Naruto jouait avec la buée que produisait son souffle, installé sur la tête du quatrième Hokage de Konoha et veillant sur le village endormi. Emmitouflé dans une cape neuve que lui avait donné Tsunade, vêtu d'un nouvel uniforme et soigné, il se laissait aller à des interrogations qui lui avaient été étrangères pendant son exile. Se demandant ce qu'il faisait, pourquoi il le faisait, et qu'elle serait son objectif. Naturellement, il devait protéger Konoha, ce mantra résonnait encore en lui, mais il ne pouvait le dissocier de l'image exsangue de Danzo qui lui avait ordonné de massacrer des civils. Il se remémorait la bataille de Taina, son massacre et la peur de ses habitants au fur et à mesure que les leurs s'effondraient, assassinés par les clones du Jinchuriki. Il se souvint de Kiri, semblable au petit village paisible du Pays du Feu, mais présentant de subtiles différences. Les hommes ne s'étaient pas laissés prendre par la panique, se réunissant, s'entendant et tentant de lutter contre lui, les gamins courants se réfugier dans des abris que Naruto avait fait exploser. Dans le fond, l'enfant qu'il était, à cette époque, présentait de nombreuses similitudes avec Hidan et de Kakuzu qui avaient semé une véritable terreur dans Konoha, Naruto était un tueur.

Il soupira, rejetant un mince nuage de brume dans l'obscurité. Un nuage cacha la lune, masquant les centaines de tentes dressées pour accueillir les sans-abris, quelques feux de camp projetaient des ombres mouvantes sur ce décors immobile. Des clones de Naruto se dissipèrent, amenant avec eux un afflux de souvenir, l'ancien enfant soldat put donc observer Itachi par le regard de ses invocations, alors qu'il faisait une dernière patrouille autour de Konoha, installant une barrière de détection. Il vit également la réunion d'un petit groupe de Shinobi, composé de Kakashi Hatake, et de trois autres personnes, une femme bruyante, un homme portant des lunettes de soleil et un adolescent dont le visage était bandé, un bandana bleu lui entasserait la gorge, tentant de masquer l'horrible blessure qui avait du lui être infligée dans la mâtiné. Il perçut également la présence d'une unité des forces spéciales, elle n'appartenait pas aux effectifs de Konoha aussi Naruto repoussa ses interrogations en se relevant, saisissant son épée courte et se jetant dans le vide, courant à la rencontre de ce nouveau combat.

oOo

— Le moment est venu, quoi qu'il advienne, ne rompez pas la formation, chuchota le leader des troupes de Kiri.

Elle inspira longuement, cherchant à calmer son cœur qui s'emballait dans sa poitrine alors que l'assaut allait commencer. Face à eux se trouvait l'imposante muraille de Konoha, et derrière dormait plusieurs centaines de combattants, mais sa formation n'avait qu'une unique cible, Shinobi-san. Ils avaient appris pour l'attaque du village dans la mâtiné, ils enquêtaient non loin, jouant de ruse et de talent pour se cacher des ANBU. Leur cible était rentrée chez lui pour protéger son foyer, rassurant l'enquêtrice dans son postulat de base : les désertions des meilleurs ninjas de Konoha n'était qu'un moyen de placer ses pions dans de dangereuses organisations. Pour cela, elle respectait le village de la feuille qui avait su sacrifier, à chacun de ses coups de théâtre, un grand nombre de ses propres combattants.

Son unité se mit en mouvement, escaladant rapidement l'enceinte et se glissant entre les gardes, ils n'étaient que Chunin et n'avaient pas le niveau pour se prémunir de l'intrusion de quatre ANBU. Se diriger dans les ruelles de Konoha s'avéra complexe, elles avaient été en grande partie détruites par Pain, et il n'y avait quasiment aucun point de repère, les quelques plans que Yamame avait pu trouvée dans les archives de Kiri lui étaient désormais d'une totale inutilité. Ses hommes, aux nombres de trois, étaient tous des experts en infiltration et en camouflage, il avaient déjà fait un tour de repérage dans Konoha aux alentours de midi, se camouflants sous divers subterfuges afin de glaner des informations à propos de Shinobi-san. C'était ainsi qu'ils avaient appris que le prodige de Konoha, celui qui avait été formé dans l'ombre, était de retour et qu'il se situait à l'hôpital, en train de se remettre des terribles blessures que lui avait infligé le chef de l'Akatsuki. D'après la rumeur, il était mourant, ce ne serait donc pas difficile pour l'équipe de Yamame d'en finir avec cette homme qui avait tant fait souffrir son village.

Stop, murmura une voix à l'intercom. J'ai l'impression que l'on est suivi.

Yamame s'arrêta, faisant confiance à l'instinct de son frère d'arme et rebroussa chemin, se portant à ses cotés, veillant à toujours rester camouflée dans l'ombre des bâtiments et se cachant des quelques réverbères qui éclairaient encore le village. Truite avait toujours été doué pour l'infiltration, en raison de sa capacité à se savoir observé, il avait, à l'age de douze ans, réussi à pénétrer dans le sanctuaire des sept épéistes de Kiri, s'attirant ainsi leur respect et avait pu bénéficier de leurs formations par la suite, apprenant les techniques de camouflages avec Zabuza Momochi.

— Je ne vois rien, murmura-t-elle, sondant les environs.

— Je sais, mais j'ai un mauvais pressentiment.

Le regard de Yamame se porta sur les murailles, cherchant l'ombre d'un mouvement, son esprit s'enfonçant aux limites de l'inconscience pour détecter les moindres pulsations de chakra, celles qui pourraient indiquer qu'un homme tentait de se dissimuler à ses sens. C'est alors qu'elle ressentit trois petites perturbations qui stationnaient à moins de dix mètres, dissimulées derrière des gravas. Elle fit un signe à son équipe, désignant la position de l'adversaire et indiquant leur nombre, automatiquement, ses hommes se mirent en action. Truite se joignit à Brochet et se mua le long d'une gouttière pour prendre de la hauteur, Grenouille quand à elle se prépara à sauter, prête à apparaître au dessus de l'unité ennemie pour la surprendre.

A terre ! Ordonna Brochet.

C'est par réflexe que Yamane obéit, sentant le courant d'air provoqué par le passage d'une lame au dessus de son dos courbé. Les trois ninjas quittèrent leurs cachettes et la mitraillèrent de kunaï, la forçant à parer les assauts et l'empêchant de fuir. Un des ninjas de Konoha la dépassa, se ruant sur Grenouille qui se relevait, inconscient du danger.

Grenouille attention ! Prévint Truite en quittant sa tanière, s'écrasant sur l'adversaire.

L'homme se fit proprement empaler avant d'exploser en un nuage de fumé, aveuglant temporairement le ninja de Kiri. Yamame réagit à son tour, reculant pour éviter de s'engager dans un combat au corps à corps contre celui qui avait faillit la tuer quelques secondes plus tôt, il était rapide, précis, indétectable et surtout très réactif. Il s'éloigna d'elle sans lui prêter aucune attention, ne semblant porter aucune attention à sa sécurité et escalada le toit, en direction de Brochet.

— Brochet, t'en as un qui vient.

Faut qu'on se tire d'ici, répondit-il, déjà engagé au corps à corps. Ils sont trop nombreux !

Yamame, profitant de l'accalmie provoquée par la retraite de son adversaire attitré, engloba le champ de bataille du regard. Il n'y avait aucun son, seulement le murmure des armes qui tranchaient le vide. Grenouille était bloqué contre trois hommes à la carrure identique, Brochet était hors de vus et Truite se faisait lentement, mais sûrement acculer contre un mur. Elle prit une inspiration, cherchant une solution pour sortir ses hommes de ce guêpier quand son instinct lui intima de se jeter en avant. Elle avait servi dans les ANBU depuis l'age de quinze ans et en avait désormais trente, elle avait vu plus de bataille que n'importe lequel de ses hommes, et pourtant rien ne l'avait préparé à ce qui était en train de se passer. Son unité, celle là même qui avait été envoyé au près de Konoha car elle avait la confiance de la Mizukage, avait échoué avant même de s'enfoncer dans le village adverse.

La déchirure emplit la rue, semblant résonner contre les battisses en ruines et Yamame se sentit partir alors que la voix à la radio se transformait en cri de détresse. Tous les clones disparurent d'un coup, laissant place à une épaisse fumée blanche qui se teinta rapidement de rouge alors que l'homme qui l'avait tranché en deux se déportait au centre de la tourmente, une épée géante à la main. La Jounin de Kiri resta bloqué sur le sang qui coulait le long de la lame, elle ne vit pas l'arme s'abaisser et mettre fin à la vie de Grenouille, pénétrant son épaule et sectionnant sa poitrine proprement, séparant les cotes et arrachant les poumons, éclatant le cœur et distordant les artères. Sans même se retourner, le combattant de Konoha lança sa lame, entouré de chakra Futon, elle traversa sans mal le béton et le toit sur lequel se trouvait Brochet.

Le bruit écœurant de la rencontre entre la chaire et le morceau d'acier vrilla les oreilles de Yamame, elle put voir Truite s'extirper du nuage, s'éloignant vers les murailles dans une retraite stratégique. Elle tenta de l'avertir mais ses poumons se refusaient à aspirer l'air, c'est incapable de bouger qu'elle observa son ami se précipiter vers une épée courte qui s'enfonça dans son torse, mettant fin à sa vie. Couché sur le ventre et suffocante, la capitaine vit l'homme retirer sa lame et rejeter le cadavre en arrière, essuyant le sang sur sa manche avant de se diriger vers elle.

— Pas mort ? Demanda-t-il pour lui même, surpris de la voir cligner des yeux en réponse.

Il leva son arme, lui adressa un signe de la tête, puis l'abaissa.

oOo

Anko et Kakashi patientèrent devant la salle d'opération pendant plus de trois heures, attendant que Tsunade en sorte pour leur donner des nouvelles de Konohamaru. Sasuke les avait rapidement briefé sur les circonstances de sa découverte : il était en train d'extraire les corps des sous-sols, il avait refusé l'aide de quiconque pour se dévouer seul à cette tâche, estimant qu'il était de son devoir de ramener à la surface ses propres victimes. Il avait fait un petit tour dans l'abri numéro dix pour voir s'il y avait des survivants, c'est en fouillant parmi les cadavres qu'il avait trouvé Konohamaru, à moitié mort, mi haletant, mi respirant, la gorge brûlé par une technique Katon afin de cautériser l'immense plaie qu'avait laissé son organe arraché.

— Une telle volonté de vivre, ça relève presque de la folie...

— Tu ne l'as jamais vécu, n'est-ce pas ? S'intéressa Kakashi, regardant fixement la porte qui conduisait à la chambre stérile où Tsunade officiait. Tu n'as jamais été confronté à un adversaire si fort que tu n'avais aucune chance de le vaincre, un homme si puissant que tu en perdrais toute volonté de te battre. Pain t'as paru invincible, mais il a été vaincu par Shinobi-san et Itachi, mais qu'en a-t-il été d'Hidan ? Il a tué l'oncle de Konohamaru il y a un an, on l'a annoncé mort et on l'a fêté, puis il est revenu, enfermant avec lui des centaines de civils dans une tombe... Konohamaru n'a pas abandonné d'après ce qu'en a dit Sasuke, son corps était à l'entrée de la pièce, il a fait face à un criminel de rang S, il a été balayé, humilié et laissé mourant, mais malgré cela, il a continué à se battre, il s'est auto-mutilé pour se préserver de l'hémorragie, il a condamné sa carrière en essayant de survivre, pour se traîner jusqu'à ses coéquipiers... Il n'est pas fou, il est courageux.

— Le courage est la folie des perdants, il serait de bon ton de ne pas l'encenser.

Kakashi ne répondit pas, il aimait bien Anko, il l'adorait même. Mais il n'était pas d'accord avec sa vision du monde, et se battre avec une amie n'était en aucun cas ce qu'il désirait aujourd'hui, alors même qu'il avait frôlé la mort. Il se sentait fatigué, plus qu'il ne l'avait été depuis une éternité, mais il était heureux au fond de lui, heureux d'avoir survécu et heureux que Konohamaru s'en soit tiré à si bon compte. L'enfant mettrait du temps à se remettre du choc, c'était certain, mais au moins avait-il une chance de s'en remettre, s'il s'était laissé saigner dans les souterrains, personne n'aurait jamais pris conscience de son dévouement envers Konoha.

— Le bilan n'est pas si sombre finalement, renifla la Jounin. Des deux abris, on sort trois survivants, Konohamaru, Kurenai et sa fille, Sasuke a bien travaillé, tu pourras le féliciter de ma part.

— Je n'en ai pas envie, contra Kakashi. Je ne le ferais pas, je lui avait ordonné de rester sur place, de défendre les enfants et il a fui pour sauver Kurenai, il a abandonné son camarade... Il a abandonné son ami pour se sauver, je ne pourrais pas le complimenter la dessus.

— Et qu'aurais-tu voulu ? Que ton élève meurt en affrontant des adversaires plus forts que lui ? Dans un terrain qui n'était clairement pas à son avantage, entouré de centaines d'otages ? Il ne pouvait rien faire, en emmenant Kurenai et Mirai avec lui, il a montré à tous qu'il était capable de faire les bons choix.

— Va dire ça aux parents des victimes, répliqua Kakashi avec amertume. Va dire ça à Shikaku, va lui dire que laisser son fils crever était la seule solution... J'ai donné l'ordre à Sasuke de rester, de se battre avec Shikamaru et au lieu de ça, il a préféré fuir ! C'est plus mon élève.

— Il le sera toujours, répondit doucement Anko avant de lui passer un bras autour des épaule, son visage changeant d'expression. Si tu veux, je peux aussi être ton élève, j'suis sûr que tu as plein de chose à m'apprendre.

Les portes s'ouvrirent au moment où Anko commençait à glisser ses main sous la blouse de Kakashi, s'attirant l'attention de Tsunade. Un froncement de sourcil plus tard, Konohamaru sortit de la salle d'opération à son tour, sur un fauteuil roulant et éveillé, alerte et manifestement en pleine forme. On avait bandé le bas de son visage, cachant sa bouche et sa gorge, et on l'avait lavé, lui retirant ses habits couverts de sang.

— Il va bien, souffla Tsunade avant de tapoter la tête de l'adolescent. Il est résistant, on ne pourra rien faire pour sa langue, aussi devra-t-il manger de la soupe jusqu'à la fin de sa vie, mais il est vivant.

Konohamaru leur fit un clin d'œil, il était triste mais pas anéantit, aujourd'hui, il avait vu plus d'horreur qu'il aurait cru possible d'en voir, mais il s'en était sortit. Au fond de lui, il avait envie de se rouler en boule et de pleurer, mais il savait qu'Asuma ne le voudrait pas, que son grand père ne lui pardonnerait pas de gaspiller cette seconde chance qu'il venait de recevoir.

— Il va devoir raccrocher son bandeau frontal, ses poumons ont été trop endommagés pour que je ne puisse faire quoi que ce soit, il ira bien tant qu'il ne fera pas d'effort démesuré. Kakashi, je peux te laisser t'occuper de lui ? De la nourriture froide pour débuter, je viendrais te voir demain ou après-demain, fonction des autres patients que j'ai à voir. Tu dois encore avoir pas mal de place chez toi, vu que t'as maison est proche des remparts, elle n'a pas du être rasée.

— Oui, on va se charger du gamin, sourit Anko sans prendre en compte l'avis du propriétaire légitime de la demeure qu'ils allaient occuper. Vous avez des nouvelles pour Kushina ? On nous a dit qu'elle avait été poignardée, mais pas moyen de trouver sa chambre.

— Elle est en isolement, d'après Itachi elle a été prise dans un Genjutsu pendant le combat, dès qu'elle se réveillera, elle partira en mission à l'étranger sous la garde de Sasuke. C'est lui qui l'a sauvé, je n'ai pas le droit de donner les détails, mais sachez qu'elle sera entre de bonnes mains, le gamin que tu as formé m'a impressionné Kakashi, je suis fière de toi. Tu es devenu un excellent ninja, et un enseignant de valeur, félicitation.

Elle n'attendit pas de réponse, emplissant le couloir désert du claquement de ses talons, se préparant déjà à sa prochaine intervention, pour elle, la journée était loin d'être finie. Konohamaru tira un calepin de sous sa blouse et commença a écrire quelque chose, Anko poussant son fauteuil en direction de la sortie, décidée à se rendre chez Kakashi et piller ses réserves de nourritures. Itachi avait fait un discours mettant en avant la solidarité, mais elle était une ninja, et partager avec les civils n'était pas dans sa nature, ces insectes la critiquait assez pour qu'elle soit obligée de ne leur prêter aucune attention en temps normal, elle n'allait pas changer maintenant qu'ils allaient crever de faim.

Comment ça se passe dehors ?

— Plutôt bien, sourit-elle en se penchant en avant, captant le regard de l'adolescent qui se concentra sur son décolleté. On a un nouvel Hokage, Itachi Uchiwa, j'suis désolé pour ton grand père, mais faut dire qu'il avait fait son temps le vieux. Y'a rien de mieux pour un ninja que de crever sur le champ de bataille, la mort au calme dans un lit c'est pas fait pour nous, en plus il a démonté Konan, la salope qui a cru qu'elle pouvait s'en prendre à Konoha avec un seul équipier, qu'elle conne celle là...

Elle fit un résumé de tout ce qu'elle savait, tenant Konohamaru en haleine pour qu'il ne remarque pas les regards surpris des civils qui l'avaient cru mort, lui faisant oublier qu'il avait faillit y passer et remplaçant le massacre sanglant par toute une série de petites blagues. Le Sarutobi était un Genin, mais il avait déjà participé à des missions risquées, il connaissait le deuil et savait ce que la guerre signifiait, sûrement mieux que les autres enfants de son âge, il saurait s'en sortir, surtout s'il disposait de l'aide d'une ninja aussi expérimentée qu'elle.

Maintenant, est-ce que je suis digne de rentrer dans la Confrérie ?

— Je pense que oui, tu as payé ton tribu envers Konoha, nous la réunirons ce soir pour faire ton initiation, efface ce mot, personne ne doit jamais savoir pour la Confrérie, personne.

Je le jure !