CHAPITRE 20

Au matin du troisième jour, Loki décida de rentrer à Arendelle. Si la visite des montagnes et le temps libre lui avaient plu, il commençait vraiment à n'avoir rien à faire, et ça l'ennuyait. Il empaqueta donc tout ce qui lui restait, et se mit en selle. Il avait sillonné les crêtes dans un rayon de vingt kilomètre autour du château, sans rien trouver d'intéressant, et était déçu. Il avait pensé – voire espéré qu'un royaume avec une reine magique pourrait avoir des lieux spéciaux. Mais rien, de chez rien, de chez rien.

Il donna un léger coup de talon à Ster, qui partit au pas sans rechigner. Le cheval semblait en avoir assez de tourner en rond, lui aussi, et avait tout l'air d'avoir deviné qu'il rentrait chez lui. Ils descendirent dans la première vallée sans encombre, et allaient continuer leur route, lorsque Ster buta. Un craquement plus tard, ils dévalaient tous deux une pente raide. Ils atterrirent au fond de la crevasse jusqu'alors invisible dans un épais nuage de neige. Loki fut propulsé au sol, et, se roulant en boule pour atténuer le choc, fit plusieurs culbutes avant de savoir à nouveau où étaient le haut et le bas. Il secoua ses vêtements pour enlever la couche blanche qui les recouvrait.

Il grogna en découvrant qu'il s'était entaillé le bras. Un mince filet de sang coulait, et tachait la neige d'écarlate. Il n'y fit pas attention, préférant se mettre à la recherche de son cheval. Celui-ci avait paniqué, et s'était enfui. Loki partit dans la direction qu'il avait empruntée, suivant la forme de la crevasse. Elle était plutôt étroite, mais le chemin s'élargit bientôt pour déboucher sur une caverne souterraine. Des blocs de glace, dont la taille pouvait atteindre celle d'une voiture terrienne, jonchaient le sol, rendant la progression difficile.

En suivant les trace que Ster avait laissées, Loki parvint à le retrouver au bout d'une demi-heure de marche. Il n'était toujours pas remonté à l'air libre, et cet enfermement commençait à lui peser. Il attrapa la bride de l'étalon, et continua sa route. À un embranchement, il hésita. Trois voies s'offraient à lui il choisit finalement celle du milieu. Comme de juste, à peine engagé à l'intérieur, la terre trembla, et des rochers dégringolèrent, et lui bloquèrent la retraite. Il grinça des dents. Cette petite expédition commençait à ressembler à une mauvaise farce.

Loki prit la décision d'avancer. Au pire, il se débrouillerait pour sortir avec sa magie, même s'il devait laisser Ster à l'intérieur. Tout en marchant, une question lui vint à l'esprit. Pourquoi diable ne s'était-il pas enfui durant ces jours de liberté ?

La première réponse qui lui vint fut aussitôt repoussée : il n'avait pas envie de partir. Il préféra se chercher des excuses. Alors qu'il élaborait une longe liste des inconvénients d'un départ, il déboucha dans une large cavité aux parois étrangement lisses. Il s'arrêta pour passer une main sur la pierre polie. Elle était douce et froide. Il reporta son regard sur le centre, et se figea.

Au dessus d'un socle de glace blanche et étincelante, une armure grise et bleue flottait à quelques centimètres du piédestal. Comment et pourquoi elle était maintenue en l'air, il n'en avait aucune idée, mais il s'en moquait. L'important était l'armure. Elle était faite selon les normes asgardiennes, c'est-à-dire qu'elle comportait un plastron, des épaulières, des jambières et des gantelets, et rien de plus. Le reste du corps était libre, ce qui impliquait un minimum de pratique pour éviter de se faire couper un membre. Loki s'en approcha avec précaution, méfiant. Il remarqua, à la forme du bustier, que c'était une cuirasse typiquement féminine. Il soupira, déçu. Ce n'était pas aujourd'hui qu'il pourrait remplacer la sienne.

Lorsqu'il fut près, il s'arrêta pour examiner les détails. Le gris clair des plaques lui rappelait quelque chose… Il ne mit pas longtemps à mettre le doigt dessus. Du métal Uru. Encore plus résistant que l'Adamantium, ce métal unique façonné par les nains n'existait que sur Nidavellir, et en très petites quantités. Et en plus, c'était considéré comme la matière indestructible par excellence. Le marteau de Thor était fait dans cet alliage. Quand au bleu des jointures… il était clair, presque de la même couleur que les colonnades du palais de Jötunheim. Loki passa un doigt dessus. Les points de liaison étaient glacés. C'était de la glace. Mais inhabituelle. Il n'arrivait pas à trouver le bon terme pour désigner cette texture, mais elle lui rappelait vaguement quelque chose.

Il recula, et hésita. Il avait envie de l'emporter, mais n'en voyait pas vraiment l'utilité. La seule personne à qui l'armure pourrait correspondre était Elsa, mais ce n'était pas une guerrière. Oh, et puis tant pis, songea-t-il. Il attrapa l'un des gantelets, et le tira vers lui. L'objet, comme sorti d'un champ invisible, sembla à nouveau se soumettre à l'attraction terrestre, et attira Loki au sol. Il grogna, le nez enfoncé dans la neige. Le morceau était lourd, mais pas figé par un sort. La personne qui porterait cela devrait avoir une grande force…

Loki rangea les différentes parties de l'armure dans l'un sacs vides qu'il avait gardés. Il reprit ensuite les rênes de son cheval, et continua sa route. De l'autre côté de la caverne, il y avait une sorte de champ de force magique. Il le traversa, déboucha une petite grotte, et se retourna, pour tomber nez à nez avec une paroi de pierre qui avait l'air particulièrement solide. Il posa une main dessus. Ses doigts traversèrent le « roc ». Une illusion. Particulièrement bien faite.

Le soleil entrait à flots dans la cavité qu'il avait atteinte. Il se dirigea donc tout naturellement vers la source de la lumière, et parvint enfin à l'extérieur.

— Enfin ! marmonna-t-il.

Il laissa Ster brouter quelques brins d'herbe, et regarda autour de lui. En apercevant des rochers ronds, couverts de mousse, il sourit. Il était chez les trolls. Et il devait justement leur parler.

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Elsa regarda dehors. Loki n'était pas encore rentré, et il était midi. Bah, il rentrera ce soir, essaya-t-elle de se rassurer.

— Inquiète pour lui ? demanda Anna dans son dos avec tout un monde de sous-entendus dans la voix.

— Pas du tout, nia-t-elle. J'espère juste qu'il ne s'est pas enfui, parce que sinon, il y aura des dégâts.

— Mmmhm, acquiesça l'autre, pas du tout convaincue.

La rousse reporta son regard vert sur la liste des invités.

— Tu comptes faire venir qui ? demanda-t-elle à son aînée.

Elsa se tourna vers elle, et commença à marcher en long et en large.

— Tu as mis les Asgardiens ?

— Oui.

— Corona ?

— Bien sûr.

— Agrabah ?

— Ils vont se geler, mais oui. Sérieusement, il fait quarante degrés chez eux ! Mais bon, à ce qu'il paraît, le prince Aladdin est mignon.

— Il est marié ! Et tu es fiancée.

— Peu importe !

— Bref. Dun Broch ?

— Yep.

— Weselton ?

— T'es sérieuse ?

Anna ouvrait de grands yeux.

— Leur roi m'a envoyé une lettre d'excuses, plaida Elsa. Et tu peux refuser de mettre le duc…

— Il a juste essayé de te tuer ! Et ne me dis pas que tu vas aussi inviter…

— Nan. Seulement ses trois frères aînés.

La princesse se renfrogna à l'idée de rencontrer la famille de Hans, mais elle ajouta les noms à la liste déjà bien longue.

— Atlantica ?

— Déjà envoyé un message, peuvent pas venir à cause des eaux trop froides.

— Dommage. On a essayé de contacter Neverland ?

— Et tu veux y aller comment ? interrogea Anna, ironique.

— Chine ?

— Tu veux vraiment inviter Mulan ?

La jeune chinoise leur avait déjà rendu visite environ six mois auparavant… et dire que les négociations avaient été tendues était un euphémisme. C'était justement la fois où Elsa s'était réveillée et avait failli transpercer la visiteuse d'une lance de glace.

— Laisse tomber.

Elles se regardèrent, et pouffèrent.

— Je pense que ça suffit… souffla Elsa.

— T'en es sûre ? releva sa petite sœur. Ils ne sont que trois cent.

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Pabbie accueillit Loki d'un grognement neutre.

— Je savais que vous viendriez, grogna-t-il pour lui-même, sans paraître enthousiaste à cette idée.

Pris d'une inspiration soudaine, le dieu défit le sac, et sortit l'un des morceaux de l'armure qu'il avait trouvée.

— Vous savez ce que c'est ? demanda-t-il.

Le troll prit l'épaulière, la leva comme si c'était une plume pour la mettre entre le soleil et lui, puis la ramena vers lui et passa une main au dessus, sans la toucher. Il soupira.

— C'est un fragment de l'armure d'Ingrid Frost, la fondatrice de ce pays. J'imagine que vous avez le reste dans le sac.

Loki hocha la tête.

— Vous pouvez m'en dire plus ?

Pabbie hésita. Il se décida finalement, parlant à voix basse :

— C'est un objet qui a beaucoup de pouvoir. Ingrid n'était pas humaine (il lança un regard lourd de sous-entendus à son interlocuteur), et cette armure ne vient pas d'ici. Elle a été façonnée par des… hum… nains. C'était à l'époque où Ingrid devait défendre ce royaume contre des menaces qui aujourd'hui n'existent plus. On les appelait des Chitauris.

— Ils n'existent vraiment plus ? Du tout ?

— Leur maître est toujours vivant, révéla le troll, mais les étoiles disent qu'eux n'habitent plus que sur Helheim, la terre des morts. Mais vous êtes au courant de tout ça.

Loki retint un sourire agacé. Bien sûr qu'il était au courant. Thor ne s'était pas dérangé pour lui raconter sur le chemin du retour comment ils avaient décimé l'armée de monstres, avec ses amis.

— Tout ça pour dire que c'est quelque chose qui a… une conscience. Un peu comme le marteau de votre frère.

Le dieu haussa un sourcil. Il avait toujours pensé que les sorts d'Odin liaient l'objet à son propriétaire, et que c'était à cause de ça que les autres ne pouvaient pas l'utiliser. Le troll sembla lire dans ses pensées, puisqu'il ajouta :

— C'est les mots du Père-de-tout qui indiquent à la conscience ce qu'elle doit faire.

— Et donc… cette armure est comme ça.

Pabbie hocha la tête.

— Sauf que personne ne la guide. C'est elle qui décide qui va la porter, ou non.

— Elle me paraissait lourde…

— Elle ne doit pas vous apprécier, répliqua Pabbie avec humour.

— Ha, ha, grinça Loki.

Si elle ne m'aime pas, elle devrait adorer Elsa. D'ailleurs, en parlant d'elle…

— Et…

Il hésita. Il n'aimait pas parler de ce qui lui était arrivé. Mentir était devenu pour lui une seconde nature.

— Il s'est passé quelque chose, avec Elsa…

— La reine ? interrogea le petit être, intéressé.

Sans demander la permission, il toucha le front de Loki, qui s'était baissé pour le regarder dans les yeux pendant la discussion. Le dieu sentit comme une présence dans son esprit, qui semblait explorer ses souvenirs. Puis, la présence se retira. Un fin brouillard se forma au dessus de Pabbie, qui y envoya la scène de la dispute avec Elsa. Il la regarda attentivement, jusqu'à la scène de l'explosion. Il ne remonta pas à l'arrivée de Jean Grey.

— Intéressant…

— Quoi ?

Pabbie leva un regard amusé vers Loki. Puis, il soupira, et expliqua :

— C'est un phénomène rare, même pour des Jötuns.

— Mais qu'est-ce que ça veut dire ? s'impatienta-t-il.

Le troll garda le silence pendant un instant, qui parut durer une éternité. Et il lâcha soudain :

— Vous êtes des âmes sœurs.

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NdA : Oui, je sais, j'avais dit que ce ne serait pas juste une histoire stupide où ils se tombent dans les bras juste parce qu'un regard échangé au bon moment a fait jaillir l'étincelle. Et ça ne va pas changer, ce n'est pas parce que j'ai mis âmes sœurs que ça va devenir plus simple pour eux… au contraire ! XD

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