C'est l'aboutissement de vingt chapitres, celui que je désirais tant, celui qui me faisait avancer sans relâche. Ben voilà, il est là !



Chapitre 21

«Je ne peux m'empêcher de mordre parce que les vampires ont des dents,

Et comme dans les contes pour adolescents j'aime sucer le sang,

Mais j'aime encore plus lorsqu'il s'agit du tiens qui glisse sur mes lèvres,

Car il me plonge dans un amour qui me ronge de fièvre. »

Les journées ont pris une tournure des plus monotones. Entre missions, tâches secondaires telles que le ménage ou les rapports, achats de matériels et de courses, et disparitions soudaine du blond, rien de réel ne transparait. Je fais tout en silence, en acceptant tout, et en ne me plaignant nullement. La vieille bique qui nous sert de Hokage en est satisfaite et elle a finit par me lâcher la bride. L'hiver est passé avec une brève chute de neige qui n'a fait qu'accroître ma folie. Il n'y a pas eu de fête pour moi qui suis resté dans la vieille demeure de mes ancêtres. La solitude est venu s'installée en moi sans que je la voie faire. Alors maintenant, c'en est trop.

Naruto vient de m'annoncer qu'il sortira ce soir avec les autres pour aller manger et boire un verre. Ce n'est que la quatrième fois cette semaine d'après lui, alors que c'est la première fois qu'il sort autant en une semaine. Je ne lui ai rien dit quand il me l'a annoncé au matin, mais maintenant, je sens la rage envahir mes veines et brûler ma poitrine. Ce n'était plus arrivé depuis ma rencontre avec Hinata. Depuis lors, j'avais tenté d'encaisser le plus possible en essayant de ne pas écraser quoi que ce soit. Ce que j'avais jusqu'à présent réussis.

Je n'en reviens toujours pas du fait que tout le monde semble à nouveau l'apprécier. Seul Ino ne démord pas de sa position. On pourrait croire que jamais Naruto n'a détruit le village et tué la moitié de ses habitants. On pourrait se dire que c'est un rêve, ou un cauchemar.

Tout a commencé avec l'invitation de Kiba poussé par les autres. Gaara avait mis son grain de sel dans l'histoire d'après ce que j'en avais entendu dire, et ils s'étaient tous réconciliés comme si de rien n'était. Ils avaient acceptés Naruto en tant qu'être humain. Dorénavant, ils le considéraient à nouveau comme l'un des leurs. C'était effarant. Je n'ai strictement rien pu faire pour les empêcher de détruire ce que j'avais réussis à construire en mon sens. Alors au final, celui que l'on pointe du doigt, c'est moi.

Tandis que le jinchuuriki qu'ils avaient haïs sortait faire la fête avec eux, qu'ils buvaient ensemble, mangeaient ensemble, riaient ensemble, je me retrouvais seul, presque isolé. En mission, j'avais commencé à ne plus accompagné Naruto, sauf pour les très longues ou les classées rang A. Lors de la disposition des membres, j'étais celui qu'on envoyait en tête, celui qui était le plus exposé, le plus proche de la mort. Tout ça m'était égal jusqu'à aujourd'hui.

Toutes ses messes-basses, toutes ses œillades désagréables, toutes ses missions suicidaires, toutes ses calomnies sur mon clan, toutes ses injures qu'on ne dissimule même plus entre ses dents…Tout cela me rend complètement ivre de rage. Obligé de faire la paperasse pour aujourd'hui, j'ai envie de tordre le cou de Tsunade qui a envoyé Naruto en mission. Rien ne s'est produit en ce qui concerne Naruto, mais rien de ce que j'ai fait n'a été effacé en revanche. Tout reste encré dans un petit dossier fermé à clé que le Hokage n'oublie pas de me citer régulièrement. Quand ce n'est pas elle, ce sont les autres qui ne se lassent pas de mes anciens exploits, de citer l'akatsuki ou mon frère. Et enfin, il y a Naruto qui me renvoie sans cesse ces images, lui et ses souvenirs qui se sont imprimés en moi.

Je pose le tas de documents sur un bureau déjà bien occupé. Sans rien laisser paraître des mes émotions actuelles, je me mets au travail en vérifiant les rapports, les signant, les datant, les corrigeant à la moindre erreur. Pourtant, il ne faut pas plus de deux heures avant qu'Ebisu ne vienne me trouver avec ses grands airs et son crétinisme affirmé. Comme d'habitude, il tient une unique feuille que je lui ai remise il y a peu, la secoue en faisant des bruits railleurs une fois posté à mon bureau.

-« Uchiha-kun, qu'est ce que c'est que ça ? »

Posant mon stylo, je respire un grand coup avant de me tourner vers lui. Il ne sourit pas bien que la lueur qui illumine ses yeux prouve que peu s'en faut.

-« Un rapport que j'ai corrigé il y a dix minutes », dis-je d'une voix lasse.

-« Et qu'est ce que c'est que ça, alors ? »

Il place la feuille sous mon nez en mettant son gros doigt sur une ligne que je relis d'un air disparate. En effet, il y a une légère faute que je n'ai pas relevée à cause des mes pensées égarées.

-« Il manque un accent sur le mot 'encéphalogramme' je remarque. J'avoue ne pas y avoir prêté attention plus tôt. »

-« Aha ! » crie-t-il d'un air triomphant qui rameute presque tout le quartier. « Pourtant tu le considérais comme digne d'être consigné dans nos archives ce rapport ! Uchiha-kun, je suis très déçu de ton manque d'enthousiasme dans ce travail ! »

Bien entendu, les sourires des assistantes de bureau apparaissent timidement, tandis que les autres ninjas, consignés aux rapports eux aussi, affichent clairement un visage goguenard. Certains s'approchent même pour mieux profiter du spectacle. Ravalant ma colère, j'observe le petit spectacle d'Ebisu ravi de son auditoire. Il reprend sa tirade avec des grands gestes éloquent digne des spectacles offerts par les mise-jorou*.

-« Surtout quand l'on sait que tu es toujours le premier à te jeter dans la bataille au cours des missions ! On voit là ton véritable enthousiasme à tout réussir, mais je suppose que tu considères le fait de remplir de vulgaires papiers comme indigne de toi, n'est ce pas ? Pourtant je ne cesse de te le dire : il n'y a pas plus important après la mission que les rapports ! Ils sont primordiaux, que dis-je, vitales ! Même un Uchiha se doit de les faire, que tu le veuilles ou non ! »

Il s'arrête brusquement comme un rictus déforme mes traits. Je me lève brusquement et il fait trois pas en arrière qui l'amènent à trébucher sur les pieds de sa collègue. Oui, rampez à mes pieds, tous autant que vous êtes !

-« Je pense avoir supporté beaucoup de chose », j'entonne d'une voix rendue glacial par la colère. « J'ai été emprisonné, torturé, obligé de troquer ma liberté, assigné à des missions d'un niveau ridicule, on m'a ordonné de joué à la baby-sitter parce que vous n'étiez pas capable de faire quoi que ce soit avec le Kyubi dans tout Konoha, j'ai travaillé, j'ai gagné le rang de Jûnin, et je compte bien obtenir celui d'Anbu dés que la chance s'en présentera. » J'inspire à plein poumons pour essayer de garder la tête froide et ne pas commettre l'irréparable. « Alors oui, corriger le dossier des autres me rend légèrement…furax si vous voyez ce que je veux dire. »

Le silence qui plane dans la pièce est si tendu que je peux presque entendre les pensées des gens présents. Finalement, je corrige la faute du dossier et la tend à Ebisu avec un sourire sarcastique.

-« Voilà, le mal est réparé. »

Il se saisit de la feuille avec violence en remettant les lunettes sur son nez, la frustration ayant remplacé la peur.

-« Un meurtrier reste un meurtrier ! claironne-t-il. Tu peux t'estimer encore heureux d'être en vie ! »

Il tourne les talons en râlant, vociférant des insultes que je préfère ignorer. Les nombreuses personnes qui étaient là prennent un air à la fois gênés et ravis aussi de savoir qu'elles auront une histoire à raconter ce soir. Tous retournent à leur place, me laissant là.

Non, vraiment, j'en ai plus qu'assez de tout cela.

Je remplis encore un tas de paperasse avant de pouvoir partir, non sans une remarque acide d'Ebisu dans mon dos qui me donne envie de lui ouvrir le crâne en deux pour vérifier la taille de son cerveau. C'est donc les mains dans les poches que je prends le chemin de la maison en proie à une foule d'émotions contradictoires. En passant par le centre de Konoha, j'achète quelques fruits dont des tomates. Puis, dans la lancée, j'emporte aussi du pain car je n'en n'ai plus mangé depuis un moment, ainsi que du fromage. Chargé de mes achats, je décide quand même de prendre de la viande avec car il n'en reste plus beaucoup au frigo.

Au moment de chargé cet ultime sac en papier dans mes bras, je les sens vaciller et prévoit de les rattraper du pied sauf qu'à la place, je percute Hinata de plein fouet. Le sac et son contenu tombe à terre, tandis qu'Hinata mord la poussière. Ebahis, je tourne la tête en tout sens avant de m'enquérir de son état. Et la première chose qu'elle me dit alors : « Ah ! Je suis désolée ! Je n'ai pas réussis à rattraper ton sac ! » marque mon esprit de par sa douce stupidité. J'insiste pour savoir si je ne lui ai pas fait mal, mais elle me répond que non avec un grand sourire qui me force à accepter son aide pour ramener mes achats à la maison.

Elle se charge de deux sacs – les moins lourds de tous, j'y ai veillé – et s'empresse de me suivre sans rien dire. Elle contemple la foule d'un air content, presque fière de se tenir là où elle est, alors que la plupart nous dévisage avidement. Pour ma part, je commence à en avoir l'habitude et n'y prête plus grande attention, sauf quand je les entends médire sur mon clan. Et sur Naruto.

Nous quittons les quartiers agités pour des rues plus étroites et moins denses, lesquelles nous emmènent finalement en dehors des habitations. Sur la route, Hinata ne prononce pas un mot, sauf lorsqu'elle croise une connaissance, ou un chat tigré qui bronze au soleil. Après nous être arrêtés pour l'observer de plus près et lui avoir remis une tranche de jambon, nous reprenons la route en arrivant près du lac. L'épisode de notre dernière rencontre semble venir hanter l'atmosphère pendant quelques instants, avant qu'Hinata ne trébuche sur un bout de bois trainant sur le chemin et que je doive la retenir.

Contournant les palissades, nous arrivons lentement vers le quartier des Uchihas dont l'emblème écaillé par le temps est touché par les rayons du soleil. Un vent plus froid vient nous ébouriffer alors que nous arrivons à l'entrée. Je propose alors à la jeune fille de me laisser continuer seul puisque je ne suis lus loin de chez moi, mais elle insiste et obtient gain de cause. Finalement, elle se retrouve même assisse à table avec une tasse de thé et des gâteaux que j'ai été prendre dans la chambre de Naruto.

-« Merci de ton hospitalité », avance-t-elle en serrant ses mains contre son thé.

Je m'installe face à elle sans rien dire. En réalité, je me demande moi-même ce qu'elle fait là tellement la situation me parait étrange. Pourtant, je ne peux pas m'empêcher de me dire qu'il faut que je lui parle.

Elle porte le thé à ses lèvres et souffle dessus avant d'en avaler une petite gorgée et de me complimenter sur son parfum. Je ne réponds toujours pas bien que je sente qu'elle aussi, elle souhaite me parler. Alors je décide d'y aller, à fond.

-« Pourquoi Naruto t'a-t-il rejeté ? »

Le thé vacille dans ses mains durant un instant. Elle le pose sur la table et ses yeux croisent les miens sans sourciller, même si elle est surprise par ma brutalité.

-« Il me semble que tu aies répondu à cette question l'autre jour… » dit-elle d'une petite voix.

-« Je m'excuse pour les conneries que j'ai dite. Je voudrais ta version. »

-« Pour faire quoi? »

-« Ca dépendra de ta réponse. »

-« Tu veux éviter les erreurs que j'ai faite ? »

Je détourne les yeux avant de les vriller à nouveau sur elle en m'invectivant silencieusement. Bizarrement, dans les souvenirs de cet abrutit de blond, elle parait bien plus niaise qu'elle ne semble l'être aujourd'hui, assisse en face de moi telle l'héritière légitime de son clan dans tout son prestige. Elle ne sourcille pas le moins du monde devant ma réaction, bien que je ne sache pas si c'est délibéré ou si c'est une faute d'inattention.

-« J'aimerais juste que tu répondes à ma question. Pourquoi ? »

-« Si je te réponds…Est-ce que tu accepteras…de répondre à la mienne ? »

-« Ca dépendra de ta réponse. »

Elle sourit doucement. Elle a compris qu'elle n'aura rien de moi tant qu'elle n'aura pas répondu.

-« Très bien, » dit-elle en prenant une nouvelle gorgée de thé. « Je vais te répondre, Sasuke. Cependant, je ne sais pas si j'ai tord ou non. Le reste dépend du point de vue, je pense. »

Mon estomac se crispe bien malgré moi, alors je me force à boire un peu de tisane pour paraître détendu. Elle semble attendre d'avoir toute mon attention avant de commencer.

-« Naruto-kun, je l'ai toujours aimé, et je crois que je l'aime encore. Pourtant, nous n'avons jamais été des amis proches, et il ne parvenait sûrement pas à me comprendre. Je pense même qu'il a dû tomber des nues quand je me suis déclarée, » ajout-elle avec un sourire triste. « C'était certainement cocasse, une fille pas très douée qui veut protéger la seule personne du village capable de battre le pire ennemi que l'histoire de Konoha aie connue, et qui se déclare sur un champ de bataille. Je m'en suis rendue compte avec le temps. »

Elle redresse le visage et chasse quelques mèches de ses longs cheveux.

-« Naruto ne m'a jamais aimé. Il aimait Sakura. Il a besoin de quelqu'un qui brille à ses côtés, et Sakura avait une étincelle que personne ne pouvait éteindre. Moi, je ne possédais rien de telle, et nous nous parlions à peine alors qu'elle était sa coéquipière. C'est bien ironique qu'elle ait été amoureuse de toi Sasuke-kun. Parce qu'au final, c'est à cause de cela que Naruto l'a repoussée elle aussi. Pourtant, tu es très différent de Sakura. Tu as tué, tu as cherché la vengeance, tu as manipulé tes amis, tu as déserté ton village, tu as trahis la confiance de tous, et pire encore. Je ne suis vraiment pas sûre que ma réponse puisse t'être d'un quelconque secours. »

Hinata prend sa tasse et boit une longue gorgée. Mes doigts sont crispés sur le bord de la table et ne semble pas vouloir lâcher prise. Complètement figé, le silence s'éternise jusqu'au moment où Hinata décide de prendre congé. Elle se lève et je l'accompagne dans un geste de pur réflexe. Arrivé à la porte principale, elle se tourne vers moi et me remercie avec un grand sourire avant de me dévisager.

-« Dis-moi, Sasuke, tu aimes vraiment Naruto… ? »

Durant un effroyable moment de terreur, je reste paralysé, le froid se disputant à la sueur qui dégouline dans mon dos. Je me doutais bien qu'elle l'avait compris, cela dit, je ne pensais pas qu'elle serait aussi franche dans sa fameuse question. En réalité, je pensais même qu'elle ne la poserait pas. Je ne suis pas le seul à foncer dans le tas apparemment.

Reprenant mes esprit, je ferme ma bouche en repensant à cet idiot qui a toujours la gueule grande ouverte dés qu'il est un temps soit peu perturbé et à qui je ne suis pas loin de ressembler pour le coup. Je tente de décrispé mes muscles sans grand succès. Hinata ne dit pas un mot, pourtant elle n'a jamais semblé aussi sérieuse.

-« Je suppose que je suis obligé de te répondre pour que tu sois en paix et que t'ailles au paradis sans rechigner, c'est ça ? »

-« Pas du tout, » répond-t-elle en laissant un large sourire se dessiner sur ses lèvres. « Ton visage a déjà répondu. Tu manque d'entrainement, Sasuke. »

Confus, et râlant, je la chasse prestement en entendant son rire cristallin s'enfuir de ma propriété. Cette garce sait mieux s'y prendre qu'on ne le croit ! Vraiment, c'est la dernière fois que je la prends pour une grosse niaise à peine sortie de ses couches ! Elle est bien plus douée que son cousin à ce jeu. Les Hyuugas ne sont pas si mauvais que ça.

Je rentre faire la vaisselle en continuant de me sermonner sur ma façon visiblement trop obtuse de voir les choses. Au moment où je termine de ranger les tasses, j'entends la porte s'ouvrir et Naruto passe comme une tornade dans le couloir. Un brouhaha intense fait trembler mes nerfs, puis il réapparait à la porte en courant. Il me salue brièvement avant de ressortir aussitôt. Sidéré, j'écoute le calme reprendre sa place sans avoir eu le temps d'ajouter un mot.

Cette brève apparition me raffermit dans mon idée de mettre un terme à tout ces va-et-vient. Je termine de ranger les biscuits et me poste sur le sentier de bois qui contourne la maison. Dehors, l'air s'est encore rafraîchit, et les nuages noires qui approchent laissent prévoir une grosse averse d'ici peu. Je les observe approcher rapidement, s'étendant sur le village de Konoha, et probablement tout le pays du Feu. Il n'y aura donc pas de lessive de dernière minute aujourd'hui. Les derniers rayons de soleil sont avalés d'une bouchée satisfaite et la pénombre donne libre cours à mes réflexions sur les dernières sorties de cet imbécile de blond.

Alors que les premières gouttes commencent à tomber, la silhouette de Naruto se dessine au loin, il court vers la maison en espérant sûrement éviter l'averse. J'ai probablement attendu une heure, ou plus, mais la satisfaction de le voir en vaut la chandelle. Je supprime donc le sourire mauvais qui me vient aux lèvres. Ce n'est pas le moment de céder à la folie, ni à la colère. Je suis parfaitement en mesure de lui expliquer calmement la situation. Il comprendra, d'une façon ou d'une autre.

Naruto atterrit dans un dernier bond à mes côtés tandis que l'orage gronde pour la première fois. Il respire bruyamment par le nez, pas très élégant ni digne d'un Jûnin. Il reprend son souffle avant de me dédier un grand sourire et de se redresser.

-« Tu m'attendais, Sasuke ? »

Je ne lui réponds pas, pétrifié par les pensées qui me traversent l'esprit en ce moment. Refoulant la mémoire de Naruto dans un coin de ma tête, je le dévisage. Son sourire disparaît et ses pupilles s'étrécissent. Les animaux peuvent sentir le danger parait-il.

-« Bon, heu, écoute… » amorce-t-il en observant la pluie s'abattre plus fort de seconde en seconde sur le pays. « Je dois me dépêcher pour arriver au resto sans pour autant être trempé. Alors si t'as quelque chose à me dire, ben dépêche parce que vu la flotte, je risque de devoir te faucher un parapluie. »

Encore. Il rentre à peine ici pour en repartir le plus vite possible. Dans ce cas, pourquoi vit-il ici ? Nous ne sommes plus obligés de rester collé ensemble ! S'il veut partir, il n'a qu'à le faire ! Non, à la place, il joue les coups de vent dans cette vieille bâtisse trop grande et trop vide.

La fureur m'emporte soudain. Une petite voix essaie de tempêter que je ne devais en aucun cas m'énerver, mais il est trop tard. L'accumulation de la journée, de ces derniers mois, semblent avoir atteint leur dernière limite.

-« Tu veux sortir ?! Encore ?! » je hurle avant de me rendre compte de quoi que ce soit. « Tu ne t'arrêtes vraiment pas ces derniers temps ! Tu passes ton temps à ça même ! Vous êtes tous à nouveaux copain, et vous avez pleins d'histoires drôles à vous raconter ?! Ne me fais pas rire !!! »

Il est trop tard pour retenir les mots qui s'échappent, trop tard pour revenir en arrière, alors je décide de tout lâcher. Je le saisis par son col avec une violence qui s'était faite rare chez moi. Toutes ces choses m'insupportent, je n'en peux plus !

-« Ils t'ont trahis, imbécile ! Tu as déjà oublié ?!! Ils t'on vendu à moi ! Ils ont fermé les yeux sur ce que je te faisais subir, jour après jour ! Pas un seul de ces connards ne s'est occupé de toi, t'entends ?! Pas un seul !!! Ils se fichaient bien de savoir ce qu'il t'arrivait du moment que quelqu'un puisse te contrôler !!! Et toi, tu les pardonnes du jour au lendemain en faisant la fête comme si rien ne s'était passé !!! T'es vraiment le dernier des cons !!! »

-« Et alors ? »

Le ton sec de sa voix me coupe en plein élan. C'est alors que je le regarde vraiment, découvrant ainsi qu'il n'y a aucun remord dans sa voix. Seule la colère fait flamber ses yeux. Il referme sa main sur mon bras et m'oblige à le lâcher. La rage fond sur moi devant ce comportement.

-« Comment ça, 'et alors' ?!!! Tu ne peux pas dire que tu les as pardonnés ainsi !!! C'est vraiment n'importe quoi !!! Déconne pas !!! »

-« Mais ta gueule !!! De quoi tu te mêles espèce d'enfoiré !!! » rugit-il à son tour. « C'est MA putain de vie d'accord ?!!! Je fais ce que je veux !!! Le dernier des connards c'est toi au passage, parce que je te signale quand même que c'est toi le salopard qui m'a fait détruire le village !!! C'EST DE TA PUTAIN DE FAUTE !!! »

Il me tourne le dos et s'enfonce dans la pluie battante. Fulminant, je ne peux me résoudre à laisser tomber, je ne peux me résoudre à perdre.

-« OU TU CROIS ALLER ?!!! NARUTO, REVIENS ICI !!! »

-« JE VAIS AU RESTO FAIRE LA FETE ALORS FOUS-MOI LA PAIX !!! »

Non ! Non ! Pas question ! Je bondis alors dans la pluie. Le grondement du tonnerre résonne, plus proche qu'avant, et le ciel devient lentement noir. Je me retrouve vite trempé, et ma vision devient plus réduite à mesure que la pluie tombe plus durement. Mes pieds nus frappent la boue sans y prêter attention, car je ne suis concentré que sur cette ombre qui me tourne le dos et s'enfuit. Le froid mord mes membres bien que la course les empêche de trembler. Ce n'est qu'à l'entrée du village que je parviens à rattraper Naruto. Je le saisis brusquement par le col et le tire de toutes mes forces en arrière. Il glisse, et tombe sur le dos avant de se redresser précipitamment.

-« Qu'est ce que tu fais ?! » crie-t-il.

Il termine à peine sa phrase que mon poing va frapper sa bouche dans un bruit sec. Il tombe à nouveau, trébuche dans la boue et se remet sur pieds en tremblant de rage. Il essuie le sang qui coule du coin de ses lèvres en me dédiant un regard meurtrier. Peu m'importe. Il ne s'en ira pas ! Je l'en empêcherais !

Mes sharingans s'activent alors qu'il se met en mouvement. Avec une rapidité époustouflante, il manque de me toucher avec son bras. Le souffle coupé par sa vitesse, je suis surpris bien que toujours déterminé. La colère m'empêche de voir le danger potentiel d'affronter le jinchuuriki de Kyubi. Je me replie sur mes jambes pour donner plus d'élan à mon coup de poing qu'il bloque d'une parade du bras. Je riposte aussitôt en lui fauchant la jambe. Il perd l'équilibre, tombe lentement en arrière, puis pivote sur lui-même en exécutant un salto arrière. J'en profite pour m'éloigner. Trop lentement.

Le sang gicle dans ma bouche alors que je sens ma lèvre explosé. A mon tour, je trébuche dans la boue devenue plus liquide. J'ai à peine le temps de voir son coup de pied arrivé, et c'est donc d'une roulade sur le côté que je l'évite. Je me relève pour parer son coude qui allait venir écraser mon nez. A la place, je le frappe à l'arcade. Le sang gicle abondement de cette blessure, elle m'éclabousse assez pour que Naruto puisse contre-attaquer avec un furtif mouvement du plat de la main qui brise ma garde et vient heurter mon menton. Je recule soudain en voyant ma vue vaciller.

A l'opposé, Naruto essuie le sang qui lui coule le long du sourcil l'empêchant de voir de son œil gauche. Le visage distordu de rage, il serre le poing et se met à hurler à mon adresse.

-« Sasuke, enfoiré !!! Je vais vraiment te buter cette fois !!! »

J'esquisse un sourire narquois pour le provoquer accompagné d'un grognement hautain.

-« Causes toujours. Je peux t'immobiliser quand je veux, c'est juste que j'ai vraiment envie de me défouler sur toi. »

-« Ah oui ?!! Et bien pourquoi c'est différent des autres fois ?!! Tu te gênais pas avant !!! »

-« La ferme !!! »

-« C'est toi qui va te la boucler !!! »

Cette fois, je parviens à stopper son pied en le saisissant sous mon bras. Il me darde un regard saignant et pare mon coup de poing avec ses deux bras. La pluie devient assourdissante et cette position est plus qu'inconfortable. Pourtant, je n'ose pas prendre le risque de le lâcher car il me gagnerait de vitesse. A la place, je me résous à la meilleure des solutions, c'est-à-dire, forcer le passage dans sa défense.

Il plisse son œil car sa blessure l'inonde, et je dois moi-même me retenir de ne pas cracher le sang que j'avale avec dépit. Les dents serrées par l'effort, je tente de forcer mes jambes à avancer pour le pousser à tomber, sans succès. Mes pieds nus s'enfoncent dans la terre devenue bourbier à laquelle se mêle notre sang. Pataugeant en ressentant une frustration intense, le froid et la chaleur se mélange sans que je ne sache lequel l'emporte, car je n'ai qu'une seule chose en tête, et ce sont ses yeux pourpres, semblables aux miens, et à la couleur de nos différentes blessures.

C'est alors qu'il y met toute sa force et que je me retrouve valsé à deux mètres du sol. Heureusement que le sol n'est pas dure, car la douleur que je ressens aurait pu être pire. Une fois redressé, je contemple, glacé, le sourire cruel du jinchuuriki. Pour la première fois, je mesure vraiment les risques d'un tel affrontement. C'est ridicule, incroyablement stupide ! Dans ce cas, pourquoi ne puis-je pas juste faire demi-tour ? Non ! Je ne peux pas !

D'un pas lent, je m'approche de lui, bien que je sente la peur s'infiltrer en moi, guidant la folie vers un précipice dangereux. Il pourrait me tuer. Maintenant, ou dans une seconde. Il en est capable, et il le désire. Je suis trempé, je ne sens plus rien de physique, comme si le monde devenait très lointain, opaque. Chaque pas devient un obstacle à franchir. Je me rapproche trop, une alarme résonne au fond de mon être pourtant je l'ignore. Je n'entends plus rien.

-« Sasuke… ? »

Ses traits deviennent soudain inquiets, peut-être parce qu'un rictus déforme ma bouche. Peut-être parce qu'il sait déjà que je suis plus qu'à moitié fou. Peut-être parce que les animaux et les êtres humains ont vraiment un sixième sens. Je ne sais pas. Ca m'est égal. Je saisis son visage entre mes mains, voit son visage effrayé avant de poser mes lèvres sur les siennes.

Les souvenirs s'estompent, les noirceurs de la folie disparaissent, la peur et la rage se retirent lentement, pour que plus rien ne parvienne à mon cerveau si ce n'est son odeur légèrement sucrée et la chaleur de ce baiser. Naruto recule, mais je le stoppe en le saisissant par les cheveux à la base de sa nuque, et si ses lèvres m'échappent pour un court instant, je les reprends aussi facilement, mon cœur battant à s'en rompre, j'approfondis encore ce lien. Ses mains tentent de me repousser avec vigueur, et il gigote sans cesse pour m'échapper. Alors je laisse une de mes mains dans ses cheveux, et l'autre l'amène à se serrer contre moi.

Le froid disparaît ne laissant plus place qu'à une tiède chaleur. La pluie a rendu ses cheveux humides, sa peau plus lisse. Finalement, il arrête de se débattre et s'accroche à mon t-shirt trempé qu'il serre d'une main tremblante. Grisé, à bout de souffle, je m'écarte de son visage en espérant reprendre un peu de bon sens. Autant faire comprendre à vos pieds quelle direction ils doivent prendre. Mes mains ne semblent rien vouloir entendre. Pareil pour ma bouche qui effleure sa joue alors qu'il respire bruyamment. La peur m'empêche de le lâcher, parce que je ne veux en aucun cas que cela s'arrête. Je veux que cet instant dure encore, et encore.

Doucement, j'effleure ses lèvres avant de les prendre délicatement, puis plus fort, laissant ce simple contact m'enivrer. La pluie ne fait qu'aggraver la situation en le rendant bien plus attirant, ce que je parviens à peine à supporter. Lentement, je passe ma langue pour trouver la sienne, et une véritable décharge électrique me traverse à cet instant précis. Ou plutôt deux. Le premier quand j'ai sentis son contact qui m'a liquéfié. Le deuxième quand il s'est arraché à moi en criant un « non » catégorique. Il me repousse de ses deux bras et tout s'arrête aussi vite que cela a commencé.

Pantelant, je le dévisage sans comprendre. Il est alarmé, et je me souviens soudain que je l'ai déjà violé. A plusieurs reprises. Le poids du monde me tombe sur les épaules. Du simple bonheur, je passe à l'horreur. Evidemment qu'il est effrayé. Evidemment qu'il me repousse. Evidemment…que tout est terminé.

Hoquetant, proche des sanglots, Naruto porte sa manche à sa bouche en me considérant, effaré, il recule avant de me tourner le dos et de s'enfuir vers le village. Parce que là, il y a ses amis qui l'attendent pour dîner. Parce que là-bas, je n'y suis pas.

Tandis qu'il s'enfuit, j'observe son dos s'éloigné sans faire le moindre mouvement. Mon cerveau refuse de fonctionné. J'ai beau vouloir bouger, rien ne se passe. Je ne sais pas si je dois crier ou rire. Je ne sais pas quoi faire.

Et Naruto s'en va.

Malgré toutes mes tentatives pour le garder près de moi.

Il s'en va.


To be continued in « Blow »…



Mise-jorou*: Il s'agit d'un rang donné aux prostituées japonaises à l'époque d'Edo. Les mise-jorou sont, au même rang que les hashi-tsubone, des prostituées de bas rang qui ne gagnait que très peu et n'avait aucune manières, même avec leurs clients. Sasuke fait donc allusions ici aux façons donc ces femmes se conduisait pour appâter le client sans le sous. Pour plus d'informations, je vous conseille le livre Ihara Saikaku, Vie d'une Amie de la Volupté.