Voilà le chapitre 21 mes chers. J'ai révisé et je suis désolée s'il reste des fautes qui m'auraient échappés malgré ma vigilance sans faille (...ou presque)
Et je me dois de le dire: il y a une sc
ène guimauve dans ce chapitre. Je suis désolée, je te demande pardon Skully! Et à vous aussi qui le lirai peut-être, pardon, pardon! J'ai essayé de faire en sorte que ce soit potable.


Melian passa ce soir-là dans la bibliothèque, cherchant un peu de tranquillité. Leur retour à elle et Theran était passé inaperçu, ce n'est que pour le repas du soir qu'ils virent Mathias. Celui-ci les avait transpercés du regard en allant s'asseoir près de sa femme. Les deux jeunes avaient plongé le nez dans leurs assiettes, faisant profil bas tout au long du repas. Ils s'étaient ensuite esquivés avant que les autres ne finissent. Melian s'était dirigée vers la bibliothèque, seule. Theran n'avait pas insisté pour l'accompagner et il était parti de son côté.

Melian avait conscience que sa position au SI:7 ne tenait qu'à un fil. Elle ne pouvait plus se permettre le moindre écart de conduite. Toutefois, elle n'arrêtait pas de penser à Maedhros et à ce qu'il lui avait dit. Elle se sentait déchirée entre son envie de le retrouver pour s'expliquer et la peur de se voir définitivement interdire l'accès au SI:7. Elle soupira. Maedhros devait déjà être parti de toute façon, et même si elle réussissait à le retrouver, rien ne lui assurait qu'il l'écouterait. Elle aurait préféré essayer de le retrouver, mais sa raison lui soufflait qu'il serait plus avisé d'attendre que le temps dissipe une partie de sa colère. Elle s'en remit au choix qu'elle avait fait ce matin: elle prouverait à Mathias qu'elle méritait sa place parmi le SI:7.


Les semaines suivantes semblèrent passer à toute vitesse. Melian et Theran travaillaient ensemble chaque jour. Sur les différents aspects du combat au corps à corps, oui, mais aussi sur les autres techniques indispensables. Theran lui enseigna les bases du crochetage et Melian les força tous les deux, surtout Theran, à se pencher sur les aspects plus théoriques. Elle rafraichit ainsi ses connaissances des poisons et ensemble ils étudièrent les différentes manières de décrypter les textes codés rencontrés et archivées par le SI:7. Les techniques n'étaient évidemment pas toutes répertoriées, car de nouvelles semblaient toujours émerger, résultat d'un sentiment impérieux de discrétion, ou de paranoïa, selon Theran. Toutefois les gens manquaient de créativité et bien souvent on pouvait retrouver les mêmes bases d'un code à l'autre et comprendre le sens d'un message avec un tant soit peu d'ingéniosité n'était pas un exploit impossible. Elle croisa plusieurs fois Keryn, mais elle ne se sentait pas encore prête à présenter devant elle. Melian attendrait le moment opportun pour lui parler franchement, lorsqu'elle aurait montrer ses capacités à s'intégrer.

C'est pourquoi elle se sentait confiante, mais un peu nerveuse malgré tout, lorsqu'elle répondit à la convocation de Mathias un matin dans son bureau. Elle se figea devant la porte en se tordant les mains.

«Allez, tu peux le faire» s'encouragea-t-elle. «Tu n'as rien fait de mal cette fois-ci».

Elle cogna trois coups discrets sur le panneau de bois et prit une grande inspiration en entendant la voix profonde de Mathias qui lui demandait d'entrer. Son cœur fit un bond dans sa poitrine lorsqu'elle réalisa que Mathias n'était pas seul; Keryn était présente elle aussi. Melian referma lentement la porte, ne sachant pas trop à quoi elle devait s'attendre.

-Avance, Melian, commanda Mathias.

Elle s'exécuta prudemment, avec les mêmes précautions que l'on prendrait pour approcher un fauve. Une ombre de sourire passa rapidement dans les yeux de Mathias.

-Sais-tu pourquoi tu es ici? commença-t-il en se levant.

Il mit les mains derrière son dos et posa son regard émeraude sur l'adolescente.

-Je crois oui. Du moins je pense savoir c'est à quel sujet, votre verdict, lui ne m'apparait pas clairement.

-Es-tu certaine de ne pas savoir?

Melian haussa les épaules.

-Regarde moi.

Elle se redressa et croisa le regard de Mathias. Il n'était pas sévère comme elle l'avait craint, mais beaucoup plus doux.

-Doutes-tu de tes capacités?

-Non, monsieur. Je veux dire par là que je connais mes capacités, autant mes forces que mes imperfections, je sais que je suis bien loin d'être parfaite. Mais je travaille chaque jour plus fort pour m'améliorer.

-Je sais, acquiesça Mathias, une touche de satisfaction dans sa voix. Tes efforts des dernières semaines, ou devrais-je plutôt dire vos efforts, à Theran et toi, me sont parvenus. J'ose espérer que cette assiduité est le reflet d'une détermination à réussir.

-Ce l'est, vous pouvez en être certain. J'ai pris conscience de mes erreurs et, puisque je ne peu effacer le passé, je me contenterai d'éviter de les commettre à nouveau.

-C'est déjà un bon objectif.

Melian sentit une partie de sa tension s'envoler. Allait-elle pouvoir reprendre sa formation?

-Mes attentes sont comblées, continua-t-il après un moment. Toutefois, il te faudra accomplir une dernière chose avant de pouvoir reprendre ta formation. Runzak doit partir cet après-midi. Pour des raisons que je ne te donnerai pas, il doit aller voir le seigneur Jorach Ravenholdt. En parlant avec Keryn, il a laissé entendre une possible idée qu'elle est venue me confier, et avec laquelle je suis tout à fat d'accord.

Un sourire satisfait étira les lèvres de Keryn. Melian ne le remarqua pas, trop occupée qu'elle était à essayer de se souvenir de qui il s'agissait. Runzak... C'était...Oui, c'était le gobelin qui l'avait initié aux poisons en tout genre, peu après son arrivée au SI:7. Melian l'avait tout de suite trouvé sympathique, même si son insouciance lorsqu'il tenait un flacon d'une toxine mortelle à la main l'inquiétait un peu.

-Theran et toi l'accompagnerez au manoir de Ravenholdt. Le seigneur Jorach n'est ni aussi patient ni aussi indulgent que moi, et il ne dépend pas d'une plus grande autorité. Nous espérons que cela vous enseignera à tenir votre langue en présence d'un supérieur. La discipline et le respect sont deux des piliers fondamentaux qui soutiennent l'unité et la cohésion des membres. Tu comprends cela, n'est-ce pas?

Melian inclina la tête pour montrer son accord.

-Bien, va te préparer, Theran est au courant et s'occupe de son départ, lui aussi.

-Merci...chef.

Mathias sourit en l'entendant l'appeler ainsi.

-Tout un changement, non? lança Keryn une fois que Meian fut sortie.

-Oui. Elle est surprenante.

-Plus qu'on ne le croirait, Mathias. Je suis sûre que nous n'avons encore rien vu.


Theran observait Melian tandis qu'elle finissait de préparer son paquetage. Ce voyage vers les Contreforts de Hautebrande ne serait pas aussi long que celui vers la Forêt des Pins-Argentés puisque, même s'ils montaient autant au nord, ils ne prendraient pas autant vers l'est, mais il leur faudrait tout de même quelques semaines. Elle s'assit sur son lit pour fourrer des vêtements de rechange dans son sac. Theran se décala sur le bois pour lui laisser plus de place. Melian finalisa le tout puis posa son sac à ses pieds.

-Et voilà! Fin prête.

Elle se tourna vers Theran.

-Tu as envie de faire ce voyage, toi?

-Oui, je n'ai pas eu souvent l'occasion de partir aussi loin. Pour ne pas dire jamais, en fait, se reprit-il.

Il secoua la tête.

-Peu importe ce qu'il en est pour moi, c'est pour toi qu'il est important. Je suis content que mon père ait accepté que tu reprennes ton apprentissage.

-Et moi donc!

Melian resta silencieuse un moment, appréciant le sens de ces mots. Elle ferait partie du SI:7 un jour. Elle remarqua du coin de l'œil que Theran la fixait du regard. Elle sentit la chaleur lui monter au visage. Elle profita du moment de silence pour détailler son visage, toujours du coin de l'œil. Elle observa ses cheveux auburn. Récemment, il les avait coupés très court à l'arrière et sur les côtés, presque rasés, mais les avait laissés plus longs sur le dessus. Ils retombaient en une mèche sur son visage, cachant une partie de son regard émeraude.

«Du même vert que celui de son père» constata Melian.

Elle laissa ses yeux glisser le long de sa mâchoire volontaire pour arrêter sur ses lèvres. Melian étouffa un juron en sentant son cœur faire un bond dans sa poitrine. Theran était d'un caractère doux et attentionné, mais il savait pertinemment lorsqu'il devait lui laisser plus d'espace. Attentionné, mais pas étouffant. Il l'avait épaulée dans ses difficultés, n'avait jamais ridiculisé ses larmes ni jugé les innombrables sautes d'humeur qu'il avait du subir. Il y avait des moments pour parler et des moments pour se taire et jamais il n'avait failli à les reconnaître. Malgré sa douceur, il avait une facette plus espiègle et énergique qui lui avait fait beaucoup de bien. Au fil des jours qui s'écoulaient, Melian avait remarqué plusieurs fois combien sa présence lui était devenue importante. Mais cette fois-ci, contrairement aux fois précédentes où elle avait ressenti les mêmes choses, elle osa s'avouer ce qu'elle avait compris depuis longtemps et que jamais avant elle n'avait osé s'avouer. Et pour cette émotion qu'elle acceptait pour la première fois, elle était prête à prendre le risque.

Melian se pencha pour combler le vide d'à peine quelques centimètres qui les séparait. Leurs épaules se touchèrent. Elle tourna doucement la tête. Theran n'avait pas bougé, il la regardait toujours en silence et ne semblait pas dérangé par leur proximité. Melian rassembla son courage et, avant de changer d'idée, posa ses lèvres sur celles de Theran. Elles s'effleurèrent en un toucher léger, aérien. Timide. Il ne tenta pas de se dérober. Encouragée, Melian recommença en osant un peu plus le contact. Cette fois, Theran se tendit nettement. Il lui saisit les épaules et l'éloigna doucement. Elle fronça les sourcils, tentant de discerner une explication sur le visage fermé de Theran. Peine perdue. Elle se leva et le fixa.

-C'est quoi le problème? s'enquit-elle.

Il se leva à son tour.

-Je ne peux pas continuer à agir comme ça, marmonna-t-il, hésitant.

-Qu'est-ce que tu veux dire?

-Ces dernières semaines nous ont permis de nous...rapprocher, expliqua-t-il en levant les yeux vers elle. Et si je continue à agir de la sorte envers toi, tu y verras là le signe d'une possible relation. Hors, ça n'arrivera pas. Nous deux, ça n'ira jamais plus loin que maintenant. Te faire croire le contraire, ce n'est pas juste.

Melian croisa les bras sur sa poitrine et tenta de garder un air indifférent malgré son regard qui commençait à brûler.

-C'est juste que...tu n'es pas vraiment la personne...idéale pour moi.

Cette fois Melian ne put rester impassible.

-Et bien, excuse-moi de ne pas être assez bien pour toi, cracha-t-elle. Il est vrai que je suis loi d'être parfaite. Pas besoin de réfléchir à un moyen de te débarrasser de moi, Theran. Je te laisse tranquille, je ne t'embête plus.

Elle se retourna et se dirigea vers la porte de sa chambre pour sortir dans le couloir. Theran la rattrapa et la retint par le bras.

-Attends, ce n'est pas ce que je voulais dire, je me suis mal exprimé.

Melian se dégagea sèchement mais ne chercha pas à s'éloigner.

-Alors dit-le! Crache le morceau, qu'on en finisse!

Comme Theran ne répondait rien, elle jeta un coup d'œil par-dessus son épaule. Sa colère retomba d'un coup en le voyant. Il semblait extrêmement mal à l'aise. Il se balançait d'un pied à l'au, refusait obstinément de lever la tête et se tordait nerveusement les mains.

-Theran?

Il se racla la gorge, cherchant visiblement à gagner du temps.

-Je t'aime Melian. Vraiment. C'est juste que je ne peux pas...Enfin, tu es une personne absolument exceptionnelle, mais je...

Il se tut et s'absorba de nouveau dans la contemplation du sol. Melian fronça les sourcils. Jamais elle ne l'avait vu gêné à ce point. Et soudain, l'idée de fraya un chemin dans son esprit. Était-ce possible?

-Tu veux dire que tu...

-Oui, la coupa Theran.

Il était soulagé qu'elle ait compris sans qu'il ait eu à le dire, mas il avait visiblement hâte d'en finir pour pouvoir passer à autre chose.

-Oh...

Plusieurs secondes s'écoulèrent, nettement inconfortables cette fois.

-Je ne suis plus fâchée, finit-elle par dire. Seulement déçue. Mais je comprends bien que ce n'est pas ma faute, pas plus que c'est ton choix.

-Ça ne te dérange pas? chuchota-t-il, comme s'il redoutait la réponse. Que je sois...anormal?

-Bien sûr que non Theran, même si je trouve personnellement que le mot «anormal» ne convient pas du tout.

-Alors ton avis diffère de celui de beaucoup de gens.

-Bon, et bien je suis anormale moi aussi, la question est réglée.

Elle s'approcha et le serra dans ses bras, posant la tête sur son épaule. Après une brève hésitation, il ferma les yeux et referma ses bras sur Melian. Il poussa un long soupir et Melian sentit son corps se détendre contre le sien. Elle sourit en sentant toute sa tension s'envoler. Malgré ce imprévu, elle était heureuse: la peur de Theran de se faire rejeter prouvait bien qu'il tenait beaucoup à elle. D'une façon ou d'une autre.


Melian et Theran rejoignirent ensemble Runzak, qui les attendait au Foyer. Il se frotta les mains avec satisfaction en les voyant arriver.

-Alors les jeunes, vous êtes prêts? Bien, bien.

Le gobelin souleva son propre sac, qui semblait aussi lourd et grand que lui, puis prit les devants.

Les adolescents le suivirent jusqu'à la sortie des souterrains.

-On peut avoir une idée de l'itinéraire? s'enquit Theran.

-Nous allons prendre le tram, annonça Runzak sans se retourner ni s'arrêter. Puis nous continuerons à pied.

-À pied? s'étonna Melian. Ça fait une sacrée marche.

-Il faut vous endurcir, les jeunes! lança le gobelin.

Il avançait d'un pas vif, sa démarche chaloupée faisant continuellement balloter son sac de gauche à droite an rythme de ses enjambées.

-Un peu d'énergie! On a une longue marche devant nous, les petits.

-Petits? releva Theran en haussant un sourcil.

Melian sourit en secouant la tête.

-Allez, vient. Pense à la formidable aventure qui t'attends, chantonna-t-elle.

-Ne pas penser aux ampoules surtout...

Le trio se dirigea vers le Tram des profondeurs, entamant leur longue route vers Ravenholdt.


Maedhros soupira. Il y avait déjà plusieurs semaines de cela, il était rentré à Darnassus pour y retrouver Elenna. Elle l'avait chaleureusement accueilli et lui avait demandé s'il avait des nouvelles de Melian. Il s'était contenter d'hocher la tête, le visage fermé et la jeune druidesse avait respecté son silence. Ensemble, ils avaient préparé leurs affaires et pris la route des Paluns, pour rejoindre le Bosquet du Gardien vert. Maedhros eut un sourire attendri en pensant à Elenna, qu'il considérait comme sa petite sœur. Et il se sentit certainement aussi fier que si elle était de sa propre famille en pensant à ce qu'elle allait devenir. Déjà, c'était une druidesse pleine de ressources, impliquée dans les évènements qui menaçait l'équilibre. Elle promettait de devenir une gardienne exceptionnelle. C'est d'ailleurs pour proposer son aide en tant qu'assistante qu'elle avait décidé de se joindre à un petit groupe qui prennait le chemin du Bosquet de Gardien vert. Maedhros l'avait accompagnée avec plaisir.

Ils avaient atteint leur destination en matinée, atteignant le petit campement planté au beau milieu de la région. La pluie les avait complètement trempés et c'est avec soulagement qu'ils entrèrent dans l'auberge, à l'abri de l'orage. Larisal, l'aubergiste, leur servit des tasses de tisane bien chaude. Maedhros soupira de satisfaction en prenant la sienne. Il alla s'asseoir contre un mur. Sindar s'ébroua, puis vint s'installer près de l'elfe. Il entreprit alors une toilette minutieuse, léchant sa fourrure de sa langue râpeuse pour la sécher un peu. Lorsqu'il eut terminé, il s'étira, bailla longuement puis se roula en boule sur le sol, contre les jambes de Maedhros. Celui-ci sourit en passant une main dans son épaisse fourrure tacheté. En voilà un autre dont il se considérait le frère. Elenna vint s'asseoir près du duo.

-Enfin arrivés! s'exclama-t-elle. Il me tarde de me mettre au travail!

-Bel enthousiasme, sourit Maedhros. Personnellement je dois admettre que cette pluie me mine un peu le moral.

-Oh, pauvre petit chasseur qui n'aime pas être mouillé...

-Je ne répondrai pas à ça, Elenna.

-Et bien, tu t'assagis, on dirait.

Maedhros se contenta d'un sourire en coin. Il remonta son capuchon sur sa tête et ferma les yeux. Il attendrait que le véritable déluge qui noyait ciel et terre se calme un peu avant d'aller explorer les lieux.


-L'endroit est parfait, arrêtons nous ici pour la nuit. Theran se tourna vers Runzak. Le gobelin avait déposé son paquetage et parcourait d'un regard satisfait le petit bosquet qui les entourait.

-Ici ou ailleurs, c'est toujours la même terre spongieuse et humide, maugréa Melian.

Theran s'approcha en riant et posa son bras sur les épaules de son amie.

-Ne me dit pas qu'un sol mouillé peut venir à bout d'une furie comme toi?

-Non, peut-être pas, mais ces fichus moustiques, oui. Je préférais encore le froid de Dun Morogh. Nous venons à peine d'atteindre la frontière des Paluns et déjà j'espère en apercevoir la fin.

-Tu ne devrais pas être si pressée d'atteindre Ravenholdt, invervint gentiment Runzak. On ne plaisante pas avec ces gens. Ce ne sont pas des membres du SI:7, mais ils sont tout aussi dangereux, sinon plus. Et farouchement indépendants qui plus est.

-Mais ce sont des alliés, non? lui demanda l'adolescente en posant elle aussi son sac.

-Non, ce ne sont pas des ennemis, nuance. Mathias et le Seigneur Jorach Ravenholdt ont l'un pour l'autre le plus grand respect, un respect que seuls se vouent les combattants hors pair qui rencontrent leur égal. Il est vrai qu'ils entretiennent une correspondance régulière tous les deux, mais il n'existe pas pour autant de lien véritablement solide entre le SI:7 et le manoir de Ravenholdt. Pas à ma connaissance, du moins.

-Et c'est dans quel but que nous allons à eux? demanda Theran.

-Ça, petit fouineur, répondit Runzak en riant, je ne peux pas te le dire! Mais ne t'en fais pas, tu le sauras bien assez tôt.

Theran fronça les sourcils en entendant cette dernière remarque. Dite à la façon de Runzak, elle sonnait bizarrement et il n'était pas certain d'aimer cela.

La discussion s'arrêta là et chacun accompli sa tâche, qu'il s'agisse de dégager le terrain, de ramasser du bois pour le feu ou bien d'aller inspecter les alentours.


Maedhros leva les yeux vers le ciel. Celui-ci commençait à s'assombrir et le chasseur pensa qu'il était temps de rentrer au Bosquet. De toute façon, il ne ferait sans doute pas d'autres découvertes dans les parages. Depuis maintenant un peu plus d'une semaine, il sillonnait chaque jour les Paluns, mais la monotonie du paysage avait peu à peu remplacé l'exaltation de l'exploration. Il s'apprêtait à retourner sur ses pas lorsque son regard tomba sur une pâle lueur plus au sud. Il plissa les yeux, intrigué. Cela ressemblait à la lueur d'un feu de camp. Sa curiosité ravivée, il décida de s'en approcher.

-Allez Sindar, allons jeter un œil.

Le temps qu'il atteigne la mystérieuse lueur, le soleil s'était complètement couché. Maedhros progressait désormais discrètement, tout près de son but. Il gravit une petite butte rocheuse à une trentaine de mètres du campement sommaire. La surprise s'appropria ses traits quand il réalisa qu'une des trois personnes qui se tenaient devant là en contre-bas n'était autre que Melian. Il secoua la tête. Curieuse ironie qu'il ait choisi de s'éloigner d'elle pour ensuite la retrouver dans un endroit complètement improbable. Pendant une folle seconde il eut envie de descendre la voir, mais il repoussa l'idée. Il n'avait pas envie d'une autre confrontation et, par ailleurs, même s'il ignorait quel motif l'avait mené dans cette région, son instinct lui soufflait de se tenir à l'écart. Elle était accompagné du même adolescent, celui qu'il avait vu à Hurlevent, et d'un gobelin. Probablement des membres du SI:7.

-On s'en va Sindar, chuchota-t-il. Cela ne nous concerne pas...


Melian frissonna. La nuit était tombée rapidement et l'obscurité eut tôt fait d'engloutir toute autre lumière que celle, mourante, de leur feu de camp. La voleuse avança ses mains au-dessus des braises qui, à défaut de produire une véritable lumière, dispensaient une agréable chaleur.

-Je reviens, annonça Runzak. Je vais faire une patrouille autour du camp.

Les deux jeunes hochèrent la tête et continuèrent à bavarder à voix basse l'un à côté de l'autre. Croyant que Runzak assurait la garde, ils avaient laissé retombé leur attention et ne prêtaient plus autant d'importance à ce qui les entourait. Du moins, pas autant qu'ils ne l'auraient du. Melian se leva pour se dégourdir les jambes. Elle s'étirait lorsqu'un sifflement fendit l'air. Elle sentit une vivre brûlure dans son cou et lorsqu'elle y porta la main, elle tomba sur une petit fléchette. Theran avait bondi sur ses pieds. Il voulu soutenir Melian, qui faiblissait déjà, mais des bras musculeux virent lui enserrer le torse en emprisonnant ses bras du même mouvement. La voleuse tomba à genoux, incapable de lutter contre le froid glacial qui envahissait ses veines.

-Non! cria Theran en se débattant.

Il ne put cependant lutter plus longtemps; le mystérieux tireur trouva une nouvelle fois sa cible. Theran s'effondra dans les bras de son assaillant.


Maedhros se retourna vivement. Il venait d'entendre un cri en provenance du camp, et le silence terrifiant qui suivit n'était pas de bon augure. Il rebroussa chemin à toute allure, s'arrêtant tout près du campement, se camouflant parmi les ombres. Le gobelin entra dans son champ de vision.

-Parfait, parfait, les gars. Vous avez très bien fait. Chargez-les sur les chevaux maintenant. nous devons les ramener au maître.

Maedhros sentit son sang se figer dans ses veines. Cette attaque n'était pas le fruit du hasard, le gobelin qui accompagnait Melian était au courant et visiblement de mèche avec les autres! Les quatre individus se mirent en selle avec leurs otages et partirent vers l'ouest. Maedhros réfléchit à toute allure. Il devait les suivre pour apprendre où ils étaient emmenés, mais d'un autre côté, les suivre puis faire demi-tour pour prévenir le SI:7 de la trahison prendrait trop de temps. Il pesa rapidement le pour et le contre, puis il s'adressa à Sindar.

-Va Sindar! Va prévenir Elenna. Conduit là ici, de là elle pourra suivre leur piste. Entre temps je me mets en route pour Hurlevent. Je ne peux attendre, frère. Tu pourras me rattraper.

Le fauve émit un feulement avant de filer dans l'obscurité, en direction du Bosquet. Maedhros, quant à lui, tourna son regard plein sud. Il devait faire vite.