle se surprenait même à passer des heures et des heures avec Rose sans qu'elles ne se prennent la tête, ce qui n'était pas le cas d'Albus. Juliette le savait, tant qu'elle ne faisait pas perdre de points à leur maison, elle pouvait faire tout ce qu'elle voulait, mais cette fois, cette histoire avait eut trop de conséquences pour le préfet qui prenait la cause de Gryffondor très à cœur. S'il n'y avait pas eu Cameron et Rose, Juliette se serait sentie bien démunie face à tous ceux qui lui tournaient le dos.
Bien sûr, Albus n'était pas vraiment en colère contre elle, mais ce n'était pas le cas de James qui lui au contraire paraissait s'appliquer à lui montrer ses ressentiments à tout moment de la journée : à la moitié des séances de Quidditch auxquelles il assistait et même quand ils se croisaient dans les couloirs.
– Désolé, je suis en retard, j'avais un truc urgent à régler...
Le souffle court, Cameron ferma la porte de la salle dans laquelle ils s'entrainaient. Juliette s'empressa alors de ranger le morceau de parchemin de menace dans son sac et lui sourit. Le Serpentard jeta un bref coup d'œil au geste précipité de la jeune fille, fronça les sourcils, puis déposa ses affaires.
– On bosse sur les informulés maintenant ? proposa alors Cameron en se rapprochant d'elle. Parce que quelque chose me dit que la retenue de ce soir sera nettement plus longue que les autres.
– J'avais oublié, soupira Juliette en se frappant le front du dos de sa main. Et moi qui pensais être débarrassée de James pour une soirée.
Cameron se contenta de hausser les sourcils, n'en pensant pas moins.
– Bon, on s'y met ?
Avec un sourire rayonnant, Juliette sauta de la table sur laquelle elle était assise et sortit sa baguette, prête à en découdre.
Juliette et Cameron travaillaient dur pour la remettre à niveau. Ayant accumulé beaucoup de retard principalement dans la pratique, Cameron se montrait impitoyable quand il remarquait que Juliette n'était pas au meilleur de ses capacités, lui démontrant que son manque de confiance en elle influençait grandement sur ses pouvoirs magiques. Personne n'était arrivé à lui faire faire de tels progrès en si peu de temps. Si le chemin entre ses anciennes inaptitudes et les notes optimales était encore long à parcourir, Cameron la rassurait en lui affirmant que oui, c'était dans ses cordes.
Lorsque l'estomac de Juliette gargouilla après avoir passé une heure à s'entrainer sur les informulés en défenses contre les forces du Mal, ils décidèrent tous les deux de faire une pause bien méritée avant de se rendre à leur retenue. Tout ce qu'ils savaient, c'était que le professeur Tourdesac leur avait fait parvenir un message leur disant d'être dans le hall d'entrée à huit heures tapantes. Et ce lieu si inattendu avait le don d'intriguer Juliette au plus haut point tandis que Cameron et elle descendaient les étages.
– Ça te dirait, un passage de l'autre côté ? suggéra Cameron.
– Pardon ? s'étonna Juliette en faisant attention à ne pas rater une marche.
– On pourrait manger ensemble à ma table.
Bouche bée, Juliette s'arrêta en plein milieu des escaliers du premier étage. Depuis quand Cameron lui faisait de telles propositions ? Mais remarquant que son invitation à sa table troublait la Gryffondor à ce point, il soupira.
– Tu crois vraiment que je suis aveugle, Juliet ? Tes poches débordent des mots doux que tes amis n'arrêtent pas de t'envoyer. Si tu venais manger avec moi à la table des Serpentard, je pense que ça y mettrait un terme. Personne n'est venu me voir quand toute ma maison a appris que je leur avais fait perdre cinquante points.
– Oui mais... moi ? A la table des Serpentard ? balbutia Juliette.
– C'est ce que je te propose, en effet.
– Tu ne sais pas ce que ça implique.
En proie aux tourments, les pensées de Juliette s'entrechoquaient pour ne plus être cohérentes les unes entre les autres. Cameron ne pouvait pas être sérieux. Si effectivement elle mangeait à ses côtés, non seulement on la laisserait enfin tranquille mais surtout, les rumeurs qui courraient entre eux seraient fixées : Juliette Hardy et Cameron Lloyd seraient officiellement ensemble. Et Juliette n'avait pas du tout pensé à cette possibilité. Faisant des efforts pour calmer les battements erratiques de son coeur, Juliette déglutit difficilement devant le regard de Cameron rivé au sien.
– Au contraire, je crois que si, répliqua lentement Cameron en se rapprochant d'elle dans les escaliers.
Cameron monta une nouvelle marche, qui précédait celle où Juliette, raide comme un piquet, se tenait. Même une marche en dessous d'elle, il restait plus grand qu'elle. Elle était bien plus obnubilée par sa proximité très étroite avec le Serpentard et par la lueur vive qui brillait dans ses yeux.
– Prouve-moi que tu n'es pas la stupide et superficielle copine de Potter et Weasley qui ferait tout pour sauver son honneur de Gryffondor. Je sais que tu vaux mieux que ça.
– Qu'est-ce-qu'on attend ? le défia-t-elle en prenant un peu plus d'assurance face à ses paroles.
Une dizaine de minutes plus tard, Juliette prenait donc l'attitude la plus Andréenne qu'elle connaissait en honneur à sa sœur et accessoirement, pour se donner contenance en s'asseyant à la table des Serpentard, la table opposée à celle des Gryffondor. C'était la première fois qu'elle s'asseyait à une table qui n'était pas la sienne et encore moins en la compagnie de Cameron. Si on lui avait dit qu'elle était arrivée à ce stade, elle aurait cru que c'était une bonne blague. Cependant, elle se trouvait là aujourd'hui, très proche du garçon le plus redouté de Poudlard, en froid avec le reste de sa maison.
Juliette faisait dos au reste de la Grande Salle, aussi faisait-elle attention à la moindre expression de Cameron lorsqu'il regardait autour de lui. Déjà, Juliette remarquait les trop nombreux regard tournés vers eux côté Serpentard alors quand elle faisait face au visage serein et détendu de Cameron, elle se demandait comment il faisait pour ignorer l'attention qu'on leur portait. Car elle en était persuadée, Juliette aurait juré que des dizaines de regards curieux ou outrés lui vrillaient le dos.
– Tiens donc, bonsoir Juliet.
Sur le qui-vive, la Gryffondor intruse lâcha la cuisse de poulet qu'elle était en train de se servir. Maisie Lloyd s'installait tranquillement à côté d'elle comme si elles étaient de vieilles amies. Reprenant les conseils de Rose un peu plus tôt dans la semaine, elle essaya de se convaincre d'agir aussi naturellement que possible. Maisie, extérieure au combat intérieur qui avait lieu en elle, commença à se servir dans le plat de spaghetti.
– Qu'est-ce-que tu fais ? demanda froidement Cameron en la toisant.
– Je viens manger, Cam, tout comme toi, lui répondit sa sœur, tout sourire.
– Bien sûr, tu décides de venir manger avec moi, ce soir ?
Maisie soupira avant d'attraper son verre de jus de citrouille. A côté, Juliette n'en menait pas large, elle décortiquait son poulet à l'aide de sa fourchette. La présence de Maisie avait eu raison de son appétit pour ce diner chez les Serpentard.
– Je me préoccupe de ton bien, tu sais, se défendit Maisie d'une voix douce, faussement vexée. Et j'ai aussi envie d'apprendre à connaître ta petite amie.
Cameron demeura impassible, ses yeux rivés à ceux de sa sœur. Pourtant, Juliette n'arrivait plus à faire semblant. Elle n'avait aucune envie de terminer son repas avec Maisie Lloyd à ses côtés.
– La petite amie te dit d'aller te faire voir, Lloyd, lança sèchement Juliette avant de se lever.
– On se voit plus tard alors, Hardy, répondit Maisie, pleine d'aplomb.
Juliette ne daigna pas s'attarder sur Maisie, elle lança un sourire désolé et furtif à Cameron qui la regardait avec des yeux ronds. Puis elle quitta rapidement la Grande Salle. Mais arrivée dans le hall d'entrée, Juliette laissa disparaître son air sûre d'elle qu'elle s'était efforcée de conserver depuis qu'elle s'était assise à la table des Serpentard. Dépitée, Juliette alla s'asseoir sur la première marche du grand escalier de marbre. Certains élèves lui jetaient des regards curieux en passant, mais peu importait : elle ne se sentait pas bien.
– Juliet...
La jeune fille leva les yeux vers Cameron.
– Je n'aurais pas du te proposer ça ce soir.
– Ne t'en fais pas, ça va.
Cameron, gêné, resta planté en face d'elle, ne sachant que faire. Puis il alla s'asseoir à ses côtés, silencieux.
– Je ne la comprends pas, déclara enfin Juliette d'un ton distant. Elle vient me menacer hors du château parce que je passe du temps avec toi, le lendemain, Andrea disparaît, et maintenant elle fait comme si on était les meilleures copines du monde. Ta sœur est dérangée, Cameron. Je ne vous connais pas mais j'ai un mauvais pressentiment…
Le Serpentard entrouvrit la bouche pour répondre, mais se ravisa au dernier moment. Il sembla se prendre d'intérêt pour la torche flamboyante sur leur gauche.
– Tu n'es pas d'accord ? lui demanda-t-elle au bout d'une minute de silence en se tournant vers lui.
– Je ne sais pas, avoua Cameron à voix basse tandis qu'un groupe de Serdaigle passait à leur niveau.
Juliette était très loin d'être satisfaite de sa réponse. Elle décida d'insister, incertaine que ce soit la meilleure chose à faire.
— Qu'est-ce-qui ne va pas avec elle ?
— Rien… répondit vaguement Cameron en regardant dans le vide. La seule chose que je lui reprocherais, c'est de faire tout ce que mon père lui dit sans réfléchir…
Sa voix était sombre, comme s'il regrettait de s'être trop confié. Pourtant, il était trop tard. Juliette ne pouvait pas faire semblant de n'avoir rien entendu et elle se promit que dès ce soir, elle irait tout raconter à Albus et Rose. Quel genre de choses pouvait bien lui demander de faire ? Sceptique, Juliette commença à se tripoter les mains nerveusement.
L'arrivée de James et de Fred coupa alors court à ses réflexions, l'heure de la retenue était arrivée. Comme à son habitude, Juliette reçut de la part de James un regard noir, tandis que Fred lui souriait un peu tristement. Quelques minutes plus tard, le professeur Tourdesac arriva le menton haut en compagnie de la nouvelle concierge, Rebecca Morris. Juliette et Cameron se levèrent pour rejoindre le petit groupe. Mais avant qu'ils ne soient arrivés à leur hauteur, Juliette retint Cameron par le coude, se dressa sur la pointe des pieds et lui murmura à l'oreille :
– Ne crois pas que je vais te laisser t'en tirer aussi facilement.
– Je sais.
Quand il furent arrivés aux côtés du professeur, de la concierge, de Fred et de James, l'inquiétude reprit le pas sur la détermination qu'elle avait à découvrir ce que Cameron lui dissimulait. Le sourire sadique du professeur Tourdesac se lisait aisément sur son visage. A ses côtés, Morris paraissait naturelle, presque enjouée à l'idée de la retenue qui se profilait. Elle tenait également deux ou trois morceaux de parchemin dans ses mains.
– Bonsoir, les salua la professeur de défenses. Ce soir, votre retenue est un peu spéciale. Puisque rien ne vous arrête, peut-être qu'un petit tour dans la forêt interdite fera disparaître votre grande passion commune, celle d'enfreindre le règlement de l'école. Miss Morris a besoin de mains supplémentaires pour sa thèse, elle vous donnera plus de détails dans un instant. Mais sachez que vous retournerez dans la forêt interdite autant de fois qu'il le faudra pour que votre mission soit terminée. Me suis-je bien faite comprendre ?
– Mais la forêt est interdite, professeur, remarqua faiblement Juliette sans pouvoir s'en empêcher.
– Très pertinent, miss Hardy, je n'en attendais pas moins de votre part. C'est une retenue, miss, pas des vacances.
Pâlissant à vue d'œil, Juliette ne fit même pas attention au coup d'œil moqueur de Fred. Elle n'avait jamais mis un pied là-bas, à l'exception de son cours de soins aux créatures magiques. Cette forêt l'angoissait au plus haut point, et elle s'était toujours sentie mal à l'aise quand elle et ses amis passaient à la lisière. Et après ce qui était arrivé à Andrea, Juliette se sentait fébrile en imaginant ce qu'elle avait enduré là-bas. Non, elle ne pouvait pas y aller.
– Vous vouliez faire deux groupes Rebecca ? l'interrogea Tourdesac.
– Oui, pour couvrir plus de terrain, répondit joyeusement la jeune femme avant de se tourner vers Juliette. Tu peux venir avec moi, si tu veux.
Intérieurement, Juliette fut soulagée : plus nombreux ils étaient et plus elle se sentirait rassurée. Malgré tout, sa fierté en prit un coup. On devait lire son appréhension et son angoisse à des kilomètres à la ronde.
– Très bien, reprit le professeur Tourdesac après avoir réfléchi intensément. Hardy, Potter, vous accompagnerez miss Morris, Weasley et Lloyd, tâchez de ne pas vous entretuer.
Juliette songea avec dépit qu'elle avait fait exprès de le séparer de Cameron. Pourtant, quand Juliette écopa du regard glacial que James lui lançait, elle regretta amèrement de ne pas faire sa retenue avec Fred. Enfin, Tourdesac leur souhaita bonne chance avant de s'éloigner d'un pas léger en direction des étages. Rebecca Morris eut un sursaut et entraina les élèves dans le parc.
Une fois dehors, la tension ne fit qu'augmenter pour la jeune fille, elle avait un mauvais pressentiment. Rien de la neige qui craquait sous ses pieds ou du ciel étoilé ne parvint à la détendre. Et que voulait dire la vieille chouette quand elle parlait de couvrir du terrain ?
– Entre nous, ne prenez pas ça comme une retenue, leur dit Rebecca Morris sur le ton de la confidence. Je vous serais infiniment reconnaissante si vous pouviez m'aider.
– Tout ce que tu voudras, répondit Fred, enjôleur.
Rebecca le gratifia d'un regard indulgent, puis continua :
– Je ne peux pas vous révéler maintenant le sujet de ma thèse, mais je vais avoir besoin de certaines choses pour l'appuyer, c'est là que vous intervenez.
Faisant face au regard curieux et circonspect des quatre étudiants, Rebecca sourit et distribua deux de ses parchemins à James et à Fred. Mais au moment où James posa les yeux sur le morceau de parchemin, il ouvrit de grands yeux ronds.
– Tu as besoin de ça ? demanda Fred en se tournant à nouveau vers l'assistante de Rusard.
A la grande surprise de Juliette et pour la première fois depuis des semaines, James ne la regarda pas avec son air dédaigneux. Intriguée, Juliette prit le parchemin qu'il lui tendait. Aussitôt, elle se sentit prise de vertiges. C'était la liste d'ingrédients que Rose et Albus avaient trouvé dans le bureau de Aaron Lloyd.
– Pourquoi le sujet de la thèse est secret ? Vous avez reçu de l'aide d'un de nos professeurs ?
Depuis plus d'une demi-heure, Juliette harcelait Rebecca pour lui soutirer des réponses à ses trop nombreuses interrogations. Elle était tellement obsédée par la liste qu'elle avait complètement oublié qu'elle était censée être en retenue. L'assistante de Rusard ne s'offensait pas de l'attitude presque agressive de la sixième année. En fait, elle ne l'écoutait pas vraiment. Rebecca était davantage concentrée sur sa mission : elle savait qu'ils ne trouveraient jamais tout ce dont elle avait besoin dans la soirée, malgré tout elle s'était fixée l'objectif de trouver le repère des acromantula de la forêt. Elle avait même chargé les deux élèves de s'occuper des crins de licorne.
– Concentre-toi et regarde autour de toi, lui répétait vaguement Rebecca pour la dixième fois.
Loin d'être satisfaite, Juliette se tut bien que rester silencieuse la démangeait tellement ses nerfs étaient à vifs. Avant qu'ils ne se séparent pour aller chacun de leur côté, Juliette avait surpris Cameron rester figé sur le maudit morceau de parchemin et le fait qu'il ait été aussi interloqué qu'elle ne l'aidait pas à se calmer face à cette trop grosse coïncidence. Le peu d'assurance qu'elle avait réussi à rassembler pour se rendre au beau milieu de la forêt interdite lui avait été arraché par ce parchemin gribouillé d'ingrédients rares : il n'y avait pas de doute, il s'agissait de la même liste, des mêmes ingrédients et Juliette aurait même juré qu'ils avaient été écrits dans le même ordre.
– Juliet, l'appela alors James qui marchait derrière.
Surprise, Juliette se retourna et faillit trébucher sur une racine d'arbre. Éclairé à la lueur de sa baguette magique, James paraissait tendu. Il n'avait pas dit un mot depuis qu'ils étaient partis en expédition et à vrai dire, Juliette l'avait presque oublié tellement son comportement effacé ne lui ressemblait pas. Prenant un air aussi indifférent que possible – elle lui en voulait toujours après tout –, elle attendit qu'il la rattrape.
– Pourquoi Albus avait cette liste ? lui demanda-t-il à voix basse.
– Pas tes affaires, répliqua Juliette du même ton bas.
– Où vous l'avez trouvée ?
Lui non plus, James ne se départait pas de sa résolution à en savoir plus sur le morceau de parchemin que lui avait présenté son frère des semaines plus tôt.
– Tu sais quoi, James ? Mes bons sentiments m'empêchent de te révéler quoi que ce soit. Je n'ai pas envie de te faire du mal, tu comprends ?
– Hé vous deux !
Rebecca s'était tournée vers eux et les regardait avec sévérité.
– Je veux bien être sympa mais ce n'est pas une raison pour papoter, reprocha-t-elle, baguette levée.
– On était loin de papoter, répondit froidement James après avoir lancé un énième regard dédaigneux à Juliette.
– En plus, je vous ai donné la mission la plus simple, poursuivit Rebecca, une moue ennuyée au visage. Les licornes se prennent leur crinière dans les buissons. Ouvrez l'œil.
La jeune femme les jaugea du regard l'un après l'autre, puis elle se retourna et reprit son chemin. Aussitôt, James la suivit sans rien ajouter. Quant à Juliette, elle resta plantée là, se demandant avec mélancolie comment ils avaient fait pour en arriver là. Leur complicité lui manquait, et encore plus maintenant que de sombres secrets trainaient dans les couloirs de l'école. James, c'était celui qui avait été là pour elle quand elle se disputait occasionnellement avec Rose ou Albus et c'était aussi celui qui lui faisait oublier ses soucis rien qu'avec un Souaffle. Aujourd'hui, elle sentait presque abandonnée.
Soudain, un loup hurla au loin. Juliette se secoua la tête, encore trop pensive. En reprenant ses esprits, elle vit les deux silhouettes ainsi que la lueur de leur baguette magique s'enfoncer un peu plus profondément entre les arbres. Réprimant un frisson d'angoisse, Juliette repartit d'un pas pressé, jetant un coup d'œil derrière son épaule. La jeune fille avait peur. Les craquements qu'elle entendait autour d'elle, les hululements de chouette et des bruits de sabots occasionnels la faisait violemment sursauter.
Et surtout, la révélation que Cameron lui avait faite quelques jours plus tôt ne faisait qu'accroitre sa paranoïa. Si Aaron Lloyd pouvait se transformer à volonté en hibou, elle ne se sentait définitivement pas en sécurité. Angoissée, ses regards frénétiques lancés autour d'elle se multipliaient à mesure que les minutes s'écoulaient. Juliette avait beau se mettre la mission de trouver ces crins de licorne en tête, ses pensées se tournaient inévitablement vers son professeur de métamorphose. Que fabriquait-il avec cette liste d'ingrédients si cela faisait parti de la thèse de Rebecca Morris, l'américaine fraîchement débarquée ?
La seule certitude que Juliette pouvait avoir, c'était qu'il ne pouvait pas s'agir d'une simple coïncidence.
Sur le qui-vive, elle resta dans les traces de James tandis qu'ils poursuivaient leur recherche dans le silence trop lourd pour être normal. Ils étaient arrivés dans une partie de la forêt où les arbres étaient denses et où la faible lueur apportée par une baguette magique n'éclairait pas plus loin que trois mètres. Le cœur battant à tout rompre, Juliette avait la désagréable impression d'être observée, et le temps n'allait pas en s'améliorant. Quand soudain, un éclat argenté attira son attention. Momentanément heureuse de sa trouvaille, Juliette quitta à pas prudents l'étroit chemin qui n'en était pas vraiment un.
Un crin de licorne gisait là, sur le sol. Pourtant, en le ramassant, les questions se bousculèrent dans sa tête. Cet endroit ténébreux était bien trop sauvage pour un tel animal. Elle se souvenait très bien d'un de ses cours de soins aux créatures magiques où Hagrid leur avait précisé que ces créatures magiques préféraient les clairières et grands espaces. Et puis, en y réfléchissant, une licorne était un animal bien trop imposant pour circuler entre les troncs d'arbre. Aussi s'empressa-t-elle de ramasser l'unique crin avant de se rendre compte qu'effectivement, elle était observée.
Quand James entendit crier, il fit volte-face. Juliette n'était plus derrière lui. Son sang ne fit qu'un tour, il revint sur ses pas en ignorant les appels de Rebecca Morris un peu plus loin. Il brandit sa baguette autour de lui à la recherche de la jeune fille, mais elle était introuvable. Pourtant il lui avait semblé que son cri n'était pas si éloigné que ça... En ne la voyant pas se manifester, le souvenir d'Andrea Hardy qu'on ramenait de la forêt interdite s'imposa à son esprit. Aussitôt, une masse s'abattit sur son estomac. Pas elle.
— Juliet ? l'appela-t-il d'un ton pressé. JULIET !
