Chapitre XX : La colère du volcan.

Une aube sereine colorait peu à peu le ciel de mauve et de rose. Les quelques nuages qui s'étiraient sur l'horizon étincelaient sous les premiers rayons du levant. Mais leur éclat n'était rien à côté de la rosée qui changeait la campagne en un écrin de diamants. Les fines gouttelettes qui s'accrochaient aux brins d'herbe, aux feuilles ou aux boutons des fleurs endormies brillaient de mille feux, caressées par le soleil.

La journée promettait d'être douce, et les quelques bras pâles de brume qui se cachaient encore parmi les saules au détour d'un ruisseau se faisaient de plus en plus discrets.

Les premiers oiseaux saluaient l'arrivée de l'astre du jour en gazouillant, les lapins pointaient le bout de leur museau frémissant hors de leurs terriers où ils avaient passé une douce nuit.

Dans un champ entouré de haies, les moutons quittaient leur bergerie pour se lancer à l'assaut des pâtures.

Un renard sortit d'un buisson d'églantines, il s'arrêta soudain, huma l'air puis fila à toute vitesse vers le petit bosquet de bouleaux.

Le petit cottage était à moitié masqué par les grands arbres qui se balançaient doucement dans le vent. La demeure était entourée d'un petit muret qui gardait l'accès du jardin contre les attaques des lapins et autres petits habitants des prairies environnantes. La demeure, certes modeste, était protégée par de nombreux sortilèges.

L'intérieur de la bâtisse était calme, mais l'endroit n'était pas désert pour autant. Dans la cuisine qui était peu à peu envahie d'odeurs appétissantes, une petite elfe s'affairait derrière les fourneaux. Un gros chat noir fit son apparition et sauta sur la table de la pièce. L'animal avait un fin croissant blanc entre les deux yeux qui ressemblait à un petit morceau de lune. Il regarda avec étonnement l'intruse. Ses grands yeux verts brillaient légèrement dans la pénombre. L'elfe n'avait allumé aucune bougie, préférant la douce lumière qui peu à peu éclairait la maison. Le chat miaula et fit sursauter la petite créature. Surprise, elle en lâcha sa casserole qui tomba à terre avec fracas, éclaboussa le sol. Grognant contre sa maladresse, l'elfe fit disparaître tout le liquide à terre et reprit sa casserole. Elle se retourna et dévisagea avec étonnement l'animal.

- Que fais-tu là ?

Le chat cligna simplement des yeux avant de s'étirer. Il ouvrit grand sa gueule et montra ses dents. Puis, il se coucha sur la table, comme le maître des lieux qu'il était. Sa queue tambourinait doucement le bois ciré de la table. Il regardait toujours l'elfe. Voyant qu'elle ne bougeait toujours pas, il miaula de nouveau.

- Aurais-tu faim ?

Le chat inclina la tête comme pour approuver cette idée puis sauta de la table. Il alla se frotter contre l'elfe puis l'invita à le suivre. Il n'alla pas loin : près de la porte qui donnait dans le jardin, sur le carrelage blanc était posée une gamelle vide. L'animal la poussa délicatement de sa patte vers l'elfe tout en miaulant.

- Mana va te donner du lait ? Tu aimes le lait ?

Un nouveau miaulement enthousiaste lui répondit. Mana fit apparaître une grosse jatte de lait et en remplit la soucoupe. Le félin renifla le liquide blanc avant de l'engloutir rapidement. De petites gouttes de lait éclaboussèrent le sol et les moustaches frétillantes. L'elfe le regarda un instant puis retourna à son four et aux muffins qui cuisaient lentement.

Mana était en train de sortir sa dernière fournée quand elle entendit des pas à l'étage. Elle fit la grimace, sachant que ce qui allait arriver ensuite. Les pas se dirgièrent vers la fenêtre, les rideaux furent tirés, les anneaux tintèrent tandis qu'ils bougeaient sur la tringle métallique.

- MANA !

L'elfe disparut aussitôt dans un ploc discret qui fit, toutefois, sursauter le chat. L'animal après avoir scruté la pièce miaula, puis voyant que personne ne se manifestait, il sortit de la cuisine et gagna les autres pièces.

L'elfe poussa la porte de la chambre. Les rideaux pourpres, grand ouvert laissait entrer la lumière à flots. Les boiseries semblaient presque luire. Machinalement, Mana remit en place les couvertures qui gisaient à terre, rejettées par la sorcière.

Tisiphone, habillée d'une pâle chemise de nuit, se tenait devant la fenêtre, ébahie de trouver la campagne anglaise à la place du bleu profond de la Mer Egée. Elle se tourna vers la petite créature.

- Que se passe-t-il ? Où sommes-nous ?

- Mana ne connaît pas toute l'histoire, répondit-elle piteusement en baissant la tête.

Tisiphone fronça les sourcils, puis se prit la tête dans ses mains. La sourde douleur s'estompa rapidement. Elle s'assit néanmoins d'un des deux fauteuils près de la fenêtre.

- Dis-moi simplement ce que tu sais.

- Il y a eu un tremblement de terre, violent. Tout a tremblé ...

- La maison a tremblé ? Demanda Tisiphone de plus en plus étonnée. Pourtant les protections ... Elle n'aurait pas dû subir les effets du séisme ... C'est incompréhensible ...

- Mana le sait bien. Le vieil olivier du chemin s'est brisé ... Mana a voulu vous réveiller; mais Mana n'a pas réussi. Et puis Monsieur Malefoy est arrivé, il a dit qu'il fallait partir. Mana l'a trouvé un peu inquiet. Il disait que le volcan allait se réveiller, mais Mana sait bien que c'est impossible, qu'il est éteint depuis trop longtemps ... Monsieur Malefoy n'a pas voulu croire Mana. Alors Mana est partie avec vous ... Monsieur Malefoy vous a emmenée ici, il a dit que vous y seriez en sécurité et qu'il allait revenir rapidement et puis il a de nouveau disparu ...

En écoutant le récit de son elfe, Tisiphone avait pâli, elle ne savait pas de quoi il en retournait, mais une inquiétude avait glacé son coeur.

- Depuis quand Lucius est-il parti ?

- Hier matin ...

- Hier matin ? Répéta Tisiphone. J'ai dormi tout ce temps ?

- Oui, admit Mana. Monsieur Malefoy a dit que Mana ne devait pas s'inquiéter, que vous alliez bien ... Mana croit que vous avez reçu un sort d'endormissement.

Les traits de tisiphone s'étaient faits plus durs.

- Qu'a-t-il donc manigencé ? Grogna-t-elle.

- Mana a préparé de quoi manger, murmura-t-elle.

Un grand sourire chassa l'air mauvais de la sorcière.

- Cela tombe bien ! J'ai une faim de dragon !

Mana escorta sa maîtresse jusqu'à la cuisine. Les muffins étaient encore tièdes et les myrtilles juteuses. Mana avait aussi servi le thé et du jus d'orange.

Prenant sa tasse de thé dans la main, Tisiphone se leva et ouvrit la porte qui donnait sur le jardin. L'air était doux, les dernières gouttes de rosée disparaissaient sous la caresse solaire. Le potager était bien entretenu, tout comme les massifs de fleurs, la pelouse impeccablement tondue.

- Nous sommes revenus en Angeleterre ?

C'était plus une affirmation qu'une question. Mais un miaulement vint comme confirmer cette réponse.

Tisiphone se retourna. Le chat noir vint se frotter contre ses jambes.

- D'où sors-tu ?

Ignorant la question, il continua à se frotter contre la sorcière. Elle s'accroupit et caressa l'animal qui ronronna en fermant les yeux.

Dans le jardin, un buisson aux feuilles éclatantes s'agita soudain. Le chat hérissa ses poils, fit le gros dos et cracha. Tisiphone se releva.

Un étrange couinement retentit et une boule de poils fonça droit sur la sorcière. Ratatouille était méconnaissable, il était couvert de boue, de terre, de brindilles et de morceaux de racines. Il avait dû passer la nuit dehors à fouiner dans les champs.

Ratatouille freina brusquement, il venait d'apercevoir le chat. Les poils du Niffleur se dressèrent et il montra ses crocs. Les deux animaux se faisaient face, immobile comme des phénix de faïence. Le museau du Niffleur reniflait les odeurs de cet étrange animal qui s'octroyait les caresses de sa maîtresse. Ratatouille poussa un bref cri auquel un miaulement lui répondit aussitôt. Le chat tendit une patte timide vers son vis-à-vis et décrétant sans doute qu'il n'était pas une menace, il s'approcha. Les deux animaux décidèrent alors de faire connaissance plus loin dans le jardin et ils s'en allèrent gambader dans l'herbe tendre.

Tisiphone elle aussi fit quelques pas dans le jardin. La maison était au sommet d'une colline et dominait toute la campagne environnante. Tisiphone dépassa les grands arbres qui masquaient la vue et put admirer le panorama qui s'offrait à elle. Les collines étaient verdoyantes, dans les prés broutaient qui des vaches, qui des chevaux, qui des moutons. Aucune trace de vie humaine -moldue ou sorcière -à l'horizon : pas un village, pas une ferme, pas une maison. Juste quelques chemins de terre qui montraient que le lieu était parfois fréquenté.

Le regard bleu azur de la sorcière fut soudain attiré par une silhouette, juste en bas de la colline. Elle reconnut sans peine le sorcier qui montait jusqu'à la demeure.

Elle retourna à l'intérieur. Elle ne voulait surtout pas lui donner l'impression qu'elle guettait son arrivée, même s'il lui tardait d'avoir des explications. Mana avait fini de débarrasser la cuisine des derniers restes du petit-déjeuner.

Tisiphone remonta dans la chambre, elle voulut passer une robe, mais elle se rendit compte que ses habits avaient dû rester en Grèce, elle pesta intérieurement.

En bas, elle entendit la porte se refermer dans un souffle puis les marches de l'escalier craquèrent.

Tisiphone s'était assise sur la banquette recouverte de cousins qui était juste sous la fenêtre, la préférant aux fauteuils. Elle regardait dehors. En contrebas, dans le jardin, Ratatouille et le chat se poursuivaient à vive-allure. Le craquement des marches cessa soudain. La sorcière ne tourna pas la tête lorsque Lucius entra dans la chambre ni ne répondit à son salut. Il vint s'asseoir près d'elle, elle ne bougeait toujours pas. Il posa ses mains glacées sur ses épaules à moitié dénudées et la força à se retourner. Elle le fusilla de ses yeux bleu-verts.

- Je ne me rappelais plus que Théra était aussi verdoyante, finit-elle par cracher.

Lucius eut un petit rire gêné.

- Laisse-moi t'expliquer ...

- Oh, mais c'est que tu as toute mon attention !

Lucius réfléchit un long moment, il ne savait pas vraiment par où commencer ... ni comment avouer à Tisiphone qu'il lui avait fait prendre de la Goutte du Mort Vivant. Il toussota sans pour autant prendre la parole.

Finalement, la sorcière le questionna, agacée par ce silence.

- Qu'est-ce qu'il y avait dans ce jus de citrouille ? Demanda-t-elle séchement. Je sais qu'il y avait quelque chose dedans ...

Il baissa la tête, presque honteux.

- Une potion de sommeil, marmonna-t-il.

Tisiphone ne répondit rien à cela, elle le regarda simplement tristement, le visage radouci.

- Pourquoi as-tu fait ça ?

Toute sa colère semblait s'être évaporée comme l'ombre lorsque paraît le soleil.

- Pour te protéger ...

- Me protéger ? Mais de quoi ?

- De plein de choses ... mais de toi, principalement ... je savais que ce qui allait se dérouler par la suite te déplairait et te connaissant ... j' ... j'avais peur que ta réaction ... ne ... te cause quelques ... désagréments ...

- Pourquoi ? Répéta-t-elle intriguée.

- Je n'étais pas en Grèce uniquement pour te donner un coup de main ...

- Je le sais, l'interrompit la jeune femme.

Le soir même, je suis reparti en Angleterre ... faire ... faire ...

- Ton rapport ?

-Oui.

- Et ?

- Il a voulu venir en personne ... Alors nous sommes venus faire un petit tour par ici ...

- Que voulait-Il exactement ? Pourquoi se déranger ?

- Nous avions pour ordre de trouver des pectoraux et de les ramener ...

- Attends, le coupa la sorcière. Vous êtes allés sur l'Atlantide pour rapporter ici les pectoraux ? Mais, c'est impossible ! La cascade ne montre qu'un souvenir ! Pas une Altantide réelle !

- Oui, mais le Maître connaissait une formule qui, pendant quelques heures, permettait d'agir au sein d'un souvenir ...

- Un tel sortilège existe ? Et fonctionne vraiment ?

- Il existe et cela marche ...

- Vous ... vous avez trouvé les pectoraux ?

- Pas tous ... Mais nous ne sommes pas revenus bredouilles ...

Tisiphone se tut un instant et réfléchit. Toute sa colère s'était à présent envolée. Une ride soucieuse barrait sont front. Machinalement, elle jouait avec une mèche de ses cheveux et se mordillait les lèvres

Ne remarquant pas l'inquiétude de sa compagne, Lucius poursuivit son récit.

- J'ai ... trouvé un pectoral, Narcissa et Bellatrix elles aussi en ont récupéré un chacune ...

Tisiphone sortit soudain de sa rêverie.

-Attends ! Narcissa et Bellatrix ? Depuis quand sont-elle des Mangemorts ?

- Depuis peu, il semble que ce « voyage » ait été leur première mission ...

- Tu dis que vous avez trouvé des pectoraux ? Et que vous avez réussi à les sortir ?

- Oui ! Mais pourquoi cela semble-t-il te préoccuper ? Tu as l'air inquiéte ...

- Je le suis ...

- Et pourquoi donc ?

-Si les pectoraux sont maintenant ici, à notre époque, cela implique de nombreux changements ... Cela veut dire que le passé a été modifié ... que ...

- Comment ça ? Le passé a été modifié ?

- En récupérant les pectoraux, vous avez ôté quelque chose au passé pour l'apporter à notre époque, cet acte aura de nombreuses conséquences ... Cela veut dire qu'à partir du moment où les pectoraux ont disparu de l'Atlantide, tout a changé ... Un nouveau passé s'est mis en place, en tenant compte de la disparition des trois bijoux que vous avez pris ... Et cela peut avoir des conséquences immenses et des répercutions inimaginables ...

-Comme quoi ?

- Je ... je ne sais pas ... Il faut déjà tenir compte du moment dans lequel vous êtes entrés ... Quand se situe-t-il exactement ...

La sorcière s'interrompit et réfléchit. Ses yeux se mirent à briller puis elle reprit.

- Imagine que vous vous soyez rendus en Atlantide avant lea scène que j'ai vu dans mon pectoral ... il y a de fortes chances pour que ce que j'y ai vu ne se soit jamais déroulé ...

- Cette espèce de procès ?

- Oui. Si vous avez pris les pectoraux avant que cela ne se produise, la Boîte de Pandore n'aura jamais été ouverte par la suite, puisqu'il manque de clés ...

- Et quelles peuvent en être les conséquences ?

Je n'en ai aucune idée, avoua Tisiphone. Aucune idée.

Un silence pesant et lourd s'abattit sur la petite pièce. Même le gazouillis des oiseaux à l'extérieur ne parvenait à faire fuir l'absence de bruit qui avait envahi la chambre. Finalement, Lucius le brisa.

- Tu dis, si je t'ai bien compris, que le moindre de nos gestes là-bas a eu des conséquences graves ...

- Oui ? Mais pourquoi une telle question ?

Tisiphone n'attendit pas la réponse de Lucius.

- Vous n'avez pas fait que prendre des pectoraux, n'est-ce pas ? Que s'est-il passé d'autre ?

- Eh bien ...

- Quoi ? Répéta Tisiphone.

- Je crois ... enfin ... des Atlantes ont été tués ... des gardes du palais, un vieillard qui possédait un des pectoraux ...

Lucius n'ajouta pas que, pour ce dernier meurtre, il en était le responsable. Il continua sa macabre énumération.

- Bellatrix semble aussi s'en être donnée à coeur joie, sa robe était maculée de sang ...

- Est-ce tout ? Demanda Tisiphone.

- Non ...J'ai retrouvé le Maître, dans une des bibliothèques du palais. Il a emporté quelques papyrus avant de mettre le feu aux autres ouvrages qui restaient ...

Le visage de Tisiphone s'était décomposé. Etait-ce à cause de tous ces morts, ou simplement en pensant aux inestimables trésors qui avaient été réduits en cendres ?

- Il y a encore autre chose ... finit par avouer Lucius.

- Quoi ? Demanda Tisiphone.

Vu la situation, rien de ce que Lucius pouvait lui annoncer ne paraîtrait terrible ...

- Sebastian ... Il était avec nous ... Mais ... mais ... il n'est pas revenu. Il est resté ... coincé sur l'Atlantide ...

- Coincé ? Comment ça coincé ? Il n'a pas pu retraverser la cascade ? Ou quelque chose dans ce genre ?

- Pas vraiment.

Lucius repoussa une mèche blonde qui s'était échappée de son catogan avant de poursuivre.

- Disons que je l'ai stupéfixé ... et qu'il est resté dans le souvenir lorsque nous sommes repartis ...

- Tu as quoi ? S'écria Tisiphone.

- Je l'ai stupéfixé ... marmonna Lucius.

- Tu as stupéfixé Sebastian ? Ton cousin ? Cette espèce de ... de ... petite ... ordure ... Tu l'as stupéfixé et laissé là-bas ? Mais ... c'est ... de la folie ! Le laisser dans un tel endroit dont nous ne savons rien ... Nous ne connaissons rien de l'Atlantide, rien de ses secrets ... rien de ses pouvoirs ... et tu y as laissé seul Sebastian ...

- Il est stupéfixé ...

- Et pour combien de temps ? Demanda Tisiphone. Il ne t'est pas venu à l'esprit que ton sort a dû disparaître à partir du moment où tu as franchi de nouveau la cascade ... Espérons qu'il ait eu la présence d'esprit de repartir sans demander son reste ... et que sa présence prolongée là-bas n'ait pas eu de conséquences trop graves ...

La sorcière se souciait peu du sort du cousin de Lucius, après tout, il n'avait que ce qu'il méritiat ... Mais ce qui lui faisait peur c'était ce qu'il pouvait découvrir là-bas et des actes qu'il pourrait y commettre ...

Lucius baissa soudain la tête gêné, Tisiphone le dévisagea, intriguée.

- Ne me dis pas que cette histoire n'est pas terminée ... grogna la sorcière.

- Je doute que Sebastian puisse quitter si facilement la cité atlante ...

- Et pourquoi ne le pourrait-il pas ?

- Au moment où nous sommes partis ... Le volcan ... il s'est réveillé ...

- Le volcan ? Quel volcan ? L'ancien cratère de Théra est sous les eaux, il est éteint depuis longtemps ...

- Quand nous étions aux abords de la cascade, sur l'île ... Le sol s'est mis à trembler, et un de sommets qui surplombe la cité s'est embrasé ... et quand nous sommes sortis du souvenir ... c'était la même chose ... La caverne subissait les assauts de tremblements de terre et la lave coulait avec plus de force ... Et quand nous sommes ressortis à l'air libre ... L'île avait changé ...

- Changé ? Comment ça changé ?

- Des ... choses ... qui n'existaient pas auparavant étaient apparues ...

Tisiphone s'était levée et faisait les cents pas dans la pièce.

- Explique-toi, finit-elle par lancer.

- La caldeira ... elle n'existait plus ...

- La caldeira ? Elle a disparu ?

- Elle n'a pas vraiment disparu ... C'est juste .. comme si le cratère ne s'était jamais effondré ... comme si la mer ne l'avait jamais recouvert ...

- Tu veux dire que le volcan est toujours là ?

- Oui ... et ... en activité ... C'est pour cela que je t'ai amenée ici ...

- Il ... il ... il faut ... que je retourne là-bas ! Déclara-t-elle soudain. Que je voie cela de mes propres yeux !

- En Grèce ? Voyons, c'est de la folie. Tout a changé ! Tu ne peux pas aller là-bas ! Qui sait où tu vas arriver ... au milieu de la mer ? Ou d'un fleuve de lave ? C'est insensé ...

- Je ne sais pas ce qui est le plus insensé, chuchota-t-elle plus pour elle-même. Me rendre là-bas ou laisser Sebastian sur l'Atlantide ...

Elle se tut et réfléchit.

- De toute façon, je n'ai pas le choix ... je dois y récupérer des affaires ...

- Mais, protesta Lucius.

- La maison est protégée par de puissants sorts ... Peut-être n'a-t-elle rien ... Peut-être l'éruption n'a -t-elle pas touché cette partie de l'île ...

- Cela fait beaucoup trop de peut-être ...

- Je sais ... mais je n'ai pas le choix ... Toutes mes notes ... tous mes travaux ... et mon pectoral ... tout est resté dans mon bureau ... à moins ... que tu n'aies pensé à les emporter ...

Lucius ne répondit rien.

- Tu vois, je dois m'y rendre ...

- Je viens aussi !

Que pouvait-elle faire ? Elle savait qu'il viendrait tout de même ...

- Soit ...

Elle le regarda longuemen sans rien dire.

- J'espère que tu te débrouilles toujours aussi bien sur un balai ...

- Un balai ? Pourquoi faire ?

- S'il s'avère que tu aies raison, le promontoire où l'on pouvait se transplaner aura disparu ... Pas question de se tranplaner sans savoir où nous mettrons les pieds ... Nous allons aller d'abord à Anafi, une île proche de Santorin ... de là, nous volerons jusque l'île pour voir ce qu'il en est ...

Les préparatifs furent rapidement terminés. Tisiphone avait fini par dénicher une simple robe toute noire. Un rapide sort l'avait ajustée parfaitement à la taille de la sorcière. Pendant ce temps, Lucius s'était débrouillé pour trouver deux balais.

La sorcière finissait d'ensorceler une tasse qui leur servirait de Portoloin. Elle se démêlait avec les derniers sorts quand Lucius arriva dans la cuisine. Tisiphone releva la tête.

- Je crois que nous allons pouvoir y aller.

Elle avait tressé ses longs cheveux puis arrangé les deux tresses en un chignon compliqué qui mettait en valeur la finesse de sa nuque.

- Tu es prêt ? Demanda-t-elle.

Il hocha sa tête.

Très bien.

Elle regarda une dernière fois la pendule de la cuisine et fit signe à Lucius de se saisir de la tasse.

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Le ciel était des plus sombres, le soleil avait disparu derrière des nuées noires. La mer était démontée, et les puissantes vagues s'abattaient avec violence contre le rivage. L'air était irrespirable ou presque. Les cendres volaient et fouettaient avec force tout ce qui trouvait sur leur passage. Voler sur un frêle balai était une tâche difficile ...

Une odeur nauséabonde de souffre avait tout envahi. Plus ils se rapprochaient de Santorin, plus il leur était difficile de maintenir le cap. Ils devaient enserrer avec force les manches de bois pour ne pas tomber dans l'eau coléreuse.

Malgré l'obscurité Tisiphone finit par apercevoir au loin de hautes falaises. Un immense sommet, en arrière plan, se découpait, illuminé par les gerbes de lave qu'il recrachait. Tisiphone était incapable de reconnaître son île. Tout avait changé. Tout n'était plus que ruine et dévastation ... Elle survolait à présent l'endroit où elle avait fait les fouilles et découvert l'entrée de la grotte. Il ne restait plus rien : un fleuve de lave avait tout recouvert. Plus aucune trace des maisons antiques, du temple ... Elle poursuivit la route, remontant comme elle le pouvait le mince foulard sur son visage pour empêcher cendres et poussières de l'étouffer.

Au milieu de cette désolation, elle aperçut un îlot de verdure resté intact ou presque. Elle s'approcha avec prudence. Un court moment, elle se demanda s'ils pourraient franchir la protection qui entourait le jardin et la maison, mais voyant que tout avait été recouvert par les cendres, elle se dit qu'ils le pourraient sans aucun doute.

Avec douceur, elle se posa dans ce qui, autrefois, avait été son jardin. Elle sauta du balai et s'enfonça dans une épaisse couche grise encore tiède. Lucius l'imita.

La sorcière n'en croyait pas ses yeux. Les sortilèges avaient, certes, protégé la maison et le jardin mais l'île ... l'île n'en était plus une, plutôt l'antichambre de l'enfer.

Le sol tremblait régulièrement sous les assauts du magma en furie qui continuait de s'échapper du cratère.

- Ne traînons pas, marmonna la sorcière. Je ne sais pas si les protections tiendront encore longtemps. Si nous avons pu les passer, la lave finira aussi par y arriver.

Lucius frissonna.

Tout autour d'eux, par delà le mur invisible qui protégeait les lieux, des flots de lave descendaient vers ce qui, quelques jours auparavant, était une plage.

La chaleur était étouffante.

Tisiphone était à présent sur la terrasse. Le sol était fendu par endroit. Sur les murs de la maison courraient de larges lézardes.

La terre trembla une nouvelle fois, un craquement sourd résonnait tandis que tout vibrait.

La maison était sans dessus dessous. Certains meubles étaient à terre. Dans la cuisine, toute la vaisselle avait été réduite en pièce. Le bureau de la sorcière était un vrai capharnaüm. Toutes les notes qu'elle avait prise gisaient par terre, mélangées, recouvertes de cendres.

Tisiphone brandit sa baguette et les carnets, les papiers, les antiques papyrus et les livres formèrent un tas parfait. Un autre sort et tous devinrent minuscules. Elle fourra tout cela dans le sac qu'elle portait en bandouillère. Les étagères de la bibliothèque étaient renversées. Elle repéra celle qui l'intéressait et d'un coup de baguette, le meuble se redressa. Avec un certain soulagement, elle aperçut ce qu'elle voulait absolument récupérer. Le vase était intact.

- Gelatus, lança-t-elle.

Une fine couche gelée recouvrit la surface tandis que derrière la glace des tentacules mécontents s'agitaient.

Elle vérifia que le pectoral était toujours dans sa cachette. Satisfaite, la sorcière fourra le vase dans son sac.

Une nouvelle secousse ébranla le bâtiment et une grande lézarde apparut au plafond.

- Il est temps d'y aller, marmonna Lucius.

Ils sortirent rapidement de la maison et retournèrent à l'endroit où ils avaient laissé leurs balais.

Un craquement sourd tonna alors. Derrière la maison de Tisiphone, la lave avait fini par percer les protections. Inexorablement, le feu brûlant détruisait tout sur son passage. Tisiphone regarda encore quelques instants sa demeure disparaître sous le magma.

Quelques larmes perlèrent au coin de ses yeux.

Le volcan emportait avec lui toute une partie de la vie de la sorcière, toute une partie de ses souvenirs.

Elle ne bougeait toujours pas.

Tisiphone ! Hurla Lucius.

Elle finit par sortir de sa rêverie. Les larmes avaient tracé un sillon clair sur ses joues maculées de cendres.

Ils grimpèrent alors sur leurs balais et s'envolèrent.

Quelques secondes plus tard, l'endroit où ils se trouvaient disparut sous le flot orangé.

Tisiphone ne se retourna pas, elle fonça droit devant elle, loin de la fournaise et de la terre déchaînée.