CHAPITRE 21 : Au croisement de Shinmachi
FloreVolturi, Philoutubs merci pour votre commentaire !
"Fut-ce en mille éclats
Elle est toujours là -
La lune dans l'eau"
Ueda Chôshû
Le lendemain, elle avait décidé de se rendre au cimetière.
Elle n'aurait jamais envisagé s'y rendre aussi souvent en un laps de temps aussi rapproché. C''était un peu devenu son sanctuaire. Là, elle pouvait se recentrer, sans nulle âme qui vive alentours, elle était épargnée par le bruit de la ville et de ses occupants.
Elle tenait le papier sur lequel était inscrit le numéro de Naoki. Son coeur battait la chamade rien qu'en pensant à ce coup de fil et ce qu'il allait provoquer.
Elle repensa à tout le chemin parcouru, elle repensa aux conseils qu'on lui avait prodigué ces derniers temps.
Izaki : "Ne règle pas cette affaire toute seule. Appel quand tu as besoin."
Hiromi : "Ne t'avises plus de faire faux bond à nouveau. Si tu as besoin d'aide, tu demandes."
Rindaman : "Tu veux venger sa mort. Tu crois que c'est ce qu'il voudrait ? ..."
Takiya Père : " ...essaie de te poser les bonnes questions pour faire les bons choix. Pour toi. ..."
Bandô : "tu as peur des conséquences ?"
Sans oublier Takayuki qui avait toujours été là pour elle - pour Shin- et qu'elle laissait lâchement tombé.
Elle était à un carrefour décisif.
- Tu devrais arrêter de venir ici, souffla soudain une voix derrière elle.
- Quoi ?...
Elle était assise en tailleur par terre, juste devant la tombe de Zuko. Elle pivota légèrement et leva la tête pour voir qui avait prononcé cette parole.
L'uniforme de Housen, les cheveux blonds un peu en bataille. Tatsuya Bitou.
Elle ne s'attendait pas vraiment à cette inopinée visite. Elle aurait plutôt parié sur Narumi ou Izaki, cela était déjà arrivé et semblait plus logique.
Qu'est-ce que tu me veux, ajouta-t-elle alors, d'une voix lasse.
- Je ne te comprend pas. Tant de force, et tu gaspilles ton énergie. Tu pourrais faire tellement plus. Bien sûr, ce n'est que mon avis.
- Qu'est-ce que tu racontes ?
- Tout ce que je dis, c'est que plutôt que perdre ton temps avec les gars du Front Armé, avec ta vengeance stérile, tu pourrais faire bouger cette ville, comme ton frère mais en mieux. Réussir là où il a échoué.
Mitsuki resta stoïque face à ces propos, elle estimait avoir déjà bien assez bousculé cette ville.
- A chacun son obsession, je te l'ai déjà dit Tatsuya. Tu n'as pas à me donner de leçons, tu n'es pas mieux.
Elle se redressa, fourrant dans sa poche le morceau de papier.
Elle se tenait ainsi enfin debout face à son interlocuteur qui la scruta de ses yeux noirs. Des yeux dans lesquels elle pouvait aisément lire. Elle se reconnaissait en lui, revoyait son parcours, après la mort de son frère et sa décision d'agir.
- Ce sera bientôt fini de toute façon, murmura-t-elle avant d'amorcer le pas en direction de la sortie.
Elle passa à côté de Tatsuya qui n'avait pas réagi à ses derniers mots, le dépassa et s'arrêta brusquement. Bitou se retourna pour découvrir ce qui avait suspendu la marche de Mistuki.
Narumi.
- Salut, lui lança-t-elle alors.
- Salut.
Tatsuya, il faut qu'on parle.
- Non, je ne crois pas.
- Tu ne pourras pas toujours te défiler.
- T'inquiètes pas pour ça. Fait ce que tu as faire et on verra.
Tatsuya ne se laissa pas retenir, et c'est lui qui quitta finalement le premier les lieux.
- Encore des soucis internes, devina Mitsuki.
- Si on veut.
Et toi ? Tu as trouvé ce que tu cherchais ?
- Si on veut.
- Il ne reste plus qu'à passer à l'action, n'est-ce pas.
Ils échangèrent un regard lourd de sens.
Mitsuki, après sa sortie au cimetière, était directement rentrée chez elle.
Elle ne fréquentait plus trop les bancs de l'école ces temps-ci. En effet, elle n'allait pas tarder à passer à l'action, et elle devait éviter le plus possible les ex membres de Shinzuru, ou sinon ils ne lâcheraient pas Shin.
Allongée sur son lit, elle appela Ryo.
- Ah, Mitsuki ! ça fait plaisir de t'entendre. Je ne pensais pas si tôt, qu'est-ce qu'il se passe ?
Ryo la connaissait bien, elle n'avait pas pour habitude d'appeler souvent, surtout aussi vite après s'être vus.
- Je voulais juste prendre des nouvelles de toi, et de Reiji.
- A d'autres !
- Tu sais, il s'est passé pas mal de trucs ici...
J'ai découvert qui a tué mon frère...
- Je vois.
- Je ne sais pas comment ça va se passer, alors...
Est-ce que Reiji va bien ?
- Il s'est un peu calmé dans ses affaires. On dit qu'il fait "une pause". Je ne sais pas si c'est bon ou mauvais signe.
- En effet...
- Vous m'inquiétez tous les deux.
- Ecoute, Ryo, dès que j'ai fini ici, je pense revenir. Régler tout ça.
- Tu fais comme tu le sens, Mitsuki. Tu sais que tu seras toujours la bienvenue, je te garde une place dans ma piaule.
- Oh vraiment ! Et que vont dire toutes tes prétendantes, plaisanta-t-elle.
- Ah ! Tu es plus importante ! T'inquiètes, j'en trouverais d'autres.
Ils rirent de bon coeur et cela fit du bien à Mitsuki. Ils se quittèrent sur de bonnes paroles d'espoir.
Après ce coup de fil, elle avait encore quelques trucs à mettre en ordre d'urgence avant de se lancer dans son dernier round.
- Allo ?
- Naoki ?
- Qui le demande ?
- Ca fait un moment que je te cherche. Tu te souviens de Zuko Hayashi ?
- ...
- On a un compte à régler toi et moi.
- Comme tu voudras.
Retrouve moi à l'entrepôt numéro 4 à Shinmachi, demain à 17h.
Bip. Bip. Bip.
Sa voix était glaciale, sans aucune émotion même à l'évocation du nom de Zuko.
L'entrepôt #4, le territoire du Front de l'Armement.
Un piège ?
Sans doute.
Shinmachi. Entrepôt N°4.
Contrairement à ce qu'elle avait redouté, les lieux aux abords du bâtiment étaient déserts et d'un silence encore plus assourdissant que si elle s'était retrouvé face à une meute enragée.
Elle termina sa clope avant de pénétrer à l'intérieur de l'entrepôt, à la fois déterminée et désabusée. Elle se doutait bien qu'il s'agissait d'un piège, cela se sentait à plein nez mais elle s'en fichait. Elle avait atteint un point de non retour où plus rien ne l'atteignait.
À l'intérieur de ce bâtiment se trouvait un peu l'antichambre de sa nouvelle vie. Shin doit mourir pour laisser Mitsuki vivre et surtout reprendre sa vie.
Shin ouvrit d'un coup sec la porte coulissante du bâtiment. L'endroit était vaste, d'un gris terne.
Face à elle étaient alignés sept gars à droite, sept à gauche, formant un menaçant corridor. Au bout de ce passage humain, un homme apparut : Naoki.
Cette sale fouine était accompagné du gars à la sale gueule qui avait frappé sa Kawasaki à coup de barre de fer. Les deux autres devaient encore être en convalescence après avoir croisé la furie de Bandô.
Les poings de Shin se serrèrent d'eux-mêmes, comme mus par une volonté propre, ses ongles s'ancrant dans la chair de ses paumes.
Tout son être était sous tension.
Deux silhouettes apparurent à l'étage et se détachèrent des ombres. Aucun membre du TFOA ne bougea, tous patientaient et se taisaient, jusqu'à Naoki.
Elle porta alors son attention sur les deux nouveaux personnages.
De ce qu'elle percevait, l'un était petit, blond portant un foulard autour du cou. Le genre prétentieux. Il avait tout l'air d'être le chef, un chef méprisable dès le premier regard. Elle n'avait pas besoin d'en voir davantage pour comprendre la haine que Bandô voué à cet homme.
L'autre était plus grand, les cheveux noirs en queue de cheval et des lunettes de soleil sur le nez. De lui émanait naturellement une aura puissante et bien plus respectable que celle de son aîné.
Kûno se pencha sur la rambarde :
- Qu'est-ce qu'un insecte comme toi espère au juste pouvoir accomplir aujourd'hui en venant ici, dis-moi !? Siffla-t-il d'un ton acerbe, emprunt de dédain et de mépris.
Suzuran n'est rien !
- Je ne viens pas en tant que Suzuran, répliqua-t-elle aussitôt.
Je suis venue seule... assouvir une vengeance qui n'appartient qu'à moi.
Et je veux la tête de cet enfoiré ! invectiva-t-elle, en désignant l'intéressé.
Kûno s'esclaffa d'un rire sournois, ce qui mit Shin dans une rage encore plus dense, si tenté que cela soit possible.
Fermes-la ! s'écria-t-elle soudain, à l'étonnement de tous.
Elle était au bord de l'explosion.
Toi, souffla-t-elle en s'adressant au soi-disant chef du Front, tu n'es qu'un moins que rien qui se cache derrière un gang qui n'a jamais été le tien et que tu conduis à la déchéance.
Sugata a subi ta vilenie, et mon frère Zuko en a aussi payé le prix... tous deux de leur vie.
Ryushin écoutait sans dire un mot et observait cet inconnu de Suzuran dont il ne savait rien, ni de sa réputation, ni de sa force. Il observait sa hargne, sa droiture et sa volonté inébranlable. Il y captait l'état d'esprit qui était censé incarner le Front de l'Armement mais qu'ils semblaient pourtant avoir perdu ces derniers temps... depuis Kûno. Mais Ryushin ne pouvait renier la puissance du lien fraternel et il la comprenait.
Kûno ne riait plus, il affichait désormais le masque de l'aigreur :
- Tu n'es personne et tu iras rejoindre ton frère ce soir.
Il n'en ajouta pas plus, se retira, quittant le balcon et sans doute même le bâtiment, trop sûr de lui.
Ryushin ne le suivit pas.
Shin se retrouva alors face à son comité d'accueil de départ.
Naoki s'avança de quelques pas.
- On va te travailler un peu au corps, histoire de te remettre à ta place, bâtard. Mais ne t'en fais pas, c'est moi qui te portera le coup de grâce, je te dois bien ça.
Puis il ajouta :
J'espère que ça te plaira autant qu'à ton frangin.
Tu sais, il n'est pas mort sur le coup... et j'ai vu son regard quand il a compris que c'était fini.
Naoki lui adressa un sourire en coin avant de claquer des doigts.
Le premier assaillant amorça son attaque, Shin se décala et lui balança le plus puissant coup de pied dont elle était capable. Elle devait amorcer fort et vite, afin de ne pas se laisser surprendre par le nombre et l'épuisement.
Cela laissa un moment de latence. Ryushin était resté dans la pénombre à l'étage, pour voir un peu ce qui allait se passer. Il était curieux. Et il fut impressionné par l'entrée en matière de ce jeune casse-cou.
Elle en rétama un second, puis un troisième mais fut vite dépassée par l'avalanche des assaillants. Elle accusa un coup de pied dans le dos, puis dans le ventre. Ils furent bientôt quatre à s'acharner sur elle. Ils l'enchaînèrent, à peine se relevait-elle ou arrivait-elle à passer un mouvement qu'une nouvelle rafale lui retomba dessus.
Elle parvint à esquiver un coup de pied visant dangereusement sa tête, en profitant pour donner un coup de poing très méchant dans l'entre jambe de son adversaire. Puis elle se releva, lui assénant un uppercut. Et rapidement, elle tournoya autour de lui, le saisit par les cheveux et lui plaqua la tête contre le mur.
Mais elle ne fut pas assez vive pour voir venir le coup de coude qui échauffa sa nuque. Elle se retrouva contre le mur, grognant contre elle-même. Il était hors de question qu'elle relâche ses efforts. Contre toute attente, elle lança un coup de pied à celui qui l'avait prise en traître .
- Sale connard !
Elle lui prit le cou et lui fit rencontrer son genou.
Elle avait réussi à mettre cinq gars à terre, ce qui était honorable étant donné qu'ils s'avéraient plus coriaces que les habituels. Ils devaient être parmi l'élite du Front Armé, clairement.
Elle avait déjà pas mal morflé et elle commençait à s'inquiéter de la suite. Mais elle irait jusqu'au bout, jusqu'à lui.
Elle échangea à nouveau quelques passes, puis finit par recevoir un puissant coup de pied circulaire qui la rétama à terre, la menant jusqu'aux pieds de Naoki.
Elle toussotait, mal en point.
- Qu'est-ce que tu croyais, sérieusement ? lui susurra-t-il.
Elle avait mal partout, comme l'impression que son corps se disloquait.
Elle trouva la force de se redresser, sur ses genoux pour commencer, les fesses posées sur les chevilles.
Naoki se campait devant elle, avec assurance et suffisance.
Elle avait les cheveux quasiment défaits. Elle sentait le sang dans sa bouche et son corps qui puisait dans sa résistance.
En fait, c'était Le moment.
Elle éprouvait ce voile ténu, cette frontière si mince qui existait entre la victoire et la défaite, la vie et la mort... Mitsuki et Shin.
Deux facettes d'une même pièce.
Elle défit ses cheveux qui retombèrent sur son visage abaissé.
Elle avait encore peine à respirer. Aussi ôta-t-elle son masque et cracha-t-elle le sang qui gênait sa gorge.
Elle était à bout, à bout de tout.
Puis elle se mit à rire, d'un petit rire espiègle.
Les membres du TFOA demeurèrent abasourdis et se dévisagèrent incrédules, ne sachant quoi penser, quoi faire.
Ryushin observait toujours le théâtre qui se jouait en bas, d'autant plus attentif par les derniers faits survenus.
Et Mitsuki continuait à rire.
Naoki finit par perdre patience.
- L'imminence de ta mort t'amuse-t-elle à ce point ?! Ne serais-tu finalement qu'un pauvre fou ?!
Devant l'absence de réponse, il se pencha sur elle et lui tira les cheveux. Elle tendit alors son regard vers lui, lui offrant des yeux qui luisaient effectivement d'une petite étincelle de démence.
Naoki lâcha aussitôt prise et recula de quelques pas.
Personne ne comprit sa réaction
Mais lui, il avait compris.
Mitsuki se releva enfin, passa la main dans ses cheveux pour les ramener en arrière et se dégagea ainsi le visage.
- Que t-arrive-t-il Naoki ? demanda-t-elle, avant de pencher la tête et d'ajouter : La mort t'effraie-t-elle maintenant ?
Son compère à la sale tête qui n'avait pas bougé depuis le début de cette partie, venait lui aussi de comprendre.
- Putain ! C'est toi ? ... Mais...
- Chuuut. Ne grille pas le peu de neurones que tu possèdes à essayer de te représenter tout ça.
Ses douleurs corporelles, à défaut de disparaître, s'étaient tus pour laisser place à une certaine effervescence. Elle savourait ce moment.
Elle était à présent complète, dans sa transition. Son uniforme des corbeaux, mais son visage dévoilé : Shin et Mitsuki enfin réunis.
Tous étaient restés interdits face à cette révélation et s'étaient mis en pause. Même Ryushin n'avait pas vu le coup venir et il en était pour tout dire subjuguer dans un certain sens. C'était un jeu de maitre.
...
Tous s'étaient totalement laissés absorber par la scène, au point de ne pas remarquer ce qui venait de se passer juste derrière eux.
La porte venait de s'ouvrir une seconde fois, laissant entrer dans la danse de nouveaux joueurs...
A suivre...
Et un nouveau chapitre, travaillé mais en même temps issu de l'instant...alors je ne sais pas trop s'il est juste ou non. C'est ainsi, je le poste sous l'impulsion du moment, mais c'est un peu ainsi aussi qu'est la vie...
Merci à ceux et celles qui me liront, éventuellement me laisseront un petit message, laisser parler vos impressions.
A la prochaine !
