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Chapitre 21
« Of Music and the Debt »
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Soleil couchant, la Reine contemplait l'horizon rougeoyante d'Asgard. Elle se remémorerait ces derniers jours, ces dernières années ...
A quel moment les événements avaient-ils commencé à mal tourner ? Elle avait toujours cru être une bonne mère envers ses deux enfants. Elle avait été gentille, patiente et aimante. Elle avait refusé également qu'Odin ne révèle à Loki son ascendance car elle avait vraiment pensé que c'était mieux pour lui. Comment avait-elle pu vraiment commettre une erreur ? Comment son enfant s'était-il empli de haine, de ressentiment et de cruauté alors que tout ce qu'elle lui avait offert n'était qu'actes de tendresse ?
— Ma Reine.
Une voix grave et profonde l'extirpa de ses pensées. Elle se retourna pour faire face à Heimdall. Le Gardien s'inclina devant elle et ne parla qu'une fois redressé.
— Je demande audience au roi.
— Le Père de Toutes Choses n'est actuellement pas disponible. Il ne verra personne avant l'aube, pas même sa propre femme , répondit-elle.
Dans son esprit, Frigga se méprisa de ne pouvoir masquer le ressentiment dans sa voix. En tant que Reine, c'était son devoir d'agir et de parler en se basant sur la réflexion et la raison, et non sur les émotions.
Heimdall secoua légèrement la tête.
— Pardonnez-moi, Votre Altesse, je crains que cela ne touche une affaire dont le Roi doit absolument être tenu au courant. Il s'agit d'une urgence.
Frigga examina le Gardien du royaume et se leva de sa place, sur le rebord de la fenêtre. Quelque chose en elle fut bouleversée. Elle s'avança vers Heimdall ; pas un instant son regard ne se détourna.
— Parlez, Heimdall, ordonna-t-elle. Qu'est-ce qui vous trouble ?
— C'est Rosa, ma Reine. Elle est allée dans les cachots voir le prisonnier.
— Rosa n'a pas été privée du droit de visiter Loki, répondit calmement Frigga, indiquant qu'elle n'approuvait pas que son fils fût appelé "le prisonnier".
— Elle est partie là-bas, ma Reine. Elle a jeté un sort de sommeil sur les gardes. Elle se trouve en ce moment-même au beau milieu de sa cellule, porte ouverte.
Le rythme cardiaque de Frigga s'accéléra mais son visage resta impassible. Heimdall croisa son regard.
— Je crains qu'elle n'ait l'intention de faire quelque chose d'imprudent.
La Reine passa ses mains sur le tissu soyeux de sa robe et leva de nouveau les yeux.
— Retournez à votre poste, Heimdall. J'irai moi-même dans les cachots et veillerai à ce qu'elle soit ramenée au Palais.
— Votre Altesse...
— C'est un ordre, Heimdall.
Le Gardien inclina la tête, son épée d'or serrée dans ses immenses mains.
— Si cela est votre souhait, Ma Reine.
Frigga se tenait immobile tout en l'observant s'éloigner de la Salle du Trône. Elle gardait les mains serrées devant elle pour cacher les tremblements qui empiraient. A peine Heimdall eut-il passé les portes dorées que Frigga prit la même direction. Elle poussa les portes ouvertes assez amplement pour le voir arpenter le couloir.
— Tout va bien, votre Altesse ?
Frigga sursauta légèrement ; l'un des gardes, debout, qui était de garde à l'extérieur de la Salle du Trône, l'avait vue. La Reine rejeta les épaules en arrière, dégageant un air serein.
— Je vais faire une promenade dans les jardins. Je veux être seule ... pour m'aérer l'esprit ... Si l'on vient me quérir, dites de bien m'attendre ici ... Sous aucunes raisons, je ne souhaite être dérangée. Est-ce clair ?
— A vos ordres, ma Reine.
Le garde effectua une révérence. D'habitude, la Reine Frigga parlait à son peuple avec des paroles si douces et un sourire bienveillant. Cela ne lui ressemblait pas de donner un ordre quelconque de la manière dont elle venait de le faire.
Frigga fit un signe de la tête au garde et se dirigea vers les jardins du royaume, se maudissant de faire un long détour. Dès qu'elle eut tourné à quelques coins, elle changea de direction vers sa destination. Les donjons.
Frigga fit de son mieux pour ne pas se précipiter. Si on la repérait en train d'agir de cette manière, Odin serait forcément averti. Elle avait donc peu de temps.
En marchant, elle porta une main à la ceinture qui ceignait sa taille. Elle sentit le petit flacon de liquide qu'elle avait caché plus tôt ce jour-là.
Au cas où, s'était-elle dit.
Ce fut à cet instant qu'elle comprit qu'elle avait toujours eu l'intention de s'en servir.
OooO
Rosa et Loki restèrent tous deux immobiles, les yeux rivés sur la Reine, l'air incrédule. La confusion et l'incertitude étaient gravées sur leurs visages. Rosa se tenait un peu devant Loki, tel un bouclier. Elle tendit la main derrière elle, cherchant aveuglément celle de ce dernier.
Le souffle entrecoupé, Frigga se dirigea vers eux et passa près de Rosa pour attraper le poignet de Loki. Rosa lança un regard paniqué à Loki, mais celui-ci observait intensément la Reine, apaisé d'être près d'elle.
— Heimdall est déjà en marche pour prévenir le Père de Toutes Choses de vos intentions, les informa Frigga en débouchant un petit flacon de liquide argenté et en le versant sur les sceaux qui couvraient les poignets de Loki. Ta magie va revenir, Loki ... Odin l'a préparé lui-même en cas de besoin... Tu dois vite te cacher, Rosa aussi ... Ils seront bientôt là. Vous devez fuir.
Loki la regardait, n'essayant même pas de parler, ou même de bouger. Il se contentait seulement de la regarder.
Frigga surprit son questionnement dans ses yeux, et elle lui adressa un doux sourire. Elle leva la main et la posa sur la joue de Loki.
— Loki, tu es mon fils. Tu es à moi. Peu importe ce que le reste de l'Univers peut croire ... Je sais ce qui est vrai. Bébé, je te tenais dans mes bras et je t'ai aimé si fort que j'ai craint que mon coeur ne se brise en mille morceaux. Je n'ai jamais souhaité que ton bonheur. Quand ton Père, que je ne pourrais jamais l'appeler autrement, Loki... quand ton père t'a ramené à la maison la première fois et qu'il t'a mis dans mes bras et m'a dit ce que tu étais ... Je ne vais pas le nier, j'étais terrorisée ... Mais lorsqu'on tu as pris place dans mes bras et que ta petite main a saisi mon doigt, et que tu t'es lové pour te réchauffer avec la chaleur de mon corps, et que tu m'as regardé avec tes yeux ... Loki, je t'ai aimé dès cet instant. J'ai vu une grande intelligence ainsi que de la force et de la gentillesse en toi, Loki. S'il te plaît, n'oublie pas cela. Il n'est pas trop tard pour vivre jusqu'à ce que tu comprennes vraiment qui tu es.
Frigga afficha un léger sourire alors que des larmes amères commençaient à couler de ses yeux. Jamais, dans ses rêves les plus fous, elle ne s'était imaginé faire ses adieux à l'un de ses fils. Cela dit, elle avait conscience que c'était le meilleur à faire. Ainsi, il pourrait être heureux ; il connaîtrait la paix.
— J'aurais souhaité que nous ayons le temps de nous asseoir et de parler de tout ce qui est arrivé. J'aurais voulu tout faire pour effacer ce qui t'a blessé ... mais tu dois t'en aller. Maintenant. Sache juste que, peu importe où tu vas, mon amour t'accompagnera.
Loki prit sa main, encore incapable de parler. Frigga lui adressa un sourire digne d'une mère. Parce qu'elle le savait. Elle savait exactement ce qu'il voulait lui dire. On l'avait surnommé Langue d'Argent, qui manipulait aisément les mots pour en faire des mensonges que n'importe qui pouvait croire. Il faisait faire des choses à des personnes qui n'en avaient aucun souvenir par la suite. Pourtant, quand il redevenait lui-même, bercé par ses propres émotions, il perdait ses mots...
— Venez, dit-elle en leur faisant signe, alors qu'elle se déplaçait dans un recoin éloigné du donjon. Il y a un passage secret par ici, au cas où le Royaume est envahi et que le peuple se révolte.
Elle appuya sa main contre le mur et une lueur bleu clair prit forme sous sa paume, glissant sur la pierre et formant une porte. La roche disparut peu à peu, laissant place à un passage étroit et sombre.
Frigga se retourna vers eux.
— Vous devez vous dépêcher. Le passage vous mènera dans les champs près des villages, leur dit Frigga, serrant la main de Loki plus fermement. Heimdall a du déjà envoyer des gardes. Avez-vous un endroit pour vous cacher ?
Rosa hocha la tête.
— Bien sûr. J'ai une amie à l'extérieur...
— Chut, ma chère. Il vaut mieux que je ne sache pas.
Elle caressa la joue de Rosa.
— Soyez prudente, mon enfant.
Frigga se tourna vers Loki et leva son regard vers son visage, des larmes jaillirent. Elle fit de son mieux pour imprimer chaque détail de ses traits dans son esprit. Elle savait très bien que ce serait la dernière fois qu'elle verrait son visage. Elle leva doucement son visage et le prit en coupe.
— Je t'aime, Loki, murmura-t-elle.
— Je vous, Mère ...je vous remercie.
OooO
Frigga remontait tranquillement les marches du donjon, tout en écoutant des pas provenir d'en haut et venir dans sa direction. Elle leva les yeux alors que la lumière du soleil couchant sur son visage finit par disparaître attendant que le Roi arrive.
Le regard d'Odin se riva sur sa femme et il discerna aussitôt la vérité sur son visage.
— Frigga, ne me dites pas que vous l'avez ...
— C'est fait , répondit-elle avant de passer devant lui en silence pour rejoindre ses appartements.
OooO
Loki et Rosa se précipitèrent dans le tunnel dans une obscurité presque complète. Loki avait pensé qu'il valait mieux se déplacer sans la lumière d'un sort, afin d'être certain de ne pas être suivi. Rosa avait lâché la main de Loki ; ce contact la réconfortait pourtant.
Rosa sentit une vague d'espoir l'envahir. Pour la première fois depuis longtemps, elle avait l'impression que le destin était de son côté.. Il était juste derrière elle. Ils étaient en train de prendre la fuite. C'était nécessaire.
Le couple parcourut le passage dans l'obscurité durant ce qui parut des heures, n'entendant que le propre bruit de leurs pas et de leurs halètements dûs à l'épuisement. Ils finirent par arriver dans un champ broussailleux à l'air libre. Ils pouvaient tout juste apercevoir la fumée des cheminées s'échapper à l'autre bout du village dans le crépuscule. Rosa balayait le paysage du regard, désorientés durant quelques instants.
— Ce chemin , dit-elle calmement.
Ils couraient dans l'herbe, tout en jetant quelques regards inquiets autour d'eux, puis ils s'accroupirent en apercevant l'ombre des petites maisons qui bordaient le village.
— C'est là-bas, Loki , murmura Rosa en désignant une petite maison qui semblait être sur le point de s'écrouler à tout moment.
Pourtant, il y avait quelque chose qui semblait si ... dangereux. On pouvait distinguer la lueur étrange d'un feu.
Alors qu'ils approchaient, Loki ralentit et saisit le bras de Rosa pour la ralentir et la tirer à l'abri d'un mur. Il avait quelques questions à poser avant d'y entrer.
— Rosa, quel est cet endroit ?
— Tout se passera bien..., lui assura-t-elle, tout en jetant un regard nerveux par-dessus son épaule.
— La femme qui habite ici est devenue une de mes amies. Je lui fais confiance ; elle nous gardera en sécurité, elle ne nous dénoncera à personne.
— Qui est-ce ?
Loki secoua légèrement la tête, lui suppliant de lui faire comprendre.
Pourquoi diable Rosa avait-elle mis les pieds dans cet endroit ?
Rosa était hésitante.
— C'est l'Oracle.
Loki renifla, mais Rosa le regarda d'un air de reproche.
— Tu plaisantes, n'est-ce pas ? L'Oracle est une fabulation. Rosa ... c'est une histoire pour les enfants.
— Elle est réelle, Loki. Quand je t'ai perdu, elle est venue jusqu'à moi pour m'aider à te chercher ... Ne t'es-tu pas demandé qui m'a enseigné la magie ? ... C'est elle qui m'a aidé à communiquer avec toi à Midgard. Je n'aurais jamais réussi toute seule.
— Et tu es certaine qu'une femme avec un tel pouvoir est une personne de confiance ?
Loki fronça les sourcils.
En entendant des voix, ils se figèrent, se collant au mur, et ils patientèrent. Quelques femmes passèrent devant leur cachette, bavardant joyeusement entre elles. Elles ne virent pas les deux corps lovés l'un contre l'autre dans l'obscurité, en train de les observer alors qu'elles passaient.
Une fois disparues, Rosa poussa un soupir, soulagée.
— Nous n'avons pas le temps d'y réfléchir, Loki. Nous devons partir.
Rosa se précipita vers la porte de la maison et frappa doucement. Dès qu'elle eut touché le bois, celle-ci grinça et s'ouvrit visiblement toute seule.
— Rosa, attends, chuchota-t-il en lui prenant le bras. Peut-être devrions-nous ...
— C'est bon ... fais-moi confiance.
Rosa jeta un coup d'œil vers Loki en entrant et ce dernier n'eut d'autre choix que de la suivre.
OooO
Dès que Rosa eut poussé la porte, une odeur musquée frappa de plein fouet Loki. Presque instantanément, il se sentit troublé et il se demanda comment les habitants de ce logis pouvaient supporter ce parfum.
Il avança avec prudence, restant près de Rosa, le regard aux aguets. Chaque fibre de son corps lui criait de la prendre et de sortir de cet endroit. Quelle que soit cette « Oracle », elle n'était pas amie de Rosa. Celui qui était assez fort pour projeter quelqu'un dans un autre monde, et qui offrait un service comme celui-la sans rien en retour ... Loki n'aurait jamais pensé que Rosa puisse être aussi imprudente.
Pourtant, il devait s'en tenir pour responsable.
Il n'eut guère à attendre longtemps pour rencontrer cette femme légendaire. Elle était assise près du feu, comme si elle attendait leur visite depuis longtemps. Les flammes illuminaient son visage de vieille femme et Loki recula à l'instant où il la vit. Il fut heureux de constater qu'elle était aveugle. C'était une vision d'horreur. Des orbites noirs et creux encadrés par une peau, cireuse et ridée. Des cheveux secs et filasses retombaient sur un front buriné et des lèvres noircies s'étiraient en une grimace révélant plusieurs dents pourries.
Qui était cette femme ?
— Rosa ... , grogna-t-elle.
Rosa se précipita vers elle, sa tête s'inclinant comme s'il s'agissait d'un enfant maladroit qui attendait que son parent le gronde.
— S'il vous plaît, je sais que je ne devrais pas venir quand vous ne m'appelez pas, mais ...
— Je sais pourquoi vous êtes ici, mon enfant. Vous êtes les bienvenus.
Sa voix grinçante lui rappelait le bruit d'un cafard qui court sur le sol. Elle tendit ses doigts osseux et caressa doucement le dos de la main de Rosa. Tout ce que Loki souhaitait , c'était se jeter sur elle et l'éloigner de Rosa. Ses yeux aveugles se dirigèrent vers Loki.
— Aaah , soupira sa voix rocailleuse. Le Prince Jotun. J'espérais avoir l'occasion de vous rencontrer, monseigneur.
— Qui êtes-vous ? , grommela-t-il, n'aimant pas le ton moqueur de sa voix.
— Loki …, murmura Rosa.
— Il y a une pièce de l'autre côté de ces rideaux, dit lentement l'Oracle, avec un lit , ajouta-t-elle après avoir réfléchi puis elle adressa un sourire grimaçant à Loki.
Il sentit la bile remonter dans sa gorge.
— Vous devez avoir besoin de repos.. Restez aussi longtemps que vous le voulez …
— Je vous remercie , dit calmement Rosa avec un léger sourire.
Loki saisit le bras de Rosa et se pencha près de son oreille.
— Rosa, nous ne devrions pas rester ici.
— Nous n'avons nulle part où aller , murmura-t-elle.
La peur était visible dans ses yeux.
— Loki, s'il vous plaît.
Il jeta un autre regard vers l'oracle, mais quand il sentit Rosa poser une main tremblante sur sa poitrine. Défaitiste, il poussa un soupir.
— Nous partons au lever du soleil, lui dit-il fermement. Quel que soit le plan.
Rosa hocha la tête.
OooO
Loki s'assit sur le bord du lit en massant ses poignets, marqués et endoloris par les menottes qu'il avait portées. Il bougeait ses doigts et pendant ce temps, Rosa l'observait. Elle se tenait près de la petite fenêtre, y jetant un coup d'oeil de temps à autre ; mais la plupart du temps, elle regardait Loki, sentant aussitôt son cœur palpiter chaque fois qu'elle le faisait.
Il avait tellement changé. Il se tenait autrement, bougeait différemment. Il parlait désormais avec une certaine arrogance qu'elle n'avait jamais remarquée. Ses cheveux étaient plus longs bien sûr, et son visage ... il semblait beaucoup plus vieux. Tout en lui paraissait plus intense ... plus discordant. Tant et si bien que, quand elle l'avait revu, elle avait craint qu'il ne soit plus le même. Mais ses yeux, sa façon de la regarder ... il était toujours là. Il était encore son Loki. Elle pouvait le voir.
— Je ne peux pas croire que tu es vraiment ici ... Tout ressemble encore à un rêve.
Elle lui adressa un sourire.
Il lui retourna un petit sourire inquiet, mais il baissa aussitôt la tête, perdu dans ses pensées.
— Rosa ... tu as dit que tu voulais que nous fuyons.
Il détachait chaque mot en les choisissant avec soin.
— Dans quel endroit exactement ?
— Demain, à l'aube, nous irons vers les rivages. Nous y trouverons un bateau et nous naviguerons jusqu'à la frontière d'Asgard, protégés par ta magie tout ce temps ... Une fois arrivés à la frontière, nous sauterons, main dans la main ... et nous irons là où cela nous mène.
Loki arqua un sourcil.
— Tu n'as aucune idée de ce sur quoi tu parles. Si nous survivons à la chute...
— Toi, tu l'as déjà fait , ajouta-t-elle.
Elle se tut, l'air obstiné dans son idée.
— On ne sait pas où nous tomberons. Je ne suis pas tombé sur un beau nuage sur lequel j'ai glissé à travers la galaxie jusqu'à mon arrivée à Midgard ... C'était l'enfer, Rosa, c'était froid, sombre et douloureux. J'ai voyagé sans eau et sans chaleur durant ce qui m'a semblé une éternité. Des choses ténébreuses se sont précipité sur moi et ont rongé ma chair. Quand j'ai crié, mes propres cris me sont revenus pendant des heures jusqu'à ce que je fusse certain d'en devenir fou. Rosa, je ne suis même pas sûr de pouvoir le refaire.
Il se leva et s'approcha d'elle. Il la saisit par les épaules pour qu'elle le regarde dans les yeux. Il faut que tu comprennes que je ne peux pas te laisser vivre cette même expérience.
— C'est le prix à payer, Loki.
Les yeux dans les yeux, Rosa aussi, choisissait ses mots avec prudence.
— Comment peux-tu dire de telles choses maintenant ? Désormais, tu es ici et hors de cette cellule et que nous avons une chance de fuir ... Je sais à quel point cela sera dangereux, Loki. J'ai conscience du prix à payer pour fuir et des risques qui en découlent. Je vais prendre ces risques. Je ne vais pas rester ici à attendre et les laisser te tuer. Ça ne peut pas finir de cette façon ... c'est impossible.
— Mais réfléchis, l'implora Loki. Réfléchis bien sur ton intention qui te mène à prendre ces risques. Tu vas tout perdre. Pas un instant de ta vie, tu n'auras un moment pour souffler. Tu seras en train de surveiller alentour en permanence ! Tu ne sais même pas si l'endroit où nous nous cacherons existe et pourtant, tu t'en es persuadée.
Quelques heures seulement auparavant il avait détesté cette femme, ou du moins il avait cru qu'il devait la détester. Quelques mots simples de sa part accompagnés de douces caresses avaient suffi pour que ses sentiments reviennent à la surface. Pendant deux ans, il avait fait ce qu'il pouvait pour se convaincre que tous ses sentiments n'avaient été qu'illusions. Ce n'était qu'une impression, rien de plus. Il était amoureux de l'idée que les autres l'admirent, et Rosa avait été la première à lui faire ressentir ce sentiment ... c'était tout. Et une fois la Terre conquise, il connaîtrait tellement plus ce sentiment de gloire.
Il s'était trompé sur toute la ligne. C'était elle. C'était seulement elle. Il savait bien qu'elle pourrait lui demander de ramper sur des charbons pour se courber à ses pieds qu'il le ferait volontiers.
Il ne pouvait pas la voir souffrir pour lui. Pas encore.
La main de Loki caressa la peau maculée du bras droit de Rosa, retraçant toutes les affreuses courbes et les bouts de chair que les brûlures avaient créées. Ses brûlures. Il se sentait mal à l'aise en les regardant. De toutes les choses qu'il avait commises ces dernières années, la blesser — sous tous ces sens — restait ce qui lui pesait le plus sur la conscience..
— Tu vas porter ces cicatrices pour le restant de tes jours.
On ressentait le stress dans sa voix, à peine plus audible qu'un murmure et il était incapable de croiser son regard.
Rosa pencha la tête tout en l'observant. Elle posa sa main sur sa joue et tourna son visage pour qu'il la regarde enfin.
— Et cela te fera toujours souffrir, dit-elle calmement. Je sais que ... Je veux que tu saches que je te pardonne.
— Comment, après tout ce que j'ai fait, peux-tu avoir une once de sympathie à mon égard ? , siffla-t-il.
Rosa soupira, essayant de reprendre ses esprits. Elle devait parler tout en faisant attention, elle le savait.
— Je ne prétendrai pas que ce que tu as commis est juste, Loki ... Tu as fait des choses si terribles ... détruit tellement de choses ... blesser de bonnes personnes ... Mais je te connais, je connais ton cœur, je veux t'aider à retrouver l'homme que Tu es à l'intérieur, celui que je connais vraiment. Je souhaite qu'il revienne. Je te veux, Loki, c'est ce pourquoi je prendrai ce risque ... Pour toi ... tu mérites bien plus que tout ce que les neufs royaumes et au-delà peuvent nous faire miroiter.
Loki l'attira dans ses bras.
OooO
Rosa se retourna, à peine consciente, pour voir que Loki avait disparu et que les draps à côté d'elle étaient froids. Elle balaya la pièce du regard et le vit debout nu près de la fenêtre , en train d'observer Asgard.
— Loki ? , demanda-t-elle, hésitante, se relevant un peu à contrecœur.
Au son de sa voix, Il jeta un coup d'œil par-dessus son épaule, mais se retourna vers la fenêtre.
— Retourne te coucher, mon étoile.
Elle ignora son ordre et sortit du lit, s'approchant lentement par derrière. Ses doigts caressèrent doucement sa colonne vertébrale et il siffla. Elle l'entoura de ses bras. Ses mains remontèrent pour glisser sur son torse et elle déposa un doux baiser dans son dos avant de poser son front contre sa peau fraîche tout en appuyant son corps contre son dos.
— Est-ce que tu vas bien ? , chuchota-t-elle.
Ses longs doigts caressaient l'avant-bras de Rosa. Il prit sa main dans la sienne et la porta à ses lèvres, en l'embrassant doucement.
— Tu devrais dormir , murmura-t-il.
— Toi aussi.
— Retourne te coucher, Rosa.
Il y avait quelque chose dans sa voix ... quelque chose qui l'inquiètait.
Elle le lâcha et il se tourna vers elle.
— Pourquoi ?, demanda-t-elle. La peur était distincte dans sa voix. Où vas-tu ?
Il expira longuement et son regard se riva sur le sol.
— Rosa...
Elle s'agrippa à lui. La panique s'éleva en elle alors que des larmes jaillissaient de ses yeux.
— Loki, ne fais pas ça.
— Écoutes-moi ..
— Deux ans sans toi, Loki, deux ans, je ne peux pas revivre ça.
— Ce sera mieux pour toi, Rosa !
Rosa le gifla. La gifle sur sa joue émit un violent claquement entre eux.
Le silence suivit alors que Loki posait une main sur sa joue meurtrie. Ses yeux sondèrent ceux de Rosa, l'air choqué. Soudain, cette dernière l'empoigna par la tête et l'attira pour l'embrasser.
Elle l'embrassa plus fort et plus passionnément comme elle ne l'avait jamais fait auparavant. Il n'eut pas la volonté de s'éloigner ; alors, il posa ses mains sur ses hanches et il lui rendit son baiser. Rosa le tira vers le lit, le poussa sur le matelas, grimpa sur lui le chevauchant tout en lui offrant des baisers plus fiévreux. Elle avait besoin de lui montrer. Elle avait besoin de lui faire voir combien elle avait besoin de lui. Mais elle était terrifiée ... apeurée, à l'idée de lui dévoiler son âme ...
Et si après tout cela, ça ne suffisait pas pour le faire rester ?
A ce moment-là, elle fondit en larmes, enfouissant son visage dans son cou. Il l'enveloppa de ses bras et s'assit, Rosa toujours sur ses genoux.
— Tout va bien , murmura-t-il.
Rosa s'accrocha à lui, s'aggripant à ce qui lui était le plus précieux.
— S'il te plaît, ne me quitte pas, s'il te plaît ... s'il te plait ...
— Chut, ca va aller..
— Je t'aime, Loki, je t'aime ... S'il te plaît, ne me quitte pas, je t'en supplie ... Je ferai n'importe quoi ... Je t'aime ...
Il s'avança doucement pour la poser dans son lit. Il s'approcha, touchant chaque partie de son corps qu'il pouvait atteindre.
— Vas te coucher, murmura-t-il.
— Ne me quitte pas, gémit-elle dans sa poitrine.
— Je ne vais pas te quitter... je le jure.
Il déposa un baiser sur sa tête
— Je suis ici.
OooO
Ils s'endormirent agrippés l'un à l'autre jusqu'au lever du soleil. Loki n'avait pas eu un moment de repos. Il avait menti, parfaitement éveillé, se tenant à elle. Il avait passé en revue des milliers de fois dans sa tête une issue possible. Il avait pris une décision. Il en était sûr. Il restait ferme concernant sa décision. A peine Rosa eut-elle ouvert les yeux, Loki déposa un baiser sur son front et poussa un soupir de défaite. Rosa restait immobile et passait ses doigts dans ses cheveux, attendant qu'il prenne la parole.
— Bien, murmura-t-il. Je vais le faire avec toi, je vais fuir.
Rosa se coucha quelques instants alors que ses mots l'envahissaient. Elle n'osait même pas en croire ses oreilles. La veille, il avait été si peu prompt, elle avait craint que peut-être ... mais Rosa eut alors un rire soulagé et elle s'approcha de lui, déposant un baiser sur sa gorge.
Bientôt tout serait fini.
— J'ai juste quelque chose à faire avant de partir, pour m'assurer que personne ne nous suive, lui dit-il calmement. J'y vais tout de suite. Je ne tarderai pas, mais tu devrais m'attendre ici.
Elle eut un mouvement de recul pour le regarder,
— Pourquoi ?
— Je dois faire une seule chose, Rosa. Tu dois me faire confiance.
— Et tu reviendras ?
Loki lui adressa un doux sourire.
— Je n'ai jamais eu l'intention de revenir ici et de ressentir quelque chose pour toi ... Juste quelques minutes en ta présence ont suffi pour me rappeler à quel point tu comptes pour moi. Donc ce que je fais ... Je le fais pour toi, tu comprends ?
— Et après nous fuirons ? , le pressa-t-elle.
Il y avait quelque chose dans sa voix qui fit soupçonner Loki qu'elle ne le croyait pas. Elle voulait lui faire confiance, désespérément. Mais Loki craignait qu'une partie d'elle abandonnât.
Il pouvait à peine résister à ses yeux. D'une manière ou d'une autre c'était pire que sa tentative de l'arrêter, pire que ses larmes. Un profond égoïsme en lui ne voulait pas qu'elle renonce, il voulait qu'elle le convainc.
— Et après nous fuirons.
C'était le premier mensonge qu'il lui avait dit.
OooO
Thor rejoignait ses appartements, les épaules affaissés. Il était complètement exténué. Il avait à peine dormi depuis qu'il avait été envoyé à Midgard pour récupérer Loki.
Lui et les hommes du Roi avaient passé une plus grande partie de la nuit à chercher Loki dans le Royaume. Thor réfléchissait en vain. S'il avait réussi à échapper des cachots, il était sûrement désormais à un million de kilomètres.
— Salut mon frère.
Thor fit volte-face au son de la voix, Mjöllnir dans sa main. Sa silhouette était large, l'air sur le qui-vive, alors qu'il se tournait. Il fit face à Loki qui sortait calmement de sa cachette, dans le coin ombragé de la pièce.
— Tiens, tiens.
Les yeux de Loki se posèrent aussitôt sur l'arme de Thor.
— Je ne suis pas là pour me battre, fils d' Odin.
— Que fais-tu ici, Loki ? ... Tu te rends compte que je dois te ramener au Père de Toutes Choses maintenant ... Tous les gardes du royaume sont à ta recherche... Le peuple réclame ton sang !
La poigne de Thor restait ferme sur son marteau.
Loki se moqua.
— Crois-le ou non, Thor. J'ai tiré les mêmes déductions sans ton aide, mais ne t'en fais pas, mon cher frère, je n'ai pas l'intention d'être à nouveau prisonnier.
Il se plaça au beau milieu de la pièce, passant ses longs doigts sur les affaires de Thor au passage et jouissant de la façon dont le Dieu du Tonnerre se crisper en se rapprochant. Depuis combien de temps était-il dans cette chambre ? On aurait dit depuis une vie. La dernière fois qu'il était resté avec Thor dans cette pièce, ils étaient des frères.
— Je m'en vais, Thor, poursuivit-il. J'ai l'intention de disparaître et de ne jamais revenir.
Thor ouvrit la bouche pour parler, mais Loki, avec un sourire narquois, l'interrompit :
— Je laisserai tranquille ta précieuse Midgard aussi ... J'en ai fini. Fini les conquêtes, fini de faire mes preuves, je n'ai pas l'intention de faire du mal. Tout ce que je veux, c'est disparaître, c'est passer le restant de mes jours seul et invisible ... c'est pour cela que je suis venu te voir, Thor, pour te demander un service.
Thor émit un grognement.
— Pourquoi devrais-je t'aider, Loki ? ... Après tout ce que tu as fait, comment peux-tu vraiment t'attendre à ce que je crois en ta sincérité ? ... Tu crois qu'il suffit de parler et que je t'aiderai à t'échapper ?
— Je ne te demande pas de m'aider à m'échapper. Je le ferai avec ou sans ton approbation.
Loki déglutit.
— Ce que je demande est bien plus important que ça ... Rosa, comme je suis sûr que tu as déjà deviné, m'a aidé à m'échapper des cachots ... Elle veut s'enfuir avec moi.
Thor finit par baisser Mjöllniralors qu'il regardait le Dieu des Mensonges lutter pour former des mots qui concernaient les émotions étouffantes qui s'accumulaient en lui. Loki leva les yeux et croisa son regard.
— Je ne peux pas lui imposer une telle vie. Je te demande ton aide, Thor, et je te donne ma parole que si tu acceptes, tu n'entendras plus jamais parler de moi.
Loki se rapprocha du Dieu du Tonnerre, son regard était intense.
— Je serai un fantôme, un souvenir affreux et rien de plus ... Ce que je te promets ... si tu jures de dire au Père de Toutes Choses que j'ai lancé un sort sur Rosa avant que je tombe pour avoir le contrôle sur elle.
Thor le regarda, confus.
— Qu'est-ce que tu veux dire ?, osa-t-il demander avec précaution, soupçonnant un mauvais coup.
— Dis-lui que c'est pour cela qu'elle m'a cherché comme elle l'a fait quand je suis partie. Dis-lui que c'est mon sort qui l'a amené à me faire fuir les cachots ... et lui dire ... quand elle prétendra que rien de tout cela n'est vrai, que c'est dû aux effets du sort, que ceux-ci sont puissants et qu'ils laissent des traces, mais avec le temps, ils se dissiperont. Dis-lui qu'elle était juste une autre de mes victimes.
— Loki...
— Fais-le pour moi, mon frère. Si ce n'est pas pour moi, fais-le pour elle. C'est la seule chance pour elle de rester en sécurité ... Elle m'a dit que tu étais devenu un ami cher pour elle durant ces dernières années. Tu l'as protégé quand elle en avait vraiment besoin.
OooO
Rosa arpentait la pièce, en rongeant l'ongle de son pouce.
Il était parti depuis trop longtemps. Quelles affaires pouvaient bien l'occuper ?
Une vague d'angoisse submergea Rosa alors que ses pensées se dirigeaient vers Frigga. Elle avait ouvert son coeur à son fils quand elle lui avait porté secours et Loki était resté muet. Il n'avait pas réussi à lui faire ses adieux de manière convenable. Maintenant, il était prêt à partir et à ne jamais revenir. Se risquerait-il à rentrer dans le palais pour la voir une dernière fois ? Loki n'était pas certainement aussi téméraire.
Rien qu'en y pensant, Rosa en eut l'estomac retourné. Une pensée plus sombre l'envahit plus encore. Une pensée cruelle qui ne parvenait pas à se faire réelle. Une pensée selon laquelle beaucoup de choses avaient certainement changé depuis leur séparation.
Y avait-il une chance pour qu'il la prenne pour une idiote ? Après tout, elle avait constitué un moyen facile pour s'échapper. Et si, pendant tout ce temps, il avait joué un rôle se libérer des entraves d'Odin et détruire Asgard ?
Non, se convainc avec fermeté Rosa . Tu as tort d'y penser. Comme par le passé, tu dois lui faire confiance.
Pourtant, un certain nombre de gardes étaient en train de fouiller la ville à sa recherche. S'il avait été capturé ...
Rosa finit par s'approcher de la porte, incapable de se retenir plus longtemps. Elle avait l'intention de le trouver. Ils avaient déjà gaspillé trop de temps, ils devaient partir. A tout moment, les soldats d'Odin pouvaient les trouver et les capturer afin de les juger.
Aussitôt, Rosa couvrit ses épaules d'un lourd manteau et se dirigea vers la porte.
— N'auriez-vous pas oublié vos bagages, mon enfant ?
Rosa haleta et se retourna vers la voix. L'Oracle se tenait au coin de la pièce, où Rosa ne l'avait même pas entrevue.
— Vous me devez me rembourser la dette.
— Maintenant ?
Le mot sortit dans un souffle désespéré.
— S'il vous plaît, je n'ai pas le temps.
— Je vous ai prévenu que vous devrez me payer, Rosa.
La vieille s'avança vers sa chaise et s'assit calmement. Elle replia ses mains sur ses genoux et sembla la regarder fixement avec ses orbites vides. Rosa sentit un frisson remonter le long de sa colonne vertébrale et son estomac se retourner. Elle se sentit submergée par un sentiment de crainte. Celui-ci la remplissait, la consumait. Rosa avait déjà ressenti de la peur devant cette femme, mais jamais autant. Elle lui avait fait confiance et pris en considération tous les conseils qu'elle lui avait prodigués. L'Oracle l'avait aidée plus que Rosa n'aurait jamais pu l'imaginer. Pourtant, à ce moment-là, elle était accablée par le sentiment que l'Oracle n'était pas une femme à laquelle on pouvait se livrer. Si Rosa lui refusait maintenant, elle le regretterait toute sa vie.
— Donc ... concernant le prix de cette dette. Qu'attendez-vous de moi ?
Les lèvres de l'Oracle s'élargirent découvrant ses dents pourries alors qu'elle souriait.
