Noooo Aime : Vu la taille du chapitre du jour, je sens que ça va faire une review en trois ou quatre parties... Surtout que y a du matériel ! Non je n'ai toujours pas vu Spy, je vais essayer d'y aller avant la fin de la semaine !
Non on ne va pas arrêter avec les sous-entendus, on te connaît alors on fait ça en prévention ! La review n'est pas en retard si elle arrive avant le chapitre suivant, voyons. Je l'ai déjà dit, que c'est pas obligatoire de mettre la review le jour même !
Bon apparemment l'idée de Sherlock dans un parc d'attraction ça intéresse du monde... Je vais voir pour écrire ça. Et si mes commentaires te tuent je vais arrêter d'en faire, je veux pas me retrouver en prison pour homicide involontaire :p 4 pages d'accord, mais avec quel interligne ? Et quelle marge ? :p Donne-nous les détails !
La traductrice tient à faire savoir que si les discussions sont si angoissantes que ça elle peut aussi se taire ! :p Et non pas de viol, j'ai dit que y aurait un blasphème mais je pensais pas à ça...
Non mais Kili il a le filtre cerveau/bouche qui est en panne. Du coup il dit tout ce qui lui passe par la tête... Ton image de filet à mots, ça me fait penser à Émilie Jolie (la version originale des années 90, pas le remake d'il y a quelques années) avec le coq et l'âne qui 'essayent d'attraper des mots'...
Un autre truc commun à la lignée de Durin, c'est un sens sur-développé du sacrifice... Ce qui explique que Kili est prêt à se tuer pour tuer Dekir avec lui... Et ne réfléchis pas à ce qui va arriver à Bilbon s'il le fait !
Quand je te disais 'un blasphème a été commis'... Je mentais pas tu vois ! C'est un blasphème le coup de la tresse coupée ! Par contre je ne crois pas qu'il y ait de cuillère à escargot... Y a des pinces à escargot pour attraper la coquille, des fourchettes pour prendre son contenu, mais des cuillères je crois pas.
Ouais le monologue du méchant, l'erreur typique qui fait gagner du temps aux gentils ! Dril il est à Erebor, il peut pas être partout le pauvre ! Et je crois que Dekir n'a pas la même vision que nous du terme 'reconnaissant' !
Oui, c'était obligé que Kili se fasse embrocher pour que les lectrices fassent des crises d'angoisse... Vous allez toutes devoir vous mettre au yoga avant la fin de cette saga ! XD
Tu avais bien deviné, Caila qui voit plus loin que le moment présent a décidé de les garder en vie un peu plus longtemps...
J'aurais bien une réponse quant à l'endroit où Kili peut avoir des flèches cachées, mais je vais me faire gronder si je fais une blague... Les méchants ont souvent un humour déplorable, malheureusement.
Je ne crois pas que la cheville puisse avoir un pied dans la tombe, non... Mais je peux me tromper. Ouais câlin collectif c'est la meilleure solution !
Vu les idées que ça te donne, je conseille en effet de te calmer sur Hannibal. Je vois mal Bilbon devenir cannibale, franchement... Tu le prends pour Gollum ?
Non, Fili ne ressent pas ce qui arrive à son frère, c'est juste la vibration du sol à cause des tambours qui remonte dans ses jambes et manque de le faire tomber. Et oui il a fait des progrès en communication ! On applaudit Fili !
Oui la seule raison pour laquelle ils peuvent pas vaincre l'armée c'est parce qu'il manque Bilbon et Kili... Tout le monde sait que ce sont les deux meilleurs guerriers de la compagnie voyons !
La compagnie est moins perspicace que les lectrices de cette traduction, et ne s'attendait pas du tout à Dekir et Rutar... XD j'adore le coup de 'il boude', comment enlever toute crédibilité au pauvre Dekir !
Oui en fait les deux andouilles ils font une collection... Certains collectionnent les timbres (bon pas en TDM) ou les jolies pierres, eux ils donnent dans le dangereux et ils collectionnent les ennemis puissants !
Les groupes de un ça vient pas de moi, désolée. Ça vient du dessinateur Boulet si j'ai bonne mémoire, j'avais vu ça sur un dessin de son blog en parlant des films d'horreur... Mais ça m'avait tellement plus que j'ai repris le concept.
Ton histoire de TorchMan m'a tellement fait rire... En plus j'ai regardé Jurassic Park 3 hier en même temps que je traduisais, ça m'a fait penser à DinosaureMan du petit garçon !
Je ne peux pas confirmer pour Bilbon qui chante, je ne me souviens plus si ça arrive encore par la suite ou pas... On verra quand on y sera, comme qui dirait. Non mais on est pas dans une crackfic, les méchants vont pas les libérer parce que Bilbon chante faux !
Je suis bien contente que la chanson t'ait plu ! Heureusement elle n'a pas été trop difficile à traduire, vu que la fin était répétée je n'avais pas à m'inquiéter des rimes... (1 page et demi rien que pour ta réponse, soit fière)
Carrymaxwell : Pour l'Armée des Morts ça va être difficile, ils ont été libérés ! Pour le Balrog, ça vient, mais je doute que ça te réjouisse tant que ça... C'est vrai que Dekir et Voldemort, même combat...
Pour les morts violentes, je ne promets rien mais je te laisse lire !
Julindy : Pour ce qui est de Kili qui trinque, mon père te dirait 'il faut toujours embêter les mêmes, ça fait moins de mécontents'. J'espère que le châtiment de Dekir et Rutar sera à ton goût !
La scène est horrible, je te confirme... Effectivement avec tout le sang ils ont dû croire que Bilbon au moins était mort ! Non Gandalf n'a toujours pas compris qu'il fallait pas se séparer... Pour le Balrog, réponse dans ce chapitre !
Justelaura : En fait les scènes à dessiner étaient dans le chapitre 20^^ Noémie a un peu trahi le truc, ce serait mini-Kili endormi dans les bras de Thorin, assis sur un fauteuil près de la cheminée et la scène que Fili imagine avec Bilbon qui apprend aux enfants à repérer les formes des nuages et tout ça. Et si, tu dessines bien !
Ce qu'a Ariel pour s'attirer ma haine... Tu as du temps devant toi ? Lol Non sérieusement, c'est juste une gamine capricieuse... Et stupide... En gros tu tapes 'Honest Trailer Little Mermaid' sur youtube ça explique à peu près tout. J'ajoute juste qu'elle dit aimer un type qu'elle a vu 5 minutes sur un bateau...
Rapidecerveau je sais pas si ça aurait fait un joli nom de famille, moi... Et ça aurait été similaire à de la publicité mensongère, franchement !
Effectivement dit comme ça on peut considérer que Bilbon est la proie de Caila... Rutar c'est le cousin de Dekir !
Tu peux faire confiance à Kili, il est prêt à tout pour protéger Bilbon ! Un peu trop, à la limite... Mais bon...
Ouais mais Dekir il considère les hobbits comme des créatures inférieures, alors il va pas demander à prendre le thé avec, tu penses ! Caila ne se considère pas comme une sang-mêlé, donc elle n'aura pas à se condamner à mort. C'est logique :p
Je veux bien croire que la situation est stressante, mais je te remercierai de ne pas insulter Bilbon, surtout en reprenant les termes de Gollum ! Alors Bilbon ne peut pas mourir, mais de là à dire qu'il ne va s'en sortir qu'avec des égratignures... Hum...
Je savais pas qu'on pouvait désactiver un karma ! Y a un bouton ON/OFF quelque part tu crois ? Si y en a un faut absolument dire à Bilbon où il est...
En voyant que tu voulais torturer Dekir pour une blessure à la joue, je me suis demandé comment tu allais réagir pour la tresse... Oui Thorin est encore plus sadique que toi quand on touche à Bilbon, c'est sûr.
Ta réaction à la tresse coupée m'a beaucoup fait rire ! J'attendais beaucoup les réactions face à cette scène, étant donné que moi ma première réaction c'était de penser 'blasphème'... Je l'ai dit à Noémie d'ailleurs !
Je te rappelle que Dekir est persuadé que Bilbon n'a pas réellement détruit l'Anneau, que c'est un complot pour le faire accepter ! Et Kili ne peut pas s'empêcher de jouer les héros, il est programmé pour ça...
Je te promets que Kili ne va pas mourir dans cette fic. Pas de MCD surprise de prévu, si ça peut te rassurer ! Je crois en effet que Dekir se croit très drôle avec son histoire de trou...
Si seulement notre avis pouvait compter, les personnages feraient moins de conneries ! Et comme tu dis au moins ils ne sont pas séparés !
Ah bah pour les gènes en commun, je dirais non, mais 10 ans à vivre au même endroit ça laisse des traces ! Faudra que tu m'expliques comment tu comptes recoudre des cheveux... Je suis curieuse de savoir !
Ouais Kili va sauter sur les orques et il va même tous les tuer en ayant une main dans le dos. C'est évident qu'il est en état de faire ça voyons...
Mais non Fili ne dit pas de bêtises, il apprend à communiquer correctement ! Ça existe ça, porter plainte pour maltraitance de personnages ?
Bien repéré, le petit groupe dans la Comté servait effectivement à les mettre en confiance pour qu'ils ne s'attendent pas à un groupe énorme dans la Moria.
Vomir sur Dekir implique de s'approcher un peu trop près de lui à mon goût. Je suis d'accord, si Legolas avait su, il aurait sauté au milieu des orques sans se soucier de sa survie...
Il faut se souvenir de respirer en lisant cette fic ! Tu veux un respirateur, comme les trucs qu'on te donne dans les ambulances et les hôpitaux ?
LOL non pas de twist à la Raiponce dans cette fic, désolée ! Oui la chanson est une invention de l'auteur. Et je te promets que plus personne ne va mourir chez les gentils. Toi aussi, 1 page et demi de review !
Dame Marianne : Malheureusement, Legolas n'a pas de talents de guérison particuliers. En revanche, tu as raison on est au cœur de l'intrigue...
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Chapitre 21 : Courir
Résumé : La compagnie est réunie. Mais des démons, passés et présents, vont devoir être affrontés afin de s'échapper de la Moria.
Warning : Il y a une araignée dans ce chapitre. Oui, CETTE araignée.
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Le bruit était à peine là. Un souffle dans l'air, rien de plus qu'un doux soupir. Mais Thorin l'entendit quand même.
Il leva la main et tout le monde se figea immédiatement.
« Qu'est-ce qu'il y a ? demanda Fili. »
Thorin ferma les yeux. Les énormes feux et les ombres mouvantes disparurent, et il se concentra sur ce bruit doux. Avec le tambourinement et les cris il était presque impossible à entendre, mais il était quand même là. Une voix dans le vent, une douce mélodie qui était tellement déplacée dans la Moria qu'on ne pouvait s'empêcher de l'entendre. Une chanson, ici dans la Moria.
Et c'était une voix que Thorin ne connaissait que trop bien.
« Bilbon. »
Ce fut tout ce qu'il dit, et Legolas s'élança devant lui. Thorin s'empressa de le rattraper, sachant qu'il était trop tard pour rappeler l'elfe. Un bruit de plus ne serait pas le bienvenu pour le moment : moins les voleurs entendraient leurs voix, mieux ça vaudrait. S'ils voulaient avoir une chance de s'échapper en vie, ils devaient rester silencieux.
« Je l'entends maintenant, dit Legolas, la voix baissée juste pour eux. Droit devant, là- »
Si Legolas ne l'avait pas montré du doigt, Thorin n'aurait jamais vu ce que c'était. Une large pierre était poussée contre un mur, et une inspection plus poussée révéla le sillon dans le sol. Une porte secrète, avec seulement quelques fissures. Même pas assez pour laisser entrer la lumière, mais assez, juste assez, pour laisser entrer les sons. Ou dans ce cas précis, laisser sortir une voix douce, à peine présente. Le mur lui-même n'était pas grand, partait sur les côtés et était vu plus facilement de dessus, ce qui signifiait que la porte menait vers le bas. Un trou dans le sol.
Thorin resserra sa prise sur Orcrist jusqu'à ce que ses mains soient sur le point de se briser.
« J'aurais dû le tuer quand j'en ai eu l'occasion, gronda-t-il. »
Bien sûr que Dekir avait choisi de jeter son mari là-dedans. Ça convenait à un hobbit, après tout.
« Faites d'abord sortir Bilbon et Kili, dit Aragorn en lui prenant le bras. »
Au bout d'un moment, la prise de Thorin se relâcha.
« Ensuite nous les pourchasserons.
- Entendu, dit Thorin. »
Il rengaina sa lame et saisit le bord de la porte. Il n'y avait pas de verrou : son poids était la seule sécurité dont elle avait besoin. Aragorn et Legolas attrapèrent la porte avec lui, et Dwalin s'empressa de leur prêter sa force. Les autres montèrent la garde tandis qu'ils poussaient et écartaient la porte. La pierre grogna, faisant beaucoup trop de bruit, mais Thorin refusa d'arrêter. Bilbon était là-dedans, et il allait le retrouver.
La porte s'écarta enfin, et avec une forte poussée elle glissa loin du trou. Thorin ne put voir que des ténèbres totales, et il essaya de regarder à l'intérieur.
« Bilbon ? Appela-t-il. »
S'il vous plaît, faites qu'il soit là, faites qu'ils soient tous les deux là.
Et dans les ténèbres, une voix tremblante répondit à son appel.
« Thorin ? »
Thorin poussa un soupir de soulagement.
« Je suis là, bien-aimé. Est-ce que Kili-
- Il a besoin d'aide, dit frénétiquement Bilbon, et Thorin se figea. Thorin, il est blessé, gravement, j'ai-j'ai essayé de le maintenir éveillé, mais- »
Legolas sauta dans les ténèbres avant que Thorin ne puisse l'arrêter.
« Gravement à quel point ? Appela Fili après lui. »
Le silence régna jusqu'à ce que l'elfe réponde. Sa voix était sombre et teintée de peur.
« Il a perdu plus de sang que je ne voudrais. Mais si on peut lui trouver de l'aide, l'emmener quelque part ou faire venir l'aide à lui, il vivra. Mais nous devons bouger maintenant.
- Jamais entendu de meilleures paroles, dit vicieusement Dwalin. J'suis prêt à en avoir fini pour toujours avec la Moria. »
Thorin aussi serait ravi de ne jamais revoir cet endroit.
« Legolas, appela-t-il. »
Un moment plus tard, l'elfe réapparut, Bilbon à côté de lui, Kili dans ses bras. Son neveu était immobile, tellement immobile, dans les bras de Legolas, sa peau presque aussi blanche que du parchemin quand du sang ne la tachait pas. Fili laissa échapper un son brisé et se précipita aux côtés de son frère, l'air aussi terrifié que Legolas, bien que l'elfe essaye de le cacher. Seul le bruit dans la poitrine de Kili les apaisa ses respirations étaient horribles mais c'étaient des respirations, et cela était un miracle en soi.
Bilbon observait aussi Kili avec peur, et Thorin fixa le sang recouvrant son mari.
« Tu... »
Il fut incapable de finir, la terreur saisissant sa voix. Son esprit ne lui ramena que trop rapidement le souvenir de la lame ensanglantée que Dekir avait nettoyée.
Mais Bilbon secoua la tête.
« Non, ce, ce n'est pas le mien, c'est celui de Kili. J'ai essayé d'arrêter le saignement du mieux que j'ai pu, mais il y en avait tellement. »
Il déglutit péniblement.
« Thorin, Dekir-
- On sait, dit Bofur à mi-voix. On les a vus. »
Bilbon serra les poings, regardant de nouveau Kili.
« Il a pris le coup... pour moi. Dekir voulait me frapper et Kili l'a pris à la place. »
Dwalin jura avec véhémence, et Thorin força ses poings à ne pas se serrer. Il concentra son attention sur son mari. Kili comme Bilbon étaient sales, couverts de poussière et de sang exactement comme eux tous, bien que ce soit rendu plus évident par les traces de larmes sur le visage de Bilbon. Thorin se força à ne pas se concentrer sur le sang tachant la chemise de son mari et regarda son visage à la place.
Le bleu ensanglanté attira immédiatement son attention. Thorin tendit la main vers Bilbon, avant de le fixer, stupéfait, quand Bilbon recula.
« Désolé, marmonna Bilbon en se secouant, c'est juste... »
L'instinct. Se détourner du chemin d'un coup, et bien que Bilbon n'ait évidemment pas pensé que Thorin allait le frapper, il avait vu une main venir vers lui et avait reculé. Même dans le peu de temps qu'ils avaient été séparés, ça avait été suffisant pour solidifier un besoin de se cacher quand quelqu'un tendait la main vers lui.
Thorin allait réduire le corps de Dekir en morceaux, pièce par pièce, avant de le laisser mourir. Il garda sa colère restreinte quand il tendit de nouveau la main vers Bilbon, et cette fois Bilbon le laissa faire, s'appuyant même contre le contact. Le bleu était massif, et il y avait une coupure profonde venant de ce qui l'avait frappé. Ça couvrait la majorité de sa joue gauche et montait jusqu'à son œil. Ce fut seulement là que ses yeux tombèrent sur la tresse, et Thorin se figea, la fixant avec horreur.
Elle avait disparu. La tresse de mariage avait disparu. Le peu qu'il en restait semblait effiloché au bout, et seuls quelques mèches restaient partiellement tressées. Les bords irréguliers correspondaient à la ligne en travers de la joue de Bilbon, et Thorin n'avait pas de mal à imaginer la lame, tranchant la plus précieuse des promesses et blessant sévèrement Bilbon au passage. Quand Thorin passa tendrement son pouce sur la chair abusée, ses yeux fixant la tresse avec impuissance, Bilbon détourna la tête, de la honte dans les yeux.
Et ce fut la goutte d'eau. Thorin fit volte-face, la fureur l'envahissant, sa vision floue et rouge.
« Thorin, non, gronda Dwalin. »
Il attrapa Thorin pour le maintenir en arrière, Aragorn et Nori prêts à l'assister.
« Je vais le tuer, ragea Thorin. Je vais le massacrer-
- Kili est plus important, insista Bilbon d'une voix rauque. »
Thorin commença à argumenter mais Bilbon secoua la tête furieusement, ne faisant qu'accentuer son visage taché de larmes.
« Non, nous devons faire sortir Kili, maintenant. Tu pourras toujours pourchasser Dekir plus tard. Tu n'auras pas d'autre chance de sauver la vie de ton neveu. »
Il avait raison et ils le savaient tous, mais ça ne rendait pas les choses plus faciles à accepter. Le besoin de trouver Dekir et de le pourchasser, de le faire payer pour avoir blessé le fils et le mari de Thorin, pour avoir profané leur promesse de mariage, courait comme un feu follet dans ses veines. Cela le rendait malade de voir le bleu sur le visage de Bilbon, la tresse tranchée, le sang trempant la tunique de Kili. Dekir avait blessé deux des personnes les plus chères à Thorin, et il ne devrait pas être autorisé à vivre.
Son indécision ne dura qu'un moment, bien qu'elle donne l'impression d'être une éternité.
« Legolas, si nous les faisons sortir, peux-tu les conduire en sécurité ?
- Les bois de la Lorien sont proches, dit Aragorn d'une voix tendue. Vous pourriez les atteindre sans ennuis. »
Legolas hocha brusquement la tête tandis que Bilbon commençait à protester.
« Je ne pars pas sans-
- Si, tu pars, dit fermement Thorin. Je ne le laisserai pas respirer un moment de plus que ce qu'il mérite.
- Je refuse de partir sans toi, insista Bilbon. Soit tu viens avec nous, soit je repars avec toi, une fois que Kili sera en sécurité.
- Disputez-vous plus tard, cria Nori. »
Et un instant plus tard, des flèches s'abattirent sur eux. Thorin approcha immédiatement Bilbon de lui, l'abritant. Quand les flèches s'arrêtèrent, une voix familière donna un ordre, son bâton blanc brandi comme une lanterne.
« Courez ! »
Thorin n'hésita pas, et suivit simplement Gandalf, gardant Bilbon à ses côtés. Ils traversèrent une arche et descendirent des escaliers que Legolas géra avec aisance, même avec Kili dans ses bras. Un autre escalier sur le droite les emmènerait à découvert, entièrement exposés, mais Gandalf courait déjà vers la gauche et sautait par-dessus un bref fossé qui menait aux profondeurs sans fond. C'était assez facile pour un homme ou un elfe, plus difficile mais faisable pour un nain, mais encore plus dur pour un hobbit. Thorin serra Bilbon contre lui et sauta du bord, les faisant tous deux voler dans les airs.
Il entendit Esmeralda prendre une brusque inspiration lorsqu'il atterrit, mais il n'osa pas regarder en arrière. Il maintint son regard fixé sur Gandalf devant eux et ses bras serrés autour de Bilbon. Les pieds de son mari martelaient le sol derrière lui, sans même se soucier de faire un bruit : une preuve de sa peur.
« A travers le hall ! Cria Gandalf, désignant du bâton la vaste étendue devant eux. Et vite ! »
Autrefois, Thorin aurait voulu s'arrêter, contempler les œuvres de ses ancêtres. Ceci avait été un refuge, autrefois, pour une cité de nains, pour son peuple. Khazad-dûm avait été leur forteresse, mais ici, sous la montagne, elle avait aussi été un foyer.
Maintenant c'était juste une prison, un tombeau. Il serra les dents et continua, le bâton de Gandalf comme seule lumière pour les guider. Il saisit des aperçus de grandes flèches montant jusqu'au plafond de la caverne, des monuments qui attiraient son regard puis passaient en un éclair. Il aurait donné n'importe quoi pour montrer à Kili et Fili, pour montrer à Bilbon, ce qui avait autrefois été un lieu de grandeur.
S'il pouvait s'échapper maintenant avec les vies de ses neveux et de son bien-aimé, il s'estimerait chanceux.
Une flèche atterrit juste devant les pieds de Bilbon, tirant un cri d'avertissement à son mari.
« Par ici ! Rugit Thorin. »
Gandalf les attira immédiatement vers la droite à travers un couloir teinté de rouge, les flammes semblant être partout. Les flèches continuaient de pleuvoir sur eux d'au-dessus. Derrière lui, Thorin entendit le son inimitable de flèches en train d'être tirées, et des cris d'agonie résonnèrent plus haut. Quelques corps tombèrent quand les flèches de Tauriel atteignirent leurs cibles.
Un craquement fut le seul avertissement que reçut Thorin avant que le sol ne s'écroule.
« Bougez, bougez ! Cria Aragorn au-dessus de l'effondrement tonitruant. »
Legolas atteignit l'autre côté en toute sécurité, Kili toujours dans ses bras, mais il refusa d'aller plus loin, ses yeux observant frénétiquement les autres traverser. Bofur et Esmeralda plongèrent d'un côté tandis que le sol en-dessous d'eux s'écroulait, tombant dans le vide. Ori commença à glisser le long d'un bloc brisé avant que Dwalin et Nori ne l'attrapent, le remontant sur la terre ferme.
Le pied droit de Thorin commença soudain à tomber.
« Thorin ! Cria Fili. »
Thorin poussa Bilbon devant lui vers un terrain plus haut et plus sûr. Le visage empli de peur de Bilbon disparut de sa vue tandis que les rochers continuaient de céder et que Thorin continuait de tomber. Un autre groupe de rochers glissèrent à côté de lui, et Thorin sauta par-dessus vers une dalle plus large, inclinée mais qui ne tombait pas. Il se remit sur pieds et commença à remonter en courant vers le niveau principal.
Quelque chose le frappa à l'épaule, et tout ce qu'il put ressentir fut la chaleur. La pure agonie le fit tomber sur le sol encore tremblant, luttant pour respirer. Il avait l'impression d'être en feu et incapable de bouger. Chaque muscle hurlait, et sa vision pulsait au rythme de ses battements de cœur. Des voix, il y avait des voix autour de lui. Fili, Aragorn, Gandalf, Bilbon, Bilbon criait comme s'il était en train d'être assassiné, il devait bouger-
« On aurait pu croire qu'il faudrait plus qu'une seule barre de fer pour arrêter un roi. »
Thorin poussa lentement sur son bras intact, tremblant sous l'effort. À travers ses cheveux emmêlés et pleins de sueur, il put voir Dekir et Rutar debout devant lui, plusieurs de leurs voleurs autour d'eux. Avec un grognement lourd Thorin se laissa retomber au sol, libérant son bras pour tirer Orcrist. Dekir tendit lebras et attrapa quelque chose. L'épaule de Thorin commença à lui faire mal.
Puis il tourna, et le monde de Thorin devint brièvement noir.
Quand il réussit à reprendre conscience, Dekir reculait, une longue barre de fer dans sa main, et Rutar donnait un coup de pied à Orcrist pour l'envoyer derrière lui.
« Cela dit, vous vous êtes affaibli avec un Semi-Homme, dit Dekir. »
Thorin cligna des yeux à travers les larmes de douleur qui roulaient sur son visage.
« J'ai essayé de vous donner une chance de vous racheter et de sauver la lignée de Durin. Pourtant vous avez permis à cette chose de vivre à la place, d'infecter Erebor. Et des elfes ! Votre plus jeune héritier a épousé un elfe ! Cracha Dekir. Et moi, un nain de sang pur, vous m'avez banni. C'est un signe certain qu'Erebor n'a pas sa place entre vos mains. »
Il s'avança d'un pas, la barre de fer devant lui, et quand il approcha, Thorin put voir le sang qui en gouttait.
Il devait bouger. Il devait se lever, il devait se défendre, il devait bouger. Le hurlement de Bilbon résonnait dans sa tête, et son esprit n'avait aucun mal à imaginer ce qui avait pu le causer, surtout avec Dekir et Rutar juste devant lui. Il se hissa sur son bras intact, ravalant le cri de douleur quand cela secoua la blessure. Si l'un d'entre eux avait touché à une bouclesur la tête de Bilbon...
« Et ainsi finit la lignée souillée de Durin, dit lentement Dekir. »
Rutar s'avança pour prendre la barre de métal.
Rutar tituba soudain vers l'avant, cherchant de l'air. Thorin et Dekir l'observèrent tous les deux bondir à nouveau en avant, et cette fois, une lame brillante traversait sa poitrine. Rutar tressauta une fois, puis tomba lentement de la lame quand celle-ci fut retirée. Orcrist brillait d'un bleu vif et vibrant, même avec le sang tachant la lame, et derrière elle, le visage couvert de traces de larmes de Bilbon ne comportait que de la fureur.
« Ne touche pas à mon mari, rugit-il. »
Ses deux mains tremblaient encore mais serraient quand même le pommeau.
Dekir poussa un hurlement de rage et de chagrin et tourna la barre de fer contre Bilbon. Bilbon esquiva et remonta Orcrist dans un geste défensif, mais trébucha en arrière face à la force que Dekir mit dans son second coup. L'épée était trop grande pour que Bilbon puisse la tenir, la manier, et à moins que Dekir ne frappe près des mains de Bilbon, il aurait peu de chances de repousser le nain. Thorin lutta pour se mettre à genoux et utiliser ses jambes à son avantage au lieu de ses bras. Son épaule pulsait, une douleur lourde qui semblait traverser directement sa poitrine, et chaque respiration qu'il prenait ne la rendait que plus douloureuse. Il guérirait, il avait connu pire. Mais il devait bouger ou Bilbon tomberait sous l'assaut de Dekir.
Tout autour de lui maintenant, Thorin pouvait voir la compagnie se battre avec les voleurs et les orques sur les morceaux de terrain brisés. Quelques trous demeuraient, mais la plupart du sol semblait s'être simplement séparé en de larges morceaux, glissant d'un côté ou de l'autre. Aragorn et Dwalin menaient l'offensive, Fili et Tauriel défendant Legolas qui tenait toujours son précieux fardeau. Même Esmeralda se battait, une lame bleue familière dans sa main. Bilbon lui avait donné son épée, courant sans défenses à l'aide de Thorin.
Si Thorin avait jamais pu voir une preuve physique de l'amour de Bilbon pour lui, c'était ce moment, maintenant.
Un lourd fracas de lame et de métal fit tomber Bilbon sur un morceau de sol incliné, Orcrist lui tombant des mains tandis qu'il trébuchait. Thorin n'essaya même pas de reprendre son équilibre, lorsqu'il fut à genoux : il se contenta de pousser et se jeta par-dessus le bord pour rejoindre Bilbon, où Dekir se trouvait presque, déjà. Ses pieds trébuchèrent, maladroits sous lui, et tout ce qu'il pouvait voir et ressentir était la douleur. Une image de Bilbon, sans vie sous la main de Dekir, fut le seul encouragement dont il eut besoin pour attraper Orcrist de sa bonne main et frapper.
Le coup avait été inattendu, à en juger par le visage de Dekir. Il n'eut pas la chance de l'examiner longtemps, car la tête de Dekir tomba loin du corps qui s'effondra aux pieds de Thorin. Bilbon poussa une exclamation horrifiée derrière lui, et Thorin jeta un regard en arrière à temps pour voir Bilbon reculer loin de la tête tandis qu'elle le dépassait. Elle roula jusqu'à atteindre un coin de pierre, et la tête de Dekir s'arrêta, ses yeux fixant le vide sans expression.
Les bruits de la bataille au-dessus d'eux semblèrent tirer Bilbon de son état de choc. Il se précipita vers Thorin, et Thorin sentit à peine les mains bienvenues de son mari avant qu'il ne manque de s'écrouler. Quelque part, il était certain de pouvoir entendre la voix paniquée de Bilbon l'appeler, mais la vague de douleur qui le submergea prit toute sa concentration. Il enregistra qu'il n'était pas sur son visage, que d'une façon ou d'une autre Bilbon le maintenait debout, et c'était tout ce sur quoi il pouvait se concentrer. Son épaule était de nouveau en feu, l'agonie faisant brûler des larmes dans ses yeux. Il avait l'impression qu'il allait être malade, et son corps ne voulait pas cesser de trembler, le résultat d'avoir trop fatigué son corps blessé, trop vite. Sa vision s'étrécit jusqu'à ce qu'il ne puisse voir que de distantes pointes de lumière.
Après plusieurs longs moments à respirer et remettre son estomac à sa place, Thorin put enfin distinguer le monde autour de lui. Il était sous l'étage principal, à genoux sur un rocher incliné qui menait vers la bataille en cours. Orcrist était serrée dans sa bonne main, la pointe de la lame s'enfonçant dans le sol comme une canne. Bilbon était devant lui, couvert de bleus et de sang et terrifié, les mains tremblant contre le visage de Thorin.
« -rin, Thorin, dis quelque chose, s'il te plaît-
- J'vais bien, murmura-t-il – et même parler était douloureux. Je vais... je vais bien.
- Tu ne vas pas bien, rétorqua Bilbon, sa colère perdue sous sa peur. Tu es blanc comme un linge, tu trembles, et... ton épaule... »
Thorin ne voulait pas penser à son épaule.
« Faut bouger, dit-il. »
Ils devaient laisser la Moria en arrière. Si loin en arrière que dans sa vieillesse, s'il avait la chance de l'atteindre, il n'y penserait plus jamais.
« Thorin ! »
Dernwyn et Nori dévalèrent le rocher incliné, les yeux écarquillés.
« Dernwyn, ta ceinture, ordonna Bilbon. »
Elle n'hésita pas, la dénoua simplement de sa taille et vint s'agenouiller à côté de Thorin. Thorin se concentra sur Nori tandis qu'ils faisaient un bandage de fortune. Le regard du voleur était concentré derrière eux. Au bout d'un moment, il croisa le regard de Thorin, et lui adressa un hochement de tête approbateur. Thorin le lui rendit. Alors Dekir était mort, donc, et il ne l'avait pas imaginé. Bien. Rutar, aussi, par la main de Bilbon. Son mari avait pris une vie.
C'était plus que ce que Thorin pouvait considérer pour le moment, surtout quand Dernwyn resserra fermement la ceinture, faisant tressauter sa vision un instant. Cela lui fournit une douleur concentrée sur un seul endroit, cependant, et après avoir pris quelques respirations profondes, il put se lever.
« Mieux ? Demanda Bilbon en se levant avec lui.
- Assez, dit Thorin avec un hochement de tête. Où sont les autres ?
- Au-dessus, à nettoyer la saleté, dit Nori d'un ton tendu. On n'avait pas eu de nouvelles de Bilbon ou de vous depuis un moment, pas depuis qu'il s'était fait assommé et que vous étiez tombé.
- Comment va Kili ? Demanda Bilbon. »
Le visage de Dernwyn en disait long, mais elle répondit :
« Il respire encore. Legolas l'a. »
Ce n'était pas encourageant. Thorin fit un pas en avant, ignorant Dernwyn et Bilbon qui le flanquaient en cas de chute, puis en fit un autre. Lorsqu'il arriva en haut du rocher brisé, le reste de la compagnie s'empressait de venir à leur rencontre. Dwalin les regardait, Bilbon et lui, avec des yeux inquiets, sans même essayer de cacher son inquiétude. Perdre Balin avait été assez mauvais : perdre quelqu'un d'autre le détruirait. C'était visible dans la façon dont Ori restait à côté de lui, comme s'il soupçonnait la même chose.
« On s'est occupé des voleurs, dit Gimli. »
Il secoua la tête et fit bouger sa barbe.
« Je crois qu'il est temps qu'on parte.
- Partir est bien, c'très bien, dit une voix familière. »
Fili laissa échapper un cri, se précipitant aux côtés de Kili. Il semblait faible et si petit, si brisé dans les bras de Legolas, mais il réussit à former un demi-sourire. On aurait dit que Legolas venait de se voir offrir le soleil dans le ciel, contemplant ouvertement Kili avec amour et adoration et soulagement. Le sourire de Kili passa sur son mari, mais il se changea en froncement de sourcils quand il regarda Bilbon, cependant, éberluant Thorin.
« T'as pas fini d'chanter, dit-il, sa respiration aléatoire.
- Si, je l'ai fait, dit fermement Bilbon – mais son regard soulagé trahissait son ton sévère. C'est même comme ça qu'ils nous ont trouvés. C'est toi qui avais promis de ne pas t'endormir.
- Désolé, murmura Kili. »
Legolas pressa un baiser sur son front, et Kili poussa un doux soupir.
« Mais vraiment, on peut partir ? »
Une secousse tonitruante de la caverne faillit mettre tout le monde à genoux. Un hurlement strident se réverbéra dans leurs têtes, et c'était un son horrible qui menaçait d'instiller la peur dans le cœur de Thorin.
« Par la barbe de Mahal, qu'est-ce que c'est que ça ? Demanda Nori.
- Est-ce que c'est elle ? Demanda Kili. »
Il regardait vers Bilbon. Thorin jeta un regard à son mari et le trouva presque aussi pâle que Kili. Ses yeux étaient ronds et regardaient ailleurs, comme dans un souvenir. Il eut l'impulsion de soudain prendre Bilbon par les épaules et de le secouer jusqu'à ce qu'il revienne. Bilbon hocha enfin la tête, lentement.
« C'est elle, dit-il à voix basse. Je reconnaîtrais ce terrible hurlement n'importe où.
- Qui ? Demanda Bofur. »
Il s'accrochait toujours à Esmeralda, mais moins maintenant qu'elle avait Dard dans la main.
« Arachne, dirent Kili et Bilbon en chœur. »
Gandalf inspira brusquement, tandis que l'esprit ralenti de Thorin ramenait encore les souvenirs d'histoires terribles.
« Qu'est-ce que-
- Rien que nous ayons besoin de combattre, dit Gandalf par-dessus la question d'Éomund. Nous devons partir, et maintenant ! »
Et il se retourna avant de se mettre à courir. Thorin tira Bilbon vers lui, et quand son mari commença à bouger, il fut impossible de les arrêter. Legolas se rua vers l'avant, avec Aragorn et Gandalf devant lui, tenant toujours Kili. Tauriel se glissa derrière Thorin, sans doute pour couvrir les arrières de leur compagnie.
Ils se précipitèrent à travers les ténèbres, allant d'un côté puis de l'autre, descendant des escaliers et traversant des salles. De larges pièces laissèrent la place à de plus petits corridors qui laissèrent la place à des plafonds voûtés et des colonnes larges comme au moins dix nains. Le bâton de Gandalf brillait devant eux, les guidant, et Thorin lutta pour ne pas trébucher sur des sols brisés et des morceaux de plafond qui s'étaient craquelés et étaient tombés. C'était comme ça qu'il avait craint de retrouver Erebor, dix ans plus tôt. C'était tous les cauchemars qu'il avait toujours eu concernant son peuple.
Le hurlement résonna fortement derrière eux, peut-être plus près qu'avant.
« Vite ! Cria Bilbon. »
La pure panique dans sa voix fit serrer les dents à Thorin et il ne bougea que davantage. La ceinture que Dernwyn avait nouée autour de son épaule arrêtait encore le saignement, gênant sa capacité de bouger le bras. S'il devait se battre, ce serait seulement avec son bras gauche.
« Est-ce que quelqu'un connaît le chemin de la sortie ? Demanda Nori quand ils tournèrent dans un autre petit passage.
- Moi, oui, appela Gandalf. Nous sommes proches de la Porte Est, la porte qui mène à l'un des plus grands accomplissements de la Moria.
- Le Pont de Khazad-dûm, murmura Thorin. »
Oui, le pont serait une vision bienvenue s'il était encore debout. D'autres ponts avaient été construits pour couvrir le large fossé, mais aucun ne s'étendait sur un espace aussi grand que le pont. Il ne pouvait qu'espérait qu'il tenait encore. C'était leur seul moyen de sortir.
(-)
Ils sortirent du passage et arrivèrent dans une large chambre – on dirait que ç'avait été un marché autrefois, songea Bilbon. Il était vide maintenant, il ne restait même plus le bois des étals. Au moins le sol était lisse, ce qui aida sa cheville. Chaque faux pas semblait la faire hurler d'agonie. C'était assez mal que Thorin vacille, même si le nain faisait de son mieux pour ne pas le montrer. Mais Bilbon savait à quoi Thorin ressemblait quand il avait mal, et en ce moment, son mari était à l'agonie.
Ils allaient atteindre la Porte Est. Ils allaient sortir de cet endroit maudit et ils seraient en sécurité.
« Par où maintenant ? Cria Esmeralda quand Gandalf commença à ralentir sa course. »
Il y avait deux portails devant eux, tous deux larges et tous deux menant dans les ténèbres.
« Gandalf !
- Je n'ai aucun souvenir de cet endroit, murmura Gandalf. »
Bilbon sentit la terreur saisir son cœur.
« Aragorn et moi allons les inspecter- »
Le bruit du hurlement de Fili fit crier Kili qui se débattit dans les bras de Legolas pour retourner vers son frère. Comme un seul homme la compagnie fit volte-face et fixa, et avec la lumière de Gandalf, Bilbon vit la chose qu'il avait redoutée.
Arachne.
Elle n'avait pas beaucoup changé, avec les années. Toujours la plus grosse araignée qu'il ait jamais vue. Elle surplombait Fili dont les jambes étaient liées dans des toiles de soie. Quand elle bougea, ses jambes claquèrent lourdement contre la pierre, démontrant à quel point elle était large. Ses pinces étaient assez grosses pour arracher la tête d'un homme en un coup, et quand elle se pencha sur Fili, Bilbon sut qu'elle avait l'intention de faire exactement ça.
« Partez, partez ! Cria Bilbon aux autres. »
Il poussa Éomund et Esmeralda vers les portails. Fili gesticula avec son épée et fit reculer l'araignée massive, sifflant et pépiant. Elle allait le tuer, le manger, et Bilbon réprima ses propres peurs et terreurs et fonça vers l'avant. Il saisit Dard quand Esmeralda la remit entre ses mains. Avec un grand geste il fonça sur elle par le flanc, la faisant sursauter. Elle lui hurla dessus, et quand tous ses yeux se posèrent sur lui, Bilbon ne put empêcher ses jambes de trembler.
« Tu te souviens de moi ? Demanda-t-il, la voix tremblante. »
Il brandit Dard et regarda l'épée s'agiter comme une herbe dans le vent. Elle pencha la tête, l'évaluant du regard. Il le voyait dans ses yeux tandis qu'elle avançait son corps vers lui : elle se souvenait de lui. Fili s'éloignait rapidement, avec l'aide de Tauriel et Dernwyn. Bilbon éleva la voix pour garder l'attention d'Arachne.
« C'est ça, la petite mouche qui s'est sauvée. Tu as mangé l'autre qui était avec moi, et je te remercierais pour ça, étant donné qu'il essayait de me tuer, si tu n'avais pas essayé de me manger aussi. »
Elle bougea, s'avança si brusquement que Bilbon trébucha en arrière, atterrissant sur le dos. Il la frappa maladroitement et sentit son épée se connecter à l'une de ses pinces. Elle poussa un cri qui traversa ses tympans, et il voulait courir, voulait se cacher, voulait être n'importe où sauf ici, de nouveau face à elle. Elle était terrible et réelle, non plus dans ses souvenirs mais juste devant lui, et elle allait le tuer. Il ne pouvait qu'espérer que les autres avaient emmené Fili en sécurité. Elle avança vite, l'épinglant pratiquement sous elle, le bas de son corps positionnant le dard vers lui dans un éclair de rapidité.
Un grand rugissement retentit moins d'une demi-seconde plus tard, et le bruit d'une épée traversant les airs fut le seul avertissement qu'il reçut avant que son dard ne tombe au sol. Elle poussa un hurlement et trébucha de douleur, puis Thorin fut juste devant lui, Orcrist dans sa bonne main. Le bouclier de Bilbon, son protecteur, dressé entre lui et l'un de ses pires cauchemars. Elle frappa vers lui et Thorin ne fit pas un bruit tandis qu'il s'en prenait à ses pinces. Ses jambes bougèrent pour le faire tomber, mais Thorin se contenta de lever sa lame pour les arracher, si elles s'approchaient trop.
Des mains tirèrent sur lui, et Bilbon leva les yeux tandis qu'Esmeralda et Bofur le tiraient vers la sécurité. Dwalin entrait dans le combat avec un rugissement à son tour, Ori juste derrière lui avec le marteau de guerre. Tauriel envoyait des flèches vers la bête, mais aucun d'eux n'aurait dû se déranger.
Avec un grand cri Thorin se glissa sous sa tête et poussa Orcrist vers le haut. Elle vacilla, du pus vert noir se déversant de la blessure. Il poussa l'épée plus haut et ses jambes s'effondrèrent. Dwalin et Ori tirèrent Thorin vers eux tandis qu'elle commençait à trembler, poussant un grand hurlement plaintif. Elle trébucha contre un pilier, le faisant se craqueler, et Bilbon suivit la ligne tordue jusqu'au plafond. Un large morceau de rocher commença à tomber silencieusement.
« Thorin ! Cria Bilbon. »
Alors même qu'elle commençait à stabiliser ses jambes, alors même que Thorin reculait avec Dwalin et Ori, le morceau de plafond tomba sur elle. Arachne tomba au sol, ses jambes écartées de chaque côté. L'une d'entre elles tressauta plusieurs fois de façon grotesque, puis s'immobilisa. Arachne était morte.
Pendant un long moment, Bilbon ne put que la fixer. Ses yeux larges étaient tous vides, le fixant sans le voir, et il ne put retenir un frisson. Elle avait hanté ses rêves plus d'une fois, le sort de Mablang devenant le sien à la place, et pourtant elle était là, enfin morte. Elle ne se glisserait plus dans ses rêves.
Il pourrait rêver d'autres choses à la place, comme Thorin, Fili, et Kili en train de mourir au pied d'Erebor. Une main large le saisit par l'épaule et le tira en arrière, le faisant trébucher. À peine avait-il reculé, cependant, qu'il fut stabilisé, et Aragorn continua de le faire bouger.
« Nous devons y aller, dit-il avec urgence. Laissez-la en arrière pour toujours, Bilbon. »
Il avait l'intention de faire exactement ça.
« Est-ce qu'ils ont trouvé la sortie ? Demanda-t-il. »
Aragorn hocha la tête. Déjà il pouvait voir les autres suivre derrière Gandalf.
« Alors allons-y, murmura Bilbon. »
Et il courut avec Aragorn pour les rattraper.
(-)
C'était presque plus que Dwalin ne pouvait supporter. Des nains qui se tournaient contre eux, des orques répandant leur vermine dans les mines autrefois grandes de la Moria, et des araignées géantes grandes comme des arbres. S'il arrivait à dormir durant les prochaines nuits, il se considérerait chanceux.
Mahal, s'ils sortaient de la Moria vivants, il se considérerait béni. Même s'il laissait une partie de son cœur et de sa famille en arrière. Il agrippa Thorin d'une main, Ori de l'autre, et avança dans les ténèbres. La lumière de Gandalf brillait devant eux, les guidant à travers les passages, et enfin, enfin, ils émergèrent dans un large hall. Ça, il le connaissait. C'était familier : l'artisanat nain était aussi familier que respirer. Balin lui avait montré de grands dessins tandis qu'il racontait à Dwalin l'histoire de leur peuple, et il se souvenait d'avoir vu ce grand hall dans ces histoires. Les arches, les piliers, c'était impossible à confondre. C'était le Hall de la Porte Est. Le pont n'était pas beaucoup plus loin.
Les orques continuaient d'envoyer des flèches après eux, et le souvenir d'une flèche perçant le cœur de Balin le fit trébucher. Ce fut Ori qui le maintint debout cette fois, et Thorin le soutint. Il voulait simplement une chance de faire son deuil, et il ne pouvait pas le faire, pas ici dans ce trou maudit par Mahal. Tauriel continuait d'envoyer des flèches après eux, empruntant maintenant au carquois de Legolas puisque le sien était vide. Les flèches de Kili seraient malaisées pour elle, étant donné la longueur de bras, mais si on en arrivait là, elle se débrouillerait. Nori essayait de lancer ses couteaux de son mieux, et Aragorn tranchait les flèches quand il en avait l'occasion, Bilbon heureusement devant lui.
Mais malgré tous les orques et divers nains et hommes, ils étaient simplement trop près maintenant pour être arrêtés. Dwalin sentit une petite étincelle d'espoir le traverser pour la première fois depuis qu'ils étaient entrés dans la Moria. Ils allaient honnêtement y arriver.
« Gauche, ordonna Gandalf. »
Et Dwalin le voyait maintenant, le long chemin au bout du hall qui les mènerait jusqu'au pont. Il poussa Thorin et Ori en avant, Gimli, Bofur et Esmeralda devant eux. Fili se tenait à l'avant, ses jambes encore couvertes de toiles ici et là, et avec Dernwyn et Éomund à ses côtés, ils aidaient Gandalf à montrer la route.
Ils étaient tous là. Et Dwalin jura qu'il pouvait même voir le portail qu'ils devraient passer pour atteindre le pont. Il ne pouvait qu'espérer que le pont tenait toujours.
Un bruit de tremblement sourd fit tout s'arrêter soudainement, et le grognement profond qui l'accompagna causèrent aux voleurs et aux orques de s'empresser de s'enfuir.
« C'est ça, courez ! Rugit Gimli. »
Il leva sa hache avec triomphe, mais sa joie retomba quand une lueur vive commença à émerger du bout du hall derrière eux. Avec elle vint le bruit de tremblement qui secouait jusqu'aux os de Dwalin. Quoi que ce soit, c'était large, inamical, et ça venait certainement vers eux.
« Qu'est-ce que c'est que ça ? Demanda Éomund, les yeux écarquillés. »
Gandalf baissa la tête, et Dwalin sentit son cœur se serrer.
« Non, murmura-t-il. »
C'était impossible.
« C'est une bête maléfique venue des profondeurs, dit Gandalf. »
Ses yeux étaient fixés sur la lueur qui se rapprochait lentement.
« Une de grande force et de grand pouvoir, faite d'ombre et de flamme.
- Le Fléau de Durin, murmura Thorin avec horreur. »
Bilbon vint se placer à côté de son mari, le regardant avec inquiétude. Bilbon ne savait pas, réalisa Dwalin. Aucun des autres ne savait probablement, en-dehors peut-être d'une histoire racontée le soir dans leur jeunesse. C'est dans les histoires que Dwalin en avait d'abord entendu parler, mais ç'avait toujours été une histoire, un conte.
Mais c'était là, et c'était réel, et pire encore, ça se rapprochait.
Gandalf hocha la tête.
« Un Balrog, dit-il. »
Tauriel et Legolas poussèrent tous deux une exclamation dans leur propre langue.
« Cet adversaire est plus fort que vous.
- Mais pas plus fort que vous, n'est-ce pas Gandalf ? Demanda Esmeralda avec inquiétude. »
Ses yeux allaient et venaient entre la lueur et le magicien. Quand il ne répondit pas, son visage s'effondra.
« Gandalf ? »
Le magicien prit une grande inspiration.
« Courez ! Cria-t-il. »
Et Dwalin fit exactement ça. La gauche n'était plus une option – les plaçant directement sur le chemin du Fléau de Durin – ils continuèrent donc tout droit à travers la grande arche et descendirent un autre escalier. Thorin faiblissait, et fortement, et Dwalin pouvait sentir son cousin s'appuyer davantage sur lui à chaque pas. Qui savait dans quel état se trouvait la cheville de Bilbon, mais Dwalin devait faire confiance à Aragorn pour le protéger, même si ça le peinait d'y pensait. Il était presque aussi désespéré dans son besoin de voir Bilbon sain et sauf. C'était son hobbit, son ami, là-bas, le premier qui s'était tenu à ses côtés après avoir mis Balin au repos et avait offert des paroles de réconfort et de chagrin. Le premier qui l'avait acculé après l'éboulement des années plus tôt et lui avait dit que ce n'était pas sa faute, le premier qu'il avait vu dans les ténèbres du donjon de Thranduil, et le premier qui lui avait offert un endroit où se reposer et de la nourriture à manger après un long voyage fatigant vers la Comté.
Que Mahal aide quiconque le toucherait. Il était de sa famille.
Les orques et autres voleurs étaient partis depuis longtemps, mais le grondement constant du Fléau de Durin s'était changé en rugissement soudain, secouant jusqu'au sol sous leurs pieds.
« Allez, allez ! Cria Legolas. »
Il y avait de la terreur sur son visage, Kili enveloppé dans ses bras à tel point que Dwalin pouvait à peine voir le petit gars. L'elfe réussit quand même à sauter avec aisance par-dessus un morceau d'escalier manquant, et ils suivirent. Un autre escalier à descendre, un autre petit hall à traverser, et Dwalin pouvait sentir la chaleur qui se rapprochait d'eux. C'était plus gros et plus rapide qu'ils ne l'étaient, et ils seraient rattrapés en un rien de temps.
Alors que la caverne arrivait en vue, Thorin trébucha. Bilbon cria le nom de son mari, mais Aragorn était là, attrapant Thorin de l'autre côté.
« Le bord, surveillez le bord, appela l'homme derrière lui. »
Même Nori manqua de trébucher. Entre Dwalin et Aragorn, Thorin fut presque porté vers la caverne. Fili menait la charge maintenant, mais s'arrêta brusquement. Quoi ?
« Vas-y ! lui cria Dwalin. Fili, vas-y !
- ça ne peut pas être le pont, dit Fili avec incrédulité. »
Dwalin s'arrêta au bord et ne put que le fixer.
« N'est-ce pas ? »
C'était une chose étroite et sur le point de s'écrouler, si fin au milieu qu'un pas pourrait être trop large. Non, ce n'était pas le pont. C'était l'un des plus petits ponts. Dwalin regarda autour d'eux et trouva, plus bas sur la gauche, le grand pont lui-même. Le Pont de Khazad-dûm. Pendant un moment, il s'autorisa à regarder.
La respiration qu'il prit ensuite, il l'utilisa pour pousser légèrement Fili vers l'avant.
« Nous n'avons plus de temps, gronda-t-il. Vas-y. Prudemment. »
Fili le fit. Le pont tint.
« Aussi vite que tu peux, ordonna Dwalin. »
Esmeralda traversa ensuite, Tauriel juste derrière elle. Bofur les fixa anxieusement toutes les deux jusqu'à ce qu'il traverse en courant, ses pieds glissant presque au milieu et valant à tout le monde de retenir leur souffle. Legolas passa ensuite, Kili fermant les yeux et s'agrippant à son mari. Les autres traversèrent dans une course vertigineuse, puis il ne resta qu'Aragorn, Thorin, et Dwalin.
« Je peux rester debout, dit Thorin d'une voix rauque. »
Le sol trembla, manquant de tous les mettre à genoux. La chaleur ne faisait qu'empirer.
« Est-ce que tu peux rester debout et marcher, c'est la question, dit Dwalin. »
Thorin hocha la tête, ses lèvres serrées et sans couleur, mais il commença à traverser quand même. Dwalin le regarda avancer, le cœur battant dans sa poitrine, mais enfin Thorin fut de l'autre côté et tomba dans les bras de Fili. Un de moins. Dwalin déglutit péniblement et poussa Aragorn. En secouant la tête, Aragorn traversa, puis Dwalin se précipita derrière lui, la pièce entière commençant à trembler. La sortie, où était la sortie ? Où étaient les portes ?
Le mur de l'autre côté du fossé commença à céder, et le plafond commença à faire tomber des morceaux de rocher dans l'espace sans fond sous le pont. Mahal merci, ils n'étaient plus là-bas.
« Allez ! Cria Dwalin. »
Mais Esmeralda commença à repartir en arrière. Dwalin l'attrapa, mais à peine.
« Qu'est-ce que vous faites ?
- Bilbon ! Cria-t-elle. »
Le cœur de Dwalin s'arrêta.
Tout sembla arriver en même temps. Bilbon, qui n'avait pas traversé – pourquoi n'était-il pas de l'autre côté avec eux ? – volait pratiquement sur le pont. Le rocher du plafond tomba et se fracassa à travers le pont, et Bilbon se retrouva à reculer en trébuchant loin du vide. Mais il était du mauvais côté du pont, et il leur avait à peine jeté un regard quand le mur du portail céda, puis il n'y eut que le Balrog.
Il était massif et terrifiant, et Dwalin n'avait jamais tremblé comme maintenant. Ses ailes étaient larges, encore plus larges que celles des Aigles, et elles étaient pleines de flammes. Ses griffes étaient massives, et quand il avança, la caverne entière trembla. Des yeux de feu et de mort les suivirent tous avant de se concentrer sur Bilbon, et quand il rugit, des flammes sortirent de sa bouche. De larges cornes épaisses sortaient de sa tête, et il ne ressemblait à aucune autre bête que Dwalin ait jamais vue auparavant. Et quand il tira sa large épée de feu, Dwalin sut qu'il ne voulait jamais en revoir une autre pareille.
Leur avidité avait fait ça. Ils avaient creusé trop profondément et déterré cette terrible chose, et des siècles plus tard, ils en payaient le prix. Bilbon allait en payer le prix.
Il n'y avait nulle part pour Bilbon où aller, où courir. Le Balrog l'avait fermement coincé sur le bord de l'abysse, et même essayer de courir vers le Pont le ferait massacrer. Il était piégé. Et il allait mourir.
Dwalin lâcha seulement Esmeralda pour saisir Thorin, qui se jeta presque sur le bord du pont.
« Bilbon ! Cria Thorin. »
Il se débattit contre Dwalin de toutes ses forces. Pour quelqu'un qui était tellement blessé, Dwalin n'aurait pas dû devoir lutter si fort pour le retenir. Il n'agirait pas différemment, cependant, si c'était Ori de l'autre côté, affrontant une mort certaine.
Bilbon resta complètement immobile, fixant directement le Balrog. Il avançait plus près maintenant, le chassant, et il émit un bruit de colère qui donna envie à Dwalin de plaquer ses mains sur ses oreilles. Thorin ne luttait plus contre lui mais s'agrippait à Dwalin, et il ne put qu'observer tandis que les yeux de son roi s'emplissaient de larmes.
« Bilbon, non, dit-il d'une voix étranglée. »
Dwalin ferma les yeux.
Le pire cauchemar de Thorin, perdre Bilbon, et ils allaient tous le voir arriver.
Il leva les yeux vers son petit ami, incapable de s'en empêcher, et trouva la main de Bilbon dans son dos serrée dans un poing. Lentement il l'ouvrit sur une paume en forme de coupe, et Dwalin se détesta davantage quand il réalisa ce que c'était. Un geste, que Thorin avait appris quand l'éboulement l'avait rendu temporairement sourd. Et il sut à quelle minute Thorin le reconnut pour ce que c'était quand son ami se jeta de nouveau en avant avec un cri torturé, ses mains se tendant avec impuissance vers son mari.
Je t'aime.
Puis il n'y eut rien à faire sinon regarder le Balrog abaisser son bras en un arc vers Bilbon.
Il y eut une lumière vive, si vive que Dwalin dut se détourner. Quand il regarda en arrière, le Balrog rugissait et reculait, Bilbon était toujours debout, et en face de lui, le bâton levé haut, se trouvait Gandalf. Le pouvoir du magicien sembla presque créer un vent, faisant voler ses robes et ses cheveux, et pendant un moment, Dwalin eut peur de Gandalf. Ce que la plupart d'entre eux avait tendance à oublier était qu'ils appelaient un magicien blanc leur ami, quelqu'un avec qui ils plaisantaient et à qui ils parlaient avec aisance et sans souci.
C'était un magicien blanc. Et actuellement, il retenait le Fléau de Durin avec seulement lui-même et son bâton.
Plus jamais Dwalin ne dirait le moindre mal de lui. Jamais. Surtout s'il pouvait l'entendre.
Bilbon, pour sa part, semblait figé sur place.
« Partez ! Ordonna Gandalf d'une voix profonde et forte. »
Quand le Balrog rugit et chargea, Gandalf se contenta de le pousser de côté.
« Maintenant ! »
Bilbon partit en courant vers le Pont.
« Vers le Pont ! Cria Aragorn. »
Comme s'ils avaient besoin d'encouragement. Thorin et Esmeralda étaient déjà à mi-chemin du Pont, et purent à peine être retenus tandis que Bilbon traversait la pierre. Ses yeux étaient rouges et son visage plein de peur, et quand il se jeta dans les bras de Thorin, il trembla et trembla. Mais il était en un seul morceau, il était vivant, et Dwalin pouvait à peine y croire. Thorin ne cessait de murmurer le nom de son mari encore et encore dans les boucles de Bilbon, s'agrippant à lui jusqu'à ce que ses phalanges blanchissent. Esmeralda s'agrippait à Bofur, ses propres yeux brillant de larmes.
« Vous ne passerez pas ! »
Toutes les têtes se tournèrent vers là où se tenait Gandalf. Le Balrog essayait de dépasser Gandalf maintenant, pour rejoindre là où ils se tenaient, vers le Pont.
« La sortie, où est la sortie ? Demanda Ori, regardant follement autour de lui. »
Le Balrog essaya à nouveau, et Gandalf tendit simplement son bâton. Un souffle de pouvoir poussa le Balrog en arrière si rapidement que certaines de ses flammes furent éteintes. Puis elles revinrent, et il gronda, une sourde promesse de douleur. Il tira de son côté un long fouet acéré, et le fit claquer une fois, le bruit résonnant à travers la caverne.
Gandalf se contenta de tirer son épée et resta sur place.
« Gandalf, s'étrangla Bilbon. »
Mais Thorin le serra contre lui. Non que Bilbon semble vouloir retourner vers le Balrog.
« Je suis un serviteur du Feu Secret, détenteur de la flamme d'Anor, dit Gandalf, et sa voix sembla exploser à travers la caverne. Le feu sombre ne vous servira à rien, flamme d'Udûn. Repartez dans l'Ombre ! Vous ne passerez pas. »
Le Balrog rugit et fit claquer son fouet, faisant reculer plus que quelques-uns d'entre eux par pur instinct. Mais Gandalf se contenta de l'attraper avec sa lame et l'éloigna de lui. Il s'écrasa dans une partie du mur et la fit tomber.
« Que Mahal nous aide, murmura Nori. »
Même si Dwalin ne voulait pas le dire, ce devait être fait.
« Nous devons partir, maintenant. »
Il jeta un regard à Nori et vit le nain hocher sombrement la tête.
« Trouver la sortie.
- Nous ne pouvons pas laisser Gandalf, dit Aragorn, et il tira son épée. Gandalf ! Je suis avec vous !
- Et moi avec vous ! Cria Fili. »
Ils commencèrent à courir, traversant le pont dans l'autre sens.
Un cri se fit entendre, et quand Dwalin se retourna, Tauriel était en train de tomber.
« Tauriel ! Cria Esmeralda. »
Puis ils furent tous assiégés par des flèches venant d'orques au-dessus. Aragorn et Fili reculèrent et commencèrent à frapper les flèches qui tombaient. Aragorn en trancha deux dans le ciel et saisit l'arc de Legolas pour s'en servir.
Ça ne servirait pas tellement à Tauriel. Dwalin se rua à ses côtés, craignant de devoir porter deux morts par les flèches à travers les mines avant que ce cauchemar ne soit fini. Est-ce que Balin ne suffisait pas ? Est-ce que manquer de perdre Bilbon et Kili ne suffisait pas ? Est-ce que la blessure de Thorin ne suffisait pas ?
Quand il l'atteignit, elle haletait de douleur, mais la flèche était plus haute que son cœur. Dwalin la fixa avec un émerveillement stupéfait. C'était une blessure qui pourrait tuer, faute de soin, mais elle vivrait. Elle vivrait.
« Nous devons la faire sortir, ordonna Gimli, l'air bien plus vieux que son âge. »
Il se dressa, grand et fort, un chef quand tous ceux autour de lui avaient besoin d'aide.
« Kili aussi. La porte ne peut pas être loin d'ici le Pont était près de la Porte Est. »
Fili abattit une autre flèche tandis que le Balrog rugissait une fois de plus.
« Nous ne pouvons pas laisser Gandalf, protesta Dernwyn. »
Mais une autre lumière vive attira leur attention. Gandalf semblait encore plus grand qu'avant, brillant aussi fort qu'au sommet de l'Isengard dix ans plus tôt, et quand il parla, sa voix gronda comme une avalanche.
« Vous ne passerez pas ! »
Puis il frappa le Balrog de son bâton. Le Balrog fuit la lumière, étourdi par elle,et trébucha sur le bord. Avec un rugissement de désespoir il lutta pour rester sur un terrain sûr, mais c'était trop tard. Fouet et épée furent brandis sans résultat, et la puissante bête commença à tomber. Dwalin le fixa, suivant ses flammes tandis qu'il descendait dans les profondeurs. Il était parti. Le Fléau de Durin ne hanterait plus la Moria.
Soudain une flamme monta des ténèbres, venant attraper Gandalf par la jambe. Le fouet. Le magicien trébucha et lutta pour garder son équilibre, mais il tomba et s'agrippa au bord du pont brisé. Le Balrog continua de tomber, son fouet ne s'accrochant plus à Gandalf, mais le mal était fait.
Bilbon bondit en avant, et Thorin et Aragorn luttèrent pour le retenir.
« Gandalf ! Hurla Bilbon, le visage plein de terreur. Gandalf ! »
Soudain des orques couraient vers eux, luttant pour traverser le pont, tandis qu'hommes et nains au-dessus continuaient de tirer sur eux.
« Fuyez, pauvres fous ! Cria Gandalf. »
Ils n'eurent d'autre choix que de courir. Bilbon continuait d'appeler Gandalf en criant, mais Thorin garda une prise ferme sur lui et le traîna à leur suite.
Ce fut par pure chance qu'Éomund vit la lumière et les dirigea vers une rampe de pierre et de terre. Les portes étaient brisées, mais elles menaient à un étage plat et pierreux, et ils furent enfin dehors. Libres de la Moria et de ses maléfices.
Mais pas libres des souvenirs, de la mort et de la tragédie qu'elle leur avait amenée.
Dwalin regarda lentement leur petite compagnie, ses oreilles bourdonnant et ne saisissant aucun son. Legolas semblait dévasté, et dans ses bras, Kili pleurait doucement dans la tunique de son mari. Nori avait Ori, et entre eux ils soutenaient Tauriel, dont le visage était pâle comme un parchemin. Fili avait Dernwyn et Éomund dans ses bras, et ils se dirigeaient vers Legolas, et aucun d'entre eux n'avait le visage sec. Bofur avait Esmeralda dans ses bras, la protégeant des mines derrière eux. Aragorn était debout et regardait dans la distance, vers rien en particulier, son visage empli de chagrin. Gimli incendiait du regard l'endroit d'où ils venaient, faisant tourner la hache dans ses mains. Il la glissa enfin dans son dos et alla rejoindre Tauriel.
Thorin tenait Bilbon et l'éloignait gentiment de l'entrée. Bilbon disait quelque chose, puis il essaya d'y retourner une fois de plus, mais Thorin le ramena vers lui, s'accrochant à lui comme s'il allait disparaître. Bilbon s'écroula enfin contre son mari et pleura, et Thorin ne put que fermer les yeux, ses propres larmes coulant sur ses joues. Ce fut seulement quand Dwalin sentit un goût de sel qu'il réalisa que lui aussi pleurait, des larmes coulant silencieusement sur son visage.
Balin et Gandalf, tous deux perdus à la Moria. La lumière du jour était tout ce qui empêchait les orques de les poursuivre, et la nature brillante et joyeuse du soleil rendit Dwalin malade. Il ne méritait pas de briller de cette façon.
Quelque chose émergea des portes, et Dwalin leva ses haches avec un grondement. Thorin poussa Bilbon derrière lui, et Aragorn et Gimli se précipitèrent tous deux en avant avec leurs armes. Puis tous s'arrêtèrent net.
Parce que c'était Gandalf devant eux. Il était loin d'être aussi propre qu'il l'était plus tôt, et ses robes n'étaient plus parfaitement blanches, mais il était vivant, et Bilbon dépassa Thorin pour bondir vers son ami. Gandalf s'agenouilla pour prendre le hobbit dans ses bras, et il sourit quand ils se séparèrent. Esmeralda se précipita, et Gandalf lui offrit aussi son étreinte.
« Nous vous avons vu tomber, murmura Aragorn avec émerveillement. Comment êtes-vous là ?
- Je ne suis pas tombé, dit Gandalf. Presque. Mais je ne suis pas tombé.
- C'est souvent, que vous tombez presque, dit Dwalin. »
Mais il ne ressentait que du soulagement. La perte de Balin à elle seule avait été assez dure à accepter, mais Gandalf l'aurait rendue bien pire. Pourtant il était vivant.
« Bien plus que je nepréférerais, acquiesça Gandalf. »
Ses yeux parcoururent le groupe, et il arrêta enfin son regard sur Aragorn.
« Je crois que nous avons assez de blessés pour devoir chercher une aide immédiate, dit-il. »
Aragorn hocha la tête.
« La Lothlorien n'est pas loin. Dès la tombée de la nuit les collines grouillent d'orques.
- Alors allons dans la Lorien, dit Thorin. »
Aragorn hocha rapidement la tête à nouveau, puis ils avancèrent, laissant la Moria loin derrière eux.
Et si Dwalin refusa de regarder en arrière, refusa de penser à quoi que ce soit d'autre que son mari devant lui et son cousin qui s'appuyait sur Bilbon pour marcher, alors c'était son affaire et la sienne seulement. Même si tout ce qu'il pouvait entendre était son frère lui parlant une dernière fois.
Prends soin de toi, petit frère. Puisse les années avant notre prochaine rencontre être longues.
Il inspira, ravala les larmes qu'il rêvait de verser, et fit avancer leur compagnie.
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Wow ! Presque 20 pages, et il est actuellement 4h19 quand j'écris ces lignes...
Franchement vous avez vraiment cru que Gandalf allait se faire avoir par le Balrog ? C'est un magicien blanc, cette fois, c'est plus un gris ! Il a monté de niveau !
Et quelqu'un voulait les dernières paroles de Balin... Voilà son souhait exaucé !
