Dernier chapitre pour aujourd'hui. Demain, samedi, j'en poste 4 (22, 23, 24, 25)! Je suis folle! et dimanche, ce sera la dernière ligne droite avec le 26, 27et le tout dernier, l'épilogue! Donc dimanche, vous aurez toute la fic


21

Harry tournait en rond dans le bureau de Severus. Il n'arrivait pas à s'occuper l'esprit, pas assez longtemps pour patienter jusqu'à dix heures, heure à laquelle Mr Eargit devait venir pour l'héritage mais aussi pour la lecture testamentaire. Le futur prince s'était un peu renseigné ça et là pour savoir ce qui allait se passer et il s'était rendu compte que le testament pouvait concerner également les Dursley, Pétunia étant la sœur de Lily. C'était ce que le jeune homme avait compris en posant des questions aux membres du Cabinet princier ainsi qu'à Lady Malefoy qui en savait bien plus sur beaucoup de sujets qu'elle ne le laissait supposer. Severus avait tenté de le rassurer en lui rappelant que son oncle et sa tante avaient tenté d'avoir ce qui lui revenait de droit avant qu'il n'ait le temps d'en profiter. Cependant, l'ancien prostitué était assez pessimiste.

– Pour l'amour de Dieu, soupira Severus en le voyant entrer dans son bureau pour la quatrième fois. Va t'asseoir, tu me donnes le tournis !

– J'arrive pas à rester assis !

Harry le fixa comme un chiot en manque d'affection. Severus se demandait ce qui allait encore lui tomber dessus. Depuis le début de la matinée, son fiancé ne paraissait pas capable de se tenir tranquille. Nerveux au possible, il avait cassé un vase précieux en trébuchant sur un tapis dans un des couloirs – le prince se demandait encore comment il avait réussi son coup –, brisé une assiette en porcelaine et parsemé la nappe de jus d'orange.

– Ce n'est qu'une lecture de testament, pas un examen important. Pourquoi tu t'inquiètes autant ? Pour les Durlsey ? Je suis convaincu qu'ils n'ont rien. Laisse tes ongles ! tempêta Severus en voyant Harry dévorer le bout de ses doigts avec application. Assis !

Docile mais nerveux, Harry se laissa tomber dans un fauteuil et attendit, le regard rivé sur la petite pendule posée sur une commode derrière Severus. Il pouvait presque entendre le tic-tac.

À dix heures, il bondit mais un claquement de langue de son fiancé l'obligea à rester à sa place. Le notaire était en retard et Harry aurait préféré qu'il soit en avance. Certes, il n'avait que trente secondes... quarante... une minute de retard mais ce n'était plus dix heures.

À dix heures trois, Hermione fit entrer un homme d'une cinquantaine d'années, aussi chauve qu'un caillou et le visage rougeaud. Le large manteau ne parvenait à cacher une silhouette épaisse.

– Votre Altesse, fit l'obèse en s'inclinant tant bien que mal devant un Severus qui s'était levé.

– Maître Eargit je suppose. Je vous présente mon fiancé, Mr Potter.

Eargit regarda Harry avec un tel air d'enchantement que le jeune homme en fut mal à l'aise.

– C'est une joie, Mr Potter, fit Maître Eargit.

– Heu...

Severus prit l'initiative de diriger un peu le notaire et son fiancé pour que l'affaire soit rapidement conclue. Il avait du travail et pouvait assurer que leur invité en avait tout autant.

– Merci d'avoir accepté cette entrevue si rapidement et surtout d'avoir fait le déplacement jusqu'ici.

– Pour Mr Potter, j'étais prêt à me déplacer loin. J'attends ce moment depuis le décès de vos parents, décès dont je ne peux que vous exprimer mes sincères condoléances, Mr Potter.

– Je...

Il regarda Severus sans savoir que répondre. Il se moquait un peu de ces condoléances, ses parents ne reviendraient pas mais il presque certain que la réponse ne convenait pas. Son fiancé mima un « merci » du bout des lèvres.

– Merci, dit-il alors. Heu... Je vous en prie ? ajouta-t-il en désignant un siège à ses côtés sous le nouveau coup de tête discret de Severus qui désignait la chaise en se souvenant de cette scène gênante avec Narcissa Malefoy qui avait pris les devants en proposant de s'asseoir.

Non, il n'était vraiment pas au fait des us et coutumes de la société. Les ronds de jambes étaient bien trop nombreux pour lui mais il se faisait un devoir de les apprendre, ne serait-ce que pour ne pas passer pour un idiot dépourvu du moindre savoir-vivre.

Apparemment, il avait bien fait car maître Eargit prit place sans faire une seule grimace et Severus semblait satisfait. Le notaire tira de son attaché-case une pochette cartonnée qu'il plaça sur ses genoux puis un dictaphone.

– Puis-je enregistrer l'entrevue afin que je puisse avoir des preuves que la lecture a bien eu lieu ? Normalement je ne le fais pas car tout se passe à l'étude. Ce n'est que pour le procès verbal, il n'est en aucun cas question de diffusion.

Les deux hommes hochèrent la tête.

– Poudlard, le neuf juillet de l'année deux mille deux et il est dix heures cinq. Lecture testamentaire des volontés de Mr James Fleamont Potter et de son épouse Lily Potter née Evans devant Son Altesse Sérénissime le prince Severus Tobias Rogue et Mr Harry James Potter, futur prince consort, par maître Eargit, notaire exerçant à Londres, au cabinet Gobelins.

Il leva les yeux de son dictaphone afin de savoir si ce qu'il avait dit était correct. Comme personne ne releva d'erreur, il continua.

– Lecture testamentaire, reprit-il en ouvrant la chemise. Testament ouvert devant témoins la première fois le 10 décembre 1981 en présence de Pétunia Dursley née Evans, sœur de la défunte, et son époux Vernon Marco Dursley.

Il récupéra une enveloppe autrefois cachetée et en tira plusieurs feuillets couverts d'une écriture manuscrite.

– « Moi, James Fleamont Potter, sain de corps et d'esprit, rédige aujourd'hui, mercredi 5 août 1980, mon testament devant maître John Eargit, notaire, Sonia Fudge, clerc de notaire et Lily Potter née Evans, mon épouse, comme le veut la tradition de la famille Potter après la naissance d'un enfant.

Titulaire d'une assurance vie et de plusieurs comptes, de biens mobiliers et immobiliers, je les lègue à mon épouse Lily Potter ainsi qu'à mon fils Harry James Potter.

En cas de décès des deux parents, James Fleamont Potter et Lily Potter, Mr Harry James Potter sera confié à la garde à la garde de Pétunia Dursley, née Evans, la sœur de mon épouse avec le devoir d'éduquer d'aimer mon enfant Harry comme le sien. »

Un petit rire poussa maître Eargit à interrompre la lecture pour lever le nez vers Harry qui secouait la tête, l'air goguenard de quelqu'un qui est bien loin de croire ce qu'il entend.

Pour Harry, ses parents étaient bien inconscients d'avoir osé déclarer que leur fils devait aller chez les Dursley. Personne n'avait pu croire que cette famille était incapable d'élever un enfant, qu'ils allaient malmener leur neveu ? Comment deux êtres sains d'esprit avaient pu envisager cette solution ? N'y avait-il eu aucun ami de ses parents pour prendre soin de lui ? N'avait-il ni parrain ni marraine ? À moins que tous ne soient morts avant.

Une grosse boule se forma dans sa gorge, tristesse mêlée de rage, d'amertume et d'une forte envie de vomir. Il devait se reprendre pour ne pas fondre en larmes devant témoins. Devant Severus, c'était limite mais devant un inconnu, ce n'était pas tolérable. Même les Dursley ne l'avaient pas vu éclater en sanglots.

Toute son enfance avait été ruinée à cause d'un choix mal avisé. Lui qui avait toujours vu idéalisé ses parents venait de se rendre compte qu'ils avaient anéanti sa vie dès l'instant où il était né. Il avait toujours pensé que Lily et James avaient voulu le meilleur pour lui mais en réalité, c'était comme s'ils n'en avaient rien eu à faire de lui.

– Je renonce, murmura-t-il en se relevant soudain.

– Pardon ? fit les deux autres hommes d'un même ton surpris.

Severus se leva à son tour.

– Veuillez nous excuser, dit-il à l'intention de maître Eargit.

Il prit la main de Harry et le poussa à le suivre sur le balcon en prenant bien soin de tirer le battant de la fenêtre pour conserver un tant soi peu d'intimité.

– Tu renonces ?

– Oui ! Je renonce à tous leurs trucs ! Ils m'ont foutu chez les Dursley !

– Laisse-moi bien comprendre ce que tu es en train de me dire, tu renonces à tout, simplement parce qu'ils ont fait un mauvais choix ?

– Ouais !

– Tu n'es qu'un idiot décérébré, un sombre cornichon dépourvu de cerveau avec la rancune d'un gamin immature ! tempêta Severus.

– Je t'emmerde.

– Moi aussi ! Tu vas foutre un rêve en l'air pour quoi ? Parce que tu leur en veux d'avoir essayé d'agir pour le mieux avec toi ? Certes, ce choix n'était pas le meilleur, surtout vu ce qui s'est passé par la suite, mais merde, Harry, ils espéraient sans doute que ta tante serait telle une mère pour toi ! Si Lily n'avait pas pensé que sa sœur pourrait t'aimer, jamais elle n'aurait pris cette décision ! Tu ne sais pas ce qu'il s'est passé entre la mort de tes parents et ton arrivée dans cette famille ! Tu n'en sais rien ! Qui sait, Pétunia et Lily étaient peut-être très proches ! Oui, je me fais l'avocat du diable, avec raison à l'évidence. Réfléchis deux secondes à ça avant de dire que tu renonces sur un coup de tête !

– T'en sais quoi que c'est un coup de tête ? éructa Harry.

– Espèce d'âne bâté ! Ne me prends pas pour un con, ne fais pas cette erreur, Harry James Potter ! Et comporte-toi en adulte responsable et non en gamin !

– Je suis pas un putain de gosse, hurla Harry. J'en ai jamais été un !

– Alors montre que tu es un adulte ! Montre que tu as vingt-et-un ans et pas cinq !

Severus prit une profonde inspiration. Brailler sur Harry ne servirait à rien sauf à le braquer et ce n'était pas le but de la manœuvre.

– Tu n'as pas eu cette enfance que d'aucuns ont et j'en suis désolé, mais ne blâme pas tes parents pour ça. Ne leur en veux pas. Je suis certain qu'ils auraient voulu prendre soin de toi eux-mêmes et non que quelqu'un d'autre s'occupe de toi. Je suis certain aussi que ce testament avait juste un but informatif, pour bien plus tard. Ils n'avaient pas idée quelques mois plus tard, tu serais entre les mains des Dursley. Ton père a fait ce testament par mesure de précaution, pour que tu ne sois pas sans rien s'il arrivait malheur.

– J'étais moins en sécurité là-bas que dans un orphelinat.

– C'est vrai mais ça, à la mort de tes parents, rien ne pouvait prédire que tu aurais cette vie.

– Le notaire a déjà lu ce machin à mon oncle et ma tante. Ils savaient ce qu'ils auraient ou non.

– Oui, en tant que tuteurs légaux, à ta mort, ils rafleraient sans doute l'entièreté de l'héritage. Ils n'ont rien eu. Renonce et je ne sais pas où ira ce que ton père te lègue. Ça serait dommage que ça finisse dans la poche de ceux qui ont voulu ta mort et qui obtiennent ton héritage alors que tu es vivant.

Harry soupira, Severus savait taper là où ça faisait mal et pousser les gens à réfléchir. Néanmoins, il avait parfaitement raison et ça, pour Harry, c'était intolérable.

– Si je renonce, annonça-t-il en rentrant dans le bureau, qui seront les héritiers ?

– Eh bien, Mrs Dursley étant la sœur de votre défunte mère, elle serait donc l'héritière légitime, vos parents ayant fait un mariage sous le régime de la communauté de biens. Tous vos biens reviendront à votre tante.

Rien que l'idée de voir tout revenir à sa tante avide, Harry frissonna.

– Ok, alors oubliez, je renonce pas. Pouvez continuer.

Ils reprirent chacun leur place et l'obèse continua sa lecture, satisfait.

– « Pour les Dursley, en cas de décès, leur sera allouée une somme afin de couvrir les dépenses occasionnées pour leur neveu. Harry James Potter devra faire ses études au pensionnat de Stowe, à Buckingham. Sa pension devra être réglée dès son entrée à treize ans. Quant au primaire, il est laissé aux Dursley le soin de choisir une bonne école. »

– Bande de bâtards ! explosa Harry. Ils ont respecté aucune des volontés de mes parents ! Putain, j'y crois pas ! Comment je peux savoir combien ils touchaient pour moi ?

– Eh bien, il est stipulé ici, reprit maître Eargit, qu'il leur sera versé mensuellement une somme de quatre cent Livres Sterling pour l'habillement, les soins, les jeux, jusqu'à vos quatre ans, puis quatre cent Livre Sterling additionnés aux frais de scolarité, élevés à près de sept cent Livres Sterling annuels. À partir de vos treize ans, pour votre pension à Stowe, le montant est estimé à vingt-trois Livres Sterling journaliers jusqu'à votre majorité, donc un montant de quarante et un mille neuf cent soixante quinze Livres Sterling, en plus d'une certaine somme qui devait vous servir d'argent de poche, à hauteur de trois cent Livres Sterling, sans oublier les quatre cent Livres Sterling pour le quotidien.

– Ce qui fait combien en tout ?

– Environ cent cinquante mille Livres Sterling jusqu'à votre majorité.

Harry siffla. C'était une sacrée somme et il n'en avait pas vu la couleur. Pire, on lui avait seriné pendant des années qu'il n'était qu'un fardeau et que Vernon se saignait aux quatre veines pour le nourrir.

– Bandes d'enc...

Il se tut avant de choquer les oreilles de Severus et du notaire. Une chose était certaine, ça n'allait pas se passer ainsi.

– Il y a autre chose ? s'enquit-il.

– Quelques mots pour conclure et la liste de tous les biens ainsi que les montants que cela représente, les signatures et les paraphes des témoins.

– Vous devez tout lire ?

– Afin que tout soit en règle, oui.

– Bon. Si c'est la règle, alors suivons-la.

Le notaire reprit donc sa lecture armé de son dictaphone, laissant Harry écouter avec attention le détail des souhaits de son père. Il notait que sa mère n'avait pas fait de testament, c'était peut-être la volonté des deux pour certains points. Une chose était certaine, il allait demander de l'aide à Severus pour obtenir réparation pour l'injustice subie, quitte à faire appel à un avocat. Il aurait pu laisser cette somme pharamineuse mais comme il n'en avait pas vu la couleur, il voulait la récupérer, estimant que c'était un dédommagement normal pour les treize années d'enfer qu'il avait vécues.

Maître Eargit lui fit signer et parapher les documents, discuta encore un peu concernant la récupération des biens entreposés dans un garde meuble pour le mobilier, et pour les biens immobiliers, Harry pouvait en faire ce qu'il en voulait. La totalité de la somme des comptes de James Potter serait versée sur un compte déjà ouvert à son nom depuis sa naissance.

Une heure après le début de l'entrevue, Harry était toujours assis à sa place. Le notaire était parti.

– Tu vas faire quelque chose ? proposa Severus.

– Oh oui. Ils m'ont baisé pendant treize ans et je suis certain qu'ils m'ont enculé bien profond pendant les cinq années qui ont suivi. À mon tour de les...

– J'ai saisi le principal, pas la peine d'être aussi imagé. Et donc ?

– Et donc... tu crois que tu peux me trouver un avocat ?

– Oui, bien entendu, mais tu te sens de gérer le mariage et ça ?

– Ah oui, le mariage. Putain, je l'avais oublié lui. Je vais avoir besoin d'aide, non ?

– Si tu veux de l'aide, je peux t'en fournir.

– Je veux, ouais ! Enfin, merci. Heureusement que y a pas Noël à organiser ou une autre fête importante en même temps, sinon je suis mort.

Il se frotta les yeux puis les leva vers Severus, pris d'un doute.

– C'est quand ton anniversaire ?

– Pourquoi cette question aussi soudaine ?

– Je viens de me rendre compte que je savais pas ta date de naissance alors je me suis dit que... bah si je la loupais, ce serait con.

– Je ne fête jamais mon anniversaire, donc connaître ma date de naissance n'est pas utile.

– Pourquoi ?

– Parce que fêter une année de plus, je trouve cela stupide.

Harry le considéra froidement, presque dégoûté par tant de dédain alors que lui-même n'avait pas eu la chance d'avoir ne serait-ce qu'un cadeau.

– Un anniversaire, c'est super important. J'ai jamais fêté le mien, avec personne, t'sais. Quand j'étais dans la rue, je piquais des trucs dans les bennes à ordures des pâtisseries pour avoir un truc. Alors... je veux pas qu'on me dise que les gens le fêtent pas parce qu'ils ont eu trop de trucs.

– Pour ma part, ce n'est pas une question de cadeaux, de réceptions écœurantes, ou de fêtes amusantes, je n'ai jamais vu l'intérêt de fêter une année de plus. À trois ans, j'ai dit à mes parents que je ne voulais rien. Ma mère se bornait à me faire un cadeau et un gâteau mais à sa mort, je n'ai jamais été aussi heureux que le jour où je n'avais rien. Je ne veux pas d'attention. Ce n'est qu'une année de plus, je trouve inutile de marquer le coup.

– C'est quand ? !

– Harry, à quoi ça va te servir de le savoir ? soupira Severus.

– À penser à te le souhaiter et peut-être te faire un bisou, juste pour marquer le coup, comme tu dis.

– C'est une perte de temps.

– Quand ?

– Aujourd'hui.

Un cri de joie fit bondir Severus et alerta Hermione qui travaillait non loin. Le prince vit sa terreur personnelle lui fondre dessus et l'embrasser avec ferveur sur la bouche avant de lui souhaiter un très joyeux anniversaire.

– Tu vois que c'était pas compliqué.

– Fais-moi la promesse de ne rien organiser ni acheter.

– C'est quoi ton plat préféré ?

– Harry !

– Quoi ? J'ai bien le droit de te faire ça, non ? C'est ton jour, alors tu manges ce que tu aimes et ça, c'est pas négociable ! Dis-toi que c'est une façon de te remercier pour tout ce que tu as fait jusque là.

– Bien tenté. Bon, puisque tu es une bourrique, tu te chargeras de prévenir le cuisinier du changement de programme.

– Oh, yeah ! À plus !

Harry détala et Severus se demanda si c'était une bonne idée d'avoir révélé sa date d'anniversaire. Il sourit tandis que le baiser donné par son fiancé se faisait encore sentir sur ses lèvres. Tant pis si Harry faisait quelque chose cette année.

De son côté, Harry fila donner des ordres en cuisine, le cœur léger et très content de sa matinée.

Il déchanta rapidement après le déjeuner quand il dut se confronter à Lady Malefoy pour leur réunion préparation mariage. Lorsqu'elle arriva, elle était aussi rayonnante que le soleil. Pour un peu, Harry aurait pu en tomber éperdument amoureux, sauf qu'il était amoureux de Severus et que contrairement à ses clients, il était fidèle.

Oui, il était amoureux. Ces trois mots le remplissaient de joie autant que de peine à l'idée que ce ne soit pas réciproque. Il voulait tellement que Severus l'aime. Mais le prince en aimait une autre malgré les attentions envers son fiancé.

Harry se maudissait d'espérer vainement quelque chose qui ne viendrait jamais, aussi préférait-il souffrir en silence et prendre ce qu'on lui donnait, même si ce n'étaient que des miettes.

– Lady Malefoy, fit-il en accueillant dans le salon sa magnifique invitée. Vous êtes très en beauté aujourd'hui.

La belle femme éclata d'un rire cristallin.

– Rien de comparable avec vous, j'en ai peur.

C'était amusant, à chaque fois qu'on lui faisait ce genre de compliment, Harry se rappelait qu'il était la réincarnation d'un être presque divin et qu'il n'arrivait pas à se faire à cette idée, pas plus qu'à celle concernant sa soi-disant beauté.

– Je vous en prie, répondit-il, gêné.

Ils s'assirent l'un près de l'autre. Lady Malefoy tira ses documents. Ils n'avaient pas reparlé depuis leur entrevue la semaine précédente depuis que Harry avait accepté d'avoir Lady Malefoy comme organisatrice de mariage.

– J'ai ici plusieurs petites choses, commença-t-elle d'emblée.

Elle sortit le nuancier et une feuille vierge ainsi qu'un stylo.

– Quelle est la couleur que vous aimez le plus ?

– Vert, dit-il sans prendre le temps de la réflexion.

Ses yeux avaient toujours été sa seule fierté. Il les aimait et comme ils étaient verts, il avait appris à aimer cette couleur.

– Vert. Quelle sorte de vert ?

– Émeraude. Ouais, je sais, ça fait cliché mais c'est cette couleur que j'aime. Pourquoi ?

– Eh bien pour accorder certains détails avec la couleur de votre cravate. Il ne peut y avoir de fleurs, il faudra faire autrement mais le vert de la nature accentuera vos yeux. Non ?

– Peut-être, j'y connais rien. Faut commencer par ça ?

– Disons que c'est un début potentiel. Nous avons deux grands points à développer : le cocktail et la réception. De là, vont découler plusieurs choses.

– On peut voir la liste des gens à inviter et à éviter, non ?

Il avait une liste mentale et comptait bien la faire respecter.

– Bien entendu. J'ignore quel est le souhait de Son Altesse.

– Eh beh, j'vais lui demander.

Harry fila dans le bureau de son fiancé et se planta devant lui. Sans surprise, Severus était en train de travailler. Parfois, Harry se demandait ce qu'il pouvait bien faire penché ainsi sur son bureau, plume à la main à écrire comme un forcené de huit heures à dix-huit heures avec une heure et demi pour le déjeuner.

– Sev ?

– Je suis occupé, Harry, ça ne peut pas attendre ? À quelle heure doit appeler le Premier Ministre anglais ?

– Quinze heures, Votre Altesse et vous avez une réunion de votre cabinet dans quinze minutes.

Elle lui tendit différentes notes qu'il parapha, d'autres qu'il signa. Harry tapa du pied, impatient d'avoir enfin un peu d'attention.

– Sev !

– Je suis occupé.

– Putain, une question ! Une seule question.

– Qui risque d'engendrer d'autres questions. Donc pas maintenant.

– Si, maintenant sinon je risque de te faire chier pendant ta réunion.

Severus reposa sa plume et toisa enfin son compagnon si insolent en se demandant ce qu'il avait fait au ciel pour mériter une pareille punition.

– Je t'écoute, sois bref.

– Qui tu veux qu'on invite et qui tu veux pas voir pour le mariage ?

– Je comptais faire venir à la cérémonie les Poudlariens. Au cocktail et à la réception, comptons les mêmes.

– Donc... trois mille personnes.

– En somme, oui. Il faudra juste voir pour les salles du palais qui sont adaptées à autant de monde. Je te laisse choisir. C'est tout ?

Il n'attendit pas la réponse pour se replonger dans ses documents.

– Presque, je refuse de voir Parkinson. Lady Parkinson. Les autres, je m'en bats les couilles.

Il y eut un temps de blanc. Severus reposa définitivement son stylo plume après l'avoir rebouché.

– Hermione, pouvez-vous nous laisser deux secondes ? Et veuillez, je vous pris, refermer la porte. Je n'en aurais pas pour longtemps.

Hermione quitta le bureau. Harry eut l'impression de revenir quelques heures en arrière et que cette journée était décidément bien trop longue.

– Tu ne veux pas voir Lady Parkinson ? Et pourquoi donc ?

– J'ai mes raisons, faut vraiment que je les donne ?

– Eh bien, mettre de côté un de mes sujets comme cela, sans vraiment d'explications...

– Tu me fais confiance ?

– Oui.

– Alors oublie-la. Elle vient pas. Les Dursley non plus.

Le prince se massa les yeux et Harry se dit qu'il ne pourrait couper court aux explications. Comment dire à son futur époux que cette femme l'avait tué alors qu'il désirait absolument ne pas en parler ?

– Je... nous ne pouvons pas mettre de côté Lady Parkinson, c'est un membre influent de Poudlard.

– Une garce qui se fout clairement de toi et qui m'en veut à mort d'avoir pris la place de sa fille. M'en bat le steak qu'elle soit un membre influent ou une autre merde comme ça. Je veux pas la voir à mon mariage, un point c'est tout.

– Pourquoi ? Donne-moi une explication valable et...

– Mais putain, Sev, je peux pas la blairer, elle peut pas me blairer et je suis quasiment certain qu'elle fera tout pour me tuer !

– Tu racontes n'importe quoi.

– Ah bon ? Crois-moi, c'te nana, elle est méga dangereuse ! J'peux accepter tout le monde, sauf elle et si elle ose ramener sa face de pékinois, je fais appeler les flics.

Severus fronça les sourcils, stupéfait du sérieux de son amant. Harry haïssait apparemment un peu trop violemment Lady Parkinson et il avait vraiment l'air de penser que cette femme pouvait le tuer. Un doute atroce s'insinua dans ses veines et plus il y pensait, plus cela pouvait expliquer l'attitude étonnante de Harry.

Il vérifia d'un rapide coup d'œil que tout était fermé.

– Tu m'avais dit que c'était un canular, tu m'avais dit que...

Harry serra les dents, comprenant qu'il avait été percé à jour. Severus n'avait pas oublié l'attaque après la réception de Noël.

– C'était donc bien toi ?

– Ouais.

– Raconte-moi.

– Y a pas grand chose à en dire, elle voulait m'évincer du trône et y remettre sa fille par tous les moyens.

– En te tirant dessus ? Une chance qu'elle t'ait manqué sinon elle était bonne pour la prison à perpétuité.

Harry se retint de lui dire que le coup n'avait pas été manqué, loin de là. Il aurait pu lâcher la nouvelle mais n'avait pas envie d'une enquête et d'un procès, ni même de questions alors qu'il n'avait aucune trace de blessures ni même d'un séjour à l'hôpital en dehors de sa deuxième rencontre avec Walden McNair.

– Elle t'a raté, n'est-ce pas ?

Voyant que Harry ne répondait pas, Severus s'inquiéta. Il avait pourtant vu le corps de son amant après les faits et n'avait remarqué aucune plaie ni même cicatrice.

– Harry ?

– J'ai pas envie que t'appelle les flics, murmura le jeune homme.

– Si elle t'a blessé, je...

– Tu, rien du tout ! Dis-toi que... putain, ça m'arrache la gueule de dire ça mais tant pis. C'est pour la bonne cause.

– La bonne cause ? J'espère pour toi que tu plaisantes.

– Non, je suis sérieux, c'est ça le pire dans cette histoire.

En avisant le regard noir, Harry savait qu'il ne pourrait s'en sortir sans explications. Cette fois il était bon pour y passer.

– Ok, elle m'a tiré dessus et pendant un bref instant, je suis mort.

– QUOI ? hurla Severus en se levant brutalement, emportant son fauteuil au passage.

La porte du bureau s'ouvrit sur Gregory, Vincent, Hermione et Narcissa, tous choqués d'entendre leur prince brailler ainsi.

– Votre Altesse ? s'inquiéta Hermione.

– Ça va, intervint Harry, plus pour Severus que pour les autres, y a pas mort d'homme non plus.

Severus sembla gagner un niveau de colère et son visage tourna doucement au rouge. Du jamais vu chez Son Altesse, même pour Hermione qui avait déjà vu son employeur exploser.

– Pas mort d'homme ? Pas mort d'homme ? Tu te fous de qui bordel ?

– Gueule pas, tu vas rameuter tout le palais et toute la ville.

– J'en ai rien à carrer ! Vous deux, rugit-il en direction de Vincent et Gregroy, pourquoi aucun de vous ne m'a dit que mon fiancé s'était fait tirer dessus ? !

– Je leur ai dit de pas le dire, répliqua Harry, le seul de la maigre assemblée à ne pas montrer de signes d'inquiétude face à la rage de son amant. Tu voulais une explication, tu l'as eue, maintenant confirme que Parkinson ne sera pas à ce mariage et on va partir pour reprendre les préparatifs.

Ce fut à ce moment que Severus remarqua la présence Narcissa qui tentait déjà de s'éloigner.

– Tout ce qui a été dit dans ce bureau doit rester confidentiel. Si quelqu'un autre que Harry ou moi-même, va le raconter dans les feuilles de chou de la presse, je m'engage à le bannir séance tenante de Poudlard ! Est-ce que c'est bien compris ? Ensuite, toi, gronda-t-il en pointant Harry du doigt, cette conversation est loin d'être terminée.

– T'as un rendez-vous téléphonique avec le ministre anglais, faudrait pas le louper.

Severus se retint de se jeter sur Harry pour l'étrangler. Il fulminait littéralement, il était fou de rage contre cet imbécile qui osait lui sortir tout naturellement qu'il avait été tué par Lady Parkinson, tout ça à cause d'une stupide rancune contre le futur prince. Le pire était que Harry ne prenait pas cela au sérieux, qu'il disait que c'était pour la bonne cause.

Son Altesse en voulait à Harry, à lui-même et à ses deux gardes du corps qui avaient gardé cela pour eux. Il s'en voulait de ne pas avoir compris que le fait de se dérober était un moyen déguisé de lui cacher la vérité.

C'était clair maintenant, après cette nouvelle, que Harry ne serait plus autorisé à sortir du palais sans plusieurs gardes du corps qui auraient l'ordre expresse de rapporter le moindre détail à Severus, que le futur prince soit d'accord ou non.

– La ferme, gronda Severus. À partir de maintenant, tu ne quittes Poudlard qu'avec quatre gardes du corps et j'aurais un compte-rendu détaillé de tes activités ! Les conneries, c'est fini !

– Quoi ?

– Ne fais pas cette tête d'ahuri, tu as parfaitement entendu ! Vincent, Gregory, on reparlera de cela plus tard.

– Les sanctionne pas sinon je les reprends à mon service.

Severus le foudroya du regard. Harry semblait si calme et si serein alors que toute cette histoire était surréaliste et aurait pu tourner au drame. Peut-être l'avait-elle déjà fait d'ailleurs. Il avait failli quelques jours auparavant perdre son fiancé et cela lui était intolérable. L'idée-même d'imaginer Harry mort le rendait presque malade. Parce qu'il s'était attaché à cet énergumène ébouriffé et qu'il ne voulait pas s'en séparer.

– Sortez tous, toi, tu restes, ordonna-t-il aux quatre arrivants et à Harry qui allait les suivre.

– On a fini, non ?

– Non ! Assis !

Il attendit que la porte se referme pour essayer de se calmer.

– Sev...

– Tais-toi. Tu en as assez dit et si c'est pour des excuses, je ne suis pas apte à les entendre et encore moins à les accepter. Tu sais ce que ça fait d'apprendre que son fiancé nous a sciemment menti mais qu'en plus il prend cette histoire à la rigolade ?

– Beh...

– Non, t'en sais rien ! Je me sens trahi, par toi, par mes hommes !

– Sev...

– Tu comptais me le dire quand que tu t'étais fait tirer dessus ? Jamais ? C'est ça ? Lorsque je t'ai posé la question, tu m'as dit que tout n'était qu'un canular.

– Je voulais pas que tu agisses comme tu viens de le faire et surtout, j'avais pas envie de répondre à toutes tes questions ! Je pouvais pas y répondre alors que j'étais trop énervé contre toi ! Et surtout, je voulais pas t'inquiéter. C'étaient mes affaires, pas les tiennes.

– Tes affaires ? Dès lors que tu es impliqué, je suis impliqué ! Et puis tu voulais que je réagisse comment ? De quelle autre façon ?

– C'est fini tout ça. Elle m'a pas tué, je suis là, non ?

– Tu as dit que si, qu'elle avait réussi à te tuer.

– C'est compliqué, soupira Harry.

– Tu as dix minutes pour t'expliquer. Tu es large.

Il ne comptait pas laisser Harry s'en tirer à si bon compte, il ne le pouvait pas, pas après ce qu'il venait d'entendre.

– Ok. Tu te souviens de la prophétie ?

– Oui.

– Bah, la première partie est résolue. Je suis apparu dans le sang, sous le regard de ma mère... de mes mères en fait, ajouta-t-il pour lui-même. Y avait les fondateurs. Ils parlaient de moi, de ma tâche et de ce qui se passerait si on n'était pas unis toi et moi avant la fin. C'était pas joyeux joyeux. C'est tout ce dont je me souviens. Ensuite, je me suis réveillé dans un lit, chez les Lovegood. Apparemment, ils sont les guides et ils devaient être là quand je... devais accomplir la prophétie. Eux, ils viennent à notre mariage.

– C'est tout ? Tu t'es réveillé chez les Lovegood qui avaient aussi un rôle à jouer dans cette histoire. Tout Poudlard est-il au courant et je suis le seul à ne rien savoir ou c'est juste une vue de l'esprit ?

– Je crois que c'est une vue de l'esprit.

– Tu m'en vois ravi !

– Je dis pas que tout ça, c'est pas grave, fit Harry. Mais... mais appeler les flics, faire enfermer Parkinson et porter le tout devant les tribunaux... y a pas de preuves, je suis là, entier, en vie. Si tu fais ça, c'est sa parole contre la mienne et hormis ta photo là, y a rien d'autre.

– Donc tu suggères qu'on ne fasse rien, c'est ça ?

– Ouais. Crois-moi, la plus emmerdée c'est l'autre. Elle a pas pu me tuer mais je veux pas lui donner d'autres occasions de le faire. Quant à Vincent et Gregory, ils ont fait leur taf. Je voulais pas qu'ils me suivent et ils m'ont suivi quand même. Les vire pas.

Severus soupira et se rassit dans son siège qu'il venait de remettre sur ses pieds. Il n'était pas quatorze heures trente et cette journée s'étirait en longueur. Le pire, c'était qu'elle était encore loin d'être terminée.

– Je peux y aller ? osa Harry. T'as du taf et moi aussi.

– Tu as gagné, déclara Severus alors que Harry allait partir sans demander son reste. On renforce la sécurité autour de Poudlard le jour du mariage et fais la liste de ceux que tu refuses de voir de la journée.

– Ok !

Il referma la porte pour tomber nez à nez avec Hermione, les deux gardes du corps et Lady Malefoy.

– On peut reprendre là où on en était, annonça-t-il à Narcissa qui hocha la tête, pendant que Hermione retournait voir son patron et que Vincent et Gregory quittaient la pièce.

0o0

Severus était content que cette journée prenne enfin fin. Il avait eu envie plus d'une fois de hurler tant ses directeurs de cabinet avaient pinaillé sur des détails, que l'entrevue téléphonique avec le Premier Ministre avait été bien trop longue à son goût, que les papiers à signer ne cessaient pas d'arriver.

À dix-huit heures, il avait donné sa soirée à Hermione, demandé à ses gardes du corps de venir pour qu'ils discutent. Vincent et Gregory n'avaient pas été très rassurés au premier abord, par peur d'être mis à la porte. Or, Severus avait juste voulu des détails sur cette fameuse nuit et en avait eu bien que la plupart aient été franchement surréalistes.

Maintenant, il prenait un dîner bien mérité. Ensuite, il irait dans sa chambre prendre une douche, voire peut-être un bain, et se glisserait sous les draps pour regarder la télévision.

– Au fait, Sev, commença Harry, incertain tout en piquant dans le rôti de porc... je crois que je t'ai un peu menti quand je t'ai dit que j'avais rien organisé pour ton anniversaire.

Severus se tendit, se demandant encore ce qui allait lui tomber sur le coin du nez. Les péripéties potteriennes étaient plus épuisantes que les affaires de la principauté, surtout que Harry semblait apparemment avoir la manie de se mettre dans les ennuis un peu trop rapidement pour la santé mentale de Severus.

– Allons bon. Et tu as fait quoi encore pour cette soirée ? Ne me dis pas que tu as demandé un gâteau.

– Eh ben... disons que j'ai demandé à mes domestiques de vider ma chambre pour m'installer dans la tienne.

Il y eut un silence pesant à la table princière. Severus avait cessé de manger et fixait Harry, ahuri, sa cuillère de soupe à mi chemin entre son assiette et sa bouche. Finalement, après un temps infini, Severus replongea sa cuillère vide dans son assiette et put avaler sa gorgée.

– C'est une excellente nouvelle, dit-il enfin, soulagé par la décision de son futur époux.

Il n'allait pas dormir tout seul cette nuit, ni les suivantes. Cette nouvelle pouvait presque lui redonner le goût des anniversaires car, hormis l'affreuse annonce, Harry lui avait fait deux belles surprises sans lui offrir de cadeaux.

Finalement, ce n'était pas une si mauvaise journée que cela. C'était même une très belle journée pour ses trente ans.


À suivre