Chapitre 21.
Hermione grogna et s'étira, essayant de soulager la douleur de ses épaules. Elle avait l'impression que chaque muscle de son corps avait été martelé avec un maillet en caoutchouc. En fait, elle était douloureusement consciente de muscles dont elle avait jusque là ignoré l'existence. Elle grogna de nouveau, et quelqu'un derrière elle commença à lui frotter les épaules. Penchant la tête, elle le laissa lui masser la nuque.
« Oh, Ron, tu es un dieu. J'ai tellement mal que je ne peux quasiment plus bouger. »
Il la relâcha et s'écroula à ses côtés sur les coussins. Les yeux levés vers le plafond de la Salle Commune, il exprima sa compréhension d'un hochement de tête.
« Je sais de quoi tu parles. S'il y a un centimètre carré de mon corps qui ne soit pas bleu et noir… »
« Est-ce que vous avez vu la taille de ce bleu ? » demanda Ginny, allongeant la jambe devant eux. « Et celui que j'ai sur l'autre jambe est encore plus gros… et plus coloré, si vous pouvez croire ça. »
« Piétinée, » gémit Luna. « J'ai été piétinée par un Crisard à Trois Cornes, j'en jurerais ! »
Neville était à moitié sur le canapé, et à moitié au sol, les yeux fermés. Il avait essayé de poser la tête sur les genoux de Susan, mais elle l'avait repoussé parce qu'elle avait trop mal.
Harry était étendu par terre, sur le dos, devant la cheminée. Il n'avait ni bougé ni parlé dans la dernière demi-heure. Hermione envisagea de ramper jusque là pour voir comment il allait, mais décida qu'elle était trop fatiguée pour bouger, et qu'il était tout aussi bien là où il était.
« Je n'aurais jamais cru qu'il nous mèneraient la vie si dure, » se plaignit Ron. « Je suis pas sûr que même l'entraînement des Aurors soit dur comme ça. »
« Tu plaisantes ? » Neville prit la parole pour la première fois. « C'est un entraînement d'Auror, et dans une fraction du temps habituel. »
« C'est vrai, » approuva Hermione. « Souviens-toi, Kingsley a dit qu'il nous mettrait à niveau illico presto, et il ne plaisantait pas. »
« Combien de batailles pensez-vous qu'on se soit farcies jusque là ? » demanda Ginny.
« Je sais pas. » Hermione soupira. « Mais c'est la troisième fois que je me fais tuer cette semaine. »
La porte de la Salle Commune s'ouvrit, et Remus Lupin entra. Il observa le groupe un instant, puis eut un grand sourire.
« Tout le monde debout. L'entraînement reprend dans la Salle sur Demande dans quinze minutes. »
« Noooonnn ! » Le gémissement venait des environs de la cheminée, quoique Harry ne montre aucun signe extérieur de mouvement.
« S'il vous plaît, » implora Hermione. « Ayez pitié. »
« Jamais de la vie, » rit Remus. « Debout, tout le monde ! »
Ils se levèrent tant bien que mal, rouspétant et grommelant alors qu'ils se dirigeaient vers la porte. Dernier à sortir, Harry s'arrêta et essaya malgré l'épuisement de lancer à Remus un regard noir.
« Tu sais, tout ça t'amuse beaucoup trop. »
« C'est vrai, » lui assura Remus. Il passa un bras autour des épaules de Harry et ils sortirent ensemble. « Beaucoup plus drôle que d'enseigner la DCFM, puisque je n'ai pas de comptes à rendre au conseil d'administration pour ce que je vous fais subir. »
Harry gémit plus fort, et Remus rit.
Arrivés à la Salle sur Demande, un Drago Malefoy plutôt mal en point était appuyé contre l'entrée. Il jeta un œil à Harry et Remus, et secoua la tête. Remus le salua gaiement.
« Ah, Drago. Prêt pour un autre round d'entraînement ? »
Drago se tourna vers Harry. « Potter, tu m'avais dit que c'était un type vraiment gentil une fois qu'on apprenait à le connaître. »
« Je sais. C'est ce qu'il a réussi à me faire croire pendant toutes ces années. »
Remus rit de plus belle, et poussa les garçons récalcitrants dans la pièce devant lui. Les autres étaient déjà assis par terre, attendant les instructions.
Hermione regarda un certain nombre d'adultes entrer en file indienne derrière Remus. Maugrey Fol-Œil, Kingsley Shacklebolt, Tonks, Dedalus Diggle, et Hestia Jones entrèrent dans la pièce, et s'affairèrent à nouer des foulards rouges à leur bras droit. Bon, ça allait être une autre bataille 'élèves contre Mangemorts'. Jusqu'à maintenant, ils s'étaient combattus dans le parc de Poudlard, dans le château lui-même, et dans la Forêt Interdite – le tout sans jamais quitter la Salle sur Demande. Ils avaient eu droit à l'entraînement à la course, au soulèvement de poids, avaient appris à se déguiser d'un certain nombre de différentes façons, utilisant une myriade de sorts et d'enchantements, et s'étaient entraînés à suivre pistes et personnes sans se faire prendre.
Remus avait abandonné son attitude taquine, et il était totalement sérieux quand il s'adressa au groupe.
« Nous allons simuler une bataille elle se passera dans une rue de Pré-au-Lard. Vous serez divisés en groupes une fois encore, sauf que cette fois-ci il y aura une différence majeure. » Il les regarda tous un à un, successivement. « Nous avons débattu de l'opportunité d'inclure ce scénario, mais comme il s'agit d'une possibilité très réelle, il a finalement été décidé qu'il était malheureux, mais absolument nécessaire que vous en fassiez l'expérience. »
Quoique assis, ils se redressèrent tous, fatigue et douleurs oubliées, concentrés sur Remus. Ron échangea un regard avec Hermione. Elle haussa légèrement les épaules, n'ayant pas la moindre idée de ce qui les attendait.
« Dans ce scénario, l'un de vous, » continua Remus, « est un traître. » Chacun dans la pièce inspira rapidement. « Nous avons déjà arrangé ça avec la personne qui doit assumer ce rôle. Vous savez ça, mais vous ne savez pas qui c'est. »
Ron marmonna entre ses dents. « Pas difficile à deviner… ça sera forcément Malefoy. »
Quelqu'un lui décocha une tape sur l'arrière de la tête, et Ron protesta. « Hé ! »
« Stupide, Weasley. Tirer des conclusions à la hâte, ça te fera tuer ! Vigilance constante ! » Il retourna clopin-clopant rejoindre les autres. Ron se frotta l'arrière de la tête, l'air penaud.
« Très bien, » dit Remus. « Sortez de la pièce, et revenez dans dix minutes. »
Le groupe se leva, et sortit. Les 'Mangemorts' adultes restèrent dans la pièce.
Dans le couloir, Hermione se rendit compte qu'elle tremblait. Elle regarda Harry.
« Je déteste ça. Je sais qu'il pourrait y avoir un traître quelque part, mais de faire en sorte qu'on se soupçonne tous les uns les autres comme ça… »
Harry hocha la tête. « Mais comme il a dit… ça pourrait arriver. » Il balaya le groupe du regard. « Est-ce que quelqu'un a quelque chose à avouer avant qu'on y aille ? »
« Oh, bien sûr, Harry. Comme si ça marchait comme ça en réalité, » s'esclaffa Ginny.
« Je ne crois pas qu'un traître nous annoncerait qui il est, » ajouta Susan.
« Qui a dit que ce serait un il ? » demanda Luna. « Peut-être que le traître est une femme. »
« C'est vrai ! » renchérirent Ginny et Susan.
Un sentiment de malaise prit naissance au creux de l'estomac d'Hermione. Ça pouvait tout à fait être une femme. Si quelqu'un savait qu'elle voyait Snape, elle serait considérée comme traîtresse dans leurs rangs. Elle fut saisie d'un soudain désir de ne pas y aller.
« Je… Je ne crois pas que je puisse le faire. Je suis trop fatiguée pour me concentrer. »
Harry vint à côté d'elle. « C'est normal, Hermione. On est tous fatigués. » Elle secoua la tête. « Allez. Je peux pas me lancer là-dedans sans vous tous, tu te souviens ? »
« Faut que t'y ailles, » insista Ron. « C'est le dernier exercice de la journée, et après, on peut tous s'écrouler. »
Elle lui adressa un sourire fatigué, et la porte s'ouvrit derrière eux. Entrant, Hermione se rendit compte qu'ils se tenaient dans la rue, devant les Trois Balais. Elle se remémora rapidement les plans du bâtiment qu'ils avaient dû mémoriser plus tôt dans la semaine : la salle principale du pub, avec le bar, une petite salle à manger à l'écart pour les groupes qui voulaient de l'intimité, quelques pièces derrière le bar pour les stocks, et aussi un escalier qui menait à l'étage. Il y avait un cellier divisé en trois espace, pour stocker les alcools, la nourriture, et les réserves diverses. A l'étage on trouvait les quartiers de Madame Rosmerta, et deux chambres supplémentaires qu'il était possible de louer, avec une petite salle de bains au bout du couloir. Il y avait un autre escalier au bout du couloir, à côté de la salle de bains. Il se terminait par une porte qui ouvrait sur l'arrière du pub.
« Très bien. » Harry parlait à voix basse. « Luna, tu es avec Neville. Ginny, fais équipe avec Drago. Susan va avec Ron. Hermione, tu es avec moi. »
Ils se déployèrent, les différentes équipes prenant différentes positions autour du bâtiment. Harry et Hermione allèrent se placer à l'arrière, et s'abritèrent derrière un massif de buissons, observant ce qui se passait près de la porte menant à l'escalier.
« Est-ce qu'il y a une fenêtre là-haut qui donne directement sur cette sortie ? » chuchota Harry.
Hermione observa le bâtiment. « Non. On dirait bien que c'est un point faible. »
« Ne compte pas là-dessus. Une fois dans l'escalier, il peuvent nous descendre l'un après l'autre. »
La porte s'ouvrit, et Tonks apparut. Elle observa les environs immédiats, puis se retourna, se collant au mur pour se glisser jusqu'à l'autre côté. Hermione pointa sa baguette.
« Stupefix ! »
Sans un bruit, Tonks s'écroula. Harry et Hermione avancèrent en silence, et de sa baguette, Hermione dessina une marque bleue sur la poitrine de Tonks.
« C'était trop facile, » dit Harry. « Allez, faut qu'on entre. »
Ils se glissèrent à l'intérieur, et se collèrent au bord de l'escalier, ne s'arrêtant qu'un instant pour lancer un sortilège de silence sur leurs pieds. En haut des escaliers, Harry entrouvrit légèrement la porte, et recula immédiatement en se baissant alors qu'un sort s'écrasait contre la porte.
« Merde ! »
« Qui est là ? » siffla Hermione. Elle se retourna et lança un sort vers la sortie. Le pourtour de la porte luit brièvement.
« C'est Remus. Qu'est-ce que tu viens de faire ? »
« J'ai scellé la porte pour protéger nos arrières. »
« Hermione, tu viens de sceller notre seule porte de sortie ! »
« Oh, c'est vrai. Je n'avais pas pensé à ça. »
Harry grommela, ouvrit la porte d'un grand coup, et se jeta au sol dans le couloir. Remus envoya vers lui un sortilège de découpage, mais Hermione plongea dans le couloir et lança un bouclier devant Harry. Le sort ricocha, et Harry lança un sort en riposte à Remus, qui s'échappa vers les quartiers de Madame Rosmerta. A ce moment, Ginny et Drago émergèrent en haut de l'autre escalier.
« On a eu Diggle en bas, » chuchota Ginny. « Y'a qui là-haut ? »
« Jusque là, on a seulement croisé le feu avec Remus. Il est entré dans les quartiers de Madame Rosmerta. »
« Hum… » remarqua Ginny. « Intéressant. Il savait exactement où aller. Je me demande s'il était déjà venu avant ? »
« Tu veux bien rester concentrée sur la bataille ! » s'impatienta Hermione. Harry sembla consterné.
« Il y a deux autres chambres là-haut, en plus de ses quartiers, » lui rappela Drago. « Si on se lance à la poursuite de Remus, ils pourraient nous attaquer par derrière. »
« Joli piège, » convint Harry. « Il faudra qu'on fouille les autres chambres d'abord. »
« Je reste là et je surveille la porte de Rosmerta, » dit Ginny, « pendant que vous vérifiez les autres. »
Hermione alla se placer devant la première porte, et lança un Revelato. La porte devint aussi transparente que du verre, et elle regarda au travers, essayant de distinguer tout mouvement ou autre signe de présence. Rien ne lui apparut.
« Je crois que celle-là doit être vide, » dit-elle aux autres.
Harry lança le même sort sur la deuxième chambre, et l'examinait à son tour.
« Hé, cette porte de placard a bougé, » chuchota-t-il. « Je crois qu'on a un Mangemort planqué là. »
« Occupons-nous de celui-là, puis on s'occupera du cas de Lupin, » dit Drago. « Ginny, continue à monter la garde ici, et préviens-nous si quiconque essaie de monter les escaliers. »
« D'accord, » accepta Ginny. « Je m'en occupe. »
Ils entrèrent tous les trois dans la pièce en trombe, Harry lançant un sort qui se fracassa sur la porte du placard, Hermione plongeant derrière un fauteuil, alors que Drago touchait le sol près du lit. La porte du placard s'ouvrit sous la violence du choc, et Kingsley Shacklebolt lança un éclair de lumière jaune vers Harry. Il esquiva, et Drago surgit de derrière le lit, tirant en même temps sur Kingsley. Le sort le frappa en pleine poitrine et le renvoya dans le placard. Hermione se glissa hors de l'abri du fauteuil, la baguette prête à couvrir Harry. Lentement et prudemment, Harry passa la tête au bord du placard, puis il entra et utilisa sa baguette pour placer un point bleu sur la poitrine de Kingsley.
« Beau boulot, mais vous auriez dû surveiller vos arrières. »
Harry, Hermione et Drago se retournèrent d'un coup. Ils avait été tellement concentrés sur leur combat contre Kingsley qu'ils avaient négligé de surveiller la porte. Remus Lupin se tenait là, avec Maugrey… et Ginny.
« Merde, » dit Harry.
Ginny avait sa baguette à la main, pointée sur Drago.
« Ça a été chouette de travailler avec toi… partenaire. »
Elle lança un Stupefix vers lui, mais il esquiva, et lui renvoya le même sort. Elle tomba au sol. Au même moment, Harry attaqua Maugrey, mais le vieil Auror rusé le bloqua sans mal. Hermione et Drago envoyèrent tous les deux des sorts à Remus Lupin, mais, lui aussi, il parvint à leur échapper. Hermione prit à nouveau abri derrière le fauteuil, mais une explosion sortant de la baguette de Maugrey envoya voler en toutes directions bois et rembourrage. Elle essaya d'éviter à la fois le souffle et les débris qui en résultèrent, mais ne parvint qu'à trébucher sur quelque chose et à tomber par terre à la renverse. Remus venait vers elle maintenant, pensant apparemment que le sort de Maugrey l'avait eue, et se préparant à la marquer d'un point rouge. Elle garda les paupières entrouvertes, et au dernier moment, leva vivement sa baguette et toucha un Remus étonné en pleine poitrine. Il s'écroula au sol.
« Wou hou ! …gnah ! »
Le cri de joie de Drago fut coupé net, et il tomba au sol. Ça ne laissait que Harry et Hermione pour affronter Maugrey. Il bougeait sans cesse, mais eux aussi, se couvrant l'un l'autre et saisissant chaque opportunité de lui lancer un sort. Maugrey parvint à manœuvrer vers la porte, et la fit voler en éclats. Le combat continua dans le couloir. Les minutes s'écoulaient, ou peut-être les heures… quoi qu'il en soit, Hermione ne pouvait pas croire qu'ils parviennent à continuer à tenir bon contre l'Auror. Un sort après l'autre leur tombait dessus, et ils avaient peu de temps pour faire autre chose que de se protéger de leurs Boucliers, et tirer.
Il y eut une commotion venant de l'autre escalier. Neville et Luna apparaissaient, et un cri de Neville avertit Maugrey de leur présence. Il leur envoya un mauvais sort, et toucha Neville avant qu'il ne puisse esquiver. Il vacilla au sommet de l'escalier, puis tomba en arrière. Luna poussa un cri de surprise, puis il y eut un bruit de chute Neville lui avait atterri dessus, et ils étaient retombés au bas de l'escalier.
Harry profita de l'interruption, et il s'abrita derrière une vieille bibliothèque dans le couloir. Son sort tomba juste au dessus de Maugrey, et fit tomber ce qui restait d'une vieille torchère en pluie sur sa tête. Maugrey jura, et répliqua, juste au moment où Harry sortait de son abri pour finir le boulot.
« Harry ! » cria Hermione. Elle éleva un Bouclier et courut droit dans la ligne de mire de Maugrey. L'impact fut fort, plus que douloureux, et elle aperçut brièvement un mur couvert d'un papier peint rose incroyablement tapageur avant d'être projetée dessus, et que tout devienne noir.
« Ennervatum ! »
Hermione s'assit, regarda le point rouge sur sa poitrine, et soupira. Ils étaient de retour dans la Salle sur Demande, et certains autres s'asseyaient aussi, des points rouges et bleus marquant leur poitrine.
« Approchez ! » hurla Maugrey.
Hermione tressaillit. Elle avait mal au crâne, et la discussion lui passa un moment par dessus la tête avant qu'elle ne se rende compte qu'ils étaient au milieu d'un débriefing. Kingsley en finissait avec sa critique de la performance des Aurors. Tonks avait fait l'objet de son courroux pour s'être laissée surprendre devant une entrée. Remus y eut droit également, ainsi qu'à pas mal de moqueries, pour être tombé dans le piège d'Hermione qui jouait les mortes. Dedalus Diggle se plaignit du manque de solidarité dans l'équipe des 'Mangemorts', et Hestia Jones admit qu'elle était restée cachée plus longtemps qu'elle n'aurait dû avant de finalement venir l'aider.
Puis ce fut le tour des élèves. On applaudit Ginny d'avoir dissimulé son 'retournement de veste' jusqu'au bon moment, mais on rappela aux autres que sachant qu'il y avait un traître dans leur groupe, aucun membre n'aurait dû être laissé seul. On fit remarquer à Neville que de prévenir l'adversaire qu'on était derrière lui en lui criant après n'était pas une bonne stratégie. Et également qu'il devrait faire attention de ne pas gêner sa partenaire avant de tomber.
« Purée, » chuchota-t-il à Hermione. « J'étais inconscient à ce moment-là. Tu ne crois pas qu'ils en demandent un peu beaucoup ? » Elle étouffa un rire.
Kingsley suggéra que Maugrey critique Harry, Hermione et Drago, puisqu'il les avait vus combattre, tandis que Kingsley, lui, était inconscient dans le placard. Maugrey se leva et les regarda durement tous les trois, son œil fou immobile et concentré.
« Toi, Malefoy, » grogna-t-il. « C'était bien, mais la prochaine fois, garde tes cris de victoire pour le moment où tous tes adversaires sont au sol. »
Drago hocha la tête. « Je le ferai. C'était stupide de ma part. »
« Et toi, Granger. Je n'arrive pas à comprendre comment tu te fais encore tuer ! Les autres me disent que tu es brillante. Apparemment, pas en stratégie, je dirais. Essaie de rester en vie un peu plus longtemps que ça la prochaine fois ! »
Hermione soupira. « Je dois certainement détenir une sorte de record. »
« Et toi, Potter. Sacré beau combat. Continue comme ça. »
Harry afficha un air de gratitude. Maugrey se retourna, et Hermione vint se glisser près de lui.
« Bonne séance, Harry. Tu as vraiment pris le coup. J'aimerais bien être moins maladroite. »
« Tu n'as pas besoin de te faire tuer. Essaie de me laisser bloquer le mauvais sort la prochaine fois, au lieu de le bloquer avec ton corps. » Il lui sourit. « Mais bon, merci. »
XoXoXoXo
C'était leur première journée sans entraînement depuis près de deux semaines. La plupart des autres profitaient de la possibilité de faire la grasse matinée, mais Hermione n'avait jamais été capable de rester couchée pour une période prolongée. Une fois qu'elle était réveillée, elle était réveillée. En fait, elle avait souvent envié ses camarades de dortoir qui ne semblaient jamais laisser passer une occasion de dormir tard. Cependant, elle appréciait ces moments de tranquillité pendant lesquels elle pouvait avancer seule dans son travail.
Elle fut la seule de son groupe à paraître dans la Grande Salle pour le petit-déjeuner. La Directrice, ainsi que Madame Pomfresh, Hagrid, et le Professeur Flitwick, se joignirent à elle. En temps normal, elle mangeait peu le matin, mais la nourriture lui semblait extraordinairement alléchante, et Hermione s'était resservie en œufs et en toasts quand Hagrid le remarqua.
« C'est un bel appétit que tu as là, Hermione. D'habitude, tu picores, mais aujourd'hui tu sembles avoir un sacré coup de fourchette. »
Elle rit. « Je crois que c'est tout cet exercice et ces entraînements. Je ne me souviens pas avoir travaillé si dur de toute ma vie… pas physiquement, en tout cas. »
La Directrice hocha la tête. « Kingsley Shacklebolt commentait les performances que vous avez tous fournies. Il est très content. » Elle se renfrogna légèrement. « Quoique j'aie des réserves sur le fait d'entraîner des enfants à jouer les guerriers. »
« Nous ne sommes plus des enfants, Professeur, » protesta Hermione. « Nous sommes presque tous majeurs maintenant, et notre capacité à nous battre pourrait bien être un facteur décisif dans le fait que nous ayons ou non la possibilité de vieillir. »
« Bien dit, Miss Granger. » Le Professeur Flitwick se joignit à la conversation. « Je n'aime pas beaucoup l'idée que n'importe lequel d'entre nous se retrouve en première ligne dans cette bataille, mais comme Monsieur Potter doit y être… »
« Oui, je sais, » répondit la Directrice. « Il aura besoin d'avoir tous ses amis et ses partisans à ses côtés. » Elle soupira. « Dans combien de temps est-ce qu'arrivera la bataille décisive, on se le demande bien. »
Et soudain, le petit-déjeuner qu'elle avait devant elle perdit tout attrait. Hermione repoussa son assiette, et se tourna pour interroger Madame Pomfresh.
« Comment vont les stocks ? Est-ce que vous avez besoin que je prépare quoi que ce soit ? »
« Non, ma chère. Même avec la quantité d'onguent que nous avons dû utiliser pour soigner toutes vos blessures, nos stocks demeurent suffisamment fournis. Vous pourrez préparer une autre dose de Potion Tue-Loup dans à peu près dix jours ? »
« Je ne crois pas que ça pose problème. J'ai suffisamment d'ingrédients pour au moins six autres doses, donc je devrais être capable de la préparer au moment prévu chaque mois. »
La Directrice s'adressa de nouveau à elle. « Puisque Madame Pomfresh n'a pas besoin de vos services ce matin, est-ce que vous accepteriez de faire quelque chose pour moi ? J'ai un certain nombre de propositions à soumettre au Conseil d'Administration, concernant l'entretien de Poudlard jusqu'à ce que l'école rouvre. J'aurais besoin de précédents pour trois d'entre elles. Est-ce que ça vous intéresse de faire un peu de recherche ? »
Hermione accepta, et suivit la Directrice jusqu'à son bureau. Elle passa la matinée à passer en revue de vieilles archives de Poudlard, et eu besoin de se déplacer plusieurs fois à la bibliothèque, mais elle fut capable de fournir le matériel nécessaire, et finit peut après midi. Un rapide passage au dortoir lui confirma que personne n'était encore debout, alors après avoir obtenu des elfes de maison un panier pour son déjeuner, Hermione décida de descendre jusqu'au cottage de Hagrid et de l'inviter à partager ce déjeuner avec elle.
Le soleil brillait, et elle appréciait sa promenade quand quelque chose vint bourdonner à son oreille. Se baissant rapidement, elle aperçut une petite créature qui volait si rapidement qu'elle ne put pas vraiment l'identifier. Elle eut une impression de bleu saphir et de vert émeraude, scintillant comme un joyau, puis ça disparut. Hermione resta là et regarda autour d'elle, espérant avoir une autre chance, mais ça ne revint pas.
Hagrid fut ravi de la voir, et alla obligeamment porter le panier de Becquasucres dans un cabanon derrière sa maison. Une fois les créatures sorties, ils disposèrent le pique-nique devant eux. Les histoires des aventures de Hagrid avec les géants la tinrent intéressée pendant tout le repas, et ce ne fut qu'une fois qu'elle eut tout remballé et qu'elle se préparait à partir qu'elle se souvint qu'elle avait une question à lui poser.
« Hagrid, je crois que j'ai vu un colibri près d'ici. Est-ce que vous savez quelque chose à ce sujet ? »
« Les c'libris ? Mais bien sûr, Hermione. Il y en a tout une colonie qui vit dans les parages. C'est Dumbledore qui les gardait, tu vois. »
« Les gardait ? Où ? »
« Dans les serres. Ils vont se balader aux alentours quand il fait beau, et restent à l'abri bien au chaud dans les serres le reste du temps. »
« Mais… Hagrid, maintenant que Dumbledore n'est plus là… Je veux dire, ce n'est pas vous qui vous en occupez ? »
Hagrid caressa sa barbe de ses doigts énormes pendant qu'il pensait à ça. « Il ne les aurait pas laissés sans quelqu'un pour s'en occuper, mais ce n'est pas moi. Et j'aurais bien voulu. De jolies petites choses, mais avec un sacré caractère… y'a pas grand chose qui leur fait peur, aux c'libris. »
Perplexe, Hermione lui dit au-revoir et reprit le chemin du château. Elle n'était pas loin du cottage quand quelque chose bourdonna à nouveau. Elle se figea, retenant son souffle, et fut ravie que le petit oiseau bleu et vert, aussi délicat qu'une fée, vienne voleter à juste un peu plus d'un bras d'elle. Il allait rapidement de droite à gauche, semblant l'examiner, avant de revenir voleter devant elle à nouveau. Lentement, extrêmement lentement, Hermione tendit sa main ouverte à l'oiseau, et faillit prendre une inspiration d'excitation quand il vola plus bas. Il resta à hauteur du bout de ses doigts pendant un instant, puis se percha sur le bout de son index. Ebahie par l'éclat du plumage magnifique qui parait l'oiseau, elle ne remarqua pas, au début, le minuscule parchemin qu'il tenait dans sa minuscule patte. Si soudainement qu'elle ne put suivre le mouvement, l'oiseau lâcha le parchemin au creux de sa main, et s'envola.
D'autres façons de communiquer avec elle… est-ce que ce n'était pas ce que Snape avait dit ? S'assurant qu'elle était hors de vue de toute fenêtre, Hermione sortit sa baguette et annula le Sortilège de Ratatinage du parchemin. Il se transforma en une brève note.
Retrouve-moi dans les quartiers de Drago dès que possible. N'en parle à personne. Détruis ce message.
C'était tout. Pas de signature. Elle fut un peu contrariée par le ton péremptoire de ce message. Et par le fait qu'il ait jugé nécessaire de lui rappeler qu'elle ne devait parler du rendez-vous avec personne et détruire la note. Franchement ! Est-ce que cet homme pensait qu'elle n'avait pas la moindre cervelle ? D'un mouvement de baguette, la note disparut, et elle retourna vers le bâtiment en courant.
Drago était sorti de ses quartiers, quand elle arriva, ayant apparemment repris connaissance et s'étant selon toute probabilité mis en quête de nourriture. Elle avança rapidement jusqu'à la porte au bout du couloir, et frappa doucement. La porte s'ouvrit, et elle se glissa à l'intérieur, passant devant Snape qui ferma et insonorisa la porte. Un sentiment de terreur s'imposa à elle quand elle vit son visage. Quoi qu'il soit venu faire, ça n'était pas bon.
Il demeura silencieux pendant un certain temps, puis lui indiqua qu'elle devrait s'asseoir, quoique lui-même reste debout. Elle ne put s'empêcher d'avoir l'impression qu'il cherchait à gagner du temps. Incapable d'attendre patiemment, elle parla la première.
« Qu'est-ce qui se passe ? »
Une fois encore, il sembla hésiter avant de lui répondre. Quand il y parvint, ce fut apparemment au prix d'un acte de volonté considérable.
« J'ai besoin de ton assistance, et je vais devoir te demander de faire quelque chose qui va contre tout tes instincts. » Il sembla avoir retrouvé sa maîtrise de lui, et l'évaluait maintenant du regard. « J'ai confiance en ton intelligence et en ton bon sens, qui te permettront de comprendre que ce que je te demande est absolument nécessaire. »
Maintenant, c'était à elle d'être nerveuse et effrayée. « Qu'est-ce que tu veux que je fasse ? »
« Il y a une tâche qui doit être menée à bien avant que l'Ordre ne soit en mesure d'attaquer le Seigneur des Ténèbres directement, » dit doucement Severus. « Elle est extrêmement délicate, autant que dangereuse, et j'aurai besoin d'aide. »
« De ma part ? » Elle se prépara mentalement à affronter le danger qui l'attendait. S'il le lui demandait, elle le ferait.
Mais à sa grande surprise, il secoua la tête, évitant son regard. « Il y a un nombre limité de personnes de l'Ordre capables de m'aider dans cette tâche… et tu n'en fais pas partie. Et puis, j'aurai besoin que tu continues ici comme nous l'avons fait jusqu'à maintenant. Quand nous serons prêts à passer à l'offensive, il faut que l'Ordre en soit averti. »
Hermione prit une profonde inspiration. « Je comprends. Est-ce que tu sais qui dans l'Ordre pourrait t'aider ? »
« Oui. » Il ne semblait toujours pas vouloir la regarder dans les yeux. « Quel qu'en soit le coût, il faut qu'il m'accompagne, sans que le reste de l'Ordre ne sache ni où nous allons, ni ce que nous allons faire, et sans que ma duplicité ne risque d'être exposée aux yeux du Seigneur des Ténèbres. »
« Alors ça fait une personne de plus qui va devoir comprendre ce que tu fais réellement pour nous, » conclut-elle. « Est-ce que tu as confiance en lui ? »
« Je ne sais pas, » admit Severus. « Jusqu'à ce qu'il soit convaincu de mon véritable rôle, il sera nécessaire de le… retenir en lieu sûr. A l'écart des autres. »
Hermione le dévisagea alors que les implications de ce qu'il venait de dire lui apparaissaient. « Tu veux dire… de kidnapper un membre de l'Ordre ? De le garder contre sa volonté ? Comment ! Je veux dire… un professeur… ou un Auror, comment est-ce que tu pourrais… tu serais obligé d'utiliser la force ! » Son estomac se souleva. « Un piège ou… une ruse ou quelque chose… c'est ça que tu veux que je fasse ? »
Severus hocha la tête, et elle comprit à cet instant pourquoi il semblait ne pas pouvoir la regarder. Il voulait qu'elle invente un mensonge, une histoire, ou… Dieu du ciel, un sortilège ou une potion, même… pour attirer un de ses professeurs ou un des Aurors… est-ce qu'il ne se rendait pas compte qu'elle parvenait à peine tenir le coup pendant l'entraînement au combat ? Comment est-ce qu'elle pourrait l'aider à triompher d'un membre de l'Ordre ? »
« Je comprends que ce soit difficile pour toi, » dit-il doucement, et elle le regarda, en plein désarroi.
« Ce n'est rien de le dire ! Tu ne… tu ne ferais pas de mal à un membre de l'Ordre, pas vrai ? Tu ne leur ferais jamais de mal, » murmura-t-elle, plus pour elle-même que pour lui.
« Je ferai tout mon possible pour l'empêcher d'être blessé, Hermione. Mais il faut que tu m'aides à l'enlever de Poudlard. »
Hermione poussa un long soupir. « Qui est-ce, alors ? »
Severus prit une profonde inspiration et la regarda finalement dans les yeux.
« Harry Potter. »
