Bon cela fait tellement longtemps que je n'ai pas updaté cette fic que j'ose à peine vous présenter mes excuses, elles ne seraient même pas recevables. Je vous assure que je ne cherche pas à battre le record du délai le plus long entre deux chapitres.

À dire vrai, cette fic a bien failli être suspendue mais comme quoi vous voyez, il ne faut jamais désespérer. Merci à ceux qui, par leur soutien inébranlable, m'ont empêché de baisser les bras. C'est à vous que je dois ce nouveau chapitre. Pour le suivant je vais faire tout mon possible pour qu'il arrive plus vite (si ça peut vous rassurer, il est déjà en chantier).

Vu la date du dernier update, je vais faire comme dans les séries TV - Previously on Venom of the Vanity : Andy a capturé Remus et l'a enfermé dans son cachot pour tester sur lui un philtre censé l'aider à se contrôler pendant la pleine lune. Ainsi il espère trouver un remède à la lycanthropie afin de sauver sa fille Noelia qui en est atteinte. Remus doit contre son gré lui servir de cobaye à l'insu de Sirius et Dumbledore.

Voici à présent la suite, j'espère qu'elle vous plaira. Histoire de vous mettre en haleine, je lance mon hameçon avec le titre. Il promet encore un chapitre d'une importance cruciale.

Merci à tous ceux qui continuent à lire et à commenter cette fic. Bonne lecture !


Chapitre 20 : La pleine lune

Durant la journée, je me contentai de dispenser mes cours normalement dans les cachots qu'on avait bien voulu m'attribuer et fis de mon mieux pour ne point me mêler aux autres professeurs. Je n'avais pas envie de parler avec Sirius que d'ailleurs je ne croisai pas un instant, à mon grand soulagement. Il n'y eut guère que Pomona, que j'aimais plus que les autres, dont je tolérai la compagnie. Nous passâmes la pause du déjeuner ensemble et je l'écoutai me parler insouciamment de ses pousses de je-ne-sais-plus-trop-quoi qui ne m'intéressaient ni d'Adam, ni d'Eve mais qui avaient le mérite de me vider un peu la tête de mes sombres pensées.

Finalement, ce fut à la tombée de la nuit, lorsque j'eus terminé de préparer mon travail pour le lendemain dans la dernière salle de cours que j'avais utilisée et qui fourmillait encore des bonnes ondes studieuses de mes élèves, que je retrouvai Sirius dans ses appartements. A peine mis-je un pied dans le living-room que je le vis affalé dans l'un des fauteuils, celui à l'effigie des Gryffondors naturellement, un verre vide à la main et le regard perdu dans le vague. Il semblait absent, comme s'il était drogué.

- Sirius ! m'écriai-je.

Je lâchai le sac que je portais sur l'épaule et courus vers lui, soudain paniqué. Pourvu qu'il n'eût pas pris une potion aux effets nocifs !

- Sirius ça va ? lançai-je en le secouant à l'épaule pour le tirer de sa torpeur. Réponds-moi !

Le beau sorcier émergea aussitôt de sa torpeur et me considéra avec des yeux vitreux qui n'auguraient rien de bon. S'il n'avait pris aucune potion, il devait au moins avoir picolé comme un trou : il dégageait une odeur épouvantable de whisky écossais et une haleine de chien. J'eus assez de tact cependant pour ne pas le lui faire remarquer et me concentrer uniquement sur sa détresse.

- Non ça ne va pas, bredouilla-t-il hagard.

Il y avait une bouteille renversée sur la belle table de chêne vernis, qui avait répandu un fond d'alcool dessus. Je nettoyai ces saletés d'un coup de baguette magique et jetai à Sirius un regard sévère.

- Qu'est-ce qui t'a pris de boire comme ça ? grondai-je. Tu veux te faire renvoyer ? Si Dumbledore te voyait…

Mais Sirius se fichait éperdument de son poste de professeur à Poudlard à cet instant précis. En réalité plus rien ne comptait pour lui, sauf une chose qu'il m'avoua d'une voix caverneuse.

- Remus a disparu.

Usant de mes dons d'acteur, je pris une expression épouvantée.

- Disparu ?

- On a retrouvé le fiacre qui est venu le chercher ce matin dans un ravin et en feu, expliqua Sirius dans un état comme je ne l'avais jamais vu. Il n'y avait nulle trace des Sombrals, ni du cocher mais on craint le pire.

C'était l'instant de vérité. Je déglutis avec difficulté et le considérai gravement.

- Que craignez-vous ?

La voix de Sirius se brisa et se mourut dans sa gorge.

- Nous pensons qu'il a été enlevé.

- …

- C'est un coup des mangemorts, poursuivit Sirius la voix teintée de sanglots qu'il peinait à étouffer, tu sais ce qu'il y avait sur les lieux de l'accident ?

Je fis non de la tête.

- La marque des ténèbres, répondit le jeune homme, elle flottait au-dessus du brasier. C'est le sceau de Voldemort. Ses partisans le laissent derrière eux chaque fois qu'ils commettent un meurtre.

- Oh par Merlin, un meurtre ! m'écriai-je en plaquant mes mains sur ma bouche.

Il ne fallait tout de même pas que Sirius pensât que son compagnon était décédé, il n'allait jamais s'en remettre. Quoique, tout bien réfléchi, s'il croyait Remus mort, il ne prendrait pas la peine de le chercher, ce qui me laisserait davantage le champ libre pour mener mes investigations. Je n'aurais pas à vivre dans la peur de voir Sirius débarquer dans mon laboratoire pour venir délivrer son prince charmant.

- Dumbledore pense que les mangemorts ont attaqué la diligence, qu'ils ont capturé Remus et abattu le cocher avant de mettre le feu au véhicule et de signer leur forfait.

Sirius était tellement désespéré qu'il me faisait de la peine, ce qui était peu dire.

- Pourquoi des mages noirs s'en prendraient-ils à Remus ?

Je croisai les doigts dans mon dos pour ne pas commettre de maladresse en posant cette délicate question, qui allait sceller le sort du lycan.

- Parce que Remus est…, bredouilla Sirius sans la moindre hésitation.

Il se tut subitement en prenant conscience de la personne à laquelle il s'adressait et sembla retrouver un peu ses esprits. Les sanglots dans sa voix s'atténuèrent légèrement.

- Les mangemorts ont des raisons de vouloir kidnapper Remus, conclut Sirius d'un ton indiquant clairement qu'il ne répondrait plus à aucune question à ce sujet. Je n'ose imaginer ce qu'ils vont lui faire. C'est une catastrophe.

A peine venait-il de réussir à se maîtriser qu'il replongea aussitôt dans son désarroi, avec plus de vigueur que jamais. Tout en sachant que je n'étais guère en odeur de sainteté pour Sirius, j'ouvris malgré tout mes bras et le magnifique sorcier se jeta dedans pour m'étreindre et pleurer sur moi.

- Ne t'inquiète pas, lui susurrai-je à l'oreille en caressant doucement ses beaux cheveux noirs, je suis sûr que vous allez très vite le retrouver.

oOoOoOo

La disparition de Remus transforma le pétillant et dynamique Sirius Black en une véritable épave. Il était si morose et si anxieux à l'idée de perdre l'homme qu'il aimait que je ne pouvais plus supporter sa compagnie. D'ailleurs je passais fort peu de temps dans la chambre derrière le tableau de Grindelwald. Quand je n'étais pas en train de donner mes cours ou dans mon laboratoire, je m'arrangeais pour avoir d'autres occupations, qui me dispensaient de retourner à ma chambre.

Par bonheur, en dépit de l'application que mettait Peeves à retarder les travaux de rénovation de mon bureau, la réparation avançait lentement mais sûrement. Je savais bien qu'elle finirait par s'achever et qu'alors je n'aurais plus à partager mon espace vital avec Sirius. Enfin !

La préparation de la nouvelle lune me terrifiait autant qu'elle m'impatientait car si j'avais peur pour Noelia, j'étais pressé de tester mon philtre. Je revenais sans cesse sur mes travaux, apportais des modifications, des corrections, des améliorations, puis me ravisais. A la vérité, j'étais largement prêt pour un premier test. Il était grand temps que je m'y livrasse.

Et la pleine lune arriva enfin. Le jour précédent la nuit fatidique, je me trouvais dans un état proche de la démence la plus refoulée qui fût… et je n'étais pas le seul. Sirius se rongeait les sangs à assoiffer un vampire tant il se faisait du souci pour Remus. Il n'osait l'exprimer clairement devant moi mais je l'avais senti au bord de l'apoplexie lorsque nous étions descendus ensemble prendre le petit-déjeuner.

Bien que ma compassion naturelle avoisinât le zéro absolu, je ne pus m'empêcher d'éprouver un petit serrement au cœur à l'égard de Sirius en essayant (dans un moment d'égarement) de me figurer ce qu'il pouvait bien ressentir. Il devait s'inquiéter autant que moi. Ma petite Noelia allait encore mettre son corps de faible consistance à rude épreuve. Quant à Sirius, il ignorait ce qu'était devenu son compagnon. Dans le moins pire des cas, il le croyait toujours prisonnier des mangemorts et n'osait songer à ce que ces monstres pouvaient faire subir à son cher et tendre si peu de temps avant la pleine lune.

Sans avoir fait de nous les meilleurs amis du monde pour autant, la détresse de Sirius nous avait rapprochés sensiblement. A mon grand dam, il n'avait pas encore assez confiance en moi pour me parler du mystérieux James Potter, ni de l'Ordre, en revanche je ne perdais pas une miette de l'avancée, si on pouvait appeler cela ainsi, des recherches de Remus. Le lycan devait être immensément apprécié car d'après Sirius, Dumbledore avait levé une armée pour le retrouver. Bigre ! J'avais kidnappé son fils caché ou quoi ? Vu la situation, il était impératif que Remus restât effectivement très bien caché si je ne voulais pas subir un sort pire que celui d'un mangemort.

Dans un souci de protéger ma couverture, je jouais à merveille le rôle du professeur vaguement concerné. Je ne pouvais faire mine de me désintéresser complètement de l'affaire au risque de passer pour un monstre infâme et d'être suspecté mais je ne pouvais pas non plus jouer les cœurs brisés sinon je risquais d'attirer davantage les soupçons sur moi. Ni Dumbledore, ni Sirius n'étaient dupes. Ils savaient pertinemment que j'étais trop égoïste et insensible pour me soucier longtemps de Remus. Il me suffisait donc de prêter une oreille faussement attentive aux pleurnicheries de Sirius tout en interrogeant de temps à autre Minerva, l'agent secret du directeur.

- Je ne considère pas exactement Remus comme un ami, disais-je parfois à l'experte en métamorphose, mais c'est un garçon que j'estime beaucoup. Il est donc naturel que je me fasse du souci. Personne ne sait où il est, ni ce qu'il devient. Difficile de ne pas être inquiet.

Et Minerva s'empressait de me rasséréner en m'assurant que de considérables moyens avaient été déployés et mis en œuvre pour retrouver le vaillant auxiliaire de DCFM. Il ne fallait surtout pas perdre espoir. Remus Lupin n'était pas n'importe quel gnome bouseux du coin (bon elle ne m'avait pas dit les choses en ces termes mais le sens était tout à fait similaire) mais un parangon de courage et d'intelligence. Même dans une situation critique, il était capable de se sortir d'un guêpier ou de survivre en milieu hostile. Quand j'entendais ces propos, il me venait des envies d'éclater de rire mais je me contenais et feignais plutôt un sourire soulagé. Ainsi tout le monde était amplement satisfait.

Au crépuscule, je regagnai le cachot, le cœur battant à tout rompre. J'étais très tendu à cause de la pleine lune. Quoique je ne fusse pas un loup-garou, j'avais le sentiment de pouvoir vivre le calvaire de ma fille par empathie à des kilomètres. Du reste, la perspective de retrouver Remus ne m'enchantait guère. Depuis que je l'avais enfermé, ce dernier faisait naturellement tout ce qui était en son pouvoir pour tenter de me faire ployer.

Les premiers jours, il avait espéré faire appel à mon humanité en me noyant sous un déluge de larmes et de supplications. Voyant que cette méthode avait un rendement des plus limités, il changea d'angle d'attaque et opta pour la menace et l'intimidation. Il m'enjoignait à profiter de ma liberté car selon lui, elle serait de courte durée. Sirius Black finirait par le retrouver, c'était une certitude.

- J'espère que tu savoures toutes les tortures que tu me fais subir, crachait-il avec une haine que je ne lui aurais jamais soupçonnée, car quand je sortirais de là, je te les renverrai au centuple. Avec moi, tu vas apprendre ce que le mot « souffrir » signifie.

Ces menaces n'étaient guère plus fructueuses que ses pleurnicheries car je savais qu'elles étaient les maigres armes d'une âme désespérée. Qui Remus croyait-il tromper ? J'étais aux premières loges pour suivre l'avancée de ses recherches par Sirius et Dumbledore… et très bien placé également pour les détourner lorsqu'ils approchaient un peu trop près du but à mon goût. Dès que Sirius ou Dumbledore semblaient mettre le doigt sur un indice qui pouvait, de près ou de loin, me compromettre, je m'empressais de les envoyer ailleurs. C'était là un jeu risqué mais nécessaire.

Il fallait que mon manège durât jusqu'à la fin de la pleine lune. Quand mon expérience aurait porté ses fruits et que Remus deviendrait le Messie du peuple lycanthrope, je lui rendrais sa liberté et délivrerais Noelia de son maléfice. Alors je pourrais me présenter au tribunal de mes pairs où l'on pèserait sur la balance du Bien et du Mal à combien était estimée l'étendue de mes crimes. Je ferais tous les travaux d'intérêt général que l'on voudrait bien m'assigner. Je deviendrais l'elfe de maison de Rumpelstilskin ou le cobaye de Remus si mes juges et bourreaux le souhaitaient. Cela n'avait aucune importance, du moment que ma pupille était sauve.

L'esprit raffermi par cette résolution, je franchis la porte de mon sanctuaire pour un ultime face-à-face avec le loup.

L'approche imminente de la pleine lune le rendait terrifiant : Debout, agrippé aux barreaux qu'il avait tenté à maintes reprises d'arracher jusqu'à s'en faire saigner les mains, le lycan me fixait d'un regard de braise, au fond duquel brûlait cette même lueur féroce que lorsqu'il m'avait saisi peu de temps après son enfermement. Il dégageait une bestialité empreinte de sensualité qui rendait l'atmosphère étouffante voire presque insupportable. Je me demandai même s'il n'usait pas d'un charme de lycan, d'une sorte de magnétisme animal, qui se développerait autour de la pleine lune, et qui lui permettrait d'avoir le dessus sur moi. Cette hypothèse redoubla lorsque je l'entendis susurrer d'une voix à peine humaine, qui s'adressait à l'instinct plutôt qu'à l'oreille :

- Laisse-moi partir !

Sa voix m'engourdit les sens comme de l'éther. Je crus partir dans une sorte de transe. Ce n'était pas une sensation désagréable, cela me rappelait un peu les effets de l'Imperium. L'Imperium ? Misère, que m'arrivait-il ? Ce n'était pas une bonne chose du tout ! C'était un sortilège Impardonnable et cela me renvoyait aux moments les plus noirs de ma vie passée. Il n'en fallut pas plus pour me ramener à moi. L'envoûtement se rompit aussitôt et je toisai mon odieux manipulateur d'un air de défi.

- Bien essayé ! sifflai-je. Mais tu ne sais pas à qui tu as à faire.

Pour toute réponse, il me fusilla de son regard de prédateur. Heureusement qu'une cage ensorcelée et indestructible nous séparait car dans le cas contraire, peut-être aurais-je effectivement été tenté d'admettre qu'il me faisait peur. On avait peine à reconnaître le gentil Remus Lupin derrière cette formidable débauche de sauvagerie contenue. J'en eus même des difficultés à soutenir son regard et laissai vagabonder le mien au milieu de mon laboratoire. Mes derniers jours de recherches acharnées avaient laissé des vestiges de désordre incomparables. Quand tout serait terminé, Rumpelstiltskin se ferait à n'en point douter un plaisir de tout remettre en ordre.

Au milieu de ce capharnaüm, j'aperçus soudain la soucoupe de lait d'Akhar et réalisai qu'il en avait à peine touché le contenu. Cela avait tout lieu d'être suspect. D'ailleurs, à bien y penser, Akhar n'eût-il pas dû se trouver là à surveiller Remus comme je le lui avais ordonné ? Certes, ce n'était qu'un chat, susceptible d'avoir ses humeurs mais généralement quand je lui confiais une mission, il s'y pliait avec la même docilité que mon elfe. Où avait-il bien pu passer ? Un terrible soupçon me vint.

- Où est Akhar ? demandai-je subitement à Remus.

Ce dernier ne se donna pas la peine de me répondre. Mes craintes redoublèrent de vigueur, l'impatience dans ma voix de même.

- Où est-il ? répétai-je plus fermement.

- Comment veux-tu que je le sache ? rugit Remus qui s'efforçait de rester aussi courtois que possible, ce qui était un exploit étant donné les circonstances. Contrairement à moi, il peut aller là où bon lui semble.

Je n'étais nullement d'humeur à endurer ses sarcasmes.

- Que lui as-tu fait ? interrogeai-je d'un ton lourd de menaces.

Il voulut me faire croire qu'il n'avait rien à voir avec la disparition d'Akhar. Je perdis tout à fait patience et sortis ma baguette magique.

- Ne joue pas au plus malin ! aboyai-je d'une voix terrible. Qu'est-ce que tu as fait d'Akhar ?

- Je n'ai rien fait à ce fichu greffier ! tempêta Remus en assortissant ces amabilités d'une pointe de jurons salés qui auraient fait rougir Dumbledore lui-même comme une jouvencelle de contes de fées. Mais si j'avais su que ça t'atteindrait à ce point, je ne me serais pas gêné, crois-moi !

Finalement, j'acceptai de lui laisser le bénéfice du doute. Si vraiment, il avait dévoré Akhar, la cage serait certainement jonché de poils noirs et de sang. L'absence de ces preuves accablantes laissaient au loup-garou le droit à la présomption d'innocence.

Cela ne lui épargnerait pas cependant les réjouissances de la nuit. Comme l'heure tournait, je n'abaissai pas ma baguette magique et esquissai l'un de mes sourires narquois, dont j'étais plutôt fier.

- L'heure est venue, mon cher ami, de contribuer à rendre ce monde un peu plus vivable. Es-tu prêt ?

Remus m'envoya me faire cuire un œuf en des termes très triviaux, que j'aimai mieux ne pas relever. Au lieu de cela, je pris une profonde inspiration et lâchai l'incantation :

- Petrificus totalus !

Le malheureux s'effondra à terre, raide comme une planche à repasser. J'avais toujours pensé que ce sortilège, poétiquement surnommé le Maléfice du Saucisson, était l'un des plus humiliants jamais inventé et le spectacle sous mes yeux me le confirmait bien. J'étais navré de devoir soumettre le brave Lupin à un tel traitement cependant je ne pouvais m'y soustraire. Des vies autrement plus importantes à mes yeux étaient en jeu.

Aussi, saisis-je d'une main ferme la fiole qui trônait fièrement au centre de ma table de travail encombrée comme le point de fuite d'une œuvre d'art et m'approchai de la cage avec prudence.

Bien que Remus ne pût remuer un cil, son visage exprimait tout l'effroi et la stupeur qu'il était obligé de contenir. Le sortilège avait beau être immuable sans le contre-sort adapté, je n'oubliais pas que j'avais à faire à un loup-garou et non un faible et banal humain. Par conséquent, je pris la précaution de lui mettre par un sortilège les chaînes en argent que j'avais préparées à son intention avant de me risquer à entrer dans la cage.

Grand bien m'en prit car au moment où l'argent entra en contact avec la peau nue du jeune homme, ce dernier eut un très léger mais perceptible soubresaut et laissa échapper un faible mais distinct cri de douleur. Un être humain ordinaire n'eût même pas été capable de si peu. S'il pouvait faire cela, rien ne prouvait qu'il ne puisse pas se libérer complètement de l'emprise du maléfice. Il fallait faire vite.

Au moment où il me vit agenouillé auprès de lui, ma fiole de potion à la main, je crus que le loup allait jaillir de l'enveloppe charnelle de Remus comme un papillon sortirait de sa chrysalide pour se ruer sur moi toutes griffes dehors. Je percevais la rage comme si les ondes empoisonnées qu'il cherchait à m'envoyer par la pensée pouvaient effectivement m'atteindre. Sa haine à mon égard atteignait de telles proportions qu'elle lui donnait peut-être des facultés spéciales de légilimens. C'eût été bien ma veine, tiens !

Dans le doute, je lui administrai la potion le plus rapidement possible tout en posant sur lui mon regard le plus sincèrement désolé. Au fond, je n'étais pas plus ravi que lui d'en être arrivé à de telles extrémités mais aurais-je pu faire différemment ? Si j'étais allé le trouver pour lui demander le plus poliment du monde de se plier à mes expériences de son plein gré, il m'eût assurément envoyé paître avant de me dénoncer à Dumbledore.

Et je n'aurais guère pu l'en blâmer. Les gens étaient tellement réactionnaires quand on parlait de cobayes. Il fallait bien pourtant que la recherche avançât. Comment sauver le monde sans faire de sacrifices ?

Certes, Remus pouvait toujours pleurnicher qu'il n'avait rien demandé. J'admettais volontiers qu'il était totalement injuste que ce fût lui qui eût reçu le triste privilège d'être l'élu mais la vie était faite d'injustices. N'était-ce pas injuste que ma fille de deux ans eût reçu ce funeste cadeau elle aussi ? La vie n'était qu'une longue suite d'épreuves incohérentes et cruelles qui nous détournaient de la foi petit à petit et nous ouvraient les yeux sur l'absurdité du monde.

Remus aurait dû le savoir depuis longtemps s'il était un loup-garou de longue date. Le pauvre garçon était encore trop idéaliste mais après sa rencontre avec moi, nul doute qu'il reverrait son jugement.

- Ne me regarde pas avec ces yeux là ! lançai-je gravement. Je n'ai rien contre toi. Pense à la raison pour laquelle tu fais ça ! Pense aux vies que tu vas peut-être sauver. Nous avons tous une mission sur la Terre, nous sommes tous envoyés dans ce bourbier géant pour une raison précise. La tienne réside peut-être dans cette potion que je tiens dans ma main. Tu portes en toi l'espoir de tout une espèce, un peuple oppressé. Penses-y !

Remus ne put répondre mais si je lui avais descellé les lèvres une seconde, nul doute qu'il n'eût guère approuvé mes paroles. À l'évidence, tout généreux et sensible qu'il était, il se moquait éperdument de porter un tel fardeau sur les épaules. Il eût mieux aimé œuvré pour le mystérieux Ordre sous le commandement de son mentor Dumbledore. Il préférait certainement protéger la veuve et l'orphelin des mages noirs, baguette à la main comme un parfait chevalier. Donner son corps à la magie, très peu pour lui !

Comme j'eusse aimé lui rendre sa liberté et choisir une victime moins attachante ! Pourquoi n'y avait-il qu'un seul loup-garou à Poudlard ? Pourquoi n'avait-on ouvert l'école que pour lui précisément ? Il ne devait pas être le seul jeune loup-garou à avoir espéré suivre des études en dépit de sa maladie. Peut-être accepterait-il de m'éclairer à ce sujet si d'aventure, il récupérait un jour sa confiance en moi, ce qui semblait grandement incertain.

Quand j'eus terminé de lui administrer la potion, je me hâtais de quitter la cellule et levai à la fois le sort et les chaînes. À nouveau libre de ses propos et de ses mouvements, il m'injuria copieusement tout en passant ses nerfs sur les pauvres barreaux, qui eurent probablement mal.

Je l'ignorai cependant et allai prendre place dans mon fauteuil le plus confortable avant de commander un thé et des biscuits à Rumpelstiltskin. L'elfe apparut dans un claquement sonore et satisfit aussitôt ma demande. Brave créature ! Que ferait-on sans elles ? Et dire que j'avais lu dans je-ne-sais-plus quel journal stupide qu'un toqué parlait d'abolir l'esclavage des elfes de maison. Avait-on jamais rien entendu de plus ridicule ? Il y avait vraiment des illuminés partout !

Installé comme au théâtre, dans ce cachot que j'avais réussi à rendre douillet par la présence d'un bon feu, j'aurais presque commencé à prendre plaisir à cette soirée. Avec une boisson chaude et des sucreries, n'importe quelle situation devenait supportable. Remus, en revanche, resta éberlué face à moi.

- Qu'est-ce que je suis pour toi, exactement ? demanda-t-il faiblement pour ne pas exploser de colère à nouveau. Un divertissement ? Un jeu ? C'est comme ça que tu prends ton pied ? En réduisant les gens à ce qu'il y a de plus bas possible pour ensuite te faire implorer comme si tu étais un dieu ?

- Tu ne sais pas de quoi tu parles, répliquai-je avec mépris. Concentre-toi plutôt sur la pleine lune !

Cet ordre lui déplut profondément. Je bus une gorgée de thé et roulai des yeux dans mes orbites avant de me montrer plus explicite pour les simples d'esprit. Je devais me montrer indulgent avec ce gnome à poils : mon traitement de choc avait de quoi le bouleverser.

- Essayons au moins de faire en sorte que ta captivité serve à quelque chose ! expliquai-je du même ton que celui que j'employais avec mes élèves lorsque j'étais en cours. Le philtre que j'ai mis au point devrait te permettre de garder le contrôle pendant la pleine lune, voire même d'empêcher la métamorphose, mais cela ne se fera certainement pas sans un minimum d'efforts de ta part. Quand la lune se manifestera, si tu sens que la métamorphose commence à opérer, concentre-toi de toutes tes forces pour garder tes esprits et alors…

- Parce que tu crois que je ne le fais pas déjà à chaque pleine lune ? coupa Remus avec impatience. Dans quel état d'esprit crois-tu que je me trouve tous les mois à ce moment précis ? Tu crois peut-être que j'accueille mon calvaire à bras ouverts ? Que je me réjouis de me transformer ? La métamorphose est une vraie torture.

- C'est pour cela que j'essaie d'y mettre un terme, je te signale !

Nous aurions pu entamer une joute verbale d'une grande violence si l'œil de la nuit n'avait pas tout à coup dardé sa pupille d'argent au rayon foudroyant sur nous et particulièrement sur Remus. Celui-ci blêmit si soudainement que je craignis de le voir tomber raide mort devant moi. Ses mains tremblaient sur les barreaux de la cage et son visage exprimait une épouvante comme je n'en avais encore jamais vue.

Incroyable comment cet astre qui fascinait tant les poètes et les astrologues pouvaient terrifier à ce point les malheureux réprouvés des ténèbres !

- Ca commence, murmurai-je en repoussant ma tasse de thé, le corps tout frémissant d'excitation. Tiens bon, mon ami ! C'est maintenant que tout se joue.

Comme si mon corps se fondait dans celui de mon cobaye, ma respiration restait coincée dans ma gorge et je sentis mon cœur prêt à rompre les limites de ma cage thoracique. Quelle formidable expérience ! C'était peut-être l'aboutissement de toute ma carrière, mon triomphe absolu. La survie de Noelia en dépendait. Elle devait être en train de se transformer à cette heure si les nuages n'obstruaient pas le passage de la lune dans le ciel français.

Remus, quant à lui, ne changeait pas pour l'instant. Il s'était avancé dans un cercle de lumière, au centre de sa cage, comme s'il était appelé par Séléné elle-même, sur laquelle il gardait rivés des yeux hagards. Je le sentais près de devenir fou s'il ne l'était pas déjà.

Au bout de quelques instants toutefois, je le vis regarder ses mains. Comme elles ne s'allongeaient pas ou ne se pourvoyaient pas d'affreuses griffes, ni de poils, sa terreur habituelle s'atténua peu à peu et laissa place à une indescriptible stupeur. Il se tourna vers moi et je pus constater non sans orgueil que pour la première fois depuis son enfermement il n'y avait pas d'hostilité dans son regard.

- Tu… tu as réussi, balbutia-t-il incapable d'y croire.

Je m'étais levé. Tout aussi éberlué par mon inestimable succès, auquel j'avais rêvé sans osé véritablement y croire, je m'approchai d'un pas claudicant, mes yeux plus énormes que jamais et le teint livide comme celui d'un vampire.

Je ne réalisais pas tout à fait ce qui se passait. Remus était un loup-garou, c'était la pleine lune et pourtant il avait conservé ses esprits et son apparence humaine, tout cela grâce à une petite potion. Trois plantes dans un saladier ! Bon j'exagère, la potion était extrêmement complexe et m'avait réclamé un travail de longue haleine mais tout de même, une telle victoire, c'était inespéré !

- C'est normal, répondis-je d'un ton triomphal, je suis le maître des potions.

À l'idée d'être débarrassé de sa terrible malédiction, Remus se sentit transporté d'une joie immense qui le poussait à tout accepter, même mes fanfaronneries. Je vis son visage albugineux s'éclairer en un magnifique sourire comme j'avais craint de ne plus jamais en voir. Je compris qu'en dépit des épreuves que nous avions traversées, j'allais être tout pardonné si j'avais bel et bien réussi à le guérir.

- Est-ce que c'est… définitif ? me demanda-t-il timidement en désignant ses mains d'un signe de tête.

Sa simagrée indiqua clairement combien il redoutait ma réponse mais mon sourire, aussi lumineux que le sien, eut tout lieu de le rassurer.

- Il va falloir sans doute continuer le traitement, répondis-je, mais à la longue, on peut espérer qu'il ne sera plus nécessaire.

Remus se plongea dans une douce rêverie. Sans doute s'imaginait-il les merveilleuses perspectives qui s'offriraient à lui sitôt qu'il serait redevenu un être humain à part entière : la possibilité de trouver du travail et un statut respectable dans la société. Tout cela avait de quoi donner le vertige.

Moi-même, j'osais à peine entrevoir ce qui m'attendait : ma potion qui passerait à la postérité, les conférences que je donnerais aux quatre coins du monde, les nombreuses sollicitations des experts et des médias. J'allais devenir le plus grand alchimiste qu'on eût connu depuis Nicolas Flamel.

Certes, j'avais toujours su que mon potentiel hors du commun me pousserait un jour vers une telle destinée mais tout de même, je ne pensais pas triompher dans la fleur de l'âge. Ma carrière débutait à peine. À mon tour, je basculai dans une agréable félicité, dont la voix de Remus, redevenue aussi douce qu'à l'accoutumée, me tira lentement.

- Ce que tu as fait… c'est extraordinaire ! bredouilla-t-il éperdu d'émotion. Je ne sais pas comment te remercier.

Paradoxalement, la plénitude de mon succès me rendit soudain modeste.

- C'est plutôt moi qui devrais te remercier, dis-je doucement et très sérieusement. C'est toi qui as été le plus extraordinaire. Tu ne te rends pas compte : ce que tu as fait… ça va changer la face du monde.

Après avoir failli nous battre physiquement ou verbalement, nous aurions passé la nuit à nous congratuler comme des universitaires à un séminaire si la lune, qui s'était provisoirement dérobé à notre regard, n'était pas ressorti tout à coup de son écrin cotonneux de nuages pour braquer à nouveau son orbe d'argent sur la terre. Alors brusquement Remus se trouva mal. Son teint lumineux redevint très pâle et son radieux sourire laissa place à une grimace atroce.

- Que se passe-t-il ? questionnai-je pris d'inquiétude.

Je ne savais que trop ce qui se passait mais après le bonheur que je venais d'éprouver, je ne pouvais l'accepter. C'eût été un coup du sort bien trop cruel. Et pourtant, à la vue du corps courbé de Remus, qui se déformait effroyablement, je ne pus nier l'évidence : il se transformait. En premier lieu, il retrouva toute son agressivité de bête déchaînée et se jeta sur la grille avec une telle violence que malgré la magie, je crus qu'il allait la faire céder.

Je me rejetai en arrière in extremis, écrasé par le choc et la déception. Quoique je me trouvasse dans un état second, ma réaction fut vive : je levai ma baguette magique et l'enchaîna à nouveau grâce aux liens d'argent. La créature monstrueuse, qui me faisait face, poussa des hurlements de douleur qui me déchirèrent les tympans et résonnèrent au plus profond de mon âme. Pas assez cependant pour m'atteindre.

À dire vrai, même le spectacle d'une maman endeuillée pleurant sur le corps mort de son oisillon m'eût laissé insensible. Mon cœur était déjà un champ de ruines après le rude coup que je venais d'encaisser.

Je n'arrivais pas à y croire. Voilà pourquoi je ne croyais plus en rien, voilà pourquoi je trouvais la vie si affreuse et injuste ! Un être supérieur à l'humour douteux m'avait laissé croire un instant que j'avais trouvé la clef de l'énigme qui me coûtait tant d'efforts. Pendant quelques délicieuses minutes, j'avais réellement pensé que Noelia était sauvée.

En réalité, j'avais échoué.


Un Andy un peu moins sarcastique que d'habitude et un Remus plus corrosif mais c'est la pleine lune qui veut ça. Disons le tout de suite, Remus ne va pas se calmer de sitôt. En même temps, vu ce qui lui arrive, on peut le comprendre.

Merci beaucoup d'avoir lu ! J'espère que malgré l'attente très longue que je vous ai fait subir, vous avez pris plaisir à lire ce chapitre. N'hésitez pas à me dire ce que vous en avez pensé.