Salut tout le monde !
Encore désolée pour la fin un peu sur le fil du chapitre précédent mais, il faut bien garder un peu de suspens... Voici donc la suite et fin de notre excursion dans le District 6.
Je vous souhaite une très bonne lecture... intense !
A très vite
Chapitre 21
Combien de temps s'écoule-t-il ? Des minutes, des secondes, des heures ? Je l'ignore. J'ai perdu toute notion du temps…
Une étrange et mortelle torpeur nous enlace et nous pousse à dormir les uns contre les autres, à oublier, à cesser de nous battre.
Mais, à chaque fois que ma tête tombe sur ma poitrine, je me force à me réveiller. Je lutte encore.
Je secoue Peeta et me penche vers Shayne pour vérifier que son souffle soulève encore sa poitrine. Ils vivent toujours. Ils s'accrochent.
Et moi aussi ! Je dois tenir le coup !
Mais, cela devient de plus en plus difficile. Et la tentation est à chaque seconde plus forte de lâcher prise. Il serait si doux de céder et de s'endormir, d'oublier la souffrance de mes membres que je ne contrôle plus. Je ne peux déjà plus bouger mes mains. Mes articulations sont raides comme du bois. Le sang a gelé sur ma peau, collant une pâte raide et poisseuse à mes cheveux.
Je bouscule Peeta mais, cette fois, il ne me répond plus. Paniquée, je lève la tête vers lui : il est blanc comme un linge, immobile. Des cristaux de glace se sont formés sur ces cils et dans ses cheveux. Un faible souffle s'échappe encore de ses lèvres. Il a les yeux clos.
— Peeta ! Réveille-toi ! Je t'en supplie ! Peeta ! Ne fais pas ça ! Ne me laisse pas… Peeta…
Il ne bouge pas. Je le secoue encore, mais de plus en plus faiblement. Je n'ai plus la force. Je commence à comprendre que j'ai perdu ce combat.
S'il meurt, à quoi bon vivre ?
Alors, je me laisse aller.
Une lumière blanche danse soudain devant mes yeux. Son halo brillant perce les ténèbres glacées qui m'entourent.
Est-ce que c'est ça le Paradis ?
Mais, la clarté se rapproche trop vite, elle est trop violente pour mes yeux fatigués, elle m'aveugle, me brûle presque.
Arrêtez ! Arrêtez ! Je ne veux pas ! Je ne suis pas encore prête…
Voilà ce que je voudrais crier mais aucun son ne franchit mes lèvres.
Pourtant, une voix fait son chemin jusqu'à moi, à travers le brouillard givré où je dérive. Elle répète quelque chose avec insistance.
Katniss… Katniss…
C'est mon nom je crois…
Au prix d'un effort surhumain, je soulève mes paupières et je découvre un visage, flou, déformé par mes yeux épuisés. Mais je le reconnais : c'est Boggs.
Il est donc mort lui aussi…
A cette idée, je suis attristée, bien plus que je l'aurais imaginée.
Mais, j'entends d'autres choses, d'autres voix qui s'interpellent en arrière-plan. Je ressens l'urgence de ces cris autour de moi. Et je me force à regarder encore. A comprendre ce qu'il se passe.
On me soulève de terre et je réalise enfin que la lueur qui m'aveugle depuis tout à l'heure est celle d'une torche qu'on me braque dans la figure. Je suis dans les bras de Boggs.
— Tout va bien Katniss, on est là, on s'occupe de toi, me dit-il d'une voix rassurante.
Je veux hocher la tête, m'enquérir du sort de mes amis mais je n'ai plus la force.
Je sombre dans le noir, avalée par des ténèbres encore plus denses que le froid.
Je me réveille dans la chaleur d'un lit. En ouvrant les yeux, je vois d'abord la chambre de ma mère puis le visage de Cinna qui veille sur moi, assis sur une chaise.
— Bonjour, toi… me murmure-t-il, avec un soulagement évident.
Je cligne doucement des yeux pour m'habituer à l'idée que je suis toujours vivante.
Puis, j'essaie de me redresser mais Cinna se précipite. Il cale un oreiller dans mon dos et rajuste mes couvertures sur ma poitrine.
— Comment te sens-tu ? me demande-t-il.
Je voudrais lui répondre mais, je ne sais pas. J'ai l'impression d'être passée sous un camion.
Le souvenir de mes doigts bleus me revient en mémoire et j'ai peur tout à coup. Je respire profondément avant d'oser regarder mes mains. Ma crainte se vérifie lorsque je les découvre, entièrement emmaillotées dans des bandages. Je gémis de terreur mais Cinna me rassure aussitôt :
— Non, non ! Katniss ! Ne t'affole pas, tout va bien ! Ta sœur a pris grand soin de toi. Elle a laissé tremper tes doigts dans de l'eau tiède pendant des heures pour dégeler les tissus en douceur. Tu dois encore subir des soins, mais d'après elle, tu es en bonne voie de guérison. Elle t'a bandée uniquement pour que tu évites de te blesser dans ton sommeil.
— J'ai dormi longtemps ?
— Deux jours entiers.
—Je suis vivante grâce à toi, je crois…
Cinna secoue la tête et sourit :
— Ce serait me faire bien trop d'honneurs, Katniss… Disons que nous avons fait des modifications dans ta tenue de combat au moment opportun…
— Oui, sans doute…
J'ai du mal à me concentrer sur notre conversation. Une question lancinante se répète, incessante, dans ma tête.
Où est Peeta ?
Mais je n'ose pas prononcer les mots qui me brûlent les lèvres. J'ai bien trop peur d'entendre la réponse.
Cinna ajoute :
— J'ai convaincue ta petite sœur d'aller déjeuner il y a déjà une demi-heure. La connaissant, elle ne va tarder à revenir. Elle va être ravie de voir que tu t'es enfin réveillée !
Je hoche doucement la tête et le fixe droit dans les yeux.
Je sais qu'il comprend ce que mon silence insistant lui demande.
Alors qu'il s'avance, tout près de moi, j'ai un mouvement de recul instinctif. Ce n'est jamais bon signe quand quelqu'un veut être près de vous pour vous annoncer quelque chose… Mes yeux se remplissent de larmes d'appréhension et un sanglot s'étrangle dans ma gorge. Il pose une main rassurante sur mon bras et déclare :
— Katniss, nous avons pris le District 6. La base aérienne est tombée entre nos mains, grâce à toi…
Je sursaute.
— Quoi ? Mais, comment est-ce possible ? Nous étions pris au piège… Tout était perdu…
— Oui, mais tu as eu le réflexe de protéger Cressida lors de l'affrontement et c'est elle qui vous a sauvés par la suite. Elle est parvenue à sortir des bâtiments et à se mettre à l'abri. Une fois en sécurité, elle a contacté Beetee et lui a expliqué exactement ce qu'il venait de se passer. Coin et Plutarch ont immédiatement envoyé des renforts par hovercrafts. Nous avons jeté tous nos avions et tous nos hommes dans la bataille. Je ne vais pas te cacher que nos pertes ont été très lourdes mais, au bout de plusieurs heures de combats acharnés, nos équipes ont réussi à neutraliser tous les Pacificateurs et à prendre possession de la base. Cressida a même filmé les prisonniers qui défilaient entre les rangs de soldats du 13 et nous avons diffusé ces images dans tout Panem, le soir même !
— Snow doit en être vert de rage ! m'exclame-je, soulagée.
Cinna me sourit tristement l'euphorie de la victoire cède la place à un autre sentiment : la peur.
— Et les autres ? Finis-je par demander d'une voix tremblotante.
Mon styliste passe sa main mutilée sur son visage, comme s'il cherchait le moyen le plus doux de m'annoncer les mauvaises nouvelles…
Le visage blême de Peeta revient frapper à ma mémoire avec tant de force que j'en ai mal dans la poitrine. Je ne parviens à me l'ôter de la tête.
— Finnick va bien, il devrait passer te voir dans l'après-midi. Il vient tous les jours, dit-il finalement.
Cinna désigne des fleurs sauvages posées dans un vase.
— Il t'en ramène de nouvelles chaque jour.
Mon cœur émet un bref soupir : lui au moins a survécu !
Mais, cette réalité me démontre une nouvelle fois que si Peeta pouvait le faire, ce serait lui qui m'apporterait des fleurs, lui qui aurait été à mon chevet à mon réveil…
Cinna poursuit son récit, en essayant de me préparer au pire, semble-t-il :
— Boggs n'a été que légèrement blessé durant la prise de la tour de contrôle. Il est sorti de l'infirmerie le soir même. Quant à Shayne, il est encore dans le coma. Son pronostic vital est engagé mais, les médecins restent optimistes. Ils disent que vous lui avez probablement sauvé la vie…
— Et Peeta ?
Ma voix n'est qu'un souffle.
Mais, même si c'est dur, je dois l'entendre.
Parce qu'à cette seconde, je ne peux pas croire qu'il ne soit plus. J'ai l'impression que je le sentirais, tout au fond de moi. Que s'il ne respirait plus le même air que moi, mon cœur le saurait…
— Peeta est très malade, Katniss… Il était dans le coma quand Boggs vous a sortis de la chambre froide. Et il a déclenché une forte fièvre lorsqu'on vous a rapatriés. Il tousse beaucoup. Les médecins craignent qu'il ne fasse une pneumonie. Et pour l'instant les médicaments ne semblent pas avoir d'effet…
Mais, à ces mots, je n'entends qu'une seule chose : malgré la gravité de son état, il est en vie !
— Peeta est vivant !
Je cache mon visage dans mes mains bandées pour dissimuler le flot d'émotions qui m'envahit : soulagement, joie, inquiétude, amour…
Mais, Cinna m'interrompt en posant sa paume sur mon genou et m'oblige à le regarder. Je lui jette un regard un peu perdu, mouillé de larmes mais, lorsque j'entends ces derniers mots, prononcés d'une voix grave, mon cœur rate un battement :
— Katniss, Haymitch ne s'en est pas sorti.
— Qu… Quoi ?
— Il est mort, Katniss. Je suis désolé…
Ces paroles, je ne les comprends que trop bien mais je refuse de les croire.
Haymitch… Impossible !
Je le revois lorsque nous avons franchi le grillage ensemble. Je peux me rappeler ses yeux pétillants, ses cheveux trop longs, le son de sa voix.
Nous nous sommes toujours comportés comme chien et chat tous les deux mais, il est mon ami. Mon mentor. Celui qui nous ramené des Hunger Games. Celui qui m'a envoyé un baume pour mes brûlures quand j'ai cru mourir de douleur après l'incendie et de quoi manger quand nous mourrions de faim dans l'arène.
Je ne peux pas croire qu'il ne soit plus là… Pas après tout ce que nous avons traversé.
— Comment… ?
La question me semble idiote mais c'est la seule qui me vienne à l'esprit sur le moment.
Cinna est sur le point de me répondre lorsque Prim poussa la porte, croquant à belles dents une pomme verte. Elle ouvre de grands yeux étonnés en me voyant assise dans mon lit et, sans attendre, se précipite vers moi et m'enlace.
J'efface rapidement les traces de larmes sur mes joues et me compose un visage de circonstances.
Par-dessus l'épaule de ma sœur, je vois Cinna se lever et je peux lire sur ses lèvres : « Finnick ».
Oui, c'est logique. Ils étaient ensemble dans la tour. Finnick saura me dire ce qu'il s'est passé, mieux que Cinna. Et je ne veux pas attrister Prim davantage en parlant de ça devant elle.
— Je vais vous laisser, vous avez sûrement des tas de choses à vous raconter, les filles, ajoute Cinna à voix haute cette fois.
Prim hoche la tête et le remercie d'être resté près de moi en son absence.
— Ça m'a fait plaisir, Primerose. Je repasserai prendre de tes nouvelles ce soir, Katniss. Repose-toi…
Cinna quitte la chambre et me laisse seule avec ma petite sœur.
— Je suis tellement heureuse que tu ailles mieux ! Je me suis tellement inquiétée, tu sais !
— Mes mains…
— Elles vont bien, rassure-toi. D'ailleurs, je vais changer ton pansement et te refaire un soin. Le fait que tu sois consciente va me permettre de vérifier la sensibilité de tes doigts.
Je souris, malgré mon chagrin.
— Eh bien, tu parles comme un vrai médecin ma parole !
Elle rougit timidement et me confie :
— On m'a proposé de commencer à étudier sérieusement la médecine justement. Un des médecins du 13 m'a prise sous son aile et j'adore ça ! Il dit que je suis prometteuse !
Tout en racontant ça, Prim défait mon bandage et je découvre enfin les dégâts infligés par le froid à mes phalanges. Ma peau est violacée, pleine d'ecchymoses aussi et j'ai des crevasses sur presque toutes les pliures. Les lambeaux de chair blêmes au bout de mes doigts me paraissent bien mal en point.
Prim m'examine soigneusement mais ne semble pas inquiète outre mesure. Elle va remplir une bassine d'eau à la cuisine et revient tranquillement. Elle plonge lentement mes doigts dans le liquide tiède. La douleur est immédiate. Elle irradie de mes nerfs comme si le contact me brûlait. Instinctivement, je retire précipitamment ma main du récipient. Prim arrête mon geste et me dit avec un sourire encourageant :
— Je sais que c'est pénible mais, c'est très bon signe, Katniss. Cela signifie que tes terminaisons nerveuses sont intactes. Essaie encore, petit à petit… S'il te plaît…
Je lui obéis et m'oblige à replonger mes mains dans l'eau, les ressortant quelques instants lorsque la douleur est trop vive.
Prim vaque en silence à la cuisine tandis que je subis cette curieuse séance de torture médicalisée.
Le problème, c'est que mes pensées se mettent immédiatement à dériver et à repenser à Peeta et à Haymitch. J'essaie en vain de comprendre ce qui a pu mal tourner. Pourquoi notre opération a viré à la catastrophe. Bien sûr, nous en sommes sortis victorieux, mais, à quel prix ! Celui d'un bain de sang dans les deux camps, très probablement !
Jusqu'ici, tout c'était tellement bien déroulé que j'en étais arrivée à me croire invulnérable. Presque immortelle. Dans mon désir aveugle de vengeance, j'en avais oublié qu'on ne gagne pas une guerre sans perdre des combattants.
Je crois que je n'étais simplement pas préparée à la mort de l'un des nôtres.
Le plus étrange, c'est que, tant que nous étions dans l'arène, nous avions tous en permanence cette menace à l'esprit, presque comme une évidence, inéluctable et fatidique.
Mais, une fois en dehors, je crois qu'innocemment, j'ai cru que nous nous en étions sortis et que plus rien ne pourrait nous atteindre.
L'émotion me prend à la gorge et brûle mes yeux. J'ai envie de me recroqueviller sur moi-même et de m'endormir pour oublier le sang, les larmes et la mort.
J'abandonne la bassine par terre et me laisse glisser au fond du lit, me roulant en boule sous les couvertures.
Prim s'en aperçoit. Elle vient déposer un petit baiser sur mon front et me murmure :
— Je te laisse dormir. Je repasse dans un moment. Je vais donner de tes nouvelles aux autres. Plutarch n'a pas arrêté de me questionner à ton sujet depuis deux jours. Je vais enfin avoir quelque chose à lui répondre !
— Prim ?
— Oui ?
— Est-ce que tu as vu Peeta ?
— Oui… Ce matin… Cinna t'a dit, alors ?
Je ne réponds rien alors, elle ajoute :
— Il dormait. Il lutte de toutes ses forces, tu sais ! Mais, il a encore beaucoup de fièvre. Plus de quarante… Hier, il t'a appelée dans son délire. Il semblait terrifié. Alors, je lui ai pris la main et il s'est calmé…
— Est-ce que je peux le voir ?
— Tu es encore trop faible, Katniss. Tu dois te reposer un peu d'abord. Demain, peut-être, si tu te sens mieux…
Je hoche la tête. C'est vrai que je ne tiendrais même pas debout aujourd'hui…
— Est-ce que tu pourrais… y retourner pour moi… ? Lui dire que je pense à lui…
Prim me sourit et acquiesce.
— Promis !
Elle sort en silence et, à peine la porte s'est-elle refermée sur elle que je donne libre cours à mes larmes.
Je pleure longtemps, jusqu'à ce que mes côtes me fassent mal à force de sanglots.
Jusqu'à tarir toutes mes larmes.
Jusqu'à m'endormir, épuisée, en rêvant de corps ensanglantés et de visages blêmes, grelottante comme si je reposais au fond d'un cercueil de glace.
A suivre...
