Deux Femmes, Un Homme et Un Beretta
Extrait du Journal Intime de Riza Mustang
Aujourd'hui va marquer le début de mon cinquième mois de grossesse. Le contour de ma taille a atteint des dimensions navrantes, par moment je me sens si grosse et si laide que j'ai envie de vider mon chargeur sur tout ce qui remue, ainsi qu'a pu le constater Roy il y a quelques jours durant une de mes phases 'tête de mule'. Alors que je lui expliquai à grand renfort de soupirs tragiques et de cris accusateurs à quel point ça pouvait être lourd par moment, il a dit « Eh oh, moi j'y suis pour rien ».
Je lui ai laissé une poignée de secondes afin qu'il se rende compte de l'énormité qu'il venait de sortir, puis je lui ai rappelé en détails et pendant une bonne vingtaine de minutes en quoi au juste avait consisté sa participation. Il a fini par battre en retraite, rouge comme un collégien (et laissez-moi vous dire, mesdames, que Roy qui rougit, c'est absolument 'ultra-chibi-kawaï' comme disait je ne sais plus qui) de sorte que j'ai pu piquer ma crise en paix.
Un des principaux inconvénients de mon état est que je suis pour ainsi dire cloîtrée à la maison, et pas seulement parce que, pendant mes trois premiers mois, j'avais des poussées d'hormones qui pouvaient s'avérer gênantes dans les lieux publics, ainsi qu'aime le faire remarquer mon Roy Mustang de mari (Hého, flûte à la fin !! Depuis que nous sommes mariés, celui qui me tanne tous les soirs pour son « petit câlin » qui dure la nuit entière, c'est lui. Alors il peut bien me laisser avoir l'initiative pour une fois, cette espèce de macho !).
Quoiqu'il en soit, c'est la chose que je supporte le moins bien. Heureusement, j'ai quand même des visites (uniquement entre filles, Roy a insisté), et le plus souvent c'est mon amie Maria Ross qui s'y colle. J'apprécie tout particulièrement ses visites car elle m'écoute avec une sainte patience déballer mes projets nocturnes plus ou moins racontables quand je suis en phase 'montée d'hormones', ou mes plaintes déchirantes et totalement injustes quand le couvercle déborde. De son côté, elle me raconte l'avancée de sa drague lente et sûre de son Dennis Broche de sergent. Elle me tient également au courant des derniers potins du QG (et c'est à l'occasion de l'une de ces discussions que j'ai appris qu'avant que Roy ne me demande en mariage, les trois quarts du QG pariaient sur le temps qu'il mettrait à se décider. Ce qui veut dire que tout le monde nous avait grillés, gloups).
D'ailleurs, hier matin, elle m'a fait part d'une nouvelle qui a failli jeter le trouble dans ma vie idyllique de 'femme-mariée-à-un-homme-qu'elle-aime-et-qui-l'aime-les-p'tits-zoziaux-cui-cui-les-p'tites-abeilles-bzz-bzz-les-p'tits-chiens-wouf-wouf-et-les-p'tits-berettas-pan-pan'.
Elle (me parlant des dernières mésaventures de l'équipe Mustang) : « ... et c'est à ce moment-là qu'Havoc s'est pris un énième râteau, mais cette fois avec Minne Rickett, la nouvelle aide de camp de Roy. »
Là, mon intuition féminine a commencé à tilter.
Elle (n'a pas remarqué mon air suspicieux) : « En gros, elle l'a rembarré gentiment en lui disant que son idéal masculin, c'était les bruns au regard de braise et non les blonds un peu benêts. »
Mon intuition m'a fait saisir compulsivement la crosse de mon Beretta.
Elle (devait être vraiment tête en l'air ce jour là) : « Bref, il est allé pleurer comme un gosse dans la remise, gueulant que c'était pas juste que toutes les filles soient folles du général Mustang et... »
Elle s'est enfin rendu compte de mon regard de rivale-killeuse et s'est tout de suite arrêtée, trop tard. La partie 'jalousie, théories de complot et détecteur de magouilles en tous genres' de mon cerveau turbinait à plein régime et avait retenu quelques points essentiels :
1) On m'avait remplacée en tant qu'aide de camp de Roy. Mon orgueil en prend un coup, on se croit irremplaçable et...
2) C'est une fille qui occupe ce poste. Et apparemment mignonne, sinon Havoc ne lui tournerait pas autour (il a bon goût, même s'il n'a aucun succès auprès des filles).
3) Elle a un faible pour Roy. Comme la moitié des femmes de Central, mais...
4) Le problème avec Havoc, c'est qu'il a si bon goût que, systématiquement, il a des vues sur le genre de femmes qui plaisent à Roy. Donc...
Je me suis levée, j'ai foncé dans la remise et j'en ai extrait le poncho d'apparat livré avec l'uniforme, qui a l'avantage de m'éviter de ressembler à une grosse baleine boudinée dans une tenue militaire. Je l'ai enfilé, accroché à mon ceinturon ma demi-douzaine de pistolets préférés et je suis sortie en trombe de la maison, laissant Maria plantée là avec le sentiment de culpabilité écrasant qu'on a généralement après avoir largué une bombe nucléaire sur une zone autrefois paisible.
Moi, je me suis ramenée au QG, faisant le vide dans les couloirs, mais j'ai constaté avec soulagement que personne n'avait remarqué mon tour de taille grâce au poncho. Je suis allée dans le bureau d'à côté de celui de notre équipe, je suis entrée dans le placard secret qui donne sur le miroir sans tain de la salle de travail, une ruse inconnue de Roy que j'ai plusieurs fois utilisée pour vérifier qu'il ne tirait pas au flanc pendant mon absence. Je me suis installée aussi confortablement que possible et j'ai attentivement observé ma soi-disant rivale.
Déjà, j'absous Roy sur le point du goût. Comme je le disais, le fait qu'Havoc tourne autour d'une fille est en soi un gage de qualité. C'est qu'elle est vraiment mignonne, la brunette de service, là !! M'énerve.
Peu de temps après, Roy se pointe. La voilà qui se précipite, un charmant sourire aux lèvres, et qui lui enlève sa sacoche, son manteau, sa veste, NON QUAND MÊME PAS SA CHEMISE TOUT DE MÊME ?!
Et si, elle a essayé. Le tout avec l'air mi-sainte-nitouche, mi-pervers de circonstance semblant dire « là, mon coco, t'aimerais bien savoir si je rigole ou si c'est du sérieux ». Et Roy qui rougit comme un débutant avant d'aller s'asseoir (maladroitement) à son bureau sur lequel trône le courrier de ses admiratrices, qu'insiste pour lui lire à voix haute Minne. Même les passages les plus discutables. Là, ça m'énerve encore plus, car c'était une des activités que moi et Roy on aime beaucoup faire quand on est entre nous, moi dans le rôle de la folle de service et lui qui me... Bon passons, ça vaudra mieux. Je vous assure.
Pour en revenir à Minne, deuxième bon point pour elle : ni 'Oie Blanche', ni 'Femme Fatale de Prisunic', elle suit son propre mode de drague, sans faire de complexe. Elle est redoutable. Et ça m'énerve. D'ailleurs, au bout d'une petite demi-heure à me ronger les sangs à force de la voir tournicoter avec sa bouche en cœur autour de MON mari, j'ai commencé à sentir les premiers signes de relâchement de mon self-control légendaire. A chaque fois qu'elle rentrait dans le cercle imaginaire d'un mètre de diamètre que j'ai tracé autour de Roy, je me demandai sans trop réfléchir quels seraient les dégâts sur le costume de Roy si j'explosai la tête de cette petite greluche.
Là où j'ai craqué c'est lorsque Roy, qui s'empiffrait comme à son habitude, a laissé un petit bout de chocolat sur le bord de la commissure de ses lèvres.
Elle : « Oh général, vous avez un petit quelque chose sur le bord de la bouche. »
Roy essaye de l'enlever, rien à faire il ne le trouve pas. Puis il se rend compte que le visage de Minne est à quelques centimètres du sien.
Elle (voix sensuelle au possible) : « Laissez-moi vous aider... », et de tendre les lèvres soi-disant pour attraper ledit morceau de chocolat.
PANG ! FIOUUUUUUUU !
La détonation de mon Beretta couvre le claquement de la porte de l'entrée et la balle siffle entre Roméo et Juliette. Roy me regarde l'air ahuri et coupable. Mon coco, ça va barder pour ton matricule ce soir à la maison. Elle, pas gênée pour un sou par le calibre 38 que je braque sur elle, se lève et me salue. Petit échange d'amabilités sonnant un peu fausses à cause de l'atmosphère qui s'instille dans la pièce. Breda, Havoc, Falman et Fuery sortent par la porte de derrière en marchant à quatre pattes, y'a des signes qui trompent pas : les rats ont senti le danger...
Puis, s'interrompant au milieu de sa présentation réglementaire, Minne me fait un sourire et me dit d'un trait :
« ...J'ajouterai que depuis mon entrée dans l'armée, je rêvais de pouvoir vous rencontrer. Hélas, je crains également finir par être celle qui vous prendra le général de brigade Roy Mustang. »
Réflexe conditionné : mon index appuie sur la détente en visant l'oreille gauche.
J'allais quand même pas buter une gamine de sang froid.
Minne lève le bras en un éclair, son bracelet alchimique luit et ma balle s'arrête comme stoppée par un champ magnétique.
« Vous ne me visiez pas vraiment. De la pitié ? Ou l'âge se fait ressentir ? »
Tout compte fait, peut-être bien que je vais me l'allumer, pour finir.
Je sors de son holster en un éclair mon Desert Eagle, elle concentre son pouvoir alchimique entre ses mains. Roy tente une vaillante interposition.
« Euh... Mesdames... Chérie, mademoiselle, si vous pouviez vous calm...
- TOI/VOUS, LA FERME ET LAISSE/Z MOI REGLER CA, COMPRIS ? »
A l'unisson, en plus. Elle pense comme moi, cette petite m'est de plus en plus sympathique.
La seconde d'après, je me rejette en arrière pour éviter un éclair alchimique et je vide à moitié mes chargeurs sur la fine silhouette qui plonge à l'abri des bureaux.
Bref, pendant l'heure qui a suivi, on s'est couru après dans les couloirs du QG (moi un peu moins : j'avais la meilleure portée, la meilleure cadence de tir, mais un handicap : mon ventre et son contenu) en semant la dévastation sur notre passage, jusqu'à ce qu'un mur de flammes ne nous sépare, faisant fondre ses bracelets ainsi que mes armes (en un instant, de sorte qu'on n'a pas été brûlées. Chapeau, Roy, du grand art.), et que le Flame Alchemist ne me prenne par le bras en me disant de la voix la plus douce et la plus raisonnable du monde :
« On devrait peut-être rentrer à présent. »
C'est donc ainsi que s'est achevée ma rencontre avec ma meilleure ennemie, car elle a bien mérité de devenir ma rivale officielle. A présent, une lutte sans merci mais courtoise, s'il vous plaît, est déclarée entre nous. Et Roy, c'est le terrain. Sachant que pour l'instant, j'ai un gros avantage...
Non, pas seulement le fait que je sois enceinte de lui : je suis moi, tout simplement !
C'est bien pour ça qu'il m'a épousée, non ?
