21 – Imprégnation

A mon réveil, je crus que ma tête allait exploser. J'avais une horrible barre entre les yeux et j'avais la sensation d'étouffer. Je levais la tête du coussin qui me faisait suffoquer et je rejetais la lourde couette sur le coté. Je regardais tout autour de moi sans comprendre. Qu'est-ce que je faisais ici ? Ou étaient les autres ? Mon regard embrumé se posa sur le désordre de la pièce. Un vase explosé, une coiffeuse et une colonne renversée… Quelques bribes de souvenirs me revinrent en mémoire, mais ce n'est qu'en voyant le plateau doré posé sur la table de chevet que je réalisai le contenu de ma nuit. Bon sang, avec Jacob nous avions bu… Nous nous étions marrés comme pas possible. Ho mon dieu !!! Nous nous étions embrassés aussi, mais ça c'était bien avant… Pourquoi y avait-t-il des lambeaux de vêtements de partout ?! Ha oui c'est vrai… HO ! Mais Ryan était venu aussi ! Non ? Non… Impossible, ces deux là ne pouvaient pas se sentir, j'avais du faire un rêve vraiment débile. Mais tout à coup, le beu blond émergea du salon avec une mine de déterré et je poussai une exclamation de surprise en ouvrant de grands yeux. Ses si beaux cheveux blonds étaient en bataille et ses yeux turquoise semblaient ternes.

- Ryan ?! Mais qu'est-ce que… Commençai-je.

Il ne réagit même pas à ma surprise et se laissa tomber sur le lit, complètement mort.

- Achève-moi. Marmonna-t-il dans l'oreiller.

Je ne comprenais rien de ce qu'il se passait, c'était affreux, mais j'étais bien trop mal pour forcer ma malheureuse tête à comprendre. Je me laissais tomber à coté de lui et lui caressais les cheveux distraitement.

- Je ne me souviens de rien, qu'est-ce que tu fiches ici ? Soufflais-je.

- On fêtait notre libération…

J'arquai un sourcil fatigué et il tourna son beau visage vers moi. Il étira un sourire plein de bêtise.

- Mais si rappelle-toi… Tu m'as sauté dessus en m'avouant que j'étais le plus bel homme de la terre, que tu ne voyais pas ta vie sans moi. Et après ça a été très torride, mais je ne passe les détails.

- Ben voyons ! Souris-je en coin en lui tapant le front.

- J'aurais eu le mérite d'avoir essayé. Se moqua-t-il en croisant les bras sous son menton.

Nous reprîmes notre sérieux et nous nous contemplâmes sans un mot, intensément.

- Je suis heureux pour vous. Reprit-il doucement.

Mes joues s'empourprèrent et j'acquiesçai discrètement. Je ne sais pas ce qu'il avait vu ou entendu hier, mais j'espérais ne pas avoir été trop exubérante. Il sortit une main de sous sa tête et vint me pincer le nez, comme nous le faisions avant. C'était sa manière à lui de dérider une situation trop chargée en sérieux ou en émotions.

- Il t'aime vraiment beaucoup tu sais ? Même complètement bourré il titubait jusqu'à la chambre pour te regarder.

Je me mordis la lèvre, émue. J'aurais aimé me souvenir de la nuit dernière. Je me demandais ce qu'il s'était passé pendant que je dormais… Il resta silencieux un moment, sérieux, puis un sourire amusé dessina ses lèvres. Il caressa ma joue doucement.

- Tu sais que je t'aime gamine ?

- Je sais. Souris-je en posant ma main sur la sienne. Et je t'aime aussi vilain Ruscov qui cherche les embrouilles.

Il leva le menton fièrement et me lança une phrase en Roumain qui devait sûrement être très patriotique. Les intonations rudes et si étrangères étaient fascinantes. On y reconnaissant les pointes d'accents quand il parlait Anglais. Il soupira puis reprit son air normal (donc malicieux et craquant).

- Nous avons quelques jours de répits maintenant, mais il va falloir se serrer les coudes plus tard. Reprit-il.

- Tu penses que nous risquons encore quelque chose ? Je croyais qu'ils te craignaient comme la peste toi et ma mère réunis. Continuai-je avec une mine penaude.

Il ne répondit pas mais son regard azur se voila. Ses doigts tapotèrent sur ma joue distraitement pendant qu'il semblait se perdre dans ses pensées. Un marmonnement fatigué nous vint du salon et je reconnus le souffle endormi de Jacob. Je reposai mes yeux dans ceux de mon ami avec un sourire suspicieux.

- J'ai du mal à croire que vous vous entendiez bien tout les deux… Qu'est-ce que tu lui as fait hein ?! Avoue.

Ma remarque fit pétiller ses yeux et il rit de bon cœur.

- Ce n'est pas par hasard que j'ai débarqué hier soir tu sais, j'avais une arrière pensée. (Je fronçais les sourcils) Ne te méprends pas ! Éclata-t-il de rire. Tu sais j'aime beaucoup ta famille, vraiment beaucoup, et j'ai dans l'espoir de l'intégrer. Il était donc raisonnable de pactiser avec le loup (Je fis une moue en travers et il roula des yeux) Je l'aime bien c'est vrai, on a bien rigolé hier, j'ai bien sûr profité qu'il soit saoul pour enterrer la hache de guerre.

- Très drôle ! Sifflai-je.

- Allez princesse, tu sais comment je suis. L'alcool nous sauve de situations bien embarrassantes. Et puis j'ai appris beaucoup de choses très intéressantes. (Il appuya bien sur le intéressant ) Quoi qu'il en soit il a intérêt à bien s'occuper de toi, parce que sinon je lui casse la tête. Ha et au fait, si jamais il n'est pas satisfaisant dans certains domaines, n'hésite pas à frapper à ma porte !

Je lui envoyai le coussin sur la tronche et il s'extirpa du lit en se marrant. Il me fit une courbette théâtrale mais il lui fallu se retenir au mur. Il se reprit en levant le menton, ni vu ni connu, et j'éclatai de rire avant qu'il ne m'envoie un clin d'œil et ne quitte la suite. Je me passai une main dans les cheveux en soupirant. Quelle triste mine je devais avoir… Je me redressai et quittai la chambre pour chercher Jacob. Au passage, je manquai de tomber sur deux bouteilles de champagne vides. Je le vis alors, affalé sur le sofa les cheveux en bataille. Je posai une main devant ma bouche en riant doucement. Il était si innocent comme ça, il ne me rappelait plus le loup ni l'Indien imposant sûr de lui et confiant. Il était le Jacob adolescent qu'il aurait dû être sous ses airs de vingt-cinq ans. Je contournai le sofa et m'agenouillai devant lui. Je lui caressai les cheveux en gloussant et il ouvrit un œil aussi rouge que ceux des Volturis. Le pauvre…

- Je suis mort ? Marmonna-t-il d'une voix si rauque qu'elle me rappela celle de Sam.

- Pas encore non. Répondis-je avec amusement en grimpant sur lui pour me glisser entre son corps et le dossier du sofa.

Le coin était chauffé c'était très agréable, comme un cocon. Il pivota pour me serrer et fourra son visage fatigué dans le creux de mon épaule. Ses souffles chauds étaient un délice. J'entourai sa tête de mes bras en chantonnant doucement, le laissant se réveiller lentement, car ces six dernières années à dormir avec lui m'avaient bien habitué à sa difficulté à se lever… Sans compter la courte nuit qu'il avait eue. D'ailleurs en parlant de ça, quelle heure était-il ? La lumière était très vive… J'aurai penché pour un midi. Jacob bailla contre ma nuque puis releva le menton pour me regarder.

- C'est vraiment bizarre.

- Qu'est-ce qui est bizarre ?

- Que tu sois si grande. J'ai l'impression que c'est toi qui me protège de tes bras maintenant. Sourit-il.

Je lui rendis son sourire et embrassai tendrement ses lèvres, dans un geste lent et doux. Il écarquilla les yeux et se raidit. Je reculai, étonnée. Il se reprit en me serrant contre lui et en frottant son nez contre le mien, comme pour rattraper sa mine tendue.

- Pardon… Je ne suis pas encore habitué. C'est tellement merveilleux que je croyais même que j'avais rêvé tout ça.

- Ho ? Et que se passait-il dans ton rêve ? Murmurai-je avec amusement.

Son regard aussi noir que l'encre pétilla, et cette étincelle me donna l'envie irrésistible de l'embrasser encore et encore.

- Dans mon rêve nous étions à Forks, à la villa blanche, et tout le monde était présent. Il y avait les Cullens, la meute, Billy, Charlie… (J'arquai un sourcil) Mouais et le Roumain aussi. C'était Noël, la neige recouvrait tout et il faisait bon dans le salon. Alice avait encore trop décoré la maison et on ne pouvait presque pas circuler. Après que j'aie engloutis la plupart du festin à moi tout seul, nous nous serions jetés sur les cadeaux. Tu aurais ouvert ceux de ta famille, puis tu aurais posé tes superbes yeux sur une petite boite rectangulaire avec un emballage fait maison et beaucoup moins luxueux que le reste des cadeaux.

Il fit une courte pose et remua pour dégager son bras. Tout le long de son histoire, j'avais bu ses paroles, en imaginant chaque détail, chaque visage, comme si nous n'avions jamais été enlevés et que cette journée avait bien eu lieu. Il farfouilla difficilement dans la poche de son jean et en sortit une boite rectangulaire au papier sombre chiffonné. Je poussai une petite exclamation en la lui prenant avec envie. Elle était comme je l'avais imaginée. Je la retournais pour la contempler et remarquai les scotchs apparents. C'était tout Jacob ça, ce paquet représentait totalement sa vision des choses, c'était vrai et touchant. Je levai les yeux et il me fit un signe du menton pour que je l'ouvre. Je reposai ma tête contre la sienne et déchirai le papier sous nos regards. La boite était on ne peut plus banale, mais elle sentait bon. Elle sentait la réserve. Je l'ouvris et je posai une main devant ma bouche en ouvrant de larges yeux. Le collier… C'était le collier de la mère de Jacob. Un collier très fin en argent, presque un fil, constitué d'un unique pendentif en argent en forme de plume. Au centre était incrusté un minuscule diamant, si minuscule qu'on ne le discernait que lorsqu'un rayon de soleil le faisait scintiller comme une paillette égarée. Mais ce diamant renfermait tellement d'histoire qu'aucun autre énorme diamant dont se paraient mes tantes ne pouvait le remplacer. Je ne découvrais pas ce collier, car je l'avais déjà vu si souvent. Quand j'étais petite, Jacob me l'avait apporté pour me le montrer, et très souvent je l'avais supplié de me le rapporter pour que je puisse le revoir.

- Billy a insisté pour que tu l'aies. Après tout il prenait la poussière chez nous. S'empressa de dire Jacob, comme pour devancer mon refus.

Je lui lançai un regard larmoyant, tellement émue que je ne fus capable de rien dire. Il le sortit de sa vieille boite et le passa derrière ma nuque. Il referma le crochet sous mon menton baissé puis le fit tourner pour le remettre à l'endroit. Je pris délicatement la plume d'argent entre mes doigts pour la contempler.

- Tu comptais me l'offrir pour Noël ? Le jour où l'on s'est disputé à cause de cette stupide robe ? Murmurai-je d'une voix étranglée par les sanglots que je ravalais.

- Ce n'était pas la faute de la robe Nessie… C'était la sublime femme qui était à l'intérieur qui me rendait si en colère. Soupira-t-il. Tout ce qui me prouvait à quel point tu étais grande et magnifique me rendait fou. ça me rappelait le moment fatidique ou je serais obligé de faire le grand pas. Ce pas qui changerait tout à notre petit quotidien qui fonctionnait si bien. Ce pas qui risquait même de t'éloigner de moi.

Il fit une courte pause et je sus que c'était le moment. C'était la discussion qui l'avait tant hantée toute sa vie et qu'il redoutait horriblement. J'embrassai alors ses lèvres, passionnément, pour lui rappeler à quel point il comptait pour moi. Quand je me reculai son regard était confiant et un mince sourire étira le coin de sa joue.

- Je dois bien avouer que c'est beaucoup plus simple d'en parler maintenant… (Je ris doucement). Mais ça ne l'était pas avant. A chaque fois que tu me confiais tes désirs de voyages, tes envies de partir loin de Forks, que tu m'avouais secrètement à quel point tu voulais vivre… Je perdais de plus en plus confiance en moi. Et pour finir, Ryan a débarqué, et là ça a été la fin. Je voyais comment tu le regardais. Le moindre de ses gestes te faisait pétiller les yeux. Il n'y a plus grand-chose que je faisais qui te faisait le même effet…

Je me sentis coupable. C'est vrai que j'avais été tellement fascinée par Ryan, une fascination presque morbide. J'en avais négligé mon malheureux Jacob. Je lui caressai le visage et il me sourit piteusement.

- J'ai toujours été si vaillant et courageux. Mais avec toi je me transformais en un pitoyable type et je détestais me voir comme ça, mais je suppose que pour les autres Quileutes c'est la même chose. Ne me pose pas de questions, j'y viens Nessie. (Il prit une longue inspiration). Il y a quelque chose de très important que je dois t'avouer. J'ai fais promettre à tout le monde de ne jamais te le révéler avant que je ne le fasse. Je réalise que j'ai beaucoup trop attendu… Mais je te voyais toujours si jeune dans mon cœur. Et puis ta croissance est devenue affolante les derniers mois, dès que j'ouvrais les yeux tu avais encore grandi. Tu as toujours eu un sacré caractère, mais là, c'était dingue, on ne pouvait plus rien dire. (Je me mordis la lèvre). Je n'ai jamais trouvé le temps, je repoussais lâchement l'échéance chaque jour.

Il m'attrapa et me tira pour m'allonger sur lui puis rejeta ma longue chevelure auburn sur le coté pour mieux voir mon visage. Il laissa ses mains sur ma mâchoire en une douce pression. Son regard se riva dans le mien et ma gorge se noua, sentant que le moment était enfin arrivé.

- Je t'aime Nessie.

Mon cœur se serra et des larmes remontèrent le long de ma gorge. C'était la première fois qu'il me le disait, de ce que mon esprit se souvenait du moins.

- Je t'aime aussi. Chuchotai-je d'une voix étranglée.

- Merci. Il fallait que je l'entende. Murmura-t-il en plissant les yeux.

La pression de ses mains se fit plus forte sur mon visage. Il rouvrit les yeux et fronça subtilement les sourcils.

- Le jour où tu es née, j'étais tellement en colère, car ta mère venait de devenir vampire. Pour moi, c'était de ta faute, tu étais la cause de sa mort, et je voulais te tuer pour ça. Tant pis si j'y laissais la vie, mais il fallait que tu meures.

Une larme roula le long de ma joue et s'écrasa sur son torse. Je savais déjà tout ça, mais jamais je ne l'avais entendu de sa propre bouche. Il avait dû tellement me détester.

- Mais là, juste au moment ou j'ai voulu bondir sur toi, quelque chose à éclaté dans mon ventre. Jamais je n'avais ressenti quelque chose d'aussi puissant, j'en ai vacillé. Tu m'as regardé de tes minuscules petits yeux déjà si intelligents et j'ai réalisé que je t'aimais plus que tout. Concentre-toi bien Nessie, il faut que tu comprennes que ce n'était pas juste un amour face à un joli bébé. L'amour que j'ai ressenti pour toi m'a brulé comme un tison chauffé à blanc. Et cet amour là je ne peux le ressentir que pour une seule personne. Toute ma vie ce ne sera et cela ne pourra être que toi. C'est ce qu'on appelle l'imprégnation dans notre meute, cela nous arrive à tous.

Il s'arrêta et jaugea mon regard avec appréhension. Je le contemplai sans ciller, perdue dans toutes les informations qu'il venait de me dire. Je ne comprenais pas, seigneur je ne comprenais rien. Les mots entraient mais n'apposaient aucun sens à tout ça, et pourtant je savais que c'était d'une importance capitale pour moi comme pour lui. Les larmes commencèrent à rouler plus fort sur mes joues. Jacob me força à garder le visage vers lui.

- Nessie écoute-moi ! Laisse-moi t'expliquer, je sais que c'est compliqué. Comme pour les loups, un jour nous croisons le regard d'une personne, qu'on la connaisse ou non, et nous sommes imprégnés. Cette personne sera notre unique amour tout au long de notre vie, et à cela nous ne pouvons rien y faire. Je suppose que pour les loups c'est plus simple et pratique, mais dans le monde où nous vivons, c'est très frustrant. Nous n'aimons pas vraiment ça, surtout moi, car cela nous prive de notre libre arbitre et peut nous faire horriblement souffrir. Mais c'est inévitable. Tu comprends ?

- Alors depuis le début tu m'aimais ? Depuis le début j'étais ton seul et unique amour pour toute la vie ? Tu n'as jamais pu regarder une autre fille que moi ?! Je suis si désolée j'aurais voulu ressentir la même chose ! Mais… Mais j'étais si petite. Pleurais-je.

- Je sais mon cœur, je sais. Mais malheureusement ça ne va que dans un seul sens.

- Depuis ma naissance… Répétais-je, comme pour me forcer à l'assimiler.

- Lorsque l'imprégnation cible un enfant, nous n'éprouvons pas de sentiments, comment dire… intimes. Nous avons juste besoin d'être près de la personne et de la choyer. Ce n'est que lorsque la personne grandit que l'imprégnation passe au stade supérieur. Pour ma part, c'est arrivé d'un seul coup, une nuit ou tu dormais dans mes bras comme toujours. Jamais je ne me suis senti aussi affreux. C'est très dur de ne rien pouvoir contrôler.

- Alors c'était ça qui te faisait tellement mal ? Sanglotai-je piteusement. Mais pourquoi ne pas me l'avoir avoué avant ? Ho… Non, tu as raison. J'étais tellement frustrée de mon enfermement, je ne sais pas comment j'aurais pu réagir. J'étais tellement étrange ces derniers mois, la moindre parole me rendait dingue.

Je tournai mes prunelles effarées sur lui.

- Mon dieu tu crois que j'aurais pu te repousser ? Reniflai-je, inquiète.

- Je ne sais pas… Me sourit-il en caressant ma joue. Mais l'imprégnation décuple par cent tout ce que tu peux ressentir, et ce n'était plus de l'appréhension qui me rongeait, mais une vraie peur panique et maladive. J'étais persuadé qu'en te l'apprenant trop tôt, en t'avouant que toute ma vie je ne pourrais aimer que toi, tu y voies une fatalité, un devoir ou même une obligation. Jamais je n'aurais supporté que tu le fasses par affection pour moi.

- Mon dieu… Alors Emily… C'était donc ça ! Murmurai-je pour moi-même, commençant à réaliser certains points.

- Nous avons tous vécu difficilement cette épreuve. C'est un sentiment assez frustrant au premier abord, car on ne peut rien contrôler. Mais certains s'en sont accommodés mieux que d'autres. (Je buvais ses paroles, essuyant mes larmes discrètement). Sam en souffre toujours vis-à-vis de Leah, il est celui qui a eu le plus de culpabilité. Quil s'est aussi un peu senti mal lorsqu'il s'est imprégné de Claire alors qu'elle n'avait que deux ans. Elle en a neuf maintenant, et je suppose que se sera également délicat pour lui le moment venu. Les autres ont eu plus de chance, mis à part Embry pour qui ça s'annonce dur, car il s'est imprégné d'une touriste Espagnole…

- C'est incroyable… Soufflais-je, complètement ahurie.

- C'est notre lot. Soupira-t-il.

J'acquiesçai sans un mot. J'essayai de tout comprendre, même si c'était dur. Jacob s'était donc imprégné de moi dès le premier jour, dès le premier regard. Tout ce temps auprès de moi, il savait déjà que je serais son unique amour. Seigneur… Toutes ces fois ou je lui avais crié de partir voir ailleurs dans mes accès de colère incontrôlés, de rencontrer d'autres filles, de s'amuser… Je m'en voulais tellement maintenant. Alors Jacob serait de ce fait également mon seul et unique amour… Toute ma vie… Toute l'éternité. Les mots semblèrent enfin apposer leur marque dans mon esprit. Ma respiration devint difficile et je me redressai vivement, en proie à des vertiges. Le bel Indien releva des sourcils désolés et m'aida à m'asseoir. Il caressa ma joue mais désormais j'étais submergée de bouffées de chaleur.

- I-Il faut q-que je respire ! Suffoquai-je en me levant prestement.

Il me suivit avec une mine piteuse pendant que je me ruai sur la fenêtre. Je l'ouvris et passai la tête pour inspirer une goulée d'air glacée et chargée d'hiver. Mes poumons me brulèrent, mais mon esprit me remercia. Il me fallu quelques minutes pour retrouver le fil, et quand je me retournai, Jacob faisait les cents pas en se tenant la tête de ses mains. Je me mordis la lèvre, consciente qu'il devait imaginer tellement de choses. Ma réaction avait été plutôt rapide et surprenante. Il fallait que je lui fasse comprendre ce que je ressentais vraiment, pour qu'il cesse de paniquer. Je m'avançai vers lui et me pressai contre son torse en enserrant sa nuque de mes bras. Il n'osa pas me regarder, détournant ses yeux désolés à droite puis à gauche. Je lui pris la mâchoire pour le forcer à plonger ses prunelles sombres dans les miennes.

- Jacob Black ça suffit ! Si c'est cette fichue imprégna-chose qui te rend comme ça dès que je vais mal, alors dis lui qu'elle aille faire un tour et nous laisse un peu tranquilles.

Il pinça les lèvres en acquiesçant, puis inspira profondément. Je lui souris tendrement et il esquissa un petit rictus en coin, canin et craquant. J'y déposais un baiser furtif qu'il sembla pour le moins apprécier.

- Je t'assure que ce n'est pas le fait d'apprendre que je vais devoir passer le reste de ma vie avec toi qui m'a fait suffoquer. C'est juste que de savoir que j'ignorais tellement de choses si importantes, que je passais si près de la vérité parfois, et que j'ai dis de telles énormités aussi !

- J'ai la sensation de t'imposer une vie… Marmonna-t-il doucement.

Il semblait si attristé et impuissant, comme s'il devait accepter la fatalité et me la transmettre par la force des choses. Je baissais le visage, consciente qu'en effet, quelque chose d'énorme venait de chambouler mon destin. En une minute, je venais d'apprendre ce que serait le reste de ma vie, aussi clairement que si Alice m'avait raconté une de ses visions. Il me serra fort et je m'obligeais à ne pas suffoquer une fois de plus, car je savais que cela lui ferait beaucoup de mal. Voilà comment il fallait que je fonctionne désormais… Tout faire pour que mon amour ne souffre jamais de mes réactions et de mes mots. Et cette pensée m'était apparue aussi vite que le reste, comme une évidence. Cela ne me dérangeait pas de penser pour deux à présent, puisque Jacob l'avait toujours fait depuis le premier jour. Je me sentais soudain portée d'une mission. J'avais été crée pour le remercier de tout les sacrifices et les bonnes actions qu'il avait fait sans jamais rien demander en retour. Et pour moi, il n'y avait pas de plus beau destin que de passer ma vie à illuminer la sienne.