Bonsoir mes agneaux ! Tout d'abord, j'espère que vous profitez bien de votre été et du beau temps. Ensuite, je dois bien vous accorder mille pardons, je suis sincèrement désolée de vous avoir fait attendre plus d'une semaine et demie, c'est injuste de ma part de ne pas vous avoir prévenu surtout ... Avez-vous vu au moins le petit message que j'avais laissé sur le mur des reviews pour vous prévenir ?

Eh bien, je remercie ceux qui lisent cette histoire encore, malgré ma lenteur démesurée à mettre nos deux héros en couple ! :) Et un énorme merci à ceux qui laissent des commentaires, comme toujours ! Je me répète, je rabâche, mais c'est vrai et je le pense ! ;)

Laetitialfw : Je suis contente qu'il t'ait plu, et je peux te donner un indice pour la suite : tu as tapé dans le mille avec ta théorie ! Bravo ! ;)

Marionpc84 : Je suis très heureuse si tu as aimé ! :)


Situation : c'est la suite du chapitre précédent.

NB : les "..." introduisent le petit retour en arrière que j'ai placé dans cet écrit, qui se finit de lui-même en suivant à nouveau le cours des choses.

J'espère que vous allez aimer, bonne lecture et on se retrouve à la fin pour un petit mot ! :)


Castle observa Gael un moment. Mais il avait compris instantanément. Qui il était. Pourquoi il était là. Son cœur semblait être à fleur de peau et ses sentiments, qu'il pouvait sentir au creux de sa gorge, prêts à s'exprimer et à lâcher prise grâce à la parole; tout cela resta enfermé en lui à la simple vision du pédiatre et l'étouffa lentement.

Que pouvait-il dire ? Que pouvait-il faire ? La confrontation n'était pas prévue. Il ne s'y attendait pas. Et il n'en avait vraiment pas envie.

Un silence gêné. Voilà ce qu'il y avait de plus tangible entre eux. Rien d'autre. Ils se toisaient. Gael ne comprenait rien, il était déjà bien assez perturbé comme cela pour ne pas en plus avoir à jouer aux devinettes. Castle ne savait pas quoi dire car les mots seraient bien trop vicieux et mèneraient le jeune homme sur une faute piste puisque, non, Kate ne le trompait pas avec lui. Il n'y avait aucune raison pour se sentir en danger. Pourtant, ce n'était pas l'impression qu'avait le médecin. Il se croyait pris au piège, comme un animal. Quant à Rick, il était tout aussi perdu et déboussolé.

Kate apparut finalement dans l'encadrement de la porte. Elle le vit. Un sourire orna à l'instant son regard. Parce qu'il avait compris. Il avait lu. Il avait vu. Et il était venu. Mais Gael, ici, maintenant …

...

Elle était rentrée 4 minutes plus tard qu'à son habitude. Cela ne voulait rien dire. Enfin, en temps normal, cela ne voulait rien dire. Mais d'ailleurs, en temps normal, elle rentrait toujours à 20:05. Pas de différence. Cela avait été établi comme ça. Aucune raison pour que ça change. Et c'était pour cela que tout avait changé. Parce qu'il n'y avait pas de raison particulière pour que cela se fasse, comme il n'y en avait aucune pour que ça ne se fasse pas.

Il ne l'avait même pas remarqué. Trop distrait ou peut-être pas assez intéressé pour s'en rendre compte. Noter la différence. Enfin, les différences qui avaient eu lieu en elle. Parce qu'il y en avait eu ! Jour après jour, une nouvelle, encore une autre. Elles venaient s'ajouter, s'empiler, les unes sur les autres. Imperceptiblement, peut-être, mais quand on connaît bien quelqu'un, cela ne peut pas nous échapper. Et maintenant, elle était clairement à des années lumière de la Kate qu'elle avait été à l'époque. Elle était cette autre elle. Enfin pas tout à fait. Mais elle s'en approchait quand même énormément.

Elle avait posé son manteau sur la patère prévue à cet effet. Elle s'était approchée de lui, silencieuse. Il était occupé à lire sur le canapé. Sans remarquer ne serait-ce que la lenteur avec laquelle elle se mouvait. Parce qu'en réalité, elle savait très bien ce qu'elle devait faire et, il fallait l'avouer, elle n'en avait pas vraiment envie. C'était pour le mieux, d'accord, mais Gael était quelqu'un de bien et elle ne voulait pas lui faire du mal. Elle aimait trop les gens, elle était trop sensible. Trop impliquée même quand son cœur ne l'était plus. Ici, son chagrin, qu'elle éprouvait déjà pour lui, pour la peine qu'elle allait lui causer, prenait le dessus.

Il releva finalement la tête, plongea ses yeux dans les siens. Mais il n'arrivait pas à voir si loin, à voir son malaise, cette impression qu'elle avait, cette sensation au creux du ventre parce qu'elle était certaine qu'il allait souffrir.

Elle tenta un sourire. Mais elle n'y parvint pas. C'était trop dur. Trop faux. Ce n'était pas elle. Plutôt, ce n'était plus elle. Trop différente. Parallèle. Elle n'arrivait plus à penser comme elle avait si longtemps su le faire. Elle n'y parvenait pas. Tous ses attraits, ses qualités avaient disparu. Envolé. Elle ne se reconnaissait pas en lui, alors qu'elle l'avait accepté parce qu'il lui ressemblait. Ils pensaient de la même manière. Mais ce n'était plus le cas à présent.

C'était aussi pour cela qu'il ne pouvait plus voir en elle, aller au fond des choses, de ses émotions. Comprendre ce qu'elle ressentait. La comprendre en entier. A nouveau, un mystère. Mais il ne s'en apercevait même pas. Il la croyait toujours ouverte. Toujours offerte. Prête à le recevoir et à l'aimer.

Foutaises !

Elle s'assit à côté de lui et lui prit la main, la caressant doucement, pour le rassurer. Comme Castle faisait avec elle. Ses gestes ressemblaient tellement aux siens à présent … Ils se confondaient tous deux.

-Écoute Gael, je … J'ai quelque chose à te dire. Et je … Je ne sais pas trop par où commencer …

Il s'installa un peu plus confortablement pour entendre tout ce qu'elle avait à dire. Si seulement il avait pu imaginer, ou même voir les signes … Parce que eux ne mentent jamais.

-Je te laisse la parole, dis-moi ce que tu as sur le cœur.

Elle le fixa dans les yeux. Il avait seulement l'air intrigué, même pas inquiet ni même curieux. Il écouterait ce qu'elle aurait à dire, mais il n'irait pas chercher plus loin. Le moins de profondeur possible … Ils avaient été comme ça tout le temps de leur relation. En superficie. Pour ne pas toucher aux points sensibles. Parce qu'il savait bien qu'elle en cachait de nombreux et il ne voulait pas la brusquer. Mais c'était exactement ce dont elle aurait eu besoin. Qu'on la bouscule un peu dans ses acquis. Qu'on la force à parler de ce qui faisait mal. Pour extérioriser. Pour pouvoir confier ce qu'elle avait sur le cœur. Il ne l'avait pas compris. Et, en y réfléchissant bien, elle ne le comprenait pas elle non plus. Deux énigmes que ni l'un ni l'autre n'avait su déchiffrer.

-Je …

Elle n'y arrivait pas. Il lui fallait une force de caractère et un courage qu'elle avait depuis si longtemps perdus … La difficulté prenait le pas sur ses résolutions. Elle se résignait. Pourtant, il le fallait. Si elle attendait, il souffrirait encore plus. Et ce n'était pas ce qu'elle voulait. Il avait le droit, il méritait d'être heureux comme elle était déjà.

-Écoute, je … Je crois que l'on ferait mieux de se séparer. Je veux dire … Je ne me sens plus heureuse et je n'ai plus rien à t'offrir. Je suis désolée Gael, mais … Je ne veux pas continuer comme cela. Ce n'est pas possible. Tu comprends ?

S'il comprenait ? Pas vraiment, en réalité. Sa déclaration l'avait frappé comme une gifle en plein visage. Et cela n'avait rien d'agréable. De délicat. De réfléchi. C'était direct. Franc. C'était ce qu'elle pensait. Mais lui, … il ne voyait pas du tout les choses comme ça.

Il se sentait mal. Trahi. Blessé. Il l'aimait. Mais elle … Non, il n'avait plus de place dans son esprit. Quelqu'un d'autre ? Non, il ne pensait pas. Seulement elle et l'intrigue qu'elle représentait. C'était comme si elle avait construit un mur entre eux, à l'intérieur même de son âme, et qu'elle l'empêchait d'entrer.

Et puis tout à coup, comme un claquement de doigts, tout lui tomba dessus. Ses changements, son évolution, sa différence. Il releva même quelque chose au niveau de son physique. Il n'aurait su dire quoi. Il ne l'avait pas assez observé auparavant pour le savoir.

Il inspira pour se donner contenance. Il sentit son arôme et grimaça. Ce n'était pas son odeur habituelle. Elle sentait les fleurs. Aujourd'hui … On aurait dit qu'elle s'était baladée sous un cerisier ou qu'elle avait suçoté un bonbon à la cerise. Cette fragrance envoûtante, cela lui tournait le ventre. Il n'aimait pas du tout.

-Pourquoi as-tu changé de parfum ?

Elle le considéra un moment. C'était tout ce qu'il avait trouvé à dire ? Elle venait de mettre fin à leur relation, et il la questionnait sur la nouvelle senteur qu'elle arborait. Elle n'en revenait pas, elle lui en voulait, elle était en colère. Elle croyait qu'elle avait eu plus d'importance pour lui qu'un simple constat de la part de son odorat. Elle se leva, énervée.

Il la retint par le poignet. N'avait-elle pas compris qu'il avait tenté de faire diversion pour contenir son chagrin ? Parce qu'il savait que la décision était prise. Si elle lui avait dit que c'était fini, ça l'était. Et il n'avait pas son mot à dire. Il la connaissait quand même un minimum après tout.

Pourtant, ils n'arrivaient plus à se comprendre. La preuve, chacun interprétait mal le comportement de l'autre. Ils étaient trop loin. Inaccessibles. Une distance qui ne pouvait plus être comblée par les mots ou les gestes, la douceur ou la tendresse. En réalité, c'était fini avant même d'avoir commencé. Mais ils avaient été bien trop aveuglés pour s'en apercevoir.

-Kate, attends ! Je … Ce n'est pas … J'ai …

Il ne parvint pas à finir sa phrase. Devant ce qu'il croyait être de l'indifférence de sa part, il éclata en sanglots. Cela ne pouvait pas finir de cette manière. Il était plus que triste encore, il avait le cœur brisé. La fin d'un homme amoureux, en somme.

Mais elle n'y était pas indifférente, au contraire, elle retenait elle-même les sanglots qui la traversaient. Le voir ainsi, elle ressentait une peine immense. C'était un homme gentil après tout.

Elle se rassit à côté de lui et ne cessa de s'excuser alors qu'il pleurait à chaudes larmes devant elle.

Ce n'était pas ce qu'elle voulait, ce n'était pas censé se terminer ainsi. Elle l'appréciait vraiment et ce n'était pas sa faute à lui si elle ne l'aimait plus.

Quelqu'un frappa à la porte. Elle sursauta et se tourna vivement. Il releva les yeux et décida d'aller ouvrir. Pour se changer les esprits. Pour essayer de faire disparaître ses larmes, peut-être aussi. Elle ne bougea pas, figée. Non, pas lui … Ce n'était pas le moment … Enfin si, mais pas tout de suite.

Elle entendit le silence une fois que la porte fut déverrouillée. Elle comprit. C'était forcément son écrivain. Il avait dû saisir qui était l'inconnu qui se tenait en face de lui. Mais cela ne devait pas être réciproque.

Elle se leva alors en vitesse et s'approcha de l'encadrement de la porte. Elle sourit discrètement à Castle et le salua poliment.

-Bonjour Richard. Comme vous pouvez le constater, ce n'est pas le meilleur moment ...

-Assurément. Excusez-moi, je vais vous laisser.

Il fit demi-tour, pour quitter l'appartement. Malgré les apparences trompeuses et le sourire qu'il ne cessait d'arborer, cette vision lui avait brisé le cœur. Il avait vu le pédiatre. Celui qu'il n'aurait jamais voulu croiser. C'était trop tard. C'était fait. Il ne pouvait rien effacer. Seulement fuir. L'issue du lâche. Il le savait, mais à cet instant, il s'en moquait éperdument. Il ne désirait que s'éloigner d'eux …

-Non! ... Enfin, je …

Kate semblait se perdre dans ses mots. Que voulait-elle dire ? Elle ne le savait pas, mais elle ne voulait pas qu'il s'en aille. C'était son unique certitude. Parce qu'elle avait bien senti quelque chose. Elle avait bien compris que s'il partait ce soir-là, une partie de lui partirait pour toujours. D'ailleurs, ce qu'elle possédait de lui, son bonheur, sa petite peine, son amour … Il semblait le lui arracher et quitter les lieux avec. Et elle savait qu'elle ne pourrait en aucun cas le supporter et se relever après cela. Elle était prête. Le poème, c'était pour cela après tout. Lui montrer, subtilement, parce qu'il était un homme subtil et qu'elle avait été sûre qu'il comprendrait, qu'elle était prête. En effet, il avait compris. Et elle ne pouvait que s'en féliciter. Seulement, le temps semblait jouer contre eux … Comme il pouvait l'agacer parfois ! Et comme elle détestait Gael plus que jamais en cet instant.

-Pourquoi tu ne le laisses pas partir ? Hein ? Et puis d'abord, c'est qui ce mec ?

Gael était sérieusement remonté contre elle. Malgré les larmes qui ruisselaient encore sur ses joues face à sa dernière révélation, il lui en voulait et il était incroyablement triste. Il ne pouvait empêcher ses larmes de couler. Et ce Richard, là, qui attendait, patiemment, sur le pas de la porte de sa belle, lui donnait la nausée. Il avait compris. Il n'était pas idiot. Il avait vu le regard de Kate s'illuminer lorsqu'il avait ouvert la porte. Il avait aperçu ce sourire, flottant dans ses pupilles, qui ne lui était nullement destiné. Puis il avait ressenti sa gêne face à lui, parce qu'il était là. Il gênait. Celui de trop, c'était lui. Le dindon de la farce, en quelque sorte. Il le savait. Il leur en voulait. Parce qu'il souffrait alors même qu'ils semblaient vivre dans un paradis parallèle, tous les deux, ensemble, devant ses actes impuissants.

-Il travaille avec moi, c'est, ... euh ...

-Oui, tout à fait. Je travaille avec le capitaine Beckett. Je m'appelle Richard Rodgers, je suis lieutenant à la criminelle, au même commissariat qu'elle. J'étais passé pour discuter d'une enquête assez délicate que je dois résoudre et j'aurais eu besoin de son aide, parce que les preuves ne me permettent pas la lucidité que j'espérais sur l'affaire... Et comme je sais qu'elle est très douée pour faire preuve de bon jugement … Mais je suis désolé si je vous ai dérangés. Je suppose que le capitaine m'a demandé de rester parce qu'il est vraiment urgent de régler ce dossier sensible et qu'elle ne veut pas avoir de problème avec ses supérieurs.

La réplique de l'écrivain avait eu le don de faire taire tous soupçons. Il était un as dans l'art du mensonge, pensa-t-elle. Ce qu'il disait semblait vrai et paraissait plausible, pensa Gael. Il tourna la tête vers Kate, qui le regardait avec une certaine tristesse dans les pupilles, comme si ses fausses insinuations lui avaient fait du mal. Il en oublia pour un temps son amertume et laissa la place à l'invité.

-Bon ... Je … Entrez donc Lieutenant Rodgers. Je vous en prie. J'étais sur le point de partir de toute façon. Vous aurez amplement le temps de discuter.

Kate le regarda, de la tristesse plein les yeux. Alors donc, c'était bel et bien fini. Tout ceci, tout ce temps passé ensemble pour en arriver là. Mais elle savait qu'il ne voulait pas mal faire. Et que c'était uniquement pour se protéger. Pour prendre un peu de distance. Avaler la nouvelle. Respirer. Accepter. Qu'il avait accepté de les laisser seuls pour la soirée.

-Gael …

Il secoua la tête, avec un sourire fatigué.

-Non, Kate, ce n'est pas la peine … Je repasserai pour récupérer mes affaires quand tu voudras bien … Enfin quand je serais prêt plutôt. Et tu pourras faire de même.

Rick était resté silencieux. Il avait compris ce qui se passait sous ses yeux. Il était heureux. Mais il ne pouvait rien laisser paraître. Un visage impassible. Immobile. Pour ne rien montrer de ce qu'il pensait vraiment et adhérer parfaitement à la peau de son personnage.

-... D'accord.

Elle avait fini par céder. De toute manière, il n'y avait pas d'autre échappatoire possible. La seule issue. Et il avait su la choisir avec dignité. Elle le remerciait en silence. Le respectait.

Elle hocha la tête, résignée. Lui aussi. Il salua le soi-disant lieutenant et partit en direction des escaliers. Sans bruit. Lentement. Il n'était pas pressé.

Ils le regardèrent partir. Ils savaient tous les deux que c'était la fin d'une histoire et le début de quelque chose de nouveau. Ils étaient impatients. Mais il fallait rester poli. Et respecter les règles.

-Entrez, Castle.

Sans un mot, il pénétra dans son appartement une nouvelle fois. Il détailla la pièce principale. Comme il le faisait à chaque fois qu'il pénétrait dans un lieu qu'il ne connaissait pas parfaitement.

Les murs, en brique, étaient différents des originaux. Enfin, de ceux qu'il avait connu avant, dans cet ancien mirage. Elle avait disposé des cadres çà et là, des peintures florales ou des paysages de bord de mer. Sa grand-mère paternelle les avait réalisés. Elle le lui avait avoué une fois. Il trouvait ça beau, la peinture. Un art si abstrait, subjectif, différent pour chacun. Une manière de s'exprimer non pas par les mots mais par les traits. Quand on ne trouvait pas le bon vocabulaire, c'était la meilleure chose à faire.

Au sol, du parquet de bois clair. Des rideaux violines aux fenêtres. Un luminaire moderne se balançait depuis le plafond du salon. Le canapé, dans des tons de beige et de gris, se tenait sagement dans la partie gauche de la pièce principale. La petite table basse en bois, placée juste devant, était couverte de dossiers et une tasse à café vide trônait fièrement sur la table de la salle à manger, nue de tout autre objet. En bois clair elle aussi, entourée de six chaises en bois sombre, elle se trouvait à l'opposé du canapé. Une armoire en chêne était placée juste derrière et des plantes, de tailles différentes, étaient placées dans les espaces laissés libres de la spacieuse pièce.

Ils prirent place sur le canapé et il porta son attention sur la petite commode blanche de l'entrée, puis sur le meuble en verre qui soutenait la télévision. Il inspecta ensuite la cuisine, similaire à celle qu'il avait connue, avec ses petits placards et son plan de travail sobre.

Il reporta son attention sur la jeune femme. Il remarqua à cet instant précis qu'elle s'était changée depuis l'après-midi, où il l'avait vue. Elle portait une jupe serrée, noire, comme celle qu'elle avait mise le premier jour, quand il était arrivé ici. Avec, elle revêtait un simple chemisier en satin blanc. Très sobre mais néanmoins extrêmement féminin. Il apprécia cette douce attention. Elle l'avait fait exprès, sans aucun doute. Mais elle paraissait triste, perdue dans ses pensées. Peut-être cachait-elle encore des sentiments pour Gael et venait-elle seulement de s'en rendre compte ? Ou croyait-elle avoir fait une erreur en le quittant ?

Il décida de faire la seule chose qui lui parût censée. S'excuser

-Je suis désolé d'avoir débarquer à l'improviste, j'aurais dû vous avertir avant.

Elle tourna la tête vers lui et l'observa un moment. Quelques instants plus tôt, elle sentait la morosité l'envahir. Elle avait fait de la peine à Gael et elle s'en voulait. Il ne méritait pas cela. Mais Castle était là. Elle devait se reprendre. Pourtant, elle était encore ailleurs. Pas vraiment là. Les mots lui vinrent difficilement.

-Non, … Enfin, ce n'est pas si grave, je … Bredouilla-t-elle.

Elle soupira. Comme il est dur d'exprimer ce que l'on a sur le cœur. Elle savait bien qu'il s'en doutait. Qu'elle avait mis fin à leur relation. Mais il méritait qu'elle lui avoue à voix haute. La vie ne doit pas être un enchaînement de déductions. Il faut des preuves concrètes pour avancer.

-Nous avons rompus.

Un silence fit suite à sa déclaration, seulement brisé par leur lente respiration en harmonie, accordée l'une à l'autre. Ils étaient assis à côté depuis quelques minutes seulement et ils étaient déjà en parfaite symbiose.

-Je suis désolé pour vous deux.

Il ne l'était pas vraiment. Mais il fallait se montrer galant, et puis ça n'avait pas dû être facile pour elle. Il la connaissait. Maîtriser ses sentiments était bien assez dur pour qu'elle arrive à tenter de contrôler ceux des autres.

Elle haussa les épaules.

-C'est la vie. Murmura-t-elle.

Encore le silence. Une absence de mots pleine de nostalgie. De tristesse. De regrets peut-être un peu également. Parce que cette phrase ne résumait pas uniquement sa séparation, mais aussi toutes les difficultés de la vie et tous les égarements, les peines et les chagrins qu'elle peut nous causer simplement.

Elle se reprit en main. Et lui proposa du vin.

-Avec plaisir. Répondit-il, enthousiaste, un sourire flottant sur ses lèvres. Pour réchauffer le cœur fatigué de sa bien-aimée.

Ils se levèrent et se dirigèrent ensemble vers la cuisine. Il se tint à distance, l'observa faire en silence. Son regard glissant simplement sur son corps léger. Avec des mouvements fluides, féminins, délicats et précis, elle se saisit tour à tour des verres, de la bouteille et du limonadier.

-Où vas-tu acheter ton vin ?

Il sourit et rougit au cours du même instant. Le tutoiement lui avait totalement échappé. L'habitude sans doute, ou le fait qu'elle ait un peu lâché prise. Il ne s'en voulait pas tant que cela. Il était même heureux. Ses réflexes de mari étaient revenus se heurter à la barrière de ses lèvres. Il avait été tout en retenu pendant si longtemps qu'il avait bien finir par craquer.

Elle ne pouvait pas vraiment lui en vouloir. Elle comprenait, en quelque sorte. Pourtant, il l'avait surprise. Encore. Cette aisance avec laquelle il parlait, parce qu'il était écrivain, et cette facilité avec laquelle il avait utilisé le tu à la place du vous prouvait bien qu'il était prêt autant qu'elle. Peut-être même un peu plus, mais elle ne voulait pas brûler les étapes.

Encore un peu confuse par le changement de personne, elle en avait totalement oublié sa question.

-Pardon ? Chuchota-t-elle.

Ce n'était pas un murmure pour se cacher ou bien pour le fâcher de ce changement dans son vocabulaire. Elle était simplement troublée et heureuse à la fois, et le timbre de sa voix en pâtissait étrangement.

Il s'excusa. Il avait mal interprété la question. Il croyait qu'elle lui en voulait de l'avoir tutoyée de la sorte. Il ne pouvait savoir à quel point ces quelques lettres de différence l'avait perturbée.

-Excusez-moi, je n'aurais pas dû … C'était simplement pour connaître le nom de votre caviste mais je me suis emporté …

-Non, non, non, ce n'est pas ça … Je voulais dire … Ne t'excuse pas, ce n'est pas grave, … C'est que je ne me souvenais plus de la question, je … C'est compliqué avec toi, Rick, tu me fais perdre mes mots et regarde, je bredouille comme une enfant ! … Mon caviste s'appelle Francis.

Elle secoua la tête, totalement éreintée. Décidément, il la vidait de toute son énergie et ses mots disparaissaient avec elle. Elle sourit en même temps. Comme c'était frustrant de ne pouvoir dire ce qu'elle ressentait à voix haute quand elle était avec lui. En réalité, c'était surtout qu'elle ne le savait pas vraiment elle-même. Elle n'arrivait pas à le définir, ni même à y apposer des termes car rien ne semblait correspondre. Aucune étiquette. Aucun sens sur le papier. Mais qu'importe, elle savait bien qu'elle ne vivait pas sa vie sur le papier.

Il écarquilla les yeux. Il n'en revenait pas. C'était le même caviste que lui. Il était sûr qu'il n'y avait qu'un seul Francis dans tout New-York qui conseillait si bien le vin. Il était vraiment étonné. Elle ne lui avait jamais avoué, dans son univers imaginaire, qu'elle avait fréquenté la même boutique que lui avant même qu'ils ne se connaissent et partagent du vin ensemble. Et puis, elle aussi s'était mise à le tutoyer. Elle avait suivi le chemin qu'il venait de tracer pour elle, pour qu'elle vienne jusqu'à lui. Qu'elle le trouve. Et peut-être qu'elle se trouve aussi par la même occasion. Il n'en savait rien.

Elle le scruta de ses prunelles claires. Il était charmant, à sourire comme un petit enfant. Heureux. Joyeux. Ému, apparemment. Grâce à elle, certainement. Elle avait bien vu sa bouche tirée dans cette moue qu'elle adorait voir peinte sur son visage. Elle l'étudia à nouveau. Car, quand elle peignait un beau portrait de lui, cela lui donnait du courage. Elle ne savait bien pourquoi. Mais la beauté peut avoir son importance parfois.

Elle se mit à le contempler. Perdu comme il était si souvent dans ses pensées. Son visage, aux traits fins. Ses doigts. Ses cheveux. Ses mains. Cela lui suffit. Le courage était revenu.

Elle s'approcha de lui, en vitesse, mais ses gestes restaient d'une étrange lenteur.

Il la vit venir. Ainsi douce, légère, volant au dessus du sol. En apesanteur entre leurs esprits et leurs cœurs. En symbiose avec lui. Flottant tout autant.

Elle s'avançait, toujours plus près de lui. Elle arriva à sa hauteur, baissa son regard vers sa main. Il fit de même, pour suivre le trajet de ses iris. Elle se saisit tendrement de ses doigts, déposa le verre de vin dans le creux de sa paume et laissa la sienne contre le dos de sa main.

Elle frissonna. Lui aussi. Le contact de leur peau. Elle sentit sa douceur, sa chair laiteuse et chaude. Il sentit son pouls, battant frénétiquement à travers les veines saillantes sous la peau claire. Il observa leur point d'attache. Il savait que c'était le début de tout. Et il le laissa durer un peu. Pour l'encrer plus profondément encore dans sa mémoire. Pour ne jamais le perdre. Il cligna des yeux et la prit ainsi en photo. Il glissa le portrait qu'il venait de s'offrir tout contre son cœur. Et il laissa son esprit parler au travers de son corps. Il décida à son tour de lâcher prise et de ne plus maîtriser ses mouvements. Mais il attendit encore un peu, pour être bien sûr qu'elle était prête. Qu'il n'avait pas mal interprété les signes. Il voulut lire au fond de ses pupilles et lui laisser le choix.

Elle releva les yeux vers lui. Comme si elle avait entendu son appel silencieux et pourtant si criant. Mais le regard profond et pénétrant de son écrivain l'empêcha de penser.

La courbe de tes yeux fait le tour de mon cœur.

Les iris perçants de Castle prirent possession de son cœur et de son âme. Ses pensées, ses songes, tout ce qu'elle avait en tête disparut. Seule une étrange sensation resta. Qui la laissa toute chose d'ailleurs. Sans mots, elle n'arrivait pas à la définir. Mais son corps le définissait pour elle. L'envie. L'attente en quelque sorte. Et une petite part de désir aussi.

Libre. Elle venait de lâcher prise entièrement et elle était désormais toute offerte face à lui. Et elle patientait pour qu'il veuille bien faire le premier pas.

Il avait compris. Il avait saisi toutes les subtilités dans ses quelques actions. Et avec le poème, il savait qu'elle était fin prête à recevoir tout ce qu'il avait à lui offrir.

Il se pencha, lentement, pour poser avec douceur ses lèvres sur les siennes. Elle le sentit venir, au plus près d'elle. Et quand elle sentit son souffle tout contre sa bouche, elle ferma les yeux. Il fit de même quand il se sut assez proche. Plus que quelques centimètres. Il s'approcha, encore plus près. Leurs nez se frôlèrent. Leurs souffles se mélangèrent. Leur peau se touchèrent. Ils commençaient à se découvrir. Et alors que son odorat découvrait l'arôme de sa chair sur le bout de sa langue, qu'elle était en train de goûter son odeur masculine, à quelques centimètres seulement ; elle poussa un petit cri et sauta en arrière.

Il la dévisagea, paniqué, inquiet et sans vraiment comprendre. Elle avait les yeux baissés sur son chemisier blanc et y déposa ses mains légères et fébriles, encore tremblantes de cette esquisse de baiser qu'ils avaient été sur le point d'échanger.

Son vêtement clair était rougi. Couvert par le vin qu'il venait de lui renverser dessus sans même s'en rendre compte. Trop absorbé par leur échange muet et charnel à venir, il en avait oublié l'enceinte en verre qu'il tenait au creux de ses doigts.

Le liquide sombre coulait le long de sa peau, collant le tissu contre son ventre, dessiné à la perfection par le vin.

Il ne savait plus où poser les yeux. Tour à tour sur sa peau qui transparaissait sous le chemisier, sur son visage crispé, sur ses mains frénétiquement mouvantes. Que pouvait-il faire pour l'aider ? Il ne trouvait rien à faire. Il s'approcha, contrit et avança ses paumes pour tenter de l'aider.

Elle le sentit venir et observa un instant ses doigts qui commençaient à effleurer sa peau à travers le tissu pour l'égoutter.

Elle repoussa son aide et ses mains par la même occasion et défit elle-même les premiers boutons du vêtement. Elle ne voulait pas encore qu'il se tienne si près d'elle. En appui sur son corps. C'était trop tôt. Il fallait prendre le temps. Il faut toujours savoir le prendre.

Il la laissa faire un moment sans vraiment réagir, comme tétanisé. Quel idiot, il venait de gâcher leur premier baiser … Il aurait dû faire attention à tous les détails, pour que ce soit parfait. Mais il avait été emporté par le tourbillon de beauté et de désir qu'elle représentait pour lui. Incontrôlable. Les pulsions avant la réflexion. Car elle avait le don de faire disparaître cette dernière entièrement.

Elle arriva un bouton au dessus de la poitrine. La situation devenait un peu trop hors de contrôle. Si elle continuait sur cette lancée …

-Kate, qu'est-ce que tu fais ?

Elle releva son regard vers lui, et comprit où il voulait en venir. Elle le connaissait, et puis c'était un homme après tout. Prise par les événements, elle n'y avait même pas pensé.

-Tourne-toi s'il te plaît.

Il la considéra sans comprendre, totalement éberlué. Pourquoi devait-il se retourner ? Il l'avait déjà vue ainsi, qu'il sache ! Enfin, non, pas vraiment. Pas elle, plutôt.

-Kate, je te connais, je t'ai souvent observée en …

-Castle !

Elle avait l'air un peu agacé. Ce n'était pas que l'air d'ailleurs. Il avait fait éclater sa bulle d'envie, il avait ruiné son chemisier préféré, qu'elle avait mis pour l'occasion, se changeant au poste pour rentrer fraîche à son appartement.

Il se tourna et en profita pour poser son verre sur le plan de travail. Il avait saisi. Il ne fallait pas trop en faire ni exagérer. Ils étaient tous les deux à fleur de peau car ils attendaient énormément de ce rendez-vous. Lui, parce qu'il ne survivrait plus sans elle. Et elle, … eh bien pour la même raison finalement.

Elle se retourna elle aussi, se trouvant dos à dos avec lui, et termina d'enlever son vêtement à présent entièrement coloré. Elle l'essora simplement au dessus du carrelage clair de sa cuisine.

Il entendit les petites gouttes du liquide suave tomber sur le sol. Il ne tenait pas en place et mourait d'envie de se retourner pour la voir. Ne pas pouvoir profiter de son visage ou même de ses prunelles pétillantes, cela le rendait fou. Il laissa son instinct parler. Puisque de toute façon il ne pouvait plus vraiment se contrôler.

-Si tu es toujours la même, si tu es celle que je crois, celle que je connais, celle que j'aime aussi, tu portes ce soutien-gorge noir recouvert de dentelle marron. Je l'apprécie beaucoup et je sais à quel point il est symbolique pour toi. L'importance, la place qu'il occupe dans ton cœur. Tu le portais, la première nuit du premier jour de la première fois. Et puis, plus tard, tu m'as confié que tu estimais qu'il te portait chance. C'était ton fétiche. Ton préféré. Celui que tu adorais porter pour ce que tu appelais « les grandes occasions ». Soit pas si souvent que cela.

Elle l'écouta en silence. Sans même s'en rendre compte, elle s'était un petit peu rapprochée. Pour être au plus près. Parce qu'elle avait du mal à supporter les moments où elle ne le voyait pas. Où ses yeux ne se posaient pas sur lui. Où elle le sentait loin.

Elle n'en revenait pas. Elle était estomaquée. Comment pouvait-il le savoir ? Il la connaissait si bien, c'était vrai et c'était indéniable aussi, mais à ce point … Elle recula encore pour être au plus près de lui. Leurs dos s'effleurèrent, ils n'esquissèrent aucun mouvement pour se dégager. Sa peau nue contre sa chemise en coton. C'était agréable. Rien de plus. Il y avait dans ce geste, dans ce rapprochement quelque chose d'innocent, de naïf. D'instinctif aussi.

Elle laissa parler son corps. Parce qu'il savait ce qu'elle voulait à présent. Il avait compris qu'elle était prête à s'ouvrir entièrement à lui. Qu'elle n'attendait désormais plus que cela.

Une de ses mains, néanmoins hésitante, frôla lentement son bras et descendit jusqu'à sa paume. Elle s'en saisit, un peu réticente, ayant peur de le voir reculer. Ou n'appréciant pas forcément les initiatives que son enveloppe charnelle se permettait. Finalement, la chaleur qui se dégageait de ses doigts et la douceur de se peau lui firent oublier toutes ses craintes. Elles s'envolèrent, loin. Le silence s'installa. Plaisant. Reposant. Apaisant. Rassurant. Vivant.

Il frissonna à son contact et ferma les yeux, appréciant la caresse de son pouce sur le dos de sa main. Il la laissa agir comme elle le voulait. De toute façon, c'était tout ce qu'il attendait.

Ils restèrent ainsi un long moment. Il décida finalement que c'était à son tour d'agir. En prenant son temps, il avança sa main jusqu'à celle qu'elle avait encore de libre. Il lia leurs doigts et apprécia son toucher fin et délicat. Il ne s'en lassait pas. Il ne pouvait imaginer autant pour leur première soirée.

Ils ne bougèrent pas durant de nombreuses minutes. C'était un peu étrange, ces deux amoureux transits, dos à dos, se tenant simplement les mains en silence. Mais c'était bien eux. Cela leur correspondait. Cela les définissait parfaitement. Ils étaient bien. Alors rien ne devait changer.

Quelque chose se mit tout à coup à le tracasser. Des mots, un soir, qu'elle avait prononcés, lui revinrent en tête. Et il devait mettre les choses au clair s'il voulait avoir avec elle la relation qu'il désirait qu'ils partagent.

Il se retourna, libérant leurs mains liées. Elle ne bougea pas, attendant en silence qu'il agisse à nouveau. Elle était un peu perturbée néanmoins. Elle ne comprenait pas bien pourquoi il avait brisé le lien.

Elle était dos à lui, et c'était bien trop tentant. Il ne pouvait résister plus longtemps. Et il savait qu'elle ne lui en voudrait pas trop. Il posa alors ses mains sur le bas de son dos et les fit glisser jusqu'à son ventre. Il se colla contre elle et la serra dans ses bras. Il l'aimait, oh oui putain qu'il l'aimait, plus fort que tout, plus fort que l'amour même. C'était indescriptible. Presque inconcevable.

Elle lui avait manqué. La peau laiteuse de son ventre, sa fermeté, la finesse de son grain délicat et régulier … Il huma l'odeur qui s'échappait de ses cheveux. Un parfum d'amandes et de soleil. Il ferma les yeux à nouveau.

Elle n'osait bouger. Elle n'osait parler. Elle était tellement bien, confortablement calée contre son torse, sa carrure imposante et rassurante. En sécurité. Le contact sur son ventre ne la dérangeait pas tant que cela. D'accord, c'était étrange qu'il la tienne ainsi dans ses bras, mais elle s'en fichait. Elle était heureuse et c'était tout ce qui comptait.

Il finit par la relâcher, et, tout en commençant à lui confier ce qu'il voulait lui dire depuis quelques instants déjà, il fit courir ses doigts fins de ses hanches à la naissance de son cou en remontant le long de sa colonne vertébrale, car il la savait sensible. Il joua avec les petits cheveux qui apparaissaient au niveau de sa nuque.

-Écoute Kate, je voulais savoir … A propos d'Esposito … As-tu vraiment … euh, « conclu » avec lui ?

Elle se retourna vivement. Que voulait-il dire ? Qu'est-ce qu'il insinuait ? Les frissons qu'il avait fait naître en elle s'étaient envolés aussi vite qu'un nuage de fumée.

-Qu'est-ce que tu entends par là ? Ça ne va pas ou quoi !

Il était totalement déboussolé. Ne lui avait-elle pas avoué avoir eu une liaison avec lui ? Avait-il mal compris ? Il tenta de s'excuser, car ce n'était pas le moment de lui faire une scène pour cette raison s'il n'y avait pas lieu d'être.

-Je … Excuse-moi, mais … L'autre soir, chez moi, à la sortie du bar, tu m'as dit que … Et …

Elle secoua la tête. Il fallait vraiment qu'elle arrête de boire. Elle délirait totalement après et elle avait tendance à agir n'importe comment.

-Non, je n'ai jamais … Enfin, il se trouve qu'une fois, je me suis retrouvée seule avec lui dans son appartement et comme j'étais un peu amochée, il m'a proposé de rester dormir et je ne sais pas pourquoi, on s'est retrouvé à dormir tous les deux dans son lit et comme le lendemain matin je ne me souvenais pas du moment où nous nous sommes mis au lit, j'ai … Ah, je ne sais pas quoi en penser, mon cerveau me joue des tours ! Désolée …

Il l'observa et l'écouta parler. En effet, elle n'avait pas l'air de savoir vraiment de quoi elle parlait. Elle était mignonne quand elle cherchait ses mots et qu'elle farfouillait au fond de sa mémoire, avec cette petite veine qui prenait naissance sur son front … Il baissa les yeux jusqu'à sa poitrine, contemplant son corps et sa silhouette harmonieuse. Elle surprit son regard déplacé et le mit en garde, les poings sur les hanches.

-Castle …

Il releva ses prunelles curieuses vers elle et lui demanda pardon d'un air penaud. Mais la zone d'ombre n'était pas totalement éclairée. Il voulait connaître le fin mot de l'histoire.

-Pourquoi m'as-tu menti alors ?

Que pouvait-elle répondre ? La vérité, oui, tout simplement, mais peut-être qu'il n'aimerait pas l'entendre. En même temps, elle ne pouvait pas lui mentir. Si elle s'ouvrait à lui, il devait l'accepter toute entière ou la repousser totalement. Elle se devait d'être sincère. De lui faire un peu confiance. De le laisser entrer.

-Parce que, sous le coup de l'alcool, je dis et je fais n'importe quoi. Comme ce souvenir est plutôt sombre et que je ne peux y amener aucune réponse, tout s'embrouille dans ma tête et je dis ce qui me parait être le plus plausible et le plus logique, même si ça ne l'est pas, que ce n'est pas la vérité et même si je n'aurais pas aimé que cela arrive vraiment. Je … Je ne ressens rien pour Esposito et je le considère comme mon frère, en quelque sorte.

Elle se tut un instant. Tenta de sonder son âme, d'observer ses réactions. Il lui souriait seulement avec douceur et gentillesse. Parce qu'il aimait qu'elle se confie ainsi à lui. Qu'elle lui laisse une chance, une place, un espoir, qu'elle le permette de tenter de la comprendre. Résoudre l'énigme. Pour cela, elle devait l'aider un petit peu, quand même.

-Et puis … Il y a plein de choses que j'ai certainement dites et faites au cours de cette soirée dont je ne me souviens pas trop. Des moments flous. Je crois que nous avons bien trop bu … Je n'aurais jamais dû …

Il baissa la tête. Elle regrettait le baiser, c'était sûr. Peut-être que, finalement, elle n'était pas aussi prête qu'elle le laissait transparaître ou qu'elle ne le laissait penser …

-Mais je pense me rappeler de l'essentiel … Avoua-t-elle.

Il releva les yeux vers elle, une lueur d'espoir dansant dans ses prunelles claires. Elle s'amusa un instant de la situation et commença à compter doucement sur ses doigts, avec une lenteur exagérée.

-Pour sûr, tout ce que tu m'as raconté à propos de nous est bien inscrit dans mon esprit.

Elle s'approcha un peu plus de lui. De manière presque imperceptible. Un sourire se dessina sur les lèvres de l'écrivain. Un petit sourire en coin, comme il savait qu'elle les aimait.

-Je me rappelle aussi du moment où tu m'as offert ton manuscrit.

Elle était seulement à quelques centimètres de lui à présent. Ses prunelles glissaient lentement jusqu'à ses lèvres pour les fixer intensément.

-D'autres choses, encore. Chuchota-t-elle, mutine. Tu sais, étrangement, l'alcool me permet de m'avouer et d'avouer des choses que, d'ordinaire, je ne révélerai à personne, même pas à moi-même. Je laisse parler mon esprit et mon cœur. Et alors je ne fais pas que des choses de manière inconsciente …

Elle le contempla dans les yeux à nouveau. Les siens étaient clairs, son esprit tout autant. Et elle sentit, au travers du regard qu'ils échangèrent alors, que c'était la même chose pour lui.

Elle s'approcha encore un peu. Pour être au plus près. Elle se mit sur la pointe des pieds. A peine, parce qu'avec ses talons, ils faisaient presque la même taille.

Il l'attendit. Il la laissa faire. Il souriait simplement, patientant comme il savait si bien le faire. Il fit glisser ses doigts le long de ses bras, effleurant sa chair brûlante. Elle frissonna. Il le sentit et vint placer ses mains légères de part et d'autre de son visage. Elle combla l'espace entre leurs lèvres pour déposer les siennes sur celles de l'écrivain.

Une sensation exquise. Le bonheur à l'état pur. Le désir aussi. Ce mélange, sa fragrance à la cerise avec son eau de parfum masculine. Le goût du café, qu'ils cueillirent sur la bouche l'un de l'autre. Ils en profitèrent, sans se précipiter. Parce que le temps avait finalement décidé de leur donner une chance. Et ils n'allaient pas la lâcher de sitôt.


Voilà voilà, j'espère que j'aurais su être à la hauteur de vos attentes ! ;) N'oubliez pas de laisser un commentaire et donnez-moi des idées pour la suite, la panne sèche arrive à grands pas, tout comme la fin de cette fiction d'ailleurs ! :)