Chères lectrices fidèles ou passagères, voilà la NON FIN de cette histoire. Je sais que certaines d'entre-vous n'en peuvent plus d'attendre que nos deux héros se retrouvent, mais que voulez-vous, plus d'une chose doit être réglée avant d'en arriver là. Et puis, comme l'a si bien dit l'une d'entre-vous dans son commentaire ( 20, il faut bien qu'Élisabeth et William ressentent les bienfaits du manque. Qu'ils prennent conscience de la valeur de ce qu'ils ont laissé derrière eux.
J'en profite également pour vous souhaiter une année 2016 remplie de tout ce que vous désirez et plus encore. Un merci tout spécial à toutes celles qui prennent le temps d'écrire un petit commentaire. Vous me comblez de joie à chaque fois. Bonne lecture, miriamme.
Chapitre 21
-Voici le rapport de cette semaine, majesté, mentionna Patrick Melbourne après s'être incliné respectueusement devant le roi.
-Bien. Faites comme d'habitude, posez-le là, désigna-t-il nonchalamment la petite table qu'il y avait dans l'entrée de son bureau. Je le rangerai plus tard, affirma-t-il alors en prenant bien soin de ne pas avoir l'air trop pressé de le lire.
Pourtant, quelques secondes à peine après le départ de l'agent, le dossier en question était non seulement ouvert devant lui, mais encore s'était-il déjà emparé de la photo de la jeune femme, afin de l'admirer telle qu'elle apparaissait tous les jours à l'Académie Royale militaire de Sandhurst, école où elle transmettait son savoir à de jeunes cadets à l'avenir prometteur, sous le nom d'emprunt d'Amélia Brown. École où son demi-frère et lui-même avaient étudié chacun leur tour, le premier par pur plaisir, le second dans le but de s'affranchir de l'influence paternelle et de construire son identité.
Après avoir déposé la photo sur la table, William jeta un œil à ses deux mains, constata que celles-ci étaient encore agitées de tremblements, exhala un profond soupir, secoua le bout de ses doigts avec vigueur puis les remonta jusqu'à ses tempes, bien obligé d'accepter qu'il eût atteint son Waterloo. il aimait toujours d'Élisabeth Bennet et se savait incomplet sans elle.
« Dieu m'est témoin que j'ai essayé de l'oublier. De m'en convaincre en tout cas », nuança-t-il en se souvenant qu'il avait eu conscience d'être passé à travers les sept étapes du deuil, à savoir le choc, le refus, le déni, le désespoir, le détachement, l'acceptation puis finalement de l'adaptation. Que c'était justement suite à son passage par la phase d'adaptation qu'il avait mobilisé l'énergie nécessaire pour passer à autre chose et s'était jeté corps et âme dans le travail. Un peu plus tard encore, lorsqu'il avait senti que ses charges de monarque ne suffisaient plus à l'anesthésier, il avait commencé à consacrer tout ce qui lui restait de temps libre à l'organisation du mariage de sa mère avec William Collins.
« Tout ça en vain », réalisait-il durement maintenant.
N'ayant que du mépris pour lui-même, le roi échappa un petit rire, balança sa tête de droite à gauche à deux reprises puis referma le dossier contenant le nouveau rapport des activités d'Élisabeth sans même le terminer.
« À quoi bon puisqu'elle ne veut pas de moi… » se gronda-t-il en réalisant que l'excuse qu'il avait servie à l'agent Melbourne peu de temps après le départ de la jeune femme, à savoir qu'il ne souhaitait que s'assurer que tout allait bien avec elle, était en fait un leurre.
« Pas étonnant que le tout le monde ait cru à mon boniment puisque je m'en étais convaincu moi-même » se remémora-t-il les réponses toutes faites qu'il avait servies non seulement à l'agent Melbourne, mais également à tous les journalistes, chaque fois que l'un d'eux tentait de revenir sur la promesse de la jeune femme.
-Nous avons décidé de prendre une pause et réfléchissons chacun de notre côté, avait-il rétorqué la première fois que le sujet avait été abordé.
-Je ne suis malheureusement pas en mesure de vous confirmer si oui ou non cette réflexion se soldera par un mariage, avait-il ensuite laissé tomber la seconde fois.
Puis, tout récemment encore, lorsqu'il avait affirmé que le prochain mariage royal, après celui de sa mère avec Collins, serait sans aucun doute, celui de sa sœur cadette.
Les réseaux sociaux, les journaux et les revues à potins avaient nécessairement récupéré ses propos après chacune de ses déclarations et les avaient assaisonnées de rumeurs aussi diversifiées que farfelues. Certains journaux moins sérieux avaient même osé suggérer que la jeune femme enceinte aurait fui le pays pour de se faire avorter à l'étranger alors que d'autres laissaient entendre qu'elle serait très malade, voire même mourante.
Bien que terriblement irrité à cause de ces écrits infamants William était maintenant plus que satisfait d'avoir pris le temps de consulter sa mère et d'avoir écouté les conseils de celle-ci en restant muet face à chacune de ces attaques. En effet, à chaque fois, peu de temps après être apparues, celles-ci s'étaient finalement résorbées d'elles-mêmes.
« Il est heureux qu'elle ait changé d'apparence et de nom en fait» réalisa-t-il en songeant au premier cliché qu'il avait reçu. Cette photo, sans doute tirée à partir des caméras de surveillance qu'il y avait dans toutes les salles de classe de l'académie, la montrait alors qu'elle s'adressait à ses élèves. Derrière elle, sur un tableau blanc numérique, les expressions - systèmes de codification – et - techniques de décodage - étaient inscrites juste en dessous des mots, Plan de cours.
L'ayant lui-même reconnue à l'instant même où ses yeux s'étaient posés sur la photo en question, William avait tout d'abord craint que sa transformation soit insuffisante. Considérant qu'elle avait été obligée d'adopter l'uniforme réglementaire de tous les enseignants de l'académie, c'est-à-dire un chemisier blanc porté avec un pantalon et un tailleur noirs, la paire de lunettes dont la monture stylisée offrait comme avantage de lui élargir le visage de même que ses cheveux qu'elle portait beaucoup plus long et défrisés lui avaient fait craindre qu'elle soit rapidement démasquée.
Toutefois, comme le lui avait fait remarquer la seule personne avec qui il s'autorisait à évoquer la jeune femme, en l'occurrence sa mère, William en avait conclu que pour le commun des mortels, c'est-à-dire pour ceux et celles qui de façon générale ne se préoccupent pas outre mesure de la monarchie et ne font qu'entrevoir de temps en temps les photos de la jeune femme telles que publiées dans les revues ou encore celles présentées à la télévision, les traits communs que l'enseignante partageait avec Élisabeth Bennet seraient nécessairement relevés comme de légères ressemblances.
-Sans compter que personne n'accepterait de croire qu'une jeune femme saine d'esprit irait jusqu'à changer de nom et d'apparence afin de ne pas avoir à épouser le roi d'Angleterre, avait soutenu la reine au terme de cette seconde longue discussion.
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-Amélia? Tu as vu ça? intervint Charlotte Lucas en pointant l'écran qui était accroché sur le mur qu'il y avait tout au bout de la table de billard.
-Vu quoi? La questionna la jeune femme en question sans même prendre la peine de lever les yeux puisqu'elle était occupée à jauger les boules qui étaient dispersées sur la table afin de choisir celle qui était la mieux placée pour réaliser son premier coup. La partie ne faisant que commencer, elle avait encore le choix entre les boules paires ou impaires.
-On va avoir droit à un mariage royal, releva énergiquement Charlotte, trop occupée à suivre la nouvelle pour remarquer à quel point son amie était devenue blême.
-Le roi William se marie? Ne put-elle retenir, heureuse de pouvoir compter sur la partie en cours pour que Charlotte n'ait pas conscience de son émoi.
-Ils n'ont pas encore révélé de qui il s'agit, mais il doit certainement s'agir du roi et de cette jeune femme qui lui a sauvé la vie quand il était prisonnier, opina Charlotte, les yeux toujours rivés vers l'écran.
Tandis que l'enseignante d'une cinquantaine d'années décodait le message au fur et à mesure qu'il s'inscrivait au bas de l'écran, Élisabeth eut beaucoup de mal à exécuter chacune des étapes requises par le jeu de billard, à savoir trouver le meilleur angle possible, coucher le haut du corps sur la table dans la direction choisie, poser convenablement le bâton sur le dessus de la main et orienter la pointe de celui-ci sur la boule blanche, à l'endroit exact où elle aurait le plus de chance de s'empocher.
« Pour quelqu'un qui affirmait, il n'y a pas si longtemps qu'il était prêt à attendre… » se perdit-elle dans ses pensées.
-Ça alors! La fit sursauter Charlotte qui se détournait pour lui rapporter, ce n'est pas le roi William qui va se marier. C'est sa mère, la reine Anna.
Le mal était fait, en raison du faux mouvement que l'exclamation de son amie avait provoqué, la chaîne d'actions prévues par Élisabeth se dérégla suffisamment pour que la boule blanche une fois frappée soit déviée de sa trajectoire, traverse la table d'un bout à l'autre puis aille s'empocher dans le coin droit, juste sous les yeux de l'enseignante avec laquelle elle avait fraternisé dès son arrivée à l'académie.
-Oups! Pardon. C'est de ma faute, j'aurais dû attendre que tu aies joué, s'excusa-t-elle aussitôt affichant un air aussi contrit que moqueur.
-Mon calcul n'était pas bon de toute façon, se justifia Élisabeth en s'éloignant de la table.
« Il sait parfaitement où tu es et n'a rien fait pour te récupérer, se raisonna-t-elle tout d'abord, se maudissant l'instant d'après pour avoir eu peur qu'il put s'agir de son mariage à lui, mais s'en voulant davantage encore, d'être soulagée que ce ne fût pas le cas.
-La reine va épouser un dénommé William Collins, reprit son amie tout en commençant à jeter un œil sur la disposition des boules afin de choisir une cible. Si ma mémoire est bonne, il s'agit du responsable du protocole de la famille royale.
-Tu t'y connais certainement mieux que moi, bredouilla Élisabeth juste avant d'aller ramasser le petit carré de craie bleue pour en enduire le bout de son bâton.
-Un vrai conte de fées leur histoire, tu ne trouves pas? La sollicita tout à coup Charlotte juste avant d'allonger le haut de son corps sur la table puis placer sa baguette.
-Je ne te savais pas groupie de la famille royale, commenta celle qui commençait à peine à reprendre des couleurs.
-La 6 dans le coin gauche, annonça Charlotte avant de placer la boule blanche sur la table là où elle avait gagné le droit de la mettre en raison du mauvais coup de son amie.
Dans le silence qui régna ensuite, Charlotte allongea le bras vers l'arrière, propulsa son bâton vers l'avant jusqu'à ce qu'il rencontre la boule blanche à l'endroit précis où elle le souhaitait, surveilla attentivement le parcours de celle-ci en espérant qu'elle ne déviât pas de sa course puis sauta de joie lorsque sa cible se mit en mouvement et alla dans le coin gauche de la table, comme prévu.
-Bien joué, la complimenta Élisabeth tout en appuyant sur la monture de ses lunettes pour les replacer.
Manifestement satisfaite de son premier coup, Charlotte fit tout doucement le tour de la table, entremêlant calculs et confidences, pour tout te dire Amélia, je n'étais pas fan de la famille royale avant cette histoire de Fatwa. C'est en m'y intéressant de près et en suivant régulièrement les actualités que j'ai pu obtenir la preuve que notre le roi actuel, en plus d'être très séduisant, a une tête sur les épaules.
« Il est aussi très bien conseillé... » aurait souhaité pouvoir ajouter Élisabeth.
-Toutefois, par la suite, et un peu comme tout le monde, j'imagine, je suis tombée sous le charme de sa fiancée.
-Anne Debourg, suggéra aussitôt Élisabeth, camouflant derrière son intérêt soudain pour son verre de bière, l'espoir de se voir contredite par son interlocutrice.
-Mais non, fronça-t-elle aussitôt les sourcils, je parle d'Élisabeth Bennet voyons.
-Celle qui était dans l'armée? Vérifia-t-elle innocemment.
Après avoir acquiescé, Charlotte s'intéressa temporairement à la position des boules sur la table de jeu puis ajouta sans prendre la peine de relever la tête, tu admettras qu'il y a chez elle une authenticité et une grâce peu communes.
-Tu la trouves gracieuse, haussa-t-elle les sourcils parce que réellement surprise.
-Et comment, confirma Charlotte juste avant de déposer sa baguette sur le bord de la table afin de se préparer à défendre son point de vue, si on la compare à celle dont tu parlais tantôt, à cette première fiancée… dont j'ai oublié le nom…
-Anne DeBourg.
-Oui, c'est ça, Anne DeBourg. Cette jeune femme ressemble en tout point à une poupée de porcelaine ou mieux encore, à une Barbie tout ce qu'il y a de plus docile, fragile, obligatoirement parfaite, mais surtout identique à toutes celles qui sont fabriquées à partir du même moule. Un moule unique alliant « éducation stricte » et « attentes matrimoniales élevées ». Élisabeth Bennet quant à elle, a l'avantage d'être vraie, authentique. Sa grâce n'a rien d'emprunté, elle prend sa source dans sa fraîcheur et son naturel.
Touchée malgré elle par la description de son amie, Élisabeth refusa toutefois de se laisser submerger par l'émotion, moi je pense que si elle te plaît autant, c'est parce que tu peux facilement t'identifier à elle étant donné qu'elle a été dans l'armée.
-C'est vrai que ça compte ça aussi. Et pour beaucoup, même, acquiesça Charlotte. La 4 au centre, annonça-t-elle ensuite, se pressant de ramasser sa baguette et de se mettre en place, en fait, ce que tu viens de dire était vrai seulement au début, puisque c'est principalement pour cela que je me suis intéressée à elle et que j'ai lu tous les articles la concernant. Yes, s'écria-t-elle un instant plus tard, quand la boule qu'elle avait identifiée se fut empochée.
-Comment t'expliques-tu sa disparition, alors? Osa-t-elle s'enquérir, le regrettant l'instant d'après.
-La 10 à gauche, intervint Charlotte avant de la prévenir, alors là Amélia, tu l'auras voulu. Laisse-moi juste le temps d'empocher cette boule-là, après quoi je te dirai tout ce que j'en pense. Car tu as raison, j'ai développé ma propre théorie concernant l'histoire d'amour du roi et d'Élisabeth, lui confia-t-elle comme un secret.
-J'ai tout mon temps, lâcha-t-elle tout en prenant une autre bonne gorgée de bière.
-Dites les filles, vous jouez ou vous discutez? Les brusqua le seul professeur qu'Élisabeth ne pouvait supporter puisqu'il incarnait, à lui tout seul, ce que l'armée offrait de plus misogyne.
-Va voir ailleurs si j'y suis Marcus, rétorqua Élisabeth en même temps qu'elle lui faisait un doigt d'honneur.
-Bas les pattes, soldat, l'avertit Charlotte en allant se placer devant son amie, on s'en allait justement, n'est-ce pas Amélia? Suggéra-t-elle d'un ton suppliant.
-Pas que je ... s'indigna malgré tout son amie.
Charlotte ramassa alors la jeune femme par le bras, abaissa sa tête jusqu'à son oreille pour lui susurrer, pour te résumer ma théorie, il vaudrait mieux qu'on s'assoie à l'écart, désigna-t-elle la banquette la plus éloignée, ici, on serait entourées d'oreilles indiscrètes.
-…de crétins, tu veux dire, rétorqua Élisabeth, assez fort pour être entendue de Marcus et des trois autres soldats qui le suivaient.
-Viens, l'entraîna Charlotte tout de suite après avoir remis leurs baguettes dans les mains de l'individu en question.
Sans lâcher le bras de son amie, Charlotte effectua un arrêt obligé devant la table où elles avaient déposé leurs bières, les ramassa, désigna du menton la banquette qu'elle avait repérée un peu plus tôt, guida son amie jusqu'à celle-ci puis exhala un soupir de soulagement.
Une fois qu'elles furent toutes les deux bien assises et que Charlotte se fut assuré que personne n'était assez près pour les entendre, elle reprit, Marcus est un con fini, je te l'accorde volontiers. Toutefois, lorsque tu réagis comme tu viens de le faire, tu lui offres une occasion en or. Il va passer la soirée à dire que les femmes n'ont rien à faire dans l'armée parce qu'elles sont trop émotives, termina de la gronder Charlotte.
-Tu as raison, convint-elle juste avant de saisir le verre que Charlotte lui tendait pour le porter à ses lèvres, si tu savais comme je déteste ce type d'homme.
-Il n'était pas comme ça l'an dernier, mentionna Charlotte avant de lever les yeux vers son amie, l'étudier attentivement puis suggérer, j'imagine que c'est parce qu'il t'en veut encore de l'avoir repoussé.
-Pfffff, protesta aussitôt Élisabeth, il n'y a pas qu'avec moi qu'il est désagréable. Il l'est avec toi aussi.
-Pour lui, toi ou moi, c'est pareil.
Comme Élisabeth roulait des yeux, Charlotte renchérit, tu oublies que j'étais présente au moment où il s'est déclaré. J'ai été témoin de son humiliation.
-À t'entendre, on croirait presque qu'il est à plaindre, souligna Élisabeth.
-Personne n'aime être rejeté, Amélia, la brusqua tout à coup Charlotte. Attends que ça t'arrive, tu comprendras, professa-t-elle ensuite.
-Ça m'est déjà arrivé, affirma Élisabeth en haussant brusquement le ton.
Comme plusieurs cadets (dont Marcus et son groupe) avaient tourné la tête dans sa direction et qu'elle connaissant suffisamment Charlotte pour savoir que celle-ci n'en resterait pas là, Élisabeth vida d'un trait ce qui restait de sa bière puis se pencha vers l'avant pour la prévenir, cette histoire fait partie de mon jardin secret. Alors, je la garde pour moi.
-C'est comme tu veux, acquiesça Charlotte tout en ramassant son verre. Après avoir avalé une bonne lampée de celui-ci, elle revint à la charge, bon, alors, tu veux l'entendre ma théorie ou pas?
-Ta théorie sur quoi? La questionna-t-elle, maintenant réellement confuse.
-Ma théorie sur la disparition d'Élisabeth Bennet, l'aiguilla Charlotte.
-Je suis bien curieuse de l'entendre, car en ce qui me concerne, je ne cautionne aucune des théories actuelles, la prépara-t-elle juste avant de hausser son verre vide pour attirer l'attention du barman et lui faire comprendre qu'elle en voulait une autre.
-Si tu parles de ceux et celles qui croient qu'elle est morte, ou encore qui affirment qu'elle serait partie à l'étranger pour se faire avorter, s'anima tout à coup Charlotte, alors là, je suis totalement d'accord avec toi. Il n'y a rien de vrai là-dedans.
-Oh, mais c'est que tu en oublies bien d'autres… il y en a de bien plus farfelues… mais bon. Parle-moi plutôt de la tienne? Je brûle d'impatience, ironisa-t-elle.
-Tu peux bien rire. Je suis certaine d'avoir raison, affirma Charlotte démontrant effectivement, énormément d'assurance.
-Je suis tout ouïe, s'efforça-t-elle d'éliminer toute trace de sarcasme dans son énoncé.
-Élisabeth Bennet n'a pas quitté le pays. Elle se cache quelque part ici même, en Angleterre.
-Il n'y a rien d'original là-dedans… Tu n'es pas la première à avoir évoqué cette possibilité, commenta Élisabeth, sans se soucier du léger rictus qui déformait ses lèvres.
-Oui, je sais, mais je t'assure que ma théorie se distingue de toutes les autres.
-En quoi? La bombarda-t-elle alors, mue cette fois, par la curiosité.
-Parce que je sais, moi, pourquoi elle tient à rester cachée, annonça-t-elle, toujours aussi sûre d'elle.
-Je ne demande qu'à être confondue, la provoqua-t-elle.
-Elle n'est pas certaine des sentiments du roi à son égard, déclina-t-elle à l'instant même où le barman arrivait avec la consommation de son amie.
Bien que fortement ébranlée par la judicieuse suggestion de Charlotte, Élisabeth trouva son salut dans le règlement de sa dette au barman.
-Ta théorie a le mérite d'être intéressante, admit-elle ensuite après avoir pris tout son temps pour tremper ses lèvres dans la mousse qu'il y avait au bord de son verre.
-Je te l'avais dit, la nargua Charlotte.
-Très bien. Maintenant, dis-moi comment tu en es venue à cette conclusion? Ne put-elle se retenir de demander.
Tout heureuse d'avoir trouvé une oreille attentive, Charlotte déclina alors les étapes charnières desquelles dépendait son analyse. Comme l'interprétation de son amie concordait totalement avec la manière dont la jeune femme avait elle-même vécu puis interprété ces événements, Élisabeth fut bien obligée de mettre à contribution le peu d'énergie qui lui restait afin de garder pour elle les questions qui émergeaient au fur et à mesure de sa narration, se contentant seulement d'encourager physiquement son amie à poursuivre. Finalement, au bord de la nausée à force de tout réprimer, Élisabeth utilisa encore une fois l'humour pour jeter du lest, je ne sais pas si je dois te féliciter pour ton sens de l'observation ou te dénoncer pour folie passagère.
Une fois que le rire de son amie se fut éteint, celle-ci se pencha vers l'avant et lança d'un air conspirateur, puisque tu m'as ouvert toutes grandes les portes de la folie, laisse-moi te confier ce que je dirais à cette jeune femme si elle était assise à ta place en ce moment même…
-Tu lui dirais quoi? balbutia Élisabeth les yeux rivés sur les lèvres de son amie Charlotte.
-Je lui dirais de bien réfléchir à ce qu'elle veut faire du reste de sa vie… Un froncement de sourcils plus tard, elle captura le regard de son amie puis affirma, plus important encore, je lui dirais de se préparer à recevoir un grand choc…
-Quel choc, répéta bêtement Élisabeth.
-J'ai appris de source sûre que pour la grande parade des finissants qui aura lieu dans deux jours, c'est le roi William lui-même qui viendra réaliser l'inspection des troupes.
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Qu'aurait-elle pu répondre à cela? Rien, évidemment. Que ce soit à cause de la grande quantité d'alcool qui coulait déjà dans ses veines, des émotions que Charlotte avait éveillées en même temps que les souvenirs qui y étaient associés ou bien encore en apprenant que William serait bientôt là, Élisabeth s'était très rapidement décomposée, se repliant sur elle-même jusqu'à poser sa tête bien à plat sur ses deux bras. Ayant depuis le début prévu la décomposition de son amie, Charlotte respecta tout d'abord son besoin de recueillement puis entreprit ensuite de lui caresser les cheveux se montrant ainsi prête à recueillir ses confidences, installée aux premières loges en tant que spectateur privilégié.
Parce qu'elle était à bout justement, malheureuse et épuisée, Élisabeth laissa son histoire se rendre jusqu'à l'oreille plus que compatissante de cette amie qui lui semblât tout à coup si chère. Elle lui confia tout ce qu'il y avait à savoir pour compléter son histoire. Elle lui parla de sa famille qui lui manquait terriblement, de ce frère tant aimé qui l'avait blessée en se rangeant du côté du roi, de son travail également et plus particulièrement de cette tangente qu'il avait prise au moment où, pour des raisons de sécurité, elle avait été obligée de séjourner au château et donc de côtoyer le roi au quotidien. Elle combla ainsi peu à peu, les trous que contenait la théorie de cette groupie. Toutefois, elle sombra à nouveau lorsqu'elle en arriva à lui confier ce qui s'était produit après la conférence de presse, au moment où elle s'était retrouvée seule avec le jeune roi.
-Il m'a répudiée, échappa-t-elle dans un sanglot, considérant que ce terme était celui qui exprimait le mieux comment elle s'était sentie au moment où William lui avait ordonné de sortir de sa vie.
Sans cesser de la caresser, demeurant totalement muette, Charlotte se fit le récipient de cette douleur portée tantôt par d'étouffants sanglots, tantôt évacuée par grappes de mots, qui, en sortant ne furent pas plus domptés que nuancés.
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Assise dans les estrades aux côtés de tous les autres enseignants, Élisabeth assistait avec un intérêt non dissimulé à la troisième parade des cadets de l'académie au terme de laquelle, aurait lieu la cérémonie de graduation et le grand banquet de fermeture. D'où elle était, le roi avait la taille d'un puceron et n'eût été l'écran géant installé vers la gauche, jamais elle n'aurait pu le reconnaître. À ses côtés, la sage et discrète Charlotte s'extasiait devant la beauté des mouvements effectués par les aspirants officiers dans un ensemble tout aussi parfait qu'à l'accoutumée. Que ce soit les couleurs des habits, ou encore l'uniformité des mouvements, l'enseignante d'une cinquantaine d'années ne se lassait jamais d'assister à ces véritables ballets militaires devenus célèbres pour la perfection de leurs mouvements.
Après un silence aussi troublant que respectueux, la foule en liesse (comprenant professeurs, parents et amis des cadets) se leva d'un bloc pour applaudir, scandant à répétition le nom de leur rejeton que la plupart du temps, ils ne reconnaissaient pas tant la rigoureuse discipline de l'académie les avait transformés.
Élisabeth ne fit pas exception à la règle, s'étant levée en même temps que Charlotte, elle jeta un coup d'œil vers l'écran où William apparaissait en gros plan tout souriant, bien plus séduisant que dans ses souvenirs, entouré de quatre gardes du corps dont trois qui lui était totalement étrangers.
« Mon travail me tient de plus en plus souvent éloigné du Roi… », lui avait d'ailleurs écrit Jason pas plus tard que la semaine dernière. « Ça s'est fait tout seul… », lui avait-il répondu ensuite lorsqu'elle s'en était inquiétée et lui avait demandé des explications. Bien qu'insatisfaite de sa réponse, Élisabeth s'était toutefois retenue de le questionner davantage, autant pour respecter la promesse qu'ils avaient échangée avant son départ (à savoir qu'il ne se mêlerait plus de ses affaires) que pour le laisser jouir en toute quiétude de la grossesse de Caroline.
-Tu as entendu? La tira de sa longue réflexion, non seulement la voix haute perchée et excitée de Charlotte, mais également les cris de joie qui surgissaient de part et d'autre.
-Non, admit-elle en jetant un œil vers l'écran où William se tenait maintenant debout, une feuille à la main.
-Le roi William vient d'annoncer qu'une vaste enquête est en cours dans le but de permettre aux femmes d'accéder aux plus hauts postes de commandement.
-L'égalité des chances, échappa Élisabeth en repensant à toutes ces fois où, en discutant avec Jason et William, en sous-comité, elle avait pris la défense des femmes, alléguant que si elles étaient si peu nombreuses à vouloir monter les échelons, c'est justement parce qu'elles savaient par avance que les dés étaient pipés.
-Oui, c'est justement ainsi qu'il a nommé le projet de loi, confirma Charlotte avant de se pencher vers elle, les mains en porte-voix, mon petit doigt me dit que c'est pour toi qu'il fait ça.
-C'était tout bonnement la chose à faire, banalisa Élisabeth comme le directeur de l'Académie reprenait la parole pour ordonner à tous les cadets d'aller se rapporter à leur supérieur immédiat afin de recevoir leur brevet d'officier et à tous les professeurs et membres de leur famille de se diriger vers la salle de réception.
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-Majesté, s'abaissa Charlotte comme le roi s'arrêtait devant elle pour la saluer.
-Charlotte, cette année encore, vous avez accompli un travail remarquable. Les figures des parades étaient tout bonnement sublimes, la complimenta-t-il gentiment.
-Oui, peut-être, mais je m'ennuie tout de même de nos échanges. Dois-je vous rappeler que vous étiez loin d'être un cadet ordinaire, majesté.
-Si vous le dites, ricana-t-il avant de se tourner vers celle qui avait depuis longtemps cessé de respirer et qui, pour l'une des premières fois de sa vie, bénissait le protocole qui prescrivait à quiconque de garder la tête basse en présence du roi.
-Oh, pardon majesté, se ressaisit enfin le directeur, Laissez-moi vous présenter Amélia Brown. Cette enseignante a été engagée vers le milieu de l'année afin d'enseigner les méthodes d'encodage et de décodage. Cours qui aurait bien profité à Votre Majesté, si vous aviez pu le suivre lors de votre passage à l'académie, discourut pour finir le directeur.
-Heureux de faire votre connaissance, se contenta de répéter le roi, la main haussée, gardant les yeux fixés sur elle tandis qu'elle s'avançait, se penchait respectueusement et appuyait brièvement ses lèvres sur sa paume après l'avoir légèrement pressée de sa main droite.
-Moi de même, majesté, formula-t-elle d'une voix tremblotante et presque éteinte.
-Ne nous sommes-nous pas déjà rencontrés? S'adressa-t-il à nouveau à la jeune femme, lui faisant presque perdre l'équilibre, sous l'effet de la surprise.
-Certainement pas, majesté. Croyez bien, que je m'en souviendrais si c'était le cas, eut-elle l'esprit de mentionner, faisant naître une vague de rires autour d'eux.
-Remplis mon verre, veux-tu? quémanda Élisabeth, lorsque le serveur passa derrière elle et que le roi fut hors de portée d'oreille.
-N'oublie pas d'avaler quelque chose, lui suggéra alors la maternelle Charlotte, ne se gênant pas pour lui rappeler que si elle avait roulé sous la table deux jours plus tôt, c'était justement parce qu'elle avait bu plus que de raison sans rien avoir sur l'estomac.
-Pourquoi ne m'as-tu pas dit que le roi avait été ton élève? Lui reprocha Élisabeth un peu plus tard, lorsqu'au terme d'une longue réflexion, elle se fut de nouveau convaincue que William n'était plus amoureux d'elle.
-Si. Je t'en ai parlé il y a deux jours exactement, lui rappela-t-elle. Arrête de boire Amélia, lui souffla-t-elle à l'oreille. Tiens bon. Dans quelques minutes on pourra disparaître et s'en aller dans la salle de jeu. Quelque chose me dit que tu aurais besoin d'un bon café et de frapper sur quelques boules numérotées.
Ce fut justement autour de la table de billard que se joua le dernier acte du drame qui s'était préparé à l'instant même où le roi était arrivé à l'académie et que rien n'aurait pu empêcher en raison principalement de la présence offensante de ce maudit Marcus et de tout ce qu'il représentait, de l'abîme dans lequel Élisabeth s'était déjà réfugiée pour ne plus souffrir en raison de l'interprétation erronée qu'elle faisait des signaux que pouvaient émettre ou ne pas émettre celui qui était toujours assis à la table d'honneur en présence du directeur de l'académie et de l'alcool qui circulait déjà dans ses veines et dont l'effet fut décuplé par tout le reste.
L'ouverture de ce dernier acte n'est imputable à nul autre que Marcus lui-même lorsqu'il eut la prévisible idée de décrier la création par le roi de cette fameuse commission d'enquête, visant à accorder plus de place aux femmes et leur permettre d'atteindre les postes les plus élevés.
La colère et le ressentiment qui grondaient en Élisabeth depuis trop longtemps sans trouver d'épanchement profitèrent de cette nouvelle attaque pour ressurgir. Tous les témoins s'écartèrent pour laisser place à cette jeune femme en furie, qui s'arrêta à deux pouces du visage de celui qui n'avait jamais cessé de déblatérer contre l'ensemble de la monarchie tout d'abord, puis ensuite contre son représentant actuel, William Darcy.
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-Monsieur le Directeur? intervint sans plus attendre Charlotte lorsque celui-ci lui eut donné la permission d'entrer dans son bureau. Vous devriez venir, je crois, mentionna-t-elle avant de se taire et s'incliner respectueusement en reconnaissant celui qui était resté assis à son entrée.
-Qu'est-ce qui se passe encore?
-Il s'agit de Marcus et d'Amélia, bredouilla-t-elle, ils vont en venir aux poings si vous ne faites rien, lui apprit-elle, non sans avoir coulé un regard gêné en direction de son ancien élève.
-Parlez-vous d'Amélia Brown? s'intéressa le roi, le premier.
-Elle même, majesté, répondit Charlotte avant d'insister en désignant la porte, il vaudrait mieux faire vite.
Faisant aussitôt signe à Charlotte de lui indiquer le chemin, William sortit de la pièce pour revenir dans la salle où s'était tenu le banquet, nullement étonné de constater que les quelques invités qui étaient encore sur place s'étaient tous agglutinés dans le bar et lorgnaient vers la salle de jeu.
-S'en est-il pris à elle? Vérifia-t-il à l'instant où ses yeux se posaient sur la jeune femme alors qu'elle faisait pression sur la tête du dénommé Marcus, lui tenant le visage écrasé contre la table de billard.
-C'est-à-dire, bredouilla Charlotte avant d'ajouter, le teint virant au cramoisi, il lâchait des insanités contre vous.
L'emprise que la jeune femme gardait sur son adversaire diminuant peu à peu, celui-ci en profita pour rouler sur le côté, se redresser lentement puis hausser un doigt menaçant dans sa direction.
-Tu sauras que ton chouchou, vociféra-t-il, le visage déformé par un vilain rictus, vient de se mettre à dos tous les hommes que compte cette armée.
-Tais-toi! l'intima alors Élisabeth, faisant un pas de plus dans sa direction, si tu dis un mot de plus contre William Darcy, je te casse la gueule.
-ASSEZ! intervint William à l'instant même où il bloquait le bras de la jeune femme pour l'empêcher d'atteindre le visage de son adversaire.
Le hoquet de surprise qu'échappèrent la majorité des témoins en reconnaissant le monarque fut suffisant pour leur faire oublier la nécessité de s'incliner devant lui.
Fou de rage en raison de l'humiliation qu'il venait de subir suite à l'intervention de celui qu'il avait qualifié d'insensé, Marcus bomba le torse, cracha en direction de celle que le roi avait aussitôt placée sous la protection de l'agent Melbourne puis hurla, vous l'avez entendue, majesté. Elle m'a menacée.
-Nous l'avons tous entendu, jeune homme, récupéra-t-il alors avant de hausser l'index dans sa direction pour préciser, comptez-vous chanceux que je ne la relâche pas pour qu'elle puisse en finir avec vous.
-Il n'en vaut pas la peine, William, l'arrêta Élisabeth, sans réaliser qu'elle venait de l'appeler par son pronom.
-Salope, se débattit tout à coup l'odieux personnage jusqu'à ce que le monarque prenne tout le monde par surprise en saisissant l'individu par le col de son veston pour le prévenir, si tu insultes encore une fois ma FIANCÉE, c'est le roi d'Angleterre lui-même qui va te casser la gueule.
Tandis que la nouvelle se répandait dans l'établissement au fur et à mesure que Marcus progressait emporté par les gardes du corps qu'Élisabeth ne connaissait pas, le roi prit le temps de replacer ses vêtements puis se détourna pour s'adresser directement à la jeune femme, quant à toi, tu vas me suivre sans histoire, formula-t-il d'un ton doucereux, un léger sourire flottant sur ses lèvres.
Celle-ci obtempéra bien sûr, mais non sans avoir jeté un regard en direction de Charlotte puis avoir échappé un «à vos ordres» rempli de promesses.
Souhaitez-vous avoir la suite (et sans doute la fin)? À vous la parole mesdames.
Miriamme
