Hem… héhé… ça va ? Bon, vous aurez remarqué que j'ai pas fait les RAR… Mon excuse ? J'avoue ou j'avoue pas ? Bon, j'avoue, c'est LA FLEMME ! Mais bon, l'essentiel c'est le chapitre, nan ? °sourire angélique° … Pardoooooooooooooon ! Promis, la prochaine fois, je les fais ! T.T
Donc, merci pour vos reviews (les X2 sont pour les nouveaux reviewers, c'est un scandale que je ne vous accueille pas, dizouléééééée !) : Elerae,Saisei,MarieOuin-Ouin,EileenAna(X2),Mahis,Sasadu2701,Lylyblack,Omb66,Darriussette,Leyya09,Shaar-Lie(ouhlà ! préviens moi pendant encore au moins quatre chapitres que tu es ExosS, sinon je vais zapper ! :-S lol),Amaelle,Estelle,Pad'chan,Loulou2a,Mio(X2)
(si vous voulez VRAIMENT une réponse individualisée, dîtes moi, et je ferai ça dans les jours qui viennent -))
Pour te répondre, Mio, je n'ai absolument pas abandonné LesMaraudeurs (je sais, ça semble tout comme T.T), mais ça risque de me prendre encore un moment avant de reprendre. Désolée, soyez encore un petit peu patients, et je promets que je vous offrirai des sixième et septième année ainsi qu'un huitième volet dignes de vos attentes :-)
Bon, quelques réponses en vrac :
Certains d'entre vous n'aiment décidément pas Eline, et vous savez quoi ? Ca va pas s'arranger ! lol !
Beaucoup de surprises par rapport à la mère de Sirius. Je rappelle que les sentiments et idées de Sirius n'engagent que lui ! Cependant, Cérès Black a aussi sa part de responsabilité dans leurs relations.
Enormément de demandes pour le Paradis rouge ! et là… je vais me faire lyncher… Maintenant que les services sociaux vont être tenus au courant, vous vous doutez bien que Remus ne pourra plus travailler là-bas, c'est illégal pour lui qu'il y bosse ! °s'enfuie avant de recevoir des pierres° Cela étant dit, ce n'est pas pour ça qu'on ne reverra pas ceux qui y travaillent…
Il y en a qui ont pensé que Francis avait enlevé Eline… J'avoue que ça ne m'avait pas traversé l'esprit… L'idée n'est pas mauvaise mais incompatible avec l'idée que Francis « ne voit pas » Eline -)
Pour Severus, ça compréhension vis-à-vis de Remus ne vient pas de ses parents et tient plus dans son empathie par rapport à son hospitalisation (mais je ne vous dirai pas pourquoi :-P Je précise quand même que c'est juste un élément de fond -)) Pour rappel, la mère de Severus est morte à sa naissance et son père l'a laissé à ses grands-parents, il est mort dans un accident de chantier quand Severus était enfant (c'est juste un rappel, ça n'a pas d'incidence sur le récit)
Ah ! SDF signifie « Sans Domicile Fixe », les gens qui vivent dans les rues.
Et pour finir, vous avez été nombreux à trouver le PdV de ce chapitre ! Bravo ! :-P
Quant à ceux qui attendent une amélioration dans les relations entre Remus et Sirius… Je vous donne RDV dans le chapitre 22 et suite ! :-D
(j'espère que j'ai oublié personne pour prévenir par mail de la sortie ceux qui n'ont pas de compte ff . net :-S)
oOo
NdA : le nom de la rue où habite Remus est ©Carine ! -) et m'a permis de m'amuser un peu, comme vous allez le voir dans le premier paragraphe, alors merci beaucoup Carine :-D Ainsi que pour la correction !
Chapitre 21 : Francis Lupin, ou la comédie humaine
La rue des maraudeurs, malgré ses vieux immeubles décrépis, était un lieu agréable avec son parc où les cigales s'installaient l'été venu et ses résidents au sourire aussi facile que la conversation. La tranquillité des lieux semblait démentir le nom de cette ruelle paisible, mais il se disait dans le quartier que cette désignation, loin de venir de larcins commis à une lointaine époque, tenait son origine dans quatre compagnons qui y avaient trouvé refuge au début du siècle dernier et avaient pour habitude de se jouer des plus fortunés. Cette histoire de "Robins des bois de Provence" avait de quoi faire sourire mais n'était pas si invraisemblable. Certains prétendaient même que le parc de la patte molle, l'impasse de la corne drue, le croisement de la queue de ver et l'hôtel Lunard tenaient leur nom de ces quatre maraudeurs, mais cette partie des rumeurs ne pouvait qu'être pure légende.
Au 10 de cette rue se trouvait l'immeuble où habitait la famille Lupin. Le temps et le manque d'entretien avaient tant abîmé la façade que des gamins du quartier s'étaient amusés à effacer le numéro pour le remplacer par 9 ¾. Le concierge avait bien tenté de faire partir les dégâts mais les plaisantins n'avaient cessé de repasser derrière les coups de peinture, de sorte qu'il avait abandonné la partie et laissé les choses telles quelles.
Par ailleurs, monsieur Touripe était tout à fait conscient que l'immeuble qu'il était censé entretenir correspondait mieux à ce numéro, mais il ne pouvait pas faire grand-chose avec les quelques moyens que lui donnait le propriétaire. Il se contentait donc de la distribution du courrier, du prélèvement des loyers et de recevoir les quelques plaintes des résidents au sujet des problèmes de tuyauterie et autres entre deux visites de ses enfants et petits enfants. Malgré les inconvénients, l'homme aimait se trouver là. Depuis la mort de sa femme, il appréciait avoir du monde autour de lui et la plupart des locataires étaient loquaces et avenants.
Ce n'était néanmoins pas le cas de Mme Bourdon, qui ne sortait que très rarement de chez elle depuis que les tenanciers des bars alentours lui avaient indiqué qu'ils ne la serviraient plus du fait de ses ardoises impayées. Elle ignorait que son fils aîné était passé dans chacun de ces cafés pour régler ses dettes et demander qu'ils ne l'acceptent plus. Comme il habitait loin et à cause de son travail, ce fils ne pouvait venir qu'une fois par mois et, une fois sur deux, il apportait une bouteille de whisky qu'il rangeait systématiquement hors de portée de sa mère. La femme était alcoolique mais également très pingre et détestait le gaspillage, elle ne pouvait donc se résoudre à aller acheter une bouteille tant qu'il en restait une pleine chez elle. Son fils avait demandé à monsieur Touripe de passer la voir une fois par jour au début, pour qu'il descende la bouteille et lui serve un verre afin d'éviter que les symptômes du manque se fassent plus pressants que l'avarice. Maintenant il ne venait plus qu'une fois par semaine et tout se déroulait à merveille, si on mettait de côté la mauvaise humeur coutumière de Mme Bourdon.
En ce samedi après-midi, le couple Jonas logeant au second étage préparait avec fébrilité leur partie de carte du soir en sélectionnant dans leur discothèque bien fournie les albums des artistes les plus récents. Mme Jonas revoyait également les différents prétendants qu'elle avait sélectionné pour cette fois, s'obstinant dans l'idée de trouver un époux à mademoiselle Ferru, leur voisine de palier et compagne de jeu. Celle-ci remettait toujours à plus tard la question, soutenant qu'elle n'avait pas le temps de s'en soucier pour le moment avec son travail, mais madame Jonas entendait bien lui trouver chaussure à son pied, avec comme premier critère évident que l'homme en question aime jouer aux cartes.
Chez les Pleox, au dernier étage, le père était en plein chantier, avec l'aide de quelques amis. Sa belle-mère allait venir habiter ici au mois prochain et l'appartement aurait été trop petit pour cinq personnes, il avait donc obtenu l'autorisation d'utiliser les combles, moyennant un supplément sur le loyer. Ils étaient ainsi en train de réaménager le grenier, séparé en deux grâce à une cloison hermétique, pour créer une nouvelle chambre reliée par un escalier pliable à l'appartement et que leur fille avait hâte d'investir.
Les Pleox s'étaient excusés auprès des Sarelle pour la gêne occasionnée par le bruit, surtout que la jeune madame Sarelle attendait son premier enfant, mais ceux-ci s'étaient montrés compréhensifs et savaient que leurs voisins respectaient certains horaires pour utiliser la perceuse ou poncer. Monsieur Sarelle avait du reste d'autres chats à fouetter avec la grossesse de sa femme. Il avait déjà entendu dire qu'une femme enceinte pouvait avoir d'étranges désirs en matière de nourriture mais il ne s'était pas attendu à ce que sa douce et tendre Estelle ait de telles affinités avec l'ail. Elle en mettait dans tous les plats et en quantité impressionnante. Son mari comprit la dangerosité de la situation lorsque, un jour, elle prépara un gâteau au chocolat dans lequel elle mit pas moins de trois têtes d'ail. Il décida ce jour-là de s'occuper entièrement des repas et se jura de ne pas laisser son épouse approcher des fourneaux avant la naissance du bébé.
Les musiciens de l'étage du dessous bénissaient quant à eux plus que jamais leur initiative d'avoir insonorisé l'appartement qu'ils louaient. La date de leur concert se faisait de plus en plus proche et, a fortiori, leurs répétitions plus fréquentes. Ils ne se faisaient pas d'illusions sur la soirée, aucun producteur ne serait présent dans ce petit café théâtre de l'avenue Matisse, les recettes suffiraient tout juste à payer la location de la scène et les bénéfices ne risquaient pas d'être très élevés. Mais peu importait, ils avaient l'occasion de se faire de nouveaux fans et allaient enfin se produire dans un concert qui leur était exclusivement réservé. Après un bon nombre de premières parties, ils y tenaient à cette soirée. David se demandait parfois ce qui avait bien pu arriver à Remus pour qu'il ne le croise plus du tout dans l'immeuble. D'après Fabien – qui tenait l'information de son frère – il avait eu un accident et se remettait peu à peu, mais ça n'expliquait pas son absence. Ces préoccupations se retrouvaient cependant vite balayées devant les derniers préparatifs et la tension mêlée d'excitation qui ne cessait de s'accroître en lui. Il y repensait lorsqu'il lui arrivait de croiser Francis Lupin, avant qu'une nouvelle répétition, un réglage capricieux ou un problème technique détourne toute son attention.
Monsieur Lupin n'était par ailleurs pas de la meilleure compagnie ces derniers temps. Rares étaient ceux à l'avoir croisé dans les dernières semaines et il s'était contenté de les ignorer lorsque ceux-ci l'avaient salué.
Il était inaccoutumé de le trouver chez lui en pleine journée, mais c'était pourtant bien le cas aujourd'hui.
Installé dans la cuisine, Francis se resservit du whisky et contempla d'un œil vide le liquide ambré de la bouteille dont le niveau avait diminué de moitié au fil des minutes. Une dose pour une année, une dose pour une vie, une haine, pour la connerie humaine. Il eut un ricanement sarcastique et vida d'un trait son verre, rejetant la tête en arrière, les yeux fermés.
C'était un lycée banal, dans une ville banale, un parmi tant d'autres dans sa chienne de vie, le sixième ou le septième ? Il ne savait plus trop, les établissements se le refilaient les uns aux autres juste pour se débarrasser, et la rengaine avait été la même partout : surveillé, pas de seconde chance, une incartade et ce serait pour un autre lycée, le septième ou le huitième… Francis s'était longtemps demandé pourquoi on ne l'avait pas foutu en maison de correction, mais il n'allait jamais assez loin pour ça. Son comportement violent était néfaste aux établissements scolaires, pas à la société.
Tous des crétins…Leurs belles paroles n'étaient que du vent. Pas intérêt à recommencer ? Mais ils n'attendaient que ça ! Ils le regardaient avec anxiété, avec mépris, avec peur aussi, mais derrière il y avait toujours la même chose, la même avidité. Leurs « ne recommence pas » étaient un appel à l'inverse, parce que s'il se mettait à être soudain d'un naturel pacifiste, leur petit monde bien rangé serait déstabilisé, il fallait bien montrer l'exemple à ne pas suivre, pas vrai ? Tous des cons…
Mais c'était plutôt comique de voir le climat de tension s'installer alors que les jours s'écoulaient et que rien ne se passait. On le regardait avec méfiance, se demandant quel mauvais coup il préparait, et lui se contentait de leur sourire avec ironie, montant d'un cran encore la pression. Ils attendaient que ça arrive, tous ces hypocrites bien intégrés à la société.
Il n'en avait plus vraiment envie pourtant, lorsqu'il lui venait soudain l'envie de se battre, il courait jusqu'à un endroit désert et il hurlait à s'en déchirer la gorge, il gueulait au ciel ce que ces cons ne voulaient pas entendre à l'asséner de « c'est pas bien ce que tu fais, c'est mal ». Puis il se taisait, le souffle court, avec une envie de frapper la première personne qui passait, et ses yeux se perdaient dans cet azur infini, dans ces nuages gris, dans cette pluie et ces éclairs, ce soleil couchant, et ses larmes amères coulaient, un sourire sarcastique aux lèvres. Tous des cons…
Et puis là, dans ce lycée banal, dans une banale classe de seconde, il y avait elle, l'exclue, celle qui faisait peur, celle qu'on évitait. Il l'avait facilement repérée, comme les autres élèves détalaient également à son approche, et il lui avait parlé, plus par curiosité qu'autre chose au départ. Elle était masochiste, c'était ce qu'elle disait, c'était ce que les psys disaient avec leurs tableaux bien cadrés. Elle s'automutilait jour après jour avec une "joie malsaine", ça c'était peut-être pas les psys, peut-être les parents ou l'école… Il l'avait vue, souvent, se planter un compas dans la main et sourire à la douleur, des larmes de bonheur aux yeux, elle était "folle", encore un mot des "autres". Entre autre parce qu'elle hurlait à la mort si quelqu'un essayait de la frapper, elle pouvait se blesser mais elle voulait contrôler sa douleur, et c'était sûrement la seule personne sur qui Francis n'avait jamais eu envie de taper depuis bien longtemps.
Ils discutaient de tout et de rien sous les regards inquiets de tout le corps professoral et des élèves, parce que c'était dangereux, mais personne n'osait les séparer, ils avaient peur… Peur de mômes qui ne connaissaient rien à la vie, c'était risible. Francis ne savait pas comment ils en étaient venus là mais à force de parler, son esprit s'était calmé, il y avait toujours cette violence en lui mais maintenant, quand il hurlait, il n'y avait plus rien et il se sentait libre, tellement plus libre.
Ce jour-là, assis dans une cour délabrée, Francis avait regardé des gamins du collège voisin, des sixième avec la clope au bec, avancer vers leur établissement en lançant des regards "menaçants" aux autres élèves. Des cons, eux aussi, des cons qui essayaient d'entrer dans un moule, qui voulaient appartenir à quelque chose, n'importe quoi, pour se sentir moins seuls, pour être attachés et parqués dans des enclos bien définis.
« Ils y croient vraiment à toutes leurs conneries », siffla-t-il avec un sourire narquois, le dos tourné à Nadine.
« Il fait beau aujourd'hui, sourit la jeune fille. Dis, tu voudrais pas qu'on aille à la plage ? »
Francis avait levé ses yeux vers le ciel couleur de lavande et avait lentement avancé sa main, comme pour s'en saisir, restant dans cette position.
« Tu crois qu'on peut être assez léger pour s'envoler ? demanda-t-il dans un souffle. Et si nous on voulait changer, est-ce qu'ils l'accepteraient ? Tu crois pas qu'ils ne verraient que cette étiquette qu'ils nous ont collée ? "Violent", "maso", "tarés"… Ça ferait tache sur leur conscience d'admettre qu'ils se sont trompés. Tous ces cons… Moi aussi je suis con, parce que j'aimerai leur prouver, parce que je voudrais les rabaisser au point qu'ils réalisent qu'ils ont merdé sur toute la ligne, que ce sont eux qui ont fait ça. Est-ce qu'on a demandé à être là, nous ? Ils ont jamais pensé que personne ne décidait un jour d'être contre le monde entier ? Ça doit être ça la connerie humaine, cette envie d'appartenir, malgré tout, à tout cela, peut-être… peut-être que c'est ainsi qu'on est le plus libre au fond… »
« Si on y va maintenant, on pourra assister au coucher de soleil, remarqua Nadine. C'est beau les couchers de soleil, on est comme hors du corps quand on les contemple. »
Le garçon avait ramené son bras le long de son corps et s'était tourné vers elle, un grand sourire aux lèvres, un sourire victorieux, un sourire de battant. Il s'était approché d'elle et accroupi pour lui tenir les bras, une flamme brillant dans ses yeux.
« On va leur prouver, d'accord ? On va leur prouver tous les deux, ensemble. On va changer en même temps et on va tous les scier. Quand on voudra hurler, on hurlera ensemble au ciel, quand on voudra tuer, on frappera un mur de toutes nos forces, et on va se relever, tous les deux, ensemble, toujours. D'accord Nadine ? Tous les deux, on va être libres. »
La jeune fille lui avait adressé un grand sourire et s'était blottie contre lui.
« Oui, avait-elle soufflé. Toujours ensemble. »
Et les jours avaient passé, mais Nadine n'avait pas cessé de s'automutiler, alors il avait commencé à se mettre en colère contre elle, sans pour autant la frapper, mais ça n'avait rien changé, et elle continuait, encore et encore. Francis avait pensé que ce devait être l'influence de sa famille alors il avait tenté de l'en éloigner. Ça avait marché dans un premier temps, ses pratiques masochistes s'étaient atténuées, avant de reprendre, et il avait commencé à ressentir de la haine pour elle, juste une once, mais ça avait commencé.
Ils avaient passé un contrat, ils avaient promis de se relever ensemble, si elle ne se relevait pas, lui non plus ne le pourrait pas. Il avait besoin qu'elle soit forte, parce que c'était trop dur de l'être seul, parce qu'il avait besoin de quelqu'un, qu'il l'avait choisie et qu'il était trop tard maintenant pour changer de personne, si tant est que quelqu'un se soit présenté. Elle lui avait alors annoncé, timidement, qu'elle était enceinte, et il en avait été heureux, tellement heureux ! Un enfant, c'était la maternité, ce serait le déclic pour Nadine, elle allait enfin s'en sortir et tout irait bien.
Nadine s'était complètement séparée de sa famille, l'enfant était né, un petit garçon, une chance, un catalyseur, il allait la changer, c'était certain… Et cela avait marché !
Francis avait assisté à la naissance de ce fils si désiré, il avait pleuré de joie et ri à n'en plus finir lorsqu'il l'avait tenu dans ses bras pour la première fois avant de le remettre sur le ventre de la maman rayonnante. Elle avait été tellement occupée à parler à ce petit quand il était encore dans son ventre qu'elle n'avait pu s'infliger de nouvelles blessures et, quelque part, son mari avait craint qu'elle recommence, mais elle avait eu trop à faire à s'occuper de l'enfant. Francis avait redoublé d'efforts pour travailler et avait passé tout son temps libre avec eux, il gâtait l'enfant de baisers et de câlins, lui racontait comme il était fier qu'il soit son fils et que lui aussi, un jour, serait fier de son père. Il prévoyait les sorties qu'ils feraient quand il serait plus grand, les discussions qu'ils auraient quand il comprendrait plus de choses. Les jours coulaient comme un rêve pour lui, l'enfant à problème, celui à qui l'on prédisait qu'il finirait en prison ou sous les ponts s'il continuait comme il avait commencé. Il avait une famille désormais, un appartement, et même un travail qu'il gardait depuis plus d'un an. Plus tard, il apprendrait à son fils que tout pouvait s'arranger, que la vie donnait toujours une seconde chance, il lui expliquerait que quelles que soient ses erreurs, il ne le laisserait jamais tomber, qu'il pourrait toujours compter sur lui, parce qu'il l'avait sauvé en naissant, parce qu'il leur avait donné une nouvelle vie, il était leur miracle, un miracle qu'ils avaient conçu ensemble, lui et Nadine.
Cela aurait dû durer des années et des années…
Lorsquel'enfantétaitentréenmaternelle,samèreavaitretrouvéuntravailchezunfleuristeetFrancisavaitalorscomprisdansquellecruelleillusionilétaittombé.Iln'avaitpasfalluunmoisàlafemmepourreprendresesscarifications,et Franciss'étaitdenouveaumisencolèrecontreelle,jusqu'àcequelahaineledévasteetqu'illèvelamainsurelle.
Elle n'avait pas le droit ! Pourquoi faisait-elle cela ? Ne pouvait-elle pas être là pour lui comme il l'avait été pour elle ? Une conne… comme tous les autres, et lui aussi l'était de s'accrocher alors que rien n'était possible. Ça ne pouvait pas marcher, parce que là où Francis avait promis qu'ils se relèveraient ensemble, Nadine avait cru qu'il lui promettait de ne jamais se séparer d'elle. Il l'avait compris bien trop tard, lorsqu'elle était restée malgré les coups dont elle avait peur, et cela n'avait fait qu'aviver sa colère et sa violence, jusqu'à ce jour…
Le gamin devait avoir quatre ans, d'habitude il n'était jamais là quand il battait Nadine, mais ce jour-là, ça avait été le cas, et alors qu'il avait levé la main sur sa femme, celle-ci avait attrapé le bras de Remus violemment pour le placer devant elle en suppliant de ne pas la frapper. Francis avait suspendu son geste, sidéré, puis il avait éclaté de rire. C'était un rire amer, un rire haineux, sa main était descendue tapoter doucement les cheveux de l'enfant terrifié et il était sorti pour se rendre où personne ne pourrait l'entendre, pour hurler, seul.
Par la suite, à chaque fois que l'enfant était pris comme bouclier, le père retenait son bras et sortait. Il n'avait jamais frappé son fils dans ces circonstances, il ne l'avait jamais touché du vivant de Nadine, mais il ne l'avait plus jamais cajolé non plus, cet enfant inutile. Tout cela n'était qu'une grande farce, une comédie dramatique dont ils étaient les acteurs principaux, et c'était vraiment hilarant quand on y pensait, quand on réfléchissait à tous les quiproquos qui avaient mené à cette situation.
Remus n'avait pas compris immédiatement ce qu'il se passait, il avait cherché la tendresse habituelle de son père et avait fui sa mère qu'il voyait comme le mal, une femme qui se protégeait de la douleur derrière lui. Il les lui avait refusé, ces moments d'amour, il n'en avait plus à lui offrir. L'enfant avait alors tenté de le reconquérir par tous les moyens, il ramenait des résultats scolaires impressionnants et les lui montrait avec fierté, mais ne se heurtait systématiquement qu'à du mépris.
Il était intelligent et avait abandonné petit à petit, mais alors, Nadine était à nouveau tombée enceinte. Francis ne savait pas vraiment comment mais il avait supposé assez aisément qu'elle avait simplement oublié de prendre ses pilules, ça n'avait pas vraiment d'importance, il s'en était moqué dès la seconde où il l'avait appris. Ça n'avait pas été le cas de Remus.
Il l'avait observé attentivement et avait compris que son fils avait éprouvé de la reconnaissance pour ce bébé, car, comme pour lui, Nadine avait cessé de se blesser quand elle avait su sa grossesse. Cependant ça n'avait pas duré. Là où Francis n'avait cessé de voir les bénéfices pour sa femme, il remarqua que son fils développait peu à peu une fascination obsessionnelle pour le ventre grossissant de sa mère. Il ne voyait plus Nadine et ne lui parlait plus, elle avait été effacée de son esprit par cet enfant qui grandissait.
Sous son air taciturne, Francis Lupin avait toujours été doué pour comprendre la nature humaine, sauf en ce qui avait concerné Nadine, et son fils ne faisait pas exception. Il l'avait vu reporter tout l'amour pour sa mère sur sa sœur qui n'avait pas même encore vu le jour, pour ne plus être blessé, car il savait au fond de lui qu'elle recommencerait à s'automutiler. La sœur avait sauvé le frère de la folie sans le savoir, que serait-il devenu entre une mère qui passait de la douceur à un égoïsme inhumain et un père méprisant et violent s'il n'y avait eu cette petite vie pour qu'il y reporte toue son attention ?
Il trouvait cela ironique qu'elle ait fait pour son fils ce qu'il attendait qu'il soit pour leur mère. Quelque part il savait que tout cela était de sa faute, qu'il aurait dû comprendre dès le départ que Nadine avait réellement besoin d'être suivie en clinique, qu'elle ne cherchait pas simplement à attirer l'attention mais était réellement folle, psychotique, pour employer un mot plus élégant qui ne changeait rien à la réalité. Mais il n'avait rien vu, ou rien voulu voir… Il avait cru pouvoir la changer, il avait cru que ce qu'elle faisait naître dans son cœur serait suffisant et il s'était trompé.
Il avait vu et entendu Nadine demander à son fils de ne rien dire, qu'en avait bien pu conclure l'enfant ? Qu'il l'avait menacée ? Certainement… Il n'aurait après tout jamais pu penser qu'elle ne faisait ça que pour rester auprès du père violent, pour tenir cette promesse erronée, pour continuer à jouer son grand rôle dans ce drame qui n'avait pas encore connu son apothéose.
Celle-ci était venue bien plus tard, bien des années après. Pourquoi ce jour là, pourquoi pas avant ? Francis avait simplement craqué. Alors que leur fils n'était pas présent et que le deuxième enfant dormait, la mère avait recommencé à se blesser et avait été surprise par son mari. Il n'y avait pas eu de colère cette fois-ci, et aucun coup, il l'avait simplement regardée avec mépris puis avec indifférence avant de lui tourner le dos et de partir. Ce jour-là, Nadine Lupin, née Tessadier, était morte sous les roues d'un autocar : suicide.
Et après ? Après il y avait eu ce fils, ce fils qui n'avait pas su remplir le rôle qu'il aurait dû jouer. Il n'avait servi à rien, il était censé aider Nadine mais cela n'était pas arrivé. Maintenant qu'elle s'était suicidée, qu'elle avait abandonné et ne pourrait jamais se relever, Francis Lupin en était rendu au même point, parce qu'il y avait eu un contrat de fait, un contrat que rien au monde n'aurait pu résilier. Et cet enfant… Comme il l'avait détesté, haï… Il avait pris l'habitude de recevoir les coups pour les autres avec sa mère et Francis s'était empressé de le satisfaire avec toute la haine et la violence qu'il ressentait à son égard. Un coup pour lui, un coup pour Nadine, un coup pour tous ces cons… L'autre enfant, il ne le connaissait même pas, il lui était indifférent, il était venu mais il n'avait rien attendu de lui, alors il s'en fichait pas mal, le premier pouvait bien s'en occuper, c'était lui qu'il haïssait, pas l'autre dont il n'avait que faire.
Quelques années s'étaient ainsi écoulées, le tout avait tourné en routine et il l'avait battu de moins en moins avant de ne plus le faire. Il ressentait de la lassitude et se demandait parfois ce qu'il attendait, peut-être que Remus parte définitivement, il l'ignorait…
Les coups pleuvaient comme il avait souvent plu sur son visage, mais il n'était plus allé crier dans un lieu désert, parce que ce qu'il aurait voulu, c'était crier dans un endroit plein de monde, plein de cons, pour que ces hurlements ne sombrent pas dans le vide, même s'ils ne signifiaient rien. Et les coups pleuvaient, et l'enfant recevait, en un cycle morbide, sur la scène de la haine et de la violence… encore ces étiquettes…
La bouteille était vide désormais, et Francis Lupin se rappela qu'il tenait trop bien l'alcool pour se saouler de la sorte. Ce crétin… Il l'avait vu, même s'il avait eu du mal à y croire, il l'avait vu se relever, lui, trouver des gens qu'il n'avait lui-même jamais su rencontrer. Tout cela le dégoûtait au plus haut point.
Les choses avaient changé. D'abord imperceptiblement, puis de plus en plus nettement, il avait vu son fils revivre. Lui qui n'était qu'une coquille vide qui n'existait que pour sa sœur s'affirmait chaque jour un peu plus. Il n'en avait pas compris la raison, jusqu'à ce qu'il rencontre ce garçon…
Sirius Black. Il ignorait tout de lui, à part qu'il était un camarade de classe de son fils. Il avait voulu l'éloigner, lui faire comprendre tous les ennuis que cela lui apporterait de rester auprès de Remus, mais il était resté. L'homme n'avait pas compris cela, pourquoi s'accrochait-il ? Les gens ne faisaient que tourner le dos aux difficultés, au mieux ils les ignoraient, mais lui insistait, encore et encore, il ne lâchait pas prise, et Remus s'éveillait lentement de sa léthargie, il semblait renaître.
Cela l'avait mis dans une rage folle. Que croyait ce gamin ? Lui, si inutile, si impuissant, espérait-il avoir droit au bonheur ? Il était né maudit et son père le lui avait rappelé.
Le hasard l'y avait aidé, car il avait retrouvé quelques mois plus tôt son beau-père, alors qu'il travaillait sur le ravalement de façade d'un immeuble. Sur le coup, il n'avait pas même eu l'idée de lui parler ou de lui signifier sa présence, mais il y était retourné pour lui suggérer de rencontrer son petit-fils et lui rappeler qui était sa mère.
L'adolescent n'en avait cependant pas été aussi affecté qu'il l'avait espéré et sa rage s'était encore accrue, mais il avait alors appris son travail au Paradis rouge. La visite du jeune Black avait été le révélateur quant à la relation qu'il entretenait avec son fils.
Cela ne lui avait fait ni chaud ni froid de découvrir l'homosexualité de son fils.
Un coin de sa mémoire lui avait rappelé le deuxième lycée où il s'était retrouvé. Sa réputation de l'époque du collège le poursuivait déjà et, hormis quelques petites frappes d'une connerie sans nom, tout le monde l'évitait. Tout le monde sauf un type qui venait lui faire la causette dans les moments où il était seul. Francis ignorait pourquoi il ne l'avait pas viré, il ne l'avait simplement pas fait et s'était habitué à cette voix si agréable à laquelle il ne répondait pourtant jamais. Un jour, ce garçon était arrivé et lui avait dit de but en blanc qu'il était homo, bien que non attiré par lui. Ce fut la première fois depuis qu'ils se connaissaient que Francis tourna son regard vers lui pour lui demander comment il devait le prendre. Après un instant de réflexion, l'autre avait éclaté de rire.
« Vraiment très mal », avait-il répondu.
Les trois jours qui avaient suivi, Francis s'était montré plus loquace, puis le gars avait tout simplement disparu. Il avait appris quelques jours plus tard son passage à tabac par une bande homophobe auquel il avait survécu de justesse et, peu après, son transfert dans un autre établissement. Il ne l'avait plus jamais revu, il avait été refaire leur portrait aux trois malades qui s'en étaient pris à lui, dont l'un d'eux passa plus d'un an à l'hôpital, et avait été transféré dans un nouveau lycée. Il avait eu du bol sur ce coup-là, car lors de la confrontation avec les parents de la "victime" qui désiraient le mener devant les tribunaux, il leur avait demandé d'un ton moqueur s'ils tenaient tant que ça à ce que la justice apprenne que leur fils adoré avait lui-même envoyé quelqu'un à l'hosto pour "divergence d'opinion". L'affaire avait été vite classée.
Parfois, Francis se disait que bien des choses auraient été différentes si ce type était resté à ses côtés, et s'il avait été si violent avec ces trois mecs, c'était aussi parce que, quelque part au fond de lui, il savait déjà qu'ils lui avaient volé une chance de changer sa vie.
Et maintenant son fils avait rencontré quelqu'un comme ça ? Il en était même tombé amoureux ? Jamais !
Il avait volé l'argent durement gagné par Remus, dont il connaissait l'emplacement depuis longtemps, et comme tout continuait à bien aller pour lui, il ne s'était plus retenu et avait frappé, encore et encore, comme au premier jour…
Un coup d'œil vers le ciel lui fit entrevoir de lourds nuages noirs qui annonçaient une prochaine pluie. Il se leva, attrapa son manteau et sortit en refermant lentement la porte derrière lui.
Ses pas se faisaient de manière automatique, le nez levé vers les nuages menaçants, il prenait des rues qui montaient, pour s'en rapprocher, toujours plus près, jusqu'à arriver à un pont qu'il n'était pas sûr de connaître et sous lequel passait le grand boulevard de la ville. Les nuages étaient si noirs qu'ils devaient être d'une densité impressionnante, peut-être assez denses pour porter un homme jusqu'au ciel s'il parvenait à s'y accrocher… Il sortit de sa poche un portable qui datait de plusieurs années et envoya un message avant de le remettre dans sa poche, un nouveau sourire ironique aux lèvres.
C'était un bon jour pour faire chier tous ces cons… C'était un bon jour pour être libre…
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Un samedi soir, les rues de la ville étaient évidemment encombrées, bloquant le passage aux plus pressés. Dans cette cohue où les automobilistes klaxonnaient furieusement, la BMW de monsieur Black n'avait pas la moindre chance de se faufiler et l'homme jetait de fréquents coups d'œil au jeune garçon anxieux assis à ses côtés.
- Pourquoi es-tu si inquiet ? l'interrogea Sirius en s'avançant sur le siège arrière. Eline est toujours chez son ami, sa mère te l'a bien confirmé.
- Et puis pourquoi juste le nom du boulevard ? demanda James, intrigué.
- Je ne sais pas… Je ne sais pas mais… Pourquoi on n'avance plus ? dit-il soudain en se redressant, plus nerveux que jamais.
- Je l'ignore, répondit le père de Sirius en fronçant les sourcils. Il devrait y avoir un ralentissement, mais il n'y a aucune raison pour que… attends !
Remus avait sauté hors de la voiture et s'était mis à courir sur la route. Il sentait ses récentes blessures protester à l'effort mais il s'en moquait complètement. Les lueurs de gyrophares et les hurlements de sirènes lui parvinrent au bout d'un moment et il stoppa net, son cœur manquant un battement, alors que les automobilistes autour de lui, sortis de leurs voitures, essayaient de voir ce qu'il se passait.
- Ne cours pas comme ça, haleta la voix de Sirius, qui lui avait couru après. Il y a eu un accident ?
Le châtain ne lui répondit pas et se remit lentement en marche, ne sachant pas très bien s'il voulait découvrir le spectacle autour duquel s'agglutinaient de plus en plus de spectateurs que la police tentait de tenir à distance. Il le savait déjà avant de voir le corps à terre, entouré par des policiers qui parlaient dans des micros, attendant visiblement l'arrivée des secours.
- Vous n'avez pas le droit de passer ! lui hurla un homme en uniforme, le repoussant alors qu'il continuait d'avancer.
- C'est pas la peine de… intervint furieusement Sirius. Nom d'un…
Les mots semblaient parvenir à Remus d'extrêmement loin. Il se remit à avancer malgré les bras qui le retenaient et la voix qui lui ordonnait de reculer.
- Mais la ferme ! Il s'agit de son père !
Il ne savait pas vraiment ce qu'il se passait mais la barrière qui l'empêchait de passer disparut soudain et il put poursuivre sa marche.
Il s'approcha du corps qui respirait à peine, hésitant. Les agents voulurent le bloquer dans un premier temps, mais Sirius intercéda à nouveau et, après une hésitation, ils se reculèrent. Quelque part dans son esprit, Remus sut que l'homme avait attendu avant de sauter du haut du pont après lui avoir envoyé le message. Il ignorait certainement qu'il survivrait, ou peut-être l'avait-il un peu espéré.
- T'es là, sale môme, remarqua faiblement Francis en le voyant s'agenouiller auprès de lui. Je devais mourir direct pour que tu vois mon cadavre, mais en fait c'est mieux comme ça, j'ai jamais eu l'occasion de te dire à quel point je te détestais.
Remus tressaillit mais ne s'éloigna pas, il sentit une main se poser sur son épaule, la main de Sirius. Les yeux de Francis tournèrent légèrement dans leur orbite pour regarder le jeune Black et il eut un sourire narquois.
- Pourquoi c'est toi qui dois tout recevoir ? demanda-t-il en regardant à nouveau son fils. C'est si facile pour toi, alors que j'ai essayé de te détruire pour ce que tu as fait… ou plutôt n'as pas fait… Toi… Ses yeux se reportèrent sur Sirius. Tu aurais dû naître… bien plus tôt… Tous des cons… Sauf toi, je crois… Les nuages descendent…
Et son sourire se fit plus rêveur, presque rassuré.
- Je savais… que c'était un bon jour… pour être libre… Nadine, j'arrive… prépare-toi à recevoir… la plus belle rouste que tu aies jamais connue…
Ses yeux se refermèrent et sa poitrine s'effondra une dernière fois pour ne plus se relever. Remus avait les yeux grands ouverts mais baignés de larmes, choqués, alors que son visage lui-même ne semblait comporter aucune expression.
- Pourquoi… tout ça… demanda-t-il, étrangement neutre. Moi… J'ai rien demandé… Moi je veux juste…
Sa mâchoire se crispa fortement et Sirius le prit dans ses bras avec force.
- Quand tu as envie de pleurer, pleure sur mon épaule, quand tu as envie de hurler, hurle moi dessus, quand tu as envie de frapper, essaie de me taper et je retiendrais tes coups, souffla le brun en serrant les dents. Tout ça, je suis prêt à le recevoir, je t'écouterai. Je ne hurlerai pas mais je me souviendrai de tes cris. Alors pleure, crie, sois en colère contre lui, contre moi, contre toi, mais hurle sur moi, laisse moi porter tes douleurs avec toi.
Remus avait éclaté en sanglots sur son torse et Sirius n'était pas certain qu'il l'ait entendu, mais ce n'était pas important, parce qu'il serait toujours là pour le lui rappeler, toujours. Alors qu'il redressait la tête, son regard tomba sur le visage impassible de son père, mais celui-ci ne fit rien pour les relever et lui dire que cette attitude était indigne d'un Black. Il reporta toute son attention sur Remus, lui caressant les cheveux et posant sa joue sur le haut de son crâne.
L'ambulance arriva enfin, trop tard évidemment, et l'agitation s'en fit ressentir d'autant plus. Il ne lâcha jamais Remus et tous deux se retrouvèrent bientôt dans la voiture de Procyon Black, un James silencieux à leurs côtés, rentrant à la villa. La police qui avait voulu les retarder avait certainement été interpellée par son père mais il s'en moquait en l'instant, seule comptait la détresse de Remus, qu'il voulait recueillir, pour l'aider à supporter, pour qu'il reste toujours là, auprès de lui.
- Ne me laisse pas, lui souffla-t-il, ne parvenant pas à faire taire l'angoisse qui enserrait sa gorge. J'ai besoin de toi, Eline a besoin de toi.
- Eline a besoin de moi… répondit Remus d'une voix rauque. Toi aussi… Beaucoup de gens ont besoin de moi, je crois, mais moi… Je ne suis que ça… A quoi ça me servirait de…
De nouvelles larmes s'écoulèrent de ses paupières fermées et il se crispa plus contre Sirius. Celui-ci le regarda avec une expression effrayée et raffermit sa prise sur lui, la mâchoire crispée et le regard douloureux.
- Tu es tout, pourquoi ne le vois-tu pas ? souffla-t-il. Pourquoi es-tu autant pour les autres sans te soucier de toi ? Tu dois penser à toi, tu n'as pas le droit de t'oublier, parce que moi… Moi je veux être le premier dont tu auras besoin, murmura-t-il.
Il ne pouvait comprendre ses larmes qui coulaient pour un homme qu'il aurait dû haïr, mépriser, dont il aurait dû se réjouir de la mort. Cette réaction lui faisait peur car elle le dépassait complètement, sa détresse lui donnait l'impression qu'il désirait le rejoindre.
- Ne m'abandonne pas, souffla-t-il à l'oreille du châtain. Accorde moi cet égoïsme et reste toujours auprès de moi…
Il ne plut pas ce jour-là, les nuages lourds passèrent sur la ville sans verser une larme et le soleil reprit ses droits en début de soirée alors que des trombes d'eau se déversaient sur les collines, les lueurs rouges du crépuscule se reflétant sur la noirceur des nuages. Jamais dans cette ville on n'assista à plus beau coucher de soleil que ce soir-là.
à suivre…
Je vous rassure, ce chapitre est le plus court que j'ai écris et écrirai -) A partir de maintenant, la longueur va redevenir normal, et comme vous devez vous en douter, une chose se termine, une autre commence !
NdA : Comme je l'ai déjà dit, ce chapitre est la genèse de « ne t'oublie pas », il ne faisait alors que trois pages et demi (oui, bon, je sais, je n'a rajouté que cinq pages :-S) et je l'ai quelque peu modifié, évidemment. L'origine de ce récit est « les étiquettes » qu'on a tendance à coller aux gens (et à nous coller, lol) et qui sont assez tenaces à force. Je précise néanmoins que ce chapitre ne consiste en rien en un plaidoyer en faveur de Francis Lupin. Je vais peut-être paraître dure à certains d'entre vous, mais je considère que battre un enfant (son propre enfant qui plus est !) ne souffre aucune excuse, de quelque sorte que ce soit. C'est une histoire de vie que je vous conte là, qui aurait pu être différente dans d'autres conditions mais qui ne l'a pas été, cela n'amoindrit en rien les fautes de Francis Lupin, il s'agit surtout d'une « clé de compréhension », si je puis dire. (et pour info, l'idée de ce récit, qui est donc venue après un de mes cours, tient son origine originelle (si si, ça se dit :-P) d'une conversation où le type qui prenait à partie le prof avait VRAIMENT tendance à coller des étiquettes sur les gens. J'espère sincèrement qu'il est pas devenu psy, celui-là O.o)
