Et violà la suite! Au fait, pour ceux et celles qui se posaient la question, c'est décidé maintenant, Kyle Vaisey et Malcolm Baddock feront de nouvelles apparitions dans la fic. (et oui!) En attendant, j'espère que ce chapitre vous plaira!

Chapitre 21 : Destinée

Près de deux semaines s'étaient écoulées depuis la conversation entre Théodore et Vaisey, et l'héritier des Nott se sentait beaucoup mieux. Certes, ses inquiétudes n'avaient pas totalement disparu, mais au moins un léger sentiment de liberté lui permettait de garder le moral. Il garda ses habitudes, mais entreprit tout de même l'élaboration du Polynectar. Tant qu'il ne serait pas fixé, le mieux était de faire profil bas et ne mettre personne en colère.

Néanmoins, préparer un chaudron de Polynectar dans son propre dortoir était tout sauf agréable, comme le faisait si bien remarquer Blaise en poussant des jurons à chaque fois qu'il entrait dans la chambre. Il y avait de quoi : dans cette petite pièce fermée, sans aucune fenêtre, la fumée de la potion ne manquait pas d'envahir la chambre, sans parler de l'odeur, particulièrement exécrable.

- Z'auriez pas pu voler le chaudron de Slughorn, non ? pesta Blaise un jour.

- Si l'on volait une telle quantité de potion, nos chances de passer inaperçus seraient réduites en bouillie. Expliqua calmement Théodore. Toute l'école saurait que quelque chose se prépare, et tu peux être sûr que certaines personnes doivent déjà nous avoir à l'œil.

La seule réponse de Blaise face à ce constat fut un juron, mais il ne se priva pas de lancer un regard noir à Malefoy, qui l'ignora superbement. Tous savaient que Potter était au courant pour la « mission », et cela les rendait d'une humeur exécrable.

Et le temps passa, et si Théodore réussissait malgré tout à garder le moral, il était épuisé. En plus des cours et de la pile de devoirs qu'il avait, il se devait de passer plusieurs heures par jour à surveiller la potion, et il se trouva bien vite forcé d'empiéter sur son temps de sommeil. Au début, il ne vit pas vraiment la différence, mais la fatigue finit par le rattraper, bien vite remplacée par un état d'épuisement total. S'il avait eu un minimum de bon sens, Théodore aurait sans doute demandé à Justin de mettre un terme à leurs rencontres du samedi après-midi pour récupérer. Ils étaient en avance sur l'exposé, et Théodore était sûr que le Poufsouffle ne poserait pas de questions. D'ailleurs, une telle décision aurait sans doute plu à Justin, qui aurait bien aimé passer ses samedis à faire autre chose que de l'histoire, et qui s'était rendu compte que son compagnon n'était pas vraiment en forme. Néanmoins, la fierté du Serpentard lui interdisait de baisser les bras, et le résultat était que Théodore avait de plus en plus de mal à se concentrer sur ce qu'il faisait.

Le dimanche matin, il fut réveillé par Blaise qui le secouait violemment.

- Debout ! Tu vas louper le p'tit-déj' !

Théodore poussa un faible grognement en guise de réponse, et se réfugia sous son oreiller. Blaise soupira.

- Nott, il est déjà dix heures et quart : dans un quart d'heure ils vont enlever les plats et t'auras rien !

Encore un grognement.

- Bon d'accord, soupira Blaise, j'y retourne et je te garde un morceau de pain !

- Non, je me lève.

Blaise sourit. Il savait que Théodore aurait préféré se jeter du haut de la tour d'astronomie plutôt que dépendre de quelqu'un d'autre… ne serait-ce que pour avoir un bout de pain…

- C'est agréable de voir que dans la vie certaines choses sont prévisibles ! se moqua Blaise.

- La ferme… grogna Théodore en baillant.

- Pff… Franchement Nott, tu exagères… se plaignit Malefoy. Nous, nous sommes descendus manger il y a plus d'une heure. Que tu sois paresseux ne regarde que toi, alors évite de nous forcer à revenir jusqu'ici pour s'assurer que tu ne rates pas le repas.

- Si tu y tiens tant que ça, alors tu n'as qu'à te faire ta potion toi-même ! rétorqua Théodore, furieux.

Il y eut un silence tendu, et Blaise, qui se trouvait entre Théodore et Drago, se hâta de se mettre à l'abri.

- C'est pour toi que je fais cette potion, Malefoy ! Pour toi que je ne dors plus depuis deux semaines ! Non seulement je m'épuise, mais aussi je risque ma vie en faisant cela ! Alors soit tu te débrouilles tout seul, soit tu la fermes !

Malefoy encaissa le coup, et lança un regard sombre à Théodore. Il était rare qu'ils se disputent, mais Drago ne savait que trop bien que si la situation dégénérait, il se ferait écraser. Et ce n'était pas la présence de Crabbe et Goyle qui allait le rassurer. Ces derniers étaient d'ailleurs mal-à-l'aise, et ce pour cause : Drago Malefoy et Théodore Nott étaient égaux, que ce soit au niveau de la pureté du sang, du prestige de la famille et de la fortune. Attaquer des élèves plus jeunes ou d'autres maisons ne leur posait pas de problème, mais là, tout était très différent. De plus, il y avait une grande différence entre l'héritier des Nott et Drago : Théodore était beaucoup plus puissant, et savait très bien se servir de cette puissance. Tandis que Malefoy avait eu une vie facile et gâtée, Théodore avait était formé au combat pour devenir un sorcier de haut niveau, digne des hautes sphères des mangemorts.

Pendant quelques instants, les deux sorciers se foudroyèrent du regard, puis Malefoy tourna les talons et se retira, suivi de près par ses deux compagnons, laissant Blaise et Théodore seuls dans le dortoir imprégné d'une fumée sombre. Blaise poussa un soupir de soulagement en constatant que la catastrophe avait été évitée.

Théodore lui aussi soupira, mais ce fut un soupir d'agacement. Il se leva à contrecoeur et s'habilla. Il avait mal à la tête et sa vision devint floue pendant quelques secondes. Il fut forcé de s'asseoir à nouveau sur son lit.

- Dis-moi, ça fait combien de temps que tu n'as pas dormi ? demanda Blaise au bout d'un moment.

- Ca fait deux semaines que je ne dors pas plus de trois heures par nuit… répondit Théodore.

- Quoi ? Pas étonnant que tu sois dans cet état ! Au lieu de faire le fier tu aurais dû nous le dire ! Crabbe et Goyle sont nuls en potions, certes, mais Malefoy et moi avons un niveau convenable : nous aurions pu t'aider !

- Non. Pour faire du Polynectar, il ne faut pas se contenter d'un niveau convenable, à la moindre erreur tout est fichu !

- Soit, c'est à toi de voir, mais tu ne crois pas que tu y passes un peu trop de temps ? Tu peux te permettre de dormir un peu plus, non ? La potion ne va pas exploser au milieu de la nuit !

- La potion n'est pas le seul problème…

- Alors il est où le problème ? s'impatienta Blaise.

- Les elfes de maison.

- Hein ?

- C'est eux qui font le ménage : s'ils découvrent la potion, on est fichus.

- Mince, j'y avais pas pensé.

- Et comme je doute que vous soyez capables de modifier les souvenirs d'un elfe de maison de manière efficace sans vous faire laminer, je prends les devants.

- Attends, tu es en train de me dire que tu es capable de modifier la mémoire d'un elfe de maison ? Mais ces créatures possèdent des pouvoirs magiques hors norme !

- Je sais, mais j'ai trouvé un moyen efficace de les rendre inoffensifs.

- Qui est… ?

- Un secret.

- T'es généreux au niveau des connaissances, toi…

- Et fier de l'être. Sourit Théodore.

L'ambiance s'était détendue, et Blaise se permit un faible sourire.

- Bon, dit-il, je sais que quand tu as une idée en tête, pas moyen de te faire changer d'avis. Pour empirer les choses, tu détestes perdre et ne demandes jamais de l'aide. Mais n'oublies pas une chose : le corps humain a ses limites, alors ne pousses pas le bouchon trop loin.

- Je m'en souviendrai. Répondit Théodore.

Blaise jeta un coup d'œil à sa montre.

- Dix heures et demie, annonça-t-il. Tu vas devoir attendre jusqu'au déjeuner.

- C'est pas grave, j'ai pas vraiment faim.

- A toi de voir ! Bon je te laisse, maintenant : j'ai rendez-vous avec une fille.

Théodore acquiesça et le laissa partir. Cependant, avant de quitter la pièce, Blaise se retourna.

- Au fait : joyeux anniversaire !

Puis il quitta le dortoir. Théodore mit un certain temps avant d'assimiler ces paroles, puis leur sens fit son effet. C'est vrai ! Aujourd'hui c'est le 21 novembre ! Je suis majeur ! Théodore médita quelque temps sur cette nouvelle, ainsi que sur les changements que cela apporterait à sa vie. A dix-sept ans, il était désormais un adulte dans le monde sorcier, indépendant sur le plan juridique, fiscal, et aussi autorisé à pratiquer la magie en dehors de Poudlard. Mais les avantages n'étaient pas les seuls « cadeaux » de la majorité. Maintenant, le Ministère pourrait réclamer son dû avec plus de force, ainsi que l'expulser du manoir Nott, sans que personne ne puisse dire « ce n'est pas encore un adulte ». Théodore était d'ailleurs sûr que si le Ministère lui avait accordé un délai supplémentaire pour le payement de sa dette, c'était parce qu'il ne voulaient pas avoir à se justifier de jeter un mineur à la rue. Désormais, personne ne leur mettrait des bâtons dans les roues.

Mais il y avait un autre problème, et de taille : Voldemort. Théodore n'était peut-être pas encore diplômé, mais il avait atteint l'âge où le Seigneur des Ténèbres recrutait ses fidèles. Théodore frissonna. Son anniversaire, loin de le mettre de bonne humeur, ne faisait que le rapprocher un peu plus de son destin, qui lui déplaisait de plus en plus.

Il n'eut pas le temps d'approfondir ses réflexions, car la porte du dortoir s'ouvrit d'un coup, laissant entrer Tracey.

- Joyeux anniversaire, Théodore !

Théodore s'efforça de retrouver le sourire en la voyant. Ce fut plus facile qu'il ne l'avait prévu, et le fait que Tracey se soit déplacée pour lui devait certainement y être pour quelque chose.

- Alors, qu'est-ce que ça fait d'être un adulte ? demanda-t-elle en s'asseyant à ses côtés sur le lit.

- C'est bizarre… Je suis resté le même et pourtant j'ai l'impression que ma vie va bientôt basculer…

Tracey approuva d'un signe de tête, et il sut alors qu'elle avait compris le véritable sens de cette phrase.

- Quand on devient adulte, on a plus de liberté, mais l'on doit aussi assumer les conséquences de nos actes. C'est une grande responsabilité que celle de choisir notre vie…

Théodore aurait voulu répondre « Quand on peut choisir… », mais préféra se taire. Il vit alors Tracey sortir un petit emballage de sa poche.

- Tiens, c'est pour toi !

- Tracey ! Mais… il ne fallait pas…

- Oh que si ! Ce n'est pas tous les jours qu'on a dix-sept ans ! Allez prends-le !

Et sans attendre que Théodore ne fasse le moindre geste, elle lui mit le paquet dans les mains. Le jeune sorcier hésita un instant avant de l'ouvrir, puis s'exécuta. Il en resta bouche bée. Il tenait dans sa main un médaillon finement travaillé, représentant un corbeau d'argent aux ailes déployées, incrusté de saphirs et de diamants. Il brillait de mille feux, et semblait animé d'une vie propre. Théodore eut du mal à retenir ses larmes en reconnaissant l'emblème de la famille Nott, qu'il avait dû vendre à un antiquaire peu avant de se rendre à Poudlard.

- Tracey, je…

Il ne put continuer sa phrase, tant il était ému de tenir à nouveau ce médaillon entre ses doigts. Tracey sembla remarquer son émotion, et lui expliqua comment elle avait « récupéré » l'objet.

- Je l'ai trouvé au Chemin de Traverse, dans une boutique de bijoux magiques. Je l'ai tout de suite reconnu. Je me suis dit que ça te ferait plaisir de le récupérer.

- Mais… ça a du te coûter une fortune ! s'exclama Théodore. Tu n'aurais pas du !

- Tutut ! Ne recommences pas avec cette histoire ! Je voulais te faire un beau cadeau, et je crois que pour une fois, j'y suis arrivé ! Alors tu le gardes !

- Mais…

- Et je t'interdis de me rembourser, compris ! C'est un cadeau ! Ce médaillon est l'emblème de ta famille, je tiens à ce que tu le gardes, quoi qu'il arrive !

Théodore baissa la tête, honteux d'avoir vendu l'objet, mais il n'avait pas vraiment eu le choix. Il se perdit dans la contemplation du médaillon et fut surpris lorsque Tracey le lui ôta des mains pour le lui mettre autour du cou. Il sentit le métal froid contre sa peau quand le médaillon passa sous sa chemise, puis son regard se tourna vers Tracey. Il déglutit en constatant à quel point elle était proche de lui, leurs visages pouvaient presque se toucher.

- Ce médaillon fait partie de toi, Théodore. L'emblème des Nott est à la fois ton passé, par le biais de l'héritage qu'il t'a transmis, mais aussi ton futur, par ce que tu feras de lui. Vos destins sont liés.

Il y avait dans sa voix une intensité qu'il ne lui connaissait pas, et pendant un instant, il crut se noyer dans les yeux bleus de la jeune fille, oubliant tout ce qui l'entourait. Il aurait voulu rester ainsi pour l'éternité mais, malheureusement pour lui, Tracey sembla elle aussi se rendre compte que leur proximité était contraire aux règles. Rougissant furieusement, elle revint à sa position initiale, et détourna le regard. Il y eut alors un silence étrange, gêné, qui déplut fortement à Théodore. Il aurait bien aimé y mettre un terme, mais ne savait pas quoi dire. Finalement, il décida d'y aller à l'improvisation.

- Tracey…

Le jeune fille se tourna à nouveau vers lui, et encore une fois, il se sentit aspiré par ses yeux. Il dit alors la seule chose qui lui vint à l'esprit.

- Merci.

Tracey eut un sourire gêné.

- Mais, tu n'as pas à me remercier, voyons. C'est ton anniversaire, et en plus maintenant tu as dix-sept ans. Fallait bien que je te fasse un beau cadeau.

- Ce n'est pas uniquement pour ça que je te remercie…

Tracey parut surprise en entendant ces mots, et Théodore continua tant bien que mal.

- Merci d'être à mes côtés, je ne sais pas comment ni pourquoi, mais le fait de te savoir avec moi me donne la force de me relever quand j'ai perdu espoir.

Tracey rougit encore plus en entendant ça, et Théodore eut l'impression que ses propres joues étaient en flammes. Il ne comprenait pas ce qui lui arrivait. Il se sentait ridicule, et ne savait pas quoi dire. Il ne savait même pas ce qu'il voulait. L'improvisation n'était peut-être pas une si bonne idée après tout…

Heureusement pour lui, ou peut-être malheureusement, la porte du dortoir s'ouvrit à cet instant précis, laissant entrer Pansy.

- Dragoo, tu es là ? Oups !

Elle s'arrêta net en voyant ses deux camarades de classe. Elle ricana.

- Je dérange, peut-être ? dit-elle d'un ton amusé.

Théodore sentit la rage l'envahir, et l'envie d'assommer Pansy le démangea. Mais avant qu'il ne puisse dire quoi que ce soit, une autre fille entra. Théodore reconnut instantanément Morgane Farrell, une élève de septième année, et l'une des rares amies de Tracey.

- Ah, te voilà ! s'exclama-t-elle en remarquant Tracey. Ca fait un bail que je te cherche ! Viens, Viviane et moi avons quelque chose à te montrer !

- Oh ! Heu…

Elle hésita.

- Vas-y. lui dit Théodore. Ne les fais pas attendre.

Tracey eut encore un moment d'hésitation, puis suivit Morgane. Théodore entendit la voix de Viviane Merel leur sommer de se dépêcher. L'héritier des Nott resta alors seul, un seul regard ayant suffi à chasser Pansy, qui de toute évidence ne voulait pas avoir de problèmes avec lui.

Le garçon soupira, frustré. Il était en colère, mais le pire était qu'il ne savait même pas pourquoi. Il en voulait à Pansy et Morgane d'être arrivées. Cela le troublait car, au contraire, il aurait du être ravi d'avoir été tiré de cette situation gênante avec Tracey. Pourtant, il avait l'impression d'avoir été interrompu… mais dans quoi au juste ? Il n'avait pas réfléchi à ce qu'il disait, il avait agî sur l'impulsion du moment, et cela le gênait. Ses paroles étaient incohérentes et il avait l'impression que le fait de ne pas calculer ses mots l'avait rendu plus vulnérable que jamais…

Par réflexe, il porta la main à son médaillon. Un faible sourire éclaira son visage. Le cadeau de Tracey l'avait rendu plus heureux qu'il ne l'avait avoué, et il avait l'étrange impression qu'on venait de lui rendre une partie de lui-même. Plus jamais il ne se séparerait de ce médaillon, plus jamais…

Son regard se posa sur le corbeau, dont les yeux de saphir semblaient le fixer avec dignité. Les paroles de Tracey lui revinrent en mémoire, et il se dit qu'elle avait peut-être raison. Ce médaillon incarnait les valeurs de la famille Nott depuis des générations, il incarnait la pérennité de la famille. Théodore sourit. Bientôt, lui aussi laisserait à cet emblème quelque chose qui se transmettrait au fil des générations, une partie de lui y vivrait éternellement, tout comme ses ancêtres qui avaient tous porté une pièce à l'édifice.

Finalement, peut-être que ce médaillon, c'était lui, ou tout du moins une partie de lui… Cet objet incarnait sa destinée, car il représentait son passé, il l'accompagnait dans le présent, et dans le futur il deviendrait ce que Théodore en ferait : étincelant de gloire ou sombrant dans les ténèbres.