Bonjour tout le monde.
Peut-être que vous l'avez constaté, mais la semaine dernière, je n'ai pas actualisé cette histoire. À vrai dire, j'aurais aimé être occupée par les fêtes comme je le sous-entendais dans le dernier chapitre... Mais la raison est malheureusement, toute autre.
C'est très personnel, et sûrement, vous voulez pas tellement savoir ce qui se passe en dehors de cette fiction, mais au vu des circonstances actuelles, je me vois tout de même obligée de vous expliquer un tant soit peu ma situation.
La veille de 2017, il y a eu des complications de santé dans ma famille. Mes journées se résument à mes visites à l'hôpital et les services que je dois rendre à ma famille afin de les aider. Je n'ai pas vraiment le moral, mais je vais tenter de garder le rythme que je m'étais imposée pour Teenage Love, soit un chapitre par semaine. Peut-être que je ne devrais pas, mais je suis en train de devenir folle, les hôpitaux me donnent la nausée, les pleurs de mes proches m'obsèdent quand je dors, j'ai besoin de sortir de ma réalité et de m'oublier sinon j'ai peur de tomber dans une sacrée déprime.
Enfin... J'ai essayé d'être le plus brève possible et de ne pas rentrer dans les détails, mais juste, j'aimerais que vous sachiez que c'est grave, et que par extension il y aura peut-être des semaines où l'histoire ne sera pas actualisé. Ne pensez pas que j'abandonne si c'est le cas, dites-vous seulement que j'étais affreusement occupée.
Youki: I'm sorry sweetie, I wish I could give you a proper answer to your review, but today I'm quite exhausted. I'm really grateful to you, for your support and all your reviews. I hope 2017 will be a sucessful year for you, that you will be healthy, and happy. I'll try to make a better answer next time, sorry for this one. I hope you'll continue to enjoy this story! Reading your reviews always gives me a big solace. Probably one of the best thing concerning this adventure (By adventure, I mean the elaboration of this story and its sharing on the internet). See you soon, take care of you!
Je vous laisse à présent avec ce chapitre 21. Bonne lecture.
Un silence pesant s'installe dans la chambre d'hôpital. Les titulaires se regardent les uns les autres, cherchant dans d'autres prunelles une solution à leur incrédulité. Autour d'eux, la perfusion de Yukimura laisse échapper lentement, goutte après goutte, son liquide jusqu'à la veine piquée au niveau de sa main pâle.
Le mouvement me tourmente. Distinguer la présence de cette poche de plastique provoque une très forte réalisation chez moi ; celle qu'effectivement, mon meilleur ami est hospitalisé.
Je ne pensais pas jusqu'alors qu'évoquer ce mot me troublerait de la sorte ; car, après les remontrances de mon père, je m'étais engagé (du moins intérieurement) à conserver un esprit fort, et ainsi ne pas faiblir face à la situation de Yukimura. Néanmoins, la réalité est trop dure à accepter. L'image du lit mécanisé, du tube solidement planté dans sa veine et recouvert d'adhésif… Jamais je ne pensais un jour devoir le supporter dans une telle situation, et le pire, c'est qu'au fond de moi je redoute les peines à venir… Notamment au niveau de sa santé ; le docteur Tenma a souligné qu'il pouvait expérimenter la paralysie, ou de très grands états de faiblesse. Le regard de Yukimura pendant cette révélation n'a pas tremblé, il est resté fixement lié à celui du médecin, dans une détermination courageuse… Ce n'a pas été mon cas. Je n'ai pas eu de réaction corporelle, mais mon esprit lui s'est imaginé les pires scénarios. Visualiser mon meilleur ami, incapable de déglutir et retenu à la vie par un masque d'oxygène… Un profonde angoisse qui croît de jour en jour.
Durant notre première rencontre en tournois cependant, mes actes et mes gestes ont tâché de demeurer habituels à ceux des entraînements. Aucun des titulaires n'a osé poser des questions au sujet de Yukimura, pas même Renji, tous se sont engagés dans leur match avec la ferveur et la discipline reconnues à l'image de Rikkaidai. Toutefois malgré notre première victoire, les questions retenues d'Akaya au sujet de son capitaine et la détermination dont fait preuve Yukimura en expliquant sa situation à l'équipe, je ne peux m'empêcher de réaliser à quel point, pour une fois, j'ai du mal à comprendre les états d'âme de mon meilleur ami. D'ordinaire, il suffit d'un regard. Un seul coup d'oeil et lui comme moi savons ce qu'il en est des pensées de l'autre. C'est certainement l'habitude de sa compagnie qui m'a inculqué cette capacité, et jusqu'à présent, je n'y avais pas porté énormément d'importance ; cela me semblait simplement naturel.
Maintenant en revanche je comprends à quel point ce lien que nous avons me permets quotidiennement de le soutenir, car normalement, j'identifie parfaitement son ressenti ce qui me permets instinctivement de réagir de façon adéquate… Mais dans le cas de figure actuel… Quand je croise son regard, que je me plonge dans les nuances céruléennes de ses iris… Je ne parviens en aucun cas à y lire un quelconque émotion. Pour la première fois depuis des années d'amitié, je n'arrive pas à comprendre Yukimura ; je ne pourrais déterminer s'il se sent terrorisé, combatif, neutre… ou tout autre chose.
Je me retrouve finalement comme tous les autres titulaires, incapable de traverser les remparts de ses sentiments, et tout au fond de mon orgueil, j'en suis profondément attristé.
Après de très longues minutes de silence, Renji est le premier à réagir. Dans des gestes délicats, il pose son sac de tennis au sol, puis vient s'installer sur une chaise aux chevets de son capitaine et ami. Sa voix est étrangement calme lorsqu'il questionne ;
- Le Syndrome de Guillain-Barré… C'est une maladie du système nerveux, une maladie rare, n'est-ce pas ?
Yukimura lui rend un regard tout aussi composé. Aucune crainte ne traverse ses prunelles alors qu'il soutient celles du maître des données, qui comme je m'en doutais, semble être le seul à savoir de quoi s'agit le SGB.
- Oui, c'est bien ça. Je vais devoir séjourner ici pendant un long moment… Accorde la voix claire.
Renji demeure de nouveau silencieux, alors qu'autour du lit mécanisé, Akaya s'agite sur place, ses yeux voyageant rapidement de visage en visage à la recherche d'une explication. Néanmoins, lorsque Marui lui fait signe de la tête, il paraît comprendre qu'eux non plus, n'ont aucune idée de ce qu'il se déroule actuellement.
- Est-ce que c'est grave ? Finit cependant par demander Niou, toujours installé contre le matelas d'hôpital.
Yukimura tourne la tête lentement (probablement de la fatigue) afin de faire face à l'illusionniste des courts. Le regard qu'ils soutiennent me met un instant mal à l'aise, comme si ma présence devenait soudain de trop dans cette pièce… Néanmoins assez rapidement la voix claire accorde ;
- Je ne veux pas vous mentir ; c'est assez grave. Mais Sanada sera là pour vous guider pendant ce tournois. Je vous promets de revenir pour les Nationales.
Avant que quiconque puisse répondre, la petite voix d'Akaya parvient dans un écho jusqu'aux oreilles de son admiré capitaine ;
- C'est vrai, tu promets ?
Yukimura fait de nouveau volte-face, croisant le regard du reste de l'équipe puis du jeune diable.
- Oui, je le promets. Ça ne va pas être une tâche facile, mais je reviendrais à coup sûr.
La phrase semble résonner plus clairement dans l'esprit des titulaires que lorsqu'il annonçait le nom de sa maladie. Ainsi, Marui détourne subitement les yeux en enfonçant les mains dans ses poches, cachant timidement son malaise, alors qu'à ses côtés, Jackal laisse échapper un soupir abattu, tout en se grattant l'arrière de la tête. C'est finalement Yagyu qui trouve le courage de répondre à la déclaration, après avoir rehaussé promptement ses lunettes sur son nez ;
- Je suis vraiment désolé pour toi. Nous allons jouer à notre maximum ; c'est peu, et malheureusement c'est tout ce que nous pouvons faire, mais j'espère qu'ainsi on parviendra à t'ôter d'un poids.
Instinctivement, je rebondis à la tirade, appuyant d'une voix déterminée ;
- Tout à fait, Seiichi, tu peux compter sur moi pour les entraînements. Cette équipe est forte et elle emportera notre troisième victoire consécutive ; cette fois c'est moi qui fait une promesse, nous resterons invaincus jusqu'à ton retour.
Pour la première fois depuis que l'équipe a pénétré dans la chambre d'hôpital, il m'adresse un regard… Puis un sourire.
- Nous viendrons te voir souvent Seiichi. Ajoute soudain Renji d'une voix calme, Même si je pense que Genichirou sera le seul à te rendre visite tous les jours… 85% de chances que ce soit le cas.
Yukimura laisse aller un petit rire et malgré l'embarras que je ressens secrètement, je remarque les autres se détendre à la mélodie apaisante provoquée par la voix de leur capitaine.
Par la suite, la conversation dérive sur d'autres sujets. Pendant plus d'une heure, chacun apporte son commentaire, exprime son ressenti sur le début du tournois ou à propos de la continuité des cours à l'école. Akaya se laisse surprendre par Niou plusieurs fois, provoquant le sourire de Yukimura, tandis que Marui insiste plusieurs fois au sujet de gâteaux qu'il souhaiterait apporter lors de notre prochaine visite. Finalement, lorsqu'enfin les titulaires se décident à quitter la chambre d'hôpital, ils semblent se comporter habituellement, demeurant forts malgré la soudaine révélation de leur capitaine.
- Ne rentre pas trop tard Genichirou, Me conseille Renji, le dernier à passer la porte de la pièce, Au revoir Seiichi, à très vite.
- À bientôt. Sourit Yukimura alors que son ombre disparaît déjà dans les couloirs blancs.
Aussitôt seuls, il se laisse retomber mollement contre les draps sous son dos. Apparemment, il avait contenu sa fatigue afin de demeurer le dos droit face à l'équipe ; je comprends désormais en le distinguant reprendre une position allongée, toute la douleur qu'il a dû endurer en décidant d'agir ainsi. Alors, muet, je saisis la télécommande du lit mécanisé puis l'utilise pour que le matelas s'abaisse et lui permette de prendre une stature plus confortable.
Ses yeux me semblent soudain beaucoup plus exténué qu'auparavant, beaucoup moins assurés, ternes, malades.
- … C'était agréable de les voir. M'avoue t-il après une inspiration discrète.
Je demeure silencieux, hochant simplement la tête à l'affirmative. En l'observant allongé de cette façon, je ne peux empêcher mon esprit de se remémorer les dires du docteur Tenma, et sans que je puisse me maîtriser, un poids pesant s'appuie lourdement contre ma poitrine, rendant ma respiration compliquée, et mes mains moites.
Avec le plus de contenance possible, je tente de cacher mon trouble à Yukimura, néanmoins, toute la force que j'emploie afin de limiter mes réactions physiques, ne font qu'amplifier les battements de mon coeur, qui augmentent de secondes en secondes, dans une panique que je suis incapable de réprimer.
- … Je suis désolé de te causer du soucis. Reprend soudain Yukimura d'une voix peinée.
Je retrouve mes esprits dans un sursaut, papillonnant des yeux un instant avant de retrouver un semblant de calme. Lentement, mes yeux trouvent les prunelles céruléennes, et pendant un instant je soutiens leur poids, silencieux.
- … Ce n'est rien, essaie de te reposer maintenant. Finis-je finalement par répondre.
En identifiant mes mots, il clos doucement ses paupières. Alors, sans le déranger davantage, je saisis mes affaires, et quitte discrètement la pièce, à pas de loup.
OoO
Cette situation, c'est loin d'être facile de l'assumer. Comme si l'hôpital avait définitivement enclenché les rouages de ma maladie, je ressens de plus en plus de mollesse dans mes muscles, une fatigue constante, et parfois avec horreur, mes membres se figent un instant dans des picotements douloureux.
Cela fait maintenant trois jours que j'ai annoncé mon état à mon équipe. Depuis, les infirmiers ont déplacé mes affaires à l'étage supérieur de l'hôpital, dans un secteur où apparemment seuls les enfants et adolescents y résident. On m'a ainsi prêté une nouvelle pièce, un peu plus colorée, que le personnel hospitalier a directement désigné comme "ma chambre".
Évidemment, jamais je ne pourrais considérer cet endroit comme mon espace, ma maison, mais par politesse, et surtout face à leurs sourires encourageants, j'ai préféré ne pas les corriger.
À présent je suis installé sur un nouveau lit mécanisé, luttant silencieusement contre mon palais, qui a beaucoup de mal à déglutir. J'ai décidé d'affronter la vérité, de me battre pour revenir sur les terrains, néanmoins parfois, alors que je m'acharne à ne penser uniquement à l'instant présent, une vague d'émotions me submerge, emportant l'espace de quelques secondes mes sens, et aveuglant ma vision. Je tais ce phénomène au docteur Tenma, excusant cette faiblesse sur le dos de la fatigue, cependant au fond de moi une petite voix ne cesse de susurrer que je suis probablement effrayé, malgré mes bonnes résolutions.
Je n'ai pas envie d'avoir peur. J'aimerais me faire une raison, être capable d'affronter les difficultés avec bravoure. Alors que je devrais logiquement angoisser, pleurer jusqu'à assécher mes iris, je voudrais finalement perdre toute notion de sentiment. Au-delà de la recherche de combativité, je crois malheureusement que c'est une âme vide, que j'aimerais obtenir.
Car mon désir de vaincre ne parvient seulement qu'à étouffer mon effroi, la peur glaciale et fourbe qui hante mes rêves sombres lorsque je dors, qui dans des sursauts incontrôlés perturbent mes sens la journée, et qui rarement évoque au coin de mon esprit que fatalement, je suis effrayé par la mort.
Je tente lâchement de le nier, mais je sais que c'est le cas. J'ai lu les dossiers expliquant les caractéristiques de ma maladie, j'ai appris le pire qu'elle avait à me livrer, et c'est certain que malgré toutes les remparts que je tente vainement de construire, il y a toujours la terreur de la mort qui rôde dans un coin de mon esprit.
Néanmoins, je lutte pour ne rien montrer. Je refuse de céder mon corps à des émotions aussi dévastatrices, alors je mords violemment l'intérieur de mes joues, je serre les draps du lit, je trouve moulte astuces afin de retenir pleurs et crises d'angoisse. Le SGB va certainement m'enlever peu à peu l'usage de mes membres, alors j'aimerais au moins garder le contrôle de mes émotions sur ces derniers, même si c'est peut-être un comportement puérile et orgueilleux.
C'est pourquoi actuellement, je force sur ma langue, essaie avec insistance de la mouvoir dans le but de déglutir convenablement ; d'après le médecin, si je n'y parviens pas, il faudra me nourrir par perfusions, et cette idée je la refuse catégoriquement. Loin de moi l'image de mon corps perfusé par une solution d'eau sucrée. Je veux manger, normalement, avec des baguettes, mes mains, des aliments compacts et savoureux. Certaines personnes pourraient avoir du mal à comprendre l'acharnement que je voue à déglutir correctement, mais de mon point de vue la base d'un comportement humain normal est d'être capable de se nourrir lui-même ; de subvenir à ses besoins primaires de façon autonome.
Dans un nouvel effort, je tente une nouvelle poussée. Heureusement, à force d'exercices, la salive glisse de plus en plus naturellement dans ma gorge, et je ressens prudemment le soulagement m'envahir. Pour l'instant, je me débrouille pas trop mal contre les attaques du SGB. Je le ressens comme une petite victoire, néanmoins je suis conscient qu'à l'avenir, les batailles risquent de devenir ardues. J'ai eu beaucoup de chance pour aujourd'hui, mais peut-être que demain, je serais dans une situation désespérée.
Une heure plus tard, une infirmière me présente mon repas. J'essaie d'oublier la table à roulette, construite de sorte à ce que les patients puissent manger au lit, ainsi que le fil de ma perfusion de médicament, qui gêne mon poignet lors de la prise de nourriture, me concentrant plutôt sur la dégustation de mon assiette.
- Tout se passe bien Yukimura-Kun ? Questionne l'une des infirmières plusieurs minutes plus tard en récupérant mon plateau
- Oui, merci… Accordais-je en retenant mon malaise
Ses gestes sont rapides, professionnels. La mécanique qu'elle utilise au quotidien se ressent dans ses mouvements, me rappelant avec amertume l'endroit où je séjourne, dans lequel je vais devoir survivre durant certainement plusieurs mois.
En redressant rapidement mon lit mécanisé d'une pression de la main sur la manette, elle me lance un sourire avant d'ajouter rapidement ;
- Le docteur Tenma va passer dans quelques minutes, ne vous endormez pas d'ici-là.
- Oui, très bien. Acquiesçais-je promptement.
Satisfaite, elle quitte la pièce d'un pas rapide, laissant la très large porte grande ouverte derrière elle. Aussitôt mes yeux suivent les déplacements que j'aperçois dans le couloir à découvert. J'aperçois alors le personnel hospitalier circuler, certains transportant de la nourriture, d'autres de la paperasse.
C'est toujours perturbant de distinguer autant de mouvements dans un endroit dans lequel je suis censé rester enfermer. Je suppose que d'une certaine façon, c'est mieux que d'être jeté à la rue par ma mère, même si forcément tout dans cet hôpital me rappelle incessamment la raison pour laquelle je suis ici.
À propos de ma mère d'ailleurs… Elle n'est plus revenue depuis l'annonce de ma maladie. Elle doit sûrement me voir comme un poids, un faiblard qui lui coûte de l'argent… Ne pas la voir me convient parfaitement, mais manquer de la compagnie de ma petite-soeur commence à peser sur mon coeur. Lorsque je séjournais dans le foyer des Sanada, j'avais trouvé une période dans la semaine que j'utilisais afin de la rencontrer à la sortie de son école… Dorénavant, je ne suis pas même certain que ma mère lui ai annoncé la vérité à mon sujet.
Peut-être qu'elle m'attend devant le portail. Peut-être qu'elle s'imagine que son grand-frère l'a finalement abandonné, laissé pour compte alors qu'il lui avait promis en l'enlaçant qu'il viendrait toujours prendre de ses nouvelles.
En imaginant ses yeux clairs se voiler de larmes, une profonde culpabilité me saisit soudainement. Ma main vient se plaquer contre ma poitrine fermement, alors que mon coeur se resserre douloureusement en coupant mon souffle. Je ne veux pas que ma petite soeur vive à l'image de mon éducation. Je souhaite qu'elle soit gaie, pétillante, curieuse de vivre… Pourtant alors que je m'étais juré de prendre soin d'elle et de la protéger, je finis par l'abandonner de nouveau, sans prévenir, sans même une dernière étreinte.
Quel frère agirait de la sorte ? Pourquoi ne suis-je pas même capable de rendre heureux le peu de famille qui me reste ?
La voix du docteur me parvient dans les couloirs dans des échos de résonance, et machinalement, je repose ma main contre le matelas, prenant une inspiration si puissante qu'elle semble poignarder violemment ma poitrine par des lames de glace. J'expire alors rapidement, grimaçant de douleur, puis reprend rapidement une contenance.
- Bonsoir Yukimura-Kun, S'exclame le médecin en pénétrant rapidement dans la pièce après avoir toquer promptement contre la porte ouverte.
- Bonsoir, Docteur. Accordais-je difficilement d'une voix enrouée.
Il ne fait pas de commentaire en entendant ma voix, se plaçant face à moi dans une posture droite. D'une main experte, il feuillette alors un dossier que je n'avais pas remarqué dans ses bras, tournant les pages à une vitesse impressionnante après de vagues coups d'oeil.
- Bien, Dit-il en replaçant le document sous son aisselle, Nous avons contrôlé ta tension, température, et nous avons les résultats de ta dernière prise de sang. Demain ce sera ton dernier jour sous ta perfusion habituelle, mais tu devras rester à partir de seize heure, car le lendemain j'ai d'autres examens à te faire passer.
Je me contente d'un hochement de tête absent, complètement ignorant des protocoles médicaux.
- Est-ce que tu as des questions, des choses à me dire ? Ajoute t-il en fixant mon regard avec insistance.
Je réponds à l'échange visuel, considérant sérieusement son attention. C'est étrange, mais maintenant que je le distingue de façon aussi précise, je m'aperçois soudain de la fatigue maquillant le dessous de ses paupières. Je réalise alors que malgré l'état de tous ses patients, lui aussi doit probablement avoir beaucoup de soucis.
- Je… Je voudrais juste savoir si il n'y a aucune complication particulière. Tentais-je de formuler après quelques secondes.
Comprenant ma demande, il vérifie rapidement entre les pages de son dossier, avant de répondre d'un ton lent ;
- Hm… Apparemment, toujours les mêmes éventualités auxquelles s'attendre… Je ne peux pas dire que c'est pire, mais le syndrome peut entraîner des complications rapides, alors je ne préfère pas te bercer d'illusion. (Il replace le document sous son aisselle puis ajoute d'un ton plus positif:) Mais on va dire que pour l'instant, tu n'as pas tellement à t'inquiéter, essaie de faire une nuit complète ce soir.
- … D'accord, merci.
Il tente un dernier sourire encourageant, puis quitte définitivement la pièce, fermant cette fois la porte d'un geste délicat.
Laissant une profonde inspiration s'échapper de mes lèvres, je me glisse plus confortablement sous les couvertures, déplace une dernière fois le tube de ma perfusion gênant mon poignet, puis ferme les yeux.
OoO
Son corps gît inerte sur le lit d'hôpital. Sa peau auparavant laiteuse, semble à présent aussi pâle et terne que de la pâte à sel. Aucune lumière ne vient cueillir ses pommettes ordinairement rosées, il n'y a pas même l'ombre d'un reflet contre ses lèvres sèches.
La chambre, sombre, paraît rétrécir autour de moi, figé devant l'image de son visage recouvert par un masque d'oxygène. Je tente vaguement de le secouer, puis de l'interpeller d'une voix tremblante d'inquiétude… Rien. Pas même un tremblement de cils, seulement les cheveux rêches, la silhouette inanimée, la perfusion vide, et le bruit continu, strident, de l'électrocardioscope.
Soudain un vacarme tonitruant éclate dans le couloir. Rapidement, des blouses blanches noient mon champ de vision, des bras et des mains palpent son corps, vérifient les machines qui l'entoure. Je me sens nauséeux, étourdi violemment. C'est comme si le monde tournait tout autour de moi, qu'une paume solide me tirait par les cheveux et me faisait faire de brutaux tours sur moi-même.
Dans mon état de choc, j'entends des voix hurler des mots que je peine à identifier, j'aperçois des éclats de lumière qui viennent attaquer mes rétines, alors que je tente de reposer mon regard sur ce corps qui refusait de se mouvoir.
Une angoisse tire, déchire mon coeur, dans une douleur barbare, impitoyable, faisant grincer mes dents alors qu'un acouphène aigu martèle dans mes oreilles. Je peine à respirer, je peine à garder les yeux ouverts. Ma poitrine brûle d'un feu glaciale, à l'image de l'incompréhension douloureuse qui m'envahit en même temps que l'effroi. Dans mon désespoir, je tente de faire un pas en avant, de voir de nouveau son visage pâle, de vérifier qu'il s'est animé… J'ai besoin de m'en assurer, c'est une question de vie ou de mort ; mes iris doivent s'assurer de sa sécurité.
Néanmoins, alors que je m'avance, tout semble s'arrêter soudainement. L'électrocardioscope s'éteint, les mouvements des blouses s'immobilisent, et lentement, dans un silence polaire, des yeux finissent par me faire face, aussi insensibles qu'une âme vide.
- Heure du décès, 22h47.
Tout le monde s'écarte, disparaît et me contourne, comme des fourmis grouillent jusqu'à la fourmilière.
Alors, avec une horreur des plus totales, je distingue enfin son corps.
Incolore, effrayant, inerte… Mort.
Dans un violent sursaut, je me redresse dans mon lit, mes yeux s'écarquillant brutalement alors qu'une inspiration bruyante vient se bloquer dans ma gorge.
Essoufflé, je pose l'une de mes mains contre ma poitrine alors que je tente de retrouver un rythme cardiaque régulier. Un cauchemar, ce n'était qu'un cauchemar Genichirou… Les mots se répètent en boucle dans mon esprit tandis que je ressens à présent la moiteur de ma peau, transpirante à cause de mon inquiétude.
J'ai besoin de longues minutes avant de retrouver mon calme. Néanmoins, les mauvais pressentiments hantant mes pensées ne semblent pas vouloir libérer mes pensées, aussi, complètement exténué, je laisse mes bras agir d'eux-même, et déjà je sens la froideur de mon téléphone collé contre mon oreille.
Je n'ai besoin que de trois secondes pour entendre ;
- … Sanada ? Que se passe-t-il, pourquoi m'appelles-tu en pleine nuit, quelque chose est arrivé ?
Idiot, je me sens idiot. Je perds mes moyens, j'agis avec imprudence et cause du soucis à celui que j'aimerais savoir apaisé.
- Je… Désolé, je t'ai réveillé ?
Un silence. L'espace d'un instant je crois qu'il a raccroché, mais avant que je vérifie l'écran de mon mobile sa voix m'intime ;
- Non, j'ai du mal à dormir. On est mieux dans ton lit. Dis, tu veux pas ramener l'un de tes coussins la prochaine fois ?
- Seiichi… Soufflais-je en étouffant un gloussement.
J'entends la mélodie de son rire, j'ai presque envie de pleurer de soulagement. Jamais un jour je n'aurais pensé m'inquiéter autant pour quelqu'un, m'abandonnant si complètement à mes angoisses que je finirai par affaiblir mon esprit. Que dirait mon père s'il me voyait aussi asthénique ? C'est ridicule, je suis absolument pitoyable.
- Dis, Sanada, Reprend Yukimura après un nouveau silence, Je comprends, d'accord ? Mais je vais bien, alors rendors-toi. On se voit demain de toute façon, tu verras, rien de grave n'est arrivé.
Oui, je suis un idiot. Il devine mes intentions alors que je parviens plus à comprendre les siennes, il me rassure alors que je suis censé être celui qui devrait le soutenir… Je commence sincèrement à avoir honte de moi. Vraiment, je ne dois pas me relâcher ainsi !
- Excuses-moi, tu as raison. Je viendrais dès que les matchs seront terminés.
- Oui, et apporte un de tes coussins.
- ...Seiichi, pas de caprices. Finis-je finalement par souffler d'un ton grognon.
Il rit de nouveau, avant de m'accorder d'une voix calme ;
- Bonne nuit, et désolé de te causer du soucis.
Je fronce des sourcils, très peu fier de mes actes.
- Ne t'excuse moi, c'est moi qui n'ai pas assez entraîner mon esprit. À demain.
Nous raccrochons. Je m'installe une nouvelle fois sous mes draps, comme il doit probablement le faire à l'hôpital, pense une dernière fois à l'image de son regard… Puis me laisse emporter par les bras de Morphée.
Et voilà.
Ça devient très compliqué pour moi d'écrire les chapitre Alpha Pair ; car Yukimura est hospitalisé, et que malheureusement plus j'écris sur l'hôpital, plus les images de ce que j'aperçois au quotidien éclatent dans mon esprit. Mais je tiendrais bon, je continuerai ces chapitres.
La semaine prochaine (si tout se passe bien) chapitre sur la Perfect Pair. Désolé pour le retard et j'espère que cette histoire vous plaît toujours. N'hésitez pas à commenter, même une phrase, même si peut-être vous ne l'avez pas encore fait ; lire vos avis m'aide énormément. Et vous pouvez également la partagez avec vos amis si vous le souhaitez.
D'ici la prochaine actualisation, prenez soin de vous, meilleurs voeux pour 2017.
Je vous embrasse.
