Bonjour!

Désolée pour cette longue attente, je suis confuse une fois de plus. Je ne vois pas le temps passer...Deux nouveaux chapitres aujourd'hui!


La vérité n'est pas toujours celle que l'on croit

Nous marchions depuis seulement une heure lorsque je fis signe à Iori de me rejoindre. Il ouvrit de grands yeux ravis et me rattrapa en deux grandes foulées. Sa sœur me lança un regard interrogateur mais, consciente que sa présence n'était pas indispensable, elle demeura en retrait.

- On commence l'entraînement ?, demanda Iori sur un ton emprunt d'enthousiasme.

- Non, dis-je sans détour. Tu dois connaître un certain nombre de choses avant cela.

Il me contempla sans mot dire, son visage dépeignant assez fidèlement son degré de fascination. Je le laissai dans l'attente un instant, jaugeant sa patience. Cette qualité allait lui être nécessaire durant l'heure suivante. Il ne me pressa pas, se contentant d'adapter son pas au mien. Au bout de quelques minutes, je poursuivis :

- Certaines notions sont indispensables à la formation d'un ninja, expliquai-je. Sans elles, tu ne pourras jamais progresser.

Intérieurement, je songeai que ce n'était pas strictement vrai. Naruto était un parfait contre exemple. Malgré ses résultats déplorables à l'académie, il n'en était pas moins devenu un excellent ninja. Mais je ne tenais pas à faire de son cas une généralité. Iori m'observait en silence, une expression de ravissement teintée d'appréhension sur le visage.

- D'abord, commençai-je, tu dois te familiariser avec ton chakra. Pour cela, tu dois savoir ce que c'est.

Je lui lançai un regard interrogateur. Il baissa humblement la tête et marmonna :

- Mon père m'a dit qu'il s'agissait de deux énergies mais, comme c'était trop compliqué, je ne me souviens plus très bien...

- Regarde, dis-je.

Il tourna son regard avide dans ma direction et écarquilla ses grands yeux verts. Au creux de ma paume, une lueur bleutée était apparue. Peu à peu, elles se divisa en dizaines de filaments qui s'enroulèrent lentement autour de ma main, tissant une fin réseau de fibres miroitantes. Le jeune garçon approcha sa main et fit glisser ses doigts au dessus de ma paume. Il tressaillit au contact des filaments bleus et retira vivement son bras.

- Qu'est ce que c'est ?, s'étonna-t-il.

- Du chakra, répondis-je. Ou, du moins, une façon de le matérialiser.

- Mais comment c'est possible ?, demanda mon élève. Enfin, je veux dire que moi, je ne ressens pas un telle énergie en moi... Peut être que je n'ai pas de chakra. Je ne pourrais jamais être un ninja alors ?

- Tout le monde a du chakra, répliquai-je. Cependant, certains en ont davantage que d'autres.

- Je suis sûr que ton maître en a des tonnes..., rêva-t-il.

- C'est le cas, confirmai-je d'un air irrité. Mais tu dois te concentrer sur toi.

Il rentra la tête dans les épaules, honteux. Je l'avais prévenu qu'il devrait faire preuve de concentration et il ne voulait pas me laisser croire qu'il n'était qu'un enfant indiscipliné.

- Désolé, s'excusa-t-il avant de contempler ses paumes. Alors moi aussi j'ai du chakra ? Comment je dois faire pour le voir sortir de mes mains ?

- Il te faudra un long entraînement avant d'y arriver, dis-je. Mais, pour ça, tu dois comprendre ce qu'est le chakra et te familiariser avec. Dans mon village, la plupart des enfants entrent à l'académie avec une vague idée de ce qu'est le chakra et certains savent même utiliser des techniques rudimentaires. Mais, pour toi qui n'a eu aucune éducation ninja, il va falloir combler ce manque avant de commencer le véritable enseignement.

Les épaules de Iori s'affaissèrent à la perspective des efforts qu'il allait devoir fournir. Mais il ne se laissa pas démonter. Désireux de me prouver sa détermination, il se redressa et fanfaronna :

- Peuh, j'aurais rattrapé ce retard plus tôt que tu ne le penses !

Je haussai les sourcils et un pâle sourire étira mes lèvres. Encore une fois, sa personnalité collait parfaitement à celle de Naruto.

- Le chakra est un mélange de deux énergies, expliquai-je. L'une d'elle est innée et liée aux cellules de ton organisme. En dehors de quelques exceptions, il n'est pas possible d'en améliorer le potentiel. En revanche, la deuxième énergie dépend de ta condition physique et de l'entraînement, elle s'améliore au fil du temps. La combinaison précise de ces deux flux d'énergie te permettra d'obtenir du chakra.

Iori m'observait avec des yeux ronds, les bras ballants. Une expression d'incompréhension s'était peinte sur son visage mais il ne semblait pas trouver le courage de me demander davantage de précisions. Je poussai un léger soupir. S'il était, au même titre que Naruto, davantage axé sur l'action que sur la réflexion, cela promettait du travail... Je réitérai mon explication en la simplifiant puis lui indiquait de quelle façon ressentir le flux de chakra qui parcourait son corps. Il adopta immédiatement une expression d'extrême concentration et ne remarqua même pas que je m'éloignais de lui pour l'observer.

J'entendis Keiko accélérer le pas derrière moi et, une seconde plus tard, elle se retrouva à marcher au même rythme que moi. Elle attendit quelques instants avant de rompre le silence :

- Je n'aurais pas pensé que tu accepterais de l'entraîner, dit-elle.

- Moi non plus, avouai-je. Mais il me rappelle quelqu'un.

- Qui ça ?, demanda-t-elle, visiblement ravie à l'idée d'en savoir plus sur mon passé.

Je mis un certain temps avant de répondre, observant le visage crispé par l'effort du jeune garçon. Au fond de moi, je me surpris à espérer le voir franchir cette étape au plus vite. Une partie de moi désirait réellement voir de quoi il était capable. Depuis notre première rencontre, je sentais quelque chose de particulier émaner de lui.

- L'un des membres de mon équipe, répondis-je finalement. Un garçon du nom de Naruto avec qui j'ai été formé.

- Ton maître a mentionné ce prénom plusieurs fois tout à l'heure, se souvint-elle. Il a l'air d'être quelqu'un d'important pour toi.

Au ton de sa voix, je devinais qu'elle ne s'attendait pas à ce que je confirme son opinion. Elle était parfaitement sûre d'elle.

- Et mon frère te fait penser à lui ?, s'étonna-t-elle. Quel genre d'élève était-ce ?

Je souris faiblement au souvenir de nos années d'académie, puis au temps trop court que nous avions passé ensemble au sein de l'équipe 7.

- Ce n'était pas du tout le genre d'élève dont rêverait un enseignant, dis-je. Il était turbulent, irrespectueux des règles, vantard et ses résultats scolaires le plaçait souvent en bas de la liste.

La jeune fille me regarda fixement, choquée.

- Mon frère n'est pas comme ça !, le défendit-elle.

- Non, concédai-je. Ce sont d'autres traits de caractères qui le rapprochent de lui. Une certaine arrogance, un désir d'aller jusqu'au bout, une volonté de devenir fort et de prouver sa valeur. Et puis, il a vécu beaucoup de choses malgré son jeune âge.

- Quel genre de ninja est devenu ton ami ?, s'enquit-elle, sceptique. D'après ce que tu as dit, il était plutôt nul...

- Il est probablement le ninja le plus puissant de mon village, répondis-je.

Elle me contempla quelques secondes, bouche bée, puis se tourna vers son frère, ses traits exprimant clairement son incrédulité.

- Et Iori..., hésita-t-elle.

- Je ne garantis pas qu'il fera un aussi bon shinobi, précisai-je.

- Oui, mais quand même..., souffla-t-elle. Je n'aurais jamais pensé qu'il puisse un jour devenir... Tu sais, mon père nous a souvent raconté des histoires sur les ninjas mais, jusqu'à ce que tu fasses ton apparition, nous n'en avions jamais vu un seul. Les hommes de Yaken étaient des brutes, mais ils n'étaient que des combattants normaux. Enfin, je ne veux pas dire que vous n'êtes pas normaux, mais...

- C'est bon, j'ai compris, dis-je en levant la main pour la faire taire.

- Désolée, fit-elle en grimaçant.

Le silence s'installa de nouveau. Les propos de Keiko m'avait rappelé qu'elle et son frère avaient également perdu leurs parents, comme cela avait été le cas pour moi des années plus tôt. Eux aussi avaient été froidement assassinés mais je me souvins que Keiko avait été la seule à vouloir retenir ma main lorsque celle-ci avait failli frapper à mort le responsable de ses malheurs. Elle avait si facilement renoncé à la vengeance... Je savais que je ne pouvais pas comparer la disparition de l'intégralité de mon clan à la perte de ses deux seuls parents. Mais j'étais néanmoins impressionné du stoïcisme avec lequel elle avait géré la situation. Même son frère n'avait pas montré le moindre signe de désir vengeur envers Yaken. Pourtant, celui ci n'était pas beaucoup plus jeune que je ne l'étais à l'époque de l'attaque de mon clan. La différence entre eux et moi était infime, mais d'une importance non négligeable : ils avaient pu compter l'un sur l'autre. Je devinais que le trouble que ressentait Keiko à l'idée que son frère puisse devenir ninja n'avait rien à voir avec une quelconque admiration. Non, au fond d'elle, elle craignait que son frère devienne trop différent d'elle, inaccessible. Elle avait peur de le perdre car il était la seule famille qu'il lui restait.

- Ne t'inquiète pas, la rassurai-je. Il restera toujours ton frère.

Elle leva les yeux vers moi, son regard reflétant son étonnement.

- Comment as-tu..., commença-t-elle.

- Peu importe, la coupai-je.

- Comment peux-tu l'affirmer ?, dit-elle d'un ton irrité. Il est certain qu'il va changer. Toi, tu as changé, d'après ce que j'ai compris. Tu as abandonné ton village.

Sa voix ne trahissait aucun reproche, elle se contentait d'affirmer ce qu'elle savait vrai.

- Pour moi, c'était différent, dis-je.

- En quoi était-ce différent ?, demanda-t-elle. Quelles sortes de raisons peuvent pousser quelqu'un à quitter son foyer ?

Sa question semblait cacher une profonde amertume que je n'arrivais pas à expliquer. C'était comme si elle ne m'était pas destinée. Les yeux de la jeune fille était baissés, troublés par les souvenirs. Je ne répondis rien. Mais son expression ne tarda pas à se changer en un masque de tristesse et des larmes apparurent aux coins de ses yeux. Elle les sécha d'un geste rageur.

- Je m'étais promis de ne plus pleurer pour lui !, rugit-elle. Mais c'est de ta faute, tu me fait tellement penser à lui !

Je restai muet face à ce brusque éclat. De qui parlait-elle ? Heureusement, Iori était trop concentré pour percevoir les émotions de sa sœur. Celle-ci n'arrivait visiblement pas à interrompre le flot de larmes qui s'écoulait de ses yeux.

- Il me manque, gémit-elle avant de s'arrêter.

Elle se laissa tomber sur le sol et enfoui son visage dans le creux de ses mains. Je jetai un dernier regard à Iori, jaugeant que je ne prenais aucun risque à le laisser seul puis me rapprochai de la jeune fille.

- De qui parles-tu, à la fin ?, fis-je, irrité par tant de débordements.

Elle eut un petit rire.

- Tu vois ?, sanglota-t-elle. Même ce ton froid que tu adoptes lorsque les autres sont effondrés, cette barrière épaisse que tu glisses continuellement entre les expressions de ton visage et tes émotions. Tout ça, c'est lui.

- Keiko !, s'écria Iori en nous rejoignant.

Il avait finalement remarqué que nous étions loin derrière lui. Sa présence me réconforta, je n'étais pas à l'aise face à ce genre de situations. Il pourrait s'occuper de sa sœur. Le jeune garçon chuchota des paroles de réconforts à son aînée et la pria de se relever. Je me retournai un instant, préférant les laisser seuls.

- Je n'y arrive pas, Iori, murmura Keiko. Je n'arrive pas à chasser l'image de Ginga...

- Il est mort, dit son frère. Et Yozora ne lui ressemble même pas !

- Peut être pas physiquement mais..., concéda la jeune fille.

- De toute façon, il ne mérite pas que tu pleures pour lui !, s'énerva Iori.

- Je le sais, admit sa sœur.

- Alors lève toi, la poussa l'enfant.

J'étais étonné par la façon dont ils semblaient avoir subitement échangé les rôles. Iori se comportait comme s'il avait été le plus âgé alors que Keiko se laissait aller à pleurer comme une petite fille. Je n'avais pas soupçonné le degré de maturité du jeune garçon. Encore un point qui le rapprochait de Naruto, la vie ne lui avait pas laissé le choix. Il avait du prendre très vite conscience de la cruauté du monde.

Iori s'écarta de sa sœur et me considéra un instant.

- Tu ne lui ressembles pas du tout, et c'est tant mieux, décréta-t-il avant de s'éloigner.

- Je suis désolée, Yozora, soupira Keiko. Je ne sais pas ce qu'il m'a prit...

- C'est rien, grommelai-je.

- Iori a beau dire ce qu'il veut, tu as le même caractère que Ginga, dit-elle en souriant faiblement. Je ne pouvais pas faire autrement que de m'attacher à toi, même si cela à rouvert ma blessure.

Les choses prenaient une tournure dérangeante... Qui était ce Ginga, un jeune homme qu'elle aimait et que les hommes de Yaken avaient tué ? En la regardant, je discernais dans son regard la même détresse que j'avais ressenti chez Sakura lorsque j'avais quitté le village. Cet appel au secours silencieux me mettait mal à l'aise. Je priai pour que Keiko se taise et ne franchisse pas le pas qui nous mettraient tous deux sans l'embarras. Je ne tenais pas à la faire pleurer de nouveau, maintenant qu'elle avait enfin renoncé à ses larmes. Mais, lorsqu'elle rouvrit la bouche, les mots qui en sortirent ne furent pas ceux auxquels je m'attendais :

- Tu sais, Ginga, c'était mon grand frère...