Hello tout le monde ! J'ai pas vraiment vérifié le temps écoulé depuis la dernière publication cette fois, je l'ai juste fait quand ça me semblait bien XD J'ai eu des semaines bien mouvementées ces derniers temps… Mais je devrais pouvoir publier régulièrement (c'est-à-dire une fois toutes les deux semaines) jusqu'à la fin de la fiction ! Pour vous tout cela est encore bien loin, mais étant en train d'écrire les trois derniers chapitres… Je suis tellement déprimée.

Allez ! Assez des mauvaises énergies ! J'espère que vous aimerez ce chapitre (pour lequel j'aurais sans doute dû classer la fic en M mais… nan) car je me suis beaucoup amusée à l'écrire !

Bonne lecture et merci pour votre attention !

Chère Lyanna, merci beaucoup pour ton joli petit commentaire, j'espère que ce chapitre sera arrivé assez tôt à ton goût~


Chapter 21 : The Fire of Oblivion

Malgré les efforts de la jeune blonde coiffée d'une couette pour leur faire rattraper cet impardonnable retard d'une heure qu'ils avaient pris afin d'attendre le retour du brun, la nuit fut rapidement tombée ; en traître qu'elle était. Cependant, personne ne dit quoi que ce soit concernant un arrêt, ce fut peut-être car ils voyaient la détermination contenue dans les yeux d'ambre, ou plus probablement était-ce le résultat des nombreuses brimades qu'ils avaient reçus lorsqu'ils eurent le malheur de se plaindre plus tôt. Quelque fut la raison, personne n'osa dire quoi que ce soit concernant un futur arrêt avant que de faibles lueurs n'apparaissent un peu en contrebas.

La faible clarté offerte par la Lune et la lumière dorée qui, de toute évidence, provenait de bougies allumées non loin de fenêtres, permirent au groupe de découvrir ce petit village, ou plutôt, ce regroupement de quelques maisons dont il n'en comptèrent pas plus de dix. Ils remarquèrent d'ailleurs que les fenêtres d'une seule des habitations étaient éclairées et se dirigèrent donc vers cette même maison d'un commun accord pour y demander l'hospitalité. Si, comme ils le pensaient, d'autres de ces bâtiments étaient vides, ils ne devraient pas avoir trop de mal à se loger pour la nuit, mais demander aux habitants éveillés était préférable.

Ainsi ils marchèrent dans les hautes herbes folles qui dévalaient le creux que formait le paysage, le regroupement d'habitations semblait alors hébergé par ce renfoncement du terrain, lui donnant un air encore plus isolé du reste du monde ; comme si le fait que ce soient les seule bâtisses qu'ils avaient croisées depuis qu'ils s'étaient éloignés du village agricole précédent ne suffisait pas. Tout semblait très calme et bien qu'ils s'approchaient de cette vaste maison aucun son supplémentaire ne s'éleva. Ils pensèrent un instant qu'au vue de l'heure les habitants s'étaient peut être couchés sans avoir éteint leurs bougies et se demandèrent si c'était une bonne idée de les déranger. Un coup de vent glacial leur assura qu'ils n'avaient pas à rester dehors une minute de plus et le poing d'Akaito frappa vivement contre le battant de bois.

Un instant plus tard, la porte pivotait lentement sur ses gongs, ne s'ouvrant qu'assez pour permettre de voir à l'extérieur. Les voyageurs n'en furent pas le moins du monde blessés, comprenant tout à fait ce genre de précautions dans un lieu aussi isolé. Un homme se tenait de l'autre côté, massif, mais l'air plus effrayé qu'effrayant. Il les observa et resserra sa poigne sur le couteau qu'il gardait caché derrière son dos, ce fut à ce moment qu'une femme paraissant bien plus âgée arriva, les regarda de derrière les larges épaules de l'homme aux cheveux grisonnant et le poussa sur le côté avec un magnifique sourire accueillant.

« Mais ne serait-ce pas des visiteurs ! » Lança-t-elle d'une voix forte bien qu'un peu chevrotante, les quelques mèches de ses cheveux blancs parvenant à se soustraire à la prise de son chignon s'agitèrent autour de son visage un peu rebondit. Elle leur jeta un regard contrit. « Ne faites pas attention aux manières de mon fils, il est trop prudent, à force de vivre dans le silence on prend peur du moindre bruit, vous voyez ? »

« C'est normal, c'est nous qui devons nous excuser pour vous déranger si tard. » Elle fut rapidement conquise par le sourire que lui offrait Mikuo en réponse au sien et les fit entrer dans le vaste séjour.

« Vous m'avez tout l'air de voyageurs, je me trompe ? » Demanda-t-elle distraitement alors qu'elle faisait signe à l'homme qui les avait accueillit de les laisser.

« C'est bien ça. » Elle offrit un sourire malicieux à Akaito et expliqua dans un rire :

« Impossible d'échapper aux déductions d'une petite vieille comme moi ! » Dit-elle, bien qu'elle fut loin d'être chétive. « Dans ce cas il est évident que vous êtes ici pour trouver refuge ? » Elle n'attendit pas de confirmation et continua. « Je vous dirais bien de pendre une des autres maisons du village, plus personne n'y habite depuis longtemps, mais ce doit être tellement poussiéreux et froid là dedans. Pas question ! Restez donc avec nous, nous avons beaucoup de place. » Neru tenta de lui dire qu'ils ne seraient pas gênés par quelques rats et insectes mais encore une fois la vieille femme s'empara de ce temps de parole. « Mais vous devez être gelés ! Allez vous réchauffer au coin du feu, les nuit sont si froides, vous n'aurez qu'à raconter vos histoires à mon petit fils pendant que je vous apporte de quoi manger. » Sur ce, elle disparut dans ce qui semblait être la cuisine de cette grande maison.

Ils remarquèrent alors la présence d'autres personnes dans le séjour où ils avaient été entraînés. Deux jeunes femmes, de longs cheveux châtains aux reflets rougeoyants tombants sous leurs épaules et un jeune garçon qui devait être à peine plus âgé que Rin, les cheveux coupés courts qui se tortillait nerveusement sur le canapé où il était installé ; il était certainement ce petit fils dont avait parlé leur étrange hôtesse. Akaito se retrouva vite entre les deux femmes, leur livrant ses récits héroïques, bien alimentés par son imagination et tandis qu'un autre homme d'âge mûr descendait les escaliers pour voir d'où venait cette soudaine agitation, les jeunes gens commencèrent à raconter quelques unes de leurs aventures.

Bien entendu, ils ne dirent mot de l'identité de Rin et Gakupo mais restèrent honnêtes sur leur but de rejoindre la capitale pour tenter d'améliorer la situation. Ils constatèrent ainsi que la nouvelle du coup d'état n'était pas venue jusqu'ici et durent expliquer la situation du pays. Ils furent encore plus étonnés en apprenant qu'ils n'étaient que vaguement au courant de la fin du règne de la famille Kagamine. Gakupo se jura alors mentalement qu'une fois la situation rétablie (car les choses ne pouvaient se passer autrement) ils confieraient à plusieurs messagers la mission de parcourir le pays pour porter les nouvelles importantes à chaque habitant. Aucune histoire de distance ne devait, à ses yeux, empêcher des citoyens de connaître le sort de leur pays.

« Excusez-moi mais… vous vivez vraiment seuls ici ? » Ne pu s'empêcher de demander Mikuo après qu'ils aient abordés la question de leur manque d'informations. L'image de ces habitations vides lui revenant en mémoire. La femme revint à ce moment avec quelques encas.

« Allons jeune homme ! Ne dites pas ça d'une telle façon ! Nous ne sommes pas seuls puisque nous sommes en famille. » Une des deux femmes, qui s'étaient révélées être ses filles, acquiesça avec un doux sourire pour chacun des membres de ce foyer.

« Avant les maisons étaient toutes occupées, mais au file des dernières années les jeunes sont partis pour travailler en ville et les plus âgés ont finit par mourir et laisser leurs maisons en état. » Expliqua l'homme qui les avait rejoint plus tôt, la vieille femme reprit vite la parole :

« Au début c'était un peu triste de voir le coin se vider comme ça, on avait toujours vécu avec les autres, très proches. Mais que voulez-vous ? Les gens finissent toujours par se perdre de vue ! Et puis, il y a bien quelques voyageurs qui s'arrêtent de temps en temps par ici, comme vous, ça nous fait de la compagnie ! »

Il était tard lorsque la maîtresse de maison leur proposa d'aller se reposer et ils ne purent retenir des murmures soulagés quand ils virent enfin un doux repos se rapprocher. Ils n'avaient pas osés interrompre ceux qui les hébergeaient dans leurs rafales de questions et s'étaient efforcés de leur raconter autant de choses qu'ils le pouvaient, après tout, ils les avaient même nourris gratuitement. Cette bonne volonté n'empêcha tout de même pas la princesse et Ron de somnoler, appuyés l'un conte l'épaule de l'autre et assis près du feu qui mourrait lentement dans la cheminée, souvent rappelés à l'ordre par une légère secousse gracieusement offerte par Gakupo lorsque les regards de leurs hôtes se posaient sur eux.

Alors que les politesses étaient prononcées, tous retrouvèrent une soudaine pique d'énergie, juste assez pour se diriger vers l'endroit qui leur avait été indiqué pour se reposer. Du fait de leur nombre conséquent, les filles occupèrent une petite chambre inutilisée à l'étage et les hommes furent, quant à eux, contraints de se reposer dans le salon où ils avaient été accueillis, que ce soit sur les épais tapis ou les fauteuils. Ne se faisant pas prier, ils sombrèrent tous rapidement dans les bras de Morphée.

Il n'avait jamais eu des nuits très agréables, mais celle-ci était de loin une des pires qu'il avait pu passer. Il savait que tout cela n'était qu'un cauchemar, il n'était pas assez stupide pour se laisser avoir par la figure de sa sœur courant loin devant lui dans ce dédale d'escaliers qui ne répondait à aucune loi de gravité. Parfois, les mèches de cheveux bleus de sa sœur caressaient son visage alors qu'elle passait au dessus de lui, la tête à l'envers, sans que cela ne semble anormal. C'était un rêve si grotesque, de ceux qui se font si récurant et hantant, il pouvait faire tout ce qui lui chantait, jamais il ne la rattraperait, car elle était morte après tout. Quoi de plus normal ? Dans ces moments, il préférait l'observer et admirer à quel point son souvenir était fidèle, même l'éclat de son œil rougeoyant était resté le même.

Un léger frottement lointain ou atténué, il n'aurait pas su le dire, se fit soudain entendre. Il résonnait comme du métal que l'on frotterait contre une pierre rugueuse, c'était exactement le bruit qui sortait de l'atelier du forgeron de l'armée. Une épée qui se faisait remettre à neuf ? Impossible, ce rêve n'était que des pierres disposés en un labyrinthe infini, il n'avait même pas la sienne à sa taille. Le bruit venait donc de l'extérieur ? Il avait quitté l'armée et il se voyait mal imaginer un son tout droit sortit de ses souvenirs avec une telle précision. Le frottement s'arrêta brusquement, vite remplacé par un lourd objet, à priori traîné au sol, il pensa immédiatement à une chaîne que l'on apportait aux cachots, c'était le genre de corvées confiées aux petits nouveaux. Mais il n'était pas à l'armée et bien loin du Royaume de Bleu.

Cette fois-ci, le constat sembla arriver jusqu'à son cerveau et des orbes de feu s'ouvrirent soudain dans l'obscurité. Tout était plongé dans les ténèbres, une légère odeur de cendre indiquait que le feu s'était tout juste consumé, il n'avait pas du dormir si longtemps que cela. Il entendit très nettement un rire étouffé, proche d'un ricanement, malgré les halètements saccadés de sa respiration et se redressa aussitôt sur ses coudes pour foudroyer le brun, allongé à ses côtés, du regard. Mais il ne rencontra aucune lueur de turquoise, il était encore paisiblement endormi, plusieurs mèches de ses cheveux détachés dissimulant son visage.

Après ce rire, il n'entendit plus rien, mais au fond de lui il savait qu'il y avait quelque chose, ces sons, il n'avait pas pu les inventer, il n'était pas fou, et personne n'affutait des couteaux au beau milieu de la nuit. Il se força à calmer les battements de son cœur et jeta un œil à Mikuo, dont il ne distinguait que vaguement la silhouette, son visage disparaissait dans les coussins rembourrés du sofa qui lui servait de lit. Il était sur le point de le réveiller pour lui dire qu'ils devraient se séparer et chercher ce qui était à l'origine de tout ces bruits suspects quand il se rappela de ce qui avait survenu lors de leur dernière nuit à la belle étoile. A en croire les dires de chacun, c'était Ron qui avait le premier comprit que quelque chose n'allait pas, maintenant qu'il y pensait, il était vrai que le brun avait grandit en pleine nature et ce presque sans aucune compagnie. Ses sens avaient forcément été affutés, qu'il le veuille ou non. S'il n'avait pas été aussi fatigué, il aurait sans doute été le premier éveillé cette fois encore.

Il aurait nettement préféré réveiller le turquoise, bien qu'il lui tapait sur les nerfs, il était bien plus efficace que cet idiot, mais il dut se résigner à donner une chance au brun. Il se tourna vers Ron et, ne se tenant surélevé plus que part un bras, lui donna des coups dans les côtes jusqu'à ce que celui-ci émerge enfin de ses songes, ce qui demanda plusieurs coups assez forts, Ppoiyo ayant été vite agacé de devoir faire attention à ne pas faire trop de bruit. Il n'eut pas le temps d'expliquer quoi que ce soit sur la situation que la teinte de surprise somnolante disparut des yeux turquoise pour y laisser un regard acéré de chasseur. La seconde d'après, le bleuté se retrouvait bien malgré lui forcé de se rallonger, le poids du corps du plus jeune le forçant à en faire autant.

Ce n'est que de longues secondes plus tard, pendant lesquelles le jeune homme eut du mal à retenir des rougeurs d'apparaître sur ses joues, qu'il sentit enfin le plus jeune commencer à se relever. Il eut vite fait de se soustraire à lui, le repoussant sèchement, il sentit sa main trembler, ce qui n'améliora pas son humeur.

« Je peux savoir ce qui t'a prit ?! » Rugit-il, faisant tout de même attention à ne pas trop élever la voix, il ne savait toujours pas d'où pouvait provenir les sons qui l'avaient mit en alerte. Malgré son indignation, le brun ne lui accorda pas un regard, il restait à fixer un point que Ppoiyo ne pouvait clairement distinguer dans l'obscurité. Le froncement des sourcils du brun était bien plus facile à discerner.

« Désolé, j'ai entendu des pas et j'ai un peu réagit par réflexe. Tu m'as réveillé car quelque chose clochait, non ? » Il ne put rien objecter à cela, de toute évidence, Ron était bien plus vif que lui à son réveil.

« Dans quelle direction allaient ces pas ? » Demanda soudain Ppoiyo dans un murmure, il scruta les lieux, bien qu'il ne voyait qu'un brouillard noir, cherchant à le découvrir par lui-même.

« A l'étage, je pense que c'est bon maintenant. »

« C'est pas vrai ! Les filles sont à l'étage, t'as eu la mauvaise réaction, crétin ! » Cette fois-ci le bleuté ne contrôla pas sa voix. Peut-être qu'il n'y avait aucun risque, mais le sérieux de Ron ne l'aidait pas à prendre du recule, au fond de lui il était persuadé que quelque chose clochait. Le garçon s'excusa vivement, dans des paroles que Ppoiyo ne comprit que vaguement et il se releva rapidement pour courir à l'étage. « Mais quel idiot. » Jura une nouvelle fois le bleuté qui secoua Mikuo sans délicatesse jusqu'à ce que celui-ci se réveille enfin. Le turquoise eut à peine le temps de poser son regard sur la silhouette du plus petit qu'il était déjà partit à l'étage en lui ordonnant de faire de même, ne prenant même pas le temps de récupérer son épée, entreposée quelque part dans l'obscurité.

« Tuons la plus grande maintenant, les autres sont trop frêles, il faudra du temps. »

Personne ne contesta l'ordre de la vieille femme, ses cheveux blanchis par l'âge retombaient maintenant en mèches plus épaisses sur sa nuque et son front et une lueur étrange brûlait dans ses iris claires. Les trois hommes qui l'accompagnaient, l'homme qui les avait froidement accueillit, un autre que le groupe n'avait pas eut l'occasion de rencontrer et le plus jeune d'entre eux, s'avancèrent rapidement vers les endormies. Celui qui leur était étranger s'approcha d'un pas rapide de Rin, celle-ci était plongée dans son sommeil et ne bougea pas le moins du monde alors que les couvertures étaient retirées de son corps. Elle était tellement fatiguée… Elle avait l'impression de ne pas avoir pu dormir dans un bon lit depuis des années. Ce n'était pas si faux, puisqu'elle avait du quitter le palais il y a trois ans de cela, mais ce lit n'était pourtant pas des plus confortables.

Les bras massifs de l'homme passèrent entre elle et le matelas pour la soulever en faisant attention à ne pas la réveiller, elle ne sentit qu'un vague contact et n'y fit pas plus attention, elle était tellement mieux dans ce grand prés de blé, son frère était même là. Len lui fit un doux sourire, elle ne devait pas se réveiller, elle ne pouvait qu'être en sécurité avec lui, c'était sûrement juste Mikuo qui essayait de la réveiller. Il finirait bien par abandonner et lui laisser quelques heures de plus. Oui, elle n'avait pas à s'en faire, elle voulait juste passer un peu plus de temps avec Len, elle avait tellement de choses à lui dire. A peine cette pensée formulée, elle oublia toute interruption extérieure et courut pour rejoindre son frère.

Les tiges de blé frottaient contre ses jambes, c'était un si grand pré, elle avait l'impression de ne laisser aucune empreinte dans les plantes, comme si ses pas évitaient instinctivement de les piétiner, et que ceux écartés se chargeaient d'absorber son sciage dès son passage. Le soleil d'été était réconfortant. Son frère était juste là, elle n'avait que quelques pas de plus à faire et… Enfin le voilà, elle sentit ses paumes chaudes serrer ses mains avec tendresse tandis qu'elle cachait son visage contre son frère. Il avait la même odeur que toujours, une légère senteur de brioche accompagnée des parfums qui s'accrochaient à tous ceux pénétrant dans le palais. Ces riches odeurs lui allaient bien, il était un véritable prince après tout.

L'homme se figea alors que la blonde se mit à murmurer des paroles incompréhensibles, il avait bien cru qu'elle se réveillerait mais elle avait juste un peu bougé, sans doute dérangée par le soudain changement d'environnement. Il raffermit sa pise sur le frêle corps de l'adolescente et quitta la pièce sans se retourner, il savait ce qu'il devait faire pour mettre le plan en œuvre.

Celui qui était son frère aîné joua avec son cher couteau de chasse dont il ne se séparait jamais, leur mère, la chef de famille, n'aimait pas qu'il joue constamment avec ce souvenir de son père, mais il ne pouvait faire autrement. C'était à lui de protéger tout le monde dorénavant, et ce couteau se trouvait être son arme la plus fidèle. Il fit courir un doigt le long de la lame, vérifiant son tranchant : parfait, comme toujours. Il ne l'aiguisait pas chaque semaine pour rien. Lentement, avec une précision de médecin, il plaça la lame à quelques millimètres de la peau ivoire de cette belle femme aux cheveux rosés. Elle était ravissante, ainsi prise dans son sommeil, il devait l'avouer, mais il ne ressentit aucune pitié en orientant le tranchant perpendiculairement avec son artère carotide. A vrai dire, sa beauté lui donnait encore plus envie de la vider de son sang, il voulait voir sa peau d'albâtre devenir un peu plus pâle encore.

Il posa une main sur le côté non tranchant de l'arme et commença à l'appuyer avec une force également répartie contre la fine peau. L'épiderme n'eut pas le temps de rougir sous la pression que deux immenses perles de marbre bleu lui firent soudain face. Son cœur rata un battement, tout comme celui de Luka, il était assez proche pour l'entendre. Soudain pressé, il accéléra ses mouvements, ses mains se mirent à trembler causant une légère inclinaison du couteau sur l'extérieur, ce fut sans doute ce qui l'empêcha d'atteindre le point vital, cela, et le fait qu'il rencontra violemment le mur l'instant d'après.

Personne n'avait pu faire quoi que ce soit alors qu'un courant d'air avait claqué la porte de la chambre et était survenu avec hâte, les yeux turquoise se fixant avec une rapidité animale sur le danger le plus imminent. D'un coup de pied envoyé en plein foi, Ron était parvenu à l'expédier plus loin en un éclair. Un fin filet de sang coulait désormais le long de la gorge de la femme, jurant magnifiquement avec la blancheur de sa peau.

« Tu vas bien, Luka ? Désolé, j'ai eu du mal à trouver votre chambre. » L'interpelée prit quelques secondes de plus pour se rendre compte d'où elle se trouvait et de ce qui venait de se passer. Elle ne sentait que le liquide chaud couler jusque sur les draps, contournant son cou comme un morbide collier ; elle ne ressentait aucune douleur. Pourquoi le devrait-elle ? Cette sensation n'était pas le fruit d'un rêve ? Le regard inquiet vint dans son champ de vision, un bras la saisie doucement et la mit assise. Elle vit un homme surgir du sol, mais le brun le renvoyait déjà au loin en le saisissant par le bras. C'était une des nombreuses astuces qu'Eiichi lui avait apprises, retourner la force de son adversaire contre lui.

Le dos de l'homme rencontra durement le sol, lui faisant cette fois lâcher la prise qu'il avait sur le manche de son arme. Un léger son métallique résonna de la pièce accompagné de jurons et il sembla donner le départ aux deux autres qui se jetèrent sans plus attendre sur l'intrus. Ron se figea un instant en remarquant que cette gentille vieille femme était de la partie.

« C'est vraiment vous ? Mais… »

« La proie ne devrait pas parler avec son chasseur mon grand. » Dit la femme d'une voix susurrante. Ron eut tout juste le temps de se retourner pour voir le jeune garçon qui avait délaissé la forme endormie de Neru foncer sur lui. Il réagit tout juste assez vite pour bloquer le coup de poings qu'il lui asséna ; la douleur remonta le long de son bras mit devant lui en rempart puis il vit son opposant être attiré en arrière par une poigne puissante sur son épaule. Il rencontra alors des yeux d'un rouge sanglant et se chargea de faire tomber inconsciente leur hôte d'un coup sec du tranchant de la main à la base de sa nuque après l'avoir habillement contournée. Il avait eut affaire à des sangliers plus féroce.

« Vous allez voir sales gamins… »

L'homme à terre avait tenté de récupérer son arme, retrouvant petit à petit la force de se relever, mais sa main rampant jusqu'au couteau fut rapidement écrasée au sol par la botte de Ppoiyo. Un faible cri de douleur échappa à l'homme, coupé par le regard assassin avant de ne pouvoir davantage manifester sa colère. Il était face à une bête furieuse.

« On fait une bonne équipe, tu ne trouves pas ? » Demanda Ron, avec moins d'entrain qu'à l'accoutumée cependant, en replaçant des mèches de cheveux derrière ses épaules. Il n'eut pas de réponse mais ne s'en occupa que guère, il était déjà retourné près de Luka. « Comment tu te sens ? »

« Bien… Je suppose. Je dois t'en remercier. » Elle eut un spectre de sourire pour le brun mais reporta vite son attention sur le sang qui entachait ses doigts, l'écoulement n'était pas si importan, c'était toujours cela de gagné.

« Oi, Matsuda, je peux savoir ce qu'il se passe au juste ? » Tous les regards se tournèrent vers le nouvel arrivant dont les cheveux turquoise encore emmêlés avaient gagnés en volume et masquaient bien plus ses yeux qu'en temps normal. Il lança l'épée du bleuté à ce dernier qui la rattrapa par pur réflexe avant de ne se rendre compte de son oubli et de ne l'accrocher rapidement à sa ceinture avec une gêne mal dissimulée.

« Qu'est-ce que j'en sais ? » Il désigna leurs hôtes, inconscients ou simplement immobilisés par la douleur qui jonchaient le sol. Mikuo ne les regarda qu'un bref instant, bien vite assaillit par une peur rampant sur les parois de son estomac.

« Où est Rin ? » Sa question eut le don de faire se relever rapidement Luka qui ignora les vertiges qui l'assaillirent aussitôt.

« L'intendant ! Vous ne l'avez pas laissé seul ? » Elle ne posait qu'à peine la question, ce n'était qu'un reproche amère. Ils s'étaient précipités ici par son manque de compétence, et maintenant Gakupo était peut-être aux mains de l'ennemi.

« Je les ai réveillé, lui et Akaito, avant de venir, ils sauront se défendre en cas de besoin. Je vais chercher Rin, vous, vous restez ici ! On ne peut pas être sûr de leur nombre, mieux vaut rester sur nos gardes. » La silhouette du jeune homme disparu vite de l'encadrement de la porte et, enfin réveillée par cet ultime échange, Neru commença à ouvrir les yeux.

Elle eut tout d'abord un mal de crâne perçant, pendant une brève seconde. Ce genre de douleurs que l'on a toujours lorsqu'on se fait réveiller en pleine nuit réparatrice. Elle s'apprêtait à crier sur Ron qu'elle aperçut vaguement, il était certain que la présence d'un homme ici était ce qui avait provoqué toutes cette agitation et l'avait donc traîtrement réveillé. Mais ensuite elle sentit une chose rugueuse et épaisse couler le long de son avant bras dénudé et son cœur rata un battement devant ce qu'elle prit tout d'abord pour un serpent. Quelqu'un alluma une bougie dans la pièce et cela se révéla être une corde finalement, elle n'en fut pourtant pas plus soulagée. Quelle était cette teinte rouge qu'avaient pris les brins ?

« Qu'est-ce qu'il se passe ici ? »

« On ne sait pas ce qui est advenu de la princesse et de l'intendant et vous comptez rester ici à ne rien faire ?! » S'époumona Luka, couvrant sa propre question. Neru se releva lentement pour regarder la scène, la femme était retenue assise sur son lit par Ron qu'elle semblait vouloir griffer jusqu'au sang pour le chasser. Son regard s'arrêta sur le sang qui coulait de plus en plus rarement de la plaie de la rosée puis ses mots semblèrent prendre du sens.

« Rin-sama ? » En toute naïveté elle regarda en direction du lit qu'occupait celle-ci, prête à attirer l'attention des autres sur la jeune blonde qui commencerait tout juste à se réveiller à cause des cris. Les couvertures étaient pourtant vides, elle n'avait même pas prit le temps de reborder les couvertures. Au pied de celui-ci gisait la vieille femme qui les avait gentiment hébergé. Pourquoi était-elle au sol ? Plus tard elle se dit avec une pointe d'ironie qu'à ce moment encore elle ne pensait qu'à réprimander les garçons pour quelque idiotie qu'ils auraient fait.

« Restez à vous tourner les pouces si vous voulez, moi je- » La rosée fut interrompu par Ron qui haussait à son tour la voix, sans pour autant perdre de la poigne qu'il exerçait sur les épaules de Luka.

« Matsu', va chercher les autres, comme ça tu pourras récupérer nos affaires aussi. J'ai pas tellement envie de rester ici plus longtemps. » Ajouta le brun en penchant légèrement la tête sur le côté dans des airs de chien battu. N'importe qui aurait craqué et serait parti en lui promettant de faire ce qu'il pouvait, mais c'était le soldat connu pour avoir un cœur de pierre qu'il avait sous les yeux. Il avait été réveillé en pleine nuit par de sois disant hôtes modèles, avait du se battre à main nue car un idiot avait foncé sans réfléchir, d'ailleurs il sentait encore le sang bondir contre sa peau au niveau de ses articulations, et en plus il se prenait des ordres de tous les côtés. Hatsune d'abord puis cet idiot incapable de savoir ce qu'il va faire le lendemain. Il n'avait qu'une envie, le noyer au fond d'un puits.

Il se retint néanmoins de mettre ce doux plan à l'œuvre et sortit de la pièce avec un dernier regard haineux pour Ron. Celui-ci ne fit rien de mieux qu'agiter sa main dans sa direction en lançant un « merci » qui renfrogna un peu plus Ppoiyo. Il fallait qu'il se coltine le seul chien-chien qui n'avait pas peur de lui.

A l'étage inférieur, les deux hommes avaient à peine eut le temps d'enfiler leurs chaussures et de se saisir de leur épée quand les deux femmes qu'Akaito avait tenté de charmer surgirent pour leur bloquer toute échappatoire, l'une devant l'entrée et l'autre postée aux pieds des escaliers. Les deux hommes les regardèrent faire, n'ayant aucune idée ce qu'il pourrait ensuite se passer. Ils ne savaient rien de ce qui se passait en haut, tout ce que Mikuo leur avait dit se tenait à cela « on dirait qu'il y a du grabuge ». Ce qu'il entendait par là, ce que cela avait à voir avec la famille qui les accueillait, ils n'en savaient rien.

Cependant, ils n'étaient pas complètement naïfs et la lueur dans les yeux émeraude des femmes ainsi que le fait que leurs mains semblent dissimuler quelque chose dans leur dos suffit à éveiller leurs suspicions. Ils ne les quittèrent plus des yeux, et ce fut leur première erreur.

« Ca. C'est pour avoir fait du charme à ma femme sous mes yeux. » Avança sans colère une voix masculine dans leur dos. La seconde d'après, Akaito se retrouvait pivoté sur lui-même par une forte poigne sur son bras puis sa mâchoire lui donna l'impression de voler en éclat sous le poings de l'homme qui les avait paisiblement écouté dans ce même salon quelques heures plus tôt. Le rouquin manqua de tomber à la renverse, se rattrapant à une table basse posée dans sa trajectoire. La femme aux cheveux les plus ondulés, postée près de l'entrée de la maison, parti d'un fou rire incontrôlable devant la scène, chaque montée de sa voix dans les aigus devenant un poignard enfoncé dans le cœur d'Akaito.

Gakupo profita de cette courte distraction pour dégainer son arme et empêcher l'homme de s'approcher davantage du jeune noble, il semblait bien motivé à en découdre avec lui. Quelque part le violacé pouvait comprendre son énervement, dans un autre contexte il aurait même pu le laisser faire, mais de toute évidence, en cet instant, les choses iraient bien trop loin. Ses muscles lui criaient de partir de cet endroit ou de tuer tous ceux qui se mettraient sur son chemin. Alors que l'homme saisissait un chandelier en fonte dont les bougies à moitié fondues tombèrent vite au sol, Gakupo se rendit compte que c'était la première fois qu'il se retrouvait seul face à quelqu'un lui voulant du mal. Jusqu'à présent il y avait toujours eut ses gardes ou Luka. Ce constat ne lui fit pas peur, au contraire, il constata avec fierté que c'était enfin à son tour de se battre pour sa vie.

Malheureusement ses mouvements n'étaient pas des plus précis ni des plus rapides. Son adversaire semblait bien plus habitué que lui à ce genre d'échanges et bien qu'armé d'un simple objet de décoration il avait du mal à bloquer ses coups, se servant de son épée plus comme d'un bouclier que d'une arme offensive. A sa droite il entendit soudain le cri d'une femme qui se dirigeait à toute vitesse vers eux, brandissant un large hachoir à viande scintillant dans l'obscurité. La lueur meurtrière attira trop longtemps son attention, Akaito utilisa son fourreau pour tenter d'envoyer l'arme au loin mais le choc dans le poignet de la femme ne fit que la ralentir un peu (c'était tellement plus simple quand les autres le faisaient) et il sentit son épaule droite s'engourdir lorsque le chandelier la percuta avec puissance.

Il recula instinctivement de quelques pas, butant toutefois bien vite contre le rouquin qui ne se plaignit pas, lui aussi était bien tenté de reculer, l'affrontement lui semblant horriblement peu juste. Ils n'avaient même pas le temps de se renseigner sur la position de la troisième, elle pouvait à tout moment apparaître dans leur dos et leur enfoncer une épée dans le dos. Elle esquissa bien un pas dans ce but, mais heureusement pour les deux hommes, un pas ténu se fit entendre descendant les marches de l'escalier. La femme avait alors délaissé Akaito pour bondir sur le nouvel arrivant mais bien rapidement une lame rendue couleur rubis par son sang surgit de son dos.

Lorsque la lame se retira de sa chair, il sembla se passer une éternité avant que le corps inanimé ne rencontre le sol. Un cri horrifié ponctua la chute de la femme et même Akaito et Gakupo se trouvèrent à détourner le regard de la scène. Ppoiyo n'avait qu'à baisser les yeux pour rencontrer le regard sans vie de cette femme dont il ne se rappelait même pas du nom. Mais il ne le fit pas, à la place il alla défier l'homme du regard, le message fut si clair que l'instant d'après il délaissa sa vengeance sur le rouquin pour l'affronter.

« Tu vas le payer, monstre ! » Cria-t-il avec un dégout authentique qui leur aurait presque fait oublier qu'ils étaient les victimes ici.

La sœur de la défunte s'était approchée des deux hommes, une arme en forme de pique acérée levée bien haut au-dessus de sa tête. Elle se figea néanmoins lorsqu'Akaito la remarqua, montant sa garde par réflexe. Elle abaissa alors vivement son arme, les membres tremblant de peur et ses yeux se firent soudain plus ronds, donnant au rouquin l'impression qu'il aurait pu disparaître dans ses pupilles reluisantes de larmes.

« Je vous en prie… Ne me- ne nous faites pas plus de mal. Je viens de perdre ma sœur, ne m'enlevez pas mon mari. Je… Je ne veux pas mourir… » Supplia-t-elle maladroitement bien que les sanglots qu'elle retenait tentaient de la faire taire. Akaito abaissa son arme sans vraiment y faire attention, il n'était pas comme Matsuda qui donnait l'impression de pouvoir tuer sans sourciller, quand une femme l'implorait de lui laisser la vie sauve, il ne pouvait pas juste profiter de cette ouverture. Mais il aurait dû.

Un sourire de dément déformant les fins traits de son visage, la femme plaça son bras derrière elle et se rapprocha du rouquin avant de ne précipiter l'objet mortel vers lui ; donnant assez de force dans cette attaque désespérée pour que le sang aille gicler jusqu'au mur opposé. Mais le fourreau sertit du violacé s'imposa à temps, la puissance bloquée empêcha la femme de riposter et il donna un coup entre ses côtes avec l'extrémité de l'étui. Le souffle coupé, la femme s'effondra sur les genoux, de véritables larmes commençant à dévaler sur ses joues alors qu'elle se rendait compte de tout ce qu'elle venait de perdre.

« Bien joué… » Fut tout ce que pu dire Akaito alors qu'il observait les gestes de la femme, elle pouvait à tout moment se relever et décider d'attaquer une fois de plus, par précaution il envoya le tisonnier au loin d'un coup de talon et il alla glisser jusque sous un des meubles.

« J'ai passé assez de temps aux côtés de Luka-san pour me méfier des femmes. » Se justifia l'Intendant avec un léger sourire, Akaito ne pu s'empêcher de rire doucement. Le violacé devait avoir raison, Luka était de ces femmes à vous apprendre ce dont elles sont capables. Matsuda revint vers eux, essuyant précautionneusement le sang qui entachait son épée avec ce qui semblait être un morceau des rideaux qu'il avait découpé. Il indiqua la femme toujours au sol d'un mouvement de tête.

« Ce n'est pas la peine, elle en fera rien de plus. » Objecta vivement Akaito, le bleuté eut alors un petit haussement d'épaule avant de ne retourner sur ses pas.

« On rejoint les autres, dépêchez-vous. » Sa voix était aussi posée qu'à l'habitude, pouvait-il réellement arracher des vies sans plus y prêter d'attention, ou bien n'était-ce qu'une façade ? Le rouquin voulait vraiment opter pour la dernière option, malheureusement la première allait aussi très bien avec l'image que renvoyait Matsuda.

Tandis qu'ils ramassèrent leurs affaires, la femme n'esquissa pas un mouvement ; elle regardait vaguement en direction des corps de ceux qui étaient sa famille un moment plus tôt. Gakupo aurait voulu lui demander pourquoi ils les avaient attaqués de la sorte, mais son manque de vie apparent l'en empêcha, il se sentait vraiment mal pour elle et ne voulait pas en rajouter, même si elle avait attenté à leur vie.

Bien vite ils gravirent les marches des escaliers, ils s'étaient répartis les affaires des deux garçons absents et furent soulagés de tout laisser retomber au sol une fois arrivés dans la petite pièce qui avait servit de chambre. Les intrus s'étaient retrouvés avec les poignets et les chevilles nouées par les draps maintenant en lambeaux et posés dans un coin de la pièce. La vieille femme avait même un bâillon improvisé, sans doute ne s'était-elle pas montrée très conciliante. Les trois hommes furent accueillis avec soulagement dans la pièce faiblement éclairée.

Presque immédiatement Luka avait ordonné qu'ils aillent à la recherche de Rin, affirmant que la longue absence du turquoise ne pouvait signifier qu'une chose : qu'il ne l'avait toujours pas retrouvée. Toutefois, se balader avec leurs affaires dans cette grande maison et donner autant d'ouvertures pour de possibles attaques de personnes qui ne seraient toujours pas immobilisées ne paraissait être une bonne idée qu'à ses yeux. Gakupo resta abasourdit devant le manque de contrôle dont faisait preuve la rosée, les gestes spontanés de Ron pour la tenir en place montrant que le petit manège avait duré depuis un petit moment déjà ne faisant qu'agrandir son étonnement.

« Je suis sûr qu'on peut faire confiance à Mikuo, mais l'idée de rester là à se tourner les pouces ne me plait pas tellement non plus. » Osa dire Akaito une fois que Neru ait à son tour tenté de calmer Luka qui avait maintenant ses mains plaquées sur ses oreilles pour éviter un son qu'elle ne pouvait faire taire aussi simplement. Cette voix tellement plus inquiète que la sienne. Elle avait du mal à déchiffrer ce qu'il disait dans cette ambiance et c'était de loin ce qui lui faisait le plus perdre son sang froid.

« Ce n'est pas comme si on avait besoin de tous y aller. Akaito, Ron, veillez à ce que personne n'entre ici. Lorsque je reviens on plie bagages. » Le silence se refit dans la pièce alors que l'ex soldat partait une nouvelle fois chercher les membres manquants avec l'horrible impression de se faire manipuler.

Il avait ouvert toutes les portes de l'étage unes à unes. Il n'y avait pas trace de la princesse enlevée ou d'une quelconque autre présence et ce triste constat lui enleva un peu de sa résolution aveugle. Il se demandait ce qu'ils pourraient faire s'ils ne retrouvaient pas Rin, Luka-san semblait énormément compter sur son rôle pour résoudre ce conflit, et même avec ce problème à part, il ne se voyait pas partir la tête basse sans trace de la jeune fille. Pourtant, ils ne pouvaient pas perdre des jours et des jours à la chercher, pas dans une situation pareille, et quelque chose lui disait qu'ils n'auraient pas toujours autant de chances qu'avec Ron, la retrouvant quelques minutes avant leur départ.

Et puis, admettons qu'il la retrouve et rejoigne les autres, il était évident que leur secret avait été percé à jour. Ils avaient trop parlés, des mots s'étaient échappés et, d'une façon ou d'une autre, cette famille qui se faisait si accueillante a du découvrir l'identité de la jeune fille. Toute cette histoire de ne pas connaître l'état du pays n'avait sans doute été qu'une ruse, depuis quand savaient-ils ? A partir de quand leur regard avait-il pu se teinter de colère aveugle, de vengeance ? Car ce ne pouvait être que cela, c'était la seule possibilité, ils avaient enlevé Rin pour la livrer à… au Royaume Bleu ? Aux chefs de la révolte ? Il était difficile de savoir leur camps. Comment feraient-ils pour poursuivre leur voyage avec cette vérité éclatée au grand jour ? Peut-être que beaucoup de personnes étaient déjà au courant, les attendant dans les environs au cas où ils s'enfuiraient.

Ils devaient s'enfuir et ce avec Rin, mais il n'avait aucune idée du comment et espérait sincèrement que Luka-san tirerait une stratégie de sa boule de cristal ou même d'un bol de soupe, peut importe, tant qu'ils pouvaient sortir de ce maudit piège. L'idée que Rin put déjà être morte et qu'il ne fasse que tomber sur son cadavre lui traversa furtivement l'esprit, une idée qu'il chassa rapidement, se retournant pour aller fouiller le rez-de-chaussée. Un léger souffle l'arrêta. Il se retourna, personne n'était là à part lui, les lieux toujours aussi vides de présence humaine. Pourtant ce souffle continuait, discret mais bel et bien là.

Il se rapprocha de la source d'où lui parvenait le faible son, une fois face au mur à sa droite, presque situé dans l'angle, il le sentit très nettement : un courant d'air frais aux odeurs de cave trop peu aérée. Le jeune homme glissa alors sa main le long du mur, le papier peint était usé et gonflé par endroits, menaçant de se décoller, mais malgré les irrégularités il trouva vite une petite fente qui se dessinait entre une porte dissimulée et le reste du mur. Il appuya sur la surface, veillant à ne pas y aller trop fort pour ne pas se faire remarquer, et découvrit alors un escalier de bois à l'apparence fragile qui descendait en colimaçon jusqu'à l'étage inférieur. Maintenant qu'il y pensait, l'étage lui avait paru bien plus spacieux que ce qu'ils avaient vu du salon ; il ne se demanda même pas ce qu'il pourrait trouver là-dessous, c'était évident qu'il y aurait Rin, pour le reste, il verrait bien le moment venu.

Il descendit les escaliers qui ne manquèrent pas de grincer sous chacun de ses pas, pourtant, les planches qui servaient de marches ne lui donnaient pas l'impression de bouger sous son poids, mais le son arrivait à lui seul à faire de cette descente une éternité. Il fut soulagé lorsque ses deux pieds se retrouvèrent sur une surface carrelée et dur. Cependant, le soulagement fut vite emporté par la première respiration qu'il prit ; si l'odeur de moisissure qui s'était développée dans les escaliers était dérangeante, l'air ici était irrespirable. Il se courba bien vite en deux, apportant une main devant sa bouche alors qu'il sentait déjà le repas qu'ils avaient fait la veille dangereusement remonter jusque dans sa gorge.

Lorsqu'il réussit enfin à se redresser et regarder les alentours, il trouva une longue pièce entièrement carrelée où des étagères et des plans de travail étaient installés tout le long des murs. De nombreux couteaux, hachoirs, fourchettes et d'autres outils de cuisines étaient tantôt pendus sur des crochet ou laissés négligemment plantés dans un morceau de viande posé par-là. Il y avait vraiment beaucoup de nourriture, et seulement de la viande rouge, du sang entachait les couteaux et des marmites misent à tremper et des feux étaient allumés sur les cuisinières pour cuire des morceaux réduits en des filets. Les déchets semblaient être laissés dans cette pièce, et il préféra ne pas ouvrir un des gros sacs entreposés, de peur de ne respirer une nouvelle vague de cette odeur nauséabonde.

Le turquoise parvint à faire quelques pas dans la pièce, ses jambes lui donnaient l'impression qu'elles étaient de coton et ses semelles traînaient au sol. Il se félicita alors d'avoir prit le temps d'enfiler ses bottes quand il entendit le bruit de succion provoqué par du sang à moitié coagulé sur lequel il avait marché. Il arrêta son avancée à ce moment, songeant distraitement au fait qu'il ne reconnaissait aucun des animaux qui avaient été ainsi dépouillés de leur peau. Il n'avait aucune envie d'aller plus loin ; les émanations se faisaient de plus en plus lourdes et, bien qu'il était loin de vouloir se faire végétarien, le spectacle hérissait les cheveux sur sa nuque par de désagréables frissons.

Ses yeux turquoise se posèrent sur une scie, autour d'elle une fine poudre blanche était répandue, parfois teintée de rose par des gouttelettes de sang, il préféra ne pas regarder plus loin, de peur de voir l'os découpé qui allait avec. Il tomba ainsi que une porte grillagée installée à l'autre bout de cette boucherie secrète, pourquoi secrète d'ailleurs ? A moins que l'endroit n'ait été mis à l'écart pour ne pas empester toute la demeure, ce qu'il comprenait tout à fait. Il s'approcha de cette étrange porte de métal et remarqua qu'elle n'était pas complètement refermée, une ombre se déplaça à l'intérieur et il se dissimula rapidement derrière le battant.

« Je me demande ce que fichent les autres. » C'était un homme qui parlait, il soupira. « Ce n'est pas si difficile que ça de les descendre là, ils trainent toujours pour s'amuser. » Il garda le silence tandis que des chaines étaient bruyamment manipulées. « Enfin je peux au moins remercier 'man de m'avoir laissée celle que je voulais. J'ai hâte d'entendre tes supplications ma jolie. » Il rit bruyamment.

Le son de sa voix montrait que l'homme se déplaçait dans la pièce, mais au moins il pouvait être sûr qu'il était seul, ce qui faciliterait l'extraction d'informations. Mikuo attendit quelques secondes de plus, l'homme recommença à dire quelque chose au sujet de gaver le bétail, et il surgit dans la pièce, plaquant le manche de sa lance contre sa gorge, le bloquant contre le mur sans plus de mouvements. Toutefois, il ne s'occupa pas immédiatement de l'interrogatoire qu'il avait pensé faire, il regarda par-dessus son épaule, voulant distinguer plus nettement ce qui n'avait été qu'une vague forme dans son action. Ses pupilles s'écarquillèrent soudain alors qu'il reconnu sans mal la silhouette de Rin, les poignets et les chevilles attachés par des chaines à une épaisse et large table de bois devenue rouge par ce qu'il devina être du sang séché.

« Qu'est-ce que tu comptais faire d'elle ?! » Aboya-t-il après l'homme, il resserra la pression sur son arme, rendant la respiration de ce type presque impossible. Il lutait pour trouver de l'air mais ne regardait même pas Mikuo, il ne regardait absolument rien.

« Toujours à s'occuper des femelles en premier. Je leur ai dit cent fois que laisser les males sur leurs pattes était une mauvaise idée. On ne m'écoute jamais, et après c'est moi qui répare les pots cassés. » Son œil gauche partait par moment fixer le plafond, un bref instant, avant de ne reprendre sa place initiale, droit devant lui. « Si on ne peut pas tous les dépecer avant qu'ils ne fuient, qu'est-ce qu'on va manger, hein ? Ils ne font que se gaver comme des ogres et ensuite ils ne chassent même pas sérieusement. »

Mikuo eut un mouvement de recul mais continua à le tenir immobile. Chasser. Il avait utiliser ce mot de façon si naturelle, mais quelque chose clochait, quelque chose ? Non. Tout. Cette salle, ce sang… Et puis, il y a bien quelques voyageurs qui s'arrêtent de temps en temps par ici, comme vous, ça nous fait de la compagnie ! De la compagnie, avait-elle dit. L'image de ces blocs de viande lui revint subitement et il inclina la tête vers le bas par réflexe et serrant ses lèvres en une mince ligne blanche. Il n'osait pas penser ce mot, cannibale. C'étaient des cannibales ! Une nouvelle vague de dégoût.

L'homme sous son emprise sembla le remarquer et donna un violent coup d'épaule pour se dégager, la soudaine mise en mouvement déstabilisa Mikuo qui recula de plusieurs pas jusqu'à buter contre une chaine sommairement enroulée au sol. Ses yeux retombèrent sur Rin. Ils ne l'avaient pas emmenée ici pour venger des injustices politiques. Non. Ils l'avaient attrapées comme on attrape un lapin sauvage pour le diner. Cette idée remplaça bien vite le dégoût par une colère noire et il abattit sa lance vers le sol, traçant une diagonale qui entailla sévèrement l'épaule de l'homme avant qu'il ne put approcher l'un d'eux. Il eut le réflexe de plaquer sa main sur la plaie et Mikuo en profita pour l'envoyer contre le mur d'un coup de l'extrémité non coupante de sa lance. Il alla rencontrer le mur avec fracas une nouvelle fois et il assena un nouveau coup sur son crâne pour le sonner un petit moment.

Il attendit un instant pour voir s'il allait bientôt réagir, le manque de réponse lui donna la voie libre et il se pencha vite vers Rin, vérifiant tout d'abord quelle respirait bel et bien (ce qui se confirma, à son grand soulagement), puis vérifiant qu'elle n'avait pas de blessure apparente.

De toute évidence, cet homme, ou plutôt, cette créature n'avait fait que l'attacher ici, les choses auraient pu empirer s'il n'avait pas trouvé l'endroit à temps… Non, il ne devait pas penser à cela. Il entreprit de défaire les chaines qui maintenaient les bras de la blonde au dessus de sa tête puis fit de même avec celles à ses jambes. Heureusement, les clefs des cadenas étaient tout simplement posées sur une table avec de lugubres instruments de gavage et de découpe. La jeune fille ne se réveilla pas malgré le retentissement métallique des chaines tombant au sol, elle ne fit que marmonner quelques paroles parmi lesquelles il put distinguer un « 'veux dormir un peu plus » auquel il ne put s'empêcher d'étirer un sourire.

Il replaça les bras de la jeune fille le long de son corps sans faire de mouvements trop rapides et passa avec prudence un bras sous sa nuque et un autre sous ses genoux pour la porter loin d'ici. Il fut soulagé qu'elle dorme encore lorsqu'il retourna dans la longue suite d'instruments de tortures et de… morceaux de cadavres. Il en était certain maintenant, cette chaire, ce sang, ces organes, ils appartenaient à des personnes, des êtres humains, qui, comme eux, avaient étés pris en traître en pleine nuit et s'étaient fait mutiler par la suite. L'odeur lui sembla plus âcre encore alors qu'il se prit à se demander s'ils étaient morts avant le découpage.

Il s'immobilisa soudain dans le lugubre couloir carrelé. Aussi vif que le sang qui était allé éclabousser les murs, le rouge des iris face à lui le surprirent autant qu'ils le réconfortèrent. Les yeux rougeoyant quittèrent vite l'échange pour observer les alentours, leur propriétaire venant à priori d'arriver dans la pièce.

« Que… qu'est-ce que tu fais là, Matsuda-san ? »

« On part bientôt, rejoins les autres. » Il prit un des couteaux et observa les nuances vermeilles de la lame, le reflet de ses yeux ne l'intensifiant que davantage. « Ce n'est pas animal. » N'ayant aucun retour, le soldat l'observa, Mikuo se rendit alors compte qu'il avait retenu sa respiration au constat de Matsuda.

« Oui, » souffla-t-il avec le peur d'air qu'il lui restait. « Toutes ces personnes ont… » été dévorées. Il ne put le dire.

« Rejoins les autres et attendez vers l'entrée. »

« Qu'est-ce que tu comptes faire ? » Il revit les mêmes yeux que lors de leur rencontre et abandonna rapidement l'espoir d'une réponse. « L'un d'eux est dans la pièce là bas, je pense que c'était le dernier de la famille. Il est inconscient mais sois tout de même prudent. » Pour toute réponse, le jeune homme dégaina son épée et s'éloigna sans presser le pas. Mikuo voulait lui dire de les suivre, qu'il ne voulait pas retraverser cet endroit seul, qu'il ne pouvait pas le laisser ici seul, mais il sentit Rin bouger dans sa prise et elle capta rapidement son attention. Elle ne devait pas ouvrir les yeux. Il abaissa son bras de ses épaules au milieu de son dos et la força à mettre son visage contre lui, priant pour qu'elle ne montre pas plus de résistance tandis qu'il pressait le pas.

« Qu'est-ce… qu'il se passe à la fin ? C'est quoi cette puanteur ? » la voix de la jeune fille lui parvint comme un murmure et il l'étouffa davantage en raffermissant sa prise.

« Je t'expliquerais ce que je pourrais plus tard, mais pour le moment, ferme les yeux s'il te plait. » Elle dut entendre le tremblement qui parvint hors de ses lèvres car elle garda le silence et ne bougea pas plus. Il se dépêcha de rejoindre la cage d'escaliers, manquant de déraper sur une flaque de sang à peine séché qui s'étalait de plus en plus à cause de leurs passages.

Lorsque Rin put enfin regarder son environnement, elle ne trouva qu'une haute pièce sombre et ce qui ressemblait à un escalier, Mikuo ne la regardait pas, il semblait inquiet, non… effrayé. Ce qui n'aida pas le moins du monde la jeune fille à relativiser. Où ils étaient, pourquoi ils étaient seuls, ce qui avait pu se passer dans son sommeil, elle n'en avait pas la moindre idée et n'avait que peut de souvenirs de la veille. Son seul réconfort était d'être en compagnie du turquoise, peut-être était-ce car il lui avait déjà sauvé la vie, mais en tout cas elle savait quelle pouvait lui faire confiance. Des rebelles avaient-ils essayé de la tuer ? Où était le reste du groupe ? Les questions la torturaient, mais sa gorge était si sèche qu'elle n'arrivait à produire aucun son.

Un cri transperçant finissant étouffé par une quinte de toux douloureuse fit soudain échos entre les murs, s'amplifiant en rebondissant sur les marches de l'escalier. Le cri fut à glacer le sang, et le turquoise stoppa son avancée pendant quelques secondes. D'autres cris, plus ténus et proche des supplications arrivèrent à leurs oreilles puis ce fut le silence complet. Elle ne reconnut pas la voix d'un des membres de leur petit groupe et en fut grandement soulagée, toutefois, elle ne pouvait ignorer cette vive douleur. Qui ? Pourquoi ? Où ? Cet écho lui empêchait d'en être sûre, et puis, Mikuo n'aurait pas laissé une chose pareille arriver n'est-ce pas ? Donc ce devait venir de l'étage…

Mikuo finit par gravir la dernière marche, il tourna le dos à la porte dissimulée qui était à moitié entre ouverte et la fit pivoter avec un coup de talon. Rin vit alors ce couloir tout ce qu'il y avait de plus normal et cette simple vue la rassura grandement. Elle s'était attendu à tomber sur un cimetière ou une salle du trône jonchée des cadavres de leurs amis, mais il n'y avait rien d'autre qu'une tapisserie un peu vieillotte qu'elle eut vaguement l'impression de connaître. Ses pieds retournèrent au sol et instinctivement elle s'empara du bras du jeune homme qui la laissa faire sans un mot. Lui ne semblait aucunement apaisé par le changement de décor mais il n'en dit rien. Il la guida silencieusement jusqu'à la chambre qu'ils occupaient.

« Tu en as mis du temps à la trouver ! On était inquiets, même Matsuda est allé vous chercher ! » Les accueillit Neru, non sans de l'inquiétude présente dans sa voix. Mais ce fut Luka qui exprima le mieux l'inquiétude de chacun en s'avançant silencieusement vers Rin, qui remarqua le bandage autour de son cou, et la prise contre elle dans une étreinte. La jeune blonde ne put se dégager, bien que choquée par le geste inattendu de la femme, et attendit patiemment que celle-ci se redresse.

« Merci d'être saine et sauve. » Rin ne sut quoi dire et hocha légèrement la tête, c'est à ce moment qu'elle vit les formes inconscientes de leurs hôtes et soudain la situation lui parut bien plus clair. Elle se souvint de cette longue soirée qu'ils avaient passée à raconter leurs histoires, puis elle était allée se coucher, elle était tellement fatiguée.

« Ils vont bien ? » Demanda-t-elle en toute naïveté, sincèrement inquiète pour ceux qui s'étaient montrés si gentils. Le regard sombre de chacun la força à remettre cette idée en cause et on répondit à ses questions silencieuses.

« Cette nuit ils nous ont attaqué par surprise, on ne sait toujours pas pourquoi d'ailleurs. Et ils t'ont enlevé dans le mouvement. » Résuma brièvement Akaito, ponctué d'une excuse de Ron pour ne pas avoir réagit assez vite.

« Est-ce que tu as trouvé quelque chose de plus ? » Demanda Gakupo au turquoise qui se dépêcha d'éviter ses iris mauves.

« Plus important, vous n'avez pas vu Matsu' ? » Mikuo aurait presque remercié Ron de l'intervention.

« Je l'ai croisé, il m'a dit d'aller en bas et de se tenir près à partir. »

« Parfait ! Allez-y, on vous rejoindra. » Lança gaiment le brun qui dépassait déjà Mikuo pour sortir de la chambre, celui-ci l'arrêta cependant rapidement, le saisissant par le bras. « Qu'est-ce qui te prend ? » Il fronça ses sourcils.

« C'est une mauvaise idée, je t'assure qu'il vaut mieux attendre qu'il revienne. » Ron semblait loin d'être convaincu et les autres étaient également curieux de savoir ce qu'il pouvait vouloir dire.

« Mikuo, tu as dis que tu m'expliquerais… » Il pesta intérieurement contre Rin, mais au fond de lui il ne voulait pas garder cela pour lui, ainsi il choisit ses mots avec soin. « Ce qu'ils ont fait ce soir n'avait rien à voir avec ton identité, Rin. Ils ont tués beaucoup de personnes, une partie de la maison est dissimulée c'est là que tout se déroule. » Soudain une horrible vérité lui vint à l'esprit. « Il se peut que le calme du voisinage vienne de là d'ailleurs… »

« Pourquoi ? » Demanda Neru qui avait encore du mal à les assimiler à des mauvaises personnes, des tueurs…

« Se nourrir. » Finit par avouer Mikuo a mi voix. Le silence se fit brutalement, comme assassiné par ses mots. Ce ne fut que d'interminables secondes plus tard que Rin finit par pousser un petit cri qui tenait presque de l'aboiement à l'idée de ce qui aurait pu lui arriver et Luka passa pensivement une main sur les bandages de tissu que lui avait fait Neru.

« Comment est-ce possible ? » Gakupo passait une main contre sa nuque, les traits figés dans l'horreur et l'incompréhension. Ils n'étaient pas dans un pays de barbare et les pires moment de la guerre étaient loin derrière eux maintenant. Alors pourquoi ? Il voulait qu'on lui dise que c'était une blague, mais en voyant Luka ouvrir la bouche pour répondre il sut qu'il aurait tout le contraire.

« Certains ont pris des habitudes pendant la guerre, aussi atroces qu'elles soient, elles peuvent être difficiles à oublier. »

« Pourquoi il n'est pas revenu avec vous ? » Ron ne haussa pas le ton mais ses intonations trahissaient tout de même sa colère. Mikuo pouvait comprendre son inquiétude, il ne comprenait pas ce qu'il avait pu vouloir faire en bas, bien que les cris qu'ils aient entendus lui en donnaient une vague idée, ce comportement le surprenait. Il secoua doucement la tête, Ron comprit le message et trépignait visiblement, entremêlant ses doigts, réarrangeant les plis de ses vêtements sans raison ou passant sa main dans ses cheveux détachés, les décoiffant un peu plus.

« Allez-y, on vous rejoindra tous les trois. »

« Quoi ?! » S'écria Neru en voyant Akaito se saisir du poignet de Ron pour l'entrainer dans le couloir, n'en tenant plus de le voir sautiller sur place, cela ne faisait que rendre l'ambiance plus étouffante. La petite blonde eut un mouvement pour l'arrêter, mais sa main retomba vite à ses côtés, il faisait toujours ce qu'il voulait, s'en fichant bien des autres.

« On y accède par une porte dissimulée au fond du couloir mais… » Le rouquin remercia Mikuo d'un hochement de tête, n'écoutant pas ses derniers avertissements. Il pouvait très bien comprendre ses hésitations. Il préférerait lui-même ne pas voir le massacre qu'il devait y avoir là-bas, pourtant il ne voulait pas non plus se cacher les yeux et attendre que tout se passe. Qui sait ce que Matsuda fichait, il prenait son temps en plus, aller le chercher était la meilleure solution. Oui c'était certain. Il aurait préféré y aller seul, certes, mais il savait qu'essayer de laisser Ron derrière serait une défaite assurée, il pourrait toujours trouver un moyen de le forcer à rester derrière une fois devant quoi qu'il y est à voir. Ce n'était encore qu'un gamin après tout et vu l'état de Mikuo après avoir vu le spectacle, ce n'était vraiment pas joli à voir.

Il a fallut qu'on tombe sur des cannibales.

Ils arrivèrent rapidement devant l'ouverture qui conduisait aux escaliers en colimaçon, Ron l'avait presque traîné jusque là malgré la prise du rouquin autour de son poignet, il avait l'impression de promener un chien surexcité. Ils n'eurent cependant pas le temps de s'engager dans les ténèbres de cette descente que la figure de celui qu'ils cherchaient se dessina dans l'obscurité. Il sembla d'abord prêt à leur demander ce qu'ils faisaient ici, quand son regard tomba sur leurs mains et Akaito aurait pu jurer voir une colère noire passer sur le visage du plus petit pour disparaître aussi vite qu'elle était venue. Il s'empara de la main de Ron, l'arrachant à sa prise et s'occupa de replacer correctement quelques mèches des cheveux bruns sans accorder le moindre regard au rouquin.

Il devait se taire, ne rien dire, sinon il mourrait, c'était certain. Il resta ainsi immobile, s'empêchant même de poser son regard sur l'un d'entre eux. Puis, quelques pas plus loin, Matsuda s'arrêta dans sa marche et se tourna vers Akaito, gardant Ron, loin de se plaindre, près de lui.

« Ne traîne pas Akaito, le feu va bientôt se propager jusque là comme les escaliers sont en bois. »

« Que… Qu'est-ce que tu viens de dire ?! » Le bleuté avait déjà reprit la marche, se fichant bien de ce que pourrait faire le rouquin de son avertissement. « Pourquoi tu as fait ça ? Tu te rends compte à quel point c'est dangereux ? Tu est complètement irresponsable ! » Le noble était vite arrivé à leur hauteur et continua à rouspéter après Matsuda jusqu'à ce qu'ils arrivent auprès des autres, rassemblés près de la porte d'entrée qui paressait bien petite par rapport à leur groupe. Akaito s'empressa de sortir, vite suivit par les autres qui se demandaient la raison de la précipitation, personne n'eut à leur répondre.

Bien vite, une explosion de verre et le son d'une large poutre tombant au milieu du brasier résonnèrent dans le petit matin. Les flammes montèrent rapidement jusqu'au toit et, d'abord étonné qu'il y ait un incendie, ils finirent par faire le lien entre l'absence de l'ancien soldat et cela.

« Tu… les habitants sont encore à l'intérieur ! Et si les flammes se propagent trop… ! » De toute évidence, Gakupo se retenait de l'insulter, entrecoupant ses phrases de soupires contenus.

« Un problème, monsieur l'intendant ? » Rétorqua Matsuda avec un haussement de sourcil moqueur qui suffit à murer l'homme dans le silence. Luka, elle, ne put réprimer un léger sourire devant le brasier qui chassait les dernières étoiles du ciel. Tout brûler, tout effacer, empêcher quiconque de reprendre le flambeau et réduire en cendre la souffrance de ces personnes. C'était une solution radicale mais ainsi elle donnait à ces personnes la punition la plus appropriée pour les envoyer se consumer en enfer.

« Partons. » Conclut Mikuo qui s'éloignait rapidement, Rin et Neru sur les talons. Tous suivirent le mouvement sans histoire, ils ne ressentaient plus aucune fatigue après tous ces évènements, malgré leur courte nuit et se sentaient prêts pour une nouvelle épuisante journée de marche.

Lorsqu'ils gravirent la pente pour retourner sur le semblant de chemin d'où ils venaient, les flammes dorées s'étaient déjà emparées de la totalité des maisons abandonnées, il ne faudrait certainement que quelques heures pour que tout ne soit plus que cendres et oubli.