Bonjour à toutes !

En théorie, j'ai répondu à tous vos messages, mais je ne me lasserai jamais de vous le dire : MERCI !

Un petit tour du point de vue d'Edward, ça vous tente ? C'est parti pour le chapitre 19 !

Bonne lecture !


Chapitre 19 : Prise de conscience.

Il était presque dix heures du matin et j'étais assis, seul, sur le petit muret bordant le chemin qui menait vers la plage. J'observais l'étendue turquoise mais la voyais à peine. J'étais ailleurs, dans ce grand salon, sur ce piano blanc, dans cette chambre d'hôtel.

J'avais eu un mal de chien à m'endormir cette nuit là. Trop de choses dans ma tête, trop de questions, trop d'émotions, bien trop d'espoir, de peur encore plus. Isabella s'était endormie pendant que je prenais ma douche et je m'étais installé à ses côtés, à distance raisonnable. Je l'avais regardée dormir paisiblement tandis que les souvenirs et les images me revenaient sans cesse. Son parfum, ses mains sur moi, sa peau sous mes paumes, la douceur de son corps.

Je n'avais jamais ressenti ça avec une autre. La posséder était magique, enivrant. Je l'avais imaginé pourtant, j'avais fantasmé ce moment au moins un millier de fois, mais j'étais alors à mille lieues de la vérité. Jamais je n'aurais pensé que cela puisse être aussi intense, aussi fort, aussi parfait. Nous étions parfaits ensemble, elle était parfaite.

J'avais lutté pourtant. J'avais tenté de résister, j'avais même passé la journée à m'éloigner d'elle et m'étais maudit pour avoir osé la toucher. Je m'étais bêtement imaginé que cela me calmerait, qu'assouvir mon désir m'apaiserait, mais sentir sa peau, son corps, la sentir prendre du plaisir sous mes doigts, la voir répondre aussi vite et aussi bien à mes caresses n'avait fait que me rendre fou. Et elle avait réclamé plus, elle me voulait aussi.

Entendre sa voix m'avait fait réagir, mais au lieu de la soulever et de la posséder sous cette douche comme j'en mourais d'envie, au lieu de libérer mes pulsions sauvages, j'avais saisi cette infime part de raison pour fuir. Elle ne méritait pas ça, elle ne méritait pas que je m'assouvisse en elle sans aucune tendresse. Je voulais tellement plus. Alors j'avais préféré partir, pour ne pas la salir.

J'étais revenu sur mes pas après de longues heures, ayant finalement compris que je n'irais plus jamais mieux, que j'étais définitivement perdu. Je m'étais alors persuadé qu'il valait mieux rentrer, même si cela voulait dire me combattre moi-même, même si je devais me raisonner et me forcer à ignorer mes désirs.

Le piano m'avait semblé être une bonne idée pour m'évader, pour déverser mes émotions et pour m'oublier un peu. Tout relâcher pour revenir plus serein. Mais elle s'était approchée de moi, avait posé ses mains, s'était faite un chemin vers mon âme alors que je me sentais perdu. Elle avait mis à mal mes défenses et mes résolutions, m'avait permis de me libérer de mes tensions.

Et c'était elle qui m'avait possédé, elle m'avait fait ressentir des sensations si intenses que j'en rêvais encore. Sa langue sur ma peau sensible, sa bouche autour de moi, ses doigts serrés accompagnant son geste. Elle m'avait permis de me laisser aller de cette façon, mieux encore, elle désirait me satisfaire jusqu'au bout, jusqu'à l'extase. C'était divin, c'était magique. Je sentais l'excitation monter de nouveau tandis que le souvenir d'Isabella à genoux s'imposait à moi.

Comment en rester là ? J'avais été incapable de lui résister après ça. Il avait fallu que je goûte ses lèvres, que je goûte sa peau, que je découvre son corps. Je n'avais jamais ressenti ça. Le plaisir à l'état pur, de plus en plus haut, jusqu'à l'explosion. Lui faire l'amour dépassait de loin tout ce que j'avais pu connaître jusqu'alors. Mais maintenant que je l'avais goûté, je n'étais plus sûr de parvenir à m'en passer.

La situation était délicate pourtant et je ne savais pas où nous en étions. Elle avait refusé de parler et dans un sens, je m'en étais satisfait. Je ne voulais surtout pas l'entendre exposer ses regrets, je n'aurais pas supporté qu'elle me repousse et me rejette. Et par dessus tout, je ne voulais pas que ça entache notre relation. Isabella était devenue bien trop précieuse à mes yeux pour que je risque de perdre son amitié.

« Je m'attendais à te trouver en terrasse devant un café chaud ! »

Je me levai pour m'approcher d'elle et embrassai sa tempe, un sourire sincère accroché à mes lèvres.

« Je t'attendais pour le petit déj ! », mentis-je j'avais déjà descendu quatre cafés depuis mon réveil.

« On y va ? Je meurs de faim ! »

Elle passa devant et je l'admirai. Pas de jupe aujourd'hui, aucun artifice. Elle portait un débardeur blanc uni à larges bretelles et un short découpé dans un jean. Ses cheveux étaient remontés dans un chignon informe et elle portait une simple paire de tongs à ses pieds. Elle semblait détendue, sereine, elle était elle, tout simplement, avec le naturel qui la caractérisait. Son attitude me réconforta. Aucune conséquence, rien n'avait changé, du moins en apparence. Je m'en réjouis, me sentis soudain soulagé. Je n'avais pas à me contenir, nul besoin de garder mes distances, notre relation était intacte.

Je me rapprochai donc, confiant, et passai ma main dans son dos lorsque nous arrivâmes à la terrasse du snack de la plage. Nous nous assîmes face à face tout en commençant à discuter de notre programme de la journée. Nous dispersant souvent pour parler de tout et de rien, nous taquinant à la moindre occasion, comme à notre habitude. C'était étrange. Étrange mais rassurant de se dire que rien n'avait changé malgré le souvenir de cette nuit magique qui planait au-dessus de nos têtes. Étrange pourtant, car j'avais beau me réjouir de notre amitié conservée, je ne pouvais m'empêcher d'espérer plus. Savourer son corps, encore et encore, ou simplement me délecter de ses baisers. Mais nous n'étions que deux lâches, préférant ignorer l'évidence, ignorer même les faits, trop effrayés pour oser en parler.

Mon portable sonna, m'obligeant à recadrer mes esprits. Je lus le nom affiché sur l'écran et perdis aussitôt mon sourire. Une douche froide, une gifle violente, voilà ce que je ressentis.

« C'est Tanya ? », demanda Isabella, un large sourire aux lèvres, visiblement aucunement troublée, « Passe-la moi ! »

Je lui tendis le téléphone sans dire un mot, perturbé au possible. Avais-je rêvé la nuit dernière ? Jusqu'alors, je n'avais pas pensé à Tanya et à vrai dire, la culpabilité ne me rongeait pas réellement, du moins pas pour l'instant. Mais voir Isabella ne ressentir aucune gêne face à sa meilleure amie après ce qui s'était passé entre nous était pour le moins troublant. Elle s'affala dans son siège et décrocha, enjouée.

« Hey ! Salut ma belle ! Quoi de neuf chez Victoria's secret ? »

Elle se redressa d'un coup sur sa chaise et son sourire disparut aussitôt.

« Pourquoi tu appelles avec le téléphone de Tanya ? » Elle attendit une réponse, les yeux ronds et inquiets, « Ça n'a rien à voir, j'ai laissé le mien à l'hôtel, il est éteint et rangé dans le placard ! », une pause de plus et elle ferma les yeux, visiblement agacée, « Parce qu'il est en face de moi et que je m'attendais à ce que ce soit ma meilleure amie au bout du fil, pas toi ! »

Demetri … Cinq jours que nous étions aux Bahamas, cinq jours qu'il ne lui avait pas parlé et la première chose qui lui venait en tête était de lui faire des reproches ? Isabella me regarda une seconde, visiblement gênée et je détournai le regard pour ne pas la mettre davantage mal-à-l'aise.

« Non … Je sais … Tu as raison … »

Elle ne disait plus rien, l'écoutait parler en se rongeant un ongle nerveusement. Je détestais la voir ainsi, elle semblait se renfermer, avait même remonté une de ses jambes devant elle, elle était comme recroquevillée sur son siège.

« Écoute, on pourrait peut-être en reparler à mon retour ? » un silence, elle soupira, « Mais non, ce n'est pas ce que je voulais dire. Écoute Dem, je … », elle fut coupée une fois de plus, ferma de nouveau les yeux, serrant les mâchoires. « Je sais … Moi aussi. Bye. »

Elle me tendit l'appareil, visiblement gênée et se mit à triturer ses doigts lorsque je lui pris des mains. L'appel était toujours en cour et je plaçai le téléphone à mon oreille sans quitter Isabella du regard, attristé de la voir ainsi repliée sur elle-même.

« Allo ? », hésitai-je, ne sachant pas à quoi m'attendre.

« Hey mec ! Quoi de neuf ! C'est comment les Bahamas ? »

Sa voix était enjouée, il semblait de bonne humeur alors que quelques minutes auparavant, il se disputait encore avec sa petite amie. Ce mec était bizarre, définitivement.

« C'est cool, on passe du bon temps. On se détend, ça fait du bien. », répondis-je d'une voix neutre tandis que je fixai toujours la brunette en face de moi.

« Cool ! A votre retour, on se fera une soirée et vous nous raconterez tout ça ! Je te passe ta chère et tendre ! A plus,mec ! »

« A plus. »

J'attendis d'avoir Tanya au téléphone, me posant mille et une questions sur Demetri, ne comprenant absolument pas comment il pouvait passer du mec capable de miner le moral de sa copine à celui plein de bonne humeur en quelques secondes.

« Salut toi ! »

Sa voix était douce, pleine de charme, elle était agréable et adorable, comme toujours.

« Salut ma belle », répondis-je doucement, « ne quitte pas, je mets le haut parleur. »

J'appuyai sur la touche, posai le téléphone sur la table, entre Isabella et moi. Elle me regarda une seconde, me sourit tristement avant de s'approcher de l'appareil.

« Salut ma belle ! Comment vas-tu ? », demanda-t-elle, souriant enfin, visiblement apaisée par ce contact avec sa meilleure amie.

« Dans l'ensemble ça peut aller. Mais je suis de retour à la maison, ce qui veut dire que Victoria's secrets ne m'ouvrira pas ses portes pour cette fois ! »

« Merde ! Les abrutis ! Ils ne savent pas à côté de quoi ils passent ! »

« C'est pas grave, ce sera pour une prochaine fois ! », la rassura-t-elle.

Elle était déçue, pourtant, et Isabella devait bien s'en douter. Je savais que ce casting était important pour elle. La marque était de renommée mondiale, ça aurait été une aubaine pour elle. Mais malgré tout, elle ne voulait pas inquiéter Isabella, préférait la rassurer en feignant de n'y attacher que peu d'importance.

« Et sinon ça se passe comment aux Bahamas ? », dériva-t-elle, préférant sans doute revenir à un sujet plus joyeux.

« Très bien ! », répondis-je en même temps qu'elle.

Nous nous sourîmes, complices, avant de reporter notre attention sur l'appareil.

« En plus on a un super temps ! Tu sais, je crois que le gars de l'agence de voyage s'est foutu de nous avec sa saison des pluies ! Je suis sûre que c'est une arnaque pour éloigner les touristes ! »

La jolie blonde à l'autre bout du fil se mit à rire franchement.

« Et je vois que vous ne vous êtes toujours pas entre-tués ! », nous taquina-t-elle.

« Disons que lorsqu'il ne joue pas les acteurs ratés incompris, ton mec n'est pas si désagréable que ça ! »

« Hé ! , m'offusquai-je, prenant une mine vexée.

« Bella ! », la sermonna Tanya, prenant ainsi mon parti.

« Quoi ? C'était un compliment ! », se défendit cette dernière.

« Vous ne changerez jamais vous deux ! Vous êtes irrécupérables ! »

« Ça va ! Je plaisantais ! », minimisa la jolie brunette en face de moi, levant les yeux au ciel.

« C'est clair ! Tu ne peux plus te passer de moi ! », raillai-je.

« Même pas en rêve Cullen ! »

« Je confirme, vous êtes irrécupérables ! », ria Tanya, se rappelant à nous, « Bon … Je vais vous laisser, je vais aller défaire ma valise ! Et au fait ! Je ne serais pas contre une petite photo bande d'égoïstes ! Vous vous la coulez douce et je n'en profite même pas ! »

« On t'envoie ça tout de suite ! Bon courage ! Nous on va aller se dorer la pilule au soleil ! », chantonna Isabella pour faire enrager sa meilleure amie.

« Attends que tu reviennes toi ! Aller ! Profitez bien ! »

« T'en fais pas pour ça ! »

Un dernier au revoir et je raccrochai mon téléphone. Je touchai l'icône de l'appareil photo et fis signe à Isabella de s'approcher.

« Aller viens là ! Faut qu'on immortalise notre trêve ! »

« Notre trêve ? », reprit-elle, amusée, « Tu comptes recommencer notre guerre à notre retour ? »

« Seulement si tu continues de dire des conneries dans ce genre là ! », ris-je en l'attrapant par la taille afin de l'asseoir sur mes genoux.

Elle resta en place mais me fixa en me défiant faussement du regard. Elle était tout sauf crédible et une fois de plus, je pouffai avant de la rappeler à l'ordre. Je plaçai l'appareil à une longueur de bras, prêt à prendre la photo. Nous étions sages, le cliché était simple, juste nos visages côte à côte, Isabella souriant timidement. J'envoyai aussitôt la photo à Tanya, maintenant toujours la taille d'Isabella qui n'avait pas bougé non plus.

« Elle était sage celle-là ! On en fait une autre ! »

Elle passa ses bras autour de mon cou, se rapprochant de moi tandis que je resserrai mon étreinte moi aussi. C'était agréable, aussi innocent que ce soit. Nous collâmes nos joues l'une contre l'autre, grimaçâmes devant l'appareil, riant de nos bêtises une fois la photo prise. Nous nous amusions, prenant plusieurs clichés et je la serrai encore plus pour une dernière capture. Elle regardait l'objectif, gardant ses bras autour de mon cou et je posai mes lèvres sur sa joue tandis que je saisis l'image. Ses pommettes se teintèrent d'un rose léger, presque imperceptible, mais que je remarquai aussitôt. C'était plutôt flatteur, et assez mignon de la voir faire preuve de timidité.

« On lui envoie celle où on grimace ? », proposai-je pour la détendre.

« Vas-y, ça la fera rire. »

Je m'exécutai et Isabella se releva pour remonter vers le chemin qui ramenait vers la ville. Je rangeai mon téléphone, m'empressai de la rejoindre.

« J'en conclue que tu veux aller faire un tour ? »

« Envie de me détendre, de flâner un peu. », avoua-t-elle en haussant les épaules.

« Ça me va, je te suis ! »

Elle avait pris l'habitude de me prendre la main ou le bras lors de nos balades, mais cette fois, elle préféra enfoncer ses paumes dans ses poches. Je me doutai que cette distance soudaine était en lien avec le coup de fil inattendu de Demetri, mais je me gardai de poser des questions, préférant respecter son silence.

« Matt m'a parlé d'un parc naturel, ça te tente ? », proposa-t-elle au bout de quelques mètres.

« Tout ce que tu voudras ! », accordai-je sans hésiter.

« T'as le droit de donner ton avis tu sais ! », soupira-t-elle soudain, arrêtant ses pas. « T'es pas obligé de dire oui à tout ce que je propose ! »

Je soupirai, me rappelant son discours sur ma tendance à toujours suivre les autres au lieu de suivre mes propres envies.

« Je ne suis pas en train de faire le mouton Isabella. », la rassurai-je, sincère. « J'ai vraiment envie d'aller me promener avec toi. »

Elle me sourit largement, reprit sa marche et je lui emboîtai le pas. Ça faisait du bien de la revoir sourire après qu'elle se soit renfermée suite au coup de fil de son petit-ami. Elle, si lumineuse depuis le début de nos vacances, avait semblé s'éteindre suite à sa conversation. Je ne savais pas ce qu'il lui avait dit et dans un sens, je préférais ne pas le savoir. Je n'aurais pas été en mesure de l'apaiser si j'avais moi-même été énervé. Les choses étaient mieux ainsi, zapper New York une fois de plus, emmerder le monde et surtout cet imbécile de Demetri. Retrouver la bonne humeur, se détendre, passer du bon temps, ne penser qu'à nous et oublier le reste.

La balade était longue mais agréable, nous avions passé la journée entière à parcourir ce parc. Isabella semblait de nouveau sereine et ne paraissait plus vouloir s'éloigner de moi. Au contraire, elle s'était rapprochée, enroulant son bras autour du mien, posant sa tête sur mon épaule lors d'une pause bien méritée.

Il était tard et nous avions décidé de dîner en ville pour ensuite boire un verre dans un des bars du centre touristique. Mais les cocktails s'étaient enchaînés et nous avions atterris sur la plage dans un état d'alcoolisation légèrement avancé. Sans être ivres, nous étions plutôt bien éméchés. Personnes alentour, nous avions la plage pour nous tout seul. Isabella s'affala dans le sable, les bras et les jambes écartés en étoile.

« Ce n'est pas bon les vacances avec toi ! Tu vas me faire devenir alcoolique ! »

Je m'esclaffai et m'installai dans la même position, mais dans le sens inverse, de sorte que nos visages soient côté à côte, nos corps à l'opposé l'un de l'autre.

« Je ne bois pas plus que toi en temps normal ! »

Elle soupira bruyamment, tourna son visage vers moi, avant de reporter son attention sur le ciel étoilé.

« On est bien là ! Et si on passait la nuit ici ? A la belle étoile ! »

« Parle pour toi ! Je l'ai fait avant-hier et mon dos s'en souvient encore ! »

« Pourquoi t'es pas rentré ? »

Je la fixai un instant, étonné qu'elle ose parler de cette nuit sur la plage. Elle ne semblait pas gênée le moins du monde. Probablement les effets de l'alcool.

« Je ne suis pas assez bourré pour répondre à ça ! », pouffai-je finalement.

Il était hors de question que je m'étende sur le sujet, même quelque peu désinhibé, je ne me voyais pas lui avouer les raisons de ma fuite. Nous restâmes silencieux quelques minutes à savourer l'instant, à profiter de la brise fraîche de cette nuit.

« C'est beau hein ? »

« Ouai », acquiesçai-je, admirant les astres au-dessus de nos têtes.

« Quand on pense qu'il y a des milliers d'astéroïdes, de météorites et autres conneries du genre qui nous tournent autour … Tu imagines si ça venait à se crasher là, ici, pile poil sur nous ? Ce serait con quand même ! »

J'explosai de rire. Comment faire autrement ? Cette fille était totalement barrée.

« Tu sais, la plupart des gens partent dans des pensées hautement poétiques ou vaguement philosophiques lorsqu'ils regardent les étoiles. Mais toi non, tu parles de fin du monde ! »

« Quoi ? C'est possible ! », continua-t-elle, tentant de me convaincre, « Tu sais combien de ces machins frôlent la Terre chaque année ? »

« Non », m'amusai-je toujours.

« Moi non plus ! Mais n'empêche qu'on ne sait jamais ! »

Je ne parvenais plus à m'arrêter de rire, elle semblait tellement sérieuse en exposant ses probabilités idiotes. Elle n'était pas seulement barrée, elle était totalement folle. J'adorais ça.

« Je donnerais cher pour voir ce qu'il y a dans ta tête tu sais ! »

« Tu ne tiendrais pas cinq minutes sans devenir fou ! C'est pas beau à voir, je ne suis pas toute seule là-dedans ! »

Une fois de plus, je m'en amusai et Isabella pouffa à son tour. Le calme ensuite, des soupirs de bien-être. Savourer le moment présent, profiter de cet instant ensemble.

« Tu veux jouer à un jeu ? », proposai-je, cherchant à garder cette complicité.

« Tu veux m'embrasser ? », demanda-t-elle en retour, le plus naturellement du monde.

« Quoi ? »

« Tu vas vouloir jouer à Action ou vérité ?, comme tout bon mec bourré qui se respecte et ça va finir en eau de boudin. »

Je me tus une seconde, vexé par sa remarque même si je ne le montrai pas. Mon but premier était simplement de nous permettre d'en apprendre davantage l'un sur l'autre, je n'avais aucunement l'intention de profiter de la situation ou de son état d'ivresse. J'étais alcoolisé mais suffisamment conscient de mes actes pour ne pas me conduire en enfoiré de première. Je me sentis blessé par cette allusion à une connerie potentielle. Considérait-elle notre nuit comme une erreur avérée ?

« N'importe quoi ! », me braquai-je, « Pas d'action, juste des vérités, comme ça pas de risque de catastrophe ! Tu commences ! »

« C'est nul ton jeu ! », râla-t-elle.

« Tu commences ! », répétai-je sur un ton un peu plus autoritaire.

« Ok … Pourquoi tiens-tu tellement à jouer à ce jeu stupide ? »

« Isabella ! »

« C'est une vraie question ! »

« Comme ça ! Pour mieux se connaître ! », lâchai-je, agacé qu'elle joue à ce point les rabats-joie.

« Y a pas besoin de jeu pour ça ! Et puis on a bu, c'est pas franchement le bon plan ! »

« Bon … A mon tour ! », l'ignorai-je, « A quel âge as-tu appris à danser ? »

Je commençai par une question simple, anodine, histoire de la mettre en confiance et de détendre l'atmosphère.

« Je n'ai jamais appris. »

« Jamais pris de cour ? », m'étonnai-je, réellement surpris.

« Non. Ça fait deux questions. »

« Ok, à ton tour. », cédai-je.

« Ou étais-tu la nuit dernière ? »

« Avec toi. », répondis-je simplement, m'efforçant de garder mon sérieux, sachant pertinemment qu'elle ne parlait pas de notre nuit ensemble.

« Je veux dire la nuit d'avant ! »

« Il fallait mieux formuler ta question ! », la narguai-je, cherchant à la provoquer un peu.

« Tu m'en a posé deux, j'ai le droit d'en poser une autre. »

« Ok », concédai-je.

« Pourquoi tu t'es barré ? »

Ce jeu était effectivement stupide, et il se retournait contre moi. Jamais je ne me serais attendu à ce qu'elle ose me poser ouvertement ce genre de questions. L'alcool, très certainement.

« Je t'ai dit que je n'étais pas assez bourré pour répondre à ça. »

« Tu as aussi voulu jouer à ce jeu débile ! Je m'exécute, alors fais-en autant ! », râla-t-elle une fois de plus.

« Je m'attendais à des questions simples mais ok, si tu y tiens … »

Avait-elle seulement idée de là où nous menaient ses interrogations ? Admettre les raisons de ma fuite allait forcément conduire à des questions bien plus embarrassantes et je n'étais pas persuadé qu'elle veuille avoir cette conversation.

« Je suis parti parce que ça devenait difficile pour moi de rester à côté de toi. », avouai-je, prenant soins de rester évasif, histoire de laisser une porte de sortie.

« Comment ça ? »

« C'est une troisième question. A mon tour ! »

« Tu n'as pas répondu à la mienne ! »

« Bien sûr que si ! A toi de bien formuler tes questions ! »

Ce n'était pas fair-play de ma part, voire même carrément lâche mais tant pis. Je ne tenais pas à m'ouvrir si elle considérait réellement que notre nuit ensemble avait été une erreur.

« J'ai bu ! C'est de ta faute si je m'exprime mal ! », se défendit-elle en riant.

« A mon tour ! Pourquoi Demetri a râlé au téléphone ? »

« Parce que je n'avais pas mon portable sur moi. »

« Développe. »

« Non, tu n'avais qu'à formuler ta question correctement ! », me nargua-t-elle, ravie de pouvoir me rendre la pareille.

« Ok c'est de bonne guerre. A ton tour ! »

« Est-ce que tu penses à Tanya ? »

Je marquai un temps d'arrêt. Je ne m'attendais pas à ce genre de question et je ne savais pas réellement comment la prendre. La coup était bien envoyé. Je l'attaquais sur son petit-ami, normal qu'elle me parle de Tanya.

« Tu veux dire là ? Tout de suite, maintenant ? »

« Non, de façon générale. Depuis qu'on est ici quoi ! En dehors des coups de fils et des messages. »

Je ne savais pas quoi répondre, devais-je lui dire la vérité ? Avouer que sa présence me faisait tout oublier ? Devais-je mentir pour ne pas la froisser ? Prétendre que sa meilleure amie occupait mes pensées du soir au matin ?

« T'en mets du temps pour répondre ! C'est pas compliqué pourtant, tu n'as qu'à dire oui ou non ! »

« Je réfléchis. »

« A quoi ? »

« A la bonne réponse à te donner. », avouai-je, penaud.

« Le but n'est pas de trouver une réponse qui me plaira, le but est d'être honnête Cullen. »

« Qu'est-ce que tu veux savoir Isabella ? », m'énervai-je légèrement. « Si je pense à elle en permanence ? Alors non ! Au risque de te fâcher, ce n'est pas le cas. »

Un silence, et je l'entendis soupirer. Je tournai ma tête, à peine, juste pour pouvoir l'apercevoir. Elle fixai toujours le ciel et ses étoiles qui commençaient à se voiler à mesure que la brise se rafraîchissait.

« Est-ce que ça t'inquiète ? », repris-je, réalisant soudain que sa question dissimulait probablement ses craintes.

« Est-ce que c'est ta question ? »

« Oui. »

Elle soupira encore, sembla réfléchir un instant, puis murmurer finalement.

« J'en sais rien … Est-ce que ça devrait ? »

« J'en sais rien. », lâchai-je tout bas, reportant mes yeux sur le ciel en partie couvert.

Les choses n'avaient pas tournées comme je le pensais. J'avais prévu deux ou trois questions banales, peut être deux ou trois dérangeantes histoire de la taquiner un peu, mais je ne pensais pas que nous en viendrions à parler de tout ça. De nous, de ce qui s'était passé. Encore un effet de l'alcool, très certainement.

« Est-ce que tu as déjà fait ça ? »

« Non, jamais. Et toi ? »

Inutile de préciser, elle savait exactement de quoi je voulais parler.

« Jamais non plus. C'est la première fois. »

Drôle de baptême que nous avions célébré ensemble. Nous avions les mêmes principes, et nous les avions tous les deux brisés. Nous ne parlions plus, l'atmosphère s'était soudainement alourdie. Je ne savais pas quoi dire, je me posais des tonnes de questions mais je ne savais pas comment aborder les choses. Isabella m'aida malgré elle.

« Je sais que c'est à ton tour mais … »

« Vas-y. »

« C'est pas facile à aborder. »

« Dis-le comme ça te vient, on s'en fout. »

« Au niveau euh … protection ? », bafouilla-t-elle et je sus à ce moment là que ses craintes étaient les mêmes que les miennes. Absorbés par notre désir, nous n'avions pris aucune précaution. Je voulais la rassurer, lui dire qu'elle ne craignait rien avec moi. J'étais clean à tout point de vue.

« Je me suis toujours protégé, c'est la première fois que … enfin tu vois. »

Je riais intérieurement tant je nous trouvais ridicules. Nous étions adultes, et pourtant, nous avions l'air de deux ados incapables de parler de sexualité sans être gênés. Mais comment pouvions-nous être libres quand cette relation nous était interdite ?

« Ok … T'as pas à t'inquiéter de mon côté non plus. »

« Ok. Et … »

J'hésitai encore, cherchant comment aborder le risque de grossesse. J'avais déjà du mal à parler ouvertement de notre nuit … Mais Isabella vint à mon secours malgré elle.

« Aucun risque de ce côté là non plus. Je ne peux pas avoir d'enfant. »

« Quoi ? T'es sérieuse ? »

« Ouai, alors t'as pas à t'en faire ! »

« Merde … Je suis désolé. », soufflai-je, sous le choc de cette révélation soudaine.

« Pas moi. Je déteste les gamins ! »

« Comment tu peux dire un truc pareil ? », m'esclaffai-je tant cette phrase, au milieu de notre conversation, semblait irréelle.

« Parce que je le pense ! Ils m'énervent ! J'y peux rien ! Ils courent partout, ils gueulent tout le temps, touchent à tout, te pompent ton énergie, ça n'écoute rien c'est … Argh ! Je peux pas, les gamins c'est pas pour moi ! »

« Tu changeras peut-être d'avis un jour. », insinuai-je, souriant toujours face à cette aversion invraisemblable.

« Et pourquoi je devrais ? », s'offusqua-t-elle soudain. « Ce n'est pas une fin en soi d'avoir des enfants ! Je ne vois pas en quoi c'est un accomplissement personnel ! »

« Ma sœur a une petite de deux ans, elle est adorable. Ce ne sont pas tous des terreurs tu sais ! »

« C'est parce que tu ne vois que les bons côtés ! Tu vois les sourires et tout ça mais demande à ta sœur si elle la trouve si mignonne que ça lorsqu'elle l'empêche de dormir ou qu'elle lui colle de la purée de carotte sur les murs ! Non sérieusement, les gamins, c'est la peste ! »

J'éclatai de rire. Était-elle sérieuse ? Je pouvais comprendre qu'elle n'en veuille pas mais j'avais du mal à comprendre qu'elle puisse les détester à ce point. Elle exagérait forcément.

« Moi je n'en veux pas particulièrement, du moins pas maintenant mais, je trouve ça mignon. »

« Rectification Cullen ! Tu trouves que ta nièce est mignonne ! », corrigea-t-elle. « Tu ne connais pas les vrais enfants ! Ceux qui te tirent les cheveux, te vomissent dessus, cassent tout ce qu'ils ont à portée de main et salissent ta voiture ! »

« Ma voiture ? », répétai-je dans l'incompréhension, ne voyant absolument aucun rapport.

« Ouai ta voiture ! Une porcherie ! Du lait régurgité, des gâteaux écrasés, des jouets partout, des traces de doigts sur les vitres, les cuirs bousillés. »

« Ne mêle pas ma voiture à ça ! », menaçai-je sans même tenter de masquer mon amusement, rentrant dans son jeu.

« Ah ! Je savais que j'arriverais à te convaincre. », gloussa-t-elle finalement, fier de son plaidoyer.

Je m'amusai avec elle, jouant d'un humour noir, mais, au fond, je trouvais ça un peu triste. Son discours était ironique, évidemment, mais je ne pus m'empêcher de me demander si elle ne s'était pas fermée à ce point sur les enfants, justement parce qu'elle ne pouvait pas en avoir.

« Bon, c'est à qui le tour ? », demanda-t-elle d'un ton étrangement enjoué, me sortant de mes pensées.

« Je ne sais plus avec tes conneries ! », souris-je pour ne rien laisser paraître.

« Mes conneries ? La connerie c'est d'avoir des gosses ! Retiens bien ça ! Y a assez de monde sur Terre ! »

« Ok, si un jour l'envie me prend, je me souviendrai de tes conseils ! », lâchai-je, toujours amusé malgré tout.

« Enfin une parole sage ! »

« Bon, on en était où ? », recadrai-je afin de changer de sujet.

« Je ne sais plus, t'as qu'à reprendre. »

« Ok, la musique ! De quel instrument sais-tu jouer ? »

Je recommençai notre jeu par une question simple, histoire de reprendre dans une ambiance un peu plus bon enfant.

« Aucun ! Demetri a essayé de m'apprendre mais c'était une catastrophe ! »

« C'est dommage. »

« Ouai, j'adore ça mais je dois me contenter d'écouter. »

« Tu n'as jamais essayé les cours ? »

« Non, je n'y arrive pas je te dis ! », s'impatienta-t-elle. « Je n'arrive même pas à écarter suffisamment mes doigts pour les accords de guitare ! C'est te dire ! »

« Ça se travaille ça. », voulus-je expliquer, mais elle me coupa aussitôt.

« Ouai mais pas avec moi, j'ai tout essayé ! La pièce de monnaie, et tous les trucs ! Rien ne marche. »

« Et qu'est-ce qui t'attire tant dans la musique ? »

« Donc on oublie le chacun son tour ? », railla-t-elle, me rappelant les règles initiales de mon jeu.

« On s'en fout du chacun son tour ! », râlai-je, souhaitant ardemment qu'elle se livre sur son rapport à la musique.

« Disons que c'est un échappatoire, ça me fait voyager dans d'autres mondes »

« J'ai vu ça. », murmurai-je, me remémorant la beauté de ses gestes et revoyant son visage habité.

« Je dois avoir l'air d'une possédée ! », se moqua-t-elle d'elle-même en se cachant le visage.

« Non, au contraire, c'est beau à voir. », la rassurai-je, pensant réellement mes mots.

Je sentis son visage se tourner vers moi, ses yeux me fixer, son sourire discret me caresser, mais je gardai ma position, ne souhaitant surtout pas la mettre mal-à-l'aise. Elle se remit en place, s'éclaircit la voix et reprit d'une voix ingénue.

« Et toi alors ? Tu as appris le piano tout jeune je suppose ? »

« Ouai, je devais avoir six ou sept ans quand j'ai commencé. Je pianotais sur celui de ma mère et petit à petit c'est venu tout seul. »

« Ta mère t'a appris ? »

« Non, je faisais ça discrètement, du moins je le pensais ! », souris-je repensant à mes petites virées secrètes dans le salon lorsqu'il était désert. « Quand t'es gamin tu penses que le fait qu'on ne puisse pas te voir te protège de tout. »

« Attends une seconde … », elle releva le haut de son corps pour me regarder dans les yeux, dubitative. « Tu veux dire que tu n'as jamais pris de cours ? Que personne ne t'a appris ? T'as tout fait tout seul ? »

Elle était au-dessus de moi, tout proche de part notre position et je ne pu m'empêcher de remarquer sa beauté. Peu de lumière, mais la lune donnait à sa peau une couleur argentée irréelle. Je me reconcentrai, répondant naturellement.

« Aucun cour, aucun prof. »

« Wahou … Je suis jalouse ! »

Elle se remit en position allongée, son visage à côté du mien, son corps à l'opposé.

« Et pourquoi discrètement ? Tu ne voulais pas que ça se sache ? »

« Ce n'est pas que je voulais le cacher, », avouai-je, timide, « C'est juste que … Crois-le ou non, je suis assez réservé. Je n'aime pas m'exposer. »

« Pour quelqu'un qui veut soi-disant être acteur, tu admettras que c'est un peu con ! », ironisa-t-elle, s'amusant mon absurdité.

« C'est pas faux ! », concédai-je sur le même ton, « C'est peut-être pour ça que ça n'a jamais marché ! »

« Ok je joue mais alors tu te retournes ! », se moqua-t-elle en tentant d'imiter ma voix, « Ne me regardez pas ! Ne me regarde pas ! Et bouche-toi les oreilles ! D'ailleurs sors ! Ce sera mieux ! »

L'imitation était mauvaise, mais elle était hilarante.

« C'est ça moque-toi ! », rigolai-je doucement avant de reprendre mon sérieux. « Enfin je ne sais pas … Je n'aime pas jouer devant les autres, je me sens … »

« Vulnérable ? », me coupa-t-elle, prouvant ainsi qu'elle me comprenait totalement.

« Ouai, ça doit être ça. »

Je n'ajoutai plus rien et Isabella ne tenta pas de reprendre la conversation. Ce silence n'était pas pesant, au contraire, il était agréable. Je fermai les yeux et respirai profondément. Je me sentais bien et j'étais ravi de pouvoir passer du temps avec elle. Je ne m'étais jamais senti aussi détendu, j'avais enfin l'impression de pouvoir être moi-même. Tous ces imprévus à New York n'avaient été qu'aubaine pour nous, car nous ne nous serions jamais rapprochés autant si nous n'avions pas été juste nous deux. Rien avoir avec ce désir que j'éprouvais pourtant toujours, il s'agissait du simple fait d'être avec elle, à ses cotés. Je voulais que ça dure, je me sentais trop bien pour ne serait-ce que penser à la fin de ce séjour.

« Est-ce que tu regrettes que l'on ne soit que tous les deux ? », demandai-je sans préalable, craignant sa réponse autant que je l'espérais.

« Non », murmura-t-elle.

Je souris en silence, le cœur léger, heureux de son aveu, désormais certains que nous pensions la même chose.

« Et toi ? », osa-t-elle à son tour et je la sentis étrangement nerveuse.

« Non, bien au contraire. »

Elle sourit, je ne pouvais pas la voir mais je le sentis. Le silence se réinstalla mais je n'avais plus l'intention de le briser cette fois. Je tournai mon visage vers le sien que je distinguai à peine maintenant que les nuages recouvraient le ciel, et elle fit de même. Nous aurions pu nous embrasser, nous étions si proches, et j'en avais tellement envie. Sauf que je ne savais pas où nous en étions, et surtout, je ne savais absolument pas si c'était ce qu'elle désirait.

Je pouvais tout oublier avec elle, me laisser vivre, me laisser aller et ne plus penser à rien, mais je ne savais pas ce qu'elle ressentait, ni ce qu'elle voulait réellement. Tout était si compliqué … Alors, je me contentai d'embrasser son front et me reculai pour la laisser décider du reste. Alors je refrénai ces envies folles de la prendre dans mes bras, de l'embrasser, de la toucher, d'effleurer son corps et de lui faire l'amour. Parce que je ne pouvais plus le nier. Je la voulais, comme jamais je n'avais voulu quelqu'un d'autre auparavant.

Je l'avais découverte et je savais désormais. Les sensations, le désir, la confiance, le bien-être, la course effrénée de mon cœur lorsque je m'autorisais à la regarder vraiment. Seulement je ne pouvais pas me laisser aller, parce qu'il ne s'agissait pas que de nous. Pourtant, en ce moment même, je me foutais du reste, je ne voulais même pas y penser. Tout ce qui m'importait, c'était ce qu'elle voulait elle.

Sentir sa peau était devenu un besoin, peu importait que ses sentiments ne soient pas réciproques, je ne me voyais plus m'éloigner d'elle. Être auprès d'elle, la toucher, même de façon platonique, était devenu une drogue. Sa peau appelait la mienne, irrémédiablement.

Je me rapprochai de nouveau et posai mes lèvres sur sa tempe cette fois, maintenant son visage d'une main. Elle posa ses doigts sur les miens et ferma les yeux, respira profondément. Elle ne se dégagea pas, ne dit rien, alors je détachai mes lèvres mais restai en place, mon visage contre le sien, ma paume contre sa pommette. Isabella se cala contre moi, toujours sans un mot et imita mon geste, venant caresser ma joue. Nous restâmes ainsi blottis dans ce moment tendre. Je m'enfonçai dans une merde noire mais je me sentais trop bien pour tenter de m'en sortir. Il était désormais inutile de lutter, je ne pouvais plus me le cacher.

Quelques gouttes de pluie s'échouèrent et avant même que nous puissions nous relever, l'averse trempa nos chairs. Nous rentrâmes en courant à l'hôtel, trempés mais hilares.

« Tu aurais dû te taire tout à l'heure ! Septembre, c'est encore la saison des pluies ! », raillai-je avant de m'enfermer dans la salle de bain pour y prendre une douche rapide.

Contrairement à mes habitudes, je ne m'y attardai pas, je n'avais pas envie de me détendre, je n'avais pas envie de réfléchir. Je voulais simplement sortir au plus vite pour la retrouver et reprendre là où nous en étions. J'ouvris la porte, uniquement vêtu d'un boxer et d'un T-shirt, et laissai la place à Isabella qui tremblotait légèrement malgré la chaleur de notre chambre.

Je m'installai sur le dos de mon côté du lit, les bras derrière la tête, et des images fabuleuses me traversèrent l'esprit lorsque j'entendis l'eau couler. Des milliers de gouttes ruisselant sur ses courbes, sa peau frissonnant sous mes mains, son corps que j'avais caressé la nuit dernière, son sourire, sa douceur. Je soupirai, nous étions déjà à la moitié de notre voyage et je savais que les choses seraient différentes à notre retour à New York, quoiqu'il se passe ces quatre prochains jours. Alors je voulais en profiter, prendre ce qu'elle accepterait de me donner, me contenter du peu.

Elle sortit de la salle de bain, portant un débardeur noir à fines bretelles et une mini short de la même couleur. Ses cheveux étaient encore humides, elle semblait trembler, entourait le haut de son corps de ses bras.

« Tu as froid ? »

« Ouai. »

« Alors viens te réchauffer. », murmurai-je sans jamais quitter ses yeux.

Et elle s'installa sous les draps, s'approchant de moi sans pour autant me toucher. Son hésitation me fit sourire. Son regard trahissait cette envie de poursuivre notre moment de tendresse, seulement elle n'osait pas, se retenait, timide. Alors je pris les devants en me rapprochant un peu plus encore pour embrasser sa joue. Je passai mon bras autour d'elle, instinctivement, sans même réfléchir à mon geste. La toucher était devenu naturel, tout comme l'envie de l'enlacer. Sa main maintint mon coude une seconde puis, lentement, elle fit remonter ses doigts vers mon épaule, redescendit jusqu'à ma taille en effleurant mon dos, pour enfin se blottir contre moi. Mon bras gauche sous sa tête, le droit la resserrant au plus près, j'embrassai son épaule, puis son front.

« Bonne nuit Isabella. »

« Tu peux m'appeler Bella. »

Je souris, soupirai de bien être. J'avais compris depuis longtemps qu'elle n'autorisait que peu de gens à l'appeler de cette façon et j'en étais flatté. J'étais fier même, car à présent, je savais qu'elle me faisait confiance et qu'elle m'offrait une place dans sa vie. J'embrassai son épaule une fois de plus mais ne me reculai pas cette fois. Je nichai mon nez au creux de son cou, respirant son parfum.

« Bonne nuit, Bella. », susurrai-je tandis qu'elle dessinait des arabesques le long de ma colonne vertébrale.

« Bonne nuit, Edward. »

Je frissonnai sous ses caresses légères, puis elle posa sa paume contre ma peau, se glissa encore un peu plus près de moi, m'obligeant à relever mon visage pour venir, à son tour, se placer au creux de mon épaule.

Mon cœur battait à un rythme bien trop rapide, il était prêt à exploser. Je me sentais tellement bien, heureux même, car j'entrevoyais désormais bien plus qu'une simple amitié entre nous. Ses gestes, ses caresses, était-il possible qu'elle désir bien plus elle aussi ?

C'était si bon de la tenir contre moi, de me laisser aller à la tendresse. Mais avait-elle seulement idée du calvaire qu'elle me faisait vivre ? Être si près d'elle, poser mes mains sur elle sans pouvoir la caresser pourtant. Je voulais tellement aller plus loin … Mais malgré ses gestes, ses paroles sur la plage me revenaient sans cesse et me faisaient douter. Elle avait laissé sous-entendre que même un baiser serait une connerie. J'avais peur qu'elle regrette, qu'elle culpabilise, qu'elle s'en veuille et que tout se brise. Alors je préférai ne rien tenter malgré mon envie d'elle, me contentai de la serrer contre moi, de respirer son odeur, de savourer son corps contre le mien. Je me délectais de ce bien-être. Mais comment m'en passer désormais ? Comment nier ? Comment ignorer ou même faire semblant ? Je ne pouvais plus me passer d'elle, j'étais définitivement perdu, je n'avais même plus envie de combattre mes sentiments. Je n'avais plus aucun doute, je savais désormais. J'étais tombé amoureux de Bella.


J'espère que ce chapitre vous a plu ! A très vite en réponse à vos reviews, mp ou messages sur Facebook (Emma Nille, pour celles que ça tente ! !

A bientôt pour la suite !