BANSHEE

-Bella-

Le taxi se faufile habillement à travers la circulation dense de ce début de soirée. Je suis fascinée par l'activité qui grouille en permanence dans cette ville, à croire que ces habitants ne dorment jamais. Le meilleur exemple de cette euphorie ambiante reste tout de même Alice, qui même après des heures de marche et de flâneries dans les magasins, trouve encore la force de blablater sur tout ce qui l'entoure.

En ce moment même, elle entretient notre chauffeur de taxi sur les meilleurs restaurants indiens de la ville. Je suis sûr que Nadeesh, comme l'indique sa plaque d'identification, n'a aucun besoin d'être mis au courant des dernières tendances de sa propre culture, et pourtant il l'écoute patiemment avec un léger sourire aux lèvres.

J'ai remarqué ce détail en passant la journée avec Alice. Elle parvient toujours à arracher un sourire aux gens qui l'entourent. Et en retour, ils font preuve d'une grande patience à son égard, peu importe le flot de paroles qu'elle débite. Elle arrive à se faire aimer tout en restant elle-même, et je l'admire pour ça, j'irais même jusqu'à dire que j'éprouve une pointe de jalousie.

-Alice…

Elle s'interrompt en plein milieu d'une phrase et me regarde comme si j'avais perdu l'esprit

-Je voudrais te remercier pour cette journée, je reprends d'une voix plus assurée.

-C'est plutôt moi qui devrais te remercier, me coupe-t-elle. Tu as réussi à passer une journée entière à mes côtés sans avoir envie de me tuer, ou de t'enfuir…

Le rouge me monte aux joues car je sais à quoi elle fait allusion. La dernière fois que nous étions ensemble, cela s'est mal terminé.

-A propos de ça Alice, dis-je prête à lui présenter des excuses, mais elle ne me laisse pas le temps de poursuivre.

Elle pose une main délicate sur la mienne et la serre affectueusement.

-Je t'ai dit que cela n'avait plus d'importance, tout est oublié Bella…

-Non Alice, au contraire, c'est important pour moi.

Elle me fixe sans rien dire et je prends mon courage à deux mains pour lui dire ce que j'ai sur le cœur.

-Je n'aurais jamais dû me servir de toi comme ça, c'était petit et mesquin de ma part, je ne sais pas ce qui m'as pris sur le moment…je crois que j'étais en colère. Bref, tu m'as accueilli chez toi sans te poser de questions, tu as tout fait pour m'être agréable et je…Je t'ai trahi, il n'y a pas d'autre mots pour le dire alors voilà je tenais à m'excuser.

Je relève la tête craintive après ma tirade maladroite et la voit qui m'observe attentivement.

-Et bien alors j'attends, sourit ' elle, sourcils arqués.

Il me faut un moment pour comprendre, mais lorsque je le fais, j'éclate de rire et enfonce mon doigt dans ces côtes car je sais qu'elle est chatouilleuse. Elle se tortille de rire sur le siège avant de tomber dans mes bras et de me serrer fort contre elle. Et pour une fois je n'ai pas de mouvement de recul, j'apprécie la chaleur de son étreinte et la serre à mon tour tout près de mon cœur, là où elle s'est forée une place à mon insu.

-Excuse-moi, chuchotai-je

-xxxxx-

Si je fais ça, il n'y aura pas de retour en arrière possible.

Si elle l'a caché c'est qu'elle ne veut pas que tu le lises et tu le sais pertinemment, chuchote une petite voix à mon oreille.

Sauf que ce journal, regorge d'informations importantes, renchérit la partie de mon cerveau qui meurt d'envie de tout savoir.

Des informations qui me permettront de mieux la comprendre. Des informations dont j'ai besoin, pour elle, pour moi.

Quand je saurais, je pourrais mieux l'aider.

Voilà les tourments qui se jouent dans mon esprit alors que j'hésite encore sur le seuil de la chambre.

Bella et Alice sont parties il y a moins d'une heure et me voilà déjà prêt à violer son intimité.

Je fais un premier pas d'abord hésitant mais les suivants s'enchainent d'eux-mêmes.

J'essaie de me convaincre du bienfondé de ma démarche à mesure que je me rapproche de son lit, où je sais qu'elle cache son carnet.

Je m'assois en prenant soin de ne pas trop déranger les draps, elle fait son lit tous les matins avec une rigueur militaire.

Respire Edward, tu ne fais rien de mal.

Mes mains tremblent lorsque je soulève le matelas pour m'emparer du petit carnet, qui lui sert de journal intime depuis que je lui ai offert.

Intime ? Surement pas avec moi dans les parages.

Rien de mal. Je ne fais rien de mal.

Je tourne la première page, elle est ornée d'une énorme rose dont les épines font le tour de la page.

« Ça s'est passé il y a tellement longtemps et pourtant c'est gravé dans ma mémoire comme si c'était hier. »

Certains mots ont été raturés tellement de fois que l'encre a traversé la page.

Il y a cependant un mot qui revient à plusieurs reprises.

« Pourquoi ? Pourquoi ? Pourquoi ! »

Je poursuis ma lecture à la recherche de je ne sais quoi.

« J'ai eu dix-huit ans dans la plus grande indifférence, mais ça me va, parce que ça veut dire que je suis en sécurité désormais. »

Cette phrase aussi est rayée, mais elle reste néanmoins lisible sous les coups de stylos. Ce qui m'inquiète ce sont les têtes de morts dessinées à la place des points sur les i.

« Il ne peut plus me faire de mal. »

Ma curiosité est piquée au vif et je me demande aussitôt de qui elle peut bien parler. J'ai peur que tout à coup, mes simples suppositions se confirment.

Je note consciencieusement toutes les phrases qui noircissent les pages de son carnet ainsi que les dessins qui y sont associés.

Elles constituent une base de travail, même si je ne peux pas vraiment lui demander des précisions sur la signification de certaines d'entre elles. Mais je peux désormais orienter nos prochaines discussions afin d'en savoir plus.

Je tourne les pages, en survolent certaines qui ne contiennent que des dessins, jusqu'à trouver un passage plus fourni que les autres.

« J'ai beau essayer, je n'arrive pas à me souvenir. Je sais pourtant que l'oubli a du bon parfois, mais pas dans des cas comme celui-là. C'est à peine si je me rappelle son visage. Des pans entiers de ma vie me manquent, comme si on les avait effacés. Mais est-ce que j'ai envie de me les rappeler ? Ce n'est peut-être pas pour rien que j'ai oublié »

Un autre passage attire mon attention et je m'empresse de le recopier sur mon propre carnet.

« J'ai peur de fermer les yeux. Derrière l'écran de mes paupières closes, ce sont ces yeux que je vois, son visage, celui-là même que j'aimerais tant oublié, hante mes nuits. Je suis libre pourtant, je me suis enfuie pour me libérer de son joug et m'en voilà prisonnière à jamais.

Je le déteste, lui. Pour ce qu'il a fait subir à mon corps, qui a mené mes pas jusqu'à ce pont.

Je la déteste, elle. Pour ce qu'elle a fait subir à mon âme, pour la personne que je suis devenu par sa faute.

Je vous déteste tous. Parce que vous me rappelez cette personne que je ne serais jamais, ce que je n'ai jamais eu et n'aurais jamais, ce que je n'ai jamais fait et ne ferais probablement jamais… Mais je me déteste moi encore plus »

Qui est Elle ? Qui est Lui ?

Telles sont les questions que j'ajoute sous le passage soigneusement recopié sur mon propre carnet.

Sur la page d'en face, elle a dessinée une fille assise par terre dans le noir. Ses cheveux recouvrent entièrement son visage tandis que de gros nuages chargés de pluies se déversent sur elle.

Je passe mes doigts sur la page gondolé par le trop plein d'encre à certains endroits en essayant de comprendre quelles émotions l'animaient lorsqu'elle a fait ce dessin.

OoOoO

Il est plus de minuit lorsqu'Alice se décide enfin à ramener Bella à la maison.

Elle se contente de la déposer sans prendre la peine de descendre du taxi, elle sait déjà qu'elle ne s'en tirera pas à si bon compte si elle m'affronte ce soir.

J'ai lui ai envoyé une tonne de message toute la soirée, auxquels elle n'a pas jugé bon de répondre.

Il m'aurait pourtant suffit d'un coup d'œil au mouchard sur mon téléphone pour savoir où elles se trouvaient et aller les chercher par la peau des fesses. Mais après ma petite séance de lecture du carnet de Bella cet après-midi, je ne me sentais pas de poursuivre mon intrusion dans sa vie privée.

Et puis j'aurais eu bien du mal à justifier ma présence, alors j'ai pris mon mal en patience en tournant en rond tout le reste de la journée.

J'ai tenté, en vain, de joindre Emmett mais lui aussi a ignoré mes appels toute la journée.

Je crois bien que c'est la première fois qu'il me fait la tête aussi longtemps, et je n'arrive pas à comprendre pourquoi il m'en veut autant. Enfin, ce n'est pas totalement vrai, j'ai bien ma petite idée sur ce qui le motive à me faire la tête.

Mais ce n'est pas comme si j'entreprenais un acte totalement égoïste, j'espère sincèrement être capable d'aider Bella.

Il me connait, il devrait savoir que je ne suis pas motivé par une obscure raison.

Même si mes méthodes restent discutables.

-xxxxx-

Perdue !

Encore une fois, il l'avait perdue.

Il voulait se donner des claques parfois, au lieu de ça, il frappa à plusieurs reprises sur le volant recouvert d'une moumoute bleu sale.

Il n'était même pas capable de filer un simple taxi.

-Bordel ! Hurla-t-il dans le silence de l'habitacle surchauffé.

Mais pour sa défense, tous ces foutus taxis se ressemblaient.

Il prit une grande inspiration et se força à se calmer.

Il devait avoir les idées claires pour réfléchir et élaborer un plan.

Mais c'était impossible, son cœur battait trop fort à ses oreilles, l'empêchant de se concentrer.

Il ignora les coups de klaxons furieux des autres conducteurs et coupa adroitement la route à un véhicule pour se faufiler dans le rues parallèles et plus calmes de la ville.

Il avait perdu trop de temps à suivre les deux filles dans la voiture, et pour rien en plus. Maintenant il était en retard pour ces livraisons.

Il sa gara dans une ruelle mal éclairée, ouvrit la boite à gants de sa camionnette délabrée et s'empara de sa trousse d'urgence.

Elle contenait tout ce dont il avait besoin pour se détendre.

Il choisit avec soin la lame.

Le contact de l'acier froid entre ses doigts le rassurait.

Il releva la manche de son pull et découvrit la chaire de ses avant-bras striée de coupures, toutes à un stade de cicatrisation plus ou moins avancé.

Il choisit une entaille à peine refermée et y enfonça la lame qui déchira sans mal la peau délicate.

Il laissa le flot de sang courir le long de son bras et le laver de toutes tensions.

Déjà, il sentait le brouillard qui recouvrait ses pensées se lever, sa respiration se réguler.

Inspirer, Expirer.

L'odeur métallique et familière du sang envahie ses narines.

A mesure que l'oxygène gonflait ses poumons et que le sang quitte son corps, il retrouve ses capacités mentales.

Peu à peu, il reprenait le contrôle.

Il se mit à réfléchir, plus posément.

Il connaissait le petit bistro où il l'avait découverte.

Un taudis, géré par une bande de hippie, où des pseudos artistes venaient faire écouter leur musique de merde.

Il lui suffisait d'y retourner et d'attendre qu'elle se montre.

Car elle finirait bien par le faire.

Oui attendre patiemment, ça il savait le faire.

Il l'avait fait toute sa vie.

Attendre.

Peu importe le temps que cela lui prendrait pour revenir, il l'attendrait.

Parce qu'elle lui appartenait.

Parce qu'il lui avait fait une promesse et qu'il comptait bien s'y tenir.

Et parce qu'elle devait être punie pour l'avoir abandonné.

-xxxxx-

Lorsqu'Alice me dépose devant l'immense portail d'Edward, je suis un peu perdue. Je me suis endormie sur le chemin du retour et c'est la tête dans les vapes que je m'extirpe du taxi sous les « ouste » précipités d'Alice.

Alice, cette traitresse, qui s'est empressée de détaler avec le taxi me laissant seule devant la lourde porte. Je crois qu'elle a peur de ce que pourrait dire Edward vu l'heure tardive à laquelle elle me ramène.

Et surement aussi pour éviter d'avoir à lui avouer qu'elle m'a trainé dans un bar !

Je resserre les pans de mon manteau autour de moi et lève la tête à la recherche des rares étoiles qui brillent à travers l'épaisse couche nuageuse. Il y a quelque temps, je n'aurais jamais imaginé avoir tant envie de me glisser sous les draps chaud dans la chambre qui est désormais la mienne.

Mais en même temps, c'est peut-être ma chance.

Je suis seule devant cette porte fermée, sans surveillance.

Je pourrais aller n'importe où, reprendre ma liberté comme je l'ai toujours voulu, mais quelque chose en moi a changé. Cette partie de moi qui souhaitait tellement ne plus rien ressentir et comme en sommeil depuis quelques temps.

Je ne l'entends plus susurrer à mon oreille ses fausses promesses.

J'apprends à vivre de nouveau et j'aime ça. Sortir, flâner, rire des moindres petites choses et surtout, se sentir en sécurité. Voilà ce qui manquait à ma vie jusqu'ici.

On m'a donné une seconde chance, ou plutôt Edward m'a donné une seconde chance en me rattrapant ce jour-là, et je compte bien la saisir.

La première étape étant de trouver un moyen de rentrer dans ce qui me fait désormais office de foyer, tout en sachant qu'un jour je devrais le quitter.

J'ai à peine le temps de me demander comment escalader, que la porte s'ouvre d'elle-même laissant apparaitre la mine boudeuse d'Edward. S'il ne faisait pas aussi froid, et que je ne venais pas d'avoir une illumination sur mon avenir, j'aurais surement éclaté de rire devant son air renfrogné. Au lieu de cela, je fais un effort pour ne pas paraitre moqueuse et tente de m'excuser pour cette petite sortie improvisée qui a duré plus longtemps que prévue.

-Je suis désolé de t'avoir réveillé Edward. J'aurais trouvé un moyen de rentrer toute seule, ou alors j'aurais dormi dehors. Alice…On n'a pas vu le temps passé, j'avoue finalement mal à l'aise à l'idée de dire du mal de ma nouvelle amie.

Il ouvre la porte en grand et je me faufile sous son bras.

-Inutile de t'excuser Bella, je sais parfaitement que c'est la faute d'Alice, bougonne-t-il en jetant un regard noir par-dessus mon épaule surement à la recherche d'Alice. Et puis de toute façon, je ne dormais pas, rajoute-t-il sur un ton plus adouci.

-Oh.

C'est tout ce que je parviens à dire alors que nous remontons l'allée.

-Bella, tu n'as pas à dormir dehors. Je vais d'ailleurs te donner une clé pour que cela ne se reproduise plus

Je m'arrête net pour lui faire face et il se retrouve déstabilisé par mon mouvement brusque.

-Oh non, non, non, tu n'as pas à faire ça Edward, j'insiste en secouant vigoureusement la tête, gênée par sa proposition. Je ne disais pas ça pour que tu…

Il éclate de rire et enfonce ces mains dans ces poches avant de reprendre notre marche en secouant la tête.

Est-ce que j'ai dit quelque chose de drôle ?

-xxxxx-

-Tu sais il y a des gens qui tuerait pour avoir un double de ces clés et ainsi avoir accès à la propriété. C'est la première fois que je vois quelqu'un refuser avec autant de force, je la taquine.

Elle semble considérer ma réponse, reste silencieuse un moment et seul le bruit de nos pas sur le gravier vient perturber le silence de la nuit.

-Tu parles de ta err…petite-copine, m'interroge-t-elle tête baissée.

Il me faut un petit moment pour comprendre à qui elle fait allusion.

-Ma…Quoi ! Tanya ! Non…non…non, Tanya n'est pas ma copine, je me défends horrifié.

C'est à son tour de se moquer de moi et je crois bien que c'est la première fois que je la vois sourire franchement.

-Qu'est-ce qui te fait croire que c'est ma petite-amie ? Parce que tout le monde a l'air de penser que nous ferions un couple parfait…

Elle hausse les épaules

-Je…je vous ai entendu la dernière fois…On aurait dit que…enfin tu vois quoi…

-Hum, non je ne vois pas, je t'avoue que quand il s'agit de Tanya, ou des filles en général, je suis totalement perdu…

-Ca j'avais remarqué, murmure-t-elle si bas que je suis sûr qu'elle ne s'adressait pas à moi.

-J'ai entendu tu sais…

Elle pince ses lèvres pour éviter de rire et me jette un coup d'œil en catimini. Lorsqu'elle voit que je ne suis pas vexé par sa remarque, elle s'autorise à glousser avant de hausser les épaules.

-Tu pourrais peut-être me donner des conseils, je me hasarde à proposer mine de rien.

L'idée m'est venue comme ça, comme dans un flash et je regrette presque aussitôt d'y avoir songé. Je ne veux pas qu'elle s'imagine que je me sers d'elle pour draguer Tanya.

-Quoi ! Moi ? Mais je n'y connais rien en drague…S'écrit-elle étonné par ma proposition peu commune.

-Non je me suis mal exprimé, ce que je voulais dire c'est me donner un coup de main pour apprendre à…communiquer avec les filles et surtout à mieux les comprendre !

Peut-être que ce n'est pas une si mauvaise idée que ça au final.

-Oh.

Elle s'interrompt le temps de mettre de l'ordre dans ses idées.

-Je ne suis pas sûre de t'être d'une grande aide, commence-t-elle par se justifier. Mais avant qu'elle ait le temps de refuser totalement mon offre, je l'interromps.

-Détrompe-toi Bella. Tu ne te vois pas très clairement, mais je suis sûr que tu es une fille tout ce qu'il y a de plus réfléchi. Et je suis persuadé que tu pourrais m'être d'une très grande aide à l'avenir.

Elle parait gênée par mon compliment et préfère garder le silence.

-C'est officiel, en plus d'être mon cordon bleu attitrée, tu seras ma nouvelle conseillère en relation homme-femme ! Je clame le plus sérieusement du monde sans lui laisser la possibilité de refuser.

Ma tirade lui arrache un sourire, c'est un bon point. Ce que je ne lui dit pas cependant, c'est que la seule femme que je souhaite comprendre par-dessus tout, c'est elle.

Je l'escorte jusqu'en haut des marches menant à sa chambre et nous nous séparons en nous souhaitant bonne nuit.

Je suis beaucoup plus calme et serein que la nuit dernière et quand ma tête entre en contact avec mon oreiller, je sais déjà que ma nuit sera douce. Convaincu d'avoir fait un pas de géant dans mon approche avec Bella, c'est avec le sourire que je m'endors paisiblement.

-xxxxx-

Une brume épaisse m'enveloppe.

Il fait froid, je frissonne.

Je devrais me sentir oppressée par ce mur cotonneux, mais je m'y sens bien, en sécurité même car personne ne peut me voir.

Une douce mélodie aux accords inconnus, et pourtant je fredonne en rythme, un sourire sur les lèvres.

Je voudrais m'envoler avec cette mélodie et c'est ce que je fais.

Mes pieds décollent du sol et je monte, monte. Si haut que je pourrais presque toucher les étoiles.

Au-dessus de ma tête le ciel, chargé de nuages d'une blancheur impeccable, se sépare pour laisser passer une main tendue vers moi.

Là, parmi les nuages, ses yeux me regardent.

Je les connais, je jurerais les avoir déjà vu.

Je tends la main, pour qu'elle m'emporte avec elle mais je suis encore trop loin.

La musique s'intensifie à mesure que j'approche.

Quelqu'un m'appelle, mais cela ne vient pas de là-haut.

Une voix sous mes pieds crie mon nom, je la reconnais aussitôt.

Edward. Je ne regarde pas en bas, je veux monter, monter si haut au point de toucher les étoiles.

Mon souffle laisse une empreinte dans l'air qui se refroidit.

Tout à coup, la main solitaire se mut en plusieurs qui tentent de m'agripper.

J'étais trop loin pour voir, mais à présent je les vois.

Les doigts fourchus, les ongles crasseux, les mains cloquées et déformées par la douleur.

La voix qui chantait cette mélodie si douce et envoutante s'est transformée en un horrible cri de souffrance.

Elle hurle à m'en briser les tympans.

Je couvre mes oreilles de mes mains et se faisant, je commence à tomber.

D'abord doucement, comme une plume dans l'air.

Puis de plus en plus vite comme une pierre au-dessus de l'eau.

Je sais comment tout cela finira.

Avec ma cervelle éparpillée sur le sol.

Je ferme les yeux, parce que je suis une trouillarde, parce que je refuse de voir.

Au moment où tout est censé s'arrêter, ma chute est amortie par une enveloppe à la fois dure et moelleuse.

Chaleur et douceur envahisse mon esprit.

J'ouvre les yeux.

Edward me sourit.

-xxxxx-

-Qu'est-ce que tu fais ici ? Sa voix est à peine un murmure, mais un murmure accusateur.

-Tu criais dans ton sommeil

Elle sue à grosses gouttes, des mèches de cheveux lui collent à la peau et pourtant elle s'accroche à la couette comme à une bouée.

-Est-ce que tu veux en parler ? Dis-je doucement pour ne pas l'effrayer.

Le jour pointe à peine le bout de son nez derrière les épais rideaux de la chambre. Je n'ai dormi que quelques heures avant d'entendre Bella hurler à la mort.

Je lui tends un verre d'eau, qu'elle refuse d'un mouvement de tête énergique.

J'avance prudemment une main pour dégager son visage, et elle se terre aussitôt dans un coin du lit, la respiration laborieuse, les yeux exorbités.

-J'aimerais qu'un jour tu puisses me faire confiance.

Je laisse retomber mon bras, déçu mais tente de ne pas lui montrer.

-Pourquoi ? demande-t-elle simplement.

Je marque un temps d'arrêt, le temps de sonder ses yeux qui étudient les miens.

C'est un moment très important pour elle, comme pour moi. De ma réponse dépendra la suite de nos échanges.

-Tu ne crois pas que si je voulais te faire du mal, ce serait déjà fait ? Je sais que nous n'avons pas commencé…notre amitié de manière conventionnelle, mais je peux t'assurer que tu peux me faire confiance. Jamais je ne te ferais de mal Bella.

-J'ai fait confiance à des gens… avant. Ils ont tous finis par me trahir

-Qui ?

-Des gens, répond-t-elle simplement dans un haussement d'épaules.

Elle semble s'adoucir, ses muscles se détendent bien qu'elle garde la couverture farouchement agrippé contre elle.

-Et bien je ne suis pas…les gens Bella. Et j'ai bien peur que tu doives apprendre à faire de nouveau confiance à quelqu'un.

Je lui tends à nouveau le verre d'eau.

Ma main tremble, ses yeux me fuient mais elle s'empare du verre, hésite une fraction de seconde, plonge son regard dans le mien une dernière fois avant de boire.

-Merci, chuchote-t-elle en déposant le verre sur la table de chevet à ses côtés.

-xxxxx-

Est-ce que j'ai confiance en Edward ?

Surement pas.

C'est un homme, et par définition, il n'est pas digne de confiance.

Je préfère rester sur mes gardes, même si il s'est montré prévenant jusqu'ici, je redoute le jour où il décidera que je dois m'acquitter de ma dette envers lui.

Et surtout, la manière dont il choisira de me faire payer.

J'ai confiance en Alice cependant. Même si elle parle beaucoup trop pour ne rien dire, c'est une fille intelligente et je sais que je peux m'en remettre à son jugement.

Et si Edward est son meilleur ami, alors c'est qu'il doit y avoir une part de bonté en lui. Enfin, je sais qu'il est gentil, il n'y a qu'à voir tout ce qu'il fait pour moi depuis le début.

Il a quand même essayé de me droguer…

Oui mais pour mon bien, même si ce raisonnement peut paraitre loufoque.

Lorsque je refais le film de tous les évènements qui nous ont amenés jusqu'ici, il est clair qu'il essayait juste de m'aider. Maladroitement certes, mais quand même.

Mais c'est viscéral chez moi, je ne peux pas m'empêcher de penser que chaque personne a une part d'ombre. Et j'ai peur de découvrir celle d'Edward et d'en avoir le cœur brisé à nouveau.

Le voir assis là, en bout de lit, la mine défaite, ne sachant que dire ou que faire pour mériter ma confiance vrille mon estomac.

Il mérite que je fasse un pas vers lui, même minime.

Alors lorsqu'il se lève et fais mine de partir, ma bouche s'active d'elle-même et se met à former des mots que je n'aurais jamais cru prononcer

-Ne t'en vas pas

C'est à peine audible, mais je sais qu'il m'a entendu à la manière dont son corps se crispe.

Je suis une idiote, mes joues sont en feu, la honte me brûle de l'intérieur.

Je me mords la langue aussi fort que je l'ose sans pour autant la faire saigner.

J'ai déjà baissé la tête, me protégeant derrière le lourd rideau de mes cheveux.

Je ne veux pas voir son air choqué lorsqu'il se retournera.

Je sens le lit qui s'affaisse. Il s'est rassit, mais beaucoup trop prêt à mon goût.

Je la vois avant de la sentir, sa main qui remonte mon menton pour que je lui fasse face.

Dans ma tête une voix m'ordonne de m'esquiver, mais je lutte contre elle, contre ma nature.

Je frissonne.

A cause de lui ou tout simplement à cause de la sueur qui perle dans mon dos, je n'en sais rien.

Bientôt tout cela n'a plus d'importance parce que je suis aspiré par le vert de ses yeux.

Vert, la couleur de l'espoir.

C'est comme si il essayait de me faire passer un message à travers eux.

Tout ira bien, je suis là tu peux lâcher prise, me disent-ils avec douceur.

Et c'est ce que je fais.

-xxxxx-

Elle pleure et je la laisse faire.

Je m'installe à côté d'elle au-dessus des couvertures pour ne pas envahir son espace personnel et l'attire contre mon torse.

Elle résiste faiblement mais je ne la laisse pas m'échapper.

Pas cette fois.

Même lorsque mon tee-shirt est trempé de larmes, même lorsque ses discrets sanglots se transforment en longs spasmes déchirants, je ne la lâche pas.

Ma main caresse tendrement ses cheveux alors que je m'évertue à murmurer des paroles réconfortantes.

-Tout va bien.

Un hoquet.

-Tu ne seras plus jamais seule

Un gémissement.

-Je suis là désormais

Elle finit par s'endormir, sa main fermement accroché à mon tee-shirt.

Quelque chose se brise en moi, bien ou mal, je ne saurais le dire.

Mon cœur lui, est prêt à s'envoler dans ma poitrine.

-xxxxx-

Un cœur qui bat au rythme du mien.

Un souffle d'air chaud qui me chatouille le visage.

Un contact brulant sur mon épaule.

Lorsque j'ouvre les yeux, je suis avachi sur le torse d'Edward.

Il s'est endormi en me serrant dans ses bras, maintenant il ronfle paisiblement assis sur mon lit.

Je m'extirpe délicatement de son cocon protecteur, ne sachant plus trop quoi faire.

Une chose est sûre, je n'ai pas envie de me trouver là lorsqu'il se réveillera.

Je prépare des vêtements de rechange et me dirige à pas de loups vers la salle de bain en prenant soin de fermer la porte à double tour, tout en bloquant la poignée de la porte avec une chaise.

J'allume l'eau et laisse couler avant de prendre le risque de me déshabiller.

J'attends ce qui me parait une éternité, l'oreille collée à la porte à l'affût du moindre mouvement suspect. Ne détectant aucun bruit de l'autre côté, je souffle un grand coup avant d'ôter et de plier soigneusement mes affaires.

Après le moment que nous avons vécu hier soir, Edward et moi, mon manque de confiance est comme une insulte à son égard, mais mieux vaut être parano que désolé.

D'ailleurs, comment en est-on arrivé là ?

Une minute je suis sur mes gardes et celle d'après me voilà à pleurer comme une gamine dans ses bras. J'ai beau me refaire le film de ce qui s'est passé sous ma douche, je ne parviens pas à comprendre comment, par un simple regard, il a réussi à faire tomber mes défenses.

Mais est-ce vraiment important ?

Ce qui importe c'est qu'il m'a soutenu lorsque je me suis écroulée et que pas une seule fois il n'a tenté de me toucher.

Je laisse l'eau couler plus longtemps que d'habitude, je la laisse me débarrasser du sel de mes larmes qui creusent de longs sillons sur mes joues.

Lorsque je sors de la salle de bain, Edward est toujours profondément endormi. Il a l'air paisible, sa vision m'arrache un sourire. Mis à part les cernes qui marquent son visage, je pourrais presque imaginer la bouille du petit garçon qu'il a été un jour.

Je secoue la tête, inutile de me laisser attendrir par ce genre de détails sans importance.

Je regarde partout autour de moi, pour éviter la vision qui se trouve sur mon lit et décide de ranger les vêtements que j'ai éparpillés un peu partout la veille avant de me mettre au lit. Mon manteau repose abandonné par terre et je m'en empare pour le ranger soigneusement sur un cintre.

Avant même que j'ai pu atteindre l'armoire pour le ranger, le téléphone d'Edward, qui repose sur ma table de nuit, se met à vibrer avec insistance. Ne voulant pas qu'il se réveille je m'empresse, manteau sous le bras, de me saisir du portable qui continue à vibrer entre mes mains.

Ce n'est pas un appel puisqu'aucun nom n'apparait sur l'écran.

Je ne suis pas très au fait avec la technologie alors je garde le portable dans mes mains sans trop savoir quoi faire pour qu'il cesse de vibrer. L'écran affiche un message qui clignote en lettres blanches sur fond noir.

« Mouvement détecté »

Est-ce qu'il s'agit là d'un dispositif de sécurité pour la maison ?

« Faites glisser pour localiser »

Faites glisser ? Qu'est-ce que je suis censé faire glisser et où ?

Me fiant à mon intuition, je pose mon doigt sur l'écran et suit la flèche qui indique « Déverrouillage »

Je ne pense pas qu'Edward m'en voudra d'avoir fouiné dans son portable. Mais s'il y a quelqu'un dans la propriété, je ferais bien de m'en assurer avant de le réveiller.

« Entrer code »

Mince ! Ce n'est pas une information qu'Edward m'a confiée lorsqu'il m'a appris à me servir de l'application pour commander nos courses. Je m'éloigne de la table de chevet et fais les cent pas, me demandant ce que je suis censé faire maintenant.

Une autre vibration manque me faire lâcher le téléphone et lorsque je regarde l'écran, un autre message apparaît.

« Cible en déplacement rapide »

Qu'est-ce que…Mon cœur loupe un battement, je dois prendre sur moi pour ne pas me laisser gagner par la panique.

-Bella ?

Je sursaute, réprimant un hurlement de terreur en plaquant une main sur ma bouche. Je lâche mon manteau et le portable d'un même mouvement en fait volte-face.

Edward est réveillé.

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Bienvenue aux nouvelles lectrices et merci de m'avoir ajouté à vos favoris ou à vos alertes, la prochaine fois j'espère obtenir un petit mot de vous.

Merci aux habituées pour tous vos mots d'encouragements, vous me motivez vraiment à poursuivre.

Merci d'avoir laissé vos avis sur le passage du journal d'Edward. Il y en aura d'autres dans les prochains chapitres mais pas beaucoup.

Dites-moi ce que vous en avez pensé. Edward qui lit le carnet de Bella : Pour ou contre ?

Pour info : Banshee est une créature mythologique qui crie lorsque quelqu'un est sur le point de mourir…Mauvais présage ou simple rêve ?

Et au cas ou certaines d'entre vous l'on oublié, il y a un mouchard dans le manteau offert par Edward à Bella...

Clairouille59 : Je ne sais pas encore combien de chapitres il y aura pour cette fic. Il doit s'y passer encore plein de choses donc je ne peux pas répondre clairement à cette question. Vous allez devoir me supporter encore un petit moment lol. (Environ 10 chapitres voir plus) Par contre, je ne te dirais pas qui est le psychopathe à la recherche de Bella (mouhahahaha)